‹ Dictionnaire historique des événemens remarquablesChapitre 107 sur 183 · NOT · texte numérisé non relu

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que celui des mahométans qui régnaient en Espagne : car il n'y eut nulle mesure prise par les Français ni par les Anglais pour empêcher ces irruptions ; mais , en Espagne, les Arabes gardèrent leurs côtes, et repoussèrent eufin les pirates.

En 845, les Normands pillèrent Hambourg, et pénétrèrent avant dans l'Allemagne. Ce n'était plus alors un ramas de corsaires sans ordre, c'était une flotte de six cents bateaux, qui portait une armée formidable. Un roi de D a ne m arc k, nommé Eric, était à leur tête. 11 gagna deux batailles avant de se rembarquer. Ce rot des pirates, après être retourné chez lui avec les dépouilles allemandes, envoie en France un des chefs des corsaires, à qui les historiens donnent le nom de Régnier. Il remonte (a Seine avec cent vingt voiles. Il n'y a point d'apparence que ces cent vingt voiles portassent dix mille hommes. Cependant, avec un nombre probablement inférieur, il pille Rouen une seconde fois , et vient jusqu'à Paris. Dans de pareilles invasions, quand la faiblesse du gouvernement n'a pourvu à rien , la terreur du peuple augmente le péril , et ie plus grand nombre fuit devant le plus petit. Les Parisiens, qui se défendirent dans d'autres temps avec tant de courage , abandonnèrent alors leur ville , et les Normands n'y trouvèrent que de» maisons de bois qu'ils brûlèrent. Le malheureux roi Charles-le-Cbauve, retranché dans Saint-Denis avec peu de troupes, au lieu de s'opposer à ces barbares, acheta de quatorze mille marcs d'argent la retraite qu'ils daignèrent faire. Il est croyable que ces marcs étaient ce qu'on a appelé long-temps des marques, mareas, qui valaient environ un de nos demi écus. On est indigné quand on lit dans nos auteurs, que plusieurs de ces barbares furent punis de mort subite pour avoir pillé l'église de Saint-Germain-des-Prés.

Ni les peuples ni leurs saints ne se défendirent; mais les vaincus se dounent toujours la honteuse consolation de supposer des miracles opéré» contre leurs vainqueurs.

( Essai sur les mœurs. ) NOTEBOURG. — admirable dstrïtse

DE CKTTR PLACK PAR CNB POlGtlBK DE SLKDOIS CONTRE TOUTE CNB ARMJKK BCSSB BR 1J03. —

Notebourg était une place très forte, bâtie dans une île du lac de Ladoga, et qui , dominant sur ce lac, rendait son possesseur maître du cours de la Neva qui tombe

dans la mer : elle fut battue nuit et jour depuis le îH septembre jusqu'au 1 a octobre. Enfin le» Russes montèrent à l'assaut par trois. brèches. La garnison wié- <l«»i-«- était réduite à crut soldats en état de se défendre ; et, ce qui est bien étonnant, ils se défendirent, et il* obtinrent sur la brèche une capitulation honorable; encore le colonel Slipenbak , qui commandait dans la place , ne voulut se rendre [i6* octobre] qu'à condition qu'on lui permettrait de faire venir deux otticiers suédois du poste le plus voisin pour examiner les brèches , et pour rendre compte au roi son maître que quatrevingt-trois combattans qui restaient alors, et cent cinquante-six blessés ou malades, ne s'étaient rendus à une armée entière que quand il était impossible de coinbattre plus long-temps et de conserver la place. Ce trait seul fait voir à quels ennemi* le czar avait affaire , et de quelle nécessité avaient été pour lui ses eÛbrlsct sa discipline militaire.

Il distribua des médailles d'or aux officiers, <;l récompensa tous les soldats; mais aussi il en fit punir quelques-uns qui avaient lui à un assaut : leurs camarades leur crachèrent au visage, et ensuite les arquebusèxcnt pour joiudrc la honte au supplice.

Notcbourg fut réparé ; son nom fut changé en celui de Shlusscltourg , « ville de la clef» ,parceque cette placées* la clef de l'Ingrie et de la Finlande. Le premier gouverneur fut ce même Menalkoff qui « tait devenu un très bon officier, et qui, s étant signalé , mérita cet honneur.

Sou exemple encourageait quiconque avait du mérite sans naissance.

(Histoire de Charte* XII.)

NUDITE. — fut a la rois, bbioji lks

MCPLES , OBJET d'hOBRKCB BT DB PIKTK.

Pourquoi enfermerait-on on homme, une femme , qui marcheraient tout nus dans les rues, et pourquoi personne n'est-il choqué des statues absolument nues, des peintures de Magdelène et de Jésus qu'on ▼oit dans quelques églises ?

11 est vraisemblable que le genre humain a subsisté long-temps sans être vêtu.

On a trouvé, dans plus d'une île, et dans le continent de i Amérique, des peuples qui ne connaissaient pas les véteinens.

Les plus civilisés cachaient les organes

de la génération par des feuilles, pat de» joncs entrelacés, par des plumes.

D'où vient cette espèce de pudeur?

EYàit-Cfl l'instinct d'allumer des desirsen voilant ce qu'on aimait a déc -ouvrir F

Est-il bien vrai que, chez des nations un peu plus policées, comme les Juifs et demi-Juifs, i\ y ait eu des sectes entières Oui n'aient voulu adorer Dieu qu'en se dépouillant de tous leurs habits t tels ont été , dit-on , les adamites et les abéliens. Us s'assemblaient tout nus pour chanter les louanges de Dieu. Saint Fpiphane et saint Augustiu le disent. Il est vrai qu'ils n'étaient pas contemporains, et qu'ils étaient fort loin de leurs pa>s. Mais en lin cette folie est possible : elle n'est pas même plus extraordinaire , plus fuir- que cent autres folies qui ont fait le tour du monde l'une après l'autre.

Aujourd'hui même encore les mahométans ont des saints qui sont fous, et qui vont nus comme des singes. Il se peut très bien que des éncrgumèiies aient cru qu'il vaut mieux se présenter à la Divinité dans l'état où elle nous a formés, que dans le déguisement invente par les hommes. I! se peut qu'ils aient montre tout par dévotion. Il y a si peu de gens bien faits dans les deux sexes, que la nu dite pouvait inspirer la chasteté, ou plutôt un dégoût, au beu d'augmenter les désirs.

On dit surtout que les abéliens renonçaient au mariage. S'il y avait parmi eux de beaux garçons et de belles Clle»^ ils étaient pour le moins comparables à saint Adelme et au bienheureux Robert d'Ar brissel , qui couchaient avec les plus jolies personnes, pour mieux faire triompher leur continence.

J'avoue pourtant qu'il eut été assez plaisant de voir une centaine d'Hélène* ei de Pâris chanter des antiennes et se donner le baiser de paix , et faire les agap<

Tout cela montre qu'il n'jr a point de singularité, point d'extravagance, point de superstition , qui n'ait passé par la tète des hommes. Heureux quand ces supertitionssne troublent pas la société et n'en l'ont pas une scène de-discorde , de haine et de fureuri 11 vaut mieux sans doute prier Dieu tout nu, que de souiller de sang humain ses autels et les places publiques. ( Dictionnaire philosophique.)

