‹ Dictionnaire historique des artsChapitre 61 sur 422 · CAFÉS CHANTANTS — CAFETIERS · texte numérisé non relu

CAFÉS CHANTANTS — CAFETIERS

et Go/ldel. Je lis dans un ouvrage imprimé en 1779 : « Il semble que l'on ait voulu, depuis quelques années, imiter les cafés turcs, qu'ils appellent cavéhanes, où l'on admet des joueurs d'inslrumens que le maiire pa3e pour divertir ceux qui prennent du café. Les musiciens ne sont que passagers dans les cafés de la ville, mais ils sont à la journée dans ceux des promenades, comme aux lioulevards. On y exécuie de bonnes symphonies, des bouffons y chantent des ariettes avec tout le burlesque dont elles sont susceptibles, et des cantatrices des air» d'opéra-comique. Les voix sont passablement bonnes. Ils font tous de leur mieux pour amuser le public, mériter ses suffrages, et en tirer quelques pièces de monnoie à la fin de chaque air : il est rare que l'on ne donne point à chaque quêteuse' ». On n'y était point tenu, et ce qu'il y a d'étrange, c'est que l'on pouvait profiter de ces spectacles .sans bourse délier. Voici, en effet, ce qu'écrivait Sébastien Mercier vers 1780 : « L'oisif qui n'a pas le sol dans sa poche s'assied dans ces cafés, s'y chauffe, entend de la musique toule l'après dînée, et ne sort de cet asyle qu'à onze heures du soir, quand le garçon l'avertit qu'on n'y couche point. Jamais le maître de ces maisons vitrées ne lui reprochera d'y venir occuper une place éternellement gratuite ; il sera toute l'année régalé de musique et chauffé sans rien débour.ser. Tout cafetier des boulevards fait un don gratuit de son poêle, de ses chaises et de son orchestre à une infinilé de gens * ».

Dans quelque.s-uns de ces établissements, l'on jouait même parfois la comédie, « sans autre rétribution que le liénéficedesrafEraichissemens», dit P. de la Mé.sangère '.

Cafetiers. Il existait sous le Petit-Chàlelet un pa.ssage couvert qui conduisait de la rue Saint-Jacques au Petit-Pont; quelques boutiques, étroites et sombres, s'ouvraient de chaque côté de la voûte. Dans l'une d'elles vint, dit-on, s'établir en 1643 un Levantin qui chercha à débiler. sous le nom de rahnve ou cakouet, soit du Ciifé en grains, soil de la décoction de café. Celte tentative ne réussit p(jitil. Ce fut Soliman- Aga, amba.ssadeur de Mahoiuet IV, qui, en 16()9, mit le café à la mode, et moins de deux ans après, il y avait à Paris « plusieurs boutiques où l'on vendoit pidiliquement du cafl'é * ». En province, son existence était encore ignorée, car Faillie de Choisy, racontant un repas qu'il avait fait à Bourges vers 1670, chez la marquise de la (irise, écrivait : « Après le diner, on bul un petit coup de rossoli ; on ne connaissoit encore ni le oifé ni le chocolat, et le thé commençoit à naître ^ ».

En 1672, un arménien nommé Pascal ouvrit, à la foire Saint-Germain, un café qu'il transporta

• Hiirtaut et Mat;n}, iliV/io«»0(>f (/« /"(iriV, t. II, p. 10. S Tablenu île Paris, t. VI, |i. 19.

■î /,<• voyageur à Paris, t. III, p. 207.

* Jran Girin, De l'usage dtt caphé, du thé et du chocolaté, p. 23.

5 îiisloire de la comtesse des Barres, édil. rlp 1807, p. 97.

ensuite sur le quai de l'École ', et qui n'obtint qu'un succès de curiosité. Ses successeurs réussirent un peu mieux. Ils débitèrent, outre le café, de î'eau-de-vie, des vins sucrés, des liqueurs, etc., et leur nombre fut bientôt assez grand poiu" qu'un édit de mars 1606 put les constituer en communauté régulière sous le nom de limonadiers * .

