‹ Dictionnaire historique des artsChapitre 73 sur 422 · CHEVAUX — CHIENS · texte numérisé non relu

CHEVAUX — CHIENS

s'étaient placés sous le patronage de saint Éloi. On les trouve encore nommés maquignons ', rossiniers, etc.

Chevaux de bois (EiSTREPRENEURs de).

Je n"ai pu découvrir l'orifjine de cette indusirie. Elle fut perfi'clionnéf au commciiccuieiil du dix-neuvième siècle, car J.-B. Gduri.-I écrivait vers 1811 : « Il est assi-/, ordinaire aujourd'hui de remplacer ces chevaux par des cj'fjnes et par des oies ' ».

Voj. Bateleurs.

Chevaliers. \'>y. Celleriers.

Cheveux (Mahchands de). L'article Pi'.i des statuts accordés aux harljiers-perruquicrs en avril 1718 accorde à celle corporation le monopole de « la vente et revente des cheveux. » Les marchands en gros devaient, avant d'écouler leurs ballots, les apporler au bureau de la corporation, où ils étaient examinés.

Il se faisait depuis un siècle une incrojalile consommation de poil. Les lèles des femmes vivantes et mortes élaient mises à conlribulion dans les quatre parties du monde, et le commerce des cheveux avait pris une extension considérable. Colbert songea même à en arrêter l'importation qui menaçait, disait-il, de devenir aussi ruineuse pour l'État que l'avait élé naguère celle des ouvrages de fil. Mais les perruquiers se montrèrent meilleurs économistes que le ministre. Ils dressèrent des statistiques et démontrèrent, chiffres en main, que la vente des perruques à l'étranger faisait rentrer plus d'argent dans le royaume qu'il n'en sortait par l'achat des clieveux '. En etîet, l'.lngleterre, l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie, etc., étaient nos tributaires ; le perruquier français avait acqnis déjà dans toute l'Europe la réputation qu'il conserva jusqu'à la fin d'être un artiste inimitable.

A la fin du dix-septième siècle, le commerce en gros était représenté à Paris par les sieurs Pelé. Vincent, Potiquet, Rossignol, etc., ces deux derniers demeuraient « sous la galerie des Innocens * ». Tons ces commerçants avaient des coupeurs qui parcouraient la Normandie, la Flandre, la Hollande ; certains villages fournissaient jusqu'à dix liwes de cheveux, qui devaient toujours avoir de vingt-quatre à vingt-cin([ pouces de long. Les cheveux des pays chauds étaient réputés mauvais; les plus estinu's étaient ceux de Normandie, que l'on nommait cheveux de pays. L'Angleterre en fournissjiit fort peu, « le peuple, (|ui est à son aise, ne consentant pas aisément à laisser couper les cheveux de leurs femmes et de leurs filles. » Le prix variait entre quatre francs et cinquante écus la livre ; les plus chers étaient les blonds et les blancs. On appelait cheveux vifs, ceux qui avaient

I \iiy. cel arlicli'.

- Pfrsonimgrs célèbres iliiiis 1rs rue»- ilr l'uris, I. II p. :138.

3 Eiicyelofédie méihudiqut, arts et niéliir.s, I. \\ p. 259.

* Le litre commode i>oiir 1692, t. II, p. i\.

été coupés sur la tète de leur propriétaire, vivante ou morte ; chetevx morts, ceux qui avaient été arrachés par le peigne ou élaient tombés à la suite de quelque maladie ; cheveux naturels, ceux qui frisaient nalurellement '.

La rareté des cheveux était devemie telle à la fin du règne de Louis XIV. qu'on fui oldigé de fabri(]uer en crin les perruques communes. Jean-Paid .Marana écrivait vers 1700 : « Depuis que la perruque a élé reçue, les têtes des morts et celles des femmes se vendent cher, étant la mode que les .sépulcres el les femmes fournis.sent le plus bel ornemeni à la tèle des hommes - ».

Au début du dix-huitième siècle, il j avait à Paris une cinqiumlaine fie marcliands de cheveux 3. Les prix baissèrent pendant la Révolution, ce conunerce étant largement alimenté parles condamnés du tribunal révolutionnaire.

Voy. Ferruquiers.

