‹ Dictionnaire historique des artsChapitre 46 sur 422 · II — — ... 1HÔ1-1C · texte numérisé non relu

II — — ... 1HÔ1-1C

— III — — ... lti-2-l«81.

r.aniille Letellier, bibliothéraire du roi 1084-1718.

.1.-1' Bifîiion — 1718-1741.

lii^'noii il.' Hlanzv. — 1741-1743.

.\-J. Bignon, ■ — 1743-1772.

.I.-K.-G. Bignon, — 1772-1783.

BIBLIOTHECAIRES — BIENFAISANCE

rlii)i--iiiii( lui-iiiènu- dans suii sein un (lircclcnr '.

l'iinni li's liibli()llici<iiri's qui ont laissé un nnni ilans l'histoire, il est dû une mention particulière au l'ère (iui}i;nard, liililiolhéi'aire du iiillt'jje de (]lernionl, èlaiilissenieni dirifjé par les jésuiles. Le l'ère (iui^nard. eornpruniis dans l"alli'nlal de Jean Cliàlel cunlre Henri IV, l'ut pendu el hrillé en place de Grève; ce ([ui, au reste, lui valut l'Iionnenr d'èlre place par les jésuites au ran^ <le> niarlvrs -.

(!e litre conviendrait nuenx an hon el savant ( iahriel Nande, <pii après avoir passé six années a composer de toutes pièces la hibliollièque de Mazarin, eut la douleur de voir celle a<lmirable ciilleclion saisie, pillée, vendue ù l'encan. II mourut sans avoir eu la consolation de la retrouver reconslitnée par les ex-fronilenrs eux-mêmes qui, redevenus courlisans, vinreni au-devant des dé>irs du cardinal, el s'empressèrent d'acquérir des litres à sa reconruiissance en resliluanl sponlanén)enl tous les olijels (pii étaient restés entre leurs mains.

Par leslamenl daté du tî mars Ititil, Mazarin t'ondait un collège, auquel il léji^uail, mm seulement ^a liihiiollièqne, mais encore les boiseries, lianes, tables, armoires qui la garnissaient. Des lellres patentes ^mars 1688) orj^'auisèrenl le collèjre et réfflèrenl ainsi le service de la bibliotlii-que :

X Le bibliothécaire sera nommé par la maison

I el société de Sorbonne, el choisi, aulaid qu'il se pourra, du nombre des docteurs île la maison.

Il aura la nomination d'un sous-bibliothéaiire el de deux servileiu's qui n'aurunl d'autre soin que celui de la bibliollii'([ne ; lesquels il pourra (lesliluer Icpfsqu'il le jup-ra il propos.

Le bibliothécaire se char|jjera par inventaire des livres de la bibliothèque, des manuscrits et

■ des meubles qui y doivent eslre destinés.

I La bibliothèque sera ouverte au public deux

jours de la semaine, le lundi et le jeudi depuis huit heures du malin jusques à dix heures et demie, el depuis deux heures après midi jusques ù quatre en hiver el jusques à cinq en esté.

Le bibliothécaire, le sous-bibliothécaire el les deux serviteurs seront lenus de se trouver dans la bibliothèque aux jours el heures ci-dessus marqués, pour donner les livres qui seront demandés et pour veiller qu'ils ne soient g^astés ou emportés.

I Le içrand-maislre, le procureur ^ et le biblio-

thécaire seront perpétuels, et leur nomination appartiendra à la maison el société de Sorbonne ».

Ces prescriptions lurent rigoureusement exécutées, même celle qui rendait le bibliothécaire responsable des volumes commis à sa

* « Il sera nommé, dans \f sein du conservatoire et [>ar les consenateurs l'us-inémos, un directeur temporaire, dont les fonctions se lionieront à surveiller l'exécution des règlemens et délibérations du conservatoire, qu'il présidera ».

* Par le Père Jouvency entre autres. Voy. aussi I>>stoile, Journal lie Hniri H'. 30 juin 1610.

3 Du coUèsio.

garde, el pliis d'une l'ois l'on prit sur sa succession la somme nécessaire pour remplacer quelques ouvrages qui, durant sa gestion avaient été détruits on égarés *.

Bibloteurs. \ ov. Jouets (Fabricants de)

Bibolle (Joueurs de). Parmi les musiciens de la chambre du roi en 1084 ligure un sieur Fourcade, qui est qualifié « joueur de bibolle ». M. A. Jal- croit ipie cet iiistrumeul était une variété de noire llùte.

Bidaux. \ ov. Bedeaux.

