COIFFEURS
Le Livre commode pour l(iy'2 ci h* parmi « les coilTeuses fort ('in|)liiy(''i-s, iiii'siirnioisflles Canillinl. plaçi' du Paliiis-Hoyal ; piiiliiT, près les Qiiinzf-Vinjj^ls ; le Hruii, au Palais ; (ie(iuinljerville, rue des B(ms-l<;nfaiis ; et d'Angerville, devant le Palais-Hoyal * ».
Depuis le rè^uc de Louis XV, les coiffeurs reniportèreiil sur les coiifeuses. Frison lut mis à la mode par la marquise de Prie : Day;é, coiffeur de madame de (Jhàleauroux et de madame de Pompadour, avait équipaji^e ; Larseneur était le coniideni de Mesdames, lilies du roi ^, et Le|i^ros •' puliliail L\iti de la coeffure des dûmes franroises, livre illuslré de curieuses ^'ravures, ([ui eul trois éditions eu trois ans, et fui suivi de plusieurs supplémeuls.
liCi^ros eut la prélenlion de fonder une acadi'inie de coitl'ure, et il y réussit presque. Il avait des pr(Veuses de tête qui permettaient à ses élèves d'étudier sur nature et aussi de reproduire lesestampes publiéespar lui. Lei^ros nous apprend qu'il reçut « les applaudissemens des Reines et princesses de toutes les Cours et de toutes les Dames en général ».
Mais ce succès et celui qu'obtinrent ses nombreux confrères, suscitèrent aux coiffeurs de femmes, dont le nombre s'élevait alors à douze cents, des jalousies et des haines. La corporation des barbiers-pernupiiers leur intenta des procès , ces derniers soutenaient avec raison qu'ils avaient seuls le droit de vendre des cheveux, et il était prouvé que les coiffeurs fournissaient des chignons à leurs clientes. Bigot de la Boissière, avocat des coiffeurs publia en faveur de ceux-ci un factum fort gai ' qui, écrit Bachaumont le Sjanvier 1769, « se trouve également sur les bureaux poudreux des gens de loi et sur les toilettes élégantes des femmes ». L'auteur s'efforce de prouver que ses clients sont, non pas des artisans, mais des artistes dont la profession doit rester libre.
Ce plaidoyer ni^ désarma pas les magistrats. Deux arrêts rendus le 27 juillet 1768 et le 7 janvier 1769, enjoignirent aux coiiiéurs de se faire inscrire dans la corporation des barbiers ; ils résistèrent longtemps, et ne se soumirent déllnitiveuient qui' sous Louis XVI. Au mois de septembre 1777, celui-ci créa six cents coiffeurs de femmes, qui payèrent leur privilège six cents livres et furent agrégés à la corporation des barbiers ». L'aiiuunarli Duujihin '' mentionne alors, parmi les coiffeurs en vogue : la veuve de Legros, étcdjlie rue Saint-Houoré, en face de la rue de l'Arbre-Sec ; Frédérik, rue Thibautodé, qui « tient école de coëffure, place des femmes et valets de chambre coëffeurs, et fournit un rouge de Portugal accrédité par la finesse et la douceur de ses nuances ». Audis, quai de l'Ecole,
f Tome II, p. 41.
2 M"" ilo Genlis. Mémoires, I. II, p. 224.
■'1 11 muuiut l'tuutrc, 1-11 1770, aux fêtes donnée.s à l'occasion du niai-ia;;'!' du Dauphin. Mémoires secrets, t. XIX, p. 1H7.
4 11a été public'' dans .\. V., La rie de J'iiris suiis
louis .vr, p. :t58.
f' Mémoires srerets,l. X, p. 213.
•> Supplùmi'ul, p. 15.
(pii « tient assortiment d'ouvrages méchaniques en cheveux, pour faciliter aux dames la commodité de se coëlfer elles-mêmes et de varier en un instant leur coëffure » ; madame Desmares, au coin de la rue Saint-Louis du Louwe, coiffait « avec beaucoup de goût et de légèreté » ; enfin, Durand, dit Legoût, logé quai de la Ferraille, vendait « toutes sortes de postiches de différens genres, tocques montées en fil de laiton, peignes garnis de cheveux, et généralement tout ce qui concerne le talent de la coëffure ».