NUMAJV-COUPROUGLI, grand visir pendant la détention de Charles su à Ben-

ut)o OLO

der.-— BBLL8 ■ktOlfSRQUI CACSl SA CUOTB.—

Le grand vizir Couprougli* fut déposé après deux mois de ministère. La pelitu cour de Charles xn , et ceux qui tenaient encore pour lui en Pologne, publiaient que Charles fesait et défesait les vizir* , et qu'il gouvernait l'empire turc du fond de sa retraite à Bender ; mai* il n'avait aucune part à la disgrâce de ce favori. La rigide probité du vizir fut , dit-on , la seule cause de sa chute : son prédécesseur ne payait point les janissaires du trésor impérial, mais de l'argent qu'il fesoit venir par ses extorsions : Couprougli les paya de l'argent du trésor. Achmet lui reprocha

3u'il préférait l'intérêt des sujets à celui e l'empereur. « Ton prédécesseur Chour- Jouli, lui dit-il , savait bien trouver d'au-

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très moyens de payer mes troupe». » Le grand vizir répondit : « S'il avait l'art d'enrichir ta bautesse par des rapines, c'est un art que je fais gloire d'ignorer. • Le secret profond du sérail permet rarement que de pareils discours transpi- " rent dans le public ; mais celui-ci fut su avec la disgrâce de Couprougli. Ce vizir ne paya point sa hardiesse de sa tète, parce que la vraie vertu se fait quelquefois respecter, lors même qu'elle déplaît. On lui permit de se retirer dans l'Ile de Négrepont» J'ai su ces particularités par des lettres de M. Bru , mon parent , premier drogman à la Porte Ottomane; et je les rapporte pour faire connaître l'esprit de C8 gouvernement.

(HUtoire de Chartes XIL,

OLOPUBN, jésuite allemand. — pobte kn cbi*k lk cuaisrilniSMB (656.) — Je vous supplie , monsieur, de m'éclairer sur une difficulté qui intéresse l'empire de la Chine. Vous savez ce que fit à la Chine le révérend père Ricci (i); ce nom est respectable, mais n'est pas heureux; il avait trouvé le moyen de s'introduire à la Chine avec un jésuite portugais nommé Scmédo , et notre révérend père Trigaut, autre nom célèbre , qu'on a cru significatif. Ces trois missionnaires fesaient bâtir, en i6a5, une maison et une église auprès de la ville de Sigan-fou; ils ne manquèrent pas de trouver sous terre une tablette de marbre longue de dix palmes , couverte de caractères chinois très fins, et d'autres lettres inconnues, le tout surmonté d'une croix de Malte, toute semblable à celle que d'autres missionnaires avaient découverte auparavant dans le tombeau tfe l'apôtre saint Thomas, sur la côte de -Malabar (a). Les caractères inconnus furent reconnus bientôt pour être

(i) Quatre dictionnaires, intitulés Dictionnaires des grands hommes, le font mourir a l'âge de cinquanre-huit ans. L'abbé Prévost , dans sa compilation des voyagea, le fait vivre jusqu'à quatrevingt-huit. On ment beaucoup sur lea grauds hommes.

(a) L'apôtre saint Thomas était charpentier : il alla à pied au tfa'abar, portant un soliveau sur l'épaule.

de l'ancien hébreu ressemblant au syriaque : cette tablette disait que la foi chrétienne avait été prêchée à Sigaa-fou, et dans toute la province de Kensi *, dès l'an de notre salut 656; la date de ce monument n'est que de l'année 782 de notre ère : de sorte que ceux oui érigèrent autrefois ce marnre attendirent cent quarante-six ans que la chose fût bien constatée, pour la certifier à la postérité.

L'authenticité de cette pièce était confirmée par plusieurs témoins qui gravèrent leurs noms sur la pierre : on sent bien que ces noms ne sont aisés à prononcer ni en italien ni en français. Pour plus grande sûreté , outre les noms gravés des premiers témoins oculaires de l'an de grâce 78a, on a si^né sur une grande feuille de papier soixante et dix autres noms de témoins de bonne volonté, comme Aaron, Pierre, Job, Lucas, Matthieu, Jean, etc. , qui tous sont réputés, avoir vu tirer le marbre de terre à Sig^n fou , en présence du frère Ricci , l'an t6a5, etquine peuvent avoir été ni trompeurs ni trompés.

Maintenant il faut voir ce qu'attestent les anciens témoins gravés de notre année 78a , et les nouveaux témoins en papier de notre année i6a5; ils déposent

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qu'un saint homme , nomme Olopuen , arriva de Judcc à la Chine , guidé par des nnecs bleues , yar </cs veni$, c/ par des cartes hydrographiques , sous le régne de Taicum-vcu-Huamti) qui p*cfl connu de personne ; c'était , dit le texte syriaque, dans l'année mil quatre-vingtdouze à? Alexandre aux deux corna * ; c'est l'ère des Séleucides, et elle revient à la nôtre 656. Les jésuites, et surtout le père Kirker, commentateurs de cette pièce curieuse, disent que par la Judée il faut vnï ndre la Mésopotamie, et qu'ainsi le juif O/opuen était un très bon chrétien qui venait planter la loi dans le royaume de Cathay, ce qui est prouvé par la croix de Malte; mais ces commentateurs ne songent pas que les chrétiens de la Mésopotamie étaient des nesloricns qui ne croyaient pas la sainte Vierge mère de Dieu. Par conséquent , en prenant Olopuen pour un Chaldéen dépéché par les nuées bleues pour convertir la Chine , on suppose que Dieu envoya exprès un hérétique pour pervertir ce beau royaume.

Voilà pourtant ce qu'on nous a conté sérieusement; voilà ce qui a si long-temps occupé les savans de Rome et de l'aria ; voilà ce que te père Kirker, l'un de nos plus intrépides antiquaires , nous raconte dans sa Sina iliusirala. Il n'avait point vu la pierre; mais on lui en avait doiné la copie d'une copie. Kirker était à Rome, et n'avait jamais été à la Chine qu'il illustrait ; et , ce qu'il y a de bon et d'assez curieux à mon gré , c'est que le père Sémédo , qui avait vu ce beau monument à Siirau-iou , Je rapporte d'une façon , et le père kirker, d'une autre.

Voici l'inscription de Sémédo , telle qu'il l'imprima en espagnol dans son histoire de la Chine, à Madrid, chez Jean Sauchès , en 16 \z.

• O que l'Eternel est vrai et profond , incompréhensible et spirituel ! En parlant du temps passé , il est sans principe : en parlant du temps à venir, il est sans fin. Il prit le rien , et avec lui il fit tout. Son principe est trois en un : sans vrai principe il arrangea les quatre parti»* du monde en forme de croix. Il remua le chaos, et les deux principes en furent tirés, li 'abîme éprouva le changement, le ciel et la terre parurent. »

* Alexandre aux deux cornes, «gnifie Alexandre vainqueur Hc l'Orient et de l'Occident.

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Après avoir ainsi fait parler l'auteur de l'inscription chinoise dans le style de s net sonnages de Cervantes , de Quevedo , après avoir passé du péché d'Adam au déluge, et du déluge au Messie, il vient enfin au fait. 11 déclare que, du temps du roi Taïeum-veu Iluamti , qui gouvernait avec prudence et sainteté , il vint de Judée un Jiommc de vertu supérieure, nommé Olopuen, qui, guidé par lesnu^es* apporta la véritable doctrine. Finodcsdc un Judœo hombro de superior virtud, de notaire Olopucn, nue yuiado de tas nu ies tauxà la verdadera dotlrina.

Ensuite, C«ltc inscription, qui n'est pas dans le style lapidaire , nous instruit que VEvangile n'était bien connu que daus le rovaume de Taçin qui est la Judée; que Yaçin conGne à la mer Bouge par le midi, avec la montagne des Pertes parle Nord , etc. ; que , dans - « pavs d'Evangile , les dignités ne se donnent qu'à la vertu ; que les maisons sont grandes et belles ; que le royaume est orné de bonnes mœurs.