Bienfaisance (Euvres de). Il serait, je crois, facile de denionirer que la condition de l'ouvrier au moyen âge était supérieure a sa condition actuelle, tout au moins ù celle qui lui était l'aile encore il y a un demi siècle. J'enlends parler ici, non du plus ou moins de bien être dont il jouissait, il avait participé aux progrès réalisés en ce sens, mais de sa condition morale el sociale.

S'ensuil-il que je souhaite le rétablissement des corporations ■? Non pas. D'abord, la polilique aujourd'hui s'en mêlerait et gàlerail tout. Ensuite, on nous rendrait les corporalions telles qu'elles furent ii l'époque de leur décadence ; car pour ce qui est de les reconstituer dans l'état où nous les Irouvons au moyen âge, il n'y faut point songer. Rien ne saurait réliiblir l'égalité presque complète qui existait alors entre patrons el ouvriers, pas plus que les senlimenls fraternels qui unissaient les patrons d'un même corps de métier. En veut-on quelques preuves'?

Les meuniers du Grand-Pont 3, maîtres et ouvriers, juraient de se prêter mutuellemeid assistance si la crue du lleuve devenait menaçante*.

Chez les boucliers de fer ■' el les faiseurs de courroies*, les fils de maître restés orphelins et sans fortune étaient mis en apprentissiige aux frais de la communauté.

Les statuts des fourbisseurs interdisent tout colportage dans les rues, sauf aux maîtres trop pauvres pour payer le loyer d'une boutique ''.

Dans les premières années du quinzième siècle, les mégissiers stipulent que tout maître occupant au moins trois ouvriers ne pourra refuser d'en prêter un à son confrère «ayant besongne hasiive et nécessaire, pourluyaidierà parfaire ycelle * ^>.

('haque crieiir ne doit annoncer qu'un seul enterrement par jour, (v afin que chacun d'eux ail des besongnes par égale portion, au mieux que faire se pourra ' » .

' \oy. \. F, f/isloirede la iii/io/iègue .Varurine, p. 191.

- Dictionnaire critique, p. 221.

3 Le pont au Cliange.

i LiFrr ties métiers, titrt- II, art. 8.

^ Ltcre des métiers, titr»' XXI, art. 6.

•> Licre (/es nutiers, titre LXXX\'II, art. 7.

'' Statuts de 1290, dans G. Depping, Ordonn. relatices

aux métiers, p. 366.

8 Statuts de mai 1407, art. 11.

y Ordonnance de février- 1415. chap. ix, art. 15.

BIKNFAISAXCl';

Au seizième siècle, lorsqu'un iimilre brodeur avait souniissioiiné une l'ouriiituri" inipoi'lauti'. celle (les Iroupes, par exemple, il était tenu île partai^er avec les autres maîtres, de leur donner à exécuter une partie de la commande aux conditions que lui-même avait acceptées, réserve faite seulement di's Irais de soumission '.

Les cordonniers s'engageaient tous à payer le même salaire à leurs ouvriers : le maître qui aurait offert davantage *ût était soupçonni' de vouloir déhauclier ceux de ses confrères -.

Dans leurs statuts de KUiO. les tailleurs prévoient le Cils où des maîtres pauvres manqueraienl d'ouvrage. Ils sont invités a se réunir dans un lieu spécial, où les maîtres plus heureux viendront les trouver, et leur fourniront du travail. <■■. afin ([u'ils puissent être tous occupés de leur nii'licr et trafriier leur vie •• ».

Au dix-huitième siècle, l'amour du gain avait bien affaibli les principes de confraternité commerciale ([ui animait au début les corporations ; néanmoins, on punissait encore sévèrement le C(jnunerçant convaincu d'avoir « offert des marchandises à un prix inférieur à celui que lt'>diles marchandises ont coutume d'être vendues par les autres marchands ' ». La science éconouiique a changé tout cela, et je crois qu'elle a bien fait. Mais il ne faut pas se dissimuler (|ue le règne de la concurrence à outrance, fondement actuel lie l'industrie, a transformé en ennemis acharnés des gens qui jadis juraient de s'aimer et de s'entr'aider en toute occasion. Et presque toujours ce serment était tenu. La communauté avait tout intérêt à ce qu'il le fût ; le prévôt de Paris, chef direct des corporations, y veillait aussi, intervenait parfois pour exiger le respect de statuts (|u'il avait révisés et sanctionnés.

Dans la corporation des cuisiniers, un tiers des amendes était employé à soutenir les maîtres et les ouvriers tombés dans la misère par suite de mauvaises affaires ou pour cause de vieillesse ; « Le tiers des amendes... soit pour soustenir les povres vielles gens du meslier qui seront decheuz par fait de marchandise ou de viellece " ».

