‹ Dictionnaire historique des artsChapitre 66 sur 422 · IH'J · texte numérisé non relu

IH'J

(If l'iiris iiiclrii cl osleraà sa volenlé >>. disciil 1rs sladils. 11 se lionmil pniirlaiil imi p'iu-ral à ratiticr le choix fait par les maiires.

La Taille de 120à, qui mentionne seulement 5 chanevaciers, cite en outre 11 tôliers et ;j loiliers. Q)u"élaient-ce que ceux-ci ? Le mot ///(V-rsenilileavDir toujours désifjné un lisseranil '. mais les loiliers pourraient 1res liion avoir été marchands de toiles. 11 faudrait alors admettre que ce commerce était représenté à la fois par les loiliers veiiiiaiit la toile de lin et par les chanevaciers vendant la toile de chanvre. Nous ne pos.sédons pas les statuts des premiers. Dans ceux des seconds, rien ne confirme el rien ne détruit rh\'polhèse, qui pourrait invoquer en sa laveur ces quatre vers du Dit du Lendit * :

Puis mVn vins l'n uni" rui'lli- Eslrttite, où l'on vent la Ifllf ■'* Yc-euLx iloi-jf bien annoncier ; Et après !(' chant'vacier.

Knlin. les chanevaciers ajoutèrent plus tard à leur nom celui de loiliers, ce qui semble bien indiquer qu'il existait une difTérence entre ces deux qualificiilions, el que les denx corps d'état (piVlles désignaient finiront par se réunir en un seul.

Kn 120.'î, trois articles ajoutés aux statuts des chanevaciers par le prévôt (iuillaume de Han- IJrest ' inlerdirçnt à tout marchand de l'aire l'office de courtier el réciproquement, instituèrent deux anneurs jurés pour le mesurage des toiles, et soumirent à la règle commune les c'ercs marchands ou courtiers.

Les chanevaciers, devenus avec le temps canevassiers, puis canevassier.s-toiliers , furent en lô72 réunis à la corporation des lingères, qui prirent dès lors le titre de tni/ières-linçèresamerassicres.

Voy. Slanc (Spécialité de). — Lingères. — Toiles (Commerce des).

Changeiirs. Dès 1141. ils étaient établis sur le Grnnd-pnnI '■> , qui allait devenir pon' à litllon, puis pnni aux chanijeurs, el enfin piml au change. « TrapezeUr, écrit Jean de Garlande, numerani monelam parisiensem super magnum ponten\ " «. La Taillede 1J92 cite [6c/iangeeurs el 20 individus qualifiés de lomiar: : ce sont des changejirs, des banquiers, des prêteurs sur gages el antres individus de même farine.

Une ordonnance de février K^Oô assigna aux changeurs, le c<Mé du (Irand-poiil qui aliénait au (Jhàtelet, entre l'éirlise Saint-Leuiroi el latrrande arche, « mier ecclesiam Siincli Leofredi et majorem arcam. » et interdit tout commerce de change fait ailleurs, « nulli omnino liceal alibi quam in loco illocambiare ' ». L"anlre côté était occupé par les orfëvTes. Ce pont fui fort endom-

' Ducani^e, au mot lelariiis.

- Dans \. F.ji Les rues de Paris au trei:iêiiu siècle,

p. ng.

' Où l'on vend la toil>'.

* .\iMiliou ail l.irre îles mf tiers. ' .\. Luchain', Actes de Louis VU, n» 84. j* Éil. Schelcr, p. 1",.

' Ordonnances raynles, t. I, p. 428.

mage en janvier 1407. e| ipiatorze bonliipies dr changeurs s'écroulèrent, disent les Chroniques de Saint- Denis ' .

D'après leurs propres déclarations, les changeurs n'étaient plus guère que cinq ou six eu 1514 - ; mais presipie tout le commerce îles objets précieux repo.sait entre leurs mains, car ils ne .se bornaient pas au change des espèces monnayées, ils faisaient trafic de tous objets d'or el d'argent, el fournissiient de métal les hôlels des monnaies. Un édit di; 1()07 les oiiligea d'y remettre tous les trois mois les espèces anciennes, étrangères et décriées, les pièces de vaisselle et couverl.s défectueux qu'ils avaient reçus ; aussi étaient-ils soumis à la juridiction delà cour des Monnaies.