Il n'existait pourtant alors à Paris aucun établissement qui ressemblât, même de très loin, à nos cafés actuels. Le premier qui ait été décoré avec un certain luxe fut créé vers 1702 par un palerniitain nommé Francesco Procopio dei Coltelli. Il francisa son nom, devint François Procope, et créa dans la me des Fossés-Saint- Germain •', en face du Théâtre Français, un café qui existe encore. Il semble être resté pendant longtemps à peu près le seul où se réunît un public honnête. Une ordonnance de police du 16 fé\Tier 1695 nous révèle que presque tous les cafés restaient ouverts une partie de la nuit et servaient « de lieux d'assemblée et de retraite aux voleurs, filoux et autres gens malvivans et déréglés ». Elle veut qu'ils soient désormais fermés à cinq heures en hiver et à neuf heures en été *. Le 20 octobre ils obtinrent de rester ouverts une heure de plus en chaque saison. Enfin, une ordonnance du 21 mai 1704 leur fixa pour limite extrême dix heures en hiver et onze heures en été ^.

Mais à cette date, les cafés s'étaient moralises et étaient même devenus des centres littéraires. En 1723, trois cents cafés ouverts à la causerie recevaient une société à laquelle ne faisait défaut ni l'éducation, ni l'esprit. Savary écrivait alors : « Les cafFez de Paris sont pour la plupart des réduits magnifiquement parez de tables de marbre, de miroirs et de lustres de cristal, où quantité d'honnêtes gens de la ville s'a.ssemblent. autant pour le plaisir de la conversation et pour y apprendre des nouvelles, que pour y boire de celte boisson qni n'y est jamais si bien préparée que lorsqu'on la fait préparer chez soi. Les marchands de cafîé en envoj'ent aussi par la ville avec un cabaret portatif. Et même les dames de la première qualité font très souvent arrêter leur citrrosse aux boutiques des caffez les plus fameux, où on leur en sert à la portière sur des soucoupes d'argent * ». Un ouvrage imprimé un demi siècle plus tard constate que « les cafés sont fréquentés par dhonnêtes gens, qui vont s'y délas.ser des travaux de la journée. On y apprend les nouvelles, soit par la conversali(ui, soit par la lecture des papiers publics. On n'y souffre personne de suspect, de mauvaises mœurs, nuls tapageurs, ni .soldats, ni domestiques, ni q<ioi que ce soil qui pourroit troubler la tranquillité ".»

' .\uj. quai ilu Louvrp.

' Voy. cet article.

3 Auj. rue (le l'Ancicnni'-Coinédip.

* Di'Ianiarr.', Traité de la police. I. III, p. 810. » Isarabort, AncieitHes lois franfoises, I. XXVII, p 412.

" Dictionnaire du fommerce, au mol café.

' Hurlaul et Mapny, Dictionnaire de Paris, t. II, p 10.

CAFKTIKRS — CALECONNIKRS

1mi 1807, il oxistait à Paris i-nviroii ciuatrc mille cafés, écril l'riKlIioniiiie, (|iii ajoute : « Les limoiuuiiers n'avaient le droil, il y <i viiijj^l ans, de vendre du vin, ni de donner à nianfjer ; presque tous aujourd'hui donnent des déjeuners à la fourchette, principaleinenl des côtelettes, des roffnons au vin de champan^ne, etc. ' ».

Une des Contemporaines de Rétif de la Bretonne est dite par lui rafetière *.

Voy. Estaminets.

Cagetiers. Faiseurs de cages. Les oiseliers avaient le droit' de fabriquer les petites cages, les épingliers confectionnaient les volières, les vanniers avaient la spécialité des cages en osier. Les lourds grillages qui protégeaient les verrières des églises étaient r<Buvre des serruriers.

Voy. GriUageurs et Oiseliers.

Caisse de Poissy. Créée en décembre 1743 •', elle avançait aux bouchers l'argent nécessaire pour pajer comptant aux forains les bestiaux que ceux-ci amenaient au marché de Poissy. Sur la demande des bouchers, elle fui supprimée en 1779. Rétablie, puis supprimée de nouveau, elle a été réorganisée en 1802.

Voy. Bestiaux (Commerce des).

Galandreurs. La Taille de 1292 cite deux kalendreenrs et qualandreeurs, celle de 1300 en mentionne six, et une pièce du quatorzième siècle publiée par Depping ' nous apprend que les maîtres calendreurs étaient exempts du service du guet bourgeois. Une rue de la (]ilé portait alors le nom de rue de la Calandre, et elle le devait, dit Jaillot •*, à la présence de quelques calandreurs ; cependant les Tailles de 1202 et de i3l3 n'en indiquent aucun parmi les habitants de cette rue.

