VIDANGEURS
dresse!' la lis(e des iimiieiiljles « où il n'v fi aucunes fosses ne retraits ». aliu de mettre les propriétaires en demeure.
Le soin de vider ces retraits incondiait aux pauvres hères que l'ordonnance de janvier l.'j.M appelle vuitlungmrs ou maistres (i/i. Dès 1389, un arrêt leur avait donné le tilie i\'ourriirs des litisses œiieres ', nuiis leur premier nom se conserva bien lonj^temps encore dans la laiij^ue populaire. L'auteur de La farce du savetier -, écrite ver.- 1540, met en scène deux personnn<i'es qui ne sont pas Lien d'accord sur la profession jadis exercée par leur père, et l'un répond à l'autre :
Le tien csloit toujours brencux, Et s'appelloit maistri- Fy-Fy.
Les membres de cette humble corporation se charu^eaient aussi de curer les puits, aloi's fort nombreux dans Paris, et ils parcouraient les rues en criant :
A cuivr le puys ! C'est peu de praclique.
La gaigne est petite, Plus gaigner ne puis '.
Ce devait pourtant être là leur principale ressource, en un temps où les fosses d'aisances étiiient si rares. Il en existait dès le quinzième siècle à la Maison aux piliers *, car nous savons qu'on les répara en 1499 •^. mais peu de demeures particulières en étaient pourvues.
Les mots retraicl, lairines ", privés, lieuasecrets ', chambre secrète, chambre cimrtoise, chambre basse étaient indilïéremment employés pour désic^ner ce petit local, et l'on disait alors aller à chambre ' ou aux chambres ', comme notis disons aujourd'hui aller au cabinet.
Des mémoires de vidanjreurs relevés par M. Léon fie Laborde dans ses Comptes des bâtiments dit roi, nous montrent qu'il existait des fosses d'aisiinces à la Monnaie en l.").")?. au Palais, au (îrand et au Petil-Cbùlelet en l.").")8. au Louvre en 1571 '*. Mais, seuls, les jj^ens de peu, dontestiques, soldats, bourg'eois. ne reculaient pas devant la promiscuité que créaient ces retraits nauséabonds, et. sauf dans un cas d'urgence, tout «rentilhomme eût cru dérober en les honorant «le sa présence ; chacun à la cour tenait ù posséder en propre un siège portatif dont il ne partageait la jouissance avec personne ".
Une sentence de police du 10 juin 1644, décida que, sous peine de prison pour les ouvriers et de confiscation des chevaux employés par eux, les vidanges de\Taient être terminées à six heures du matin en été et à sept heures en hiver.
' Registres criminels du Chàlelet, t. I, p. 9.
- Ancien Ike'âlre français, édit. eizév., t. II, p. 131.
•' /.es cent et sept cris, etc., p. 11.
» LTiôtel de ville.
J Le Koux de Lincy, Hist. de l^ Hôtel de tille, p. 12.
•■ Fa.'ee ilu gauilisseur, dans VAnc. théâtre fr., t. H,
" Kabelais, Gargantua, liv. I. eliap. XXII.
» Aiie. He'àlre français t. III, p. 313.
^ ^'ilil^n, La repeue fi-anctte du I.gmottsin, édit. eizév.,
«« Tome I, p. 312, 301. 3G2 ; t. II, p. 172, 191.
" Viiy. ci-<le.ssus l'arl. l'orte-chaise.