Chez les orfèvres, une boutique restait ouverte chaque dimanche, à tour de rôle. Le gain fait pendant celte journée était mis de côté, et employé à donner le jour de Pâques un repas aux pauvres malades de l'Hôtel-Dieu ". l'în l."J9y, les maîtres Krent construire, dans une rue qui devint la l'ue des Orfèvres, une maison commune, comprenant un hospice où étaient recueillis les pauvres, les infirmes et les veuves appartenant à la corporation '.

Pour chaque pièce de drap qu'ils achetaient, les drapiers ver.saieni dans une caisse spéciale un denier parisis destiné à acheter du blé pour les pauvres. Quand se réunissait la conti-érie, un

1 Slaluls il.' 1566, art. 16.

2 Statuts i\i- 1614, art. 21.

3 A 11 ici.' Vi.

♦ Orcliiniianc' il.' |nilicp du 1" juillrl 1734.

" Line Ats métiers. liU'c LXIX, art. 14.

6 Litre lies mrlirrs, titio XI, ait. 8.

1 Viiy. Li'i'oy, Sliitii/s des orfèvres, p. 35, et Jaillul, quart iei- Sainlt-Oppurtune, p. 46.

banquet suivait les exercices religieux, et les pau\Tes n'y étaient pas oubliés. A chacun de ceux de l'Hôtel-Dieu, on envoyait un pain, une pinte de vin et un morceau de viande. Les prisonniers du Chàtelet recevaient à peu près aillant, et s'il se trouvait dans le nombre un gentilhomme, il avait droit à deux mets. On donnait encore un mets à chaque accouchée de l'Hôtel-Dieu, un pain à chacun des religieux Jacobins et Gordeliers et à tous les mendiants qui se présentaient pendant le ref«s^.

Il était interdit aux boulangers de cuire le jour des Morts, ù moins qu'il ne s'agit d'échaudés destinés aux pauvres, « ce ne sont escliaude/ ii donner por Dieu * ».

Chez les faiseurs de tapis sarrazinois, la moitié lin montant des amendes étjiit appliquée aux pauvres de l'église des Innocents, où la communauté avait sa confrérie ^.

La volaille et le gibier saisis en cas de contravention chez les poulaillers étaient attribués tantôt aux malades de l'Hôtel-Dieu, tantôt aux prisonniers du Chàtelet *.

Mais voici qui est mieux encore. Dès 1319, les fourreurs de vair avaient formé, en dehors de toiile préoccupalion religieuse, une véritable société de secours mutuels. Le 10 février, le prévôt de Paris homologua les statuts de celle société qui ont été retrouvés et publiés par M. G. Fagniez ^. Les oiUTiers qui désiraient participer aux avantages de l'association payaient un droit d'entrée de dix sous six deniers, et versaient une cotisation d'un denier par semaine. On cessait d'avoir droit à l'assistance lorsque les versements en relard dépassaient dix deniers. Six personnes, élues chaque année parla communauté, recevaient les cotisations, qui étaient employées exclusivement à secourir les ouvriers malades. On leur fournissait trois sous par semaine pendant tout le temps que durait leur inciipacilé de travailler : trois sous encore pendant la semaine où ils entraient en convalescence ; trois sous enfin « pour soy efforcer », c'est-à-dire pour leur permetti'e de reprendre des forces, de se rétablir tout à fait. A peu de choses près, c'est encore là le procédé adopté par les sociétés de ce genre.

l'in août 1345, les corroyeurs font renouveler leurs statuts *, et ils 3- insèrent une clause portant que tout maître avant de s'établir versera une somme de cinq sous, « lesquelz cinq solz seront distribuez aux povres hommes dudil mestier qui ne pourront gagnier leur pain ».

La grande ordonnance de février 1415, qui réglementa les fonctions des divers agents de la municipalité, renferme plusieurs mentions de la même nature.

Les vendeurs ' cl les courtiers de vin payaient chaque mois une cotisation de huit deniers, |

I Statuts de 130», art. 4 à 8.

- /.irre des méliers, lilri' 1. art. 28. ■I l.iore des métiers, liliv Ll, art. 13. k Litre des méliers. litn' lAX, art. 11. ■' Ktudes sur Ciiidustrie. y. 290.

'i I h-donnances rttyitles, t. XII, p. "8. " Int.nm'iliaires iiilr.' I.' marcliand en jjros il l'acheteur.

