BOURREAUX — BOURRELIERS
et les ongles, pendre, noyer, écarlclcr, lin'iler, rouer, eic. ; il fallait enfin savoir appliquer la lorture. Un voyaffeur anglais Evelyne, qui visita Paris en 1652, ilécril ainsi une séance de lorlure à laquelle il assista : « Je suis allé au Uhâlelel voir donner la question à un malfaiteur qui refusait de confesser ses- méfaits. On commença par lui lier les poignets d'une forte, corde qu'on passa dans un anneau de fer scellé dans 11' unir, à quatre pieds il peu près de haut ; puis on lia ses pieds d'une autre corde passée dans un anneau pris sur le pavé, à environ une toise du plus loin où ils pouvoient atteindre en s'allongeant le plus pussilile. .Ainsi suspendu, mais sur un plan incliné, on passa un chevalet de bois sous le câble qui lioil ses pieds, ce qui le tendit au point de disloquer misérablement toutes les articulations du patient, dont le corps s'allongea d'une façon extraordinaire. On en pouvoit juger d'autant mieux qu'il n'avoit sur lui pour tout vêtement qu'un caleçon de toile. On l'interrogea alors sur le vol dont il étiiit accusé, et comme il ne voulut rien avouer, on mit sous le câble un second chevalet pour rendre la torture et l'extension plusdimloureuses. Comme cette agonie ne réussissait pas à lui arracher d'aveux, le bourreau lui lit entrer dans la bouche le bout d'une corne, et lui versa, tant dans le gosier que sur le corps, la quantité de deux seaux d'eau, ce qui le fit enfler si prodigieusement qu'il n'est personne qui n'eut peur à la fois et pitié de lui. Mais il persista à nier tout ce dont on l'accusait. On le détacha ensuite et on le porta devant un bon fou, pour le faire revenir, car la douleur l'avait fait évanouir et ilsembloit mort '».
Dans le ressort de Paris, on employait surtout les brodequins et l'eau. On vient de voir comment se donnait la question de l'eau, on trouvera celle des brodequins décrites dans les Lois criminel/es de Mujart do Vouglans, ouvrage qui fut publié en l'780, huit années seulement avant la suppression de la torture.
Parmi les nombreuses dénominations appliquées ù l'exécuteur des hautes œuvres, je citerai seulement les suivantes : ioiicAier, carnaricr, ciirnessier, carnirier, qeJienneur, qtiestionneur, paliùulevr, tnrmenteur, toui-menleur.
Voy. Fossoyeurs.
Bourrelets (Fourniture et po.se de\ L'u.sage des bourrelets destinés à calfeutrer les fenêtres est fort ancien. Je me souviens d'en avoir vu citer — mais où ? — qui étaient constitués par de simples bandes de feutre. Au début du qiuttorzième siècle, les femmes du petit (Charles VII en commandent à im sellier: «A 1 lance, sellier, demouranl ù Paris, pour avoir fi'uestrécs et mises à point les fenesires de la chambre de monseigneur messire Charles de l'^rance, en l'oslel du Petit Muce-, ÎÎ2 sous pnri- !iis''». Les .selliers, garnisseurs de harnais,
^ Voi/ftijr en Frniire, \t. 270.
- L'iii'iti'l (lu l'i'lilMiisc, ilaiis 1.1 III.- S.iiiil-AnlMJiif.
■I Extraits lie rompli's royaux, lians Ji^'an Cliarlii'r, Chronique de Charles VU, éd. Vallst de Virivilli-, t. III, p. 251.
confectionnaient-ils donc des bourrelets de feutre rembourrés à la façon des luMres ?
Au reste, c'étaient là bourrelets de grand luxe. Sous Louis XVI encore et même dans les appartements royaux, on se bornait souvent ii coller autour des fenêtres des bandes de papier. Ainsi, lors de la naissance ', au chàteiiu de Versailles, de la future duchesse d'Angoulême, Marie-Antoinette étant sur le point de s'évanouir, raccoucheur réclama de l'air. « Les fenêtres, écrit madame Campan -, avaient été calfeutrées ; le roi les ouvrit avec une force que sa tendres.se pour la reine pouvait seule lui donner, ces fenêtres étant d'une très grande hauteur et collées avec des bandes de papier dans toute leur étendue ».
