BOURREAUX
plus, chaque lépreux lialntuiit la banlieue de Paris lui devail quatre sous par au '.
Le prieui'é de Saint-Antoine avait le privilège exclusif de nourrir dans Paris des pourceaux. Le bourreau était cliarg'é de saisir tous les autres rencontrés errants par la ville, et il recevait cinq sous pour chacun de ceux qu'il amenait à l'Hôtel-Dieu '-.
l'IcouloMs niiiiiilenanl Sauvai : « Les religieux de Sainl-Marlin [des (IhampsJ doivent tous les ans. le jour de la .Saint-Martin, à l'exécuteur de la haute justice cinq pains et cinq bouteilles de vin pour les exécutions qu'il l'ail sur leurs terres ; et le bruit court que, ce jour-là, ils le faisoient dîner avec eux dans leur réfectoire sur une petite table qu'on y voit : c'est un faux bruit dont on ne sait rien davantage.
Les religieux de Sainle-Cjeneviève lui pajoieni encore cinq sols tous les ans, à cjuise qu'il ne prend point de droit de liavée ■*.
L'abbé de Sainl-Uerniain des Prés lui donnoit autrefois, le jour de saint Vincent, patron de son abbaje, une lèle de pourceau, el le faisoit marcher le premier à la procession *. »
11 recevait parfois une paire de gants. Cela, a-t-on dit, pour que ses mains parussent sortir pures de l'exécution dont il était chargé ■''.
Il pouvait s'emparer de l'argent qu'il trouvait sur les suppliciés. « Et est à noter que quand un homme est jusiicié pour ses démérites, ce qui est au dessous de la ceinture est au bourel, de quelque prix que ce soit " ». Cette phrase date de 1572. Vingl-cinq ans plus tard, Lestoile, racontant l'exécution d'un espagnol convaincu de tentative de meurtre, dit qu'on lui trouva cent doublons cousus en un coing de ses chausses, dont il y eust procès entre M. Rappin et le bourreau à qui les auroit, soustenant l'un et l'autre que le dit argent leur apparlenoit ' ». Ce Rapiii, un des auteurs de la Sutire rnénippée, joignait à son titre de poète, celui de lieutenant de la prévôté.
Lors des exécutions, ou à l'occasion des feux de la Saint-Jean, le bourreau louait des places aux curieux qui voulaient contempler de près tous les détails de la cérémonie. J'ai trouvé l'avis suivant dans un des recueils manuscrits de la bibliothè(|ue Ma/.arine * : « Le sieur Bausire, maître ordinaire des hautes et basses œuvTes de la ville et bardieue de Paris, et le sieur Lepautre, son dessignateur efligiaire *, advertissent le public qu'ils loueront des places sur leurs échafaux. à un prix raisonnable, pour voir le feu que l'on fera à la Grève. L'on prendra les billets au pilory, chez M" leurs valets. Les places
1 Voj'. Les droicis itu bourel de Paris, dans LebiT, Vissertatïinis, t. \IX. p. 173.
* Fontanoii, Édils el ordonnances, t. I, p. 229 cl 869. 3 Ou mifux de havaf^»'.
* Antiquités de Paris, t. II, p. 457.
'< Mémoires de la société des antiquaires de France ,
VIII {1829). p. 433.
6 Lt'bor, ut supra.
1 Journal de Henri IV, 10 janvii'r 1596.
» Coté .\ 15407, y piiVr.
'J l'uur Ivs coupables exécutés en ef&gie.
seront marquées d'une fleur de lys, et les méros d'une croix de Sainl-Audi-é '. »
Comme compensation u toutes ces prérogatives, le bourreau devait fournir les cordes, épées, couteaux et autres objet.s concernant sa profession ; cependant les potences, bûchers et cotterets n'étaient pas à sa charge.
Regardé comme chirurgien ou tout au moins comme habile rebouteur, le peuple s'adressait a lui pour les fractures et les luxations. En mars 1755, le bourreau de Fontenaj-le-Comle, fut condamné de ce fait à dix livres d'amende. Il offrit de subir les e.xamens exigés des chirurgiens, el un arrêt rendu par le Parlement de Paris repoussa celle proposition. En avTil 1761, les chirurgiens firent encore infliger une amende de 500 livres au bourreau du Mans qui avait pris, dans un acte public, le liWe du chirurgien-restaurateur -. On accusa aussi des bourreaux d'avoir voulu as.sassiner un célèbre rebouteur, nommé DumonI et surnommé Val-des-Choux, dont ils redoutaient la concurrence ^.
Au dix-septième siècle, la graisse humaine passait encore pour un excellent remède contre les rhumatismes, et en ce qui la concerne, le bourreau faisait aux apothicaires une concurrence regrettable. Ecoutons l'apothicaire Pierre Pomet : « Nous vendons de l'axonge humaine, que nous faisons venir de divers endroits. Mais comme chacun .sçait qu'à Paris le maître des hautes œuvres en vend à ceux qui en ont besoin, c'est le sujet pour lequel les droguistes et les apothicaires n'en vendent que très peu. Néanmoins, celle que nous pourrions vendre, ayant esté préparée avec des herbes aromatiques, seroit sans comparaison meilleure que celle qui sort des mains de l'exécuteur * ».
Contre l'apoplexie et la gravelle, on employait l'usnée ou le magistère de crâne humain. Celait une sorte de mousse verdâtre issue d'une tête de mort. Mais, conune le dit encore très bien Pomet, le plus savant apothicaire du dix-septième siècle, « le crâne des criminels nouvellement pendus, vidé de sa cervelle et de tout ce qu'il contient, bien lavé, bien séché vaut infiniment mieux : c'est celui que les droguistes vendent sous le nom de crâne humain ° ». Le célèbre Lémery ne mettait pas en doute l'efficacité de celte préparation. Il écrivait en 1738 : « Pour faire le magistère de crâne humain, on calcine le crâne et on le pulvérise subtilement. Mais ce magistère n'est qu'une tète morte privée de vertu ; on fera bien mieux deniployer, en sa place, du crâne d'un jeune homme mort de mort violente '' ».
On comprend, dès lors, pourquoi la vente des cada\Tes constituait au bourreau une abondante source de revenu.
1 L>'s monaux ou jetons sans doute. Voy. ci-dessous l'art. Mén-aux di' plomb.
' \\)hé Jaubert, Diclioii»aires des arts et mrlitrs, l. II, p. 22.
•■> Richaumonl, 20 janvier 1780, t. XV, p. 37.
* Histoire générale des drogues, 2* partie, p. 7.
^ Histoire générale des drogues, 2* partie, p. 8.
6 Pharmacopée unirerselle, p. 350.