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en forces; la France, que l'Europe croyait épuisée, lui avait fourni une armée de prés de cent mille hommes ; et les alliés n'en avaient alors que quatre-vingt mille. 11 avait encore l'avantage des négociations dans un pays si long-temps espagnol, fatigué de garnisons hollandaises, et ou beaucoup de citoyens penchaient pour Philippe v. Des intelligences lui ouvrirent les portes de Gand et d'Tpres ; mais les manœuvres de guerre firent évanouir le fruit des manœuvres de politique. La divisiou, qui mettait de l'incertitude dans le conseil de guerre , fit que d'abord on marcha vers la Dcndre , et que detu heures après on rebroussa vers 1 Escaut, à Oudenarde : ainsi on perdit du temps. On trouva le prince Eugène et Marlborough qui n'en perdaient point, et qui étaient unis, [i i juillet 1708] On fut mis en déroute vers Oudenarde; ce n'était pas une grande bataille, mais ce fut une fatale retraite. Les fautes se multiplièrent. Les régimens allaient ou ils pouvaieut, sans recevoir aucun ordre. 11 y eut même plus de quatre mille hommes qui furent pris en chemin par l'armée ennemie, à quelques milles du champ de bataille.
L'armée découragée se retira sans ordre, sous Gand, sous Tournai, sous Y près , et laissa tranquillement le prince Eugène, maître du terrain , assiéger Lille avec une armée moins nombreuse.
{SiècUdeLauUXlV.)
PALATIN (l'électeur), — blu bmfbbsur bt tombé du tbô.ib. (iq novembre 1620,. — Les protestais de Bohême, qui étaient alors très redoutables , se crurent en droit de destituer le roi qu'ils avaient élu , et ils offrirent leur couronne à l'électeur palatin gendre du roi d'Angleterre, Jacques ier [19 novembre 1620]. 11 accepta re trône sans avoir assez de force pour s'y maintenir.
La victoire de Prague décida, pour quelque temps, l'ancienne (juerellc des princes de l'Empire et de 1 empereur : elle rendit Ferdinand 11 despotique[i62i]. Il mit l'électeur palatin au b«m de l'Empire, par un simple arrêt de son conseil aulique , et proscrivit tous les princes et tous les seigneurs de son parti.
L'électeur palatin fuyait en Silésie, eo
Danemarck, en Hollande, en Angleterre, en France; il fut au nombre des princes malheureux à qui la fortune manqua toufours, privé de toute» les ressources sur lesquelles il devait compter. Il ne fut poiot secouru par son beau -père le roi d'Angleterre, oui se refusa aux cris de sa nation , aux sollicitations de son gendre et aux intérêts du parti protestant , dont il pouvait être le cnef; il ne fut point aidé par Louis X111 , maigre l'intérêt visible qu'avait ce prince à empêcher les prince* d'Allemagne d'être opprimés. Louis xm n'était point alors gouverné par le cardinal de Richelieu. Il ne resta bientôt à la maison palatine, et à l'union protestante d'Allemagne, d'autres secours que deux guerriers qui avaient chacun nne petite armée vagabonde, comme les condotteiri
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d'Italie : l'un était un prince de Brunswick , qui n'avait pour tout état que l'administration ou l'usurpation de révèché d'Halberstad ; il s'intitulait ami de Dieu et ennemi des prêtres , et méritait ce dernier titre, puisqu'il ne subsistait que du pillage des églises : l'autre soutien de ce parti alors ruiné était un aventurier, bâtard de la maison de Afansfefd, aussi digne du titre d'ennemi des prêtres que le prince de Brunswicl. Ces deux secours pouvaient bien servir a désoler une partie de l'Allemagne, mais non pas à rétablir le palatin et l'équilibre des princes.
[i6?.7>] L'empereur, affermi alors en Allemagne, assemble une diète à Ratisbonne , dans laquelle il déclare que • Télecteur palatin s'étant rendu criminel de lèse-majesté, ses états, ses biens, ses dignités, sont dévolus au domaine impérial; mais que, ne voulant pas diminuer le nombre des électeurs, il veut , commande et ordonne que Maximiiien de Bavière soit investi de l'électorat palatin. • Il don* na en effet cette investiture du haut du trône, et son vice-chancelier prononça que l'empereur conférait cette dignité de pleine puissance.
( Essai sur ies mœurs. )
"PARAGUAY. DOMINATION QU'Y fOH-
DK*T LIS JKSU1TBS Bit l6l2. L.CS mil-
quêtes du Mexique et du Pérou sont des prodiges d'audace : les cruautés qu'on y a exercées, l'extermination entière des babitans de Saint-Domingue et de quelques autres îles sont des excès d'horreur; mais l'établissement dans le Paraguay, par les seuls jésuites espagnols, parait à quelques égards le triomphe de l'humanité ; il semble expier les cruautés des premiers conquérons. Les quakers dans l'Amérique Septentrionale, et les jésuites dans la Méridionale, ont donné un nouveau spectacle au monde. Les primitifs ou quakers ont adouci les mœurs des sauvages voisins de la Pensy lvanie ; ils les ont instruits seulement par l'exemple, sans attenter à leur liberté, et ils leur ont procuré de nouvelles douceurs de la vie
£ar le commerce. Les jésuites se sont, à i vérité, servis de la religion pour ôter ia liberté aux peuplades du Paraguay; maïs ils les ont policées ; ils les out rendues industrieuses, et sont venus à bout de gouverner un vaste pays , comme en Europe on gouverne un couvent. 11 paraît que les primitifs ont été plus justes, et les jésuites plus politiques. Les premiers
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ont regardé comme un attentat l'idée de soumettre leurs voisins ; les autres se font fait une vertu de soumettre des sauvages par l'instruction et par la persuasion.
Le Paraguav est un vaste pays eutre le Brésil, le Pérou et le Chili. Les Espa gnols s'étaient rendus maîtres de la côte , où ils fondèrent Buénos-Ayres , ville d'un grand commerce sur les rives de la Plata ; mais, quelque puissans qu'ils fussent , ils étaient en trop petit nombre poursubju-
f^uer tant de nations qui habitaient au roiieu des forêts. Ces nations leur étaient nécessaires pour avoir de nouveaux sujets qui leur facilitassent le chemin de Buenos Ayres au Pérou. Ils furent aidés , dans cette conquête, par des jésuites, beaucoup plus qu'ils ne l'auraient été par des soldats. Ces missionnaires pénétrèrent de proche en proche dans l'intérieur du pays, au commencement du dix-septième siè-, clc. Quelques sauvages pris dans leur enfance , et élevés à Buénos-Ayres, leur servirent de guides et d'interprètes. Lenrs fatigues, leurs peines égalèrent celles des conquérans du nouveau monde. Le cou rage de religion est aussi grand pour le moins que le courage guerrier. Ils ne se rebutèrent jamais; et voici enfin comme ils réussirent.