Mais les vidangeurs apprirent alors que d'anciens .statuts à eux octioyés ii une époiiue très ancienne étaient perdus, lisse trouvaient dès lors avoir les mêmes droits que les ouvriers des autres métiers indépendants, soumis seulement à des règlements de police, l'^n 1(>70, plusieurs d'entre eux déclarèrent ù leurs patrons ([u'ils se regardaient comme ail'ranchis de toute subordination vis-ù-vis d'eux, et ils entreprirent de travailler pour leur propre compte. Les jurés le leur interdirent, et tirent saisir les outils des plus mutins. Ceux-ci se pourvurent au Cliàtelet, qui leur donna srain de cause. La conununauté choisit pour procureur un sieur Cochon, et interjeta appel de ce jugement. Par arrêt définitif du 25 mai 1071, le parlement reconnut que la corporation était constituée « de temps immémorial » ; en même temps, il fit défense aux compagnons du métier « et à tous autres de plus à l'avenir aller dans les rues crier à curer des puits ! sous peine de prison >>. Kn ce temps-là, la plupart des maîtres des basses œuvres demeuraient dans le haut du quartier Saint-Victor, et la vidange d'une fosse île dimension ordinaire, qui coûtait trente-six livres en 1044, se payait de trente à quarante li\Tes suivant que la maison était plus ou moins rapprochée de la voirit; ' . Les maîtres furent encore confirmés dans leurs droits par l'arrêt du 11 septembre 1090, qui désormais leur servit de statuts-. Il renouvelle la défense >< à tous massons, manœuvres et autres gens sans qualité d'entreprendre sur les ouvrages des maistres vuidangeurs, ni de crier dans les rues cureurs de puits ! » Les patrons sont qualifiés maistres des basses enivres, vuidangeurs d'aisances, puits et cloaques de la ville et fauxbourgs de Paris. Il n'y est pas question d'apprentis et le nombre des jurés n'est point indiqué. Ces derniers sont tenus de faire quatre visites par an chez tous les maîtres, et d'aller inspecter « leurs ateliei's pour tenir la main à ce que leurs ouvTages soient faits fidèlement, et que les règlemens de police soient observés, soit pour les heures de transporter les matières, soit pour les lieux où elles doivent être transportées >..
Les latrines continuaient à être fort rares dans Paris. Les commissaires du Cl'.àlelel déclarent, le 24 septemjjre 1008. <.< qu'en la pluspart des quartiers, les propriétaires des maisons se sont dispensez d'y faire des fosses et latrines, ([uoy qu'ils ayent logé dans aucunes desdites maisons ju.sques à vingt et vingt-cin([ familles, ce qui cause en la pluspart de si grandes puanteurs qu'il y a lieu d'en craindre des inconvéïiiens fascheux ». A peine de deux cents livres
' Le litre commode pour 1692, t. II, p. 159.
* Cet arrêt fut imprimé dans le format in-12, par les loins sans doute de la communauté. La Bililiolhf'iiue nationale en possède un exemplaire qui a ferlaineinenl appartenu à un des maîtres du métier. Le titre et les aarges portent de.« taches jaunâtres d'aspect fort suspect. A la Hn, une main peu exercée a écrit, avec une eicre jaune pâle devenue presque illisible, quel(|ues lignes qui commencent ainsi : a La fosse du petit hottelle dAumonI contient six pieds et demi de large et sept pieds de long, etc. »
VIDANGEURS — VIGNEORS
d'amende, les propriétaires devront dans un mois pour tout délai faire établir chez eux « des latrines ou fosses à privez suffisantes v.
Les ouvriers des basses œuvres contribuaient aussi à entretenir la fétidité des rues. Pour s'éparg'ner la peine d'aller jusqu'aux voiries, ils se servaient de tonneaux percés appelés lanternes qui, déposés l'un après l'autre devant la maison où l'on travaillait, se vidaient peu à peu tout seuls dans le ruisseau. L'ordonnance du 31 mai 1726 * nous apprend que les compajjnons des basses œuvres jetaient les matières dans les puits des propriétaires qui leur refusaient de l'argent ou de l'eau-de-vie. Ils insultaient les voisins et les passants, et ne voulaient pas obéir à leurs maîtres. Ils prétendaient avoir droit à tous les olijels recueillis par eux au fond des fosses, et négligeaient, même dans les circonstances les plus graves, de prévenir la police.
Le nombre des maîtres des basses œu\Tes, qui était de 36 en 1725 *, semble n'avoir guère varié depuis cette époque. Hurtaut et Magny ■' donnent le même cbitTre en 1779, bien que le métier eût été déclaré libre en 1776. 11 fut, d'ailleurs, rétabli en corporation très peu de temps après. Celte mesure avait été prise pai' le lieutenant général de police Lenoir, dans l'intérêt des ouvriers. Pour leur assurer des secours en cas de maladie, on leur retint dès lors quatre .sous par jour de travail. On obtint ainsi un revenu annuel de 4 à 5.000 livres, qui fut destiné a venir en aide aux compagnons pendant leui-s chômages forcés, et à fonder pour eux des lits à la Charité, aux Incurables, etc.
