‹ Dictionnaire historique des artsChapitre 68 sur 422 · I.'s chapiTon.s d'iionm^ste contenance · texte numérisé non relu

I.'s chapiTon.s d'iionm^ste contenance

Des dames sont île velours ou satin.

Kt les bourgeoises les ont, par différence,

De beau drap noir ou rouge, à leur plaisance 5.

Il en était de même à la fin du seizième siècle, car l'ambassadeur vénitien Lippomano écrivait en 1577 : « La femme noble porte sur la tète un chaperon de velours noir ou une grande coiffe de réseau en rubans d'or ou de soie, ou bien ornée de joyaux ; elle a un masque sur le visiige. Les femmes des boiu-geois se servent d'un chaperon de drap, car la coiffure en soie et le masque leur sont défendus* ».

A l'occasion du sacre de Marie de Médicis ' , on avait dressé dans le chœur de l'église un « amphithéâtre somptueux, paré, dit la relation officielle, de toutes les dames principales de la France, avec tel choix et ordre qu'il n'y entroit pas une sous-dame, ny femme de chapperon de drap*». Cette règle présentait bien quelques exceptions. Les nourrices des enfants dtî France, par exemple, étaient autorisées à porterie chaperon de velours*. Louise Bourgeois le prit aussi après qu'elle eut accouché Marie de Médicis.

* Du latin sinpulus.

* Voy. l'art. Chapeliers d'orfrois.

' E. Petit, Ilinéraire de Philippe le Hardi, p. 483.

* Inventaire de Charles V, p. 394.

5 Le parement des dames, chap. 23.

^ Relations des amiassadeurs céaiiiens, t. II, p. 557.

' 11 mai ItilU.

' (iodefroy, Cérémonial français, t. I, p. 560.

* J. Nicot, Thrésor de la langue françoyse, p. 113.

Sous Louis XIII. le chaperon n'est plus guère porté par les grandes dames. Talleniant des Kéaux cite un personnage qui avait épouse une roturière el lui deletulail de se monlrer dehors avec ses lilles, « parce que, élanl sortie de bas lieu, elle ne voulut jamais quitter son chaperon, et le père ne vouloit pas qu'une bourgeoise allast avec ses lilles ' ». Ailleurs, parlant de la femme d'un procureur et voulant peindre d'un trait la bizarrerie de son caractère, il raconte qu'elle portait à la l'ois un chaperon, marque de bourgeoisie, et des pendants d'oreille, dont l'usage elail alors réservé au.x nobles dames '-.

Les femmes n'avaient pas encore, sous Louis XIV, tout à fait renoncé au chaperon, mais il ét<iit réduit à une étroite bande d'étofl'e, dont les petites bourgeoises recouvraient leur bonnet blanc.

Les hommes de robe conservèrent fort longtemps le chaperon ; toutefois, dès la lin du quinzième siècle, il cessa de constituer une coitrure el devint un ornement. Sur la tète, ils mirent la barrette, bonnet assez semblable au fez des Egyptiens, tandis que le chaperon, de dimension très réduite, pendait sur l'épaule ••. C'est là l'origine de la chausse de soie qui décore aujourd'hui la robe de nos professeurs de Facultés. La pairtie ronde repré.sente la coiffe ou guleron de l'ancien chaperon, la patte et la cornette se retrouvent dans les appendices.

Notre expression : deux têtes dans un bonnet n'existait pas encore, On disait : deux télés dans un chaperon « quand on vouloit signifier deux hommes qui sont de mesme volonté et coUudenl * ensemble " >^.

Je n'ai pas retrouvé les statuts des chaperonniers, et les Tailles de 1292 et de 1300 eu citent seulement six, chiffre certainement bien au-dessous de la vérité. Les autres sont donc compris, selon toute apparence, parmi les chapeliers dont la spécialité n'est pas indiquée. *

Chaperonniers. OuvTiers qui f;d)nquaient les chaperons destinés à coiffer les oiseaux de proie. La Taille de 1.313 n'emploie pas encore ce mol, elle mentionne, dans la ruelle sans chef^ « Pierre de Noyon, qui fait chaperons à oisiaus ».

Chapisseurs. Voy. Chapuiseurs.

Chapuis el Cliappuis. Voy. Charpentiers.

