A.iiiele
' Vuy. aussi l'édit de mars 1691, art. 1.
5 .\rreti) du 25 janvier 1741 — Hi-ossiers, statuts de 1059, art. 26
6 Statuts de 1718, art. 39.
CHEF-D'ŒUVRE ET EXPERIENCE
Lu confectiuu du clicl-d'œuvre élait fii oulrt' l'occiision d'une foule de réunions et de repas, devenus peu a peu si coùleux que les statuts lentéreut, mais toujours vaineiuent, de les supprimer. Les drapiers si> distiu-^uenl par leur rifi^ueur sur ce point : « Les jurez et tous autres, disent-ils, ne pourront recevoir aucun don , ni présent , pendant ni aprtjs le cheld'œuvre, ni l'aspirant leur en doiuier, à peine de suspension de la maîtrise pour un an ' >■>. Les évenlaillisles interdisent « les festins, beuvettes et autres frais * ; » et les g'ainiers stipulent qu' <v il ne sera plus fait aucune assemblée pour les chefs-d'œuvre, et ne sera plus distribué pain, vin, biscuits ny macarons en façon quelconque ' ».
L'édit de mars 1691 ordonne que le chefd'œuvre restera la propriété de l'artisan *. C'était justice, puisque le candidat l'avait exécuté ù ses frais, avait fourni la couleur et les draps s'il était teinturier, le cuivre et le chai'bon s'il était chaudronnier, la chair et le poisson s'il était cuisinier. Parfois, un juré consentait à faire ces avances, et aloi-s c'était à lui, non à l'aspirant que le chef-d'œuvre restait ^. Les horlogers ne le remettaient à son auteur que si celui-ci pouvait payer à la corporation une somme de cinquante li\Tes *.
Tout ce que je viens d'exposer s'appliquait au pauvre diable de compagnon assez osé pour aspirer au noble titre de maître. La scène changeait dès qu'il s'agissait de conférer cette dignité au tils d'un patron. Devant celui-là. les obstacles disparaissaient comme par enchantement. De droits à payer, il en était à peine question ; d'un examen à subir, on ne s'en préoccupait guère. Dans une foule de corporations, le fils de maître n'avait à fournir aucune preuve de son aptitude au métier ' : « Les fils de maistre, disent les relieurs, seront receus à première réquisition, en payant trente livres pour les affaires de la communauté * ». D'autres avaient inventé en leur faveur une épreuve beaucoup plus facile que le chef-d'œuvre, et qui
i Statuts de 1GC9, art. 48.
* Statuts ilf 1677, art. 14.
3 Statuts de 1688, art. 4.
* .\rtuli' 1.
!• Cliaudronnicrs, statuts de 1735, art. 8.
S Lettres patentes d'octobre 1717.
' Cliarcutiers, statuts de 1476. art. 3, et Je 1745, art. 13. — .\rniuriers, st. de 1562, art. 6. — Couteliers, st. de 1565, art. 7. — Tourneurs, st. de 1573, art. 10. — Pelletiers, st. de 1586, art. 5. — Boucliers de la grande boucherie, st. de 1587, art. 2, et de 1741, art. 45. — Jardiniers, st. de 1589, art. 5. — Cuisiniei-s, st. de 1599, art. 6, et de 1663, art; 23. — Fourbisseurs, st. de 1627, art. 38. — Taillandiers, st. de 1642, art. 5, et de 1663, art. 12. — Chapeliers, st. de 1658, art. 9. — Fripiers, st. de 1664, art. 11. — Couturières, st. de 1675. art. 6. — Éventaillistes, st. de 1677, art. 9. — Grainiers, st. de 1678, art. 19. — Bouquetières, st. de 1678, art. 6. — Imprimeurs-Libraires, st. de 1686, art. 41. — Relieurs, st. de 1G86, art. 7. — Cardeurs, st. de 1688, art. 11. — Charcutiers, st. de 1745, art. 13, etc.,
le.
« Statuts de 1686, art. 7.
se nommait Expérience '. Chez les boulangers, par exemple, le chef-d'œuvre consistait à convertir en diverses sortes de pâtes et de pains trois setiers de farine, mais les tils de maître n'étaient « tenus que de faire une légère expérience d'une mine de farine, et cette expérience pourra être faite en la maison du père - ». On n'en demandait pas plus à l'apprenti ou au compagnon qui épousiiil une tille ou une veuve de maître. Us seront reçus, disent les statuts, « en faisant une légère expe'rience telle qu'elle leur sera présentée par les jurés ». Les tableliers demaiulenl seulement qu'ils soient « témoignés suflisans par les jurés ^ ». On soumettait encore à l'expérience les maîtres des faubourgs qui voulaient exercer à Paris *, el dans les communautés oti le tils de maître était dispensé de toute épreuve, ceux qui étaient nés avant que leur père ei'it obtenu la maîtrise •".
Les serruriers et les chapeliers y mettaient moins de franchise. Chez eux, toute épreuve portait le nom de chef-d'œuvre, seulement sa nature variait suivant la condition des personnes. Chez les serruriers, il exigeait un travail de :
3 mois pour les compagnons arrivant de province.
2 mois et demi pour les compagnons apprentis de Paris.
2 mois pour les apprentis ou les compagnons qui épousaient une tille ou une veuve de maître.
1 mois pour les tils de maître ''.
Les potiers d'étain avaient trois chefs-d'œuvre différents, suivant que le candidat voulait être reçu maître, passé maître ou menuisier "' .
Quelques communautés exigèrent le chefd'œuvre complet, même des tîls de maître *. D'autres, après l'avoir exigé au début, en dis-
1 Tabletiers, statuts de 1507, art. 2. — Horlogers, st. de 1544, art. 7. — Bourreliers, st. de 1578, art. 4, de 1665, art. 4, et de 1734, art. 8. — Tisserands, st. de 1586, art. 4. — Coffretiers, st. de 1596, art. 8. — Découpeurs, st. de 1604, art. 11. — Bonnetiers, st. de 1608, art. 15. — Plombiers, st. de 1648, art. 13. — Passementiers-Boutonniers, st. de 1653, art. 9, 10 et 16.