La corporation avait pour patron saint Clair, dont maîtres et compagnons célébraient la fête le 18 juillet, à l'église Saint-Nicolas des Champs.
En 1777, deux écrivains d'une déplorable fécondité, Pierre Nougaret et J.-H. Marchand, publièrent un drame en trois actes intitulé Le vuidangeHr sensible * . Je ne crois pas qu'ils aient jamais eu l'idée de le faire représenter. Il ne faut donc voir dans cette œuvre anonyme qu'un jeu d'esprit, une critique assez plate des théories récemment émises par Diderot, une réaction contre les drames bourgeois de Fenouillot de Falbaire et de Mercier.
Outre les noms cités ci-de.ssus, les vidangeurs ont encore été appelés maîtres es chambres basses et i'S chambres courtoises, cureurs de puits et de retraits, cureretraits, gadouards, viiidangeurs, etc.
Voy. Latrines publiques.
Vielleurs. Fabricants ou joueurs de l'instrument appelé vielle. C'est l'une de ces professions qu'exerçait un imposé de la rue aux Jugleeui-s, devenue rue des Ménétriers, qui est ain;-i mentionné dans la Taille de i292 « Henri aux
' Dans Dolaïuarro, Trai/e de la folice, l. IV, p. 290.
* Savary, Didioiinairr du commerce, t. II, p. 425. 3 Dielionnuire hislor. de Paris, t. I, p. 319.
* 11 a été rééililé en 1880 jjar M. Luciou Kaucuii.
vicies ' ». Mais la vielle de cette époque est peu a peu devenue notre violon actuel '.
Quant à la vielle moderne, elle fut surtout à la mode vers le milieu du dix-huitième siècle ', et l'honneur en revient moins aux vielleurs qu'aux vielleuses. « Les vielleuses, qu'on appelle communément marmottes, écrit l'abbé Jaubert ', sont déjeunes femmes ou filles Piémonlaises ou Savoyardes, qui gagnent leur vie dans les grandes villes à jouer de la vielle dans les rues ou dans les maisons des particuliers ». Sébastien Mercier nous apprend, de son côté, que << les vielleuses des boulevards portent sur une gorge souillée un large cordon bleu, qui quelquefois a servi à une majesté. Ce cordon déchu leur sert de bandoulière ^ ».
Les fabricants de vielles appartenaient à la corporation des faiseurs d'instruments ou luthiers. On citait surtout parnd eux en 1777 les suiN-ants: Joul)ert, rue Saint-Jacques, qui avait « trouvé l'art d'adapter un jeu de . llùte aux vielles ; Maizier, dans l'enclos de Saint-Jean de Latran ; Richard, près du Lou\Te ; Louvet, rue Croixdes-Petits-Champs. etc. ^
Voy. Marmottes (Montreuses de).
Vigiles. Au moyen âge, presque tous les métiers observaient les vigiles des dimanches et des fêtes religieuses. Ces jours-là, le travail cessait le soir à none, à vêpres ou a compiles, c'est-à-dire à trois, à six ou à neuf heures, suivant les communautés. Les foulons étaient libres dès trois heures. Tout compagnon surpris à l'ouvrage après l'heure fixée était condamné à une amende ; s'il n'avait pas le moyen de payer, ou lui saisissait ses outUs ''.
Les \'\gi\ei jeunables étaient celles (jui devaient être sanctifiées par le jeûne. Les patenôtriers d'iimbre déclarent dans leurs statuts qu'ils ne doivent jamais travailler « au .samedi emprès * nonne, ne à vegile jeunable, et que l'on ouverra ' les veilles de festes et les samediz, fors jusques à nonne *" ».
Vers la fin du treizième siècle, le samedi était grand jour de marché aux halles centrales de Cliampeaux, derrière le cimetière des Innocents ; la plupart des marchands fermaient boutique et venaient y exposer leurs denrées ".
Viiy. Dimanches et fêtes.
Vig'neors. Voy. Vignerons.
1 Page 08.
' \uy- L. Grillet, Les ancêtres du tiolon, t. I, p. 37 et suiv.
' Je lis dans les Mémoires Je Dufort île Clieverny (t. I, p. 14), qu'il quiUa le collège ilHarcourl à quinze ans, et que son tuteur (car il était orphelin) lui donna aussitôt un maître de danse, un maître de violon, un maître de guitare et un maître de vielle.
