CHAUDRONNIERS
qui sont souscrits par les 46 maîtres exerçant alors à Paris ; 26 seulement signèrent ceux d'octobre 1420, qui fixent à six ans la durée de l'apprenlissiig'e. L'article 16 statue que deux maisons resteront ouvertes le dimanche à tour de rôle, l'une « en la rue Saint-Martin, l'autre es autres rues foraines ».
Ces stattils furent fréquemment revisés dans la suite. Les révisions de 1514 et de 1566 s'appliquent au « métier de chaudronnerie, batterie et dinanderie ».
Les chaudronniers du seizième siècle participèrent au mouvement qui transformait en artistes la plupart des industriels; ils confectionnèrent des bassins, des surtouls ornés de paysages et de dessins variés, des statues en cui\Te repoussé, d'un travail savant et délicat ' , des lustres, des fontaines, des baignoires. Ils louaient ces dernières, ainsi que des bassinoires et toute la batterie de cuisine.
A la tin du dix-huitième siècle, la location d'une baignoire coûtait vingt sous par jour. L'eau était chauffée (< à la bouilloire » ^ ; il y avait donc intérêt à construire des baignoires qui n'en exigeassent pas un trop grand volume. Celles de cuivre représentaient le plus souvent un sabot à tige élevée, disposition aussi économique qu'incommode, car le corps y était presque moulé, et l'on dépensait ainsi moitié moins de liquide qu'en employant un cuvier oblong. La baignoire dans laquelle fut assassiné Maral, et qui a été acquise par le musée Grévin, est un sabot de ce genre. Les grands seigneurs avaient souvent dans leur hôtel des salles de bain fort luxueuses, où les baignoires affectaient la forme de canapés, de chaises longues, de lits de repos, etc. Il paraît qu'on s'y baignait parfois de compagnie, puisqu'il existait au château de Genlis une baignoire assez vaste pour contenir quatre personnes '. Mais il est bien probable qu'une baignoire de cette taille était en bois.
On ne commença guère avant le quatorzième siècle à bassiner les lits. Le procédé qu'employait Charles le Téméraire est assez étrange. Une fois le prince couché, un valet introduisait dans le lit une sorte de longue trompette, au moyen de laquelle il faisait pénétrer entre les draps de l'air chaud *. Plus d'un demi-siècle après, apparaît la bassinoire classique. En 1454, Jaquin Lelong « maignan » de la cour, fournit pour le .service de Marie d'Anjou, femme de Charles VII, une « bacinouere d'arin ^, à baciner litz * ». En 1481, maître Pierre Symart, secrétaire de Louis XI. fait acheler une « bassinoello, pour bassiner le lit dudit seigneur ' ».
Montaigne déclare que l'on ne bassinait jamais son lit '. Gabrielle d'Eslrées était plus
1 Voy. la Gn:elle des Ilemix-Àris, année 1884, p. 165.
* Vov. pourtant Hurlant et Magny, Dictionnaire de Paris, l". 1, p. 517.
3 M"" lie Genlis, Mémoires, I. I, p. 256. » Frois.sarl, édit. Kcrvyn, t. XIII, p. 43. S D'airain.
* Comptes de la reine, itans V. Gay, Dictionnaire arekéologiijue. I. I, p. 125
1 Douët-d'.Vrcq, Cornâtes de l'kolel, p. 387.
* Essais, livre III, cnap. 13.
frileuse, car dans son inventaire figure une bas.sinoire en argent ' . Mais celle-ci était certainement œuvre d'orfèvre, non de chaudronnier.
\J Inventaire du mobilier de la Couronne pour 1673 mentionne trois bassinoires d'argent, dont une avait « son couvercle percé à jour de plusieurs fleurs de lis, et les armes du Roy au milieu * ». Le moine était déjà connu ', mais la boule à eau chaude, originaire d'Angleterre, ne semble avoir remplacé l'ancien procédé que vers 1770. Le sieur Granchet annonçait, cette année-là, d^ns le Mercure de France^ qu'il venait de « perfectionner la bassinoire angloise ».
