‹ Dictionnaire historique des artsChapitre 34 sur 422 · ARTILLIERS — ASPIRANTS A LA MAITRISE · texte numérisé non relu

ARTILLIERS — ASPIRANTS A LA MAITRISE

Le fils de maître et Touvrier épousant ou la fille ou la veuve d'un maître étaient dispensés du chef-d'œuvre et tenus seulement de l'aire « une expérience simple telle qu'elle sera indiquée par les jurés, pour montrer de leur sufiisance ».

Chaque maître ne pouvait avoir à la ibis qu'un seul apprenti, mais le fils de maître servant chez son père ne comptait pas comme apprenti.

La veuve d'un maître élait autorisée à continuer le commerce do son mari et à trarder l'apprenti jusqu'à la fin des quatre années; mais si elle se remariait à un honnne etrano;er au métier, elle perdait tous ces droits.

Le colportage dans les rues était interdit.

Aucun maître ne pouvait faire liavaiUer hors de son atelier, « si ce n'est par un paouvre maistre qui n'a moien ni faculté de tenir boutique, pour luy donner moien de vivre et subvenir à ses nécessités ».

L'acheteur avait toujours le droit d'essayer les armes qu'il voulait acquérir, «d'icelles tirer trois coups, si lion luy sendjle, en la présence du vendeiu', poiu' sçavoir si elles sont bonnes et loyales ■>.

Huatre jurés admiiiistraient la corporation.

.\u iniiis de mai l(i!j4, la connnunaule des artilliers l'ut réunie à celle des arquebusiers.

Le titre d'ai'tilliers a été porté aussi par les fondeurs de canons.

Artisans. Voy. Artistes.

Artistes. En 1762 seulement, ce mot commence à prendre, dans le Dictionnaire de l'Académie, le sens qu'on lui attribue aujourd'hui. Jusque-là, c'est un qualificatif élogieux qui s'applique aussi bien aux ouvTiers qu'aux personnes cultivant les arts. Quelques citations vont moidrer comment ce mot a fini par acquérir sa si<i;nification actuelle.

Kn 1(587, le docteurN. de Blégny s'intitule luimême, en tète de l'un de ses ouvrages ' « médecin artiste ordinaire du Roy ».

En 1694, l'Académie définit ainsi l'artiste : « Celuy qui travaille dans un art. Il se dit particulièrement de ceux qui font les opérations chymiques. Ex. Il faut ostre un grand artiste pour préparer le mercure » .

Vers la même date. Tallemantdes Réaux dit du peintre Dumoutii'r qu'il « estoit logé au Louvi'e connue un céldire artisan ^ ».

V.w 1719, l'artiste est, pour Richelet, «l'ouvrier qui travaille avec esprit et avec art •' ».

En 1740, l'Académie reproduit textuellement sa définition de 1694.

Celle-ci se modifie dans l'édition de 1762, où on lit : « Artiste. Celui qui travaille dans un art où le génie et la main doivent concourir. Ex. Un peintre, un architecte sont des artistes. Il se disoit autrefois plus particulièrement de ceux qui font les npérations chimiques '■>.

1 lie r iisiiqe (Iti tlit^.

ï //ix/oriehes. I. III, p. 490.

3 iVuuveaii iliedonnaire fraiifois.

L'artisa.n est alors 1' « ouvrier dans un art inéranique. Homme de métier ».

Knlin, en 1771, le Dictionnaire de Trévoux s'exprime ainsi : « Celui qui excelle dans les arts méciiniques qui supposent de l'intelligence. On ilit d un bon cordonnier que c est un bon artisan, et d'un habile horloger que c'est im grand artiste ».

Ascenseurs (Constructeurs u'). Les ascenseurs paraissent dater du XVII* siècle. Une Mazarinade célèbre ' cite, parmi les curiosités du palais Mazarin « une chaise dans laquelle si quelqu'un s'assied, par des ressorts inconnus tirant une corde, il descend ou monte, les planchers étant percez pour cet effet ».

Mazarin ne tarda pas à avoir des imilatcurs -. bien que la construction de ces appareils laissât fort à désirer ^. Ils furent surtuut perfectionnés par l'ingénieux \ illayer. un académicien qui avait plus de guùt pour la mécanique que pour les lettres. Saint-.Simon ' lui attribue à tort « l'invention de ces chaises volantes, qui par des contre-poids montent et descendent seules entre deux murs, à l'étage qu'on veuf, en s'asseyant dedans, par le seul poids du corps, et s'arrêtent où l'on veut ». Il y avait déjà des ascenseurs de ce genre à Paris, à Versailles, à {'hantilly, etc.

Aspirants à la maîtrise. Jadis comme

aujourd'hui, l'ambition bien légitime del'ouvTier était d'arriver à travailler pour son compte. De nos jours, la concurrence est si acharnée, l'exercice d'un commerce ou d'une industrie exige des capitaux si considérables que ce but devient de plus en plus difficile à atteindre. Mais aux treizième et quatorzième siècles, l'ouvrier intelligent, qui ne pouvait guère, il est vrai, caresser l'espérance de faire une grande fortune, était du moins à peu près sur de conquérir son indépendance, de s'établir.

Dès son entrée à l'atelier comme apprenti, l'enfant était membre de la corporation, qui lui imposait des devoirs et lui reconnaissait des droits. 11 servait ainsi pendant le nombre d'années fixé par les statuts. Ce temps écoulé, l'enfant devenu homme n'était point tenu de travailler comme ouvrier. l'ien ne lempèchait d'aspirer au>sitùl à la mailrisi". dacquerir à sou tour le litre de maître.

Encore lui l'allail-il prouvei' qu'il élait digne de le porter. On lui demaiulait avant ton! de produire ce <(ue nous appelons aujourd'hui un certificat de bonnes vie et nuturs, de .se faire « créable que il soif preud'om et loial ' ». En général, il suffisait ([ue sdii maître s'en portât garant ''.

' Incftxtaire ttes infrri'illfs itu muniU rencunlrêes littns le ptihiis ilu ctiriliinil Mazarin, Hi4i*, in--i*.

- Talleiuanl dt^s liémix, Mis/nriet/rs. I. VI, p. 58.

•• Voy. unoanccilule laconlôr par li'/'(irf/iriVi«a, p. 159.

* .Yoles sur le journal île Dangeau. t. III, p. 295.

'> J.icre des métiers, titre I,X\1I, art. 1.

•• Livre des métiers, litre XL\ III , art. 9. — G. Depping, p. 40C.

ASPIRANTS A LA MAITRISK

Trois coiulitioiis étaient encore exigées, que l'on trouve clairement énoncées dans les statuts des cordiers : « Il puet estre cordier à l'aris qui veut, pour tant que il sache le meslier, et il a de ijiioi, et pour tant que // eurre ans m et ans foiistiimes dfl mestier ' ». Le eamlidat ù la maîtrise devait donc comparaître devant les jurés, leur prouver qu'il connaissait hien le métier, et qu'il possédait un capital sultisant pour s'él;d(lir ; eiilin. prêter le serment il'nliserver les statuts de la corporation.

Four s'assurer de la capacité professionnelle du candidat, les jurés se faisiiient souvent assister par quelques maîtres anciens et notables. Kuxmèmes tenaient leur charge de la conliance tles luaîtres et des ouvriers, l'examen présentait donc de sérieuses garanties sous tous les rapports. <■ Nus, disent les tailleurs, ne puet lever establie -, de ci adonc que •' li mestres qui gardent le mestier ' aient veu et regardé s'il est ouvi'ier •souHsant de coudre et de laillier ', Kt s'ils le treuvent soufisanl, il puet establie lever et tenir ostel comme mesire " ». Quiconque, disent les drapiers de soie, voudra s'établir. « il conviendra que il .saclie l'aire le meslier de ton/, poinz, de ^oy, sanz conseil ou avde daiilruv. et qu'il soit à ce examiné par les gardes du mestier " ». Les cordoniùers *. les tondeurs de drap ". les corro\euis '" sont tout aussi explicites.