Les bœufs , les vaches , les moutons amenés d'Europe à Buénos-Ayres, s'é taient multipliés à un excès prodigieux ; ils en menèrent une grande quantité avec eux ; ils firent charger des chariots de tous les instrumens du labourage et de l'architecture, semèrent quelques plaines de tous les grains d'Europe , et donnèrent tout aux sauvages qui furent apprivoisés comme les animaux qu'on prend avec un appât. Ces peuples n'étaient composés que de familles séparées les unes des autres , s. îus société , sans aucune religion : on les accoutuma aisément à la société, en leui donnant les nouveaux besoins des produc tions qu'on leur apportait. Il fallut que les missionnaires, aidés de quelques habitaus de Buénos-Ayres , leurapprissent à semer, à labourer, a cuire la brique, à façonner le bois, à construire des maisons; bientôt ces hommes furent transformés , et devinrent sujets de leurs bienfaiteurs.
S'ils n'adoptèrent pas d'abord le christianisme qu'ifs ne purent comprendre, leurs enfans élevés dans celle religion devinrent entièrement chrétiens.
L'établissement a commencé par ciu quante familles, et il monta , en i75o, à
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près de cent mille. Le» jésuites^ dan»
l'espace d'un siècle, ont formé trente canton», qu'ils appellent te fay* des Missions-, chacun contient jusqu à pré- Kent environ dix mille habitans. Un religieux de Saint-François, nommé Florentin , qui passa par le Paraguay en 17 1 1 , i*t qui, dans sa relation , marque à chaque page son admiration pour ce gouvernement si nouveau , dit que la peuplade de Saint-Xavier, où il séjourna long-temps, contenait trente mille personnes au moin». Si l'on s'en rapporte à son témoignage , on peut conclure que les jésuites t>e sont formé quatre cent mille sujet» par la »eulc persuation.
Si quelque chose peut donner l'idée de cette colonie, c'est l'ancien gouvernement de Lacédémone. Tout est commun * dans la contrée des Missions. Ces voisins du Pérou ne connaissent point l'or et l'argent. L'essence d'un Spartiate était l'obéissance aux lois de Lycurgue , et l'essence d'un Paraguéen a été jusqu'ici l'obéissance aux lois des jésuite» ; tout se ressemble , à cela près que les Paraguéen» n'ont point d'esclaves pour ensemencer leurs terres , et pour couper leurs bois , comme les Spartiates; ils sont les esclave» des jésuites.
Ce pays dépend, à la vérité, pour le spirituel, de I'évêqûe de Buénos-Ayres, et du gouverneur pour le temporel. 11 est soumis aux rois d Espagne , ainsi que les contrées de la Plata et du Chili ; mai» le» jésuites , fondateurs de la colonie , se sont toujours maintenus dan» le gouvernement absolu des peuples qu'ils* ont formés. Ils donnent au roi d'Espagne une piastre pour chacun de leur» sujets ; et cette piastre, il» la paient au gouverneur de Buénos-Ayres, soit en denrées, soit en monnaie ; car eux seuls ont de l'argent, et leurs peuples n'en touchent jamais.
C'est la seule marque de vassalité que le gouvernement espagnol crut alors devoir exiger. Ni le gouverneur de Buénos-Ayres i.e. pouvait déléguer un officier de guerre ou de magistrature au pays des jésuites, ui l'évéque ne pouvait y envoyer un curé.
On tenta une fois d'envoyer deux curés dans les peuplades appelées Notre-Dame de Foi, et Saint-Iguace; on prit même Ja précaution de les faire escorter par des xoldat-s: les deux peuplades abandonnèrent leurs demeures, elles se répartirent dans les autres cantons; et les deux curésdemeulé» seul» retournèrent a Buénos-Ayres.
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Un autre évêque , irrité de cette aventure, voulut établir l'ordre hiérarchique ordinaire dan» tout le pays de» Mission»; il invita tous le» ecclésiastiques de sa dépendance à se rendre chez lui pour recevoir leurs commissions : personne n'osa se présenter. Ce sont les jésuites euimèmes qui nous apprennent ces faits dans un de leurs mémoires apologétiques. Ils restèrent donc maîtres ob?oius dans le spirituel, et non moins maître» dans l'essentiel. Ils permettaient au gouverneur d'envoyer, parle pays des Missions, des officiers au Pérou ; mais ces officier» ne pouvaient demeurer que trois jours dans le pays. Ils ne parlaient à aucun habitant; et , quoiqu'ils se présentassent au nom du rot, ils étaient traités véritablement en étrangers suspects. Le» jésuites, qui ont toujours conservé le» dehors , tirent servir la piété à justifier cette conduite, qu'on put qualifier de désobéis* sance et d'insulte. Ils déclarèrent au conseil des Indes et de Madrid qu'ils ne pouvaient recevoir un Espagnol dans leurs provinces , de peur que cet officier ne corrompit les mœurs des Paraguéens ; et cette raison , si outrageante pour leur propre nation, fut admise par les rois d'Espagne, qui ne purent tirer aucun service des Paraguéens qu'à celte singulière condition , déshonorante pour une nation aussi Hère et aussi fidèle que l'espagnole.
Voici la manière dont ce gouvernement unique sur la terre était administré. Le provincial jésuite, assisté de son conseil , rédigeait les lois; et chaque recteur, aidé d'un autre conseil, les lésait observer; un procureur fiscal, tiré du corps des habitans de chaque canton , avait sous lui un lieutenant. Ces deux officiers fesaient tous les jours la visite de leur district, et avertissaient le supérieur jésuite de tout ce qui se passait.