Vn édit de 1555. confirmé en 1.^71 puis en ir>80 avait in>lilm' lescluingeurs olfuiers publi(;s, fixe leur noiid)re à vingl-(piatre. el déclaré leurs charges héréditaires. Un autre édit. daté de juin lô9() créa trois cents offices de commis aux changes, qui ne durent plus se borner h recevoir les moimaies décriées, mais furent tenus de rechercher si des parlicidiers en possédaient ; ils eurent même le droit de les l'aire saisir. 124 de ces offices qui n'avaient pas trouvé de titulaires furent supprimés en 1705.

Les changeurs avaient pour patron .saint Mathieu. Parfois dits argenteins, on les trouve plus souvent nommés lomliards. lumharts, etc., qualificatifs alors synonymes d'usuriers et qui paraissent avoir été longtemps mérités par la corporation. Ils ont été dits aussi caorsins, caoursins, etc., soit que les habitants de Cahors aient été « les premiers à rivaliser avec les juifs dans l'art du prêt et du change », soit parce que « Cahors est une ville où presque Unis les liabilants sont usuriers '* ». Le mol cambistes, qui a aussi désigné les changeurs est encore en usage.

Chant (Maîtres de'. Ils étaient en grande faveur à la fin du dix-septième siècle. « Fais-loi plutôt maître à chanter, dit une (]olombine de Regnard, on le donnera deux louis d'or par mois, et lu trouveras peut-être quelque écolière à qui tu ne déplairas pas, car voilà la grippe des fennnes d'aujourd'hui... On est de tous les bons repas, el jamais de promenade sans le maître à chanter ' ».

Il faut noter que celte profession resta pendant longtemps le privilège des hommes. Le Lirre commode pour 1692 mentionne onze <. maîtres polir l'art de chanter ^ », et pas une seule maîtresse. Soixante -huit ans plus lard, un indicateur d'adresses s'exprime ainsi : « Nous ne doutons pas qu'il n'y ail à Paris, pour la musique vocale, des maîtresses qui l'enseignent aux demoiselles, ainsi que l'inslrumentale : mais nous ne parlerons que de ces dernières, parce

I Lib. XXVIII, cap. 32.

- Sauvai, Recherches sur Paris. I. II, p. 471.

•I (!. Piton, Les lombards eu France el à Paris. 1802, iii-S", p. 23.

' Ki'gnaixl, La descelle de Meszttia aux e^ifers flIiSÎI), acte I, se. 1.

5 Tome I, p. 213.

CHANT — CHAN\RIERS

que les autres ne sont pas encore venues h notre connoissance ». Suivent les noms de neuf maitresses de clavecin, trois maîtresses de pardessus de viole et deux maîtresses de g;uilare ' . Voy. Musique.

Chantelage. Drnil perçu sur la vente des vin> dans I'a^i^. Il nélail pas exifre si le vin vendu arrivai! du dehors, mais ce privilèj^e appartenait seulement aux liourgeois.

Les Parisiens qui achetaient du vin pour le revendre, et qui désiraient ne pas enlever la bonde des tonneaux ni en vider la lie, y étaient autorisés, à la condition de payer le droit de chantelage. {]eci semble au moins résulter d'une plirase très obscure du Livre des métiers *.

La Taille fie IS92 cite un chnntelier que Géraud ', croit avoir été un préposé à la recette du chanlelajre.

Chanteliers. Voy. Chantelage.

Chanteresses. Voy. Ctiantevirs ambulants.

Chante\irs ambulants. Je crois que Ton

peut liiiMi alIriliutT celte profession aux deux personnages suivants :

Robert le chanteur,

que je trouve cité dans la Taille de t.'H.'i *. et

Robin Courtet, chanteur de romans,

qui figure dans un compte du quinzième siècle *.

L'n compte de 1372 mentionne aussi des chanteresses •".

