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TOURNEURS EN BOIS — TOURNEURS-MOULEURS

t'(ai( fournie. Ils ne pouvaient avoir à la fois qu'un seul apprenli, el l'apprentissage durait quatre ans '. M. Viollet-le-Duc a reproduit, (lans son Dictionnaire du mobilier-, une vignette du treizième siècle, qui représente le tour dont on se servait à cette époque.

La Taille de 1292 mentionne douze tourneurs, celle de 1300 en cite quinze.

Au mois de juin 1467, les tourneurs se plaif^nirenl au roi « de ce que par cj-devant ledici mestier de tourneur n'a esté juré'', et n'y a eu personne qui s'en soit prins g'arde, ne qui ail eu Visitation ne puissance de coni<^er les malfaçons qui y ont esté et peuvent estre ». Tout ceci n'est pas absolument exact, puisque, au treizième siècle, la corporation des charpentiers dont faisaient partie les tourneurs, était régie par quatre jurés ; mais le souvenir de cette première organisation s'était peut-être perd\i. et ils supplièrent Lo\iis XI de vouloir bien leur octroyer des statuts *. Dès lors, le métier dut s'acheter soixante sols, dont vingt revenaient au roi, vinsrt à la confrérie et vingt aux jurés. Le chef-d'omrre fut exigé pour parvenir à la maîtrise ; sauf cependant en ce qui concerne les fils de maître, qui étaient également dispensés d'acheter le métier. Chaque maître ne put avoir à la fois qu'un seul apprenti, et la ilurée de l'apprenti.ssage fut fixée à trois ans. La veuve pouvait continuer le commerce de son mari. Deux jurés surveillaient la corporation. Enfin, comme les vanniers, les tourneurs étaient autorisés à vendre certains objets que, affirmaientils, « par cy devant et de très longtemps ilz ont accoustumés de vendre », tels que : « vans, hôtes, bachoes ^, chasières *, paniers couverts d'osier blanc, cajots et cages à poussins, corbeilles el corbillons, picotins, paniers à vendengier. mannes et mannequins, hottereaux ', chaserez *, coulouers ^ . et autres choses qui sont déppendans et appartenans d'autres mestiers ».

Dans ces statuts, les maitres sont qualifiés tonrneurs en bois; l'ordonnance des Bannières, qui date de la même année, les nomme tonrneurs de blanc boys.

De nouveaux statuts, rédigés en février 1573. portent à quatre ans la durée de l'apprentissage, qui devra être suivi de quatre années de compagnonnage. Ils fournissent aussi une nouvelle énumération des nombreux ustensiles dont le commerce est permis à la corporation. J'y relève les noms suivants : jattes, auges à maçon, pelles, courges, battoirs, échelles, râteliers, quenouilles, fuseaux, cadres de miroirs, mortiers, pilons, râteaux, fauchets, manches de battoirs pour la paume, etc., etc. On voit que les tourneui-s ont recueilli une grande partie de l'héritage des

1 J.itre des métiers, titre XLA II.

* Tome II, p. 530.

•' Constiluo on communauté.

* Ordunn. royales, t. XVI, p. 632.

î"' Bachoue ou bachoc, vaisseau de bois, baquet. *• Paniers pour faire égoulter le fromage. •ï Petites hottes.

* (!e mot est pris ici dans le sens de huches.

* Baquet ovale qui se plaee sous le robinet des pièces de vin.

écuelliers. Henri IV, au mois de février 1600, leur accorde encore le privilège de plusieurs objets que leurs ancêtres n'avaient guère pu connaître : manches de parasols, billes de l)illard, boules de pall-mail, chaises garnies de jonc ou de paille, etc. Les maîtres qui avaient la spécialité de ce dernier article s'in!.tulaienl chaisiers.

Sous peine d'amende et de confiscation, aucim tourneur ne pouvait s'établir à proximité d'une forêl. Il devait en être éloigné d'une lieue et demie au moins '.

Je trouve dans les manuscrits de Delamarre -, la liste officielle des 163 maîtres tourneurs établis • à Paris en 1678. Ils n'étaient guère plus de 30 à la fin du siècle suivant. Ils se disaient aloi-s tourneurs en bois, empailleurs de chaises. Ils mettaient en œuvre l'écaillé et les matières les plus dures : buis, éralile. ivoire, etc. ; confectionnaient des boutons de toute sorte, des rouets, des pièces pour les métiers, des ornements pour les carrosses, des têtes à perruques, des bras el des jambes arlificielles. etc.. etc.

Un religieux minime, le P. Charles Plumier, a publié en 1701. Lart de tourner, qui renferme des planches fort curieuses.

J'ai donné ci-dessus, page 208, le texte des lettres patentes qui érigèrent en communauté le métier des tourneurs.

Les maîtres étaient placés sous le patronage de sainte Anne et de saint Michel.

Tourneurs en métaux. Restés toujours

peu nombreux, ils ne furent point constitués en corporation. A la fin du dix-septième siècle \in sieur Jean Maubois se fît, dans cette spécialité. \ine grande réputation ■*. Le roi le logea au LouvTe, parce que les princes se plaisaient à le voir travailler et sollicitaient même de lui des leçons *. Il eut une fille ou une soeur qui devint presque aussi habile que lui. Elle apprit l'art du tour à Louis XV, au comte de Clermont et au fils de l'ambassadeur de Turquie ^.