BIENFAISA.NCK — BIJOUTIKHS K.N FAUX

« pour ayder à vivre aiisdils. s"ils venuieiit ou cla'oii'nl eu uieiulicile ' >'.

l,es crieui^ s'ijuposiiieiil une retenue de deux deuiei>; pur seuiaine. « poui' esire euiplovée a avder ceux diceux crieurs(|ui clierroni en mendicité ou uécessilé de maladie ou de vieillesse, parquov ils ne puissent leurs ol'Kces exercer, ne iraiy:uer leur vie - y.

Les mesureurs de bois s'eiifja'rent à donner (piatre sous par semaine à celui d'enlre eux ([ni c cliet eu nécessité de maladie ■' «.

Les p.irleurs de hlé veulent <ine leurs eoid'rères * vielz. Ciulucs et malades •> soient dispensés du service et employés à radniinistralion île la comuuiruuité *.

En L">66, une partie des amendes prononcées contre les couvreurs esl « appliquée aux pauvres ouvriers dudit niestier. «(ui tombent ordinairement de dessus les maisons ■' ».

l«hi 1583. les tailleurs décident qu'il sera créé, pour secourir les pauvres de la communauté, une Ciiisse entretenue pai' les maîtres et les ouvriers du métier, chacun v^ selon sa lionne volonté et courtoisie * ».

Pour finir, un article vraiment touchant emprunté aux statuts d'une bien humble corporation, celle des faiseurs de pain dépices : <.< Si l'un des compajyuons est en chemin et n'a de (piov pour passer sondit chemin, les autres compagnons seront tenus île luy bailler ou prester jusques à la sonune de tleux escus ' ».

Cette long'ue énuméralion s'arrêtera ici.- Les merciers continuent bien à secourir les pauvres*, les orfèvres continuent bien à donner leur repas amuiel " . mais ils accomplissent cette bonne œuvre avec plus d'ostentation que n'en permet la charité. La corporation ilu mo\en âge n'existe plus ([ue de nom. La roxauté. toujours à court d"ar<jent, l'a a.sservie à son profit. Qu'elle ait d'abord cherché à lui infuser un peu de san;j: nouveau, ù y réformer ([uelques abus, qu'elle ait voulu en rendre l'accès plus facile, et réagir contre l'esprit de routine inhérent à tout corps qui se recrute soi-même, on ne peut le nier '".

" tlliap. Y et VI, art. 5.

- Cliap. IX, art. 0.

■' C.liap. XIII. art. 6.

' Cliap. JI, ait. l."i.

5 Statuts, art. 17.

6 Statuts, art. 29.

" Statuts il.' I.ï9(î, ai-l. H.

S \\>y. Saint - Juanny, Recueil des délibêralioHs des merciers, p. lî<l.

9 Leurs registres nii'iitiunnaient rhaqu'' année le nunibre îles pauvres que la corporation avait traités le juur <le Pàijues. .\u seizième siècle, ce nunibre .s'éleva parfois à plus de deux mille. Voici quelques chiffres : En 1537, il fut de : 1.150 En I5B3, il fut d.- : 1 220 En 1552, — 1.8S)7 En 1508, — 1.8(10 En 1555, — 2.000 En 1586, — 1.500 En 1557, — 2.070 En 1587, — 1.850 En 1559, — 1.140 En 1590, — 1.200 '* Ledit de décembre 1581 et celui d'avril 1597 prescrivent les meilleures réformes que l'on put aloi-s tenter d introduire au sein des corporations. Mais à dater de ce moment, les b'ilres patentes, ordonnanc.s et édits qui conc»'ment les corps de métiers n'ont plus guère pour objet que de lei rançonner.

Mais en même temps, cdle a eidevé ù la comrnuiiaute son ciirdctère lamilial. (Test l'Etal désormais (|ui secipiirra les ouvriers malades et les recevra dans ses hôpitaux ; c'est lui qui, pour les eid'anls orphelins, ouvrira des asiles et des écoles d'apprentissage. *

Voy. Corporations.

Bijoutiers. Fabricants de iiijoux. Le bijou dilVeriiit du joyau en ce (pi'il n'y entrait ni diamants, ni perles, ni pierres fines. D'autre |)arl, le mol bijou avait un sens plus large qu'aujourd'hui ; il comprenait, en eft'et, « toutes sortes de petites curiosités qui servent à orner les personnes et les appartemens : vases de porcelaine, pommes de cannes, tabatières, etc. * », en somme a peu près ce que nous nommons des bibelots.

Les bijoutiers appartenaient à la corporation des orfèvres.

Voy. Bijoux (Commerce des).