Je trouve plus tard les chaudronniers divisés en cinq classes :
l" Les chaudronniers menuisiers, véritables artistes en leur spécialité ;
2° Les chaudronniers grossiers ^, qui fabriquaient les ustensiles du travail le moins délicat; 3" Les chAudroaniers planeurs, qui préparaient les planches de cuivre pour la gravure ;
4" Les chaudronniers faiseurs cTinstruments de musigtie en cuivre : cors de chasse, trompettes, timbales, etc. ;
5" Les chaudronniers au sifflet. Ces derniers, qui représentaient les anciens maignens n'avaient le droit d'exercer leur métier ni à Paris ni dans les villes où les chaudronniers étaient constitués en communauté. Munis d'une tlùle de Pan, dans laquelle ils sifflaient pour signaler leur pas,sage, ils parcouraient les campagnes, portant tout leur bagage sur le dos dans un sac de peau appelé drouine ; ils faisaient les étamages, les raccommodages, et vendaient de vieux ustensiles de cui^Te. Quelques-uns débitaient même du neuf; ceux-là étaient en général suivis d'un cheval chargé de grands paniers d'osier.
Aux termes des statuts d'octobre 1735, les maîtres chaudronniers ne pouvaient avoir à la fois plus d'un apprenti, et la durée de l'apprentissage était fixée à six ans. Les fils de maître étaient dispensés de l'apprentissage et du chefd'œuvre, qui consistait à « forger et finir entièrement un coquemar ou cafîetière de cuivre rouge ». A la fin du dix-huitième siècle, le nombre des maîtres était de 130 environ, et la communauté avait pour patrons saint Maur et saint Fiacre. Les maîtres étaient dits officiellement chaudronniers-dinandiers.
Au quatorzième siècle, la rue d'Ecosse portait le nom de rue du Chaudron, qu'elle devait à une enseigne.
Outre les noms mentionnés ci-dessus, les chaiulronniers ont été dits encore cauderlicrs, ctiudreliers, caudronniers, caudriers, chauderiers, chaudretiers, dinants, dynans. hatleurs d'airain, batteurs de cuivre, potiers d'airain, potiers de cuivre, etc.
'Voy. Paaliers.
' De Labonle, Glossaire des émaux, p. 170-
* Tome I, p. «3 et 67.
•t Voy Saint-Simon, Mémoires, t. IX. p 91
4 N»'dp février 1770, p. 203.
8 Voy. ci-dessous l'art. Grossiers.
GHAUFFECIRK — CHAUSSETIERS
ln5
ChaiifFecire (Métiers de). Voy. Maître des sueurs.
Chaufife-cire-scelleurs. Ofticiers de la grande clinncellerie. Leurs foiictimis élaieril il' « apposer le sceau du roi, tant aux expéditions de la grande chancellerie qu'à celle de la chancellerie du palais. Le jour de la tenue du grand sceau, ils se rendent en haliit noir et l'épée au côté dans le cabinet du grand chancelier ; ils placent devant sa table le colTre des sceaux * ».
Us étaient au nombre de quatre et servaient par quartier. Dans les processions solennelles et autres cérémonies, les quatre chaulTe-cire marchaient tète nue de chaque côté d'une blanche haquenée qui portait le sceau royal.
Kn 1421^, Henri \l ayant créé un cinquième office de chaufl'e-cire, les titulaires des qiuitre autres protestèrent. Le nouveau nommé renonça à son office et les lettres patentes de création furent déchirées -.
La cliancellerie employait trois sortes de cire, savoir : la verle pour les arrêts, la jaune pour les expéditions ordinaires, la rouije pour tout ce qui concernait le Dauphiné et la Provence •'.
Depuis un arrêt du 13 octobre 1739, ils ne prenaient plus que le titre de scelleurs.
Voy. Valets chauffe-cire.
Chauffeurs. Dans les forges, on nommait ainsi les ouvriers chargés de tirer le souftiel tandis que le fer était au feu.
GhaulTourniers et Chaviforneors.
Voy. Chaufourniers.
Chaufourniers. Faiseurs et marchands de chaux. Ils Kgurent dans l'ordonnance des Bannières (1467), qui les nomme Chauffourniers. J'ai trouvé aussi Chauforneors.