Toute la peuplade travaillait; et les ouvriers de chaque profession rassemblés fesaient leur ouvrage en commun « en présence de leurs surveillans nommés par le Iiscal. Les jésuites fournissaient le chanvre, le coton, la laine, que les habitans mettaient en œuvre : il» fournissaient de même les grains pour la semence , et on recueiliait en commun. Toute la récolte était déposée dans les magasins publics. On distribuait à chaque famille ce qui suffisait à ses besoins : le reste était vendu à Buénos-Ayres et au Pérou. Ces
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peuples ont des troupeaux. 11» cultivent les blés, les légumes, l'indigo , le coton, te chanvre , les cannes de sucre, le jalap, l'ipécacuanha , et surtout la plante qu'un nomme herbe du Paraguay * , espèce de thé très recherché dans l'Amérique Méridionale , et dont on fait un trafic considérable. On rapporte en retour des espèces et des denrées. Les jésuites distribuaient les denrées, et lésaient servir l'argent et l'or à la décoration des églises et aux besoins du gouvernement. Ils «Mirent un arsenal dans chaque canton ; on donnait, à des jours marqués, des armes aux habitaus. Un jésuite était préposé à l'exercice; après quoi les armes étaient reportées dans l'arsenal , et il n'était permis à aucun citoyen d'en garder dans sa maison. Les mêmes principes qui ont fuit de ces peuples les sujets les plus soumis , en on l'ait de très bons soldats; ils croient obéir et combattre par devoir. On a eu plus d'une fois besoin de leurs secours contre les Portugais du Brésil , contre des brigands à qui on a donné le nom de M a indus, et contre des sauvages nommés Mosquites , qui étaient anthropophages.
Les jésuites les ont toujours conduits dans ces expéditions, et ils ont toujours combattu avec ordre, avec courage et avec succès.
Lorsqu'en 1662 les Espagnols firent le siège de la ville du Saint-Sacrement, dont les Portugais s'étaient emparés, siège qui a causé des accidens si étranges, un jésuite amena quatre mille Paraguécns, qui montèrent à l'assaut, et qui emportèrent la place. Je n'omettrai point un trait qui montre que ces religieux , accoutumés au commandement, en savaient plus que le gouverneur de Buénos-Ayres, qui était à la tète de l'armée. Ce général voulut qu'en allant à l'assaut on plaçât des rangs de chevaux au-devant des soldats, afin que, l'artillerie des remparts ayant épuisé son feu sur les chevaux , les soldats se présentassent avec moins de risque; le jésuite remontra le ridicule et
* On en fait, dan* l'Amérique Méridionale, le même uiage que les Anglais et les Hollandais font du thé. Cette plante n'eit pat astringente comme le thé, mais amère et stomachique. Les malheureux Péruviens , enterrés dans les mines avec une barbarie digne des descendans de Pizarre et d'Almagro, s'en servent pour ranimer leurs forces et soutenir leur courage.
le danger d'une telle enreprisc, et il Ct attaquer dans les règles.
La manière dont ces peuples ont tombaltu pour l'Espagne a fait voir qu'ils sauraient se défendre contre elle, et qu'il serait dangereux de vouluir changer leur gouvernement. Il est très vrai que les jésuites s'étaient formé dans le Paraguay un empire d'environ quatre cents lieues de circonférence, et qu'il» auraient pu l'étendre davantage.
Soumis dans tout ce qui est d'apparence au roi d'Espagne, ils étaient rois en ■■.;<•!, et peut-être les rois les mieux obéis de la terre. IL mit été à la fois fondateurs, législateurs, pontifes et souverains.
Un empire d'uneconstitutlon siétrange, dans un autre hémisphère, est l'effet le plus éloigné de sa cause qui ait jamais
f>aru dans le monde. Nous voyons depuis ong temps des moines princes dans notre Europe ; mais ils sont parvenus à ce degré de grandeur, opposé à leur état , par une marche naturelle : on leur a donné de grandes terres, qui sont devenues des fiefs et des principautés, comme d'autres terres. Mais, dans le Paraguay, on n'a rien donné aux jésuites ; ils se sont faits souverains sans se dire seulement propriétaires d'une lieue de terrain , et tout a été leur ouvrage.
Ils ont enfin abusé de leur pouvoir, et l'ont perdu ; lorsque l'Espagne a cédé au Portugal la ville du Saint-Sacrement et ses vastes dépendances, les jésuites ont osé s'opposer à cet accord ; les peuples qu'ils gouvernent n'ont point voulu se soumettre à la domination portugaise, et ils ont résisté également à leurs anciens et à leurs nouveaux maîtres.
Si on en croit la Rclaoio abtreviada , le général portugais d'Andrado écrivit , dès l'an 1750, aj général espagnol Valderios : « Les jésuites sont les seuls rebelles. Leurs indiens ont attaqué deux fois la forteresse portugaise du Pardo avec une artillerie très bien servie. »La même relation ajoute que ces Indiens ont coupé les tètes à leurs prisonniers, et les ont portées à leurs commandans jésuites. Si cette accusation est vraie, elle n'est guère vraisemblable.
Ce qui est plus sûr,, c'est que leur province de Saint-Nicolas s'est soulevée en 1757, et a mis treize mille combattans en campagne , sous les ordres de deux jésuites, Lamp et Tadco. C'est l'origine du
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bruit qui courut alors , qu'on jésuite s'était ia.t roi du Paraguay , sous le nom de Nicolas
Pendant que ces religieux lésaient la guerre en Amérique aux rois d'Espagne et de Portugal, ils étaient en Europe les confesseurs de ces princes. Mais enfin ils ont été accusés de rébellion et de parricide à Lisbonne; ils ont été chassés du Portugal en 17^8; le gouvernement portugais en a purgé toutes ses colonies d'Ainérique; ils ont été chassés de tous les états du roi d'Espagne, dans l'ancien et dans le nouveau monde; les parlemens de France les ont détruits par un arrêt; le pape a éteint l'ordre par une bulle ; et la terre a appri» enfin qu'on peut abolir tous les moines sans rien craindre.
( Essai sur Us mœurs. ) PARIS (siège de), par les Normands irr 885. -— Les Normands , fortifiés de tout ce qui *e joignait à eux, désolèrent long-tt mps l'Allemagne , la Flandre, l'Angleterre. Nous avons vu depuis peu des armées de cent mille hommes pouvoir prendre à peine deux villes après des victoires signalées : tant Part de fortifier les places et de préparer les ressources a été perfectionné. Mais alors des barbares , combattant d'autres barbares désunis, ne trouvaient, après le premier succès, rien qui arrêtât leurs courses. Vaincus quelquefois, ils reparaissaient avec de nouvelles forces.