Depuis le treizième siècle au moins, leur histoire se confond avec celle des jongleurs, des ménétriers, etc. '. Je passe donc au dix-huitième siècle, où Sébastien Mercier leur consacre le chapitre suivant : « Il y en a de deux sortes ; les >ms lamentent de saints cantiques, les autres débitent des chansons gaillardes... Tous crient il tue-tête, et aftidienl sur leurs tableaux : Par permission de Mgr le lieutenant général de police, car tout charlatan le monseigneurise. Toutes ces permissions en son nom, gravées en grosses lettres, font croire au petit peuple que le lieutenant général de police est le maître absolu de la ville, el que sa seule volonté y fait tout... Ces ciinliques, ces chansons, ces vaudevilles sont tous préalablenicTit lus et npjiroiirés par le censeur. Il y a encore les complaintes sur les pendus et les roués, que le peuple écoute la larme à l'œil et qu'il achète avec enipressenienl. Quand, par bonheur pour le poète du Pont-Neuf, quelque personnage illustre monte sur l'échafaud, sa mort est rimée et chantée avec le violon * ».

' Jèzi', Ktat ou laàleau île la cille de Paris (1760), p. 188.

* Douxièmi- partie, tilro V.

3 Paris sous l'hUijijie-le/let. \>. -193.

* Pag.' 63.

5 noiicl-H'.\rr(|, Comiiles itr t tiôlet, p. 312.

^ V'iiy lî ProsI, Inrriilnirrs mnhiliers^ (. 1, p. 288.

T Vov l'art. Inslrtmioiits (Joui'Ui-s d').

8 TaiUau Ht Paris, t. VI, p. 40.

I.^ profession ne s'était g\ière modifiée une trentaine d'années plus lard, car voici ce qu'écrivait Piijoulx vers 1801 : << Aussitôt qu'un petit air paraît à l'Opéra comique, romance ou vaudeville, l'orgue de barbarie s'en empare et les chanteurs des rues l'achëvenl. C'est à qui mutilera la composition la plus simple : un air sentimental devient lians la bouche de ces Orphécs un rondeau poissard ; ils melteni à tout ce qu'ils chantent un accent qui rend tout méconnaissable ' >>.

Voy. Orgue (Joueiirs d").

Chantres . blcclésiasliques ou séculiers appointés par les chapitres pour le ser%ice du chant dans les églises. Les chantres de la chapelle du roi, ayant droit, lors de certaines grandes fêtes, à du pain, à du vin et à quelques pièces de viandes, pouvaient prendre le titre de commensaux *.

Chanvre Tr.\v.\il ol). Voy. Affineurs.

— Broyeurs. — Clianevaciers. — Chanvriers. — Ferrandiers. — Filassières.

— Filature. — Filetoupiers. — Fileuses. — Inspectetxrs généraux. — Rouisseurs. — Teilleurs. — Toiles (Commerce des).

Chanvriers. Marchands tle chanvre. Le chanvre arrivait à Paris par eau et par terre. Il s'y vendait en filasse, en fil el par quarteron. Il ne devait être livré à l'acheteur que bien sec « el bien essuyé ».

Les chan\Tiers semblent avoir été seulement des intermédiaires entre les gens de la campagne et ceux qui lissaient la toile. Les trois jurés de la corporation, appelés levenrs, dirigeaient loul le métier. Ils examinaient le chanvre à son arrivée, vérifiaient son état de sécheresse, puis le disposiienl en paquets égaux, dits quarterons, pour le faire peser au Poids-U-roi , oîi il payait un droit d'entrée. Ils ne pouvaient, bien entendu, faire le commerce, pour eux-mêmes pendant qu'ils remplissaient ces fonctions.

Je lis encore dans les statut.s des « marchans de chanvre et de fil » que le métier était libre el le nombre des apprentis illimité •'.

Ces statuts furent souvent revi.sés, puis renouvelés en 1666. k cette date, les chanvriers furent ré\uiis aux liniers el aux filassières. L'on n'admit plus que des fenunes dans la corporation. Cliaque maîtresse ne pul avoir qu'une seule apprentie. La durée de l'apprenlissage fut fixée à six ans, avec rlief-iT œuvre. Connue les chanvrières étaient presque toutes réunies aux halles, la boutique d'une nouvelle ninîlres,se devait être séparée par douze boutiques de celle oii elle avait fait son apprentissiige. (Juaire jurées, élues pour deux ans, surveillaient le métier.