Cheveux (Ouvrages en). L'article 58 des statuts accordés en 1074aux barbiers-perruquiers leur accordait le monopole des « ou\Tagcs en cheveux, tant pour hommes que pour femmes ». Vers la fin dndix-lniilième siècle, cette industrie s'était concentrée au Palais-Royal. « L'artiste compose des chiffres amoureux, des nœuds, des arabesques, des devises, avec une perfection qui rivalise avec la peinture. Les petits nœuds alimentent la tendresse et sont chers à la fidélité * ». Quant aux chiffres en cheveux montés sur or ou sertis dans l'or, ils élaient alors la spécialité d'un sieur Delion, qui demeurait rue -Siiint-Louis, au mouton d'or ■''.

Chevilliers. La Taille de 1292 en cite

deux. C'étaient, dit l'éditeur «, des « faiseurs de chevilles », désignation bien vague, car le mot cheville s'applique à une foule d'objets de nature différente et utilisés par un grand nombre de métiers.

Chevreteurs. Professemrs ou joueurs de chevretle, sorte de musette qui fut surtout en vogue aux treizième el quatorzième siècles.

Chevriers. Marchands ou gardeurs de clièvres. La Taille de 1202 cite un chevrier.

Chiens. Nom que portaient les compagnons du Devoir. (À^ sobriquet •.< vient de ce que ce fut un chien qui découvrit le lieu où gisait, .sous des gravais, le cadavre d'Hiram, architecte du temple de Salomou " ».

Voy. Devoirs.

Chiens (March.^nds deV Dès le quatorzième

siècle, pour ne pas remonter plus haul. on aimait les chiens au point de les habiller peiulant l'hiver.

1 l^avary, lUctionnnire du commerce, I. I, p. 7.|6.

2 l.ellre d'un sicilien, éilil. V. Dufour, p. 42.

3 Savaiy, I. I, p. 74iî.

* frudlioinnie, Miroir de Paris, I. V, p. 235 cl 2i3.

^ AlmoiiftcA Diiufihin, ai'l. OrfèvrL'S.

« Pape 496.

' .\gr. IVnliguier, /,<• J.icre du compagnonnage, t 1,

CHIKNS

ir,7

Uni» niiiiiiiliirf, reproduite pur Moiiiriiiicnii ', l'I qui rfprt'M'iilt' (lliarles 1\ alliiiil au-ilevaiit il'lsabelle d'Aiijj:lt'torr(' -, nous le inoiiire précède d'une levrelle sur hKpielle llolte un manteau orné de fleurs de lis. (Vest de la fin de ce sii'cle que parait dater l'introduction en France des chiens espa- {jnols ou épaj^neuls ■' ; < tous espaij,'nols sont bons pour la chace du lièvre », disait le Mi'iinijier de Paris ' en i:il)3.

Charles \'I1 et sa femme Marie d'Anjou recherchèrent l>eaiii'(inp les chiens. .le copie ce passajje dans un compte (le 14'.)0 ; << Un^ (piarlierde drap vert ffi\y '', pour faire iiii}^ lialiillenieiit à une petite chienne de la cluunlire du Roi » ".

Louis XI voulut être représenté sur son tombeau, l'épée au côté et son chien couché près de lui ''. Son fils Charles VIII parait avoir été fort fendre pour les petites bêles qui l'entouraient. Les comptes de sa maison nous révèlent que, durant les temps froids, il avait soin de faire habiller ses marmottes et s;i chienne préférée. Il tolérait même que ses lévriers vinssent se coucher sur son lit, car je vois aclietcr dix-huit aunes de toile de lin « pour faire deux draps ii mettre pardessus le lit dudil seii^neur. pardessus les draps de toile de Hollande, pour garder que les lé\Tiers de sa chambre ne les salissent et gastent quand ils .se couchent dessus le lit ».

Tout méprisables (pie furent lesderniers \ alois, ils eurent pourtant deux pussions dont il faut leur tenir compte, celle des arts et celle des chiens. François I"'' disait souvent q\ie. pour recevoir di'jnemenl un hôte illustre, il fallait veiller à ce quen arrivant, .ses veux fussent dabord réjouis par la vue d'une belle femme, d'un beau cheval et d'un beau chien *. Charles IX et Henri III préférèrent les bêtes féroces' ; pourtant, ce dernier s'eng'oua un beau jour des petits chiens damerels appelés bichons. Il en portail plusieurs dans une corbeille rralamment ornée, qu'un ruban suspendait il son cou : il ne la quittait ni pour assister au sermon, ni pour donner audience aux ambassadeurs "*. Henri IV et Marie de Médicis étaient sans cesse, et même à table, entourés de bêtes de toutes sortes.