Dès 1723, l'abbé de Bellegarde écrivait : « Depuis que les femmes se sont avisées de se servir de fers pour soutenir la pyramide de leur coëffure, qui est une espèce de bâtiment ù plusieurs étages, elles ont tellement enchéri sur cette mode qu'il n'y a plus de porte assez élevée pour leur donner passage sans baisser la tète ' ». On sait jusqu'à quelle démence cette mode fut portée sous Louis XVI. Une élégante devait avoir alors sur le crâne un échafaudage de chiffons et de cheveux qui égalât au moins le tiers de sa taille, et il entrait dans cet édifice tant de fil de fer qu'on était en droit de demander à une dame quel était le serrurier qui l'avait coiffée.
Dans la fureur de nouveauté qui hantait les cerveaux féminins, une coiffure vieille de trois mois n'était plus bonne qu'à orner ridiculement quelque crâne provincial. Faute de mieux et à bout d'imagination, on s'empara des événements du jour et on les figura en cheveux sur la tête des élégantes. Les romans, le théâtre, les succès de nos armées, les moindres faits divers, tout fut exploité.
En 1778. après le célèbre combat livré aux .\nglais par lu Belle-Poule, les femmes surmontèrent leur cheveux d'une frégate avec sa mâture, ses voiles, ses agrès, ses canons, ses pavillons, et cette coiffure prit le nom du glorieux bâtiment qu'elle représentait. Beaumarchais la fit oublier. La vogue de ses Me'iaoires, le ridicule qu'il jetait sur le gazetier Marin, le succès du Quès-aco, Marin f qui termine le portrait de ce personnage -, inspirèrent la création du quesaco, trois panaches plantés derrière un chignon composé de huit boucles.
Rien n'égale la burlesque vanité, le naïf (irirueil dont était rempli le cœur des hommes ([ui élevaient ces monuments éphémères. Dulens raconte qui' le prince Lanti, se trouvant à Paris et ayant demandé un coifTeur, « on introduisit dans sa chambre un personnage bien mis et l'épée au c6té. Le prince s'assit, en lui recommandant de se dépêcher. « Mon prince, lui dit cet homme, je suis le physionomiste, permettez que je fasse entrer mon second ». Et il fait entrer un garçon perruquier avec tout son appareil. Plaçant ensuite le prince ksa fantaisie, il l'observe avec attention, le prenant par le menton pour mieux examiner son visiige. Puis s'adressani à son second : « Visage à marrons ^. dit -il. marronnez
* Modèles de eontersations, etc., p. 454.
- Quatrième mémoire à eoHsuller, p. 111.
•' On ajipilait miirroii une grosse boui'le ilf clicveux. .inlinaiii'inrnl nouée avec un ruban, l.e mol marrOHHrr est dans LiltiX'.
COIFFKI RS - COI.IS l'OSTAlX Vi)Vl{ l'.VHIS
monsieur». Kl il se relini en fiiisaiil une humble révérence ' >>.
De si g'ramis arlisles rcui^'issnienl irapparlenii' il la corporation îles harliiers. Ils lefilèrenl encore une l'ois lie s'en séparer pour former une communauté inilépenclanle ; mais un arrèl du 25 janvier 1780 repoussa celle prélenlion, el leur interdit de mettre sur leur enseiji^ne les mots : Académie de coiffure -. Il est certain d'ailleurs (]ue les boutiques de certains barbiers avaient alors un aspect peu séduisant. Voici la description que nous en a conser\'ée Mercier : « Imaginez tout ce que la mal-propreté peut assembler de plus sale. Les carreaux des fenêtres, enduits de poudre el de pommade, inlerceplent le jour ; l'eau de savon a rongé el déchaussé le pavé ; le plancher et les solives sont imprégnés dune poudre épaisse ; les araignées pendent mortes ù leurs longues loiles blanchies, étouffées en l'air par le volcan éternel de la poudrerie ^.
Un grand événement se produisit en 1780. A la suite d'une couche, Marie-Antoinette perdit ses cheveux. Dès lors, disent les Mémoires secrets, « l'art est continuellement occupé à réparer les vuides qui se forment sur cette tète auguste ». Cette lèle auguste finit par adopter une coiffure très basse, dite </ Venfant. Aussilôt, les dames de la cour, « empressées de se conformer au ffoùt de leur souveraine, ont sacrifié leur superbe chevelure * ».
