CABINETS DE LECTURE — CADRANS SOLAIRES
douze francs de nantissement pour les livres qu'on emporte chez soi. Dans plusieurs, on lit par séance, moyennant six sous, les journaux. L'étranger peut y aller, pendant l'hiver, passer sa soirée ; il économise bois et lumière, et peut dire le lendemain : j'ai lu les dix ou douze colonnes du Moniteur et tous les feuilletons. L'on trouve ordinairement bonne société dans les cabinets littéraires ; il est très aj^réable de jouir d'une bibliothèque pour six ou (juatre sous par jour — Il y a à Paris plusieurs sociétés qui prennent le titre de caliinet littéraire, et dans lesquels on trouve cependant tout autre chose que des livres et des jcjurnaux. (Juelques-unes de ces maisons tiennent jeux ; d'autres possèdent de jolies femmes, que l'on vous propose tout bas. Ceux qui ne sont point initiés d'avance dans ce mystère trouvent effectivement en entrant un cabinet rempli de journaux et de li\Tes, et selon leur mise et leur physionomie, on leur explique l'énigme ' ».
Cabrioleurs. Voy. Bateleurs.
Caché (Dimanche). Voy. Repus.
Cache-nez (Fabricants de). « Touret de nez ou cache-nez, buccula miiliebris », dit le Dictionnaire de Nicot en 1606. Pour Furetière, c'est un ornement, un mns(jue qui ne cachait que le haut du visage.
Le VTai touret de nez se portait seulement en hiver ; il s'attachait aux oreillettes du chaperon, et couvrait .seulement le bas du visage. C'était bien notre cache-nez ; aussi, des plaisants de l'école naturaliste l'avaienl-ils qualifié impoliment de criffin * ti roupies '. H. Etienne, à qui nous devons ce vilain mot, nous dit qu'il faut y voir l'origine des masques.
Les tourets de nez étaient fournis par les tailleurs.
Cadraniers. Voy.
cants de).
Boussoles (Fabri-
Cadrans solaires. Dans la cour ou le jardin des principaux hôtels, des édifices publics, des collèges, il existait presque toujours un cadran solaire, peint ou gravé en creux sur une muraille, en bonne exposition. Le tracé était l'œuvre des mathématiciens ou fabricants d'instruments de mathématiques *. J'ignore le nom de celui qui fut employé, vers 1670, par le collège Mazarin, mais je sais que les deux cadrans solaires qui existent encore dans les cours de l'Institut furent exécutés par un lailleur de pierre nommé Barthélémy ^.
Les cadrans solaires de Paris étaient pour la plupart, fort peu consultés. La mode avait adopté celui du Palais-Royal, et vers midi, il recueillait
I Miroir de Paris, 3° édit., t. II, p. 205.
î Corlii'illr, cutfivl, panior.
•'• Hinri ÉHcriiir, Dintogues, I. 1, i>. IS.T.
4 Aliud'titch Dauphin pour /7S0, ri voy- ci-dossous l'ail. Inslniiiirnls rie nialluiii;iliquis (Kabiicanls d').
5 A. F., Histoire de la iiiliotkêjKe Jfa:ariiie, édit. de
les hommages d'une foule empressée. Casanova écrivait en 17."i0 : « Je vois beaucoup de monde dans un coin du jardin, se tenant immobile, le nez en l'air. ,Ie demande ce qu'il y avoit de merveilleux. On se tient attentif à la méridienne ; chacun a sa montre à la main pour la régler au point de midi ' ». Quand le duc d'Orléans entreprit, vers 1782, de métamorphoser son palais, les Parisiens s'émurent, en .songeant que peut-être ils allaient être privés de leur cher méridien. Ils furent bientôt rassurés. Non .seulelement le prince le leur rendit remis à neuf, mais il eut la délicate attention d'y faire pratiquer « une petite chambre, qu'on remplit de poudre, ce qui forme explosion dès que le soleil y frappe, et avertit les promeneurs et tout le quartier que le .soleil est au milieu de son cours - ». Ils en furent, un peu plus lard, avertis par le canon, devenu célèbre, qui remplaça la petite chambre remplie de poudre.