Les provinces où l'on cultivai! alors le plus de chan\Te étaient la Flandre, la Picardie, la

* Paris à lu /in ilu ilis-tiuitièmf siècle, y. 68.

* Kinl lie la Frauee pour 1712, I. I, p. JS ; po»r 1736, I. I, p. 95 *

* Livre îles métiers, \\\f LVIII. arl 1.

CHANVHIEHS — CHAI'KLIKHS

Hrfla-^uf. !<■ Iiaul I.iinjj;iii'(liic, r.\uvfr}j;iie ol le Diiupliiiie ' .

D'il pies la Taille de t2i)J, il n') au ru il eu alors à Paris que 2 clianvriers. On y complaiten 177'J environ 24."! niailresses chanvrièi-es-linièresfiltissières.

Il existail près tles lialles une rue de la Clianvrerie, dont le nom a été ortlio^Tapiiie de bien des manières ; toni porte it croire (|u"elle doit ce nom aux eliaiivriers qui Ihaliitaienl -.

\'ov. Toiles (Commerce des).

Chapelains. nue|(|iii'N M-iamls sejn-neursen entretenaient un dans leur eliàteau. A la Cour, la eliapelle-oraloire du roi était desservie par un ehapelain ordinaire et huit chapelains, la cliapelle-musique par uji ciiapelain ordinaii'c et quatre chapelains •'.

Chapeliers. Les nondireux corps de métier qui représentaient l'industrie des coiiîures * se fondirent peu à peu en une seule corporation. Celle-ci Unit donc par monopoliser le commerce des couvre-chefs, qu'ils fussent destinés aux hommes ou aux femmes. Je rappelle que, jusqu'en Idlb, les tailleurs avaient également confectionné les vêtements des deux sexes.

Au mois de mai l.")78, les chapeliers obtinrent des statuts qu'ils lirent confirmer par Henri IV ei\ juin 1594. Renouvelés par Louis XIII au mois de mars 1()1'2. ils le furent encore par Louis XIV en mars 1658. Ces derniers nous révèlent donc l'orj^anisation complète de la cojnnumaulé au milieu du dix-septième siècle.

L'apprentissao-e durait cinq ans et était suivi de quatre ans de compaji^noniiag'e.

Le brevet d'apprentissay^e était passé devant notaires, eu présence d'un juré au moins.

Tout candidat à la maîtrise devait parfaire le c/ief-cToiurre.

Le compaj^non qui épousait la fille ou la veuve d'un maître était tenu seulement de Vexj/e'nence, c'est-à-dire de coid'eclionner « un des trois chapeaux qui lui sera ordonné par les jurez ».

Le petit-fils de maître, dont le père n'appartenait pas au métier, était dispensé du compaijnonnag'e, et devait « faire pour tout chefd'œuvre le chapeau frisé et le feutre d'aignelain couvert de velours et de taffetas ».

Flnfin, le fils de maître était dispensé de toute épreuve.

On ne pouvait être reçu maître avant d'avoir fait ft apparoir de sa tidélité, preud'hommie, bonnes mœurs et religidu catholique pardevant le procureur de ISa Majesté au (^liastelet >.

Chaque maître devait se contenter d'un seul apprenti. 11 était cependant autorisé à en prendre un second quand le premier commençait sa cinquième année d'apprentissage.

Aucun maître ne devait débaucher le com-

' \oy. VEiicijcIupe'die méthodi(jue. niauiifacturcs, t. I, p. 138.

* Jaillol, quarlier ^les liallis, p. 3.

•^ Èlat de la France paur 1T36. t. 1, p. 83 ••! 91.

* \i>y. l'art. Cliapi'llerii'.

paj.jn(in d'un coid'rère. l'n compagnon (pil voulait quitter sou maître devail le previ'nir au moins un mois ù l'avance.