Bourreliers. Dans les statuts qu'ils soumirent, vers 1268, à l'homnlogation du prévit Etienne Boileaii, les bourreliers se ([ualiticnl ainsi : « feseres " de coliers à cheval et de dossières de seles, et de toute autre manière de bonrcleric apartenant à charelerie fêle de cuir de vache et de chevaux ». .Strictement limité ainsi, le métier était libre ; mais tout bourrelier qui voulait employer le corihman * devaitacheter le métier au maître des fripiers-'', délégué luimême du grand chandirier de France. Les maîtres bourreliers pouvaient engager un nombre illimité d'apprentis et fixer comme ils l'entendaient les conditions de l'apprentissage. Ils étaient autorisés à travailler la nuit. On ne fait pas mention de jurés, peut-être parce que les bourreliers étaient soumis à ceux des selliers ".
La Taille de i202 mentionne 24 bourreliers, celle de {300 en cite 23.
Dès le 20 février 1404. les status de la corporation des bourreliers avaient été revus et réformés par (Charles VI ', à la demande des vingt-quatre maîtres alors établis à Paris. Celle nouvelle rédaction ne diffère guère de la première que sur deux points: le nombre des jurés est fixé à quatre, et le chef-d'œuvre est rigoureusement exigé pour parvenir à la maîtrise.
De nouveaux statuts, datés d'août 1578, limitent ù quaireans la durée de l'apprentissage, ne permelli'iil qu'un apprenti à cha(|U(' maître et réduisent à deux le nombre des jurés*.
Ces statuts furent révisés encore en décembre 1665' et en octobre 1734". Lapprenlis.siige fut alors étendu jusqu'à cinq ans et dut être suivi de deux ans de com|)agnonnage. Le chff-d œutre consista en « un harnois de limon complet ». Quatre jurés surveillèrent le métier. Les statuts de 1734 sont les premiers qui donnent aux maîtres de cette communauté le litre de bourreUcn-bdiiers-
' I,e 10 décembre 1778.
S Mrmitires, t. 1, p. 80.
3 l'^aiscurs.
* V(iy. l'arl. (".ordonniers, 5 \'i>y. cet article.
* /.itre lies mrlitrs. titre I.XXXI.
'' \'iiy. SInttits. titre/:, e'iiifs. etc. de la cimmunanlé des maîtres bourreliers, etc., 1764, in-4'', p. I. ' Voy. Statuts, litres, édils. etc., p. 14.
* Voy. .Statuts, titres, édits, etc., p. 21. '" \oy. .Statuts, titres, édits, etc., p. 35.
BOIRRKLIKHS — BOURSIKRS
hnHûrni/fiirs. l'iii 171(1. il> (ivaicril l'Ic iiiilorisés à h(iii[;n>viM- li-s luiis ildiit ils se servaient.
\ers lit lin ilil (li\-liiiiliéiiie siècle, le iioiiiliie (les lUiiilres était de 250 eiiviniii. Depuis le quinzième siècle au moins, ils étaient placés sons le palronaf^e de Notre-Dame des \ertus'.
On les trtiuve aussi nommés A)wc/(('cs.
Vov. Harnachement et Hongroyeurs.
Bourserie. Ce mol désignait, au mo yen âge, les riches étoffes, damas, veloui's, etc., dont on confectionnait les bourses, lesaumônières, etc. t)n trouve, dans le Livre des meïiers -, les statuts des v< ouvriers de drap de sove et de bourserie ».
Bourserots. \'ov. Boursiers.
Boursiers. Les mérovingiens se servaient de boiwses de cuir, et le moyen âge appela ainsi tout SIC de petite dimension, qu'il lut destiné à recevoir de l'argent ou d'autres objets, il y avait des bourses à bijoux, à cha[)elets, à reliques, etc. La bourse, attachée à la ceinture par une chaîne ou un cordon, pendait le long du corps ; elle atteignit, stms le nom A'aiiriKhiière, son apogée au treizième siècle, où sa fabrication suffisait pour occuper, en dehors des boursiers, une nombreuse corporation. Au quatorzième siècle, la boiu-se prit la forme d'une gibecière ou d'une escarcelle, et le ceinturon (]ui la retenait descendit de la taille sur le haut de la cuisse.
A cette date, les mots bouge, bougette, cuiret, boursette, cuhl et bien d'autres désignent presque toujours des bourses''. On rencontre plus souvent, dans nos anciens chroniqueurs, la tasse, tasque ou tassettc qui donna son nom à la communauté des tassetiers. Je citerai encore Vahière, dite aussi aloyère, aUoière, allowjère, alhgère, etc. :
Riche ceinluro et aloière
Que cliascun appelle gibecière.