La chaux que l'on employa le plus à Paris venait des environs de Senlis, de Luciennes et surtout de Melun '.
Voy. Mesureurs de chaux.
Chaunieeurs.Voy.Paille(Marchands de).
Chaumiers . Marchands de paille ou couvreurs en chaume.
Voy. Paille CMarchands de).
Chaussée (Droit de). Impôt qui se percevait, dans la banlieue de Paris, sur tout char, charrette ou cheval chargé venant à la ville 5. \^p produit devait servir à l'entretien des routes et des ponts.
' Tcssereau, Uittoire de ta grande cianeelierie, l. II, passim.
* I.ongTion, Pnris sous la domination romaine, p. 76 el 184.
' Danpoau, Journal, 30 octobre 1685, t. I, p. 241-
♦ Delamarre, Traité de Inpnlice. I. IV, p. 39. — Fourcroy, L'art du rliaufournier, 1776, 10-4".
^ « Ctiaucie t'.'.t uno coustunif asise et cstablir aocirnnoment seurcliars,seurrharrotes,spur.soruiprscharffiés.-.» Litre des me'tiers, 2' partie, titre I, art. 1.
Un char payait, en général, 4 deniers, ime charrette 2 deniers, une charge de cheval, l obole.
Chausse - pieds (Marchands de) . Ce commerce appartenait aux marchands de crépins. Mais pendant longtemps, les cordonniers fournirent eux-mêmes des chausse-pieds à leurs clients.
.\u ilouzième siècle, on avait eu l'idée, pour faciliter l'introduction de la chaussure, de terminer par une longue et large patte recourbée le quartier qui surmonte le talon. Gela était a.ssez commode, mais fort laid. Du treizième au quatorzième siècle, je trouve cité un chausse-pied dont je n'ai pu déterminer la nature. Ce que je sais, c'est qu'il se nommait en \alin parmpotex et trainel/um ', en français (rat/met, trainel et trainax -. .\u seizième siècle, tout doute disparaît, on se sert tantôt d'une lanière de cuir, tantôt d'une corne. Un compte royal de 1.^70 renferme les deux mentions suivantes : « Pour avoir coupé un quart de peau de marroquin, pour faire des chaussepieds pour mettre à la garde-robe... » « Pour trois chaussepieds de corne, pour servir aux pages... ' »
Furetière. en 1701, définit le chausse-pied : « C'est ordinairement une large lanière de cuir velu et non corroyé, faite d'une peau de veau mort-né '.. » Le Dictintimire île Treroux reproduit presque textuellement ce passage et il ajoute : « On en faisoit autrefois de corne et même de fer ■" ».
Chaussetiers. Faiseurs de chausses. Au moyen âge, le mot chausses désigna toujours la partie du costume qui enveloppait les jambes. C'est à ce point de vue seulement que les mots chausses et bas peuvent être regardés comme synonymes. En effet, au lieu d'être faits de mailles el de mouler la jambe en se prêtant à tous ses mouvements, les chausses, confectionnées en serge, en toile, en feutre, en soie, en drap, en laine, etc., tantôt étaient recouvertes de bandelettes croisées, tantôt bouffaient ou plissaient sur les jambes. Elles s'attachaient, (l'ailleurs, soit aux genoux, soit aux braies, avec des jarretières parfois fort élégantes, et dont on laissait pendre les bouts.
Au treizième siècle, les chausses étaient très longues, montaient presque jusqu'à mi-cuisse. Au quinzième, elles s'élevèrent plus haut encore, jusqu'à une sorte de court caleçon à braguette, qui prit le nom de haut de chausses, tandis que les chausses devenaient bas île chausses el par abréviation bas. Ces deux pièces, successivement luoditiées suivant les progrès de l'industrie el les exigences de la luode, constituent dès lors la culotte courte et les bas, tels qu'ils sont venus jusqu'à nous.
Dans les statuts qu'ils présentèrent en 1268 à l'homologation du prévôt Etienne Boileau *,
1 Ducange, Olossarium, aux mots cités.
2 l~>ans Le dit d'un mercier.