Les statuts donnés aux teinturiers en 1669 permettent aux seuls teinturiers du bon teint de posséder une calandre ; les autres devaient se contenter d'une presse. Encore la calandre des teinturiers était-elle formée de tables en bois.

Au dix-septième siècle, on appelait calandre royale une c<ilandre construite par les ordres de Colbert, et qui était installée rue du Cimetière Saint-iSicolas, dans une maison qui passait pour avoir été habitée par Gabrielle d'Estrées. Cette calandre avait sa plaque supérieure en cuivre et l'inférieure en marbre. En 1777, elle appartenait à une calandreu.se nommée Laine qui prétendait la faire remonter au ri'gne de Louis XIll ''.

Une .seconde calandre roi/ale, nuiiiie de deux tables d'acier poli, fut établie dans la rue Louisle-Grand par lettres patentes de 1748.

Calculateurs. Voy. Arithméticiens.

Cale. Petite servante ou petit laquais. Le mot cale désignait un bonnet plat, qui était

' Miroir de Paris, l. I, p. 283.

î Noiiv.-lli- fil.

•' Duc il'- I.uynes, Méiiioires, I. V, p. 221.

' Ordonnances relatives aux métiers, p. 426.

5 QuartiiT de la Cité, p. 35.

" .ilinaiiacA Dauphin pour 1777, 1" partir', p. 9.

surtout à l'usage des ecclésiastiques et des gens de service '. 'ralleninul des Réaux écrit : « (îonibauld, qui se piquoil de n'aimer qu'en bon lieu, cajoloit une petite cale crasseuse* ».

Caleçonniers. Faiseurs de caleçons en peau, (a^ tilre appartenait à la corporation des peau.ssiers et à celle des boursiers. L'article 22 des statuts accordés aux boursiers en décembre 1659 mentionne, parmi les objets qu'ils étaient autorisés à confectionner, les « chaussons et caleçons de chamois >..

Ceux-ci se portaient bien, comme les nôtres, « entre la chair et les chau.sses ' ». Les caleçons de tricot étaient vendus par les bonnetiers, les caleçons de toile par les lingéres.

Les femmes ne couunencèrent à porter des caleçons qu'à dater du seizième siècle. La mode des jupes très amples, des verlugades, des vertugadins , ancêtres de la crinoline * , rendait indispensable ce complément de la toilette féminine. Béroalde de Verville constate tout crûment que les femmes ont adopté le mode des « caleçons ou brides à fesses pour se garantir ^ » ; mais Henri Etienne raconte, avec toute la précision désirable, les origines de ce vêtement intime : « Les femmes ont commencé à porter une façon de haut de chaus.ses qu'on appelle des calçons*, et ce, pour ce qu'elles ont l'honnesteté en grande recommandation. Car, outre que ces calçons les tiennent plus nettes, les gardant de la poudre (comme aussi ils les gardent du froid), ils empeschent qu'en tumbant de cheval ou autrement, elles ne monstrent... Ces calçons les assurent aussi contre quelques jeunes gens dissolus ; car, venans mettre la main soubs la cotte, ils ne peuvent toucher aucunement leur chair... ' ».

Lorsque, après l'assassinat de son mari, l'on vint arrêter la maréchale d'Ancre, du Hallier, capitaine des gardes, fut chargé de saisir tous ses bijoux. Il eut l'infamie de la fouiller, de la fouiller jusqu'au caleçon : « Et enquise si elle n'avoit point de bijoux sur elle, elle haussa sa cotte, et monstra jusques près des tétins. Elle avoit un calson de frise rouge de Florence. On lui dit en riant qu'il falloit donc mettre les mains au calson ; elle respondit qu'en autre temps elle ne l'eusse pas soutî'ert, mais lors fout estoit permis, et du Hallier tasta un peu sur le calson * ».

Dans les dernières années du dix-huitième siècle, quand reparut la mode des costumes collants, le caleçon disparut. Sébastien Mercier écrivait vers 1780 : « Excepté les actrices, les Parisiennes ne portent point de caleçon. .S'ils

' Fiiretière, Roman bourgeois, p. "(î.