Godcfroy, prince de Danemarck, à qui Charles-le-Gros céda enfin une partie de la Hollande, en 882, pénètre de la Hollande en Flandre ; ses Normands passent de la Somme à l'Oise sans résistance , prennent et brûlent Pontoise, et arrivent par eau et par terre devant Paris.
[885] Les Parisiens , qui s'attendaient alors à l'irruption des barbares, n'abandonnèrent point la ville, comme autrefois. Le comte de Paris, Odoo ou Eudes, que sa valeur éleva depuis sur le trône de France , mit dans la ville un ordre qui anima les courages, et qui leur tint lieu de tours et de remparts. "
Sipefroy, chef des Normands, pressa le siège avec une fureur opiniâtre, mais non destituée d'art. Les Normands se servirent du bélier pour battre les murs.
Cette invention est presque aussi ancienne que celle des murailles; car les hommes sont aussi industrieux pour détruire que pour édifier. Je ne m'écarterai ici qu'un
moment de mon sujet, pour observer que le chevalde Troie n'était précisément que la même machine, laquelle on armait d'une tétede cheval de métal, comme on y mit depuis une tète de bélier ; et c'est ce que Pausanias nous apprend dans sa description de la Grèce. Ils firent brèche, et donnèrent trois assauts. Les Parisiens les soutinrent avec, un courage inébranlable. Ils avaient à leur téte non seulement le comte Eudes, mais encore leur évêque Goslin » qui , chaque jour , après avoir donné la bénédiction à son peuple, se mettait sur la brèche* le casque en téte , un carquois sur le dos , et une hache è sa ceinture, et, ayant planté la croix sur le rempart, combattait à sa vue. Il paraît que cet évêque avait dans h ville autant d'autorité, pour le moins, que le comte Eudes, puisque ce fut a lui que Sigefroy s'était d'abord adressé , pour entrer par sa permission dans Paris. Ce prélat mourut de ses fatigues au milieu du siège, laissant une mémoire respectable et chère ; car s'il arma des mains que la religion réservait seulement au ministère de l'autel, il les arma pour cet autel même et pour ses citoyen;* , dans ia cause la plus juste , et pour la défense la plus nécessaire , première loi naturelle , qui est toujours au-dessus des lois de convention. Ses confrères ne s'étaient armés que dans des guerres civiles et contre des chrétiens. Peut-être, si l'apothéose est due à quelques hommes, eùt-il mieux valu mettre dans le ciel ce prélat qui combattit et mourut pour son pays, que tant d'homme* obscurs , dont la vertu , s'ils en ont eu, a été pour le moins inutile au monde.
Les Normands tinrent la ville assiégée une année et demie : les Parisiens éprouvèrent toutes les horreurs qu'entraînent dans un long siège la famine et la contagion qui en sont les suites, et ne furent
Poiut ébranlés. Au bout de ce temps , empereur Charles-le-Gros , roi de France , parut enfin à leurs secours , sur le mont de Mars, qu'on appelle aujourd'hui Montmartre; mais il n osa pas attaquer les Normands : il ne vint que pour acheter encore une trêve honteuse. Ces barbares quittèrent Paris pour aller assiéger Sens et piller la Bourgogne, tandis que Charles alla dans Maycuce assembler ce parlement qui lui ôta un trône dont U était si indigne.
( Annules de V empire. )
PAR
PAU
PAK1S (Folies politiques de), im 1707. — L'affaire la plus mémorable, et qui méritait le moio» de l'être, fut celle d'uu conseiller du parlement nommé Carré de Mongeron , fils d'un homme d'affaires. Il était très ignorant et très faible, débauché et sans esprit. Les jansénistes lui tournèrent Ja tête : il devint convulsionnaire outré. Il crut avoir vu des miracles ftt même en avoir fait. Les gens du parti le chargèrent d'un gros recueil de miracles, qu'il disait attestés par quatre raille personnes. Ce recueil était accompagné d'une lettre au roi que Carré eut l'imbécillité de signer, et la folie de porter lui-même à V ersailles. Ce pauvre homme disait au roi , dans sa lettre, « qu'il avait été fort débauché dans sa jeunesse , qu'il avait même poussé le libertinage jusqu'à être déiste , » comme si la connaissance et l'adoration d'un Dieu pouvaient être le fruit de la débauche ; mais c'est ainsi que le fanatisme imbécille raisonne [iq auguste 1737]. Le conseiller Carré alla à Versailles avec son recueil et sa lettre; il attendit le roi à son passage , se mit à genoux , présenta ses miracles : le roi les reçut, les donna au cardinal Fleuri; et, dès qu'on eut vu de quoi il était question, on expédia une lettre de cachet pour mettre à la Bastille le conseiller. On l'arrêta le lendemain dans sa maison, à Paris; il baisa la lettre de cachet en vrai martyr; le parlement s'assembla. Il n'avait rien dit quand on avait donné une lettre de cachet au duc de Bourbon , prince du sang et pair du royaume , et il fît une députation en fnvetn de Carré. Cette démarche ne servit qu'a faire transférer le prisonnier près d'Avignon, et ensuite au château de Valence, où il est mort fou. Un tel homme en Angleterre en aurait été quitte pour être siulé de la nation ; il n'aurait pas été mis en prison, parce que ce n'est point un crime d'avoir vu des miracles , et que , dans ce pays gouverné par les lois , on ne punit point le ridicule. Les convulsionnaires de Paris mirent Carré au rang des plus grands confesseurs de la foi.
fj 1 7->8 J Au mois de janvier, le parlement s'opposa à la canonisation de Vincent de Paul , prêtre gascon , célèbre en «on temps. La bulle de canonisation, 1 .'iivoyee par Benoit xin, parut contenir des maximes dont les lois de la France un /accommodent pas. Elle fut rejetée;
mais le cardinal Fleuri, qui protégeait les frères de Saint-Lazare, institués par \ iucent, et qui les opposait secrètement aux jésuites, lit casser par le conseil l'arrêt du parlement , et Vincent fut reconnu pour saint malgré les remontrances : aucune de ce* petites querelles ne troubla le repos de la France.
Après la mort du cardinal Fleuri et les mauvais sucées de la guerre de 1 74 ■ « le parlement reprit un nouvel ascendant.