Ghapuiseurs. Le mot chapuiseur en vieux français a le .sens de charpentier, et le mol chapuis signifie encore aujourd'hui « charpente en bois des bats ou des selles ' ». Les chapuiseurs faisaient donc la charpente en bois des selles. Ils prenaient aussi le titre d'arçonniers.

Dans les statuts qu'ils soiunirent, vers 1268,

1 Historiettes, t. III, p. 46.

* Historiettes, t. V, p. «9.

3 G. Paradin, Histoire de Lyon, édit. do 1573, p. 27*2,

* Kt sont dans une parfaite intelligence. 5 El. l'a.s(|uier, Hecherches, t. I, y. 794. *" .\uj. rue de l''oure3".

"î Littré, Dictionnaire.

CHAPUISKURS — CHAHBONMERS

à riioniolofifalion du prévôl Etienne Boileau *. nons viivons que :

Le métier était lilire. A moins pourtant que le cliaptiiseur ne voulût se servir de cordouan *, cas auquel il lui fallait, comme tous les cordonanniers, acheter au grand chandjellan et au connétahle le droit d'exercer '.

En dehors de ses enfants, de ceux de sa femme el aussi de son neveu, chaque maître ne pouvait avoir à la fois ((u'un seul apprenti. Celui-ci devait servir au moins pendant six ans. cependant dès que l'apprenti était en état de « faire un chief-d'oevre >.. il était considéré comme ouvrier el reinplaié par le maître.

Cette mention du chef-d'œuvre, épreuve qui fut plus tard exig'ée par tous les corps d'état, est la seide qui fig'ure dans les statuts du treizième siècle. Par suite d'une autre exception que l'on retrouve dans les statuts des selliers, le maître chapuiseur était autorisé à prendre un second apprenti en même temps que le premier, mais « pour Dieu >>. c'est-à-dire par charité, sans réclamer de lui ni argent ni temps de service.

En6n. tout apprenti avant de passer ouvrier était tenu de prêter un serment à peu près semblable à celui que l'on imposait aux aspirants à la maîtrise : il jurait sur l'évangile « que el meslier overra ' bien et loiaument selonc les estaliHssemens ^ >>. Le travail à la lumière était interdit. Il n'est pas question de jurés, sans doute parce que les chapuiseurs étaient soumis à ceux des selliers, avec qui ils ne tardèrent pas à se confondre.

La Taille de 1292 mentionne douze, el celle de 1300 dix chapuiseurs.

On trouve dans le Livre des mMiers les formes chapisseurs, chapuisevrs, chajmisieres, chapuisseurs et champisseurs.

Voy. Harnachement.

Chapuiseurs de bâts. Voy. Bâtiers.

Chapuisieres, Chapuisseurs, Chapuseurs. V(jy. Chapuiseurs.

Charbon de terre (Commerce du). Marco Polo, à la fin du treizième siècle, mentionne le charbon de terre dans sa description de l'Asie. On le connaissait en France au seizième siècle, puisqu'en juillet 1520, la Faculté de médecine, consultée ofliciellement, déclara que sa fumée n'était pas nuisible et que les forgerons pouvaient continuer à l'employer *. Eux seuls alors en faisaient usage. J. Bodin, vers 1597, prévient qu'il ne faut pas le confondre avec le jais, se laisser « ahuser par la semblance de l'un à l'autre ' ». Cent ans après, l'apothicaire Pierre Poinet lui consacre, dans son Histoire générale des drogues, le paragraphe suivant : « Le charbon

I Lhre des mr'liers. litre LXXIX

ï Voy. l'art. Cordonniers.

3 Voy. l'art. Selliers.

* Exerei-ra.

'' Les staluls (lu métier.

'• l'.ummenlaria i/ifdieiiuf faculJatis, t. IV, p. 8U.

'' Thiàtrt dt la nature, |i. 327.

de terre est une espèce de bitume dont les serruriers et mareschaux se servent pour chauffer le fer... (Jiiehpies-uns veulent qu'il soit le rési(hi de l'huile de pétrolle, qui s'est fait dans leentrailles de la terre ; ce qui est assez probable, en ce que l'on peut tirer du charbon de terie une huile toute semblable à l'huile de pétrolle * v

L'ordonnance de décembre 1672 règle en deu.\ articles - les conditions de vente de ce charbon, el n'en prévoit l'achat que par les « artisans et forgerons ». kn dix-huitième siècle, il se débitait à l'île Louvier et ù la (irève ', el la partie du quai actuel des Célestins qui va du Pont-Marie a la rue Saint-Paul se nommait quai de charbon de terre *.