— Gantiers, st. de 1656, art. 12. — Tailleurs, st. de 1660, art. 8. — Teinturiers du grand teint, st. de 1C69, art. 52. — Teinturier du petit teint, st. de 1669, art. 86.
— Teinturiers en soie et laine, st. de 1669, art. 93. — Faiseurs de bas, st. de 1672, art. 19. — Brodeurs, st. de 1704, art. 5. — Perruquiers, st. de 1718, art. 29. — Écrivains, st. de 1727, art. 6. — Boulangers, st. de 1746, art. 20, etc., etc.
â Statuts de 1746, art. 20.
3 Statuts de 1507, art. 2.
* Fourbisseurs, statuts de 1627, art. 37.
5 Fripiers, statuts de 1664, art. II, etc., etc. — C'était la règle générale, mais elle admettait des exceptions. Chez les boulangers (st. de 1746, art. 18), les charcutiers (st. de 1754, art. 15), etc., les fils de maître nés avant la maîtrise de leur père étaient astreints au chef-d'œuvre. Chez les fourbisseurs, on les dispensait de toute épreuve (st. de 1627, art. 38).
6 Sentence de police du 29 juillet 1699.
7 Voy. ci-des.sous l'art. Potiers.
« Chaudronniers, st. de 1566 et de 1735, art. 2. — Doreurs sur cuir, st. de 1575, art. 25. — Menuisiers, st. de 1743, art. 22. — Batteurs d'or, st. de 1683, art. 6. — Orfèvres, st. de 1759, titre II, art. 11. — Bouchers de la boucherie de Beauvais, st. de 1586, art 2, etc., etc.
CHEF-D'ŒUVRE ET EXPERIENCE
pensèrent ensuite les candidats '. D'autres, au contraire, qui l'en dispensaient au début, i'exif^èrent par la suite *.
Il importe cependant de ne pas prendri^ trop au sérieux cette minutieuse réglementation. A dater du dix-septième siècle, les statuts adoptés par les corporations donnent l'idée de ce qu'elles voulaient paraître, bien plutôt qu'ils ne montrent ce qu'elles étaient réellement. En l'ait, l'apprentissage, le compagncjniiage et le chef-d'œuvre se rachetaient très bien à prix d'argent. Les brodeurs ne craignent même pas de l'avouer dans leurs statuts de l(i48. Chez eux, le chef-d'œuvre ofhciel exigeait deux mois de travail. Mais « en considération des debtes de la communauté >>, les jurés furent autorisés à le remplacer « par un pourtraict ' qui se puisse faire en huict jours », lorsque l'aspirant consentirait à payer une somme de cent livres *. Dans plusieurs corporations ', tout individu disposant d'un petit capital pouvait devenir maître du jour au lendemain, sans passer par aucun des grades intermédiaires. Il lui sul'Ksait d'acheter des lettres de maîtrise. La royauté, toujours à court d'argent, avait inventé cette spéculation, à laquelle les communautés eurent aussi recours. Je reviendrai ailleurs " sur ce sujet. Mais toutes ces concessions avaient réduit de beaucoup le nombre des ouvriers habiles, et fort découragé ceux qui eussent pu le devenir. On fut donc obligé dans presque toutes les corporations de simplifier le chef-d'œuvre, devenu trop difficile pour l'immense majorité des aspirants. En 1699, les serruriers durent modifier celui qu'ils exigeaient depuis 1654 ; les teinturiers firent de même en 17^7, bien que le leur remontât seulement à 1669. Les tissutiersrubaniers et bien d'autres corps de métiers les imitèrent.
Le chef-d'œuvre une fois terminé, examiné et accepté, le candidat versait le prix de la maîtrise, qui variait suivant chaque communauté '. Il était ensuite conduit par les jurés au (irand-Chàtelet, chez le procureur du roi, qui le déclarait officiel-
* Les tis.-5Utiers-i-ui>anit;rs l't-'xigenl eu 1403 (art. 4), cl rn 1585 (art. 14) ils demandent seulement que le candidat soit « ouvrier et expérimenté ». — Les bourreliers l'exigent en 1403 (art. 3), mais les statuts de 1578 et de 1665 (art. 4) ne réclament plus que VExprrience.
* Les horlogers, qui ne demandaient que VExpérience en 1544 (art. 7), exigent le chef-d'œuvre à partir de 1646 (art. n, et st. de 1719, arl 9 et 11). — Le.s teinturiers du grand teint, qui ne demandaient que VExpérience en 1669 (art. 52), exigent le chef-d'œuvre à partir de 1737 (art. 91), etc., etc.
3 Un modèle.
i Articles 3 et 4.
5 Merciers, épiciers, orfèvres, écrivains, maçons, lingi^rcs, paumiers, etc.
*■ Voy. ci-ilossous l'art. Maîtrises (Vente de).
' 3,240 fr. chez les drapiers. — 1.800 fr. chez les merciers, le.s maréchaux, etc. — 1.500 fr. chez les bonnetiers, les .selliers, etc. — 900 fr. chez les vitriers, les menuisiers, les bcun-elicrs, etc. — 800 fr. chez les potiers d'étain, les modistes, les fiTiitiers, les tanneurs, les parcheminiers, les tonneliers, etc. — 500 fr. chez les fondeurs, les graveurs, les grainiei-s, etc. — 300 fr. chez les cloutiers. — 175 fr. chez les couturières, etc., etc. — Les deux tiers à peu près de ces droits revenaient au roi. [Milieu du dii-huitiènie siècle].
lement maître du métier, après lui avoir fait prêter serment ^ .