Le prince Caocum , fils de l'empereur Taï cum , ordonna bientôt qu'on hàtit des églises dans toute la Chine à la façon de Taçin. Il honora Olopuen, et lui donna le titre d'évèque de la grande loi : Jlonro a Olopuen dandoie iilulo de oiispo de la gran ley.

Ce n'est pas la peine de traduire le reste de cette sage et éloquente pièci ; Kirker a voulu en corriger le fond et le style.

• Le principe, dit-il , a toujours été le n.ème, vrai, tranquille, premier des

E>remicrs, sans origine, nécessaire nu ut e même, intelligent et spirituel ; le dernier des derniers est excellentissime. 11 établit les pôles des cieux, et il opér.t excellemment avec le rien. . . . Enfin une femme vierge engendra le saint dans Taçin, en Judée; et la constellation

claire annonça la félicité Or, du

temps deTaîcum-veti, très illustre et très sage empereur de la Chine, arriva du royaume de Taçin, en Judée, un homme ayant une vertu suprême, nommé OIo puen, conduit par des nuées hleues, apportant les écritures delà vraie doctrine, contemplant la rèple des vents , pour résister aux dangers auxquels ses travaux l'exposaient. Il arriva à la cour. L'empc reur commanda à un colao, son sujet, d'aller au-devant du nouveau venu avec les bâtons rouges (qui sont la marque

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d'honneur) ; et , quand on eut introduit Olopuen dans le palais par l'occident, ^'empereur Gt apporter les livres de la "doctrine de la loi. Il s'informa soigneusement de celte loi profonde dans son cabinet , et de celte droite vérité. ... il ordouoa qu'on la promulguât , et qu'on ['étendit partout. »

• C'était , ajoute Kirker, l'an de Christ 639; en quoi il ne s'accorde pas avec Sémédo. Après quoi il poursuit ainsi dans 9a tradition : « L'empereur ordonna qu'on bâtit une église à la manière do Taçîn , en Judée, et qu'on y établit vingt et un prêtres, etc. •

Tout le reste est dans ee gont ; conciliera qui voudra le jésuite portugais Sémédo, avec le jésuite allemand Kirker.

Les hérétique» disent que le voyage rl'Olopuen à la Chine, conduit par les nuées bleues, n'approche pas encore du voyage de Notre-Dame de Lorette, qui vint depuis par les airs dans sa maison de Jérusalem, en Dalmatic, et de Dalmatic à la marche d'Ancône. Le jésuite Berthicr a combattu vigoureusement, dans le Journal de Trévoux, en faveur d'Olopuen et de son aventure. I! se trouvera encore quelque Ronolle * qui prouvera la vérité de cette histoire, comme il s'en est trouvé d'autres qui ont dément ré la translation de la maison de notre sainte Vierge.

Je dirais volontiers à ces messieurs qui nous ont démontré tant de choses , ce que dit à peu près Théone à Phaélon dans l'opéra du Phénix delà poésie ciiantanlc, que j'aime toujours malgré ma robe :

Ah 1 du moins , bonxe que vous êtes.

Puisque tous me vouloi tromper, Trompex-ruoi mieux que vous ne faites.

Ayez la bonté de me dire ce que vous aimez le mieux, ou ces belles imaginations, ou les nouveaux systèmes de physique. Les pères du concile de Trente, ayant entendu discourir Dominico Soto et Achille Gaillard sur la grâce, dirent

" Ce Noaotte, dans un beau livre intitule Erreurs de M. de Voltaire , a démontré l'authenticité de l'apparition du labamm a Constantin, la douce modération de ee bon prince, celle de Théodose, la chasteté de toits les rois de France de la première race, les «aertfices de sang hnmain offerts par Julica-le-Philosonhu , le martyre de la légion thébaine, etc. C'était un régent de sixième fort •avant , et un jésuite trfta tolérant , graml prédicateur, et d'an ciprit fin , quoique profond.

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Sue cela était admirable , mais qu'il»

oonaient la préférence à leurs cuisiniers. Je crois que Dominico Soto et Achille Gaillard étaient dans la bonne foi, et même que leurs disputes ne brisèrent point les liens de la charité. Je ne dois ni ne puis penser autrement ; mais, quand je viens à considérer tous les autres charlatanismes de ce monde, depuis les dogmes qui ont régné en Ethiopie jusqu'à l'immortalité du dalaï-lama au Grand- Thibet , et à la sainteté de sa chaise percée ; depuis le xaca du Japon jusqu aux anciens druides des Gaules et de l'Angleterre, je suis épouvanté. Je conçois bien que tant de joueurs de gobelets ont voulu se faire payer en argent et en honneurs. On ne tromperait pas , dit-on, s'il n'y avait rien à gagner ; mais concevezvous ceux qui paient? comment se peut-il que, parmi tant de millions d'hommes, il n'y en eût pas deux qui se fussent laissé tromper sur la valeur d'un écu , et que tous courussent auAlevant des erreurs les plus grossières et les plus affreuses , dont il leur importait tant d'être désabusés?

Ne vuvez-vous pas, comme moi, avec consolation , ou'il y a , au bout de l'Asie, une société immense de lettrés , auxquels on n'a jamais reproché de superstition ridicule , ou sanguinaire ? et s'il se forme jamais ailleurs une compagnie pareille, ne la bénirez- vous pas?

(Mélanges philosophiques.) OPAS , archevêque de Sé ville. — uvtx l'bspachb aux MAoaas xn 714. — Les premiers conquérans goths qui subjuguèrent les Es pagnes fondèrent un empire qui • s'étendit de la Provence et du Languedoc à Ceuta et a Tanger en Afrique; mais cet empire, si mal gouverné, périt bientôt.

Il v eut tant de rebellions en Espagne,

3u enfin le roi Vitiza désarma une partie es sujets, et fit abattre les murailles de plusieurs villes. Par cette conduite, il forçait à l'obéissance , mais il se privait lui-même de secours et de retraite*. Pour mettre le clergé dans son parti , il rendit dans une assemblée de la nation un édit, par lequel il était permis aux évêques et aux prêtres de se marier.

Rodrigue, dont il avait assassiné le père, l'assassina à son tour» et fut encore plus méchant que lui. Iïne faut pas chercher ailleurs la cause de la supériorité des musulmans en Èspagne. Je ne sai»

s'il e>t bien vrai que Rodrigue cù! viole Floriudc , nommée la Cuva ou la ntc-

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chante , fille malheureusement célèbie du comte Julien, et si ce fut pour venger son honneur que ce comte appela les Maures. Peut-être l'aventure de la Cava est copiée en partie sur celle de Lucrèce ; et ni l'une ni l'autre ne paraît appuyée sur des monuiiiens bien authentique». 11 paraît que, pour appeler les africains, un n'avait pas* besoin du prétexte d'un viul , qui est d'ordinaire aussi difficile à prouver qu'à faire. Déjà, sous le roi Vamba, le comte Hervig, depuis roi, avait l'ait venir une armée de Maures.