** I>ans V. Gav, lilossnire arehéntnt^ique. I. I, \t. 355. i Dt'Huilioii r-»']iixMiint»> (tan.s rédition ri»' 1727.
3 Édit. de 1771, t. II, p. 492.
•> Livre des métiers, titre LV.
Iô6
CHAUSSETIERS — CHAUSSURES
1rs cliaiissetiers so qiialilioiil de chanriers : on écrivait inditïï'n'iiimrnl chausses ou chances. Les fils (le maître n'avaient rienàpajerpours'él<ihlir; les autres ouvriers devaient verser vinj^l sous, dont quinze allaient au roi et cinq à la confrérie du métier. Les maîtres pouvaient avoir autant d'apprentis qu'ils voulaient, mais chacun de ceux-ci en entrant à l'atelier était ten\i de paver huit sous au roi et quatre sons à la confrérie. Le travail à la lumière était pi'rmis. On interdisait le colportante dans les rues. Chaque dimanche trois boutiques, à lourde rôle, restaient ouvertes. Le métier était ré<»'i par trois jurés, « les quex li prevost de Paris met el este toutes foiz qu'il li plaist ».
La corporation des chau.sseliers se trouvait alors dans une assez triste situation ; plusieurs maîtres avaient dû redevenirouvriers, et plusieurs ouvriers anciens el habiles étaient trop pauvres pour aspirer il la maîtrise. Avec l'assentiment des 45 maîtres établis, le prévôt aulorisa donc 33 ouvriers à passer maîtres « sans rien payer » ; le nombre des maîtres se trouva ainsi porté à 78. C'était trop sans doute, eu é^ard à la consommation, puisque la Taille de 1292 ne mentionne plus que 61 maîtres, et celle de 1300 que 48.
Les fripiers, paraît-il, leur causaient grand dommag^e. Ils achetaient de vieilles chausses, les mettaient sous presse, les pliaient avec soinet les vendaient comme marchandises neuves. Les chaussetiers obtinrent un arrêt (1298) qui reconnut à eux seuls le droit de vendre des chausses mises en presses el pliées ; les vieilles chausses achetées par les fripiers devaient être simplement pendues à une perche ou étendues sur une corde dans leur boutique '.
Les statuts des chaussetiers furent confirmés, à peu près sans modifications, au mois d'avril 134'i-. Mais en 1398, la communauté se vit troublée par une querelle qui mérite d'êlre rapportée. J'ai dit que les chausses étaient soutenues au moyen d' « un nouet », cordon ou jarretière. La mode vint de remplacer ceux-ci par des aiguillettes, et quelques chaussetiers s'empressèrent de confectionner des chausses « toutes garnies d'aiguillettes, et prestes d'attacher ; car se ainsi n'estoil, à ceulx qui vouldniienl acheter chausses conviendroit longuement demourer pour attendre que garnies fussent ». Li's anciens du métierprotcslèrenl. l<]nnemis de toute innovalion, ils soutenaient que les statuts n'autorisaient pas cette dérogation aux vieilles coutumes. Le roi d'abord leur donna raison. Puis, le 23 octobre 1398, il revint sur sa déci.sion. Considérant que les aiguillettes ne sont pas mentionnées dans les statuts, par celte bonne raison qu' « adonc on n'en usoil point, mais néantmoins puis que de présent ce est venu à plaisance de peuple et à commun usaige », il permit « pcnir le prouffit de
* Depping, Ordonnances relatives aux métiers, p. 412.
î Ordonn. royales, I. XII, p. 8G. — Ils furent conlinnrs lie nouveau en avril \\1\, el le nombre îles jur<^s alors porté à quatre. (Manu.scril.s Di'laniane, arts et métiers, t. Il, p. 155).
la chose publique de vendre chausses garnies * ».