Sous Louis XIII. la mode fut aux chiens de manchons. Ils venaient de l'.Vrtois, de Boulogne aussi ; pour les empêcher de grandir, on leur frottait, dès la naissance, et plusieurs jours de suite, les jointures avec de l'esprit de vin. Ils restèrent en honneur jusqu'au milieu du dixseptième siècle. Eu 1692, ces variétés du carlin se vendaient surtout dans la rue du Bac, chez

I MuaameHS de la monarchie, t. II, p. 234.

- Kimiiie d'Edouard II — En mars 1325.

^ Sim. hncf, Histoire de DuguescHii,é'\\\.AKlS~i6,^. 62.

» Tome II, p. 281.

* V>'r1 clair.

^ \'. Gay, Glossaire archéologique, p. 370. "' Comini's, Mémoires, preuves, t. III. p. 339.

* Branlômo, Œuvres, t. IX, p. 296.

» Voy. Sauvai, I. II, p. 13. — Hranlômo, t. IX, p. 390. — El. Pasquior, Œiirres, édil. d.- 1723, t. II, p. 415. — Le.stoilo, Journal de Henri III, édil Micbaud, p. 156.

•• Voy. La Cume de Sainte-Palaye, Mémoires de faneienne ckecaterie, édit. de 1826, t. II, p. 362.

\ine demoiselle ( iiiecin, (|ili laisiiil !•■ •< cnniiuerce des petits chiens poin- dames ' ». Les autres marchaiuls occupèrent pendant longtemps le Ponl-au-(;hange, [)uis s(! Iriuisporlèreut sur les trottoirs du l'onl-N'euf.

Les chiironniers leiu- faisiiient concurrence. V.n 1701, les habilaiils de la rue Neuve Saint- Martin - se plaignirent de ce que « plusieurs particidiers chill'oiiniers di'meiu'ans en ladite rue se mêlent de trarK[(iir do chiens, pour la nourriliM'e desquels ils font provision de chair de chevaux (pii infectent h; quartier. I,es([uels chiens, au nombre de plus de deux cens, ils laschcnt la nuit et le jour dans la rué, en sorte que des passans en ont esté mordus ; et lors(iue ces chiens sont renfermi>s, ils troublent par leurs hurlemens le repos des habitans ' ».

Le duc de Vendôme, arriére- pelil-lils de Henri IV, était, dit Saint-.Sinion *, « toujours plein de cliiens et de cliiennes dans son lit, qui y faisoi("nt leurs petits à ses c(")tés ». Pour ce qui concerne le règne de Louis XIV, je renvoi(! aux articles Levrettes de lu rhamhre et Gonrenieur des chiens de la chambre du mi.

Sous son successeur, la mode fut aux épagneuls, aux danois et aux king's Charles, auxquels succédèrent les caniclies et les griffons. Louis XV chérit pendant longtemps un king's Charles nommé Filou, le seul être au monde, pensait-il, qui l'aimât pour lui-même ■'. Outre ses chiens de chasse, il po.ssédait, comme Louis XIV, ses chiens familiers, et chaque jour, après dîner, le premier maître d'h(Jtel otFrail au roi deux cornets de gimblelles destinées à ces intimes amis. Sacln;/. bien que si le grand maître de la garde-robe était présent, c'est à lui qu'était dévolu le privilège de remettre les gimblettes ; et s'il n'y avait là ni premier maître d'hôtel, ni grand maître, le premiergenlilhomme de la chambre ou le premier chambellan recevaient les gimblettes de la main des officiers de bouche et avaient l'honneur de les présenter au roi ".

Les marchands de chiens, dit l'abbé Jaubert'', divisaient ces animaux en trois classes, les chiens à poil ras, les chiens à long poil, et les chiens sans poil.

La première catégorie comprend « le dogue d'Angleterre ou bouldogue ; le doguin d'Allemagne ; le doguin de la petite espèce : le danois de carrosse , qui est de la hauteur du dogue d'.\ngleterre et qui en a quelques traits ; le danois de la petite espèce ; l'arlequin ; le roquet ; l'Artois ou le quatre-vingts ; le grand lévrier ; les lévriers de la movenne et petite espèce ; le braque ou chien couchant ; le limier ; le basset ou chien courant ».

