‹ Dictionnaire historique des événemens remarquablesChapitre 10 sur 183 · ANN · texte numérisé non relu

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Le conseiller Claude Viole , et Guy da Faur, recommandèrent éloquemment la réforme des mœurs et la tolérance des religions. Le conseiller du Bourg s'expliqua avec encore plus de force: il montra combien il était affreux de voir régner à la cour la débauche , l'adultère , la concussion , l'homicide , tandis qu'on livrait aux tourmens et à la mort des citoyens qui servaient le roi selon les lois du royaume , et Dieu selon leur conscience.

Du Bourg , neveu du chancelier de ce nom, était diacre; sa cléricature l'avait engagé à étudier cette funeste théologie, qui est depuis tant de siècles un amas d'opinions contraires. La science l'avait fait tomber dans l'opinion de ces réformateurs; d'ailleurs juge intègre, homme d'une vie irréprochable , et citoyen zélé.

Le roi ordonna au connétable de faire . arrêter sur-le-champ du Bourg, du Faur, de Foix,Fumée,La Porte : les autres euren t letempsde se sauver. 11 y avait dans le parlement beaucoup plus de magistrats attachés à la maison de Guise, qu'aux sciences.

Saint-André et Minard , présidens aux enquêtes, poursuivirent la mort d'Anne du Bourg. Comme il était dans le sacerdoce, il fut d'abord jugé par l'évéque de Paris , du Bellay, assisté de l'inquisiteur Mouchy : il appela comme d'abus de la sentence de l'évêque, il réclama son droit d'être jugé par ses pairs, c'est-à-dire, par les chambres du parlement assemblées; mais l'esprit de parti et l'asservissement aux Guises l'ayant emporté au parlement sur une de ses plus grandes prérogatives , du Bourg fut jugé successivement à l'officialité de Paris, à celle de Sens et à celle de Lyon , et condamné dans toutes les trois à être dégradé et livré au bras séculier comme hérétique. On le mena d'abord à l'officialité ; là , étant revêtu de ses habits sacerdotaux , on les lui arracha l'un après l'autre. On fit la cérémonie de passer légèrement un morceau de verre sur sa tonsure et sur ses ongles, après quoi il fut ramené à la Bastille, et condamné à être étranglé et brûlé , par des commissaires du parlement, que ses persécuteurs avaient nommés. II reçut son arrêt avec résignation et courage. • Eteignez vos feux, ait-il à ses juges , renoncez à vos vices, convertissezvous à Dieu [ 19 octobre i55o]. » Il fut pendu et brftlc.dans la place de Grève.

Guy du Faur fut condamné par les mêmes commissaires à une interdiction de cinq ans et à une amende de cinq cents

litres» Son arrêt porte : « Pour avoir témérairement avancé qu'il n'y a point de meilleur remède pour finir les troubles de l'église, que l'assemblée d'un concile œcuménique , et qu'en attendant on doit suspendre les supplices » .

Une grande partie du parlement s'éleva contre cet arrêt, et accepta la protestation de du Faur: tout le parlement fut long-temps partagé, les esprits s'échauffèrent, et enfin le parti de la raison l'emporta sur celui du fanatisme et de la servitude; le jugement des commissaires contre du Faur fut rayé et biffé , à la pluralité des voix.

Cependant le conseiller Anne du Bourg avait déclaré à la potence qu'il mourait serviteur de Dieu , et ennemi des abus de l'église romaine; son supplice fît plus de prosélytes en un jour que les livres et les prédications n'en avaient fait en plusieurs années. Le nom catholique devint tellement en horreur aux protestans, et les factions furent si animées , que , depuis ce temps jusqu'aux années paisibles et trop courtes où Henri iv restaura le royaume , c'est-à-dire , pendant plus de quarante années, il ne se passa pas un seul jour qui ne fût marqué par des querelles sanglantes , par des combats particuliers ou généraux, ou par des assassinats , ou par des emprisonnemens, ou par des supplices. ( H irtoire générale, )

ANTOINE DE BOURBON, roi de Navarre. — danger, que court sa vik, en 1 56o. — Le prince de Condé, échappé d'Amboise, et s'étant retiré dans le Béarn , s'v déclara publiquement de la rcliffion réformée; et l'amiral de CoJiemi présenta une requête au roi , au nom de tous les protestans du royaume , pour obtenir une liberté entière de l'exercice de leur religion; ils avaient déjà deux mille deux cent cinquante églises, soit

Ïiubliques, soit secrètes; tant le sang de curs frères avait cimenté leur religion i Les Guises virent qu'on allait leur faire une guerre ouverte. Les protestans voulurent livrer la ville de Lyon au prince de Condé ; ils ne réussirent pas : les catholiques de la ville s'armèrent contre eux, et il y eut autant de sang répandu dans la conspiration de Lyon que dans celle d'Amboise.