Sébastien Mercier, en 1782. souhaite que le charbon de terre qui, dit-il, n'e.sl encore « adopté que par les ouvriers de forge » soit utilisé poiu- le chauffage •''. On y avait pensé déjà, car J.-F. Sobry écrivait quelques années plus tard : « Nonne ferons .sentir qu'en passant les inconvéniens que peut produire l'exploitation de ces mines de bitume, matière vile et d'un grand volume, qu'on employé au cliaufl'age et que le peuple appelle charbon de terre. Est-ce donc la peine de violer ainsi la terre, de troubler les propriétés des agriculteurs, d'établir sous le sol des vides aussi immenses, de s'exposer à des affais-semens et à des Iremblemens de terre •• ? »

Le charbon de terre se vendait alors à la voie, el celle-ci représentait 90 boisseaux mesurés combles.

Charbonniers. La Taille de 1292 en meiilidiiiie seize. Leur connnerce fut réglementé par l'ordonnance de fé\Tier 1415 '. On y voit que le charbon amené par eau devait être mis en vente sur le bateau qui l'avait apporté el dans les trois jours de son arrivée. Celui qui était venu par terre devait être déposé et vendu seulement à la place de Grève, aux halles, à la croix du Trahoir el à la place Mauberl, près de la fontaine (iaucher.

Dès le treizième siècle, l'on criait dans les rues de Paris :

Charbon, le sac por un denier ! *.

Au seizième, l'annonce est plus complète :

Charbon, charbon de jeune boys !

Il n'est qu'a trois .solz le minot ^.

Il l'st en Grève sur un basteau ; Qui en voudra le vienne voir ! <*.

L'ordonnance de décembre 1672 autorise la vente au détail et dans les rues parles forains qui amenaient du charbon sur des chevaux. Mais la marchandise devait être enfermée dans des sacs.

1 I."i94, in folio, 3" partie, p. 87.

* Clia]iitri> XXI, art. 8 et 9.

3 Jèze, Êlat on tableau de la tille de Parit, p. 25.

* .\. 1''., l.tt tie de Paris sous /.«mV .VF', p. 176. !i Tableau de Paris, t. VU. p. 147.

•"' /,e mode français, 1"8C, ]<. 388.

" ChajMtre XIV.

* Les erieries de Paris, par Guill. de la Ville Neuve.

s En 1006, le pri.\ du minol était manié à trente-deux sous.

'0 A. Truquot, Les cent et sept cris, etc., an. 154!i.

nrvRnowiisRS — ciiahitT':

NO

« Kt afin que le public en puisse avoir coniuiissaiice, seront lenus île ne l'harj^er leurs chevaux que de sacs qui soient de mesnie condnenee, et d'avoir sur le hast de leurs chevaux des plaques (11- l'er blanc, sur lesquelles seront inscrits la conliiience des sacs et le prix du <'harbon ' ».

Au dix-huiliènie siècle, le charbon le plus eslinié élail celui qui arrivait de Hour^o^ne par rYonne ; venaient ensuite le charbon qu'amenaient la Marne, et même la Loire. Tous se vendaient l'i la pnie, mesure qui contenait seize boisseaux. Le prix en était iixé tous les trois jours par le bureau de la Ville. Sous peine de confiscation et de mille écus d'amende, il était interdit d'envoyer du charbon à l'étran<jer.

En vertu d'une tradition dont j'ai vainement recherché l'orijj^ine, dans toutes les foies où le populaire était convié, la place d'honneur appartenait aux poissardes et aux charbomiiers, représentants attitrés de la classe ouvrière. Les jours de spectacle j^raluit. l'on réservait aux premières le balcon de la reine, et aux seconds le balcon du roi. Lors de la naissance de Madame roj/ale (inS), les poissfirdes et les charbonniers étant arrivés trop tard à la représentation ffratuite du Théâtre français se virent refuser l'entrée de la salle, faute de place. lisse fâchèrent et demandèrent \< pourquoi l'on avoit laissé occuper les lor|;es du roi et de la reine qui, en pareille cérémonie, leur appartiennent de droit. (îrande rumeur. 11 a lallu appeler le semainier; et la troupe des comédiens s'étant assemblée pour délibérer, on a reconnu, par la compulsion des rej^istres, la lég'itimité de leur réclamation. Pour y suppléer, on a mis des banquettes sur le théâtre de chaque ciMé, où les charbonniers ont pris place du côté du roi et les poissardes du côté de la reine *. En 1781, l'on eut soin de laisser libres les places appartenant à ces deux importants corps d'état. Ils les occupèrent à l'Opéra et encore le lendemain aux Italiens qui donnèrent aussi un divertissement gratuit. Les charbonniers, parodiant les wrands seigneurs, arrivèrent dans une charrette, qu'ils renvoyèrent en criant à leur conducteur : « A ce soir, cinq heures ' ».