Les impôts révoltaient les esprits, et les fautes qu'on reprochait aux minière» en rourageaient les murmures. La maladie épidémique des querelles de religion, trouvant les cœurs aigris, augmenta la fermentation générale. Le cardinal Fleuri, avant sa mort, s'était donné pour successeur dans les Hfaires ecclésiastiques un théatiu nommé Boyer, qu'il avait fait précepteur du dauphin. Cet homme avait porté dans son ministère obscur toute la pédanterie de son état de moine ; il avait rempli les premières places de l'église de France d'évêques qui regardaient la trop fameuse bulle [JnigenUus comme un article de foi et comme une loi de l'état. Beaumont q^ui lui devait Patehevèché de Paris, se laissa persuader qu'il extirperait le jansénisme. 11 engageait les curés de son diocèse à refuser la communion qu'on appelle le viatique, ce qui signifie provision de voyage, aux mourans qui avaient iippelé de la bulle, et qui s'étaient confessés à des prêtres appelans ; et , conséqueminent à ce refus de Communion, on devait priver les jansénistes reconnus de la sépulture. Il y a eu des nations chez lesquelles ce refus de la sépulture était un crime digne du dernier supplice ; et , dans les lois de tous les peuples, le refus des derniers devoirs aux morts est une inhumanité punissable.
Le curé de la paroisse de St.-Etiennedu-Mont, qui était un chanoine de Sainte- Geneviève, nommé frère Boitin, refusa d'administrer un fameux professeur de l'université , successeur du célèbre Bollin. L'archevêque de Paris ne s'apercevait pas qu'en voulant forcer ses diocésains a respecter la bulle, il les accoutumait à ne pas respecter les sacremcns. Coffin mourut sans être communié , on fit difficulté de l'enterrer; et son neveu , conseiller au Chàtelet, força enfin le cm»
de lui donner la sépulture; mais ce même conseiller, étant malade à la mort six
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mois après, à la fin de l'année 1760, fut puni d avoir enterré son oncle. Le même Boitin lui refusa l'eucharistie et les huiles , et lui signifia qVil ne serait ni communié, ni oint , ni enterré, s'il ne produisait un billet par lequel il fût certifié qu'il avait reçu l'absolution d'unir être attaché à la constitution. Ces billets de confession commençaient à être mis en usage par l'archevêque. Cette innovation tyrannique était regardée par tous les esprits sérieux comme un attentat contre la société civile. Les autres n'en voyaient que le ridicule , et le mépris pour l'archevêque retombait malheureusement sur Ha religion. Le parlement décréta le séditieux curé , l'admonéta , le condamna à l'aumône, et le fit mettre pendant quelques heures à la Conciergerie.
Le parlement fit au roi plusieurs remontrances très approuvées de la nation
}>our arrêter le cours des innovations de 'archevêque. Le roi , qui ne voulait point se compromettre, laissa une année entière les remontrances sans une réponse précise*
Dans cet intervalle, l'archevêque Beau* mont acheva de se rendre ridicule et odieux à tout Paris, en destituant une supérieure et une économe de l'Hôpital- Général, placées depuis long-temps dans ces postes par les magistrats du parlement. Destituer des personnes de cet état, sous prétexte de jansénisme, parut une démarche extravagante , inspirée par l'envie de mortifier le parlement beaucoup pluf.. que par le zèle de la religion. L.'Hôpital-Général , fondé par les rois, ou du moins qui les regarde comme ses fondateurs, est administré par des magistrats du parlement et de la chambre des comptes pour le temporel, et par l'archevêque de Paris pour le spirituel. Il y a peu de fonctions spirituelles attachées à des femmes chargées d'un soin domestique immense ; mais , comme elles pouvaient faire réciter quelquefois le catéchisme aux enfans, 1 archevêque soutenait que ces places dépendaient de lui. Tout Paris fut indigné; les aumônes à l'hôpital cessèrent, le parlement voulut procéder ; le conseil se déclara pour l'archevêque , parce qu'en effet ce mot spirituel semblait assurer son droit. Le parlement eut recours aux remontrances ordinaires , et ne voulut point enregistrer la déclaration du roi.
On était déjà irrité contre ce corps
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qui avait fait beaucoup de difficultés pour le vingtième et pour des rentes sur les postes. [20 novembre -75i] Le roi lui fit défense de se mêler dorénavant des affaires de l'Hôpital, et les évoqua toutes à son conseil. Le lendemain, le premier président de Maupeou, deux autres présidons, l'avocat et le procureur-général furent mandes à Versailles; et on leur ordoona d'apporter leurs registres, afin que tout ce qui avait été arrêté sur cette affaire fût supprimé. On ne trouva point de registre. Jamais phis petite affaire ne causa uoe plus grande émotion dans ies esprits. Le parlement cessa ses fonction» , les avocats fermèrent leurs cabinets ; le cours de la justice fut interrompu pour deux femmes d'un hôpital; mais ce qu'il y avait d'horrible, c'est que, pendant ces querelles indécentes et absurdes , on laissait mourir les pauvres faute de secours. Les administrateurs mercenaires de l'Hôtel-Dieu s'enrichissaient par la mort des misérables.
Plus de charité quand l'esprit de parti domine. Les pauvres moururent en foule; on n'y pensait pas ; et les vivans se déchiraient pour des inepties.
[18 novembre] Le roi fit porter - à chaque membre du parlement des lettres de jussion par ses mousquetaires, lies magistrats obéirent en effet : ils reprirent leurs séances; mais les avocats, n'ayant point reçu de lettres de cachet , ne parurent point au barreau. Leur fonction est libre. Ils n'ont point acheté leurs places. Us ont le droit de plaider, et le droit de ne plaider pas. Aucuu d'eux oe parut. Leur intelligence avec le parlement irrita la cour de plus en plus. Enfin les avocats plaidèrent , les procès furent jugés comme a l'ordinaire, et tout parut oublié.