Les tourneurs en métaux travaillaient tous les corps durs, or. argent, acier, marbre, ébène, ivoire, etc. La carte-adresse du tourneur Brouet, très renommé à la fin du dix-huitième siècle ', était ainsi conçue :

<< Brouet, méchanicien machiniste, tourne toute ou\Tage d'or, d'argent, assier. et tourne toute ovale même en assier, oiivrajîé, suioché. et dont la ciselure se fait sur le tour. Fait et vend toute sorte de tour, et enseigne au personne qui désire apprendre cette art.

A Paris, rue Pot-de-Fer. au noviciat des , Jésuites. Au parfait tourneur ». f

Tourneurs-Mouleurs-Piqueurs-Faiseurs et compositeurs de bois d'éventails. Titres qui appartenaient aux tabletiers.

1 Chailland, DielionHahe des eatuc et forêts, t. I, p. 44.

* Biblioth. nationale, n» 21,799, f' 329.

a Le litre eommode pour 1692. I. II, p. 103.

* \o\. la Ilerue des soeie'tës satnntes des dêpeirtements. année l'sc>8, 2' sem.-slre, p. 173.

5 Vev. le Meremc île juin-juillet 1721, p 121.

6 Almanaeh DaupHii povr 1777.

ÏOURNKURS — TOURNURES

Ils l'Iaienl ilils aussi tourneurs et tailleurs d'images (Ti voire.

Tourneuses. Dans le dévidage des rocons, ouvriiM'es qui reçoivent des tireuses les fils préparés et les attachent sur le dévidoir.

Tourniers. Vo\-. Tourneurs.

Tournures F.vbric.\nts de;. Au quiuziéiue siècle déjà, l'indiscret poète Coquillarl nous révèle que

Soubz tyrans robes fuui'ivz iln niartros, Nos bourgeoises tiennent ces termes De façonner leurs c.ls de cartes, .\ffin (ju'ilz en semblent plus fermes •.

La mode, sur ce point, n'a pas changé au siècle suivant ; mais le carton a été trouvé incommode, et le coussin remiiourré (lui lient la rolie relevée par derrière a définitivement adopl»' un nom, un nom très laid, qui va se perpétuer pendant plusieurs siècles. Ecoutez un autre poète :

I^ marclient à graves pas, Renforcées par le bas, Celles qui deux r... supportent Souz les robbes qu'elles portent.

Desquels l'un

L'autre de laine et de bourre Autour de leurs fesses cmbourrc '.

Sur ce point. Henri Estienne s'exprime de façon presque aussi inconvenante :

« I^ILAUSONE. Sçachez donc que quand elles veulent sortir dehors, elles disent : « Apportezniov mon c. ». El quelques fois on crie : « On ne trouve point le c. de madame, le c. de madame est perdu ».

Celtophile

Philausone. Et cependant, notez qu'il y a de ces c... (qu'aucunes plus honnestes appellent haussée.) qui sont fort précieux ' ».

Tout précieux qu'ils fussent, ils semlilèrent bientôt insuffisants et se virent remplacés par la vertugade, pwle vertugadin, puis par les paniers, ancêtres de notre crinoline.

Je parlerai de tout ceci dans un autre article. Je dois seulement dire ici que. vers la fin du dix-huitième siècle, les paniers perdirent beaucoup de leur ampleur ; puis, ([u'on y suppléa sur les côtés au moyen de coudes qui accusaient les hanches, et en arrière par l'ancien c. .

Une comédie, imprimée vers 17'24 met en scène une marchande qui endoctrine sa cliente, et lui offre à la fois des paniers et des matelas postérieurs^. Mais cet emphémisme n'eut aucun succès, et l'on en revint sans scrupule au nom que le seizième siècle avait toléré. Un recueil très

1 (Eufres, t. I, p. 153. Voy. aussi p. 183.

S P. U-lo ver, Porsifs, p. a32.

3 Didloguèf, t. I, p. 227.

* Les paitiers ou la tifitle pre'cifiisf, in-l2.

grave, V Encyclopédie méthodique ', tenant à modifier ce désagréalde substantif, et ne trouvant pas d'éipiivalent acceptable, prit le parli d'enlever une de ses trois lettres. On y lit : « Le eu n'est qu'une toile garnie en crin entre ses doui)les et piquée <i larges carreaux ; on lui donne une demi-aime de largeur sur un tiers de hauteur. Il est froncé à la ceinture, de façon ([u'il bonll'e en arrière et fait relever la robe sans la charger lieaucoup - ». La comtesse de Geidis qui fut, comme on sait, gouvernante des princesses puis des princes de la famille d'Orléans, écrit dans ses Mémoires : « Madame de Matignon, arrivant de Naples, fut obligée d'aller sur-lechamp à Marly, oùétoit la Cour; elle ne s'arrêta il Paris que pour y coucher. Elle n'y avoil vu que deux ou trois personnages très sérieux, qui n'avoieni pas imaginé de la mettre au fait des modes nouvelles: il s'en étoilétaldi ime, devenue universelle depuis douze ou quinze j(uirs. Celte mode, qui n'avoil rapport qu'a riiabillement des femmes, consistoit à se mettre par derrière, au bas de la taille et sur la croupe, un paquet plus ou moins gros, plus ou moins parfait de ressemblance, auquel on donnoit sans détour le nom de c. ■'.