On classe dans la seconde catégorie « l'épagneul noir, ou gredin ; les pvrames ou gredins

' Le litre commode, t. I, p. 273.

* .\uj. réuaie à la rue Notre-Dame de Nazantli. 3 Delauiarre, Traité de la police, t. I, p. 543.

* Mémoires, t. II, p. 385.

'•> Voy. Duforl de Cheverny, Mémoires, I. I, p. 40 cl

(> Duc de Luyne.s, Mémoires, I. II, p 277. "> Dictionnaire, t. I, p. 482.

CHIENS — CHIFFREURS

qui ont les sourcils marqués de feu ; le bichon boiiffi: ou chien lion, qui tient du barbet et de IV'pag'neul ; le chien loup ou chien de Sibérie, et les barbets de toutes espèces.

Le chien turc compose la troisième classe. « parce que c'est le seul que l'on connoisse ne pas avoir de poil ».

Avant la créalion des écoles vétérinaires (1762) les marchands de chiens soignaient ces animaux, tout comme les maréchaux donnaient leurs soins aux chevaux.

Les fourreurs et les gantiers utilisaient les peaux de chien. Ces derniers en confectionnaient des gants qui avaient, disait-on, la propriété d'adoucir la peau.

La fiente de chien était roch<Tchée dans les fabriques de maroquin.

Les apothicaires célébraient les vertus de V huile de petits chiens, des cataplasmes de crottes de chiens, etc. '. La Pharmacopée de Lemery mentionne aussi Ynngtient de chat.

Les marchands de chiens ne pouvaient vendre des oiseaux, la corporation des oiseliers s'y serait opposée, mais il est probable quils faisaient le commerce des chats, quadrupède qui a toujours joué un grand rôle dans la vie privée. Le Liwe des métiers nous apprend qu'au treizième siècle on utilisait déjà la fourrure du chat sauvage et surtout celle tlu chat domestique, (ju'il nomme « chat de feu ou de foyer - ». Imi 1387, « dame Alips, nayne de la Royne'^, reçut de sa maîtresse un surcol doublé avec douze peaux de chat *. Par la suite, le bas prix de cette fourrure la fit rechercher: l'Espagne, la Hollande, la Russie même nous en envoyait ^.

Dès le quinzième siècle, il était de principe que quand un chat passait la patte sur son oreille, il annonçait la pluie : « Quand vous veez (voyez) un chat assis sur une fenestreau soleil qui lesche son derrière, et la patte qu'il lève se porte au dessus de l'oreille, il ne vous convient de doubter que ceste journée il ne pleuve * ». Ambroise Paré, ordinairement plus sage, a consacré tout un chapitre au venin du chat. Les chats, écrit-il, infectent par leur cervelle, par leur poil, parleur lialeine et même par leur regard ''.

On attribue au savant Peirescl introduction en France du chat dit angora. Ce qu'il y a de certain, c'est que les chats français ne lui suffisant pas, il mit à contribution l'Orient, et qu"il en reçut de très beaux félins, cendrés, roux, mouchetés, etc. D'ailleurs, il n'était pas seul à connaître tout le prix de cette race. Sa correspondance nous révèle que les plus éminents personnages cherchaient à en obtenir des rejetons. Mais il ne s'en défaisait qu'à bon escient, les employait surtout pour se concilier les bonnes grâces des coUeclionneurs à qui il proposait

1 \oy. la Plinrmacopèe de Lëniory, pa.ssiin.

* l)('U.\iéiiii' pariif, titre XXX.

3 I.snbiau de Bavi<>rc.

* Doui't-(l'.\r('(|, Xoiiteaiuc eomples, \\. 248. 5 Savary, Dictionnaire, t. 1, p. 704.

*' Evnngilf (les (jnettoNiltes, édit. elzëv., p. 412.

' Œuvres, p. 782.

l'achat ou l'échange de quelque objet curieux '. Voy. Châtreurs. — Souricières (Commerce des). — Tondeurs de chiens.

Chiens de la chambre du roi. Voy.

G-ouverneur.

Chiens de cour. Voy. Principaux.

Chiferineurs. Voy. Chifonieurs.

Chiffleurs. Voy. Siffleurs.

Chiffonnières. Femmes qui, dans les fabriques de papier, faisaient le triage des chiffons. On les nommait aussi drapelières.