Les mesures employées pour le charbon étaient :

Le muid, qui contenait env. 640 boisseaux. La grande sonuue — 100 —

La petite sonnue — 65 —

La voie — 16 - —

Le minot — 8 —

Le sac, dont la contenance était variable.

Charbonniers. On nommait ainsi, dans les forges, les ouvriers chargés de conduire le feu des fourneaux.

Charcutiers. Ils se séparèrent, au quinzième siècle, de l'ancienne corporation des

' Cliapilri' XXI, art. 4.

5 Mémoires secrets dits tlv Bacliaumont, 21 décembri' 1778, t. XII, [I. 205. — Voy. aussi lo Mercure de France n'ilejanviir 1779, p. 50.

3 Bachaumtint, t. XVIII, p. 115.

cuisiniers, et reçurent, en 1476, leurs premiers statuts, sous le nom de c/iaircui/iers-s'itdcissiers. Les bouchers ajanl encore le privilège de toutes les viandes, les chaircuitiers devaient débiter seulement des chairs cuites et plus spécialement de la viande de porc. Des lettres patentes de juillet l.")l;{ les autori.sèrent à faire le commerce des porcs vivants ' ; puis la Déclaration du 24 octobre 1705 leur accorda, à l'cncontre des bouchers, le droit exclusif de vendre la viande do porc, soit cuite, soit crue. Cette Déclaration les qualifie de ckaircuiiiers-saucissiers-hoiidirners-coi/rtiers-risitei(rs de jmrs morts, fards et graisses. Ces dernières qualifications désignent des offices créés par la royauté," et que les charcutiers avaient rachetés ^. Les statuts de 1745 ne les nomment plus que chaircuitiers. On en comptait environ V.iQ à Paris vers la fin du dix-huitième siècle, et ils s'étaient placés .sous le patronage de la Vierge, (ju'ils fêtaient le jour de sa nativité.

Chardonniers. C'étaient soit des lameurs, soit des gens qui recueillaient et vendaient le chardon \itilisé par les bonnetiers et les foulons. La Taille de 1202 cite deux chardonniers.

Charg-eurs de bois. <^c Afin que les bourgeois qui feront venir ou arriver en ceste ville de Paris par eauê leurs provisions de bois, ou aclièleront leursdiles provisions de bois es ports de cesledite ville : et pour éviter à l'excez (lu prix immodéré requis par crocheteurs et autres personnes incogneuës qui s'entremettent de travailler sur lesdils ports : il y aura par nombre cinquante et sept chargeurs, à sçavoir :

20 sur le port de l'Eschole Saint-Germain.

12 sur le port de Crrève.

1,3 sur le port Saint-Paul et Arche-Beaufils '.

12 sur les ports de la Tournelle et Malaquest, qui chargeront dans les charettes et harnois es ports et es chantiers des marchands les fagots, costerets, gros bois de moole ', bois de corde, etc. ^ ».

Un édit de février 1644 porta leur nombre à 117, que je trouve réduit à 100 en 1674 *.

Charg-eurs sous corde. Titre que

prenaient les emlialleurs.

Charg-eurs de foin. Voy. Courtiers.

Chargeurs de vin. Voy. uéchargeurs.

Charité. Voy. Bienfaisance (CEuvres de).

* OrdoHH. royales, t. XXI, p. 515.

* Voy. ci-dessous les art. Courtiers et Offices (Créations d'}.

3 L'arche Beaufils était située quai des Onues (auj. quai des Célestins), à l'extrémité de la rue de l'Étoile (auj. partie de la rue du Fauconnier).

* Voy. ci-des.sous l'art. Mouleurs de boi.s.

5 Ordonnance de février 1415, ehan. XIII.

6 Voy. Delamane, Traité de la police , t. III, p. 912.

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