(tétait la dernière formalité exigée du candidat ; il ne lui resUiit plus qu'à offrir à ses collègues le repas traditionnel. Cependant, jusqu'au dix-septième siècle, les boulangers soumettaient la réception du nouveau maître a un cérémonial où revivaient les vieilles coutumes de la communauté -. *
Chefs-d'œuvre exigés par certaines corporations. <ln a vu. dans l'article précédent, que le chef-d'œuvre était en général choisi par les jurés, et pouvait dès lors varier avi-c chaque candidat. Mais d'autres communautés impo.saient à t(jus la même épreuve, dont le programme était déterminé par les statuts. Voici quelques exemples :
AiGUiLLETiERS. — Ferrer de laiton six douzaines d'aiguillettes.
Amidonniers. — Fait un cent d'amidon.
Apothicaires. — Trois épreuves successives :
1° Interrogatoire de trois heures par les jurés et deux docteurs en médecine.
2° Acte des herbes. Le candidat sera inlerrot'é sur toutes les substances médicinales.
3° Chef-d'œuvre proprement dit. Confection de cinq préparations importantes.
Armes (Maîtres en fait d'). Faire assaut de quatre armes différentes avec six maîtres.
Arquebusiers. — î'orger un canon d'arquebuse long de trois pieds et demi. Ce fait, sera ledit canon éprouvé ; et pour ce faire y sera mis de la poudre deux fois la pesanteur de la balle du calibre ordinaire.
Faire un rouet bien forgé et limé ajuste, et trempé comme il appartient, l'arbre et la chaînette et la gâchette et le détentillon, la hallebarde, la vis qui la tient, la grande vis du chien et toutes les goupilles, ressorts et rouets, le tout bien trempé et de bon acier. [Année 1577].
Artilliers. — Etablir soit une arbalète garnie de son bandage et d'une douzaine de garrots ^ bons et suflisans. Soit un arc de bon bois d'if ou autre bois bien assiiisonné, et une trousse de flèches garnie d'un volet *. Soit une arquebuse à rouet montée et affûtée. [Année 1576].
Barbiers-Chirurgiens. — Convenablement raser et saigner. [Année 1465].
BoissBLiERS. — Confectionner deux divei-ses pièces du métier. [Année 1-443].
Bonnetiers. — Faire, fouler et appareiller bien et duement un bonnet anciennement appelé aumuce ou deux bonnets à usage d'homme appelés anciennement crémioUes. Faire, en outre, un bonnet ciirré de bon drap fin, le tailler, encofiner et presser. Faire aussi une toque de
' Voy. ci-dessous l'art. Sermi'nl.
* Voy. ci-dessous l'art. Maître des boulangers. 3 Traits Av l'arbalète.
♦ Morceau de cuir qui, en .se rabattant, fermait la ti"ousse.
CHEFS-1V(KUVRE KXKîKS PAR CERTAINES CORPORATIONS
velours, et brocher ' iiii Ijus d'esluiue - <-\ île soie. [Année 1008 1.
Bom.ANOERS. — (]oiiverlir (rois sepliers de l'iirine en iiii |)iiin Miiiic, hrayé el coiffe tli' viii^l-deiix oiiees, el un liers en un ^ros pain de sept il hnil livres. — Expérience. Convertir un seplier de l'urine en pain liravé et coillé de (pialorae onces, en partie .seulement. [Année 1037 |.
Gonverlir trois sepliers de bonne farine en pain blanc bravé et coitîé, de la pesanteur de vin^t onces en ]>iile. pour revenir ù seize onces cuil. — Expérienre. Convertir un(> mine de farine en pain. | .\niiée lOr)'J|.
Convertir trois sepliers de bonne farine en diverses sorles de pâtes el de pains. [Années 1719 el 1740]. — Expérience. Légère expérience d'une mine de farine. [Année 1740 |.
Bouchers. — Habiller un bœuf, un numloii. un veau et un pore. [.\nnée 1587).
Habiller un bœuf, un mouton et un veau. [Année 1741].
Bourreliers. — Faire un harnois de limon tout fourni, comme une selle ù pleine couverture el II bastier ; un collier de limon g^arni de trayaus avaloire u croix, dossier et brides : tout de cuir courroyé bien el suffisamment. [Année 1403] .
Faire un harnois de limon ou de carrosse complet. [Année 1605].
Boursiers. — Faire : 1" une bourse ronde en cuir. 2" une bourse de velours. 3° une g'ibecière de maroquin avec son ressort. 4° un sac de maroquin ù usao;e d'homme. [Année 1604 1.
Br.\sseurs. — Accommoder, germer et faire un bras>in de six sepliers de grains, ou de plus s'il le veut faire. [Année I630J.
Brodeurs. — Une figure d'or nué ' d'un demi tiers en carré. — Expérience. (^)uatre fleurs de lis d'or. [Année 1704J.
Cardeurs. — Faire deux ou trois cardées de laine ou de colon. Ou arçonner un quarteron de colon. Ou peigner la laine sur le fourneau. Ou filer avec le rouel du lumignon *. [Année 1088].
C.\RTiERS. — Faire une demi grosse de cartes fines. [.Année 1594].
Ceinturiers. — Faire une ceinture de velours à deux pendans, à huit boucles par le bas des pendans, la ferrure de fer limée et percée à jour, à feuillages encloués dessus et dessous, les clous avec leur contre-rivet : le tout bien poli. [Seizième siècle).
Ch.\inetiers. — Faire les chaînes d'un demiceinl *.
Chapeliers. — Faire un chapeau d'une livre de mère-laine cardée, teint et garni de velours. El encore une autre d'aignelain * l'rançois, teint
1 Tricolt-r.
"- Fit de laine.