La reine de France, reine surtout des poufs et des chillons, avait pour ministres la Berlin, sa marchande de modes, et Léonard Aulier, son coiffeur, qui avait porté le génie jusqu'à faire entrer quatorze aunes d'étoffes dans une coiffure. Elle les comblait de faveurs, ne sachant rien refuser à des personnages dont le concours lui était si précieux. Il était de règle que tout artisan poiu"vu d'une charge à la cour cessât de senar le public ; mais Marie-.\nloinelte, craignant que le goût de son coiiTeur .se perdît s'il cessiiit de pratiquer son état, voulut qu'il conservât sa clientèle, « ce qui, dit très bien madame Campan 5, multiplia les occasions de connaître les détails de l'intérieur de la Reine el souvent de les dénaturer ». Quand l'infortunée princesse, décidée à quitter la France, préparait la fuite de Varennes, sa folle coquetterie sur\'ivail tellement aux dangers de la situation, aux angoisses endurées, aux humiliations subies, qu'elle ne put se résoudre à se séparer de Léonard, serviteur au reste fidèle et dévoué ; elle le fil partir quelques heures avant elle, sous la proleclion de M. de Choiseul *, et l'on a prétendu que ses maladresses contribuèrent pour une large pari à l'cirreslation de la famille rojale. Ce qu'il y a de sur, c'est qu'il ne revint pas à Paris avec sa souveraine ; il émig-ra et alla mettre ses talents
' Mémoires d'un toyaqeur qui se repose, t. III, p. 42. î Mercier, Tableau de Paris, t. II, p. 192 3 Tableau de Paris, t. VI, p. 46.
* 26 juin 1780, t. XV. p. 210.
5 Mémoires, l. I, p. 100.
6 Uuc do Choiseul. Relation du départ de Louis XVI, p. 69 el suiv.
au ser\'ice des grandes ihimes russes. En France, le temps des futilités était passé, et plus d'une des belles chevelures <ni'avait'nt abandiumées Léonard devait être maniée pour la dernière fois dans une prison el [)ar un aide du bourreau. * Voy. Barbiers. — Galonniers, etc.
Coiffiers. Faiseurs de coiffes. On nommait ainsi, au treizième siècle, une coiffure très disgracieuse, de véritables béguins d'enfant, bonnets il trois pièces qui enveloppaient toute la lèle et se nouaient sous le menton. On les recouvrait parfois d'un chapeau.
La nouvelle mode dura près de deux siècles, car le roi Jean et même son fils Charles V la suivaient encore *.
Ces coilîes étaient toujours blanches, et faites de coton, de lin, de gaze ou de laine. Les élégants les ornaient souvent de broderies représentant des oiseaux et des fleurs. C'esi ainsi qu'il faut entendre ces vers du Dit d'un mercier *.
J'ai de boax cuevrcchifo 3 à dames,
El coiffes laceiles bêles *
Que go vendrai à cez puceles.
S'en ai de lin k itamoiseaï,
A fliirete et à oiseax,
Uien licUiée.s et bien polies.
A coifRer devant lor amies ^.
On voit que les deux sexes étaient égaux devant celte affreuse coiffure, qui, à peine modifiée dans sa forme, servait aussi de bonnet de nuit. Je lis, par exemple, dans un compte de 131(5: « .\ Jebanne la coeflière, pour deux dousaianes de coertés, baillées ii Huel, le barbier du Roy *, 24 sous ». Et plus loin : « A Perronelle la coeffière, pour quatorze douzainnes de coefFes pour madame la Rovne ', 9 livres 16 sous * ». La Taille de 1202 indique 29 coiffiers ou coiffières. Je rencontre parmi ces dernières les deux femmes qui viennent d'être nommées : « Jehanne, la coiffière le Roy ». qui habitait rue Saint- Séverin. et « Perronnele la coiffière », qui était établie dans la rue aux (^oiffières '. La Taille de 1300 cite .seulement 13 coiffiers ou coiffières ; le métier était donc déjà en décadence.
Les coiffiers se fondirent de bonne lieure dan la corporation des lionnetiers.
Voy. Chapeliers.
Colis postaux pour Paris. Voy.
Transport intérieur de Faris.
' Voy. Monifaucon. Mnmitnens, I. II, p. 55, ol t. 111, p. 12. — Millin. .Xnliijailës nationales. Blancs-manteaux, l. IV, p. 14.
- Bibtiiithèque nationale, manuscrits, fonds français, n» 19,152.
3 De beaux couvre-chefs.
* El belles coitles à lacets.
5 J'en ai de lin pour les jeunes gens. Elles sont ornées de fleurs et d'oiseaux bieu exécutés et bien soignés ; ils pourront s'en coiffer devant leui-s amies.
* Philippe le Long.
" Jeanne de Bourgogne.
* Douët-d'Arcq, Comptes de Cargenterie, p. 16 el 35.
9 Devenue rue Jean-de-l'Épine, elle consena ce nom jusi]u'en 1853, année oii ellir fut supprimée pour l'ugi-andis.senient de la place de rHôlel-de-ville.
COLLli; FOHTIO