Opas, archevêque de Séville, qui fut io principal instrument de la grande révolution , avait des intérêts plus chers à soutenir que la pudeur d'une fille. Cet évêque, fils de l'usurpateur Vitiza, détrôné et assassiné par l'usurpateur Rodrigue , fut celui dont l'ambition fit venir les Maures pour la seconde fou. Le comte Julien, gendre de Vitiza, trouvait dans celte seule alliance assez de raisons pour se soulever contre le tyran. Un autre évèque , nommé Torizo, entre dans la conspiration d'Opas et du comte. Y at-il apparence que deux évèques se fussent ligués ainsi avec les ennemis du nom chrétien, s'il ne s'était agi que d'une fille?

Les mahomélans étaient maîtres , comme ils le sont encore , de toute cette partic de l'Afrique qui avait appartenu aux ltoniains. Ils venaient d'y jeter les premiers fondemens de la ville de Maroc, près du mont Atlas. Le calife ValiJ Almauzor, maître de celle belle partie de la terre, résidait à Damas en Syrie. Son vice-roi, Muzza, qui gouvernait l'Afrique, lit par un de ses lientenans la conquête de toute l'Espagne. Il y envoya d'abord son général Tarif, qui gagna, en 714, cette célèbre bataille dans les plaines de Xérès, ou Rodrigue perdit la vie. On prétend que les Sarrasins ne tinrent pas leurs promesses à Julien , dont ils se défiaient sans doute. L'archevêque Opas fut plus satisfait d'eux. Il prêta sermeut de fidélité aux mahoinétans , et conserva sous eux beaucoup d'autorité sur les églises chrétiennes, que les vainqueurs toléraient.

Pour le rof Rodrigue , il fut si peu regretté, que sa veuve Kgilonc épousa publiquement le jeune Abdalis, fils du conquérant Muzza, dont les aimes avaient fait périr son mari , et réduit en servitude Mm pays et sa religion.

Les vainqueurs n'abusèrent poinl du

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succès de leurs ai met» : ils laissèrent aux vaincus leurs biens., leurs lois , leur culte, satisfaits d'un tribut el de l'honneur de commander. ( Essai sur les mœurs. )

OPPEDE ( Jean Meyuier d' ) , prenu. | président du parlement de Provence.

BBS ATROCITÉS COftTRK I i S VAUDOIS, fcft

i.')|G. — 11 faut savoir qu'au douzaine siècle, Pierre Yaldo, lichc marchand de Lyon, dont la piété et le* erreurs donnèrent, dit-on, naissance à la seele des Vaudois, s'étant retiré, avec plusieurs pauvres, qu'il nourrissait, dan:: des vallée* incultes et désertes entre la Provence el le Dauphiué, il leur servit de pontife comme de père; il les instruisait dans sa secte, qui ressemblait à celle des Albigeois, de Wiclef, de Jean Hui, de Luther,, de Zuingle , sur plusieuni points principaux. Ces hommes, long -temps ignorés, défrichèrent ces terres stériles , et, par des travaux incroyables, les ieu dirent propres au grain et au pâturage; ce qui prouve combien il faut accuser noire négligence, s'il reste en France des terres incultes. Us prirent a cens les h ritages des environs; leurs peines servirent à les faire vivre el a enrichit leurs seigneurs, qui jamais ne se plaignirent d'eux. Leur nombre en deux Cent cinquante ans se multiplia jusqu'à près de <iix huit mille. Ils habitèrent trente bourgs sans compter les hameaux. Tout cela était l'ouvrage de leurs mains. Point de piètres parmi eux, point de querelles sur leur culte, point de procès; ils décidaient entre eux leur ditlèrcns. Ceux qui allaient dans les villes voisines étaient les seuls qui sussent qu'il y avait une messe et des évèques. Us priaient Dieu dans leur jargon ; et un travail MÛdn rendait leur vie innocente. Ils jouirent pendant plus de deux siècles de cette paix , qu'il faul altiibuer à la lassitude des guerres contre les Albigeois. Quand l'esprit humain s'est emporté long- temps aux dernières fureur, il mollit vers la patience et l'indifférence : on le voit dans chaque particuliers et dans les nations entières. Ces \ audois jouissaient de ce calme, quand lei léformateurs d'Allemagne et de Genève apprirent qu'ils avaient des frères. [i54o] Aussitôt ils leur envoyèrent di.s ministres; on appelait de ce nom les dcs.-crvaus des églises protestantes : alors ces Vaudois lu nenl trop connus. Les edits nouveau \ contre les hérétiques les condamnaient au feu. Le pailemcnl de Provence ùiru-

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na cette peine contre dix-oeuf principaux habitans du bourg de Mérindol , et ordonna que leurs bois seraient coupés, et leur* maisons démolies. Les Vaudois effrayés députèrent vers le cardinal Sadolet, évéque de Carpentras, qui était alors dans son évêché. Cet illustre savant , vrai philosophe puisqu'il était humain , les reçut avec bonté et intercéda pour eux.

Langeai, commandant en Piémont, fit surseoir l'exécution. [i54i] François i« leur pardonna, à condition qu'ils abjureraient. On n'abjure guère une religion sucée avec le lait. Leur opiniâtreté irrita le parlement provençal, composé d'esprits ardens. Jean Meynier d'Oppède, alors premier président, le plus emporté de tous, continua la procédure.

Les Vaudois enfin s'attroupèrent. D'Oppède irrité aggrava leurs fautes auprès du roi, et obtint permission d'exécuter l'arrêt suspendu cinq années entières. Il fallait des troupes pour cette expédition : d'Oppède et l'avocat général Guérin en prirent. Jl parait évident que ces habitans trop opiniâtres, appelés par le déclamateur Maimbourg une canaille révoltée, n'étaient point du tout disposés à la révolte , puisqu'ils ne se défendirent pas; ils s'enfuirent de tous côtés, en demandant miséricorde. Le soldat égorgea les femmes, les enfans, les vieillards qui ne purent luir assez tôt.

D'Oppède et Guérin courent de village en village. On tue tout ce qu'on rencontre : on brûle les maisons et les granges, les moissons et les arbres : on poursuit les fugitifs à la lueur de l'embrasement. Il ne restait dans le bourg fermé de Gabrières que soixante hommes et trente femmes : ils se rendent sous la promesse qu'on épargnera leur vie ; mais , à peine rendus, on les massacre. Quelques femmes réfugiées dans une église voisine en sont tirées par l'ordre de d'Oppède ; il les enferme dans une grange , à laquelle il fait mettre le feu. On compta vingt-deux bourgs mis en cendres; et, lorsque les flammes furent éteintes, la contrée, auparavant florissante et peuplée, fut un désert où l'on ne voyait que des corps morls. Le peu qui échappa se sauva vers le Piémont. François iet en eut horreur : l'arrêt dont il avait permis l'exécution portait seulement la mort de dix-neuf hérétiques : d'Oppède et Guérin firent massacrer des milliers d'habitans. Le roi recommanda, en mourant, à son fils, de

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faire justice de cette barbarie, qui n'avait point d'exemple chez de* juges de paix.

En effet Henri n permit aux seigneurs ruinés de ces villages détruits, et de ce» peuples égorgés, de porter leurs plainte» au parlement de Paris. L'affaire fut plaidée. D'Oppède eut le crédit de paraître innocent; tout retomba sur l'avocat général Guérin ; il n'y eut que celle tôte qui paya le sang de cette multitude malheureuse. ( Essai sur les mœurs ).

OHACLES. — LICR HISTOIRE CHBZ TOCS

lrs pkoplbs. — Depuis que la secte des pharisiens, chez le peuple juif, eut fait connaissance avec le diable, quelques raisonneurs d'entre eux commencèrent à croire que ce diable et ses compagnons inspiraient chez tontes les autres nations les prêtres et les statues qui rendaient les oracles. Les saducéens n'en croyaient rien; ils n'admettaient ni anges ni démons. Il parait qu'ils étaient plus philosophes que les pharisiens, par conséquent moins faits pour avoir du crédit sur le peuple.