On ne peut concevoir comment, après cette action, le prince de Condé et le roi de Navarre , son frère, osèrent se présenter à la cour dans Orléans , où le roi

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devait tenir les états. Soit que le prince de Condé crût avoir conduit ses desseins avec assez d'adresse pour n'être pas convaincu, soit qu'il pensât être assez puissant pour qu'on craignît de mettre la main sur lui, il se présenta, et il fut arrêté par Philippe de Maillé et par Chavigni le-Roi , capitaine des gardes. Les Gui* ses croyaient avoir assex de preuves contre lui pour le condamner à perdre la vie ; mais , n'en ayant pas assez contre le roi Antoine de Navarre, le cardinal de Lorraine résolut de le taire assassiner. Il y fit consentir le roi François n. On devait faire venir Antoine de Navarre dans la chambre du roi; ce jeune monarque devant lui faire des reproches, les témoins devaient s'écrier qu'Antoine manquait de respect au roi, et des assassins apostés devaient le tuer en présence du roi même.

Antoine, mandé dans la chambre de François u, fut averti à la porte , par un des siens, du complot formé contre sa vie. «Je ne puis reculer, dit-il; je vous ordonne seulement, si vous m'aimez, de porter ma chemise sanglante à mon fils , oui lira un jour dans mon sang ce qu'il doit faire pour me venger. » François u n'osa commettre ce crime; il ne donna point le signal convenu.

On se contenta de procéder contre le prince de Condé. 11 faut encore observer ici qu'on ne lui donna que des commissaires , le chancelier de f'Hospital, Christophe de Thou, président du parlement, père de l'historien, les conseillers Faye et Viole. Ils l'interrogèrent, et ils (levaient le jujjcr avec les seigneurs du conseil étroit du roi; ainsi le duc de Guise lui-même devait être son juge. Tout était contre les lois dans ce procès. Le prince appelait en vain au roi : en vain il représentait qu'il ne devait être jugé que par les pairs assemblés ; on déclarait ses appels mal fondés.

Le parlement , intimidé ou gagné par les Guises, ne fit aucune démarche. Le prince fut condamné à la pluralité des voix dans le conseil du roi, où l'on fit entrer le président Christophe de Tho et les deux conseillers du parlement.

( Histoire générale. )

AHCHANGEL. — découverte de- es poet par les anglais, en l553. — Jjes czars prenaient peu de part aux affaires de l'Europe , excepté dans quelques guerres contre la Suède au sujet de U

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Finlande , ou contre la Pologne pour dot frontières. Nul Moscovite ne sortait de roo pays : ils ne trafiquaient sur aucune mer, excepté le Pont-Euxin. Le port môme d'Archangel était alors aussi inconnu que ceux de l'Amérique. 11 ne fut découvert que dans l'année 1 555 par les Anglais» , lorsqu'ils cherchèrent de nouvelles terres vers le nord, à l'exemple des Portugais et des Espagnols, qui avaient (ait tant de nouveaux élablissemens au midi, a l'orient et à l'occident. Il fallait passer le Cap-Nord, à l'extrémité de la Lapooic. On sut par expérience qu'il y a des pays où pendant près de cinq mois le soleil n éclaire pas l'horizon. L'équipage entier de deux vaisseaux périt de froid et de maladie dans ces terres. Vn troisième , sous la conduite de Chanceler, aborda le port d'Archangel, sur la Dwina , dont les bords n'étaient habités qne par des sauvages. Ghancelor alla par ht Dwina vers le chemin de Moscou. Les Anglais, depuis ce temps, furent presque les seuls maîtres du commerce de la Moscovie, dont les pelleteries précieuses contribuèrent à les enrichir. Ce fut encore une branche de commerce enlevée A Venise. Celte république, ainsi que Cènes , avait eu des comptoirs autrefois , et même une ville sur les bords du TJanaïs ; et, depuis, elle avait fait ce commerce de pelleteries par Constantinople.

Quiconque lit l'histoire avec fruit , voit qu'il y a eu autant de révolutions dans le commerce que dans les états.

( Essai sur 4es mœurs. )

ARMAGNAC (les princes de Nemours-). — lbob supplice (13 juin l4/7)« — Les grandes âmes choisissent hardiment des favoris illustres et des ministres approuvés. Louis xi n'eut guère pour ses coufidens et ses ministres que des hommes nés dans la fange, et dont le cœur , était au-dessous de leur état.

Il y a peu de tyrans qui aient fait mourir plus de citoyens par les mains des bourreaux , et par des supplices recherchés. Les chroniques du temps comptent quatre mille sujets exécutés 'sous son règne en public ou en secret. Les cachots , les cages de fer, les chaînes dont on chargeait ces 'victimes, sont les monumens qu'a laissés ce monarque, et qu'on voit avec horreur.

1*1 est étonnant que le père Daniel indique a peine la supplice de Jacques d'Armagnac, duc de Nemours, d esc en-

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