<< Madame de Matignon ignoroit coniplètenuMil l'élablissenient de cette singnlii^''e mode- Elle n'arriva à Marly que poiu' se coucher. On la logea dans un appartement qui n'étoit séparé de celui qu'occupoit madame de RuUy (aujourd'hui madame la duchesse d'Aumont) que par une cloison très-mince et une porte condamnée. Qu'on se figure, s'il est possible, la surprise de madame de Matignon, lorsque le lendemain, deux heures après son réveil, elle entendit entrer chez nutdame de RuUy madame la princesse d'Hénin, qu'elle reconnut à la voix, et qui, sur le champ, dit : « Bonjour mon cœur, montrezmoi votre c. . ». Madame de Matignon, pétrifiée, écouta attentivement et recueillit le dialogue suivant. Madame d'Hénin. reprenant la parole, s'écria avec le ton de l'indignation : « Mais, mon cœur, il est affreux, votre c . . , étroit, mesquin, tomiiant ; il est affreux, vous dis-je. En voulezvous voir un joli"? tenez, regardez le mien. — « Ah ! c'est vrai ! » reprit Sladame de Rully, avec l'accent de l'admiration. « Regardez donc, mademoiselle Auhert (c'étoit la femme de chambre présente à celte scènei. il est réellement charmant le c. . de madame d'Hénin, comme il est rebondi ! . . . le mien est si plat, si maigre ! . . Ah le joli, le joli c. . ! Voilà comme il faut avoir un c. . quand on veut réussir dans le inonde. Il est bien heureux que j'aie été chargée du soin de vous surveiller '».

La Révolution revint au costume collant, et détrôna ainsi le c. . qui, comme toutes les modes évanouies, a fini par reparaître, et porte le nom de tournure.

Les boursiers avaient le monopole de la labri-

I Paris, 1782-1832, 16G vol. in-4''.

S Mniiiifuct lires et arts (1785), t. I, p. 87.

.1 \]inc (|p Genlis écrit partout le mot en toutes lettres.

* É'iit. de 1825, t. VI, p. 195.

TOURNURES — TR.VMEURS

cation des paniers, des coudes, des bêtises * et des c...

Voj. Faniers (Marchandes dé).

Tours de force. Vo y. Hercules.

Traceurs. Vuy. dessinateurs.

Traceuses. Ouvrières qui tracent un canevas, une broderie par des points ù l'aiguille.

Traifiliers. Voy. Tréflleurs.

Traîneurs de brouette il Traîneurs de chaise. Nuy. Brouetteurs.

Traiteurs. Les traitenrs descendent des cuisinii'rs du treizième siècle, devenus rôtisseurs au quinzième siècle et restaurateurs au dix-huitième. Ce fut d'abord une communauté fort aimée du peuple et de la petite bourgeoisie, ù qui elle vendait, à bas prix et au détail, une foule de victuailles.

Pour satisfaire une clientèle plus relevée, les cuisiniers des grandes maisons obtinrent d'être constitués en corporation sous le nom de queuxcu is in iers-porte-rh appes .

Les mots queux, qtieulx, keulx, gueux, etc. ont toujours désigné des cuisiniers. L'expression pi)rle-c?M'ppes vient de cg que, pour livrer en ville les mets apprêtés chez eux, ils les protégeaient par un couvercle de fer blanc appelé chappe.

On ne connaît les premiers statuts de cette

corporation que par la confirmation qui en fut

faite au mois de mars 1599. On y voit que les

maîtres avaient la spécialité des « nopces, festins

et banquets, tant en leur maison qu'en autres

lieux >» ; de tenir hôtels meublés, de louer au

dehors couverts, vaisselle et linjïe de table. Les

« écuyers de cuisine, maistres queux, potagers,

hâteurs, enfans de cuisine ^ du Roy, de la Reine,

des princes et princesses » étaient reçus dans la

communauté sur la simple présentation de leur

certificat. Ceux des « présidens et conseillers »

devront en outre >< faire apparoir du fidèle

semce qu'ils auront fait à leurs maistres ».

De nouveaux statuts, datés d'août 166.3,

ajoutent aux trois titres de la corporation celui

de traiteurs. Celle-ci empiétait évidemment sur

les privilèges des marchands de vin, taverniers,

cabaretiers, rôtisseurs et autres commerçants de

même nature ; mais de nombreux arrêts (1680,

1698. 1701, etc.) maintinrent toujours ces

derniers à un rang inférieur. Je trouve dans Le

hnnquermiiier, pièce de Gherardi jouée en

1687 •'', le dialogue suivant :

CoLOMBiNE, déguisée en chevalier.

Ouand vous donnerai-je à souper chez Lami ?

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