Le frère Boitin, curé de St.-Eticnnedn-Alont , renouvela les querelles et les plaisanteries de Paris; il refusa la communion et l'extrême-onction à un vieux prêtre, nommé l'abbé Le Maire, qui avait soutenu le parti janséniste , do temps de la bulle Unigcnitus^ et qui l'avait très mal soutenu. Voilà frère Boitin décrété encore d'ajournement personnel. Voilà les chambres assemblées
f>our faire donner l'extrême-onction à 'abbé Le Maire , et invitation faite par un secrétaire de la cour à l'archevêque pour venir prendre sa place au parlement. L'archevêque répond qu'il a trop
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d'affaire» spirituelles pour aller juger , et que ce n'est que par son ordre qu'où a refusé de donner la communion et les huiles au prêtre Le Maire. Les chambres restèrent assemblées jusqu'à minuit. 11 n'y avait jamais en d'exemple d'une te] le séance. Frère Boitin fut encore condatnn é à l'aumône, et le parlement ordonna à l'archevêque de ne plus commettre de scandait. Le procureur général , le dimanche des Rameaux , va , par ordre du parlement, exhorter l'archevêque à donner les huiles è l'abbé Le Maire cjui se mourait ; le prélat le laissa mourir , et courut à Versailles se plaindre au roi que le parlement mettait la main à l'encensoir. Le premier président de Maupeou court de son coté à Versailles; il avertit le roi que le schisme se déclare en France, que l'archevêque trouble l'état, que les esprits sont dans la plus grande fermentation ; il conjure le roi de faire cesser les troubles. Le roi lui remet entre les mains un paquet cacheté, pour l'ouvrir dans les chambres assemblées. Les chambres s'assemblent , on lit l'écrit signé du roi qui ordonne que les procédures contre Boitin seront annulées. Le parlement, à cette lecture, décrète Boitin de prise de corps, et l'envoie saisir par des huissiers. Le curé s'échappe. Le roi casse le décret de prise de corps. Le premier président de Maupeou avec plusieurs députés portent au roi les remontrances les plus amples et les plus éloquentes qu'on eût encore faites sur le danger du schisme , sur les abus delà religion , sur l'esprit d'incrédulité et d'indépendance que toutes ces malheureuses querelles répandaient sur la nation entière. On lui répondit des choses vagues, selon l'usage.
[i 5 avril i75a] Le lendemain le parlement se rassemble: il rend un arrêt célèbre par lequel il déclare qu'il ne cessera point de réprimer le scandale, que la constitution de la bulle Unigenitus n'est point un article de foi , et qu'on ne doit point soustraire les accusés aux poursuites de la justice. On acheta dans Paris plus de dix mille exemplaires de cet arrêt ; et tout le monde disait : Voilà mon billet de confession.
Comme le théatin Boyer avait fait donner le siège de Paris à un prélat constitutionnaire , ce prélat avait aussi donné les cures à des prêtres du même parti. Il ne restait plus que sept à huit curés
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attachés à l'ancien système de l'église gallicane.
L'archevêque ameute les constitutionnaircs, Mgne et envoie au roi une requête en faveur des billets de confession contre les arrêts du parlement : aussitôt les chambres assemblées décrètent le curé de Saint-Jean-en-Grève, qui a minuté la requête ; le conseil casse le décret , et maintient le curé. Le parlement cesse encore ses fonctions, et ne rend plus justice que contre les curés. On met en prison les porte- Dieu , comme si ces pauvres porte-Dieu étaient les maîtres d'aller porter Dieu sans le concours du curé de la paroisse.
De tous côtés on portait des plaintes au parlement, de refus de sacremens. Un curé du diocèse de Langres , en communiant publiquement deux filles accusées de jansénisme , leur avait dit : «Je vous donne la communion comme Jésus l'a donnée à Judas. » Ces filles, qui ne ressemblaient en rien à Judas, présentèrent requête; et celui qui s'était comparé a Jésus-Christ fut condamné à l'amende honorable et à payer aux deux filles trois mille francs, moyennant lesquels elle»
furent mariées. On brûla plusieurs mandement d'évéques, plusieurs écrits qui annonçaient le schisme. Le peuple les appelait les feux do joie , et battait des mains. Les autres parleracns du royaume en fesaient autant dans leur ie:>£ort.
Quelquefois la cour cassait tous ces arrêts , quelquefois , par lassitude , elle les laissait subsister. On était inondé des éreits des deux partis. Les esprits s'échauffaient. Enfin l'archevêque de Paris , ayant défendu aux prêtres de Saint-Médard d'administrer une sœur Perpétue du couvent de Sainte-Agathe, le parlement lui ordonna de la faire communier, bous peine de la saisie de son temporel.
Le roi , qui s'était réservé la connaissance de toutes ces affaires, blâma son parlement, et donna main-levée à l'archevêque de la saisie de ses rentes. Le parlement voulut convoquer les pairs, le roi le défendit ; les chambres assemblées insistèrent et prétendirent que l'affaire de sœur Perpétue était de l'essence de la pairie. tCes défenses, dit l'arrêté, intéressent tellement l'essence de la cour et des pairs , et les droits des princes x qu'il n'est pas possible au parlement d'en délibérer sans eux. • Un arrêt du conseil du roi ayant été signifié au greffier du
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parlement sur cette affaire , le *4 janvier 1753, contre les formes ordinaires, le parlement en demanda satisfaction au roi même « par la suppression de l'original et de la copie de la signification. • Ce corps continuait toujours a poursuivre avec la même vivacité les curés qui prêchaient le schisme et la sédition. 11 y avait un fanatique nommé Boutord , curé du Plcssis-Rosainvilliers, chea qui les jésuites avaient fait une mission ; qucl-
aues magistrats, qui avaient des maisons e campagne dans cette paroisse , n'étaient contens ni des jésuites ni du curé. Il leur cria, d'une voix furieuse, de sortir de l'église , les appela jansénistes, calvinistes et athées, et leur dit qu'il serait fa premier à tremper ses mains dans leur sang. Le parlement ne le condamna pourtant qu'au bannissement perpétuel.
L'archevêque ne prit point le parti de ce fanatique. Mais, sur le refus de sacre mens, les arrêts du parlement étaient toujours cassés. Gomme il voulait forcer l'archevêque de la métropole à donner la communion, les suffragans n'étaient pas épargnés. On envoyait souvent des Jiuissiers à Orléans et à Chartres pour faire recevoir l'eucharistie. Il n'y avait guère de semaines où il n'y eût un arrêt du parlement , pour communier dans l'étendue de son ressort, et un arrêt du conseil pour ne communier pas. Ce qui aigrit le plus les esprits , ce fut l'enlèvement de sœur Perpétue. L'archevêque de Paris obtint un ordre de la cour pour faire enlever cette fille qui voulait communier malgré lui. On dispersa les religieuses ses compagnes. La petite communauté de Sainte- Agathe fut dissoute. Les jansénistes jetèrent les hauts cris , et inondèrent la France de libelles. Ils annonçaient la destruction de la monarchie. Le parlement était toujours persuadé que l'affaire de Sainte -Agathe exigeait la convocation des pairs du royaume. Le roi persistait à soutenir que la communion n'était pas une aûaire de la pairie.