•'' .\uer siffnifie ici nuanooi', disposer le.s coulruis suivant les nuances, de façun à obtenir des déj^Tadalions presque insensibles.
* Voy. l'art. Cardeurs.
' Voy. l'article Demi-ceintiers.
^ Laine d'agneau.
el garni de velours. El nn autre feutre léger d'aignelain fran(,'ois, teint et couvert de velours ou de lall'etas : le bùlir, fouler, tondre et appareiller de tous points bien el duemenl. — Expériences. V Pour le compagnon qui épousait la tille ou la veuve d'un maître : Faire un des trois chapeaux désignés par les jurés. 2" Pour le petit-fils de maître, dont le père n'appartenait pas au métier: Faire un chapeau fi'isé el un feutre d'aignelain couvert de velours ou de Uiffefas. [Année 1058J.
Charcutiers. — Tuer un porc, l'habiller et le lendemain le faire apporter (fans le Bureau de la conununauté pour v être ctuipé et dépecé. [Années 1745 et 1754].
Chaudronnikus. — Forger, retraindro ' et finir entièrement un eoquemard ou cafetière de cuivre rouge. [Année 1735].
Cordonniers. — Tailler et coudre une paire (le bottes, trois paires de souliers el une paire de mules.
Cuisiniers. — Le chef-d'œuvre sera de chair et de poisson, le tout diver.semenl selon les saisons de l'année. [Année 1599].
Doreurs sur métaux. — Dorer un grand clou de carrosse et un piton carré de fer à vis. — Expérience. Dorer un pelil clou à tète.
Drapiers de soie. — Le chef-d'œuvre sera fait sur le velours, le satin plein et le brocart d'or et d'argent. [Année 1667].
EcRiv.MNS. — Le candidat sera examiné sur la manière d'écrire, l'orlhog-raphe et l'art de jeter ^ et compter. [Année 1570].
Trois séances, dont deux duraient sept lunires de suite. — V^ séance: vingt-quatre Anciens procédaient à l'examen des pièces d'écriture produites par le candidat. — 2" séance : douze .\nciens interrogeaient le candidat sur l'art el manière de bien écrire el méthode d'enseigner tontes sortes d'écritures, l'orthographe, l'art de jeter * et compter tant au jet qu'à la plume. — 3' séance: douze .Anciens vaquoient à examiner le candidat sur le fait de la vérification des écritures et signatures naturellement et artificiellement faites. [Année 1630J.
.Subir pendant trois jours un examen sur l'art de toutes les ditTérentes écritures, sur l'orthographe, l'arithmétique universelle, les comptes à parties simples et doubles, les clianges étrangers, les arbitrages, les vérifications d'écritures, signatures décomptes et calculs, sur la diction des mémoires et placets au roi, aux princes et aux ministres, et sur le dressé el arrangement des comptes, états el bordereaux. [Année 1727 ).
Epehonniers. — Faire un mors clauset ' en la manière accoutumée, à savoir à serres, droit sur ses pointes, garni de porte-mors et chaussetrappe de fer, et salinière et gourmette. — Exj)érience. Faire un mors de petit prix, tel comme
I Lui donner des reliefs
- tjompter au moyen de jetons. — Voy. l'art. Jiliins (Calcul par les).
' Un mors complet doré ou argenté.
lf)2
CHKFS-D'ŒUVKK KXKJKS l'AR CERTAINES CORPORATIONS
les jurés onlonneroni seluii li' li'iiips. | Aimée
iri7(i].
Forf^er um iiinrs complet, doré ou arfjenté, avec chausse-trappe, saliuière et ji:ournielle. — Expérience. P'orf^er un mors de petit prix et facile à l'aire. [Année 1595].
Ki'iciEK.'i. — Faire clief-d'œuvre laiit d'ouvrai'e de cire, de coiilitures, de sucres, dispensalion de poudres, comme de compositions, de receples el coimoissances de drogues. | Année 1484|.
KpiNtii.iEBS. — Faire un millier d'épinji^les. [Dix-septième siècle |.
Faiseur.s de bas ai; métier. — Faire un bas de soie fa(;onné aux coins et par derrière, avec une autre pièce telle qu'elle sera ordonnée par les jurés. — Expérience. Monter un métier avec toutes ses pièces, et j l'aire un lias de suie tourné aux coins. [Année 1()7"2|.
Foil.ONS. — Donner à Irais aunes de drap non leinl deux lonlures, la première avant le lainay:''. la seconde après le premier lainage. — Expérience. Donner une première tonte ii deux aunes et demie de drap de couleur. [Vers 1500J.
Gantiers-Parfumel'rs. — Tailler et couper bien el duemeni cinq pièces d'ouvragées. Savoir : Une paire de mitaines à cinq doigts, de peau de loutre à poil on autres éloffes à poil ; laquelle paire de mitaines sera fournie de sa garniture, le dedans de la main et le dessous du pouce tout d'une pièce de cuir de maroquin, el doublée de bonne fourrure ; et coudre ces mitaines comme il appartient. Et les quatre autres pièces seront un gant à porter l'oiseau *, tout d'une pièce, sans aucuns bonis de doigts ni coutellures * ni efl'ondnires ^, de peau de chien ou autres étotl'es. La troisième sera une paire de gants échancrés, doublé tout le corps du gant d'une pièce ; comme aussi une paire de gants coupés aux doigts, de chevreau, pour femme. El la dernière, une paire de gants de mouton échancrés, pour liomme, sans coins à l'échancriire. Comme aussi sera tenu ledit aspirant de coudre icelle paire de gants el de la parfumer en bonnes odeui-s et couleurs, et la rendre faite et parfaite, prèle à melire la main dedans. — Expérience imposée aux mailres sans (jualilé : Tailler, couper, coudre el parfumer une paire de ganis. — Expérience imposée aux tils de maître : Tailler deux paires de ganIs à leur choix, ou en lailler une paire el la coudre. [.\nnée 1656J.