Quelques communautés indiquaient aux jurés sur quel point devait porter l'examen, et quelle preuve d'habileté ils devaient exiger du candidat. Les fourreurs de chapeaux veulent & qu'il saiche fourrer de louz poins un cliapel " » ; les oublieui-s qu'il .soit capable de l'aire en une journée mille des petits gâteaux appelés nielles : « un mil de nieles le jour au mains '* >>. Il faut voir là l'origine du chef-d'œuvre.

Dans la plupart des métiers, ou n'avait rien à paver pour s'établir. On disait alors que le métier était franc ou libre, et les statuts s'expriment alors le plus souvent ainsi : << Quiconque veut estre forberes '•' à Paris, estre le puet franchement " », ou encore : ■< Il puet estre chanevacier à l'aris qui veut franchement '^ ». Pour les autres métiers ''^, il fallait acheter le droit de les exercer soit au roi, soit aux personnes à qui le roi avait concédé ou affermé ces revenus. Dans ce cas, les statuts emploient la formule suivante : « Nus ne puet estre puulaillier

' Litre des métiers, titre XIII, art. I.

- S'établir. On disait plus .souv»*nt leeer le métier.

'i Jusqu'à ce que.

* Les jurés.

9 Cesl ce que nous appelons aujourd*tiui couper. *• Livre des métiers, titre L\'I, art. 3. ' Licre des métiers, titre XL. art. 1.

* Litre des métiers, titre LXXXIV, art. 10. » Statuts de 1B84, art. I.

1» Statuts de 1345, art. 3.

" Litre des métiers, titre XGIV, art. 7. '- Statuts de mai 1270, dans G. Uepping, p. 350. '3 Fourbisseur.

'* Licre des métiers, titre XC\ II, art. 1. '3 Licre des métiers, litre I.IX, art. I. t*» Ils étaient au nombre d'une trentaine tout au plus vers 1268. Vov. le Licre des métiers.

à Paris, se il n'achate le mestier du Roy. El le vent cil qui l'a achaté du Roy. à l'un plus et à l'autre mains, si coiue il li samble boen ' », ou celle-ci : « Nus ne puet peschier - en l'iaue le Roy ■', se il n'achate l'iaue de (iiierin dti Bois, ù cui ancisseur ^ le roi Phelippc •"' le dona en éritage. El le veut cil (îueriu ù run plus et ù l'autre mains, si come il li semble bon * ». Le prix d'achat n'était pas toitjours ainsi laissé ù l'arbitraire du vendeur, el lesstaluls ont souvent soin d'indiquer le chiti're auquel il avait été ti.xé. Nul. disent les(;avelonniers, ne peut s'établir «se il ne paie X\ I s. pour le mestier au Roy ; des quex XVI s. li Rois a doué X s. à son mestre chambellant el \'I s. au chamberier de France ». Ces sonunes étaient perçues soit par les receveurs du domaine, soit par le mandataire du concessionnaire.

La troisième formalité exigée des ciindidats à la maîtrise était le serment, (^n le prêtait sur l'Evangile ou sur les reliques d'un saint, eu présence du prévût de Paris, des jurés ou de plusieurs maîtres. Si le candidat était « mal renommé » ou soupçonné « d'aucune vilonie », à ce moment encore la maîtrise pouvait lui être refusée ' .

Même dans les métiers où la maîtrise était gratuite, il ne faut pas croire qu'elle ne coiitàt au candidat qu'un serment. 11 lui fallait encore donner des vingt sous, des cinq sous, des douze deniers, etc., destinés au service de la confrérie, aux témoins de la réception, à former un fonds de secours pour les malades, enfin à se rafraîchir un peu entre amis *. Tout cela, sans préjudice de Vuboirrement et du past ', deux bons repas qu'il était forcé d'otfrir à ses nouveaux confrères. Mais à ce moment l'aspirant avait été reçu maître.

On décou\Te. dès cette époque, l'origine du compagnonnage dans l'obligalion imposée à l'apprenti libéré de faire un stage comme ouvrier avant de pouvoir s'établir el jouir de toutes les prérogatives accordées aux maîtres. C'est, d'ailleurs, encore au treizième siècle une très rare exception. Les faiseuses d'aumônières veulent que l'apprentie ne soit admise à s'établir qu'un an et un jour après qu'elle aura teriuiné son apprentissage : « Nulles des ou\Tières ne pueent estre mestresses oudit mestier jusques à tant que elle ait esté u)i an et un jor à lui puis que elle aura fait son terme, pour ce qu'elle soit plus soulille ' " de son mestier faire " ». Il en était de même chez les tisserandes de soie *- et chez

* .K l'un plus, à l'autre moins, comme il lui semble bon.

* Pêcher.

■• La partie de la Seine qui appartenait au roi. \<jy. l'art. Pêcheurs.

* .\ l'ancêtre de qui.

3 Philippe-,\uguste.

•> Licre des métiers, titre XCIX, art. I. " \'oy. l'art. Serment.

8 Voy. l'art. Pourboire.

9 Voy. ces di'ux mots.

"• Habile. — « Plus soutive a, disent les tisserandes de soie.

11 Statuts de 1299, dans Depping. p. 384. I- Litre des métiers, titre XXXVIII, art. 1.

ASPIRANTS A LA MAITHISE

les épingliers *. Les boulangers exigeaient de l'apprenli libéré un stage de quatre ans, et ce temps écoulé ils procédaient solennellement à son installation.

L'importance que prit peu à peu la maîtrise en rendit l'accès de plus en plus difficile. Si l'on se rappelle les multiples lornialilés imposées à 1 l'iifaiit qui se présentait comme apprenti, puis an jeune homme voulant servir comme ouvrier, on ne s'étonnera pas de voir la corporation se montrer exigeante vis-à-vis de celui qui liriguait le lilre envié de maître.

Il fallait être Français ou naturalisé. Les boulangers excluaient même « les Suisses établis en France ». Il est vrai qu'ils excluaient aussi « les tils de France, princes du sang, ducs et pairs * ». Mais cet article, qui pourrait donner une haute idée des charmes qu'offrait alors le métier, est certainement un souvenir de l'autorité exercée sni' les boulangers par le (îraiid panetier, autorilé ii la(|uelle le duc de Brissac ne renonça qu'en 1711.

Le candidat devait être enfant légitime et produire un certificat de bonnes vie et mœurs. Les vergetiers prennent soin de nous prévenir qu'on repoussait tout compagnon ayant attenté « à l'honneur des femmes de leur maisire, filles, parentes ou servantes de leiu' maison •• ». Kn 1594, les orfèvres refusèrent de recevoir un fils de maître « en raison du dérangement de ses mœurs * ». Le fait est assez étrange et assez rare pour permettre de supposer que ce mauvais sujet avait alors perdu son père. Les lingères veulent qu'on repousse « d'ores en avant aucunes femmes ou filles blasmées ou scandalisées de leur corps ^ ; » et les bouquetières déclarent déchue de son titre toute maîtresse « convaincue d'avoir fait faute en son honneur' ». Ce que l'on sait de l'histoire de ces deux communautés prouve qu'elles eussent été à peu près dépeuplées si l'on eût observé trop à la lettre ces dures prescriptions.

L'édil de 1581 avait défendu de conférer la maîtrise à tout candidat ayant moins de vingt ans '. Les communautés appliquèrent cette règle au compagnon qui se présentait , mais ils se gardèrent bien de l'opposer au fils de maître ; celui-ci était reçu à tout âge, même à quinze ans *, même au-dessous de cet âge, « afin de lui conserver l'établissement de ses père et mère », si ceux-ci étaient décédés*. Les ferrailleurs admellaienl les fils de maître à vingt ans, les compagnons à vingt-cinq ans seulement ; les uns et les autres devaient être mariés ". Les maréchaux recevaient le fils de maître à vingtquatre ans seulement, si ses parents vivaient

1 /,irrf fies métiers, titre LX. art. 4.