Les chrétiens , quoique ennemis mortels des pharisiens , adoptèrent tout ce que les pharisiens avaient imaginé du diable , ainsi que les Juifs avaient autrefois introduit chez ,eux les coutumes et les cérémonies des Égyptiens. Rien n'est si ordinaire que d'imiter ses ennemis, et d'employer leurs armes.

Bientôt les pères de l'église attribuèrent au diable toutes les religions qui partageaient la terre , tous les prétendus prodiges, tous les grands événement, les comètes, les pestes, le mal caduc, tes éc roue II es, etc. Ce pauvre diable, qu'on disait rôti dans un trou sous la terre, fut tout étonné de se trouver le maître du monde. Son pouvoir s'accrut ensuite merveilleusement par l'institution des moines.

La devise de tous ces nouveaux venus était : Donnez- moi de l'argent, et je vous délivrerai; du diable. Leur puissance céleste et terrestre reçut enfin un terrible échec de la main de leur confrère Luther , qui , se brouillant avec eux pour un intérêt de besace, découvrit tous les mystères. Hondorf , témoin oculaire, nous rapporte que les réformés, ayant chassé les moines d'un couvent d'Kiscnach dans la Thuringe, y trouvèrent une statue de la vierge Marie et de l'enfant Jésus faite par tel art, que, lorsqu'on mettait des offrandes sur l'autel,

la vierge et l'enfant baissaient la tète eu signe de reconnaissance , et tournaient Je dos à ceux qui venaient les mains vides.

Ce fut bien pis en Angleterre : lorsqu'on lit, par ordre de Henri vin, la i ifiite juridique de tous les couvens , la moitié des religieuses étaient grosses ; et CC n'était point pur l'opération du diable. L'évêque But net rapporte que, dans cent quarante-quatre couvens, les pruc-ès verbaux des commissaires du roi attestèrent des abominations dont n'approchaient p?s celles de Sodome et de Comorrhe. En effet, les moines d'Angleterre devaient être plus débauchés que les Sodomites, puisqu'ils étaient plus riches. Ils possédaient les meilleures terres du royaume. Le terrain de Sodome et de Gomorrhc , au contraire, ne produisant ni blé, ni fruits, ni légumes, et manquant d'eau potable, ne pouvait être qu'un désert affreux, habité par des misérables trop occupés de leurs besoins pour connaître les voluptés.

Enfin, ces 6uperbcs asiles de la fainéantise ayant été supprimés par acte du parlement, ou étala dans la place publique tous les instrumens de leurs fraudes pieuses : le fameux crucifix de Bokslcy, qui se remuait et marchait comme une marionnette ; des fioles de liqueur rouge qu'on fesait passer pour du sang que versaient quelquefois des statues des saints , quand ils étaient mécontens de la cour, des moules do fer* blanc dans lesquels on avait soin de mettre continuellement des chandelles a Humées, pour faire croire au peuple que c'était la même chandelle qui ne &'étaignait jamais; des sarbacanes , qui passaient de la sacristie dans la voùtc (le l'église, par lesquelles des voix célestes se fesaient quelquefois entendre à des dévotes payées pour les écouter ; enfin tout ce que la friponnerie inventa jamais pour subjuguer l'imbécillité.

Alors plusieurs savans de l'Europe- , bi« u certains que les moines et non les diables avaient mis en usage tous ces pieux stratagèmes , commencèrent à croire qu'il en avait été de même chez les anciennes religions; que tous les oracles et tous les miracles tant vantés dans l'autiquitë n'avaient été que des prestiges de charlatans ; que le diable ne s'était jamais mêlé de rien ; mais que seulement les prêtres grecs, romains.

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syriens, égyptiens, avaient été encore plus habiles que. nos moines.

Le diable perdit donc beaucoup de.

son crédit , jusqu'à ce qu'eu lin le bon homme Békcr, dont vous pouvez consulter l'article, écrivit son ennuyeux livre contre le diable, et prouva par cent ai gumens qu'il n'existait point : le diable ue lui répondit point , mais les ministres du saint évaugile, comme vous l'.i\ * / vu, lui répondirent; ils punirent le bon Békcr d'avoir divulgué leur secret, et lui ùlèrent sa cure; de sorte que Békcr fut la victime de la nullité de H< Izébuth.

C'était le sort de la Hollande de produire les plus grands eunemis du diable. Le médeciu Van-Dale, philosophe humain , savaut très profond , citoyen plein de charité , esprit d'autant plus hardi que sa hardiesse était fondée sur la vertu , eut r< prit enfin d'éclairer les hommes, toujours esclaves des anciennes erreurs , et toujours épaississant le bandeau qui leur couvre les yeux, jusqu'à ce que quelqué grand trait de lumière lenr découvre un coin de vérité, dont la plupart KMtl très indignes. Il prouva dans un livre plein de l'érudition la plus recherchée , que les diables u 'avaient jamais rendu aucun oracle, n'avaieut opéré aucun prodige, ne s'étaient jamais mèle-> de rien , et qu'il n'y avait eu de véritables démous que les fripous qui avaient trompé les hommes. Il ne faut pas que le diable se joue jamais à un savant médecin.

Ceux qui connaissent un peu la nature sont fort dangereux pour les feseurs de prestiges. Je conseille au diable de s'adresser toujours aux facultés de théologie , cl jamais aux facultés de médecine.

Van-Dale prouva donc par mille monumens, que non seulement les oracles dci païens n'avaient été que des tours de prêtres, mais que ces friponneries consacrées dans tout l'univers , n'avaient point fini du temps de Jean le baptiseur et de Jésus-Christ, comme on le croyait pieusement. Rien n'était plus vrai, plus palpable, plus démontré que cette vérité annoncée par le médecin Van-Dale ; et il n'y a pas aujourd'hui un honnête homme qui la révoque en doute.

Le livre de Van-Dale n'est peut-être pas bien méthodique; mais c'est un des plus curieux qu'on ait jamais faits. Car depuis les fourberies grossières du prétendu Histape et des sibylles ; depuis l'histoire apocryphe du voyage de Simon

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fiai-jonc à Rome , et des compltmens que Simon le Mapicien lui envoya faire par yon chien ; depuis les miracles de saint Grégoire Thaumaturge , et surtout de la lettre que ce saint écrivit au diable , et qui fut porté* à son adresse, jusqu'aux miracles des révérends pères Jésuites et des révérends pères Capucins , rien n'est oublié. L'empire de l'imposture et de la bétisc est dévoilé dans ce livre aux yeux de tous les hommes qui savent lire, mais ils sont en petit nombre.

11 s'en fallait beauconp que cet empire fût détruit alors en Italie , en France , en Espagne , dans les états autrichiens , et sur tout en Pologne où les Jésuites dominaient. Les possessions du diable , les faux miracles inondaient encore la moitié de l'Europe abrutie.

Un des secrets des prêtres de l'antiquité , comme des nôtres , était la confession dans les mystères. C'était là qu'ils apprenaient toutes les affaires des familles, et qu'ils se mettaient en état de répondre à la plupart de ceux qui venaient les interroger. C'est à quoi se rapporte ce grand mot que Plutarque a rendu célèbre. Un prêtre voulant confesser un initié, celui ci lui demanda : A qui me confessei ai- je r est-ce a toi ou à Dieu P C'est à Dieu, reprit le prêtre. — • Sors donc d'ici , homme , et laisse-moi avec Dieu.