2 Historielles, t. III, p. 349.

3 Savaiy, t. I, p. 529. — Dictionn. de Trévoux, t. Il, p. 169.

* Voy. ci-ilrssou.s les art. l'anicis (Marchandes de), et Tournures (Fabricants de).

^ Moyen de parvenir, chap. XLVI.

•► On le.s appelait aussi bragues. \'oy. J. Nieot, Thrésor de la laïufue frnni-uisr (ItiOd), p. 88.

■J Dialogues, t. I, p. 223.

** Relation de ce qui s'est passé à la mort du maresckal d'Ancre, édit. Michaud, p. 470.

CALECONNIERS — CANNAMELISTI';S

étoieiit ailoplés, uns fetiimes délicates, qui aiment à courir partout, se préserveroienl d'une iiiliiiilé de maux, que le froid ei l'humidité leur occasionnent ' ■■>. Les Parisiennes trouvèrent sans doute fort sages les conseils de Mercier ; toutefois, ne voulant pas reprendre les caleçons, elles leur substituèrent les pantalons, mode qui nous arriva de Londres. En Anfjleterre, ils n'étaient guère utilisésqueparlesjeuneslilli'sà qui l'on enseignait la gymnastique; mais, au printemps de 1809, quelques Parisiennes s'éprirent de ce vêtement. « On les vit se promener en pantalon de perkale garni de mousseline, les unes sur les boulevards, les autres aux Tuileries. Quoique leur robe fût longue et le pantalon très peu visible, elles marchaient les yeux baissés parce que tout le monde avait les yeux fixés sur elles* ». Il est vrai que ces pantalons primitifs descendaient presf[ue jusqu'à la chaussure.-

Calfateurs et Calfatins. Voj. Calfats.

Galfats. Ceux ijui réparent les bateaux. On

trouve souvent calfateurs, et leurs apprentis se disaient calfatins.

Un calfateur était attaché à la petite flotille installée à Versailles sur le grand canal.

Calottiers. Faiseurs de calottes. Au seizième siècle, la plupart des ecclésiasli(|ues se mirent à porter sous leur bonnet une cale, identique pour la forme avec la coiffe dont les hommes s'étaient couvert la tète au treizième siècle ^. C'était une préctiution contre le froid glacial des églises, mais beaucoup de prêtres en abusèrent pour se soustraire à l'obligation de la tonsure. Le concile de Milan (1569) interdit donc l'usage des cales, mais il autorisa la calotte telle que la portent aujourd'hui les ecclésiastiques.

Vers 1649, un sieur Lemaître imagina de fabriquer des calottes en cuir très léger, et cette mode fut aussitôt adoptée par le clergé séculier, qui n'en porta point d'autres jusqu'à la fin du dix-huitième siècle. Le clergé régulier conserva les Cidottes d'étoffé et de tricot.

.\u dix-septième siècle, les calottiers confectionnaienl aussi les calottes de toile jaune et de ratine qui se plaçaient sous les perruques *.

Les calottiers ne furent jamais constitués en corporation. Les merciers, les bonnetiers, les peaussiers, les t<iilleurs et surtout les boursiers faisaient et vendaient les ditférentcs esp(>ces de calottes. Les boursiers, qui prétendaient au monopole des calottes en cuir eurenl à ce sujet de longs démêlés avec les tailleurs, mais un arrêt du 18 mars 1743 les débouta de leurs prétentions ^.

Cambiers. Vov. Brasseurs.

' Taitleait lie Paris, t. VU, p. 54.

2 P. de La Mésanpfèiv, Dietionn. liex proverbes français (1821), p. 3.51.

■' Voy. l'art Coiffiers.

* Le livre commode pour Ifi92. t. Il, p. 75.

S Statuts des marchands tailleurs d'kabils, p. 158.

Cambistes. « Nom que l'on donne à ceux qui se mêlent du négoce des lettres et billeLs de change, qui vont régulièrement sur la place ou sur la bourse, pour s'instruire du cours de l'argent et sur quel pied il est par rapport au change des différentes places étrangères ' ».

Voy. Banquiers. — Changeurs, etc.