2 Siiituts il.' 17-l(i, arl. ay.

■' Slaluls ili> 1659. art. a4.

4 Lri-oy, p. 82.

■"■ Statuts de 1485, art 1 6 Statuts de 1678, ail. 19.

■ Article 18.

• vvmcie lo.

** Huurrt'liers, arrêt du 15 janvier 1"41 « Chanuti.rs, statuts di. 1745, art. 14 1" Statats di' IC8C, art. 12 v\ 13.

encore, dès dix-huit ans s'il les avait perdus * . Enfin, l'édit d'août 1770 fixa l'âge minimum de l'admission à vingt ans pour les hommes et à dix-huit ans pour les femmes *.

L'article 2 des statuts doimés aux apothicaires en 1353 exige que les maîtres sachent « lire leurs receptes ». Henri II. par édit de mai 1554, défendit de recevoir aucun orfèvre qui ne siit « lire et écrire ' ». La corporation prolesta, disant av<'c raisoti ([u'il pouvait se rencontrer des sujet.s très habiles dans leur art et n'ayant pas eu le temps d'apprendre autre chose. Le roi céda, et l'on se contenta de demander aux candidal-s qu'ils sussent lire. En 1639, les limonadiers ne reçoivent que des compagnons sachant lire et écrire *. Kn fé\Tier 1651, sur vingt-deux maîtres maréchaux réunis en présence du prévôt de Paris, deux seulement déclarent « ne sçavoir escrire nj signer ^ ».

l']n 1660, on exige des jurés qu'ils sachent « lire fl écrire autant qu'il convient à ladite charge " ». Kn 1686, loul aspirant imprimeurlibraire ou relieur doit « eslre cony-ru en langue latine et savoir lire le grec, dont il sera tenu de rapporter le certificat du recteur de l'Université '' ».

Les boulangers n'admettaient un compagnon à la maîtrise qu'après avoir constaté « qu'il n'est atta([ué d'aucun mal dangereux qui se puisse cumnniniquer" ». Les vinaigriers lui demandaient également d'être <■ sain de son corps et net dans ses habits ' ».

C'était une règle à peu près générale de n'admettre à la maîtrise que les apprentis de Paris '". Un relieur, nommé Pierre des Vignes, ajant été reçu maître, bien qu'il eût fait son apprentissage en province, un arrêt du 26 mai 1615, confirmé par sentence du prévôt du 14 mars 1618, lui interdit d'engager aucun apprenti et d'occuper auctm ouvrier, « et néantmoins, sans tirer à conséquence, est permis audicl sieur des Vignes d'exercer ledicl estât de reliettr'*. » Toutes les communautés ne se montraient pas aussi sévères. Les écrivains se bornent à exiger que le candidat « ait habité Paris pendant trois mois au moins '*. » Les couteliers '■', les fourbisseurs '*, les plombiers *''.

I Slatut.s dr 1G51, arliclu» additiuniii'ls.

•■' .Vrticl.- 1.

l .\rlic-l.' 2.'i.

'' Hililiiilli. nationali", m.ss. français, n" 21.70fi, 1*" 38.

'■ 'l'ailli urs, slaluls de ICOO, art. 24.

" Statuts, art. 40. — l'uur li'.s ndii'urs, arl. 5.

" Slaluls de 1059, arl. 11 ; de 1740, art. IG.

:' Slaluls de 1559, art. 12; de 1501, art. 14: .le 18.".8, arl. •>.

I" l^àlissjers, statuts de 1506, art. 1. Lapidairps, ^laluls de 1585, art. 2. Librairi's, Ktaluts de 1618, arl. 17. Menuisiers, statuts de 1645, art. 11. Horlogers, statuts de 1640, arl. 8. Clia|ieliei-s, statuts de 1058, art. 4. Couturières, statuts de 1075. arl. 4.

'I Voy. L. ^uchA. Recueil lies slaluls elrrglrmns lies iiiarciaHtls libraires, imprimeurs el relieurs de Paris, art 22. p. 23.

I! SUituts de 1570. art. 10.

'■' Statuts de 1565, art. 5.

'* Statuts de 1027, art. 37,

15 SUtuts de 1048, art. 10.

ASI'IHAN'I'S .\ I.A MAITRISK — ASTROLO(iUKS

etc., lui (lemaiuleiil di- servir iiii iiuiitri' de l'aris peiul.ml lieux ou trois ans.

1, "article 6 de l'édit de décembre 1581 avait accordé aux maîtres reçus à Paris le droit de s'établir dans toutes les villes du rovaume. Ce orivilèjje lut renouvelé par un arrêt du "i^t janvier 1742 qui, je ue stiis pourquoi, lit une. exception a l'e^ard de la ville de Koueu.

Le compagnon qui remplissait toutes les conditions que je viens d'énumérer devait encore, avant d'èli'e reçu muitre, donner une [)reuve de son habileté dans le métier qu'il exerçait. 11 ott'rait donc d'exécuter le travail, <[nel i[u'il lût, qui lui serait désigné, el ce travail portait le nom de vhef-J: autre. Dès la fin du (luinziéme siècle, il est exigé par pres([ue toutes les corporations, et il ue sera plus supprimé ([ue par l'Assemblée nationale eu 1791. *

Voy. Clief-d'œuvre. — Corporations, etc., etc.

Asseeurs et Asseieurs des Tailles. Voy.

Asseyeiirs.

Assenciers. Voy. Accenslers.

Asseyeurs des tailles. (Juand le roi ordonnait une levée de deniers, il fixait le montant de la somme qu'il voulait obtenir, et les habitants s'imposaient eux-mêmes au prorata de leur revenu. Trente ou quarante bourgeois « bons el loiaux, » pris parmi les plus riches et les plus considérés, choisissaient à leur tour des répartiteurs dits «.Mcye'îir*, asseieurs, asseeurs, etc. Ceux-ci juraient « sur les saintes Evangiles que, Lien et diligeanuneut, ils asserront ladite taille, ne u'espagneront nul, ue n'engraveronl nul en quelque manière que ce soit ' ».

AssTireurs de contrebande. Le décret

du 18 octobre 1810 les assimile aux « entrepreneurs de fraude en marchandises prohibées. » L'article 15 veut qu'ils soient ^< punis de dix ans de travaux forcés et de la marque des lettres V. 1). i ».

Assureiirs contre l'incendie. C'est au

dix-huitième siècle seulement que l'on se préoccupa sérieusement de créer une assurance contre l'incendie. Vers 1770, une société établie à Paris se chargeait de l'aire ramoner les cheminées de ses souscripteurs, et « moyennant une modique somme qu'on paieroit tous les ans » proposait <;< d'indemniser et de se rendre garant envers les propriétaires des dommages qu'ils auroient soufferts pour les incendies arrivés à leurs maisons''». L'innovation nent aucun succès, et la société dut liquider.

En novembre 1786 et en novembre 1787, des arrêts du Conseil autorisèrent l'établissement de

1 Vu^'. Ducangi', Glossaire , au mot tatiia , ft les OrJonn. royales, t. 1, p. 291.

^ Merlin, liéprrloire tU JHrispruiUnce, t. III, p. 10-1. •• Jaubert, Diclionnaire, t. iV, p. 53;).

deux compagnies nouvelles ' , qui no survécurent pas à la Révolution.

Assureurs maritimes. L'ordonnance d'août 1()81 sur la marine permet « de faire assurer les navires, marchandises el autres ell'ets qui seront transportés par mer et rivières * ,>>, el l'édit du m mai 1()8(5 créa à Paris « une compagnie générale des assurances ■• ». Une autre société de ce genre, datant de janvier 1750, parait avoir prospéré ; au délinl de la Revoliiliim. son hurean était établi rue de la .Jussieniie.