Horlogers. — Faire une liorloge à réveilmalin. [Année l(i4()].
Faire une horloge ù réveil ou ù répélilion. faisant son etlVl dans sa boîte. Ou quelque pièce équivalenle. [.\nnée 1717].
Imprimeurs et Libhaires. — Les aspirants devront èlre congrus en langue latine et savoir lire le grec, dont ils rapporteront cerliticat du recteur de l'Université. ] Années 16G7 el 1(>8(J|.
' l'ii t,Mnl lie fauconnier.
- Di'l'iiuls proiluil.s par l'cniiiloi du muli'au.
* Défiiuls ]ii-o(luil.'5 par un liniffe cxagiSré >lc la peau.
Mégissiers. — Passer un cent de peaux dimoul(jn en blanc. [Année 1594].
Menuisiers. — Faire le chef-d'œu\Te qui sera prescrit, tant en assemblage (jue de taille, de mode antique, moderne ou françoise, garni d'assemblages, liaisons et moulures. [Anne. 1645].
Faire le chef-d'œuvre qui sera prescrit, tant en dessin, assemblages, liaisons, contours, moulures et protils, que qualité el force des bois. |. Année 1743 1.
Oi'BUEi Rs. — Faire un mil de nielesau moinen un jour. |.\nnée 1270].
Faire, en un jour, au moins cinq cenls tii' grandes oublies, trois cenls de supplications el deux cents d'esterels, bons el suffisans, el faire sa pâte pour ledit ouvrage. [Années 1397 et 1566].
Pain d'épiciers. — Avec une masse de pôle de deux cenls livres, musquée avec cannelle, muscade el clou de girolle, faire trois pains d'épices pesant chacun vingt livres. Convertir le reste en plusieurs sortes, telle qu'il plaira aux jurés. [Année 1596].
Pâtissiers. — Faire six plats complets eu un jour, à la discrétion des jurés. [Année 1566].
Paumiers. — Jouer contre les deux plus jeunes maîtres, et leur gagner un certain nombre de parties.
Paveurs. — Paver une pointe ou uulournanl, soit en coin, soit en rue. [.\nnée 16U4].
Pelletiers-Fourreurs. — Fourrer de tous points un chapeau. [Treizième siècle].
Faire une robe de ville ou reilre ', el habiller un (juarteron de peaux d'agneaux blancs ou noirs, et six peaux de liëvTes. [Année 1586].
Potiers d'ét.\in. — Faire un pot dont le corps doit être tout dune pièce. — Pour l'aspirant ([ui \e\i\èU'e passé niaitre : Faire au marteau une jalte el un plat. — Pour l'aspirant qui veut èlre menuisier - : Faire une écritoire.
Rémouleurs. — Emoudre el asseoir ' une paire de grandes forces *. [.\nnée 1407 [.
Savetiers. — Faire trois paires de souliers. Savoir : la première à l'anliquilé, sangle a double rivet ; et les deux autres à l'usage du temps. Ensemble une remonture de boites. — Ou bien quatre paires de souliers tels que les jurés Irouveront à propos. [Année 1659].
.Selliers. — Faire une selle garnie de bon harnois, dont l'arçon sera ù corps. La charpenler. garnir el armer d'une ou deux armures ou d'un bout en goulet. Laquelle armure ou bout l'aspirant forgera de sa main en la manière accoutumée, ainsi comme les mailres ordonneront selon le temps. — Expérience. (.Jarnir une selle de son harnois de petit prix, pour cheval hargneux ou mulet. [Année 1576].
1 Manl.au en forme <le cloplio, qui ctoscendail jusqu'au IJloU.'t.
- \oy. col article.
s Rrssi-rrcr.
1 (irund-s cisraux à l'usage dos tondeurs de drap.
CHEFS-IVŒl'N Hl'; l'AKlKS l'MJ CMHTAINES COHI'OHATIONS
UV.i
CliarpenltT un ar(;on ù corps, le li-ciruir (i'iiniiuivs dcviiiil !■[ clfiTiére. — Pour If /;/,v ik vKiilir : Faire l'I ^aruir une st>lle rase. — l'our l'aupreuli (pii e'/idU.sf une raire ou une fille de maître: (lliai'pcnti'r l'arçon d'une selle à |)i((uer, et la ij^aruir liieu proprement. [Année l(i78.J
Skhri'rikks. — Faire trois serrures. Tune de cabinet, l'autre de bull'et, et la troisième de coffre.
La serrure de cabinet sera laite ii quatre |)énes ', dont le premier aura demi-tour, (|ui s'ouvrira ù queue et bonloii; les deux autres pênes seront avec feuille de siiu^'e ; et le ([iialrième ù baquet f^arni diin [)èue ix Feuille de sauf^e.
La serrure de bntl'el sera pareillement laite à quatre pênes, avec la même jj^arnilure. excepte la queue el le liiinlon anxijaels il y aura un contre-bord au palastre -, qui sera compose d'une seule pièce.
La serrure de colYre sera laite il quatre fermetures, en sorte que deux pênes fermeront les deux moraillons ^, et seront chacun d'une seule pièce, portant leur charnière k onze nœuds * avec la rivure ù jour, el la double gâchette fermera la bande auberonuière.
Lesdi tes serrures, pour faire paroilre l'industrie de l'aspirant, seront jj^randes et montées d'un châssis à baquets et moulures. Lesdits baquets seront remplis de trois fonds vidés, dont les champs seront réservés ; les coins, portant leurs clous, seront assistés d'autres coins pour convenir à la monture, les([uels seront faits avec moulures et fonds semblables à ceux desdits baquets. Et le châssis portera son cache-entrée ; et lesdits baquets seront garnis de chapiteaux, autres orneniens et ûgures tels que les jurés désigneront.