En 1777. le comte d'.\ngiviller, contrôleur des bâtiments du roi. avait eu la pensée de substituer à la vieille horloge de la Samaritaine l'action directe du soleil. Sur la terra.sse de l'édifice, il voulait établir un canon, « lequel, par le moyen d'un verre ardent dirigé par un conduit dont un bout répondra à la lumière du canon et l'autre précisément à l'endroit où le soleil se trouve au milieu de sa course, prendra feu, les jours où le temps sera serein, et par son explosion annoncera à tout Paris l'heure du midi ^ ». Il ne fut point donné de suite à ce projet, mais le duc d'Orléans d'abord, comme on vient de le voir, puis Buffon, s'emparèrent de l'idée et la réalisèrent, sous des formes différentes, l'un au Palais-Royal, l'autre au Jardin de> plantes.
Avec l'aide de l'architecte Verniquet, Buffon fit élever, au sommet du labyrinthe qui domine le .Tardin. un kiosque en fer, surmonté d'uni' sphère armillaire encore visible aujourd'hui, au centre de laquelle était suspendu le globe figurant la terre. Ce globe servait de marteau pour annoncer l'heure du midi. Retenu en l'air par un fil de crin, auquel correspondait le foyer d'une forte loupe, il retombait sur un gong chinois dès que le fil. brûlé par le soleil, se rompait *.
Peu d'années avant la Révolution, l'on voyait encore, dans le jardin del'Infanle un appareil de même nature. Les rayons du soleil, concentrés sur une lentille formée de deux glaces concaves entre lesquelles on avait enfermé cent soixante pintes d'esprit de vin, développaient une chaleur telle qu'un écu de six livres y était, disait-on. fondu en quinze secondes ; l'or ne demandait gui're plus de temps '.
I Mriiwires. I. III, p. 189.
* Mémoires secrets, dits de Bachaumont, 8 déci-nibn' 1784, I. XXVII, p. 60.
■' Sloira, Correspondanee secrète, 15 avril 1777, I. IV,
* \ oy. Tliiérv, tinide des amateurs et des étrangers,
(1787), "l. II, p '181.
" Voy. Tlliéry, Guide des amateurs et des étrangers (1786), p. 311.
CADR.\TrRIEHS — CAFÉS CHANTANTS
Cadraturiers. Ouvriers horlof^ers qui ont
la >.pi>i'iiililt> (les cailraliuvs. Ou ucuunii" riu/niturf rfuscMiiili' (les pii'ces plus dirocteuieul deslinées il l'airt' niouvnir les aij^uilles. KUes sciut placées, en {feneral entre la platine el le cadran.
Café (Commerce du). Le 22 janvier 1692, iiM arrêt du Conseil accorda pour six années au >ieur François Damame, bourgeois de Paris, le privili'^e île débiter seul « tous les caffez tant en fèves (.pfeii poudre, le thé, les sorbecs et les cliocolals tard en pain, roidlots. tablettes, pastilles (ine de to\des manières qu'il soit mis, ensemble les drof^ues dont il est composé, comme le cacao
el la vanille
Il n'est accordé aux délenteurs
actuels qu'un seul jour pour taire leur déclaralion. Mu outre, la Ferme, représentée par le -.leur Damame, se voit autorisée à envoyer ses ommis percpusitionner partout, à charge pour chacun d'eux d'être accompay:né par un commissaire au (^hàtelel, qui ne pourra d'ailleurs refuser en ce cas son ministère -.
Il semble que, si bien soutenue, l'entreprise eut dû prospérer; il n'en fut rien. Une énorme augmentation des prix avait ralenti la consommation et encouragé la fraude, double cause de préjudice qui découragea le sounussionnaire. Il se décida donc à demander au roi, comme une faveur, de vovdoir bien révoquer le privilège dont il jouissait depuis l'année précédente, et un arrêt du 12 mai 1693 rendit libre le commerce du café, du thé, du chocolat, du sorbec, du cacao et de la vanille.
Le régime de liberté inauguré par cet arrêt ne fut pas de longue durée. En 1723, la compagnie des Indes était sur le point de faire faillite, et le gouvernement, complice des fautes qu'elle avait commises, s'efforçait de lui venir en aide. La compagnie possédait déjà la ferme du tabac, on lui accorda celle du café ^.
Une Déclaration du 10 octobre réglementa l'exploitation de ce privilège '.