Assureurs sur la vie. Le \i novembre 1787, un arrêt du tjonseil autorisa la création d'une compagnie d'assurance sur la vie ; un second arrêt, daté du 26 juillet 1788, confirma le privilège qui lui avait été accordé '.

Cette compagnie sombra pendant la Révolution.

Astomates (Constructeurs d'). \'oy.

Automatistes.

Astrologiens. Voy. Astrologues.

Astrologues. Tous les secrets du ciel leur étaient dévoilés, et ils en vinrent à transformer le corps humain en un véritable système sidéral. Ainsi, suivant la doctrine de Corneille Agrippa, le célèbre médecin de Louise de Savoie ^ :

Le Soleil préside au cerveau et au cœur, aux cuisses, aux moelles et à l'œil droit.

Mercure préside à la langue, aux mains, aux jambes et aux nerfs.

Saturne préside au sang, aux veines, aux narines et au dos.

Vénns préside à la bouche, aux reins et aux organes irénitaux.

La Lune s'attribue tout le corps, mais plus particulièrement le cerveau, l'estomac et les poumons ".

Marsile Ficin. qui avait fait du 7.odia([ue une étude approfondie, nous apprend à son loin- que"

Le Bélier préside à la lête el ii la face.

Le Taureau préside au cou.

Les Gémeaux président aux bras et aux épaules.

Le Cancer préside à la poitrine et à l'estomac.

Le Lion préside au cœur, au t'oie et au dos.

La Vierge préside aux intestins.

La Balance préside aux reins, aux cuisses et aux fesses.

Le Scorpion préside aux organes génitaux internes.

Le Sagittaire préside aux organes génitaux externes.

t Isambei't , Anciennes lois fnnfnises , t. XX\I1I, p. 2G'J et 41)3.

î Tiliv \'I. Dans I.sambi'rt, Anciennes /ois françaises, I. XIX, p. 322.

'■) Dans Isambert, Anciennes lois françaises, t. XIX, [1. 550.

i Isambert, Anciennes lois françaises, t. XXNIII, p. 463 il «04.

5 Xléiv lie Kranriiis I", Agrippa mourut en 1535.

S C. -Vgrippa, J'hilusophie occulte,. \~'il, inS-", l. I, p. 62.

ASTROLOCiUES

Le (Uipricunie préside aux i^ciiuux.

Le Verseau préside aux jainhes.

Les Poissons président aux pieds '.

Les comètes tierinenl aussi les pauvres mortels dans leur dépeiidance, et agissent eu sens divers selon les rapports ([u'elles contracleul avec telle étoile ou telle sij^ne du zodiaque. Le jour et l'heure de iiotr(^ naissance nous placent sous la domination spéciale d'un astre, dont nous sommes condamnés à partager la constitution, et qui rég'iiera sur nous tant que nous resterons dans ce monde.

Pianotes, sig'nes du zodiaque, comètes sont donc répandus dans l'espace exclusivement pour nous. e( ils usent de leur pouvoir soit pour nous proléj^er, soit pour nous nuire. Il semble que (îiiaeun de nos org'anessoil lié à eux par des fils, ([u'ils l'ont mouvoir tantôt à leur volonté, tantôl en vertu de lois précises dont les astrologues ont pénétré les mystères.

On comprend de quel secours était une pareille science dans le traitement des maladies, par exemple. Aussi tout médecin devait-il être doublé d'un astronome. Le ciel avait été divisé par eux en douze maisons^ correspondant aux douze signes du zodiaque, et que parcouraient successivement les sept planètes alors connues. 11 y avait dès lors des conjonctions lâcheuses et des conjonctions favorables ; le grand art du médecin était de les déterminer et d'en tenir compte pour organiser le traitement. Une blessure au bras reçue pendant que la lune séjournait dans le signe des Gémeaux était par cela seul très dangereuse. Dans les mêmes conditions sidérales, il fallait s'abstenir de toute saignée. « Les chirurgiens ont observé ([ue bien souvent il survient mal au bras après que la veine a esté ouverte durant le temps que la lune passoil sous le signe des (iénieaux - ». Quand Louis XI octroie (le nouveaux statuts aux bariiiers, médecins et chirurgiens, il ordonne que chacun d'eux ait chez soi, en manière de codex, le calendrier de l'année •'*. Avant de prescrire un médicament ou de faire ime opération, ils pourront ainsi s'assurer ([ue la situation de la lune est favorable.

Le médecin appelé auprès d'un malade commençait par établir son diagnostic puis il étudiait l'état du ciel. S'il se trouvait, par e.xemple, en présence d'une atiéction de poitrine, et que la lune fût dans le signe du Cancer, il n'ordonnait aucun traitement jusqu'à ce ([u'elle l'eût quitte.

Les asires exerçaient aussi leur action sur les plantes médicinales, dont les effets étaient tout dilférents, suivant qu'elles avaient été l'écoltées au moment de la pleine lune ou dui'ant le premier (juartier. Les plantes elli's-mèmes témoignaient d'afliiiités pour certains organes déterminés. Des l'essendilances imaginaires, des particularités de leiii' conformation les avaient fait considéi'er

' Œueres Irad, par de la Hurdeiii', 1582, p. 120. 2(!t. l")îtriul, />*? in lirépnrittton des méiticnmetts, 1580,

3 Oidoiin. do janvier llliS, dans les Ordonn. rurales, t. XVI, p. 4(Î9.

connue efficaces dans telle ou telle maladie. L'ecliium vulgare étant tiichelé comme la vipère, on le nomma vipérine, et on le prescrivit contre la piqûre des serpents : la pulmonaire étiiit un spécifique des aliéctions du poumon, et le suc jaune de la grande chélidoine passait pour souverain contre les maladies du foie. C'est ce que l'on appelait /'/ doctrine des signatures *.

Le wige roi Charles \ ne prenait aucune détermination sans avoir consulté son aslrolotjue en titre Thomas de Pisjin, père de la savante Christine. Ses successeurs agirent de même.

Simon de Phares, « astrologue royal » de Charles \ III. a dressé une liste curieuse de ses confrères.

M. Jal a retrouvé les noms de (juelque^-uns de ceux qui furent attachés olficiellemenl ii la personne de Charles VII, de Louis XII et de Henri III -. Tous étaient qualifiés « astrologien et médecin >>, et recevaient, outre leur émoluments, d'incessants témoig'na'res de la faveur (|ue leur accordait leur maître.

Charles ^'II possédait deux astrologues en litre.

Angelo Caltho, archevêque de Vienne et aumônier de Louis XI, avait conquis les bonnes grâces du roi par son habileté ii prédire l'avenir.' Louis XI en consultait bien d'autres, qui rivalisaient d'intluence à côté de Tristan l'Hermile, d'Olivier le Dain et do Coitier. Pierre Chomet et Jac(|ues Lhoste , Jehan d'Orléans. François Patenosire et .Jacques Cadot sont mentionnés dans les comptes royaux, les uns comme « médecins et astrologiens, » les autres comme « astrologiens et chirurgiens » du roi.

Catherine de Médicis , nièce du pape (élément VIL accordait une confiance sans bornes aux prati(]ues de l'astrologie. Elle avait amené en France avec elle un sieur Luc (iauric, devin de profession. (|ui tira l'horoscope de Hem'i II. Le peu de succès qu'cjblinrenl ses vaticinations le décidèrent à regagner Rome, où le pape Paul III le fit évêque de Civita Ducale. Catlierine lui donna pour successeur Michel de Notre- Dame •', savant docteur de Montpellier, qui exerçait la médecine dans le midi avec autant de désintéressement que de succès.