Les clefs desdites trois serrures seront faites à sept perluis •'• seulement. L'une des trois serrures sera commencée par la clef.
Pour le compagnon qui avait épousé une plie de maître : Faire une serrure à six fermetui'es, ^■arnie d'un pêne brisé ù pignon couvert, avec deux gâchettes brisées et deux coques doubles d'une seule pièce chacune. Et la clef sera en tiers-point * cjinnelé. avec les garnitures suivant l'onlre des jurés.
l'our le compagnon qui avait épousé une reuve de matlre : Faire une serrure de colTre à quatre fermetures avec un tiers-point Ciinnelé.
Pour le fils de maître : Faire une serrure à trois fermetures ou à deux pênes, la clef à tiers-point avec son canon '. [.Année 1654].
Faire une serrure à ([ualre fermetures, avec un tiers-point cannelé.
' ( )ii ilisail akirs pèle.
- Boîte lie fer sur laquelle sont montées toutes les l'iëees e*)mposaiit la .sernjiv.
3 Morceau de fer |ilat attaché au couvercle d'un coffre. Il est muni d'une sorte d'anneau qui entre dans la >.rrure, el qui reçoit le pêne quand on la ferme.
* Partie de la cliarnière dans la([Uelle passe la ficlie |ui permet le mouvenient île va-et-vient.
^ (^u gardes. Ce sont les ^aniilures [dacées dans la ^•■rrure, et dont le dessin est reproduit sur le panneton le la clef.
** En triangle.
** Le canon est le petit conduit rond qui traverse la >errure et reçoit la tige de la clef.
l'our les compagnons non apprentis de Paris : Faire une serrure ù six fermetures, avec sa clef à tiers-point ciinnelé.
Pour le compagnon (jui avait épousé une fille ou une reuee de maître : Faire une serrure à trois l'ermeltu'es, avec clef à tiers-point cannelé.
Pour les ///a- de maître : Faire une serrure à un tour et demi, avec sa clef à tiers-point simple. [Année 1699J.
Teinturiers du «rand teint. — Le chefd'œuvre sera composé de (jualre balles do pastel de Laurag-iiais ou autre de Languedoc, ([iti sera mis dans une cuve pour le préparer et en tirer la teiiilure de bleu ijue ledit pastel produit, depuis la nuance la plus brune jusipi'à la jibis claire, el l'ap])lic[ner sur des éloll'es de draperie. |Aiin<'e lli()9|.
.\sseoir une cuve composée de pastel el d'indigo ou de guède et d'indigo. Mettre celte cuve en état, et y teindre en bleu pers une pièce de drap on île soie. [Année 1737J.
Teintuhier.s i)f PETIT TEINT. — Teindre quatre pièces. Savoir : Deux pièces de drap, que le candidat sera obligé de mettre en noir, l'une après que le teinturier du grand teint lui aura donné le pied du guède * et de la garance *, et l'autre lorsque le même teinturier lui aura donné le pied du guède simplement. Et deux pièces de petites étotïes qui n'excéderont pas vingt sous l'aune, qu'il sera obligé aussi de teindre, l'une en gris de castor, l'autre en pain bis. — Expérience. Teindre une pièce de drap noir ou une pièce de petile étoffe. [Année 1669].
Noircir une pièce de drap qui aura précédemment été guédée par un teinturier du grand teint. Et en outre teindre deux pièces de petites étoffes, dont le prix n'excédera pas quarante sols par aune, l'une en gris de castor, l'autre en pourpre fait avec le bois d'Inde et de Brésil. [Année 1737J.
Teinturiers en soie, laine et fil. — Asseoir une cuve d'Inde ou tleurée, la bien user el tirer. [Année 1669J.
TlSSUTlERS-RUBANiERS. — Faire : 1" une pièce de ruban croi.setée d'or et de soie ; 2° une pièce de ruban échi([netée d or el de soie ; 3" une pièce de coustouère à lacer de soie vermeille ; 4'' une
fièce de lil de lin ù trois lisses et à quatre fils. Année 1403].
Faire deux aunes du tissu, [dix-hiiitiènie siècle].
Tondeurs db drap. — Donner deux toiitures à un morceau de drap de trois aunes. Savoir : une avant que le drap ait été laine •' ; la seconde après le premier lainage, et la troisième après la teinture. — Expérience. Tondre deux aunes et demie de drap de couleur. *
' Ou pastel.
* Ces deux couleurs étaient réser\'ées aux teinturiers du grand teint. — /*/«/, première couleur dont on charge une étoile avant de la teindre en une autre couleur.
3 Le lainage consistait à fi-otter le drap avec le chardon pour en tirer le poil à la surface et lui ilonner ainsi l'aspect laineu.v.
CHKFS-D'ŒUVRIERS — CHEMISIERS
Ghefs-d'œuvriers. Maîtres reçus après
avoii- parfait le rJiel'-d^œiivre. Ce nom se donnait parlois aussi aux conipa^nons ncrupés à lairo leur cliei-d'd'iivTi'.
Vov. Chef-d'œuvre il Qualité (Maitrss sans).
Chefs d'orchestre. Dans le rè<^lemenl donné à TOpéra le 19 novembre 1714, ils portent encore le nom de BuUeurs de mesure, et leurs fonctions sont ainsi déterminées : «. Le chef d'orchestre sera tenu, non seulement de battre la mesure, tant dans les n-présentations que dans les répélilioMS, niaiseiicore de veiller sur les j^ens de l'orchestre, de tenir la main à ce qu'ils se rendent aux heures précises pour s'acquitter de leur devoir, et d'empêcher qu'ils ne quittent leurs places et leurs instrumens pendant l'opéra ».