» Dielionnnire, t. I\', p. 395.
2 Tiihlmii de Paris, t. IV, p. 103.
'' Almanaek Dauphin.
' /.!>«</« MfViVrï, litre XLVII, art. lî : tilre \I,\ Il I, art. 10.
* Après.
" Travaillera.
'" Lirre des me'liers, titre XXIX, art. I. 1' Livre des métiers, passim.
VIGI^l'lUO.NS
VINS
Vig'nerons. La coiulitiou des vignerons periilaiit le nuiyi'.n ùj^c otail supiM'ieure à celle des serfs, avec lesquels, d'Hilleurs, on ne les confondait pas. Les connaissances spéciales qu'ils devaient posséder leur faisaient une place à part parmi les cultivateurs.
La Taille de 1202 en cite deuxseuloment. Les vifjnerons fij^urent en 14()7 dans l'ordonnance dite </m Bunnières, et Louis XI leur donna des statuts au nuiis do juin de la iiième année '. Ceux-ci fureut couliruiés eu janvier 1488 ; on y voit que les vij^tun'ous étaient placés sous le patronaj^e de saint Vincent.
On les trouve dési<i^né.s sous une foule de noms : vigneors, vignerols, vigneus, vignors, ri ligueurs, viiigneus, vitignons, irignerons, etc., etc.
Vig-nerots. Vigneus. Vig-nors. Voy.
Vignerons.
Villiers. Faiseui-s de vrilles.
Voj. Vrilliers.
Vinaigrette (Conducteurs, traineurs.
TIREURS de). Voy. Brouetteurs.
Vinaigriers. De tout temps, on a crié le vinaigre par les rues de Paris :
Vinaigre qui est bons et Ijiaus, Vinaigre Je moustanle i a !
lit-on dans les Crieries de Paris de Guillaume de la Ville Neuve, qui écrivait au treizième siècle. On vendait alors de la moutarde sèche, en pastilles, et pour s'en servir, on la délayait dans du vinaigre.
Parmy Paris on va criant
Tant comme on peult : Bon vinaigre '.
Ceci date du quinzième siècle, des Cris de Paris insérés à la suite des Âiili/juitez de Paris, de Corrozet.
« On voit des vinaigriers, avec le bonnet rouge et le tablier, roulant la brouette sur laquelle est le baril plein de l'acide salutaire, et criant : « Bon vinaigre ! » .Sébastien Mercier, à qui j'emprunte ce passage, est l'auteur d'un di-anie intitulé La brouetle du cinaigrier, qui l'ut représenté en 1784.
Les vinaigriers étaient constitués en corporation dès le quatorzième siècle, mais leurs statuts du 28 octobre 1394 sont perdus. L'article 12 de ceux qui leur furent octroyés en l."il4 exige que les ouvriers de ce métier soient « sains es membres, et nectz - en habillemens », prescription qui se trouve reproduite dans tous les statuts postérieurs. Ceux de 1658 veulent encore que « nul ne s'entremette en l'e.xercice dudit art, qu'il ne soit sain de son corps et nect en ses habits ' ». L'apprentissage durait quatre années el était suivi de deux années de compa-
' llans Delamarre, Truite île la pulice, I. 111, p. ri27 - Nels, pi->>pres.
:i Article 2.
giu)image ; il fallait être reçu maître depuis sept ans pour avoir le droit de prendre un apprenti '.
Les maîtres de ce métier semblent avoir été très actifs et très amis de la réclame. Les sieurs Lecomte, Maille, Onfroy el Capitaine, qui eurent successivement le titre de « vinaigriersdistillateurs du Roi >\ sont souvent cités dans les journaux du dix-huitième siècle. Maille se vantait d'avoir inventé 92 « vinaigres de santé et <le toilette », et dans le nombre en iigurait un qui avait, parait-il, le mérite « de transformer en ingémies les femmes le plus mariées * ». J'ai sous les yeux un prospectus où Onfroy détaille les « eaux d'odeurs, vinaigres, essences, quintessences, huiles essentielles », qu'il avait créés ou perfectionnés '. Capitaine demeurait place de l'Ecole, près du Pont-Neuf; il tenait « magazin de plus de l.">0 sortes de vinaigres de table, de toilette, médicinaux et autres ; de plus de 30 sortes de moutardes, et notamment celles en poudre el d'Angleterre ; de toutes sortes de fruits confits au vinaigre, etc., etc. * »
Le nombre des maîtres qui était de 200 en 1658, était tombé à 188 vers la fin du dix-luiitième siècle.