Hem-i W lui-même, le fin et sceptique Béarnais doit figurer sur celle liste des adeptes de la science astrologique. .\u moment de la naissance du Dauphin, il ciiargea le docteur Roch le MaiHif, sieur de la Rivière, de tirer son horoscope, et celte opération fut plus lard i-écompensée pai' le titre de premier médecin du roi. Héroard. qui venait d'èlre nommé premier médecin du Dauphin, n'oublie pas de mentionner <!ans son .Jonrnal ([ue le petit prince est né « le 27 août 1001. ipialorze heures dans la lune nouvelle, il dix heures et demi et demi quart * >^. Il nous apprend aussi que, durant sii grossesse, la reine « demandoil souvent combien on lenoil

' HiMUs.sais, DMirinfs médicalts, I. 1, p. 300.

* Dictionnaire eritione, art. .\sli*olo^ies. '^ Kii lutin Nostradamus.

* 'l'oiiie I, p. 2.

ASTROLOr.UES — ATOUHNKRESSES

df lii huit', cruiy^iiiiul d'accoucher d'iiiif lille, sur l'opiiiiiin vulgaire (|ue les femelles naissent sur le décours et les niàles sui' la nouvelle lune ' ».

Pendant très lon(;tenips encore, toutes les cours de riMunpe possédèrent un astnilojj^ne en litre, et il ne naissait pas un personna^^e de (|nel([ue importance s<ins (|ne l'astrolofjue l'ùt appelé ii tirer son horoscope.

.\ la cour comme à la ville, l'astrologie n'avait rien perdu de son crédit sur la Kn du dix-septième siècle, les astres continuaient ù e.xercer une action directe sur l'humanité, qui devait compter sans cesse avec les malins aspects des pianotes, leurs conjonctions favorahles ou fâcheuses. Ivi KiôS. François Thévenin, chirurgien ordinaire du roi, professait ijue la saijjnée est contre indiquée ^< au premier et an dernier quartier de la lune - •■•. Kn 1688, le docteur .\nl. Forclion publiait son traité J)e la nécessite lie Fastronomie pour e'iuilier lu médecine, k cette époque, les chirurgiens croyaient encore que Topériition de la taille ne pouvait réussir qu'au priidemps el en automne. Les médecins estimaient aussi que l'usage des eau\ minérales devait être restreint aux mêmes siisons. « que dans les autres elles éloient mortelles. ••> Dionis comlnit ces deux opinions, mais il déclare que l'opération de la cataracte ne saurait être l'aile sûrement qu' ^< au printemps et à raulomne, el au déclin de la lune ■' ».

Le sceptique (Jui Patin, l'ennemi acharné des charlatans, des alchimistes et des astrologues, n'en écrit pas moins à son ami le médecin (Charles Spon : « Un peu de soin que vt)us apporterez à l'éduciilion de votre petit nouveau-né le garantira des accidens dont vous craignez qu'il soit menacé pour être né dans la nouvelle lune * ». Il a soin de constater aussi que Scaliger est mort « la veille d'une éclipse * ». *

Voy. Devins.

Astromanciens. Voy. Astrologues.

Atacheeurs. Voy. Atachiers.

Atachiers. La Taille de 1292 cite sept et celle de 1301) six atachiers ou atacJteeurs. Leur métier consistait à fabriquer les petits clous à lèle décorée qui, sur les ceintures de cuir ou d'étoffe, fixaient les ornements, la boucle el le mordant.

Le mordant * était la plaque de métal qui, placée à l'extrémité de la ceinture, en facilitait l'introduction dans la boucle. On lais.sail alors pendre parfois la ceinture jusqu'à terre ; le

' Tomi- I, p. 4.

' Il ajuule : « Faut rncoro que It' ventre iiit vuidé ses supei'fluitez, cause à que la nature abhonanl le vuide, les veines succeroient et se rempliroient des excrémens retenus ». Œuvres, 1658, p. 30.

' Opérations de chirurgie, édit de 1714, p. \"i-

' Lettre du ~ mars Ifiôl.

^ Lettn' du 8 janvier 1050.

^ En latin moriinciuiu . mortianlus, morsus. Ducange se trumpe quand il traduit mordaeiuvi par agrafe.

mordant, toujours large et lourd, ICnipéchait de s'enroider si elle était en peau, de llotter si elle était en étoffe.

Les statuts des atachiers leur permettent seulement l'emploi du fer, de l'archal, du laiton et du cui\Te. L'apprentissage durait huit ans pour l'enfant sans argent, six ans pour celui (]iii pouvait disposer de vingt sous. Mais une Ires sage disposition, dont je n'ai pas trouvé d'autre exemple, n'autorisait le maître à prendre un apprenti (jue s'il avait en même temps ini ouvrier; on voulait, ([uen cas d'absence de son maître, l'apprenti ne restât pas sans surveillance. 11 était, en outre, interdit d'engager un apprenti avant d'avoir été établi pendant un mois et un jour au moins '.

On trouve encore, dans la Taille de 1202, deux estacheeurs, que Géraud assimile aux atachiers -.

Les atachiers ne figurent plus dans VOrdunnance des Bannières ;'l4(J7 .

Voy. Cloutiers.

Athlètes. \ oy. Hercules.

AtireeuTS de biisches. Cette profession m'est fournie par la Taille de 1292. Il s'agirait, dit (iéraud. de gens qui se tenaient sur le bord de la rivière lorsque les eaux étaient grosses, el qui liraient sur le rivage les bois qu'elles charriaient ^.

Atourneresses. Ce mot désignait, au moyen âge. des coiffeuses de femmes *, el aussi les ouvrières qui confectionnaient les atours. mot générique par lequel on désigiui, du quatorzième au quinzième siècle, les riches coiffures des dames, les escoftions et les hennins entre auli-es.

Les uns et les autres firent leur apparition vers la fin du quatorzième siècle, « et quelque guerre qu'il y eut, écrit Juvénal des Ursins, tempestes et tribulations, les dames et damoiselles menoient grand et excessif estai, et cornes merveilleuses, hautes et larges. Et avoient de chascun costé deux grandes oreilles si larges que, quand elles vouloienl passer Thius d'une chambre, il falloit qu'elles se tournassent de costé el baissassent, ou quelles n'eussent pu passer. La chose desplaisoit fort à gens de bien ^». L'escoffion représentait une sorte de coussin revêtu d'une résille el presque toujours enrichi de joyaux. Le coussin était souvent remplacé par des liourrelels d étoffe ou même de linges empe.sés. ce qui permettait de varier la forme de l'alour ; on eut des escoftions en cœur, en trèfle, à cornes, etc. ''. Eustaohe Deschamps, dans une ballade célèbre, reproche aux femmes de son temps les continuelles variations de leurs

t I.icre lies méiiers, litiv XX\'.

* Paris sous Philiupe-le-Hel, p. 508.

■1 Râles lie la Taille de 1292, p. 485.

* Voy. l'art. Coiffeui-s.

J Histoire de Charles VI. édit. Michaud, p. 533. 6 Voy. Monifaucon, .Vonumens de la monarchie, t. III, p. 68, et t. IV, p. 60.

ATOUKNKRESSKS

coiffures, el Itnir fait observer que le cerf change Il siirnue seulement une fois par an :

Wrn voit It's O'Ts naturrli'iiu'iit niU'T

L'an une foi/, le lucrrien de l»'iirs ^•.sles,

Et leur .souflisl un an (îellui juii-ler

Sani! ciianjjenient. Mais les dames .sont prestes

D'entrecliangier aux jours communs, aux festes

1,'abit des ehiefs en estrange manière *.

Le mot escoffion et son iliniiniitif scnffîon restèrent dans la lanjjue jusqu'au dix-liuitiènie siècle '. Kn 1054, Mazarille dit encore à Célie :

D'abord li'urs scofHons ont volé sur la place 3.