Dans des temps moins éclairés, ces puérilités auraient pu subvertir la France. Le fanatisme s'arme des moindres prétextes. Le mot seul de sacrement aurait fait verser le sang d'un bout du royaume à l'autre. Les évêques auraient interdit les villes, le pape aurait soutenu les évêqties, on aurait levé des troupes pour
communier le sabre à la main ; mais le mépris que tous les honnêtes gens avaient pour le fond de ces disputes, sauva la France. Trois ou quatre cents convulsionnaires de la lie du peuple pensaient , à la vérité, qu'il fallait s égorger pour la bulle et pour sœur Perpétué : le reste delà nation n'en croyait rien. Le parlement était devenu cher aux peuples par son opposition à l'archevêque et aux arrêts du conseil ; mais on se bornait à l'aimer , sans qu'il tombât dans la tête d'aucun père de famille, de prendre les armes et de donner de l'argent pour soutenir ce corps contre la cour, comme on avait fait du temps de la fronde. Le parlement, qui avait pour lut la faveur publique , sopiniâtrait dans ses résolutions qu'd croyait justes, et n'était pas séditieux.
Les refus de sacremens , les querelles entre la juridiction civile et les prétentions ecclésiastiques s'étant multipliés dans les diocèses de Paris , d'Amiens , d'Orléans , de Chartres , de Tours ; les jésuites soufflant secrètement cet incendie; les jansénistes criant arec fureur; le schisme paraissant près d'éclater , le parlement avait préparé de très amples remontrances , et il devait envoyer an roi une grande députation. [3o avril 1753] Le roi ne voulut point la recevoir ; il demanda préalablement à voir les articles sur lesquels ces représentations porteraient ; on les lui envoya : le roi répoudit qu'ayant examiné les objets de ces remontrances, il ne voulait point les entendre.
[5 mai] Les chambres s'assemblent aussitôt ; elles déclarent qu'elles cessent toute espèce du service, excepté celui de maintenir la tranquillité publique contre les entreprises du clergé. Le roi leur ordonne , par des lettres de jussion , de reprendre leurs fonctions ordinaires, de rendre la justice à ses sujets, et de ne se plus mêler d'affaires qui ne les regardaient pas. Le parlement répond au roi qu'il ne peut obtempérer. Ce mot obtempérer fît à la cour un singulier effet. Toutes les femmes demandaient ce que ce mot voulait dire ; jet , quand elles surent qu'il signifiait obéir, elles firent plus de bruit que les ministres, et que les commis des ministres
[6 mai] Le roi assemble un grand conseil. On expédie des lettres de cachet pour tous les membres dn parlement, excepté ceux de la grand'chambre. Les
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mousquetaires du roi courent dans toutes la ville pendant la nuit du 8 au 9 mai ; et font partir tous les présidens et les conseiller» des requêtes et des enquêtes pour les lieux de leur exil. On envoie avec une escorte l'abbé Chauvelin au moût Saint- Michel , et ensuite à la citadelle de Gaen; le président Fréroont de Alasy, pclil-fils d'un fameux partisan, au château de llam en Picardie ; le président de Moreau de Bésigni, aux îles de Sainte-Marguerite; et Beze de Lys, à Pierrc-Eqcisc.
[10 mai] Les conseillers de la grand' chambre s'assemblèrent. Ils étaient exceptés du châtiment général, parce que plusieurs ayant des pensions de la cour, et leur âge devant les rendre plus Uexibles, on avait espéré qu'ils seraient plus ebéissans; mais, quand ils furent assemblés, ils furent saisis du même esprit que les enquêtes : ils dirent qu'ils voulaient subir le même exil que leurs confrère.-. ; et, dans cette séance même, ils décrétèrent quelques curés de prise de corps. Le roi envoya la grand'cliambre. à Pontoise, comme le duc d'Orléans régent l'y avait déjà reléguée. Quand elle fut à Poutoise, elle ne s occupa que des affaires du schisme. Aucune cause particulière ne se présenta.
[18 septembre] Cependant il fallait pourvoir à faire rendre la justice aux citoyens. On créa une chambre composée de six conseillera d'état et de vingt-un maîtres des requêtes . qui tiurent leurs séances aux Grands-Augustins , comme s'ils n'osaient pas siéger dans le Palais. Les ut.ages ont une telle force chez les hommes, que le roi , en disant qu'il érigeait celte chambre de sa certaine ei de sa pleine puissance, n'osa se servir de sa puissance, pour en faire enregistrer l'érection dans son conseil d'état, quoique ce conseil ait des registres aussi hien que les autres cours. On s'adressa au châlelet, qui n'est qu'une justice subalterne. Le châtelet se signala en n'enregistrant point; et, parmi les raisons de son refus, il allégua que Glotaire Ier. et Clotaire 11 avaientdéfendu qu'on dérogeât aux anciennes ordonnance des Francs. La cour se contenta de casser la sentence du châlelet ; et , en conséquence de ses ordres, une députa tion de la chambre se transporta au châtelet , fit rayer la sentence sur les registres, enregistra elle même; et, cette procédure inutile étant faite, le châlelet lit uneprotes- 1 ..tion plus inutile. On changea le nom de
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cette chambre , qui ne s'était appelée jusque-là que chambre des vacations : elle reçut le titre de chambre royale ; elle siégea au Louvre au lieu de siéger aux Augustins, et n'en fut pas mieux accueillie du public. On euvoyades lettres de cachet à tous les membres du châtelet pour enregistrer sous le nom de royale ce qu'on n'avait pas voulu enregistrer sous le nom de vacations.
Tous ces petits subterfuges compromettaient la dignité de la couronne. Le lieutenant civil enregistra du très exprès commandement du roi.
On ne délibéra point. Tont Paris s'obstina à tourner la chambre royale en ridicule; elles'yaccoutumasibien, qu'elle s'assembla quelquefois en riant, et qu'elle plaisantait de ses arrêts.