Les vinaigriers étaient placés sous le patronage de la Vierge, qu'ils fêlaient le jour de sa Nativité. Ils avaient pour titre officiel : viiiuigriers-moustardiers-sauciers-distillaleurs en eau de vie et esprit de vin-hiffetiers. Je renvoie à tous ces noms.
Vinetiers. Marchands de vin. La Taille de 12U2 cite 4 vinetiers.
Vingneurs. Vingneus. Voy. vignerons.
Vingniers. Voy. vins (Marcliands de).
Vingnons. Voy. vignerons.
Viniers et Vinotiers. \ i>y. Vins (Marchands de).
Vins iCOMMERCE DES. Voy. Août (iiOi
d'). — Avaleurs de vin. — A-ubergea (Servantes d'). — Ban vin (Droit de). — Bouchon de cabaret. — Broqueieurs.
— Buterie. — Cabaretisrs. — Chantelage. — Coureurs de vin. — Courtiers. — Crieurs de vin. — Décliargeurs de vin. — Eau-de-vie. — Garçons de cabaret. — G-argotiers. — Gourmets.
— Greffiers des dépris. — Guinguettiers. — Hôteliers. — Jaugeurs. — Poteleurs. — Pressoirs. — Raisin (Marchands de). — Restaurateurs. — Ta-
1 Article 4.
r Sêb. MeroitT, Tuà/t'uu t/f Paris, t. X, p. :î.'>. y Onfroy, Observations sur lu nature tir qurli^ue! liipieurs, etc., p. 23 et s.
i Alinaaach Oaitphin pour 1777.
VINS
verniers. — Tonneliers. — Traiteurs.
— Vendeurs-contrôleurs. — Vignerons. — Vinetiers. — Vins (Marcliands de). — Vivandiers.
Vins rMARC.HANDS de). Les environs de Paris produisirent pendant longtemps des vins regardés comme exquis. Leur renommée remontait très haut, car l'empereur Julien mentionne déjà les vignes de sa chère Lutèce *. Une petite pièce du treizième siècle, qui est intitulée La halaille des vins *, cite les noms de plus de cinquante crus alors fort estimés, el parmi eux figurent les vins de Montmorency, de Mantes, de Meulan, de Pierrefitte et d'Argenteuil, qui rivalisaient avec les meilleurs vins de la Bourgogne et de Champagne.
Au quinzième siècle, une égloguc sur le retour de Bacchus célèbre les crus de Meudon en Meudonnois, de Suresnes, de Sèvres, d'Issy, d'Auteuil et de Saint-Gloud. Un siècle plus lard, Bruyren Champier ', Barthélémy de Chasseneux * et André Bacci ■"' déclarent que les vins récoltés autour de Paris n'ont pas de rivaux en France, (iui Patin plaçait sur la même ligne les vins de Bourgogne, de Champagne et de Paris •*. Liébault, en 1602, vante les crus de Montmartre, de Meudon, de Sèvres et de Mantes ; il place même les vins blancs d'Argenteuil avant ceuxd'Ay'. Il semble pourtant que déjà la décadence s'annonçait.
Les marchands de vins ont, sous le nom de taverniers. des statuts assez insignifiants dans le Livre des métiers *. Ils ne lurent réellement constitués en corporation que par les lettres patentes d'octobre 1587, qui les qualifient de marchands de vins en gros-tarernierscabaretiers ; celles de juin 1611 y ajoutent le titre d'hôteliers.
Les marchands de vins en gros vendaient surtout au port de la Grève, à rélape, comme on disait. D'un côté était le port de Bourgogne, destiné aux vins arrivés de cette province ; de l'autre, le port français, où attendaient les vins venus de l'Ile-de-France et de la Brie. (Le Bordelais n'en expédiait guère). Les marchands au détail vendaient à broche '. Jusqu'à la fin du dix - septième siècle , on ne pouvait boire chez eux le vin qu'on leur achetait ; il fallait l'emporter. A la grille extérieure de la boutique était pratiquée une ouverture par laquelle le client présentait son pot et par laquelle on le lui repassait après l'avoir rempli. C'est ce que les ordonnances appellent vendre
< Misapogun, édit. Teubni'r, p. 438.
l' Elle a été publiée par Barbazan et Méon, Fabliaux, t. I, p. 152.