Sous l'influeiice d'Isabeau de Bavière, les atours prirent mi énorme développement en hauleur, préparant ainsi l'avènement du hennin, coiU'ure de dimension extravagante, seyante pourlaul, et dont on a peut-être trop médit. Klle se composait, comme on sait, d'un cornet terminé soit en poinle, soit en cône tronqué, et sur le(juêl flottait un voile, dit flucard, qui descendait au moins jusqu'au bas ili-s reins. Les bourgeoises se conlenlaienl d'un pelil hennin de cin([iiante à soixante centimètres ; mais les grandes dames ne craignaient pas d'arborer de noljles hennins élevés d'un mètre, el aussi d'exaçrérer la lontrueur du voile. « Les femmes, dit Louis Guyon * couvroyenl leur teste d'un haut bonnet, pointu comme un pain de succre, el il y avoit des basions dedans pour luy faire garder sa forme, qui esloit coustumièremenl de couleur violette ou rouge, de matière de drap pour les vidgaires, et de taffetas, de salin ou de veloux pour les nobles et illustres. Et contenoyent tous leurs cheveux soubs ce chapeau pointu. El y avoil une Ijride qui passoit soubs le col pour le faire tenir, car le vent l'eusl fait voler à tout coup. Mais il avenoit souvent que, passans à ciieval soubs des arbres ou lorsqu'elles vouloienl entrer dans des logis où les portes esloyent basses, que leurs chapeaux tomboyent. les brides rompues. Aussi quand leiu's maris les battoyent, la première chose estoit de faire tomber ce bonnet à pain de sucre».

Les miniatures des anciens manuscrits nous prouvent néanmoins que cette coiffure présenl^iit assez de stabilité pour permettre l'exercice du cheval. La noble dame passait la queue du flocard sur son bras gauche, et pourvu qu'elle ne s'engageât pas sous de trop jeunes taillis, chevauchait avec sécurité.

Les prédicateurs du quinzième siècle se décliaînèrenl contre les hennins, leur déclarèrent une guerre implacable. La mode de ces clochers ambulants avait débuté dans le nord, dans les Flandres, l'Artois, le Cambrésis, le Ponthieu. Elle y fut aussitôt altaipiée par un religieux Carme, originaire de Rennes, el que l'on trouve nommé Thomas (louetle, Conette, Connecte, etc. Frère Thomas qui, parait-il, était doué d'une éloquence très persuasive, quitta un beau jour

i Kdil. Tarhé, t. I, p. 111.

- \'"y. le Dietiuiimiire de Tréroux, au mot escoffion.

•' J.'éluurili, acte \', se. 0.

* Diterses le(om, édil. de l(i2,"), I. II, p. laa.

son couvent, et se mil à parcourii- le monde, déclamant avec véhémence contre les désordres du clergé, contre le luxe des femmes el surtout contre leurs bonnets démesiu"és. II réussit très bien. On vit même des enfants poursuivTe et abattre à coups de pierre d'audacieux liennins dans les rues. Les femmes, dit finement .MonsIrelel (et après lui Paradin) agirent comme les limaçons, « lesquels quand ils entendent ([uehiue bruit retirent et resserrent tout bellement leurs cornes : mais le bruit passé, soudain ils les relèvent plus grandes que devant. Ainsi firent les dames, car les hennins et atours ne furent jamais plus grands, plus pompeux el superbes qu'après le parlement de frère Thomas * ». L'austère Carme eut le lorl de vouloir élendre .ses réformes sur un autre terrain que la toilette féminine, de sorte que ce fougueux adversaire des hauts bonnets fui brûlé vif en 14:J4.

Dans l'inlervalle, les liennins avaient conquis Paris. 11 se trouva bientôt un autre religieux pour les Combattre, frère Richard, un Cordelier qui fui confesseur de .leanne d'Arc. En 1429, il prêcha le carême dans le cimetière des Innocents, et autour du « hault eschafTaut » qu'il y avait fait élever, se pressèrent à certains jours plus de six mille auditeurs. L'enthousiasme qu'il excita fut tel que l'on vit des fennnes allumer un grand feu au milieu île la rue el y jeter pêle-mêle leurs vaniteuses coiffures et leurs pompeux ajustements. « Et vraiemeni, dit le Bourgeois de Paris dans son Journal, dix sermons qu'il fist Irournèrent plus le peuple à dévocion que tous les sermonneurs qui, puis cent ans, avoieiit presché à Paris - ».

Frère Richard ne fut pas brûlé comme frère Thomas, el il obtint un succès tout aussi grand, tout aussi durable. Le carême à peine terminé, les hennins reparurent plus riches et plus hardis que jamais.

J(! fais lever ces bonnets et atours

Sy haultenient cpiils ressemblent à tours,

disait l'Amour dans une satire du poêle Pierre Michaiilt ^. El MonsIrelel écrivait, trente-huit ans après les sermons de frère Richard : « Les femmes meirent sur leurs lestes bourrelets à manière de bonnet rond qui s'ameniiisoil par dessus, de la hauteur de demie aulne ou de trois quartiers * de long : tels y avoit, el déliez couvrechiefs * par dessus, pendans par derrière jusques à terre " ».

A la fin du siècle, le Cordelier Pierre des Gros présenlail encore les hennins comme une invention salanique : « Ce grand eslendard que porlenl les femmes, écrivait-il. ce grand cou\Tecliief délié qui leur pend jusques à leur derrière, c'est signe que le dyable a gaigné le chasteau

I Xlonslrelet, Chroiiiqur, t. IV, p. 304. Le texte que je re|iioduis est relui de Paradin, liv. III, p. 701. ' Edit. Tucley, p. 234.

•' J.H ittmcf aux arruff/rs, édil. de 1748, p. 10. * Ti-ois ipiart.s d'aune.

•' \'oiles.

« MonsIrelel, édil. de 1572, t 111, j-. 130.

ATOURXERKSSKS — AIMoMl'.h'S

contre Dieu. Quant les pens (riinnes ji^aignent une place, ils mettent leur estendarl au-dessus ' y^.

\ (ly. Chaperonniers.

A tourneuses. Voy. Coiffeurs.

Atres (Faisei'hsd'). Madame de Maiulenon, n'elaiil encore que la veuve .Scarron. olitiiil, eu septenilire 1H74. un lirevet d'invention pour .< faire l'aire des iistirs à des fours, fourneaux et cheminées d'une mnivelle inventi<in - ».

^'ov. Fumistes. — Foëliers, etc.

Attendant maîtrise. Un nommait ainsi l'apprenti libéré de son service et devenu compatruon. qui s'engafrenil chez un maître pour le nombre d'années à l'expiration des(]nelles il lui était permis de devenir maître. On le qualIKait ainsi afin de le distinj^uer des ouvriers (icmt le compaijrnonnaf.je lé;;al étail achevé et qui ne recluMchaienI pas la maîtrise.

Voy. Aspirants et Compagnonnage.

Attente Skm.vine de i.'). Dans les statuts des métiers et dans les ordonnances du moyen-àfje. ces mots dési>;nenl toujours la semaine de l'Ascension, qui rappelle l'attente du Saint-Esprit.

Attiseurs. Chez les eiu-lumiers, ouvriers qui maintenaient le charbon par dessous l'enclume pendant qu'on forgeait.

Attomés ou Attournés. Noms qu'ont

porté les procureurs.

Aubergistes. Voy. Hôteliers.

Auditeurs-examinateurs des comptes. Deux offices jiu'és créés dans chaque communauté ouvrière par édil de mars 1694.

Aidmuciers. Voy. Aumussiers.

Aulneurs. Voy. Auneurs.

Aulx. Voy. Ailliers et Mesureurs.

Aumône. Dans le Lirre des métiers et dans les ordonnances du moyen-âge, ce mot désigne parfois un office du soir : « Nulle fillaresse de soie ne doit on\Ter... puis que le aumosne est sonée à Saint-Martin des Chans •* >■>.