« Afin que les peuples .so^'eul (idélement servis dans le besoin ([u'ils ont des ouvraj,''es dudit art, tant pour se irarantir des injures du temps ([ue pour entretenir la santé de leurs corps par le secours l'avoralde d'un bon chapeau », les maîtres ne pouvaient entployer que « des laines parfaites d'aiy^nelins tondus en .saison '■>. Il leur était interdit de mettre en œuvre « aucunes étofïes défectueuses, laines pouri'ies ou autres mauvaises denrées », ainsi que d'emplo yer aucune teinture dt; qualité inférieure.

Le colportao;e dans les rues était détendu. Mais on autoi'isail les maîtres tondjés dans la misère à faire le commerce des chapeaux restaurés ' .

La corporation était administrée par quatre gardes ou jurés. Le premier, appelé (Irund-ganle, devait être bachelier, c'est-à-dire avoir déjà été juré une fois au moins. On choisissait les trois autres, dits jure's modernes, parmi les maîtres comptant dix ans de maîtrise.

A l'époque où les chapeliers obtinrent ces statuts, de graves événements se préparaient, qui allaient agiter la corporation pendant plus d'un demi-siècle. Je veux parler de l'épopée des demicastors, que l'on trouvera résumée ci-dessous, à l'article 1Jemi-(:.\stohs (Episode desi.

En 1674, le chapelier du roi était un sieur Nicolas Houdar, qui fut père de l'académicien Houdar de la Motte «. En 1692, c'était un certain Lepage ; il demeurait rue Sainl-Honoré, près de l'Oratoire ^. En 1777. c'était un sieur Pivert ; il avait son magasin rue Jacob, au coin de la rue des Saints-Pères, et s'intitulait « chapelier ordinaire du Roi et de toute la cour * ». A la même date, le sieur Berteaud, rue de Grenelle Sainl-Honoré, s'intitulait « chapelier extraordinaire du Roi ^ ».

Parmi les chapeaux utilisés durant cette période et qui ont laissé un nom dans l'histoire, on peut mentionner :

Les caudehecs. Sans doute originaires de la Normandie, Caudebec d'adjord, puis Rouen, Bolbec, Falaise, Dieppe en expédiaient de grandes quantités à Paris. Ces feutres étaient constitués d'un mélange de laine d'agneau, de duvet d'autruche et de poils de chèvre. Boileau les cite déjà dans sa sixième épitre :

Pradon a mis au jour un livre contre vous, Et clit'Z le chapelier du coin de iiot i*e place .\ulour d'un caudebec j'en ai lu la préfaci'.

Les bredas, chapeaux gris très lourds et très laids, faits de pure laine de mouton.

Les tapahords ou claquebords, chapeaux mous employés surtout en voyage, et qui dataient du rèifne de Louis XIII.

1 Voy l'art. Chapeliers en vieux.

- \. Jal, Dictionnaire critique, p. 804.

3 Le litre commode, t. II, p. 63.

* Atmanach Dauphin, supplément, p. 10.

^ Alinaiiach Dauphin pimr 1777 .

CHAl^KLIERS — CHAPKLIKRS DE CoTd.N

Les chapeaux des sept sortes, nom Iroinpcnr. car il n'y entrait frnèreque du poil de lapin.

Les rigngnes. dauphins ou loutres, Ibrt en usawe au dix-liiiilicine siècle, et qui étaient composés de laine de vij^og'ne. mêlée à du pnil de lapin. La loutre n'y entrait pour rien.

Les chapeaux à trois fioultirres, larf^e Iriconu' à Ijords relevés, dont la belle <|nalité se faisait en castor. Au conimeiicement du ri'ii;ne de Louis XV, ses dimensions l'urenl très réduites, el il prit le nom de lampion.

Le chapeau à la Suisse, dit plus tard à VAndrosmane, composé de tieux Ioniques cornes et d'une li'uisiènie esqin'ssée seulemenl. C'est de là ([ue dérive Tioli-e rhajieatt à cornes d'aujourd'hui. \.i' jarquet, rond el très petit.

Le hollandais et le quaker, ronds et à larjj^es hords.