C'est seidement vers le milieu du quinzième siècle qu'apparaissent les premiers bas tricotés, et ils eurent bien vite détrôné les chausses. En 1540, François I" portait encore des chausses de laine rase, couvertes, comme le reste de son costume, de déchiquetures ou crevés à travers lesquels on apercevait l'étoffe de la doublure ; avant la fin du siècle, toute personne un peu aisée avait des bas tricotés. Dès lors, il ne restait plus aux chaussetiers qu'à disparaître, el c'est ce qu'ils firent. Leur corporation s'éteignit, elsesdépouilles furent partagées entre trois antres communautés : les drapiers obtinrent le droit de faire et vendre les chausses en drap, serge, droguet el autres tissus de laine, ainsi que celles de toile peinte ; le commerce des chausses de toile non teinte fut attribué aux lingëres, et les tailleurs purent faire des chausses de la même étotî'e que les habits qui leur étaient commandés'. Drapiers et tailleurs ajoutèrent dès lors le litre de chatissetiers à l'ancien nom de leur corporation.
Voy. Bas (Faiseurs de) el Bonnetiers.
Chaussiers. Voy. Chaussetiers.
Chaussons (Faiseurs de). La Taillede 1292 mentionne, parmi les contribuables de la paroisse Saint-Sauveur, un certain Girart, gui fet les chuurnns-. Suivant M. Ch. de Linas, il faudrait reconnaître dans ces chauçons. les calignla et les fasciiila cités par les latinistes du moyen âge, et « dont le but vraisemblable était de compléter l'insuffisance des chausses sans pied dites à étrier ^ ».
Chaussures (Commerce des). Au treizième siècle, la confection des chaussures était le monopole de quatre corps d'état bien distincts, ayant chacun sa spécialité, son organisation, ses statuts particuliers.
Celaient :
1" Les coRDOUANNiERS, qui employaient surtout le cuir dit cordouan.
2° Les SUEURS, chargés soit de coudre les chaussures taillées par les cordouanniers, soit de faire subir au cuir un dernier apprêt.
3" Les SAVETONNiERS, qui ne mettaient en œuvre que la basane.
4" Les SAVETIERS. q>ii ne faisaient que les raccommodages.
Quelques métiers secondaires, nés parfois d'un caprice de la mode, dépendaient de ces quatre importantes corporations ou représentaient des spécialités négligées par elles.
Voy. Baudroyeurs. — Bottiers. — Bouchonniers. — Chausse-pieds (Marchands de). — Chaussons (Faiseurs de). — Cirage. — Cordonniers. — Crépins. — Décrotteurs. — Fermiers. —
• Mss Oelamarre, nrls et inr'liers, I. IV, p. 136. S Taille de 1292. p. -19 et •49,'>,
3 Anciens tètements saeerdolniis;, 3' série, p. 156 — Voy. aussi le Glossaire de Ducanpe, au mot cnliga.
CHAUSSURES — CHEF-D'ŒUVRE I-IT EXI'KRH-INCE
Oalochiers. - Gorets. — Passe-talonniers. — Patiniers. — Sabotiers. — Savetiers. — Savetonniers. Soiiliers (Marchands de). — Sueurs. — Talonniers, etc.
Ghavetonniers. Nom que le' Lirre des iiii'/it-rs (li)mif aux savcluimiiTs.
Cheesniers. Nom que la Tailli- de 1292 donne aux chaiiietiers.
Chef-d'œuvre et Expérience. On peut voir, il l'iii-luli' Aspirants, iiUflK's preuves li'hiibilete pruri's.sioiinelle le nioyeii ùjjfe exigeait de l'ouvrier qui vuulail s'étalilir. Il faut y reconnaitrerorijîineiluclii'i'-irœuvre. Le mot. pourtant, ne se rencontre (juune seule lois dans le Livre des me'tiers ; je crois même qu'il y est pris dans le sens tiguré, et sio^nitie une œuvre très belle, parfaite en son o^enre : «, Se li aprenlis set faire un chief d'œu\Te tout sus >\ son maître peut l'employer comme ouvrier et prendre un autre apprenti '. Ce n'est pas là un fait isolé. Les orfevTes pouvaient aussi déclarer l'apprentissage terminé avant le temps tixé et proclamer libre le jeune homme devenu assez lialiile pour gagner cent sous par an, outre ses frais de nourriture -.