Je ne finirais point si je rapportais toutes les choses intéressantes dont Van-Dale a enrichi son livre. Fontenelie ne le traduisit pas ; mais en tira ce qu'il crut de plus convenable à sa nation , qui aime mieux les agrémens que la science. Il se fît lire

Ear ceux qu'on appelait en France une onne compagnie ; et Van-Dale, qui avait écrit en latin et en grec, n'avait été lu que par des savans. Le diamant brttt de Van- Dale brilla beaucoup quand il fut taillé

1>ar Fontenelle; le succès fut si grand que es fanatiques furent en alarmes. Fontenelle avait eu beau adoucir les expressions de Van-Dale , et s'expliquer quelquefois en normand ; il ne fut que trop entendu par les moines , qui n'aiment pas qu'on leur dise que leurs confrères ont été des fripons.

Un nommé Baltus, jésuite, né dans le pays Messin, l'un de ces savans qui savent consulter de vieux livres , les falsifier et les citer mal à propos , prit le parti du diable contre Van-Dale et Fontenelle. Le diable ne pouvait choisir un avocat plus ennuyeux : ?on nom n'est aujourd'hui

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connu que par l'honneur qu'il eut d'écrire contre deux hommes célèbres, qui avaient raison.

Baltus, en qualité de jésuite, cabala auprès de ses confrères, qui étaient alors autant élevés en crédit qu'ils sont depuis tombés dans l'opprobre. Les jansénistes, de leur côté , plus énergumènes que les Jésuites, crièrent encore plus haut qu'eux. Enfin, tous les fanatiques furent persuadés que la religion chrétienne était perdue, si le diable n'était conservé dans ses droits.

Peu à peu les livres des jansénistes et des jésuites sont tombés dans l'oubli.

Le livre de Van-Dale est resté pour les savans , et celui de Fontenelle pour les gens d'esprit.

A l'égard du diable , il est comme les jésuites et les jansénistes, il perd son crédit de plus en plus.

Quelques histoires surprenantes d'oracles, qu on croy <t ne pouvoir attribuer qu'à des génies * ont fait penser aux Chrétiens qu'ils étaient rendus parles démons, et qu'ils avaient cessé à la venue de Jésus- Christ : on se dispensait par là d'entrer dans la discussion des faits qui eût été longue et difficile , et il semblait qu'on confirmât la religion, qni nous apprend l'existence des démons , en leur rapportant ces événemens.

Cependant, les histoires qu'on débitait sur les oracles doivent être fort suspectes*. Celle de Thamus à laquelle Eesèbe donne sa croyance , et que Plutarque seul rapporte, est suivie dans le même historien d un autre conte si ridicule qu'il suffirait pour la décréditer; mais de plus elle ne peut recevoir un sens raisonnable. Si ce grand Pan était un démon , les démons ne pouvaient-ils pas se faire safoir sa mort les uns aux autres sans y employer Thamus ? Si ce grand Pan était Jésus-Christ, comment personne ne fofril désabusé dans le paganisme , et ne vintil à penser que le grand Pan^ fut Jésus- Christ mort en Judée , si c'était Dieu luimême qui forçait les démons à annoncer cette mort aux païens ?

L'histoire de Thulis , dont l'oracle est positif sur la Trinité, n'est rapportée que par Suidas. Ce Thulis, roi d'Egypte, n'é-

* Voyez pour le» citation* l'ouvrage latin dm. docte Antoine Van-Dale , d'où cet article ejt extrait.

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tait pas assurément un des Ptolomées.

Que deviendra tout l'oracle de Sérapis, étant certain qu'Hérodote ne parle point de ce dieu , tandis que Tacite conte tout au long comment et pourquoi un des Ptoloinées fit venir de Pont le dieu Sérapis, qui n'était alors connu que là.

L'oracle rendu à Auguste sur l'enfant hébreu à qui tous les dieux obéissent, n'est point du tout reccvable. Gedrenus le cite d'Kuscbe, et aujourd'hui il ne s'y trouve plus. Il ne serait pas impossible que Gedrenus citât à faux , ou citât quelque ouvrage faussement attribué à Eusèbe; mais comment les premiers apologistes du christianisme ont-ils tous gardé le silence sur un oracle si favorable à leur religion ?

Le» oracles qu'Eusèbc rapporte de Porphyre attaché au paganisme, ne sont pas plus embarrassans que les autre."». 11 nous les donne dépouillés de tout ce qui les accompagnait dans les écrits de Porphyre. Que savons-nous si ce païen ne les réfutait pas ? selon l'intérêt de sa cause il devait le faire, et s'il ne l'a pas fait, assurément il avait quelque intention cachée, comme de les présenter aux Chrétiens à dessein de se moquer de leur crédulité, s'ils les recevaient pour vrais , et s'ils appuyaient leur religion sur de pareils fondemens.

D'ailleurs, quelques anciens Chrétiens ont reproché aux païens qu'ils étaient joués par leurs prêtres. Voici comme en parle Clément d'Alexandrie : Vante-nous, dit-il, si tu veux, ces oracles pleins de folie et d'impertinence, ceux de Claros, tFApollon fythien, de Didyme, d'Arapbilochus; tu peux y ajouter les augures et les interprètes des songes et des prodiges. Fais -nous paraître aussi devant l'Apollon pijthicn ces gens qui devinent par la farine ou par l'orge , et ceux qui ont été si estimés parce qu'ils parlaient du ventre. Que les secrets des temples des Egyptiens , et que la nécromancie des Etrusques demeurent dans les ténèbres; toutes ces choses ne sont certainement que des impostures extravagantes, et de pures tromperies, pareilles à celles des jeux de dés. Les chèvres qu'on a dressées à la divination, les corbeaux qu'on a instruits à rendre des oracles, ne sont, pour ainsi dire , que les associés des charlatans qui (barbent tous les hommes.

Eusèbe étale à son tour d'excellentes raisons pour prouver que les oracles ont

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pu n'être que des impostures; et s'il les attribue aux démons, c'est par i VU et d'un préjugé pitoyable , et par un respect forcé pour l'opinion commune. Les païens n'avaient garde de consentir que leurs oracles ne fussent qu'un artifice de leurs prêtres; on crut donc, par une mauvaise manière de raisonner , gagner quelque chose dans la dispute, en leur accordant que, quand même ilyauraitdu surnaturel dans leurs oracles, cet ouvrage n'était pas celui de la Divinité, mais des démons.

11 n'est plus question de deviner les finesses des prêtres par des moyens qui pourraient eux-mêmes paraître trop fins.

Un temps a été qu'on les a découvertes de toutes pails aux yeux de toute la terre; ce fut quand la religion chrétienne triompha hautement du paganisme sous les empereurs chrétiens.

Théodoret dit que Théophile , évêque d'Alexandrie, fit voir à ceux de cette ville les statues creuses où les prêtres entraient par des chemins cachés pour y rendre des oracles. Lorsque , par l'ordre de Constantin, on abattit le temple d'Esculape à Egèf en Cilicie, ou chassa , dit Eusèbe dans la vie de cet empereur, non pas un dieu, ni un démon, mais le fourbe qui avait si long-temps imposé à la crédulité des peuples. A cela il ajoute en général que, dans les simulacres des dieux abattus, on ne trouvait rien moins que des dieux ou des démons, non pas même quelques malheureux spectres obscurs et ténébreux, mais seulement du foin , de la paille , ou des os de morts.