Bijoutiers en faux. Des le treizième siècle, il existait, à côté de la corporation des lapidaires, i\\[<. perriers de pierres natureus -, des fabricants de faux diamants, de pierres artiticielles. Nonnnés eoirriers, rairriniers, perriers (le rerre, etc., ils travaillaient t*lui-ci de manière à imiter les pierres les plus précieuses. La l'aille (le 1292 cite dix-sept roirriers, je n'en trouve plus ([u'un dans la Tuille de 1300. Leurs statuts de 1340 tixent la durée de l'apprentissage à sept ans au plus et à cinq ans au moins.

Les lapidaires, qui travaillaient les pierres fines, exigeaient dix années au moins, et tenaient à honneur de ne pas être confondus avec les perriers de verre. Ceux-ci pourtant, faisaient preuve d'une telle habileté que les « pierres de voirre ». les « esmeraudes de vouarre », les « rubis de vairre ». le verre teint en manière d agate ressemblaient fort aux <,< pierres natureus >>. Souvent, écrit Le propriétaire des choses, « les faulces pierres sont si semblables au.x vrayes, que ceux qui mieidx si cognoissent y sont (leceulx ■'.

Les reines alors n'hésitaieiit pas à se parer d'imitations, car .Jeanne d'Évreux laissa en inourani deux chapeaux ornés de pierres fausses*. On les voit abon<ler aussi sur les châsses où reposaient de saintes reliques. Le mot doublet. qui se rencontre souvent à cette époque, désignait deux morceaux de verre ou de cristal réunis par un paillon ou une couche de peinture ^.

Au dix-septième siècle, l'industrie des pierres fausses se concentra dans la cour du Temple. « Il y a un homme au Temple, écrit Tallemant des Réaux ''. qui a trouvé le secret de teindre les cristaux ». Il iuutail les diamants, les émeraudes,

* Dictionnaire de Trévoux, t. I, p. 901. — Ëneyclo pédie m^ttiodiqne, comnierce, t. I, p. 250.

* Voy. larl. Lapidaifs.

3 Voy. E. Babelon, Histoire de la peinture sur gemme, p. 78.

* De Laboixle. Xutice des émaux, p. 442.

5 Voy. Ducange, Glossaire, au mot dotletus.

6 Historiettes, t. IV, p. 304.

BIJOUTIKHS KS FAIX

lill.l.itNNKI'RS

li's lopazps. les iiiliis ' ; d'où le nom «le diamants 'In Tfiiijilr. «liiiinc a lonics les fausses pierreries. Cdinine les iiiiircliaiiils ilii Palais en vendaieni aussi, l'on (lisait encore hijoiix du Palais. Lafontaine emploie le mot happelovrde :

Tout PsI fin (linmiiiil aux iiiniiis d'un liiiliili' liiinjnii'. Twut (levienl ]ia{ifM>luui*(li' eiilpi' li's ni;iin> flrm snl -.

Kl je lis dans une pièce puiilice en 1(522 : « C'est une feuille blafarde que l'on met sous >ine happelounle ponr la faire passer pour diamant ■' ».

Les diunmuls'r Alennin , Ic^Juri/ons d' Aucergne, les diamants du Médoi: étaient des ciiilloux transparents «pii liriUaicnt surtout sur lescoslunies de lliéàlre '. et (|ue l'on imitait tout comme les pierres les phis fines '■• .

L'édil de mars IG7l{ nous apprend i|n'il existait alors à l'aris trente vendeurs de faux diamants. Ils n'étaient pas constitnés en communaulé.

Le stras, qui jouit pendant lony:lcmps d'une si grande voi^ue, fut inventé, ù la lin du dixseptième siècle, par un sieur Stras, né à Strasbouri^'. et dont un descendant était établi à Paris en 17.j7 sur le quai des Orfèvres '•. Un sieur Cagniard. qui demeniMit rue Neuve Saint- Denis ', se disait marcliand de « pierres de crjslal el d'esiraz ». D'autres prenaient le nom de lapidaires-fausseliers *.

Les perles fausses sont mentionnées déjà dans le Lirrc des me'tiers. L'article 6 des statuts des merciers " leur interdit l'emploi des « pelles fausses, blanches ne dorées >., mais on ne possède aucun renseiçriiement sur les procédés de fabrication à celte époque. Les l'ailles de 1292 el de i30U citent chacune six pelliers, qui pourraient bien être des laliricaiils de perles. En 1()84, un sieur Jaccpiin avail iuian^iné d'élamer dn verre avec une sorte de pâte composée d'écaillés d'ablettes '". Le Livre commode pour i692 déclare que ces perles « ressemblent fort aux naturelles », et il nous apprend qu'on en trouvait alors chez trois marchands loj>-és rue du Petit- Lion et rue Saint-Denis ".

Les imilalions de l'or élaient déjà très nombreuses. Les plus en vojfue elaienl le simihr, le chri/socale. le toinliar. V' pinrhhech, toutes compositions de cnivro jaune uni an zinc, à l'élain, au plomb, elc.