La plnpai'l di-s chapeaux l'urenl fi;ris jusque vers l'année 1()70, où Louis XI\ coninii'n<;a ii les porter noirs, couleur (jui dès lors prévalut.

Le chapeau de soie date de la Hn du dix- Juiitième .siècle, lin 1761, un sieur Prevot, chapelier rue Cîuénéiraud. l'ahriquait « des chapeaux de soie et mi-soie de toutes laçons pour nieltre sous le bras el sur la tète ' ».

Notons, pour Miénioin', ([u'en 1777 la veuve Felitjean.deuieui'anl place du l'onl-.Sainl-Miciiel, aniiunçail « de nouveaux bonnets de chasse et de voyage, en feutre, qui peuvent se nieltre facilement dans la poche, el ne tiennent pas plus de place qu'un portefeuille ^ ».

Tant que dura la mode des perruques, elles suftisaient amplement comme coiffure, et le chapeau était presque toujours porté sous le bras. C'est même de là qu'est venue la coutume de rester tête nue dans la société. Jusque là, on ne .se découvrait ni à table, ni en visite, ni au bal, ni au conseil du roi. On lit dans le Mercure de France de l'année 172(5 ; >< Les chapeaux sont d'une ^-raudeur raisonnable, on les porte .sur le bras et presque jamais sur la lète ^ ». Aussi, le tricorne esl-il souvent désigné sous le nom de chapeau de bras, et J.-F. Sobry écrivait encore en 1786. « Le chapeau est une coiffure infiniment commode, mais de peu d'a{,''rémenl. On le porte, d'ailleurs, fort souvent à la main * ».

Les chapeliers firent reviser leurs statuts en novembre 1704, en juillet 1748 et en février 1749. La première rédaction a pour objet de mettre la comnmnanté en étal de racheter les offices créés par le roi •''. La seconde est dirij^ée contre les ouvriers chapeliers qui paraissent avoir été toujours fort insoumis *.

La corporation était divisée en cin(| classes, les fabricants, les teinturiers, les marchands de neuf, les marchands de vieux et les crieuses '.

* J.'acaitf-couri'ur, ii" lUi 2 novriiibn- 17<il, p- (jltlî.

* .ilmttiiacK Daup/n/i.

■■I N" di' fi'vriiM-, |i. -lO-l.

* /? molle français, p. 418.

B Voy. fart. ()fti<'i-s ((h-ftilions <!'). 6 Voy. llmiell des sliiliils. cto , ji. 20», 210, 225 cl

' Voy, l'ail Ctirii.si's.

L'édit de 1776 réunit en une seule coninmnauté les bonnetiers, les pelletiers et les chapeliers, qui formèrent dès lors le troisième des nouveaux Six-corps. On ne comptait alors qn'i-nviron '.i'H) maîtres.

La corporation avait pour patron saint Michel, <lont la confrérie se rassembla successivement à Sainle-Opporlune el à .Saint-Jacques la Boucherie.

Les cha|)eliers des faubourfjs avaient pour patrons saint Jacques et s;iinl Philippe ; ceux de .Saint-ffermain des Presse réunissaient à ré{.^lise .Sainl-.Sulpice. ceux de Saint-Marceau à la petite église .Sainl-Marlin.

Chapeliers de coton. Ce sont les ancêtres

de injs biuinelit-rs. .\u treizième siècle, le bonnet (le coton est d'un usaire assez répandu comme coiffure de jour. Les rois eux-mêmes en portaient. Joinville nous dit, en effet, <jue saint Louis << avoil vestu un chapel de coton en sa teste ' », et l'on sait qu'au moyen âge, le mot chapel sert à désigner toute coiffure, fût-ce une couronne de (leurs. Mais, au lieu de se terminer en pointe Comme notre classique bonnet de coton, les bonnets de cette époque, plats el très bas. avaient à peu près l'aspect de nos calottes -.