La plus grande difficulté qui regarde les oracles est surmontée depuis que nous avons reconnu que les démons n'ont point dû y avoir de part. On n'a plus aucun intérêt à les faire finir précisément à la * venue de Jésus -Christ. Voici d'ailleurs plusieurs preuves que les oracles ont duré plus de quatre cents ans après Jésus- Christ , et qu'ils ne sont devenus tout à fait muets que lors de l'entière destruc tion du paganisme.

Suétone, dans la Vie de Néron, dit

3ue l'oracle de Delphes l'avertit qu'il se onnât de garde des soixante-treize ans; que Néron crut qu'il ne devait mourir qu'à cet âge là , et ne songea point au vieux Galba qui, étant âgé de soixantetreize ans , lui ôta l'empire.

Philostrate , dans la Vie d'Apollonius de Thyane, quia vu Domitien, nous ap prend qu'Apollonius visita tous les ora

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clen de la Grèce, et celui «le Dodone, et celui, de Delphes, et celui d'Amphiaratis.

Plutarquc, qui vivait sous Trajan, nous dit que l'oracle de Delphes était encore sur pied , quoique réduit à une seule prêtresse après en avoir eu deux ou trois.

Sous Adrien, Dion Chrysostùrae raconte qu'il consulta l'oracle de Delphes ; et il en rapporta une réponse qui lui parut assez embarrassée , et qui l'eut effectivement.

Sous les Antonins, Lucien assure qu'un prêtre de Thyaue alla demander à ce taux prophète Alexandre, si les oracles qui se rendaient alors à Didyme, à Claros et à Delphes, étaient véritablement des réponses d'Apollon ou des impostures* Alexandre eut des égards pour ces oracles qui étaient de la nature du sien, et réfondit au prêtre gu'il n'était pas permis de savoir cela. Mais quand cet habile prêtre demanda ce qu'il serait après sa mort , on lui répondit hardiment: Tu seras chameau, puis cheval, puis philosophe, puis prophète aussi grand qu'Alexandre.

Après les Antonins, trois empereurs se disputèrent l'empire. On consulta Delphes, dit Spartien, pour savoir lequel des trois la république devait souhaiter? Et l'oracle répondit en un vers : Le noir est le meilleur; l'africain est le bon; le blanc est le pire. Parle noir on entendait Vcscennius Niger; par l'africain, Severus Septimus qui était d'Afrique; et par le blanc, Claudius Albinus.

Dion, qui ne finit son histoire qu'à la huitième année d'Alexandre Sévère , c'est-à-dire l'an a3o, rapporte que de son temps Amphilochus rendait encore des oracles en songe. Il nous apprend aussi qu'il y avait dans la ville d'Apollonie un oracle ou l'avenir se déclarait par la manière dont le feu prenait à l'encens qu'on jetait sur un autel.

Sous Aurélicn, vers l'an 17a, les Palmyréniensrévoltés consultèrent un oracle d'Apolion sarpédonien en Cilicie; ils consultèrent encore celui de Vénus aphacite.

Licinius, au rapport de Sozomène, ayant dessein de recommencer la guerre contre Constantin , consulta l'oracle d'A-

Sollon de Didyme , et en eut pour réponse eux vers d'Homère dout le sens est :

Malheureux vieillard , ce n'est point à toi à combattre contre les jeunes gens ; tu

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n'as point de force, et ton âge t'accable.

Un dieu assez inconnu nommé Bena , selon Ammien Marcellin , rendait encore des oracles sur des billets , à Ab vde , dans l'extrémité de la Thébaïde , sous l'empire de Gonstantius.

Enfin Macrobe, qui vivait sous Arcadius et Honorius fils de Théodose , parle du Dieu d'Héliopolb de Syrie et de son oracle, et des Fortunes d'Autium, en des termes qui marquent positivement que tout cela subsistait encore de son temps.

Remarquons qu'il n'importe que toutes ces histoires soient vraies, ni que ces oracles aient effectivement rendu les réponses qu'on leur attribue. Il suffit qu'on n'a pu attribuer de fausses réponses qu'à des oracles que l'on savait qui subsistaient encore effectivement ; et les histoires que tant d'auteurs en ont débitées prouvent assez qu'ils n'avaient pas cessé , non plus que le paganisme.

Constantin abattit peu de temples; encore n'osa -t-il les abattre qu'en prenant le prétexte des crimes qui s'y commettaient. C'est ainsi qu'il fit renverser celui de Vénus aphacite, et celui d'Escahpe qui était à Egès en Cilicie, tous deux temples à oracles; mais il défendit que l'on sacrifiât aux dieux , et commença à rendre par cet édit les temples inutiles.

Il restait encore beaucoup d'oracles lorsque Julien parvint à l'empire ; il en rétablit quelques-uns qui étaient ruinés, et U voulut même être prophète de celui de Didyme. Jovieo son successeur commençait a se porter avec zèle à la destruction du paganisme; mais en sept mois qu'il régna, il ne put faire de grands progrès. Théodose y pour y parvenu-, ordonna de fermer tous les temples des païens. Enfin l'exercice de cette religion fut défendu sous peine de la vie par une constitution des empereurs Valentinien et Marcien , l'an 45i de l'ère vulgaire, et le paganisme enveloppa nécessairement les oracles dans sa ruine.

Cette manière de finir n'a rien de sur-

firenant, elle était la suite naturelle de 'établissement d'un nouveau culte. Les faits miraculeux, ou plutôt qu'on veut donner pour tels, diminuent dans une fausse religion, ou à mesure qu'elle s'établit, parce qu'elle n'en a plus besoin, ou à mesure qu'elle s'affaiblit, parée qu'ils n'obtiennent plus de croyance. Le désir si vif et si inutile de connaître IV

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venir donna naissance aux oracles ; l'imposture les accrédita , et le fanatisme y fuit le sceau ; car un moyen infailtible de faire des fanatiques , c'est de persuader avant que d'instruire. La pauvreté des peuples qui n'avaient plus rien à donner, la fourberie découverte dans plusieurs oracles , et conclue dans les autres, enfin les édits des empereurs chrétiens, voilà les causes véritables de l'établissement et de la cessation de ce genre d'imposture : des circonstances contraires font fait disparaître; ainsi les oracles ont été soumis à la vicissitude des choses humaines.

On se retranche à dire que la naissance de Jésus-Christ est la première époque de leur cessation ; mais pourquoi certains démons ont-ils fui tandis que les autres restaient? D'ailleurs l'histoire ancienne prouve invinciblement que plusieurs oracles avaient été détruits avant cette naissance ; tous les oracles brillans de la Grèce n'existaient plus, ou presque plus, et quelquefois l'oracle se trouvait interrompu par le silence d'un honnête prêtre qui ne voulait pas tromper le peuple.

L'oracle de Delphes, dit Lucain, est demeuré muet depuis que les prmees craignent l'avenir; ils ont défendu aux dieux de parler, et les dieux ont obéi. ( Dictionnaire philosophique. )

ORAISON. PaiÈBK PUBLIQUE. AC- TIONS os gracb. etc. — Il reste très peu de formules de prières publiques des peuples anciens.

Nous n'avons que la belle hymne d'Horace pour les jeux séculaires des anciens Romains. Cette prière est du rhythme et de la mesure que les autres Romains ont imités long -temps après dans l'hymne Ut queant Iaxis resonare fiàris.

Le Pervigilium veneris est dans un gofct recherché, et n'est pas peut-être digne de la noble simplicité du règne d'Auguste. Il se peut que cette hymne à Venu» ait été chantée dans les fêtes de la déesse ; mais on ne doute pas qu'on ait chanté le poeme d'Horace avec la plus grande solennité.