Ceci date du treizième siècle. Mais, dès la tin du quinzième, le chef-d'œuvre est exigé par nrescpie toutes les corporations, et il ne sera plus supprimé que par lAssemblée nationale en 1791.
Lorsqu'un compagnon désirait être admis au chef-d'œuvre, il rédigeait une demande et l'adressait aux jurés de sa communauté. Ceux-ci convoquaient un certain nombre de maîtres, pris ordinairement parmi les Anciens. Le candidat était proposé, on lisait son brevet d'apprentissage et son certitical de service comme compagnon, puis l'assemblée délibérait sur la nature du chefd'œuvre ([ui lui serait proposé. Il lui était ensuite choisi un meneur, chiu-gé de le mettre au courant des usiiges et de l'accompagner dans les visites qu'il devait faire aux jurés et aux maîtres de son métier-'.
On aurait cependant tort de croire que l'admission au chef-d'œuvre présentât toujoui's aussi peu de difticulté, surtout pour le compagnon qui n'était pas lils de patron. D'abord, soit qu'ils obéissent à une tradition, soit que leurs statuts leur en tissent une lui. plusieurs communautés n'admettaient à la maîtrise que h's tils de maître * : ilans celles-là. l'ouvrier ne pouvait donc changer de situation qu'à la condition d'épouser une fille ou une veuve de maître. (Juehpies corps de métier, atin de restreindre la concurrence, avaient limité le nombre de leurs maîtres : il ne devait point dépasser 300 chez les orfèvres, 200 chez les brodeurs, 72 chez les horlogers. 40 chez les batteursi-tireurs d'or, 36 chez les imprimeurs,
• Litre lies me'tiers, titre LXXIX, art. 11. ' Livre des métiers, titre XI, art. 5.
■' Perruquiprs, statuts dp 1718, art. 32 et 33. — Boulangers, statuts de 1746, art. 18.
* Bouchei-s, nioïinayeurs, batteurs-tireurs d'or, brodeurs, boyaudiers, ferrailleurs, oiseliers, etc., etc.
12 chez les ferrailleurs, etc. ; les compagnons étaient donc forcés d'attendre pour se présenter qu'une place lut vacante, et pas n'est besoin de (lire qu'il se trouvail pres(iue toujours un tils de maître pour la prendre. Seuls ou à peu près, les orfèvres partageaient les places vai;antes entre les lils lie maîlre et les simples compagnons'. D'aulres corporations n'admellaieni chaque année i[U lin nombre limité de ceux-ci. Elles recevaient lies lils et des gendres de maître « aulaiil qu'il s'en présenloit- », mais des pauvres compagnons: 1 seul chez les merciers ■", les libraires* et les relieurs ^ ; 4 chez les cordonniers ' et les ■savetiers' ; G chez les rôti.sseurs' ; 10 chez les tailleurs ', etc., elc.
Dans plusieurs corporations, la nature du chefd'œuvre était déterminée par les statuts, dans d'aulres, les jurés arrélaient pour chaque candidat le programme du travail et le temps accordé pour l'achever. (^ueli|uel"ois le candidat soumettait à l'acceptation des jurés le dessin de l'objet qu'il se proposait de faire.
A l'origine, on choisissait comme sujet du chef-d'œuvre un travail ordinaire, pris parmi ceux qui se présentaient le plus souvent dans le métier. La préoccupation constante de restreindre la concurrence tit ensuite multiplier les obstacles devant les aspirants, et proposer des chefsd"œu\Te compliqués et bizarres exigeant parfois plus d'une année de travail. On en trouve la preuve dans un très curieux procès que soutint contre sa corporation un ouvrier ceinturier nommé Claude Baudequin. Son avocat, François Palliot, exposa au prévôt de Paris que « ledit Baudequin s'est cy-devant et dès long-lemps présenté aux jurez pour luy bailler son chefd'œuwe pour parvenir à la maisirise de son raestier, attendu qu'il a faict son apprentissage cinq ans passez, et depuis ce temps a toujours besongné comme compagnon dudit mestier sous les maistres. Ce néantmoins, lesdits jurez ont long-temps délayé ce faire, et finahlement luy ont baillé un chef-d'œu\Te fort pénible et difficile, dont la ferrure est d'argent, et lequel il n'a moyen de faire pour le long temps qu'il s'y faudroit employer, et ce pendant ne pourroit vivre». Le pauvre compagnon demandait donc qu'on lui choisit un autre chef-d'œuvre, celui par exemple « duquel le dernier maistre à esté receu, qui est une grande ceinture à cropière à porter sur les armes, dont le feu grand roy François avaient accoustumé se servir ». Les jurés .soutenaient que ces deux cIiefs-d'œu\Te présentaient une égale difficulté ; et d'ailleurs, un autre candidat, Pierre Tellier, offrait d'exécuter celui que refusait Baudequin. Le prévôt rendit un arrêt fort judicieux. .Statuant au fond,