Aumônières (Faiseuses d'). Au treizième siècle, la bourse dont se servaient les femmes de haute condition se nommait aumdnière. Elle était en toile, en maroquin, en soie ou en velours, brodée et richement ornée. Elle pendait sur le côté, soit à droite, soit à gauche, au bout d'une chaîne ou d'une tresse, qui elle-même s'attachait à la ceinture.

* Le jardin des nobles (inédit). Extrait publié par P. Paris, dans Les manuscrits de la Bibliothèque du roi, t. II, p. 156.

* Deppinj^, Correspondance administrative sous Louis

.v/r, I. I, p. Liv.

3 Livre des métiers, titre XXXV, art. 3.

Le commerce des auniAiiières était surinul lail par les merciers :

J'ai les diverses aumosnlères Kt de soiu e! do corduuan, Que je vendrai encor oan.

Et .si l'n ai de pleine loile,

lit-on dans le Dit d'un mercier. Leur- fabricalinn suffisait pour occuper toute une cor|)oration. (|ui prenait le titre de faiseuses irnumnsnih-es sarruziiiiiises, sans doute parce ([ue les aumônières avaient été, à la suite des croisades, imitées du costume oriental.

M. Depping a retrouvé et pulilié ' les statuts que cette corporatiiui fit homologuer par le prévôt de Paris Guillaume Thihnut nu miu's de mars 1299.

On y voit (]ue chaque maîtresse ne pouvait avoir plus de deux « appreutices ^^

La durée de l'apprentissage était de six ans pour l'enfanl qui apportait 4 livres i400 fr. '?), de Iniil ans pour celle qui apportait 40 sous, et de dix ans poin- celle qui étail sans argent.

Deux jurés (hommes), « establispar la volenlé au prévosi de Paris », surveillaient le métier.

('es statuts sont souscrits par les 124 « mestresses et ouvrières d'aumosuières sarraziuoises » qui composaient alors la corporation.

Un passage des miracles de saint LnvAS nous montre qu'au treizième siècle les femmes du monde et même les religieuses se livTaienl à ce genre d'ouvrage. On lit. d'ailleurs, les \ers suivants dans le Roman de VEscoufjle. que je Irotive cité par M. Francisque Michel - :

Il sont jusc' ;i la chambre aie Où sa fille est et ses puceles...

Ki font orfrois et auniosnières Et joiaus de maintes manières.

On trouve plusieurs aumônières des treizième, quatorzième et quinzième siècles reproduites dans le Dictionnaire du mobilier de M. MoUeLle-Duc '. Voy. aussi le Glossaire archéologique de M. V. Gay *.

V03'. Boursiers.

Aumôniers. Dans toute « maison de qualité >•>. l'aumônier tenait le premier rang parmi les « officiers et domestiques ». C'est aussi la place que lui donne Audiger dans sa Maison réglée : » La charge et le devoir d'im aumônier, écrit-il, regardent principalemeni le service divin qu'un grand seigneur fait faire dans sa maison ; et en cette qualité il a la direction de la chapelle, et le soin de tous les ornemens sacerdotaux. Pour bien et dignement remplir celte place, il faut qu'il soit honnête homme, sans reproche, de bon exemple, savant pour instruire, grave sans familiarité poiu- imprimer le respect et la vénération dus à son caractère. Il célèbre la messe aux heures prescrites ; fait la prière soir et matin, où tout le monde de la maison doit être appelé, tant le seigneur que ses domes-

♦ Ordonn. relatives aux métiers, p. 382.

* Recherches sur les étoffes de soie, t. I, p. 3 Tome III, p. 26.

i Tome I, p. 85.

AUMONIERS — AUKEURS

tiques ; liéiiil les viandes au coinmenceinenl des repas, et rend grâces à la fin. Il doit aussi catéchiser les domestiques, les instruire charitablenieiit, veillera leur conduite, prendre jjarde qu'ils ne man(|uent point de s'approclier des sacreniens aux quatre solennités de l'année, les corriger des paroles sales et déshonnêtes, leur délendre de la part du seigneur les fréquentations dangereuses ; l'avertir de leur bonne ou mauvaise conduite ' ».

A la Coiu-, le chef des services ecclésiastiques était le grand aumônier de France. Il avait sous ses ordres un premier aumônier, huit aumôniers du roi *, etc.

On trouve souvent Almosniers.

Aumussiers. L'aumusse ou aulmuce, coifTiirc d'hiver et ordinairement fourrée, ressendilail tort aux capulets que portent encore les paysannes des Pyrénées. Elle se composait d'un capuclion pointu qui cou\Tait la tête, tandis que le reste de l'étofîe retondjait sur les épaules. La Tnilli! de 1203 cite 9 avrimciers ou aumucièreu, celle (li: ISOO en mentionne 8 seulement. Le jour de Pâques 1387, le fou de Charles VI était coiffé d' « une aulmuce d'escarlate vermeille ■' ». Dans le quinzième siècle, l'aumusse, affectée surtout aux chanoines, prit une ampleur extrême, et en vint à ressembler à nos cabans. (Jn en faisait encore au siècle suivant, comme le prouve ce passage d'une chai\son datée de 1543 :

Il a la coqui'luclir, Dit'U viieille le tm-r !

noiil a mys son ausniuchc l'uur tûiLsscr et huer.

Mais il y avait alors plus de deux cenLs ans que les aimiussiers étaient réunis à la corporation des chapeliers de coton.

Sur les variations que subit la forme de l'aunuisse, voj. Claude de Vert, Explication des cérémonies deVEfjlise. t. II, p. 257.

Aune évent. Voy. Auneurs de draps.

Auneurs. L'institution de^ auneurs constituait une des nombreuses précautions destinées ii assurer la loyauté des transactions, l'autorité admettant toujours que le vendeur chercherait à tromper l'acheteur.

L aune de Paris représentait un peu plus de l"», 188.

Voy. Mesureurs et Tisserands de toiles.

Auneurs de drap. Ils mesuraient les draps et autres étoffes de laine lorsqu'ils en étaient requis soit par le marchand soit par l'acheteur. Ils étaient au nombre de douze. Nommés par la corporation des drapiers et celle des merciers, ils prêtaient serment devant le lieutenant général de police.

Un règlement d'août IfifJO veut que toutes les marchandises de laine soient aunées « bois à

' Liiv. 1, chap. 5.

* Élal de la France pour 1736, t. I, p. 80 ci suiv.

•I Douël-d'.\rcq, /VounTOiu; comptes de l'argenterie, p. 247.

bois, parfaitement et sans évent », à peine de 50 livres d'amende pour chaque contravention des auneurs. Cette prescription visait une habitude qui remontait pour le moins au treizième siècle. Jean de (iarlande, dans son Dictionnaire écrit vers ]2.")0. nous apprend que les « pajinarii, niniia cupidilate, fraudant emptores, maie ulnando pannos cum ulna curta et cum pollice fallaci * ».

M. Scheler s'est trompé, je crois, en appliquant à une des divisions de l'aune les mois « pollice fallaci ». Ce passage doit être expliqué par l'histoire, et la philologie n'a rien à y voir. Jean de (iarlande fait évidemment allusion ici à ce que l'on a appelé plus lard jmttce et aune ou pouce-erent. Il était d'usage, quand on mesurait des draps ou des toiles, de placer le pouce au bout de l'aune et d'augmenter ainsi la mesure ; mais on comprend qu'un auneur habile pouvait facilement glisser le pouce en dessous, et mesurer « pollice fallaci «.

.\u mois de février 1704, Louis XIV créa, pour se procurer de l'argent, 40 charges d'auneurs jurés, 20 de courtiers commissionnaires. 2 de concierges de la halle aux draps el 12 de forts à la même halle. Les drapiers el les merciers durent racheter tous ces offices en payant une somme de 400.000 livres. Cet édit donne aux nouveaux auneuis le litre de Auneurs de draps, sert/es, ratines,, élamines, reviches, mnltmis el autres étoffes de fils un de laine.