Chemisiers. Spécialité toute moderne, mais dont l'objet remonte très haut. Isidore de Séville au septième siècle, cite une camisia *. et le moine de Saint-tiall ncjus révèle que Charlemagne portail une camisia citicina *, une fine chemise de cainsil, comme on dit plus tard. Au treizième siècle, les chemises, cumisiœ ou chainses, sont fort éléjjantes. L)ans Le roman de la violette ', (îérard, s'habillant pour aller voir la belle Euriant, revêt
chemise ridée
Qui (11" fil <l'or l'stoil bro'liV,
Le col était, comme aujourd'hui, fermé sur le devant par un bouton, ainsi que les manches, tenues très étroites au poignet. Ouant aux rides dont il vient d'être question, il est facile d'y reconnaître des petits plis.
Au quatoreième siècle apparaît un nom nouveau, celui de role-litige, qui semble désigner plus parliculièremrnl les chemises d'homme. Les iiilicli's 1!)4 et 195 de la grande ordonnance du :J0 janvier 13."il fixent le prix à payer pour la façon d'une « robe-linge d'homme » ou d'une « chemise de femme * ».
A ce moment, dit M. (Juicherat ', « la chemise devient d'un usage universel ». C'est aussi l'opinion de M. Siméon Luce *, qui écrit : « Dès la première moitié du quatorzième siècle, la chemise ne fut pas réservée aux personnesaisées ».
Du do\iziéme au quinzième siècle, la chemise fut un vêlement de jour ; on la retirait en se mettant au lit, et l'on se couchait nu : ceci ne fait aucun doute. Il n'en était plus de même au seizième siècle. (^)uand Eli.sabelh, fille de Henri II, épousa le duc d'Albe (1559), son trousseau comprit douze chemises de jour et douze chemises de imit '. A la même date, Jérôme de Monteux, médecin du roi, écrivait dans un traité d'hygiène:
^ \ oy. Ducang»', au mol enmisa.
* Monacliu-s Sanj^alW'iisis, Dr gestis Caroii mngftl, lians Ir Jierilri/ ites iis/orieiis, l. V, |i. 121.
3 l'ar (iiliiTt cli> Moiiliiuit itri'izièmo siècle), p. 170.
* OrdoiiH. ruyitUs, 1. I], p. 3,^0.
5 llisloire du costume, j>. 228.
6 I)u Oufsriin et son époque, ji. 75.
' Mémoires de (luise, 6<iH. Micliaud, ]>. 440.
« En yver sont convenables chemises de nuici ' ».
Louis XIV portait la nuit, non seulement une chemise, mais encore une camisole *.
Le quinzième siècle est le siècle du beau linge. <: Les hommes, écrit im des continuateurs de Monstrelet, faisoient leurs manches fendre de leurs robbes et de leurs pourpoints, pour monstrer leurs chemises déliées, larges et blanches ' ». Sous Charles VIII et .sous Louis XII, les élégants laissaient surtout voir la toile entre le haut-dechaus.ses et le pourpoint tenus à dessein un peu écartés l'un de l'autre.
Les prédicateurs s'élevaient contre le luxe de ces chemises
■Sentant muglias ou cj-près *, de ces
Ctiemises fines pour soutas, Froncées et de très fin lin 5.
Michel Menot, narrant la vie de l'enfanl prodigue qui, dans la maison de son père, était « habillé comme un belistre », raconte qile « mittit ad querendum les drappiers, les grossiers, les marchands de soye, et se fait accoutrer de pied en cap. Quando vidit sibi pulchras caligas d'écarlale bien tirées, la belle chemise froncée sur le collet, etc. * ».
Olivier Maillard gourmande aussi les femmes qui exhibaient au cou, aux fentes de leur cotte et à l'extrémité de leurs manches une chemise de toile, parfois brodée d'or et de soie, et formée de deux pièces réunies à droite et à gauche par une couture si subtile que le corps ne pouvait la sentir '.
Du temps où il n'était encore que roi de Navarre, Henri IV avait connu la gêne, presque la misère. Je lis dans V Inventaire des archives des Basses-Pyri'iiees * qu'en 1582, il fit raccommoder quelques chemises. Onze jours avant son sacre, il ne possédait que douze chemises et en très mauvais état.
Au sein des grandes familles, on notait le jour où un enfant avait mis sa première chemise. Louis XIll avait quinze jours quand il vêtit la sienne. Elle lui fut apportée par une huguenote, la duchesse de Bar, sœur de Henri IV. La remueuse dut lui rappeler qu'en cette circonstance, il fallait faire le signe de la croix : « Faites-le donc pour moi, dit-elle en souriant, car je ne sais pas le faire " ».
On appelait chemises de Chartres des chemises faites sur le modèle de celle qui e.st conservée
I De la eoaserealion de sauté et prolongement de ne, traduit pur Claude de Valgelas, 1559, in-4'', p. 27.
* Sainl-Siiiion. Mémoires, t. XII, p. 172. — A ta I de la France pour 17 12, t. I, \<. 204 et 300.
3 Chronique, édit. de 1572. t. III, p. 130.
* Martial de Paris, l.'amaul rendu eordelier, édit. de 1731. p. 570.
■' Farce de folle bombance, dans Y Ancien théâtre f rancis , I. Il, p. 271.
•î Dans Nioeron, Mémoires pour sertir à I histoire des hommes illustres, I. XXIV, p. 4(10.
" Voy. la passion de .\. S. Jhésucrist. éilil Crapel.4, p. 71.
8 Toine I, p. 5 et 7.
'■> Héroard, Journal, t. I, p. 7.
Clll'MISlKHS — CHKVAUX
ifiri
(liins iiiu' clmssi^ il la calIuMlrnli' de Cliarires, et c|ui passe pour avoir servi à la Vici'jj^e. BiMiicoup de chevaliers révélaient, avant li' combat, une chemise semlilahle, a laiiuelh» ils avaient fait toucher la sainte diAsse. « J'av liieii oiiy dire, écrit Brantôme dans son Discours sur les duels, (]u'on n'est point repris ponr porter une chiMnise lie N.-D. de Chartres ou quelques sainctes reliques de Hiérusalem * ».