Bijoux iCoMMERCE des). Voy. Baguettiers. — Bijoutiers. — Bijoutiers en faux. — Corailleurs. — Demi-Caintiers.

— Diamantaires. — Fermaux (Pai-

' Faup;iTr, Journal il' un roi/in/r ii Pniis en IG.'>T, p. 14.").

â Épjtrr XXV, I. I\, p. 2li.

■' J/rni///itr de Fianciun, dans l'M. Fiiurnirr, Vurie'lfs, t. X, p. 278.

* \oy. Tnllcmant des Hi'au.v, I. II, p. UtJI.

î" Voy. Haudiripici' (!!• Hlanoduil. J.'nil île lu rerrerir. liv. V, cliap. i;i7 il suiv.

** A. Jal. Dielioiinatee cfîliijne. p. ll.~)2.

" Devi'nuc rui' Hlondi'j.

^ Almannch Jhiuiiliiii piiur 1~77.

a 'fili-.- I.XW.

1" Li^It'i-, Voyiiqe à /'iiris, p. I:ï2.

<1 Tuinc I, ji. 2-lB.

seurs de). — Graveurs sur pierres flnes. — Joailliers. — Lapidaires. — Orfèvres. — Métaux précieux. — Or et argent (Marchands d'). — Ordres français et étrangers. — Perles (Commerce des;. — Petit-Dunkerque. — Touche de Paris. — Trélliers, elc.

Billard. Maitkes dei. « Il y a au moins soixante jeux de billard dislriljués dans les differens (piarliers de Paris. Ces jeux ne .sont i^uère aujourd'hui fréquentés que par desdonie.sli(pies ou des fjens de bas étajjfe ; les maîtres et les j^arçons donnent des leçons à ceux qui veulent apprendre à jcMier * ». Les propriétaires de jeux de billard apparlenaieni à la corporation des paumiers.

Voy. Billardiers.

Billardiers. La l'aille de i292 cite un billardier. industriel qui vendait .sans doute les objets nécessaires pour jouer au billard, tel que l'on comprenait alors ce jeu. Il avail beaucoup de ressemblance avec notre crocket, car il consistait à pousser des billes ou des boules avec un manche de bois nomnu* hillard. hillouer ou ijuinqxu. sous de pelils arceaux. Il se joua successivement sur la terre, el il était dit alors billard de terre, puis sur une tal)le disposée à cet effet =.

('e dernier, peu à peu transformé, devint le billard actuel. Louis XIII à onze ans y jouait déjà ■*. Louis XIV l'aimai! fort . et y jouait pres([ue chaque soir en hiver *; ce fut même là, conune on sait, l'oriufine île la fortune que til Chamillard à la Cour.

Kn novendire 1()7(), les paumiers furent autorisés à avoir chez eux un billard, el, au mois de février 1727, la communaulé obtint le monopole de ce jeu : « VA feront payer les parties de billard à tous également..., au moins six blancs le jour et cinq sols à la chandelle ».

L'ordonnance du 26 juillet 1777 interdit « à toutes personnes (|ui iront dans les jeux de billard de faire aucun paris, méiue de donner des avis el conseils à cenx qui joueront à quelque jeu que ce soit. Faisons également défense aux maîtres de jeux de billard de donner a jouer au billard passé sept heures du soir en hiver et neuf en été ».

Marie -.Antoinette et Madame Elisiibeth jouaient au l)illard. La queue dont se servait la reine était faite d'une seule dent d'éléphant et montée en or. on l'enfermait dans un étui dont la reine portail la clef à la chaîne de sa montre ■'.

\ oy. Paumiers.

Billonneurs e! Billonneux. On nom-

mail aiitrelois billon liule monnaie dans laquelle

• .I.zi', Klul ou /aileott il.' lu fille Ht Paris, éilil. de I7«in, p. 184.

- l)uran*^e, tîlo^snrium. v° billa. — Dirtionnaire de Trécuiix. I. I, p. 1)1)4. — Villon, «lans son l'elil leslamrnl Ij5 XXIX) luenlionne n Un}; liillani île quoy on orossi' ». " -l Jouriiol A'Wvnmu\, I. Il, Ji fll.

* Saint-Simon, Mêtooires, t. 11, j". 2ol. '■> M"'" Campun, .Mémoires, l. 1, p. 283.

mi.l.ONNKURS — M1,A.N(.

fiitiait un iillia^e trop ooiisidentlili'. i-t (|iii i-lail. par ciinsiMHU'iit. desliiu" h la n'tonli'.