:i De re i-ibnria (1!50(1), lib. XVII.
* Catuli)t/us f/lorûe mundi [lï>0\i)t J'- 377.
!" De naliirali linuium liisliiria (1596), p. 358.
6 lettre à Fatconet, 21 novembre 1(169, t. III, p. 7Ili.
"^ Agriculture et maison rustique, p. 34.
» Titre VII.
9 (I Si boni Jeniornnt il Paris veiul à brocbe ou .'n pros... » (Litre îles métiers, ï'" partie, litre \). — Sur le sens du mot liruche. furine fenjinine île brJC, voy. Duwinge aux mots brochia, brocAus el brocius.
il huis coupé et pot renversé. Chez les taverniers, qui vendaient à pot, le vin pouvait être consommé sur place ; ciiez les cabaretiers, qui vendaient à assiette, la table était recouverte d'une nappe, et l'on y ser\-ait certains mets.
On voit souvent les noms des marchands de vins suivis de ces qualificatifs : un des douze ou de la cave des douze, un des vingt-cinq ou de la cave des vingt-cinq. La première de ces expressions désignait les douze marchands de vins suivant la Cour. Ils avaient seuls le droit de vendre le vin en bouteille à la Cour et à tous les gens de sa suite. Vingt-cinq cabaretiers .ç«ir««y /a C'H<r donnaient non seulement à boire, comme les marchands de vins, mai-, aussi à manger '.
Il y avait dans la rue des Trois-Maures ' une auberge célèbre dite Auberge des Tron-Munres. C'était dans ses caves qu'étaient déposés les vins destinés au roi. Aussi au quatorzième siècle cette rue était-elle dite rue du tin le roi '.
On appelait :
Vin du clerc, celui que donnait au clerc du tribunal le plaideur qui venait de gagner son procès.
Vin debonrtji'oisie, celui que payait au maire et aux échevins le nouveau bourgeois d'une ville.
Vin des condamnés, celui que buvaient les conilamnés à luori en anivant au couvent des Filles- Dieu, où ils faisaient une station quand on les menait pendre à Montfaucon.
IY« du curé, celui qu'on donnait à l'officiant qui baptisait un enfant.
Vin de noces, celui que Ton offrait à l'église un jour de mariage.
Vin du lit, celui qui figurait dans la bénéiliclion du lit nuptial. Suivant la coutume de certaiiis diocèses, le prêtre mêlait dans une coupe du vin blanc el du vin rouge, et faisait boire ce mélange aux nouveaux époux comme symbole lie leur imion.
Vin de veille, celui qui faisait partie de l'encas de nuit chez les rois et les princes.
Vin bâtard, celui qui était coupé d'eau.
Vin à trois feuilles, celui qui avait trois ans de date, qui avait vu trois fois la vigne donner de nouvelles feuilles.
Vin à une oreille, le bon vin ; vin à deux oreilles, le mauvais « parce que ceux qui trouvent le vin lion penchent une oreille en signe d'approbation, au lieu que ceux qui en boivent de mauvais secouent la tète pour marquer qu'ils ne le trouvent pas bon ».
.\u -seizième siècle, les marchands de vin demandèrent à tMre admis parmi les Six-Corps et obtinrent, sous Henri III, d'en constituer un septième, mais ils ne furent jamais acceptés par les corps privilégiés *.
Savary, en 1725, fixe le nombre des marchands devins, à I.nOO environ '. On leur interdit, vers
1 Trabouillet, Étal île la France pour t7 12, 1. I, p. 058. - Su|iprimée en 1854. Elle conimençail rue des Lttmbards.
•'* Dans le poème de Guillot.
* \'oy. ri-dessus l'aii. Six-Corps.
5 Dictionnaire ilu commerce, I. Il, ji. 421.
VINS
VITRIMHS
celle époque, d'iivoir ilaris li'iir lH)iitii|iio ili's coinpluirs en pldinli ' .
La corporalion éiuil placée sous le patronage de sainl Nicolas.