Os chemises jouissaient encore d'une autre vertu. Le 2:^ janvier ir>79, Henri III se nmd à Chartres, << y prend deux chemises de Notre- Dame, une pour lui et l'autre pour la reine. Ce (|u'ayant fait, il revint à l'aris coucher avec elle, en espérance d'avoir un enfant* ». .\ dater du seizième siècle, dès que le chapitre de Notre- Dame de Chartres apprenait la j^rossesse d'une reine de France, il lui envoyait une chemise de salin ou de tatrelas blanc qui avait touché celle de la Vierj^e. Oite coutume fut encore observée en 1811, i[uand la fjrossesse de Marie-Louise fut ofliciellement annoncée.
Le nom de chemises de Chartres se donnait aussi à des médailles, qui, au milieu d'autres ornements, reproduisaient l'imag-e de la célèbre chemise. Ces médailles, dont étaient pourvus tous les pèlerins, se portaient en manière de relique, de sauve;^arde.
Chepiers. Voy. G-eôliers.
Ghesnetiers. Voy. Chainetiers.
Chevaliers d'honneur. On nommait ainsi deux officiers de la cour des Monnaies, créés par édil de juillet 1702. « Ils auront, dit le roi, raufi^ et séance tant au.K audiences qu'aux chambres du conseil, en habit noir, avec le manteau, le collet et l'épée au côté sur le banc
des conseillers .'^.uront voix délibérative en
toutes matières civiles. El afin que lesdits offices ne puissent être remplis que de sujets qui en soient dif^nes, tant par leur extraction que par leur mérite, voulons que les acquéreurs n'en puissent être pourvus qu'après avoir obtenu notre agrément et fait preuve de leur noblesse enlre les mains du sieur d'Hozier — ' ».
Chevaucheurs. Officiers des eaux et forets qui remplissaient à peu près les mêmes fonctions que les sergents traversiers ou dangereux *.
Chevaucheurs. N'oy. Poste (Maîtres de).
Chevaucheurs de l'éciirie. Voy.
Courriers du cabinet.
Chevaux. Voy. Académistes. — Chevaux (Marchands de). — Cochers. — Courtiers. — Créats. — Écuyers. —
' Tomi- VI, !>. 3n,->.
^ Ivsloile, Journal.
' Aboi ili' RizinL'Ii'n, Traité îles mnniioies, l. I. f. 179.
i * Voy. Gallon, Conférence de l'ordonnance de 1669 sur
' l«t eaux et forêts, t. I, p. 560.
Équarisseurs. - Haras. - Loueurs.
— Ma,quignons. — Palefreniers. — Postillons.
Chevaux ^.M.\hcii.\nd3 deI. Le moyen âge prol'essa pour le cheval une admiration excessive, un peu justifiée d'ailliMirs par les services qu'il obtenait de ce liel animal, tut-il, comme le (lit Hrun"tto Lalini ', « destrier grant por combatre, palefroi • por ciicvauchier ù l'aise, ou roiu-in por soines - porter ». La plus cidébro institution de cette épo([ue lui avait enq)runto son nom, et les plus nobles seigneurs s'honoraient du titre de chevaliers ; aussi .\lbert de 15ollst<idt consacre-t-il au cheval vingt colonnes, tandis qu'il n't'n accorde que six au chien, une l't demie à l'âne et une à l'éléphant ■'.
Suivant l'ietro (^rescenzi, un bon cheval doit avoir les oreilles fortes, la poitrine et la croupe larges, la crinière épaisse, l'échinc courte, le col gros, les yeux grands, les narines bien ouvertes, les jandies longues par devant et courtes par derrière *.
La Taille de 1202 cite seulement trois marcheans de chevax ou vendeurs de cherax.
La profession de marchand de chevaux resta toujours libre, et elle présente ceci de remarquable que, comme celle de verrier, elle n'emportait pas dérogeance ; le noble, écrit Savary, peut s'y engager aussi bien (|ue le roturier, l'un sans craindre de dérogeance ù noblesse, l'autre sans avoir besoin de lettres patentes ou de privilège ». Et il ajoute: « Ce n'est pas cependant la coutume d'appeler marchands de chevaux les nobles qui en font des nourritures et qui vendent des poulains élevés chez eux ^ ». Alors, comment les nommait-on? Savary néglige de le dire.
Les lettres patentes du 30 avril ltU3 et du 28 mars 1724 soumirent ce commerce à des règles exceptionnelles. Sous peine de confiscation et d'une amende de six cents livres, tout marchand recevant de la province ou de l'étranger des chevaux de selle devait avertir le grand écuyer de France et le premier écuyer du roi, afin qu'ils pussent faire leur choix avant tous autres. Pour les chevaux de carrosse, le premier écuyer seul devait être prévenu et, trois jours après, le marchand pouvait disposer des animaux. On voit que l'antique droit de prise ^ laissa des traces jusqu'au milieu du dix-huitième siècle.
Le marché aux chevaux se tenait alors le mercredi et le samedi au faubourg Saint-Victor. Les vices rédhibitoires susceptibles d'annuler la vente étaient la morve, la pousse et la courbature ; l'action contre le vendeur devait être intentée dans les neuf jours de la livraison.
.\ la tin du dix-huitième siècle, l'on comptait à Paris environ cent marchands de chevaux. Ils
* Ll livres dou trésor, y. 211.
* Ctiai-pe, bafjafje.
■1 De iinliirn nnimaliiiui , dans les Ojiern, t. \'I, p. 57(5.
* /.(• //>;■(• des pruufflt champestres, (juinzième siècle, a Pirtlonnaire du commerce, t. 1, p. 728.
6 Voy. cet article.