Cameliniers. Fabricants de camelin. Le caniclin était une étofie commune, sans envers; et dans laquelle il entrait beaucoup de poil de chèvre ; mais on appliquait aussi ce nom aux draps de laine fauve sans teinture. Un des anciens commentateurs de Jean de Cîarlande dit qu'ils sont appelés « camelinos, a camelo, quia habent similem colorem «imelo ». Il y avait cependant du camelin blanc et du camelin noir, comme le prouvent deux passages des Comptes de l'argenlerie ^. On lit dans Joinville •• que saini Louis portait souvent un manteau de camelin, et dès le quatorzième siècle on en confectionna des chapeaux. L'expression cawîtf/î» de hois, qui se rencontre assez fréquemment, indique du camelin destiné à faire des habits de chasse.

Les camelins les plus estimés étaient ceux d'.\miens, de (Jambrai et de Chàteau-Landon.

Camelote. Voy.

tation du).

Travail (Réglemen-

Cam.panes (Faiseurs de). Titre que prenaient les passementiers.

Cam.phre (Commerce du). .\ la fin du dixhuitième siècle encore, tout le camphre du commerce venait des Indes et du Japon. Il était vendu par les épiciers et les apothicaires.

Le camiihre artifriel s'obtenait par le procédé suivant. On faisait un mélange de sandaraque et de vinaigre blanc qu'on mettait pendant vingt jours dans du fumier de cheval. On l'exposait ensuite, durant un mois, à la chaleur du soleil.

Candilleurs. N oy. Chandeliers.

Canevassières en fil. Titre qui appartenait aux lingères.

Canevassiers. Voy. Chanevaclers.

CannameListes. ("e mol, que je n'ai trouvé dans aurun diclinnnaire ancien ou moderne, mVsl fourni par l'ouvrage suivant : /> rnnnamrliste françnis, on nnurelle iiistrticlin» pour ceux qui désirent d'apprendre rnf/îre, re'dig? en forme de dictionnaire, contenant les noms... de tout ce qui se pratique dans l'office... avec la manière de dessiner et de former toutes sortes de contours de tailles et de dormants. Par le .%ieur GiUiers. chef d'office et distillateur de S. M. le roi de Pologne. Nancy, 1751, in-4".

("annameliste vient de cannamelle, mol par

' Savary, Dictionnaire, t. I, p. 532.

i Par l)ouyi-d'..\.rcq, p. 8 fl 289.

» ÉHit. dn Wailly, p. 12.

CANNAMELISTES — CANNES

lequel a ute ilesij^iiée la canne à sucre, dunl le jj^oùl se rapproche de celui du miel '.

Cannes (Marchands de). La première canne fut certainenienl une simple branche d'arbre. Diogène n'en possédait pas d'autre, et son bàlon est resté presque aussi célèbre que son tonneau.

Dès que la canne fut devenue, moins un objet d'utilité qu'un accessoire du costume, le choix du bois cessa d'être indilïérent. et l'on y ajouta des ornenienls de tout ji^enre. l]n des biographes de (]iiarlenia>^ne nous apprend que cet auguste souverain portait ordinairement une canne de bois de pommier, remarquable par ses nœuds symétriques, et surmontée d'une pomme d'or ou d'argent enrichie de tines ciselures -.

(^e ne fui pas là un privilège réservé aux hommes. Dès le onzième siècle, les femmes sortaient aussi avec une canne à la main. Un sinistre épisode emprunté à la vie de Constance d'Arles, femme du roi Robert, nous en fournit la preuve. En U)22, le concile d'Orléans condamna au feu onze ecclésiastiques convaincus de manichéisme, et parmi eux figurait Etienne, confesseur de la souveraine. Le roi et sa femme devaient assister au supplice. Ils avaient pris place sous le porche de l'église d'Orléans, où les condamnés avaient été jugés et d'où ils sortirent pour aller à la mort. Etienne marchait en tête. Dès que Constance l'eut reconnu elle s'élança vers lui et lui creva un œil avec la canne qu'elle avait à la main '.

Au quinzième siècle, les dames s'efforçaient d'imiter le costume des hommes. Ainsi que les jouvenceaux du bon ton, elles portaient leurs gants dans la ceinture et, reprenant la mode mérovingienne, tenaient une badine ' à la main ^.

Le seizième siècle mit en faveur la canne à épée. Toutefois, sur le portrait de Henri IV qui figure dans la collection Gaignières, le Béarnais porte à la main une canne très légère.