« Le suppliant print la gibecière ou alloyère de petit Jehan, en la quelle n'y avoit point d'argent ' ».
La bourse dite qemelle ou à rul île rilain est restée célèbre. Elle était formée de deux poches ou hémisphères, entre lesquelles se trouvait la fermeture. Les pauvres, dont les braies devaient être souvent en triste étal, avaient fourni ce nom inconvenant qui désignait parfois un objet fort luxueux. L'inventaire dressé à la mort de Charles \' mentionne deux bourses à cul de vilain, ornées de perles et de saphirs ^ .
La bourse devient .sichet au seizième siècle, et son fermoir ciselé est alors une œuvre d'art. Au dix-septième siècle, chaque bonne ménagère perle au côté, suspendus à l'extrémité d'une longue chaîne d'argent, des clefs, des ciseaux, un couteau, une bourse, etc. C'est le demi-ceint^.
Les boursiers formaient une corporation dès le douzième siècle, car, en 1 160, Louis Vil avait
• Voy. Slaluls, titres, édils, etc., p. 260. ! Titre XI,
•• t'.h. lie Liiins, Yèlmuals saeerdulaux. p. 25 et s. • ♦ Vi)v Diicanpe, au mot n/loverium. 5 N" 607 et 608.
* Voy. l'art. Demi-ceintiers.
concédé la juridiction el les revenus de ce métier à Tlièce, lèmme d'Yves Lacolie. La famille Marceau en avait hérité au treizième siècle, époque où les boursiers souipirent leurs statuts H l'homologation du prévôt l'ilienne Hoileau '.
On y voit que le métier s'achetait au concessionnaire, qui avait le titre de miil/rc des sueurs -.
Le maître boursier ne pouvait avoir ipiuii seul apprenti, mais aucune autre condition ne lui étiiil imposée.
Les boursiers étaient autorisés à travailler a la lumière, et ils jouissaient du droit de hauban.
Les statuts recoiuiaissent que le service du guet était dû par tous les maîtres. Ils négligent de nous indiquer condjien de jurés surveillaient le métier.
La Taille de 1202 mentionne 4') boursiers, celle de 1300 en cite 35 seulement.
Les boursiers employaient alors les cuirs de cerf, de cheval, de truie et de vache. Fabriquant presque exclusivement des bourses el des braies ou caleçons de cuir, ils représentent assez lidèlement nos culottiers actuels.
Au mois de février 1323, de nouveaux statuts leur furent octroyés, à la demande de 16 « ouvriers et ouvrières du dit métier, demeurans à Paris». Leurs noms figurent à la fin de l'acte.
Au quinzième siècle, ils composèrent, avecles ceinturiers et les mégissiers, la deuxième bannière des métiers de Paris'.
Mais leurs attributions furent singulièrement étendues dans la suite, et nous les voyons, au dix-septième siècle, se qualifier de maîtres boursiers, qibeciers, col/etiers, jwcheliers, caleronniers, faiseurs de bragers, mascarines et escarcelles, énumération incomplote encore de tous les objets qu'ils étaient autorisés à confectionner, tels que sacs, étuis, gibernes, gibecières de toutes espèces, calottes, chaussons de chamois, de buffle ou de maroquin, boiu-ses à cheveux, parasols, parapluies, etc.
Les statuts des boursiers, modifiés et souvent confirmés, furent révisés par lettres patentes de décembre 1659. Mais les merciers, les doreurs sur cuir, les peaussiers, les tailleurs ayant protesté contre les privilèges nouveaux qu'ils accordaient, c'est seulement en avril 1664 que les lettres patentes furent vérifiées.
Chaque maître ne pouvait avoir qu'un seul apprenti.
La durée de l'apprentissage était de quatre ans, celle du compagnonnage de trois ans.
Le chef-d'œuvre était très compliqué.
Les articles 31 à 48 font figurer parmi les objets dont la communauté avait le monopole :
Les bourses plates.
Les bourses à jetons, de velours ou de taffetas doublées de cuir et brodées d'or et d'argent. Les collets, chaussons et caleçons de chamois. Les gibecières et fauconnières en cuir.
t Livre des métiers, titre LXXVII.
S Voy. l'art. Maître des sueurs.
3 Ordonn. royales, t. XVI, p. 671.