Les chapeliers de coton soumirent, vers 1268, à l'homologatiun du pn-vôt Klienne Boileau des statuts assez endirouillés ^, et qui ont surtout le tort de ne pas nous dire clairement quelle était la spécialité de la corporation. L'article 5 .se borne à nous apprendre que « quiconques est chapelier de coton, il puet ouvrer de lainne, de poil el de coton » ; d'où l'on doit conclure, je crois, que les chapeliers de coton confectionnaient, outre des bonnets, lous les ouvrages tricotés dont on se .servait alors. Cette hypothèse est confirmée, d'ailleurs, par les statuts postérieurs.

Le métier était libre. Pour avoir le droit de s'établir, il suflisail de jurer en présence du prévùt de Paris que l'on était résolu à se soumettre « aus us et aus coustumes » du métier, et à faire « bone ouevre et léal ». Le nouveau maître s'engageait même par serment à saisir, où qu'il la trouvât, toute oeuvre mal faite ou de mauvaise qualité, et à la remettre au prévùt : « Il les doit prendre en quebpie terre que il les truist, et porter les au prévosi de Paris, el dire au prévosi la mauveisié et le vice de la marchandise ». (;elui-ci ordonnait qu'elle fût brûlée devant l'huis du coupable.

Cliaque maître pouvait avoir un nombre illimité d'apprentis, et régler comme il l'entendait les conditions de l'apprentissage.

Il n'est q\iestion dans ces statuts ni de jurés, quoique la comnumaulé en eût certainement, ni du service du guet, dont elle parait avoir été dispensée.

La Taille de 1292 cite 47 chapeliers de colon, celle de 1300 n'en mentionne que 39.

' VIr Je saint /.ouïs, 6dH. de Waittj', p. 35.

- Voy. Moniraurun, .Vimumrns. t II, \i\. Il, 29, 34, fie.

•* /./rrc (tes métiers, lili-c \CI1.

CHAI'Kl.ll'lKS \)V. COTON - CH A l'I'll.ll'lUS Dl-; FKl TKK

Les slaluls que je viens criinalvser fiiretU revises peu (l'aiinees après, el une mnivelle reilaclioii fut enenre adoptée en \'.\\7t '. I.es maîtres ne peuvent plus eiijjfaji;i'r ([U un .••eul apprenti il la fois, el la ilurée de l'apprentissai^e est fixée ù cin(| ans. Il paraît que, connue les drapiers, ils avaient alors le droit de teindre leurs produits, car le prévôt leur enjoint d'eniplover « l)onne couleur, vive et lovai, (jni m' se puisse destaindre « ; autrement , ajouli'-l-il, « que demeure la lainne de lele couleur comme elle vient des liesles «. Le titre primitif des maîtres a disparu: ils sont nommés chapprliers de (jans ilf laine on de bonnets, el encore ouvriers de giins, iP (III mures-, bireltes, rhapiaia et bonnes de laine, et de tout autre ouvrage fait ù fesi/iiUfe appartenant audit mestier. La lurette ou barette était ordinain-ment en laine, mais sa forme rappelle celle de nos liunnets de coton pointus ; son extrémité, ordinairemeiil terminée en l'ond de sac, relomliait sur un des côtés ou sur le devant de la lèle. (l'était la coitt'ure préférée de Jean sans peur, c'est celle qu'il porte dans touli's les anciennes miniatures où il est représenté.

Les statuts de la conuiiunauté qui nous occupe furent couKrmés de nouveau en février 1366 el en février LJiSO ^, sans que rien soil change au litre antérieurement attribué aux membres de la Cor[)or,ition. Je les trouve mentionnés pour la pieniiére fois sous le nom de bonnetiers dans l'ordonnance dite des Bannières^, qui l'ut rendue par Louis XI au mois de juin 14f)7.

\'oy. Bonnetiers l'I Chapellerie.

Chapeliers de feutre. Au treizième siècle, les liommes portèrent des chapeaux de feutre d'aspect très variés. Les uns, de forme ronde et basse, avaient les bords relevés en gouttière autour de la coitîe ; les autres, plus élevés de forme et sans bords, ressemblaient fort a un boisseau renversé ; d'autres rappelaient absolument nos chapeaux do feutre actuels. En général, on ornait tous ces chapeaux lanlôt d'une enseigne, jovau placé sur le devant et d'où partait une plume, lanlôt de cordons plus ou moins riches, comme le prouve ce vers du Dit d'un mercier :

J'ai beau laz à chapeau tU' fi-titrc.