I.'allcnilidii ili's iiioiinaies. à la(pirll(' uns mis l'urciit siiiiviMil n'cniirs, crt'a la monnaii'ili' liiUmi. (Jiiaiiil la rovaiilf ordoiiriail le rc-lrail ili' (elle ou Irlli- vieilli' iiiomiaic. dos iiilldnm'ursdfsi^iit's par raulorite. aussi liion (pu> d'autres lialùtués à et' nielier, sVH'.)r(;aii'nl de la rassembler. Ces ileruiers t'ureul Uinjjleuips elalilis dans la rue au Keunv ', et IVniplaeeiueul qu'ils occupaieul l'Iail alors iioinnié le fiilhn. N'ers le milieu du Hualorzième siècle, le prév(\l de Paris voulut les transpoi'ler près de la (irande-Iiourherie, mais ils resislérenl.

Au seizième siècle, li's liillouneui-s parcouraieiil les rues en criant :

(^ui a lies tar-ffs, «les nicquelz, - Kt aussi (lo vifillt' nionnoye? !*

On nomma plus lard hillonneurs les yens (|ui se li\Taienl u un Iralic ille-^al de monnaies dolectueiises. Il était inleniit. par exemple, de les lundre. de les transporter hors du royaume, de les moditier, de les rogner, de les z-emettre en circulation. .\u cours de l'année 17"20. après la chute de Law, le l'arlement prononça des peines sévères contre le-- liillonneuvs *.

I Voy. Changeurs.

Bimbloquiers. Nom ((ue le DiriioiDiaire de Richelet ■' donne aux hiniiieloliers. Voy. Jouets (Fabricants de).

Biniblotiers ci Bimbelotiers. V(jy.

Jouets (Fabricants de).

ni tahriquaient

Bisettiers. ( luvrier

bisetle.

On nommait biselle. au moyen-âge. un étroit réseau de KIs d'or ou d'ai^ent. qui donna la première idée de la dentelle.

(In voit la biselte citée dans les cadeaux faits .1 Blanche de Bourbon pour son mariage eu 1552 «.

Cent ans plus tard, la bisetle n'était plus (|u'une dentelle commune, faite de til de lin blanc. Paris en produisait fort peu ; presque toute celle qui s'y vendait était l'œuvre des paysannes des environs, et plus spécialement de Saint-Denis, de (îisurs. de .Monliuorency. etc.

On trouvait la bi.sette, comme les autres dentelles, chez les lingères et les merciers.

Biseurs. \'oy. Teinturiers de Georget.

BiSOUartS. Nom donné parfois aux colporteurs.

Blaatiers. Nom que la Taille Je 1292 donne aux marchands de blé.

' Devenue rue aux l'Vrs, puis rue Berger. - I.a valeur de la tarjje varia souvent. Le niquet Talail lieux deniers tuurnuis.

■• .\. Truquel, Les crimes de Paris, etc.

* \ay. les Mémoires de Malliieu Marais, juillet 1720, t. I, p. 316.

* Èdit. de 1719, t. 1. p. 128.

6 Uouël-d'.\re4, Comjites de fargnUrie, p. 2'.>8.

Bladiers. \oy. Blé (Marchands de).

Blaetiers. Nom que le Lïpre des métiers

donne au.v maivliands di- lile.

Blaetiers. Noy. Grainiers.

Blanc Spiici.vi.iTii ue . Expression toute moderne, qui désigne un commerce restreint à certaines étoiles de m el de colon. Uelail surtout représenté jadis par h's rlianerdt'iers. les lutijrns el les iitijieliurx, articles auxquels je renvoie. Je consiicrerai seulement ici (pielques tnolsaiixdraps de lit et aux mouchoirs, qui cmislituenl aujourd'hui la partie la plus impcuMante de ce négoce.

X\\ moyen-âge. les diaps de lil étaient presque toujours nommés /Iniji.s-luti/e.i. pour les disliiiii-uer des draiis île hiinc. el aussi linceuls ou linceux, parce que, comme de nos jours, us servaient à ensevelir les morts. Leur dimension rap])elail natiirelliMuenl celle des lits '. Dans un inventaire de VdHl . je relève cette dépense: « .-V Jehanne de Brie, marchande de toilles, demourant ù Paris, pour vingt-cinq aulnes de toille bonrget)ise. pour afiredeux paires de draps à lil, cliascuiii- paire de dix aulnes - ». .\insi qu'aujourd'hui, le drap de dessus se repliait sur la couverture. (Ihrisline de Pisan, décrivant le lil trè-, luxueux il'une accouchée signale un « grauil drap de lin. aussi délie que soie, tout d'une pièce el sans cousture, (jui est une chose nouvellement trouvée •* ».