Un trouve les marchands de vins désignés par une foule de noms. Voici ceux que l'on rencontre le plus iVé(iuemment : itineCiers, vini/itiers, viniers, tinotiers, vinters, rinlitrs, vynters, etc., etc. Broqueteurs se disail seulement de.s marcliaiKJs a\i détail, au broc. Muiuijitrs, muyagiers desitrnaienl seulement les marchands en t^ros. au muid.
Vinters et Vintiers. Voy. Vins (Marchands de).
Violeurs. Faiseurs ou joueurs île l'inslrument appelé viole. La Tuille de 1,113 cite un violeur -. La viole était une sorte de violon, dont le nombre des cordes a varié souvent. La basse de viole ou viole de <j;'aml)e est l'ancêtre de notre violoncelle '. Au seizième siècle, Gaspardo I)uilVopru<j^ear, ramené d'Italie par François 1", fabriqua à Paris des violes doni quelques-unes suhsisleiit encore. Au dix-septième siècle, il y existait plus de neuf professeurs de viole *.
Violons (Facteurs de). Voy. Luthiers.
Violons (Rois des) Voy. Instruments (Joueurs d').
Violons de la chambre et du cabinet du roi. Voy. Instruments (Joueurs d') et Musique.
Vireurs. Voy. Feutres (Leveurs de).
Viroliers. Faiseurs de viroles pour garniture.- d'épées. Ils appartenaient à la corporation des irarnisseurs de gaines.
Voy. Gainiers.
Visiteurs d'aulx et d'oignons. Voy.
Mesureurs.
Visiteursd'avoine. Voy. Contrôleurs.
Visiteurs de bas. Voy. inspecteurs.
Visiteurs de beurres et fromages.
Voy. Contrôleurs.
Visiteurs - contrôleurs de bières .
Ofllees jurés créés en décen\l)re Ki'J.i et racjielés par la communauté des brasseurs en août 1629.
Visiteurs-essayeurs de bières. Quarante offices jurés creé^ par Louis XI\ en août lf)97, et supprimés en mars 1698. Vingt autres offices furent rétablis en décembre 170^^ et rachetés par la communauté des brasseui-s en décembre 1704.
I S. Mercier, Tableau de Paris, t. I, p. 133. i l'ago 131.
3 Bibliolkéque de l École des eharles, t. I\' (1843), p. 537.
* Lt litre commode pour 1692, t. 1, p. 209.
Visiteurs de toutes sortes de bois à brûler, à bâtir et d'ouvrages. Tiiie ([ue prenaieni les mouleurs de bois.
Visiteurs de cendres. Voy. Commissaires.
Visiteurs de charbon. N'oy. Mesureurs.
Visiteurs de chaux. Voy. inspecteurs.
Visiteurs de cuirs. Voy. Contrôleurs.
Visiteurs d'eau-de-vie et desprit de vin. Voy. Essayeurs.
Visiteurs du fer doux. \'oy. Contrôleurs.
Visiteurs de foin. Voy. Contrôleurs.
Visiteurs-mesureurs de fruits. Ofiices jurés créés eu 1641 el supprimes en juin 17tl8.
Visiteurs des huiles. \'oy. Contrôleurs.
Visiteurs des mesures. |Sel et grains].
Voy. Étalonneurs.
Visiteurs de papiers. Voy. Contrôleurs.
Visiteurs de pierres de taille, moellons, chaux, etc. Voy. Inspecteurs.
Visiteurs de plâtre. Voy. Mesureurs.
Visiteurs des poids et mesures. Voy.
Contrôleurs.
Visiteurs de porcs morts, lards et graisses de porcs. Voy. Courtiers et Vendeurs.
Visiteurs des suifs. Voy. Contrôleursvisiteurs.
Visiteurs de toiles, ^'oy. Auneurs.
Visiteurs de toiles, canevas, etc. Voy.
Contrôleurs.
Visiteurs des manufactures de toiles. Voy. Inspecteurs généraux.
Visiteurs des visiteurs. Voy. Maîtres des métiers.
Vitailleurs. Voy. vivandiers.
Vitriers. Grégoire de Tours au sixième sijcle, Forlunal au septième siècle parlent déjà deii vitraux qui ornaient certaines églises. Suger, au douzième siècle, célèbre la beauté de ceux qu'il avait fait exécuter pour la basilicpie de Saint- Denis. Le duc de Berry, fils de .Jean II el l'un des princes les plus magnifiques de son temps.