Il y est défendu à toute personne, de quelque qualité el condition qu'elle soit, de faire le commerce du café soif en gros soit en détail, même de le transporter d'un endroit à un autre dans toute l'étendue du royaume, sous peine d'une amende de mille Hvtbs.
Le café ne pourra être vendu plus de cent sous la li\Te. La vente en sera faite exclusivement dans les bureaux de la compagnie, par sacs de deux livres ou d'une livre et demie, « cachetez des cachets de ladite compagnie ».
L'entrée du café en France n'est autorisée que par le port de Marseille. Les balles ne seront déchargées qu'après déclaration faite au commis de la compagnie des Indes.
Tout individu convaincu d'avoir vendu ou
' Arresl du Conseil it Estai du Roy concernant la tente du enff. du thé, du sorbee et du ehoeolat. 1692, in-4''.
- Arresl du Conseil d' Estât du Roy, ijui ordonne Cexe'cution des rdits. rtc., 1B92, in-l».
•I Arrêt <lii 31 aoftt 1723.
* Dêelaralion du Roy qui règle lu manière dont la compagnie des Indes fera t exploitation de la vente exclusive du eaffé, 1723, in-4».
possédé du café en fraude sera puni d'uiip amende de mille livres. S'il se trouve hoi's d'elat de [)ayer ladite amende, elle sera convertie, « sçavoir : en la peine des galères \\ l'égaril des vagabonds el gens sans aveu, artisans, gens de métier, facteurs, messagers, voifuriers, crocheleurs , gens de peine, gens repris de justice, matelots el autres personnes de cette qualité ; en la peine du fouet et du bannissement de la province pour cinq ans à l'égard des femmes et filles de pareille qualité. Et en cas ([ue lesdils condamnez se trouvent incapables de nous servir dans nos galères, ils seront fustigez, llétris el bannis pour ciiH[ ans ».
Il est permis « aux commis et gardes de la compagnie de faire toutes visites, perquisitions et recherches dans les magasins, boulicpies, batelleries el maisons des négocians et marchands, même dans nos places, chasteaux et maisons royales, et dans celles des princes et seigneurs, couvens. communautez et autres lieux
prétendus privilégiez Et en cas de refus,
permettons de les faire ou\Tir par un serrurier ou autre ou\Tier, en présence du premier juge sur ce requis ».
Ce monopole si méticuleusement protégé n'enrichit point la compagnie des Indes. Elle s'aperçut bienfùt que le produit n'en couvrait pas les frais. Il fallut revenir au régime de la liberté ; mais des droits d'entrée, assez faibles pour ne pas entraver la consommation, continuèrent, bien entendu, à être perçus au profit du Trésor.
Vov. Arméniens. — Cafés chantants.
— Cafetiers. — Estaminets. — Limonadiers.
Cafés chantants. Ils sont originaires de la Hollande. Un certain anabaptiste, resté longtemps captif de corsaires en Orient, conçut, à son retour, une malencontreuse idée. Il ouvrit à Amsterdam, « près de la halle au blé, un certain cabaret où il y avoit, trois fois le jour, musique de violon et d'orgue. Cela atliroit continuellement du monde à boire ' ».
L'innovation réussit donc, el il n'y eut bientôt en Hollande ville un peu importante qui ne possédât son musico. Voltaire leur donnait déjà ce nom vers 1725, et il leur consacre une phrase qui montre assez le peu d'estime qu'on leur témoignait déjà : « Une île enchantée où des nj'mphes caressent des matelots après un voyage de long cours ressemble plus à un musico d'Amsterdam qu'à quelque chose d'honnête * ».
On ne sait (]ui introduisit à Paris la mode des musicos. el il ne semble pas qu'elle y ail sévi avant la fin du dix-huitième siècle. Toutefois, le rtife de.i avev.ifles et le café des nymphes charmèrent les habitués de la foire Saint-Ovide en 1771 et en 1772 '. Le Palais-Royal succéda à la foire, puis le boulevard du Temple se vit égayé par les cafés des Arts, (T Apollon, Alexandre
l Sorberinna (Sam. Sorbier est luorl en 1G7U) , édit. (le 1H94, Y- 142.
î Essai sur la poésie épique, éàil.^i^Mchol^i. X, p. 448. 3 E. Camparaon, Les spectacles de la foire, t. I, p. 187.