‹ Dictionnaire historique des événemens remarquablesChapitre 104 sur 183 · NIN · texte numérisé non relu

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paraissaient fort bons pour mon âge. Mademoiselle de Lenclos avait autrefois connu ma mère qui était fort amie de I abbé de Châteauneuf. Enfin on trouva plaisant de me mener chez elle. L'abbé était le maître de la maison : c'était lut qui avait fini l'histoire amoureuse de cette personne singulière; c'était un de ces hommes qui n'ont pas besoin de l'attrait de la jeunesse pour avoir des désirs ; et' les charmes de la société de mademoiselle de Le n clos avajent fait sur lui l'enet de la beauté. Elle le fit languir deux ou trois jours ; et enfin , l'abbé lui ayant demandé pourquoi elle lui avait tenu rigueur si long-temps, elle lui répondit qu'elle avait voulu attendre le jour de sa naissance pour ce beau gala ; et ce jour-là elle avait juste soixante et dix ans. Elle ne poussa guère plus loin cette plaisanterie» et l'abbé de Châteauneuf resta son ami intime.

Pour moi je lui fus présenté un peu plus tard; elle avait quatre- vingt cinq ans. Il lui plut de me mettre sur son testament; elle me légua deux mille francs pour acheter des livres. Sa mort suivit de près ma visite et son testament.

L'abbé Têtu , qu'en appelait Têtu taitoi (pour le distinguer d'un autre, devenu un dévot à la mode), homme connu par beaucoup de bouquets à Iris, d'impromptus, de jouissances, et de psaumes paraphrasés, après avoir voulu être longtemps un agréable débauché, eut l'ambition de convertir mademoiselle de Lenclos à sa mort. « 11 croit, dit-elle, que cela lui fera honneur, et que le roi lui donnera une abbaye; mais, s'il ne fait fortune que par mon âme, il court risque de mourir sans bénéfice. »

On a peu de lettres d'elle. Il y "en a deux ou trois d'imprimées dans le recueil de Saint-Evremont. L'abbé de Châteauneuf en avait beaucoup; mais, en mourant, il a brûlé tous ses papiers.

Quelqu'un a imprimé , il y a deux ans , des lettres sous le nom de mademoiselle Je Lenclos, à peu près comme dans ce pays-ci on vend du vin d'Orléans pour du Bourgogne. Si elle avait eu le malheur d'écrire ces lettres, vous ne m'en auriez pas demandé une sur ce qui la regarde.

Au reste, j'apprends que Ton vient d'imprimer deux nouveaux mémoires sur >a vie de cette philosophe. Si cette inodé continue, il y aura bientôt autant d'histoires de Ninon que de Louis xiv. Je sou-

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haite que ces mémoires soient plus instructif» et plus édilians que ceux que je viens de vous donner.

Dites, avec moi, un petit De profundi* pour elle. J'ai l'honneur d'être, etc

(Mélanges de iittératur*)* NITARD, jésuite, premier ministre de Charles n , roi d'Espagne. — son mmsTHRB et son hekvoi (de 1666 à 1669.) — Après la mort de Philippe iv , arrivée en 1 666, i1 Espagne fut très malheureuse. Marie d'Autriche, sa veuve, soeur de l'empereur Léopold , fut régente dans la minorité de don Carlos, ou Charles 11 du nom, son fils. Sa régence ne rut pas si orageuse que celle d Anne d'Autriche en France ; mais elles eurent ces tristes conformités , que la rejne d'Espagne s'attira la haine des Espagnols, pour avoir donné le ministère à un prêtre étranger ; comme la reine de France révolta l'esprit des Français pour les avoir mis sous le joug d'un cardinal italien ; les grands de l'état s'élevèrent dans l'une et dans l'autre monarchie contre ces deux ministres, et l'intérieur des deux royaumes fut également mal administré.

Le premier ministre qui gouverna Quelque temps l'Espagne dans la minorité de don Carlos , ou Charles 11 , était le jésuite Evrard Ni tard, allemand, confesseur de la reine et grand inquisiteur.

L'incompatibilité que la religion semble avoir mise eu ire les vœux monastiques et les intrigues du ministère , excita d'abord les murmures contre le jésuite.

Son caractère augmenta l'indignation publique. IS'itard, capable de dominer sur sa pénitente , ne l'était pas de gouverner un état , n'ayant rien d'un ministre et d'un prêtre que la hauteur et l'ambition, et pas même la dissimulation. 11 avait osé dire un jour au duc de Lerme , même avant de gouverner : « C'est vous qui me devez du respect; j'ai tous les jours votre Dieu dans mes mains et votre reine à mes pieds. • Avec cette fierté, si contraire à la vraie grandeur, il laissait le trésor sans argent , les places de toute la monarchie en ruine, les ports sans vaisseaux, les armées sans discipline, destituées de chefs qui sussent commander. C'est là surtout ce qui contribua aux premiers succès de Louis xiv, quand il attaqua son beau-frère et sa belle-mère en 1 667 , et >n<Q'il leur ravit la moitié de la Flandre «t toute la Franche-Comté.