Supprimés en septembre 171*.l. rétablis en juin 1730. ils furent de nouveau supprimés en

Voy. Mesureurs.

Atineurs- visiteurs de toiles. Ils sont mentionnés dans le Livre des métiers -, où je lis qu'ils étaient alors au nombre de deux. Les statuts des chanevaciers en 1393 prouvent que l'on n'en comptait encore que deux à cette date. Les stiituls accordés aux lingères en 1645 interdisent aux auneurs d' « aller boire ni manger avec les marchans forains, ni leur dire ce que vaut la marchandise ^>. Ils ne devaient non plus « loger ni retirer les forains en leurs maisons ' ».

Au dix-seplième siècle, le nombre des auneurs avait été porté à cinquante. Us prêtaient serment devant le lieutenant-général de police, et possédaient deux bureaux, l'un à l'hôtel des Fermes, l'autre à la halle aux toiles. Souvent supprimées, puis rétablies, ces fondions furent confiées, en 1768, à de simples commis. L'abbé .lauberl nous apprend qu'à cette époque, l'on devait aimer les loiles « le pouce devant l'aune * ». Sur cet usage, voy. l'arl. Auneurs de drap.

Auquetonniers. Non sous lequel la Taille de 1292 désigne les hoquetonniers.

Aureurs. Vov. Graveurs.

1 Édit. Scheler, p. S".

î Titre I.IX.

•' Dans Deppinjf, Ordonnances, y. 392

* Tome 1. p. 1»1.

Al'UICUl.AKISTKS

AVM.Ki Hs dp; .nefs

Auricularistes Auristas.

iM Auricures. Vov.

Auristes. Cliirm-giens spécialislos pnur les oreilles.

Dès le quii(i»rzi('iiie siècle, les cure-oreilles

él.iient devenus des olijels sur lesquels s'exerçait

le luxe, air je trouve dans l'inventaire dressé

après la mort du roi Charles V. l'article suivant :

« ['i\<i petit coulelel d'or, à façon de furgete à

furirer dens et à curer oreilles ' ». Je rencontre

encore, dans la f'.irihté puliliée par Krasnie en

Iô;?0, le conseil de ne pas « fouiller en ses

oreilles >j sans nécessité. Mais il me faut arriver

au (lix-liuilième siècle pour découvrir un homme

faisant son métier de soig'ner la surdité.

Dans son numéro du 7 juin 1775, un journal d'annonces intitulé Affiches, annonces et avis ilirers publiait la réclame suivante: « Le sieur Bidielin, liahile oculiste, à Paris, rue Ticquetonne, maison "de M. Berger, fabricant de chapeaux, seul possesseur du baume spécifique pour la surdité, les duretés d'oreilles etlesautres accidens de cette partie, que distribuoil la feue denioiselle de Lussan, continue d'opérer, par le moven de ce baume, qui est fort connu, de trèsheureux effets. Ce remède est un topique spiritueux et doux, qui g-uérit plus ou moins promptement, suivant le caractère et l'ancienneté de la maladie. On peut se purjjer avant d'en faire u.sjitre ; mais il n'exijje «l'autre réj.::ime que de se j^araidir du vent et du l)rouillart[, et ne peut jamais causer le moindre accident. Le prix des boites est de 12 liv., 1"2 sols ».

Il existait nièuie déjà des instruments destinés à rendre l'ouïe plus facile, car je lis dans le même journal, à la date du 20 septendire 1778. qu'un sieur Bernard, qualifié d'orfèvTe-mécanicien », venait de perfectionner les sondes flexibles et les « conques » pour la surdité. Elles sont, disiiit-il, faites d'une matière <\ aussi légère spociKqiiement que le papier, et construites de manière à tenir d'elles-mêmes et sans la moindre apparence extérieure ».

Automatistes. Constructeurs d'automates.

.Km début du dix-huitième siècle, le canard dige'rant et le Joueur de flûte de Vaucanson mirent à la mode les automates. Vers 1720, le savant Père Truchet, religfieux carme qui devint membre de l'Académie des sciences, construisit pour Louis XIV un théâtre sur lequel se jouait un opéra en cinq actes. Il suffis;iit de tirer une petite houle pour animer toute la machine. Les mouvements des personnages étaient rendus avec une admirable vérité, et les déc<irs chan- {jeaient d'eux-mêmes quatre fois au moment voulu. « Quand, écrit Fontenelle, on voyoit les pièces dcsassemblées, on étoit effrayé de leur nombre prodig'ieux et de leur extrême délicatesse * ».

Chaque année, plusieurs machines de ce genre étaient exposées à la foire Saint-Germain. Parmi

' Publie par J. Labarte, a° 2828 de l'invfntaire.

' Suite (les éloges des acadrmicieHS, édit. de 1733, p. 270.

les coiislruclcurs ou moulreurs d'automates qui attirèrent le plus la foide. je citerai :

En 1747 , Biaise Lagrelel. Il exposait « deux

ligures de grandeur naturelle, représentant un berger et une bergère jouant lreizeairs<lifl'éreMls sur la llùle. Le berger battait la mesure avec les pieds : les deux ligures remuaient les lèvres, par où passait le vent qui formait les sons >. Lagielet n était pas l'auteur <le cette pièce, il l'avait ac([uise d'un automaliste célèbre. Défiance, qui l'année précédente, avait exposé au cliàleau des Tuileries des flùleurs jouants et des oiseaux chantants.

En 1748. Hourgeois (le Chùteaublanc exposait ses ouvriers automates, sept moulins desservis par trois ouvriers.

En 17."i0, un constructeur dont je ne sais pas le nom montrait : 1" Une ligure de la grandeiud'un enfant de huit ans, qui tenait un cor de chasse et imitait parfaitement les sons ; 2" Un moulin il vent, où s'occupaient un meunier, un garde-moulin, une bergère avec son troupeau ; 3° Une forteresse, avec soldats, sentinelles, etc. ' . Un autre anonyme exposait, l'année suivante, un «vméléon qui faisait divers exercices et changeait six fois de couleur.

E',n 1772. on vit à la foire Saint-CJermain un oiseau mécanique ilout le bec versait, à la volonté des spectateurs, du vin blanc, rouge ou gris.

Dans un journal d'annonces de l'année 177."i, on trouve la description de cinq automates très compliqués qu'avait exécutés un habile mécanicien Suisse. Henri-Louis-.Iaquet Droz. originaire de La Chaux de Fonils -.

Vers 1778. l'abbé Alical produisit deux têtes parlantes. Elles articulaient quatre phrases, en imitant le mouvement des lèvTes. L'une d'elles prononçait assez distinctement ces mots : « Le roi fait le bonheur de ses peuples, et le bonheur de ses peuples fait celui du roi ^ ».

C'est en 1783 que fut exposé à Paris le fameux joueur d'échecs qu'avait créé un gentillonnne hongrois. Deux joueurs connus par leur habileté, le duc de Bouillon et l'avocat Bernard se mesurèrent avec lui, et remportèrent la victoire, mais non sans peine. Il paraît aujourd'hui démontré qu'un nain, né avec le génie de ce jeu, était dissimulé dans la boite qui était fixée sous l'échiquier et contenait le mécanisme *.

On lit dans le Dictionnaire de Furetière ^ : « Plusieurs personnes prononcent a^loniales, mais il faut prononcer automates, avec les meilleurs auteurs ».

A"Vailliers. Marchands d'avoine.

AvaleiiTS de nefs. L'on nommait ainsi des mariniers habiles, nommés par la munici-

• Affckes de Paris, annonees et atis divers, n" du 9 février 1750.

- .if/îcArs de Paris, annonces et acis divers, n" du 8 mai 1775.

'^ Slémoires secrets dits de liaebaumonl, t. XXM, p. 257

* Voy. le .Vagasin piltoresgue, t. II (1834), p. 155. 5 Édition de 1701, t. I, sans pagination.

Page 1