Chiffonniers. La Taille de i292 mentionne deux loquetières, qui ne peuvent guère être considérées que comme des chiffonnières. Plus tard apparaissent les noms de pattiers , drilliers, peilliers et chiffonniers, dérivés des mois pattes, drilles, peilles et chiffes, qui désignaient les vieux morceaux d'étoHes employés dans la fabrication des papiers. Certaines provinces emploient encore le mot drapeaux dans le même sens, et Rabelais, au second livre de son Pantagruel - , nous présente le roi Priam transformé en chifTonnier et vendant « de vieux drapeaux ».

Les chiffonniers ne se bornèrent pas longtemps au commerce des chiffons ; ils y joignirent bientôt celui des vieux souliers, des verres cassés et même, un peu plus tard, celui des chiens.

Une ordonnance de police rendue le 10 juin 1701 ^, fournit une assez triste idée de leur moralité. Quoiqu'il leur fut défendu d'exercer leur métier avant « la pointe du jour », ils sortaient « de leurs maisons » à minuit, et erraient dans les rues sous prétexte d'amasser des cliiffons; « ce qui peut donner lieu, dit l'ordonnance, à la plus grande partie des vols qui se font, tant des auvents que des grilles et des enseignes, même causer ou favoriser les ouvertures des boutiques, salles et cuisines qui .sont au rez-de-chaussée, estant facile ausdits chiffonniers d'en tirer, avec les crocs dont ils se servent, les linges et la plupart des choses qu'on a coutume d'y laisser». Les habitants de la rue Neuve-Saint-Marlin se plaignaient de leur côté, « que plusieurs particuliers chiH'onniers. demeurans eu la dite rue, se nieslenl de tratiquer de chiens, pour la nourriture de.squels ils font provision de chair de chevaux qui infectent le quartier »

Voy. Escroiers.

Chiffreurs. & On nomme chifïreur, dit V Encyclopédie méthodique ', celui qui sait faire avec la plume toutes sortes de calculs et d'opérations d'arithmétique. Pour être habile chifïreur, il faut savoir le livret, c'est-à dire .savoir multiplier sur le champ et de mémoire toutes sortes de nombres les uns par les autres ».

* \oy. I.éup. Dolislc, Un ijrnnti amnteitr fritHçttis d» ilix-sejUiéiiie siérte, p. 17.

- Chap. 30.

•' Dans Dctamarre, Traité itt la polite. t. I, p. .543. » (".ommeree (publié en 1783), t. I, p. 520.

CHIFONIEITRS — CHIRURGIENS

IfiO

Chifonieurs. Faiseurs DU jdiKHirs île l'ins- Iniiiwnl a[)|)i'lo cliituiiif, soric do vielle (]iii est déjà citée, sous le nom île simji/wniu et en même temps que la vielle ycidulu), dans le Dirtionariu/i de Jean do Garlande '.

(Jn trouve chiferineurs, c/iifrineurs, simphn- Mteiirs, etc.

Chifrineurs. \ Kv. Chifonieurs.

Chiniiatres. \'oy. Spagiristes.

Chimistes. Vov. Froduits chimiques.

Chineurs. ■■< Chiner une étoffe, c'est donner aux fils de la chaîne des couleurs dilTérentes et les disposer de façon iiuelles représentent un dessin quelconque - ».

Chirographes. Ciimgraphum , cimgrap/iiaii. r/iiir/it ri/r'iqraphutu, ri/ragraphatu partita, undulata, identata, en français chiroqraplie, charte partie ondulée, dentelée, etc. Autrefois comme aujourd'hui, quand on dressait un contrat, chacune des parties contractantes en recevait un exemplaire. On traçait, en jj-rcs caractères, au milieu d'une feuille de vélin, le mot (:vROC!R.\PHiM ; puis l'acte était transcrit deux fois et à contre-sens sur cette feuille, de manière à ce que le mot cyrooraphum servit de litre aux deux expéditions; il se trouvait dès lors placé droit en tète de l'une, et renversé en tète de l'autre. On le coupait ensuite par le milieu, et chacune des expéditions avait alors pour litre les lettres séparées en deux. En rapprochant les deux actes, le mot se retrouvait donc entier. C'est là l'orig'ine de nos reg^isfres à souche, lorifi^ine des mots aux lettres enchevêtrées qui constituent le talon de nos billets de banque, de nos actions et obligations commerciales.