La canne ordinaire du roi Louis XIII était en bois d'ébène et surmontée d'une pomme d'ivoire. Celle de Louis XIV présentait une grande richesse, disent ses historiens. Parfois aussi, elle était de roseau, puisqu'il en ca.ssa une de ce genre siu" le dos d'un valet ". Dans une autre circonstance, comme Lauzun brisait son épée, en lui déclarant qu'il ne voidait pas servir un roi sans foi, Louis XIV. transporté de colère, ouvrit la fenêtre et jeta sa canne dehors pour éviter de frapper un gentilhomme, « faisant peut-être dans ce moment la plus belle action de sa vie », dit Saint-Simon ''.

Colberl avait l'habitude de porter une canne.

' G. Vicaire, Bibliographie gastronomique, p. 403.

2 Ntonachus Stinf^altensi.*:. De gestis Cnroli magni^ dans le Recueil des hislorieiix. I. V, p. 121.

3 (lesta sgnoili .lurelianensis, dans If Recueil des historiens, l. X, p. 539.

i II t'n petit ba>lon ».

5 .Martial de l'aris, Arresis d'omuur. odil di,' 1731, t. Il, p. 403.

^ Saint-Simon, Mémoires, t. I, p. 264 ■ Mémoires, t. XIX, p 174.

même en présence cbi roi, el il fut imité par les contrôleurs des finances, ses successeurs.

La canne resta pendant longtemps un signe de distinction et tle commandement. Oiielquefois, les grands personnages se faisaient accompagner de valets de pied munis de cjinnes. Les majors de régiments se servaient d'> la canne pour commander à leurs soldats. Les maîtres d'hôtel, les exempts en portaient toujours une quand ils étaient dans l'exercice de leurs ftmclions.

En 1()92. le marchiind de cannes à la mode était un sieur Coquart, qui demeurait rue Simonie-Franc ' .

Au début du dix-huitième siècle, la canne a pris le nom de rotin, et les ornements que l'on y prodigue varient à l'infini.

Les cannes de Voltaire et de Troncbin sont restées célèbres. C'étaient de très longs bâtons à pomme d'or qu'alTectionnaient surtoul les vieillards, les magisi rats, les financiers. Toutefois, vers la fin de sa vie, \"ollaire j substitua la canne à bec de corbin *. Les femmes de tout âge ne dédaignaient pas les longues cannes, qu'elles tenaient assez disgracieusemenl par le milieu. Le fournisseur en vogue à cette époque était le sieur Granchez, un des bijoutiers de la reine et propriétaire du Peut - Dunkerque , magasin fameux situé à l'angle de la rue Dauphine et du quai Conti '. On j trouvait, dit le Mercure tic France, de « jolies cannes de femme, en bambou, chiquelées et garnies d'or ' ». Les jeunes gens, les grands seigneurs courant la ville en chenille portaient à la main une canne légère, souple et pliante appelée badine. Les femmes l'adoptèrent aussi pour la sortie du matin.

Sous la Régence et sous Louis XV. l'épée était le complément indispensable de la toilette. Sauf chez soi et dans l'intimité, il fallait toujours avoir l'épée au côté. Sous Louis XVI, les Parisiens se désarmèrent d'eux-mêmes, et dans le costume civil, la canne commença à remplacer l'épée. Aussi Sébastien ^lercier écrivait-il vers 1782 : « On court le matin une badine à la main; la marche en est plus leste, et l'on ne connoit plus ces disputes et ces querelles si familières il y a soixante ans, et qui faisoient couler le sang pour de simples inattentions... Les feiumes sortent et vont seules dans les rues et sur les boulevards, la canne à la main ^ ».

J.-F. Sobry, dans son curieux ouvrage intitulé Le mode français, constate que « les hommes d'une condition honneste ne sortent point de leur maison sans avoir une épée à leur côté ou quelque bâton précieux à la main " ».

La Révolution trouva le moyen d'innover même en matière de cannes ; mais il faut reconnaître que sur ce point, comme pour tout ce qui concerne le costume, ses conceptions ne furent pas heureuses. Les élégants de 1790 se

Le Livre commode pour 1602, I. II, p. 72. Barl!aiimi>nl. 28 iiiar.s n7«, I. XI, p. 170. Baronne d'Utn'rkiroh. Mémoires, l. I, p. 225. N» d'aoïlt 1775, p. 201.

Tableau de Pari.i. t I, p. 293.

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