On se souleva contre le jésuite, comme

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in î T' *181' 80ulevé contr« Mazarin Wltard lrouva gurtout daQ8 don Juan

d Autriche, bâtard de Philippe iv, un ennemi aussi implacable que le grand Coudé le fut du cardinal. Si ConSé 7ut mis en prison, don Juan lut exilé. Ces trouble» produisirent deux factions qui partagèrent 1 Espagne; cependant il n'y eut point de guerre civile. Elle était suï Je point d'éclater, lorsque la reine la prévint, en chassant malgré elle le père

tr IZ f fT,!?*^ reinc Anne Autriche fut obhgée de renvoyer Mazarin,

son ministre; mais Mazarin revint plus

puissant que jamais. Le père Ni tard*

renvoyé en ,669, ne put revenir en Esl

pagne. La raison en est que la récente

d Espagne eut un autre eonfesseu? qui

«opposait au retour du premier, et la

qui lui tint lieu de Mazarin.

I^itard alla à Rome, où il sollicita le

^?P,T^e Sardinal» <F'on ne donne point à des ministres déplacés. Il y vécut peu accueilli de ses confrères , qui marquent toujours quelmie ressentiment à quiconque s'est élevé au dessus d'eux.

Mais enfin il obtint, par ses intrigues e

S?in,vTUr d!, a rfine d'B8P8gne , cette dignité de cardinal que tous les eccléjiasuques ambitionnent; alors ses con- Irères les jésuites devinrent ses courti- MnLrr {Essai sur les mœurs. )

„w ~ (*" T0"BB ^S LB MÉ1IB

Joca chez tocjs les FsePLEs. ) — Personne n ignore que c'est la fôle de la naissance ?feJc?"s' La P,u* ancienne fête qui ait

la Pâque et de la Pentecôte , ce fut celle du baptême de Jésus. Il n'y avait encore que ces trois fêtes, quand saint Chrysos- ;°™C PlononÇa son homélie sur la Pentecôte. Nous ne parlons pas des fêtes de martyrs, qui étaient d'un ordre fort infé-

ÏS": iS? n?mraa Ccl,e du baP«me de Jésus 1 Epiphanie , à l'exemple des Grecs qui donnaient ce nom aux fêtes qu'ils célèbrent en mémoire de l'apparition ou de la manifestation des dieux sur la terre parce que ce ne fut qu'après sou bapl

î^ri:.,ésu8 coœmeDça de

On ne sait si , vers la fin du quatrième sitcle : , on solennwait cette fête dans l'île de Chypre le 6 de novembre; mais saint Epiphane soutenait que Jésus avait

* Mérési«tSttn, tfee x9.

NOE

été baptisé ce four- là. Saint Clément d Alexandrie (i) nous apprend que les basilidiena fes aient cette fête le a5 du t ybi pendant que d'autres la mettaient au i / du même mois, c'est-à-dire, les uns au io de janvier, et les autres au 6 : cette dernière opinion est celle que l'on suit encore. A l'égard de sa naissance , comme .on n en savait précisément ni le jour, ni

fètét-0*! ni rannée» eIle n'ëtait Poio1

Suivant les remarques qui sont à la fin des œuvres du même père, ceux qui avaient recherché le plus curieusement Je jour auquel Jésus était né, disaient, les uns que c'était le a5 du mois écyptien pachon , c'est-à dire , le 20 de mai , et les antres le *4 ou le a5 de pharmuthi, jours qui repondent au io ou ao d'avril. Le savant M. de Beausobre (a) croit que ces derniers étaient les valentinieos. Quoi qu il en soit, l'Orient et l'Egypte lésaient la fête de la nativité de Jésus le 6 de janvier, le même jour que celle de son baptême ; sans qu'on puisse savoir, au moins avec certitude , ni ouand cette coutume commença, ni quelle en fut la véritable raison.

L'opinion et la pratique des Occiden- LaU*t"rcnt toutes différentes de celles <|e 1 Orient. Les ceuturiateurs de Magdebourg (3) rapportent un passage de Théophile de Césarée, qui fait parier ainsi les églises des Gaules : Comme on i naissance de Jésus-Christ le

a5 décembre , quelque jour de la semaine que tombe ce a5 , on doit célébrer de même la résurrection de Jésus-Christ le a5 de mars, quelque jour que ce soit, parce que le Seigneur est ressuscité ce jour-là.

Si le fait est vrai , il faut avouer que les evêques des Gaules étaient bien prudens et bien raisonnables. Persuadés, comme toute l'antiquité, que Jésus avait été crucifié le a3 mars , et qu'il était ressuscité le a5, ils fesaient la pâque de sa mort le a3, et celle de sa résurrection le a5, sans se mettre en peine d'observer la pleine lune, ce qui était au fond une cérémonie judaïoue, et sans s'astreindre au dimanche. Si l'église les avait imités, elle eût évité les disputes longues et scandaleuses qui pensèrent diviser l'Orient et

(i) Stromatc* ,\\y. premier , pae. «40.