Le mot CYROGR.\PHUM est quelquefois remplacé par des imagées ou des formules de dévotion, par le nom des parties contractantes, etc. Aux chartes parties où le titre était coupé en lig'ue droite succédèrent les chartes ondulées, dentelées, etc.

La plus curieuse charte partie qui concerne notre histoire commerciale date du commencement du treizième siècle. Elle est relative a un accord sur la vente du sel entre la hanse de Paris et celle de Rouen. En tète figure le mot ciro- GR.\PHUM, qui a été divisé en deux et dont le bas seul subsiste. Un fac-.simile de cette charte a été publié dans l'ouwage de M. de Coëtlog'on sur les Armoiries de la mile de Paris ^ .

Chiromanciens. On nomme ainsi ceux qui font métier de prédire l'avenir d'une personne par l'inspection des lignes de sa main, lie graves auteurs ont écrit sur ce procédé de divination, qui remonte aussi haut que les plus anciens bateleurs. M"* Lenormant, l'habile tireuse de

' (Ti-eizièuifi siècli), p. 81.

* Jaubort, Dictionnaire {\''Î3), I. I, p. 484. — Co mol n'exist.- pas dans le Diclionnaire de Savary {1723). •' Tome I, p. .50.

cartes, se fit aussi une n'piil.ilinn ('omme chiromancienne.

Voy. Bateleurs.

Chirurgien du roi I'hkmiior). Il était clicf de la corporaliipii des iiarbiers et des chirurgiens.

Vov. Maître des barbiers.

Chirurgiens. .Jusqu'au milieu du di.\- .seplième siècle, le fait de se livrer à un travail manuel quelconque constituait une marque de servage el parquait impilojablement son auteur dans la classe ouvrière. Ainsi, les merciers, qui vendaient de tout et ne fabriquaient rien, occupaient dans la hiérarchie sociale une place bien supérieure à celle des chirurgiens. Ces derniers, formant avec les barbiers une seule et même corporation, furent, pendant plusieurs siècles, mis au rang des artisans, des manœuvres. Ce mot est, d'ailleurs, la traduction littérale de leur nom dérivé du grec. Il faut arriver à la Déclaration du 23 avril 1743 pour voir les chirurgiens émancipés se dégager des liens qui les rattachaient à la classe ouvrière.

.lusque-lii, saigner un malade eut constitué pour tout médecin un acte déshonorant. En plein dix-huitième siècle si un chirurgien, honteux de son humble position, voulait obtenir la licence en médecine, il était tenu de s'engager, par acte dressé devant notaires, ii ne plus faire aucune opération ; car, disent les statul.s de la Faculté, « il convient de garder pure et intacte la dignité de l'ordre des médecins ' ».

Au moyen âge, tout homme sachant lire et écrire est un clerc, appartient à l'Eglise, et l'Église avait déjà formulé un adage auquel elle ne resta guère fidèle : Ecclesia nbhorrel a sanguine. Un clerc ne pouvait donc, sans désobéir el sans déroger, se livrer à l'étude de la chirurgie. La pratique de cet art resta dès lors livrée à des charlatans, à de vieilles femmes et à des barbiers. Un certain nombre de recettes, transmises par tradition, composait toute la science des uns et des autres.

Vers le milieu du treizième siècle, quelques barbiers intelligents tentèrent d'arracher leur corporation à son ignorance. Ils cessèrent de tondre et de raser pour se consacrer exclusivement aux opérations chirurgicales. En même temps, ils instituèrent une confrérie spéciale placée sous l'invocation de saint Côme et de saint Damien, deux bienheureux qui avaient, disait-on, cultivé l'art chirurgical en Arafiie ^. Comme la plupart des arti.sans, les chirurgiens soumirent, vers I2r)8. leurs statuts à l'homolcigation du prévôt de Paris Etienne Boileau, et ces statuts, insérés par lui dans le Litre des métiers, nous prouvent que leur petite communauté était organisée sur le modèle de toutes lescorporations ouvTières '.

1 Sltttnla Fantllnlis mfdiciiitr, t'dit. de 151)8, aii.. 24; de 11)34, arl. 28.

2 Du Broc de Segange, Les saints patrons des corporations, t. II, p. 288.

•' Litre lies métiers, titre XCVI

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