La lingerie d'une famille noble contenait une grande quantité de draps. Charles V parait n'en avoir possédé que quarante-neuf paires *. S'il faut en croire l'inventaire dressé après la mort d'Anne de Bretagne, la lingerie royale en eut, alors renlermé sept à huit cents douzaines ■*, mais j'ai peine à croire qu'il n'y ait pas là quelque erreur de leclui'e : 9.()00 draps, c'est beanconp, même pour une reine.

Jusqu'au début du dix-septième siècle, les draps de lit conservèrent le nom de liticeuj; et de linceuls •>. Lafontaine même l'a employé '. Les libertins avaieid eu déjà l'idée de garnir leur lit avec des draps de tatïetas noirs ". D'ailleurs, blancs ou noirs, ils étaient loujoms parfumés *.

La plus fine batiste paraissait dure encore à la peau délicate (r.\nne d'.\ulriche, et avant qu'elle consentit à s'en servir, il fallait l'ailoucir plusieurs l'ois par des mouillages. Le cardinal Mazarin lui dit un jour en plaisantant « que si elle alloit en enfer, elle n'auroit point d'autre supplice que celui de coucher dans des draps de Hollande '« ».

1 Voy. l'art. Literie (Commerce de la).

* Duaii<.-i\ \ri-i{, .Yuuctaiix eom/i/es, f. 151. L'aune de Paris équivalait à 1", 19.

y Trésor de la cité des Daines, éd. de 1497, f" 59.

i Iiiceiilaire, y. SUS, 349, aôO et 352.

■"' llibliolliêiiue de l Ecole des chartes, an. 1849, p 103.

6 Vov. Kabelais, livre V. — liérualde de Verville, chap \'ll. — H:-antôme, t. IX, p. 254. — Matli. Kégnier, satire \ 1 .

~ L ermite, eonte \\ .

8 brantôme, t. IX, p. 254.

9 Corrozel, lllnsuns, p. 17.

"> Molteville, Mémoires, «jj. Micliaud, p. 551.

BLANC — BLANC I)'J';SPAf{NI<:

Je rappelli' qu'a hi uujiI de nos souverains, loul 11- lin|j:i' royal élait allriliué aux relifjfieuses de la Saussaie, prés de \'illejuil '. Ce privilèj^e ne s'élendail pas an liujfe laissé par la reine. Le renouvellenienl complet en élail fait tous les trois ans par les soins et au profit de la dame d'honneur, l'in janvier IT.IS. madame de Lnynes. alors pourvue <le cette cliarfi^'e. dépciisi IjtJ.OOO livTes [)our renouveler le liujjfe de Marie Les'/cinska -. 11 lui renouvelé eiuîore en 1741 ; mais on déeida. en 17r>8. de m- plus procédei' à celle opération ((ue tous les cinq ans, el Necker la retarda encore de deux ans '.

L"usa<i^e du mouclioir remonte Ires haut ; mais, jusipi'au treizième siècle, les poches n'existant pas *, on ne put le mettre dans la poche. Ou rattachait au bras gauche, comme les prêtres fout encore de la liande d'élotié appelée manipule, et (jui dans l'origine était destinée à leur servir de mouchoir tlurant les ollices. Les évêques portaient un mouchoir attaché à leur crosse, les chantres ù leur liàton. etc. Cet usage subsistait au dix-huilieme siècle dans l'église de Saint-Denis et dans plusieurs églisj's de campagne ■'. Ciiez les laïques, le mouchoir était, parait-il, fréquemment oublié, et en son ab.sence la manche le remplaçait. Deux expressions proverbiales sont nées de celte coutume. On dit : « Du temps qu'on se mouchait sur sa manche », pour rappeler un temps où les mœurs étaient d'une grande simplicité, et, dans un sens opposé : « Ne pas se moucher sur sa manche ». Toulelois. je ne dois pas dissinuiler que, longtemps encore, bourgeois et plébéiens surent très bien se passer de mouchoir. V,n revanche, les nobles dames eurent de bonne heure des mouchoirs fort luxueux. Je vois fio-urer dans l'inventaire de la reine Clémence de Hongrie", veuve de Louis le Hulin, « un esmouchoir de soye ' » .

Au seizième siècle. Ton mangeait encore avec les doigts, aussi recommandait-on de ne pas se moucher avec la maiii qui prenait la viande. On élail libre. iTailleurs, de se moucher dans ses doigts, piiiuvu que ce fùl de la main gauche :

Kn'aiit, se ton nrz cs\ morveux,

Ne le torehe de la main nue

De (|Uoy la vianile est tenue,

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