(\\ ManiÂ. tome V

(3) CV«<. li,ooi.z,8. '

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l'Occident, et qui, après avoir duré un siècle et demi, ne furent terminées que par le premier concile de Nicée.

Quelques savans conjecturent que les Romains choisirent le solstice d'hiver pour y mettre la naissance de Jésus, parce que c'est alors que le soleil commence à se rapprocher de notre hémisphère. Dès le temps de Jules-César, le solstice civil politique fut fixé au a5 décembre. C'était à Borne une fête où l'on célébrait le retour du soleil; ce jour s'appelait éruma, comme le remarque Pline (j), qui Je fixe, ainsi que Servius (a), au 8 desLalendes de janvier. 11 se peut que cette pensée eut quelque part au choix du jour; mais elle n'en fut pas l'origine. Un passage de Josèphe , qui est évidemment faux, trois ou quatre erreurs des anciens , et une explication très mystique de saiut Jean-Baptiste, en ont été la cause , comme Joseph Scaliger va nous l'apprendre.

li plut aux anciens, dit ce savant critique (3), de supposer premièrement que Zacharie était souverain sacrificateur lorsque Jésus naquit, fyen n'est plus faux, et iJ n'y a plus personne qui le croie , au moins parmi ceux qui ont quelques connaissances.

Secondement, les anciens supposèrent ensuite que Zacharîe était dans le lieu très saint, et qu'il y offrait le parfum, lorsque l'ange lui apparut et lui annonça la naissance d'un fils.

Troisièmement , comme le souverain sacrificateur n'entrait dans le sanctuaire qu'une fois l'année, le jour des expialions, qui était le 10 du mois judaïque tisri, qui répond en partie à celui do septembre, les anciens supposèrent que ce fut le 27, et ensuite le a3 ou le 2.4, que Zacharie, étant de retour chez lui après la féte , Elisabeth sa femme conçut Jean-Baptiste. C'est ce qui fit mettre la fête de la conception de ce saint à ces jours-là. Comme les femmes portent leurs enians ordinairement deux cent soixante et dix ou deux cent soixante et quatorze jours, il fallut placer la naissance de saint Jean au 24 juin. Voilà l'origine de la Saint-Jean ; voici celle de Noël qui en dépend.

CO Histoira naturelle, Ut. XVIII, chapitre i5.

(1) Sur le vert 7x0 du «eptième livre de VS-

niide.

(3; Can. isagog. Mr. III , page 3o5.

NOE a85

Quatrièmement, on suppose qull y eut six mois entiers entre la conception de Jean- Baptiste et celle de Jésus, quoique l'ange dît simplement à Marie (1) que c'était alors le sixième mois de la grossesse d'Elisabeth. On mit donc conséquemment la conception de Jésus au 25 mars, et l'on conclut, de ces diverses suppositions, que Jésus devait être né le 25 décembre , neuf mois précisément après sa conception.

Il y a bien du merveilleux dans ces arrangemens : ce n'est pas un des moindres que les quatre points cardinaux de l'année, qui sont les deux équinoxes et les deux solstices tels qu'on les avait placés alors , soient marqués des conceptions et des naissances de Jean -Baptiste et de Jésus. Mais voici un merveilleux bien plus digne d'être remarqué. C'est que le solstice où Jésus naquit est l'époque de l'accroissement des jours, au lieu que celui où Jean-Baptiste vint au monde est l'époque de leur diminution. C'est ce quo le saint précurseur avait insinué d'une manière très mystique dans ces mots, où parlant de Jésus (a) : « Il faut , dit-il , qu'il croisse et que je diminue. »

C'est à quoi Prudence fait allusion dans une hymne sur la nativité du Seigneur.

Cependant saint Léon (3) dit que de son temps, il y avait des gens qui disaient que ce qui rendait la féte vénérable étaft moins la naissance de Jésus que le retour et, comme ils s'exprimaient, la nouvelle naissance du soleil. Saint Epiphanc (4) assure qu'il est constant que Jésus naquit le 6 de janvier; mais saint Clément d'Alexandrie^ bien plus ancien et plus savant que lui, pLce cette naissance au 18 novembre de la vingt-huitième année d'Auguste. Cela se déduit , selon la remarque du jésuite Pétan sur saint Epiphane , de ces paroles de S. Clément (5) : «Depuis la naissance de Jésus -Christ jusqu'à Commode, il y a en tout cent quatre-vingt quatorze ans, un mois» et treize Jours. » Or, Commode mourut , selon rétau, le dernier décembre de l'année 192 de l'ère vulgaire; il faut donc que , selon Clément , Jésus soit né un mois et treize jours avant le dernier dé-

(1) Luc , ohap. premier, t. 35.

(x) Jean, ebap. VI, ▼. 3o.

(3) Sermon XXI , tome II, pag, 148.

(0 Hérésie LI , n. »9.

(5) Stromates ,liv. 1, page 340.

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