Les chapeliers de feutre présentèrent, vers 1268. leurs statuts à l'homologation du prévôt Etienne Boileau '.

On y voit que le métier était libre. L'ouvrier pouvait donc s'établir sans avoir aucun droit à paver.

En dehors de son tils ou d'autres membres de sa famille, chaque maître ne devait avoir à la fois qu'un seul apprenti. L'apprentissage durait sept ans au moins.

Le contrat d'apprentissage prenait tin si le maître et l'apprenli s'accordaient pour le résilier.

Le travail a la hnuièn' l'Iail interdit. T(ms les dimanches, une bouliqui' restait ouverte à tour df rôle.

Le colportage ilans les rues était défendu. De nu'Mne (pie les drapiers avaient le droit de teindre eux-mêmes leurs draps, les chapeliers étaient autorisés à teindre leur chapeaux, et ils conservèrent toujours ce privilège.

Le feutre employé ne devait être composé que de laine d'agneau, « que d'aignelins purs sanz bourre », sans aucun mélange d'empois on île colle ; c'est le seul détail de fabrication qui nous soit fourni. On interdisait aussi de ^< retaindre nuz chapiaux viez ' », aHn q\u' le conmierçanl n'eût pas la tentation de les faire passer pour neufs. Tout chapeau reteini était brûlé, el le chapelier coupable payait une amende de cini] sous.

Trois jurés administraient la communauté. La 2'aille de 1292 cite sept chapelieT-s de feutre, celle de 130U en mentionne dix.

Ces statuts furent revisés en 1323 -, et l'on voit alors figurer parmi les matières que les chapeliers de feutre sont autorisés à mettre en œuvre le camelin et la bièvre. Le canielin élail un drap commun, dans lequel il entrait ordinairement du poil de chèvTe. La bièvre est le castor de nos contrées. Les bièvres étaient alors très nombreuses en France, parait-il, et ce serait, dit-on, eu souvenir de ces rongeurs cjue le petit cours d'eau situé sur la rive gauche de Paris a\irait regu le nom de Bièvre. Ce n'est pas bien sûr ; mais ce qu'il y a d'incontestable, c'est que durant tout le quatorzième siècle, les chapeaux de bièvre, il l'usage des hommes, firent fureur. On leur prodiguait les plus riches ornements, on les doublait de velours et d'hermine, on les couvrait de broderies, de perles, d'émaux et de pierres précieuses.

Les chapeaux de biè\Te et de feutre, ces derniers surtout, restèrent à la mode même après l'adoption de la toque, dérivée du chaperon. Sous Henri II, sous Charles IX et sous Henri III, les hommes portent des chapeaux semblables à nos melons actuels. Sous Louis XIII, ils deviennent énormes, ce sont alors de lourds feutres chargés de plumes et munis d'ailes assez vastes pour préserver le corps loul entier du soleil et de la pluie. Brantôme, resté fidèle à la toque, voyait avec colère « ces grands fatz de chapeaux, i[ue l'on porte garnys de plus de plumes en l'air qu'une autruche ne peut fournir en chascun ^ ». Sous Louis XIV. les coiffures reprennent des proportions plus modestes, et la mode nouvelle est saluée des mêmes railleries qui avaient accueilli la précédente :

Ne voudriez-vous point, dis-je, sur ces matières De vos jeunes muguets m'inspirer les manières, M'obliger à porter de ces petits chapeaux Qui laissent éventer leurs dél)ilcs cerveaui * ?

Molière écrivait ceci en 1661. et le Mercure

' DrJuHH. royales. I. IV, p. "03.

* \ oy. t*arl. .\uiuussiers.

' OrduHii. royales, t. IV. p. 70.Ï, el t

* (h-i/unn. royales, I. X\ 1, p. 671.

5 Litre des métiers, litre XCl.

VI, p

* Vieui.

* Dans Dépping, Ordonnances, p.

3 Œuvres, I. I, p. 45.

* L école des maris, acte I, se. 1.

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