Il faut avouer que le poeme séculaire d'Horace est un des plus beaux morceaux de l'antiquité, et que l'hymne Ul queant taxis est un des plus plats ouvrages que nous ayons eus dans les temps barbares de la décadence de la langue latine.

L'église catholique dans ces teuips-là cultivait mal l'éloquence et la poésie. On Mit bien que Dieu préfère de mauvais

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vers récités avec un coeur pur, aux plus beaux vers du monde bien chantés par des impies: mais enfin de bons vers n'ont jamais rien gAté, toutes choses étant d'ailleurs égales.

Rien n'approcha jamais parmi nous des jeux séculaires qu'on célébrait de cent dix ans en cent dix uns. Notre jubilé n'en est qu'une bieu faible copie. On dressait trois autels magnifiques sur les bords du Tibre. Rome entière était illuminée pendant trois nuits; quinte prêtres distribuaient l'eau lustrale et des cierges aux Romains, et aux Romaines o^ui devaient chanter les prières. On sacrifiait d'abord à Jupiter comme au grand dieu, au maître des dieux; et ensuite à Junon, à Apollon, à Latonc, à Diane, à Cérés, à Pluton , à Proscrpine , aux parques , comme à des puissances subalternes. CUacuue de ces divinités avait son hymne et ses cérémonies. Il y avait deux chœurs, l'un de vingt-sept garçons, l'autre de vingttept filles pour chacun des dieux. Enfin , le dernier jour les garçons et les filles couronnés de fleurs chaulaient l'ode d'Horace.

Il est vrai que dans les maisons on chantait à table ses odes pour le petit Ligurinus, pour Lyciscus et pour d'autres petits fripons , lesquels n'inspiraient pas la plus grande dévotion: mais il y a temps pour tout pictoribus atquc poflis. Le Carrache, qui dessina les figures de l'Arétin, peignit aussi des saints; et dans tous nos collèges nous avons passé à Horace ce que les maîtres de l'empire romain lui passaient sans difficulté.

Pour les formules de prières, nous n'avons que de très légers fragmens de celle qu'on récitait aux mystères d*Isis. Nous 1 avons citée ailleurs ; nous la rapporterons encore ici parce qu'elle n'est pas longue, et qu'elle est belle.

« Les puissances célestes te servent ; les enfers te sont soumis ; l'univers tourne sous ta main ; tes pieds foulent leTartare; les astres répondent à ta voix ; les saison* reviennent à tes ordres ; les élémens t'obéissent. •

Nous répétons aussi la formule qu'on attribue à l'ancien Orphée , laquelle nous parait encore supérieure à celle d'Isis.

« Marches dans la voie de la justice ; adorez le seul maître de l'univers: il est un , il est seul par lui-même ; tous les. êtres lui doivent leur exish née ; il agit

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dans eux et par eux; il voit tout, et jamais il o'a été vu des yeux mortels. •

Ce qui est fort extraordinaire, c'est que dans le Lcvitiquc, dans le DeuUronome des Juifs, il n'y a pas une seule prière publique, pas une seule formule.

11 semble que les lévites ne fusseut occupés qu'à partager les viandes qu'on leur offrait. On ne voit pas même une seule prière instituée pour leurs grandes fêtes de la pâque, de la pentecôte, des trompettes , des tabernacles , de l'expiation générale et des néoménies.

Les savans conviennent assez unanimement qu'il n'y eut de prières réglées, cbez les Juifs, que lorsqu'etant esclaves à Babylone, ils en prirent un peu les mœurs, et qu'ils apprirent quelquca sciences de ce peuple si policé et si puissant. Ils empruntèrent tout des Chaldéens persans jusqu'à leur langue , leurs caractères , leurs chiffres ; et, joignant quelques coutumes nouvelles à leurs anciens rites égyptiaques , ils devinrent un peuple nouveau, qui fut d'autant plus superstitieux, qu'au sortir d'un long esclavage ils furent toujours dans la dépendance de leurs voisins.

In rébus acerbis

AeriUs adttertunt animât ad relligionenu

Pour les dix autres tribus qui avaient été dispersées auparavant, il est à croire qu'elles n'avaient pas plus de prières publiques que les deux autres, et qu'elles n'avaient pas même encore une religion bien lixe et bien déterminée, puisqu'elles l'abandonnèrent si facilement, et qu'elles oublièrent jusqu'à leur nom ; ce que ne lit pas le petit nombre de pauvres infortunés qui vint rebâtir Jérusalem.

C'est donc alors que ces deux tribus, ou plutôt ces deux tribus et demie, semblèrent s'attacher à des rites invariables, qu'ils écrivirent , qu'ils eurent des prières réglées. C'est alors seulement que nous commençons à voir chez eux des formules de prières. Esdras ordonna deux prières par jour, et il en ajouta une troisième pour le jour du sabbat : on dit même qu'il institua dix-huit prières (afin qu'on pùt choisir), dont la première commence ainsi :

a Sois béni, Seigneur, Dieu de uos pères, Dieu d'Abraham, d'Isaac , de Jacob, le grand Dieu, le puissaut, le terrible, le haut élevé, le distributeur libéral des biens, le psahnatcur et le pos-

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sesseur du monde, qui te souviens des bbnnes actious, et qui envoies un libérateur à leurs descendan» pour l'amour de ton nom. O roi, notre secours, notre sauveur, notre bouclier, sois béni, Soigneur, bouclier d'Abraham! »

On assure que Gamaliel , qui vivait du temps de Jésus-Christ, et qui eut de si grauds démêlés avec saint Paul, institua une dix-neuvième prière que voici :

« Accorde la paix, les bienfaits , la bénédiction, la grâce, la bénignité et la piété à nous et à Israël , ton peuple. Bénis-nous, ô notre père i bénis-nous tous ensemblè par la lumière de ta face; car par la lumière de ta face tu nous as donné , Seigneur notre Dieu , la loi de la vie, l'amour, la bénignité, l'équité, la bénédiction, la piété, la vie et la paix 1 Qu'il te plaise de bénir en tout temps , et à tout moment ton peuple d'Israël en lui accordant la paix! Béni sois-tu, Seigneur, qui bénis ton Peuple d'Israël en lui donnant la |>aix ! Amen. »

Il y a une chose assez importante à observer dans plusieurs prières, c'est que chaque peuple a toujours demandé tout le contraire de ce que demandait son voisin.

Les Juifs priaient Dieu, par exemple , d'exterminer les Syriens, Babyloniens, Egyptiens ; et ceux-ci priaient Dieu d'exterminer les Juifs: aussi le furent -ib comme les dix tribus qui avaient été confondues parmi tant de nations; et ceux-ci furent plus malheureux ; car , s'étant obstinés à demeurer séparés de tous les autres peuples, étant au milieu des peuples, ils n'ont pu jouir d'aucun avantage de la société humaine.

De nos jours , dans nos guerres si souvent entreprises pour quelques villes ou pour quelques villages , les Allemands et les Espagnols, quand ils étaient les ennemis des Français, priaient la sainte Vierge du fond de leur cœur de bien battre les Welches et les Gavaches, lesquels de leur côté suppliaient la sainte Vierge de détruire les Maranes et les Teutons.

En Angleterre , la rose rouge fesait les plus ardentes prières à saint George, pour obtenir que tous les partisans de la rose blanche fussent jetés au fond de la mer. La rose blanche répondait par de pareilles supplications. On sent combien saint George devait être embarrassé ; et , si Henri vu n'était pas venu à son se-

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