1 Lei-oy, p. 80.
* Rôtisseurs, statuts de 1744, art. 14. 3 Décision de décembre 1661.
* Statuts de 1686, art. 44.
5 Statuts de 1686, art. 9
6 Statuts de 1614, art. 6
" Statuts de 1659, art. 38.
8 Statuts de 1744, art. 14.
9 Statuts de 1660, art. 7.
CHEF-D'ŒUVRE ET EXPERIENCE
il décida (12 janvier 1571) qu'aucun compagnon ne serait plus reçu à la maîtrise ciiez les ceinturiers sans faire soit le chef-d'œuvre refusé par Uaudequiii, soit celui qu'il proposait d'entreprendre ^ .
L'édit de 1581 chercha à réagir contre la sévérité des jurés, sévérité qui écartait de la maîtrise beaucoup de bons ouvriers. Après avoir constaté * que les candidats passent « quelquefois un an et davantage ù faire un chef-d'œuvre tel ([u'il plaisi a\ix jurés ». le roi enjoint à ceux-ci de « leur désigner et spécifier chef-d'œuvre, lc([uel ils puissent faire el parachever pour le plus dillicile niestier en trois mois, ou moins si faire se peut, et des autres à l'équipolent ; et ce, pour éviter aux longueurs et abus qui sont connnises par les jurez, à la ruine des artisans ^ ». « Des ouvriers, écrivait Mathieu .Tousse en 1627, ont mis deux ans et plus à parfaire le chef-d'œuvre, tellement que c'est quelqnesfois la ruyne des pauvres aspirans, à cause des grands frais et despences qui luj convient faire * ». L'édit de mars 1691, qui réglementa de nouveau celte matière, s'elîorça de rendre le chef-d'œuvre accessible à tous. Entre autres dispositions, il veut qu'il puisse être « fait et parfait dans l'espace d'un mois, » qu'il « soit d'usage, de chose utile», et non un travail long et dispendieux, en dehors des occupations ordinaires do la communauté '.
Le chef-d'œuvre était exécuté sous la surveillance des jurés et chez l'un d'eux. Les orfèvres avaient au Bureau de leur corporation une salle spéciale, dite Chambre du chef-d'œuvre, où tous les objets nécessaires étaient réunis. Les jurés, dit Leroy ", « pouvoient seuls y entrer dans le temps que le chef-d'œuvrier travailloit, car la preuve qu'il y devoit donner de sa capacité étoit traitée très sérieusement ». On évitait avec soin qu'il pût être conseillé ou aidé. Le clerc ou concierge du Bureau prêtait serment de ne donner aucun avis au candidat, et de ne laisser entrer personne dans la pièce où il travaillait. Les menui.siers prononcent la destitution de la jurande contre tout garde qui aurait aidé un chef-d'œuvrier '. Les fourbisseurs autorisent tous les bacheliers, c'est-à-dire tous les maîtres ayant rempli les fonctions de juré, à «estre présens quand l'aspirant travaillera, el à assister à tout ce qu'il fera ' ».
Dans certains métiers, une épreuve orale remplaçait le chef-d'œuvre. Les apothicaires étaient interrogés par les jurés en présence de douze maîtres et de deux médecins. Six maîtres et deux médecins assistaient à l'examen des barbiers-chirurgiens ". Celui que subissaient les
i Bibliollicque nationale manuscrit français n° 21,794, 4° pièce.
* Préambuli".