11 arriva cependant une affaire sérieuse. Je ne sais quel fripon , nommé Sandrin, ayant été condamné à être pendu par le châtelet, en appela à la chambre royale, qui conlirma la sentence. Le châtelet prétendit qu'on ne devait en appeler qu'au parlement , et refusa de pendre le coupable. Le rapporteur de cette cause criminelle , nommé Milon , fut mis à la Bastille pour n'avoir point fait pendre Sandrin. Le châlelet alors cessa ses fonctions comme le parlement ; il n'y eut plus aucune justice dans Paris. Aussitôt lettres de cachet au châtelet pour rendre la justice ; enlèvement des trois conseillers les
F lus ardens. La moitié de Paris riait , et autre moitié murmurait. Les convulsion naires protestaient que ces démêlés fini- 1. lient tragiquement; et ce qu'on appelle à Paris la bonne compagnie, assurait que tout cela ne serait jamais qu'une mauvaise farce.
Les autres parlemens imitaient celui de Paris ; et, partout où il y avait des refus de sacremens, il y avait des arrêts, cl ces arrêts étaient cassés : le châtelet de Paris était rempl* de confusion, le chambre royale presque oisive, le parlement exilé; et cependant tout était tranquille. La police agissait, les marchés se tenaient avec ordre , le commerce florissait , les spectacles réjouissaient la ville, l'un possibilité de faire juger des procès obligeait les plaideurs de s'accommoder ; on prenait des arbitres au lieu de juges.
Pendant que la magistrature était ainsi avilie , le clergé triomphait. Tous les prê très bannis par le parlement revenaient ; les cuiés décrétés exerçaient leurs fonc-
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lions, l'esprit du ministère alors était de favoriser l'église contre le parlement , parce que jusque-là on ne pouvait accuser l'archevêque de Paris d'avoir désobéi au roi , et où reprochait au parlement des désobéissances lbrroelles.Cependant toute la cour s'empressa de négocier , parce qu'elle n'avait rien à faire. 11 fallait mettre fin à cette espèce d'anarchie. On ne pouvait casser le parlement , parce qu'il aurait fallu rembourser les charges , et qu'on avait très peu d'argent. On ne pouvait le tenir toujours exilé , puisque les hommes ne peuvent être assez sages pour ne pan plaider.
£ Auguste 1754] EnGn le roi prit l 'occasion de la naissance d'un duc de Berri pour faire grâce. Le parlement fut rappelé. Le premier président de Ma u prou fut reçu aans Paris aux acclamations du peuple. La chambre royale fut supprimée; mais il était beaucoup plus aisé de rappeler le parlement que de calmer les esprits. A peine ce corps fut-il rassemblé, que les refus des sacremens recommencèrent.
L'archevêque de Paris se signala plus que jamais dans cette guerre de billets de confession. Le premier président de Maupeou , qui avait acquit» beaucoup de crédit auprès du roi par sa sagesse, fit enfin connaître tous les excès de l'archevêque. Le roi voulut essayer si ce prélat désobéirait à ses ordres comme le parlement avait désobéi. 11 lui enjoignit de ne plus troubler l'état par son dangereux zèle. Beaumont prétendit qu'il fallait obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. Le roi l'exila; mais ce fut à Gonflans, à sa maison de campagne , à deux lieues de Paris ; et il fesait autant de mal de Con flans que de son archevêché.
Le parlement eut alors liberté toute entière d'instrumenter contre les habitués , vicaires, curés , porte«Dieu , qui refusaient d'administrer les mourans.
Bcaumont était aussi inflexible que le parlement avait été constant. Le roi l'exila à Ghampcaux , dernier bourg de son diocèse. Le parlement avait passé dans toute la France pour le martyr des lois : l'archevêque lut regardé daus son petit parti comme le martyr de la foi. De Ghampeaux on l'envoya à Lagny. Les évêques d'Orléans et de Troyes, qui étaient de sa faction, furent punis aussi légèrement; -ils en étaient quittes pour aller en leurs maisons de plaisance; mais enfin l'évêque de Troyes qui rendait son zèle ridicule par une
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vie scandaleuse, et qui était accablé de dettes, fut renfermé chez des moines en Alsace, et obligé de se démettre de son évêché.
Le roi avait ordonné le silence sur toutes les affaires ecclésiastiques, et personne ne le gardait.
La Sorbonne , autrefois janséniste , et alors constitutionnaire, ayant soutenu des thèses contraires aux maximes du royaume, le parlement ordonna que le doyen, le syndic , six anciens docteurs et professeurs en théologie viendraient avec le scribe de la faculté et avec les registres. Ils furent réprimandés, leurs cooci unions biffées , ordre à eux de se taire , suivant la déclaration du roi.
La Sorbonne prétendit <jue c'était le parlement qui contrevenait à la loi du silence, puisqu'il ne se taisait pas sur ce qui se passait dans l'intérieur des écoles de Sorbonne. Le parlement ayant fait défense à ces docteurs de s'assembler, ils dirent qu'ils discontinueraient leurs leçons comme le parlement avait interrompu ses séances. Il fallut les contraindre par un arrêt de faire leurs leçons. Le ridicule se mêlait toujours nécessairement à ces que»» relies.
L'année 1755 se passa toute entière dans ces petites disputes , dont la nation commençait à se lasser. Il s'ouvrait une plus grande scène. On était menacé de cette fatale guerre dans laquelle l'Angleterre a enlevé au roi de France tout ce qu'il possédait dans le continent de l'Amérique Septentrionale , a détruit toutes ses Hottes, et a ruiné le commerce des Français aux Grandes-Indes et en Afrique. Il fallait de l'argent pour se préparer à cette guerre. Les finances avaient été très mal administrées. L'usage ne permettait pas qu'on créât des impôts sans qu'ils fussent enregistrés au parlement. C'était le temps de faire sentir qu'il se souvenait de son exil. Le roi , après avoir protégé ce corps contre les évéques constitutionuaires, les protégeait alors con tic le parlement : tant les choses changent aisément à la cour! Une assemblée du clergé , en 1756 , avah porté de grandes plaintes contre le parle* ment du royaume, et paraissait écoutée.
De plus, le roi prenait alors le parti du grand conseil contre le parlement de Parts, qui lui contestait sa juridiction. L'embarras de la cour à soutenir la, guerre prochaine rendait les esprits plus altiers et plus difficiles.
Le parlement tourna contre le grauJ
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conseil toutes ses batteries , dressées auparavant contre les constilutionnaircs. 11 convoqua les princes et les pairs du royaume pour le 18 février. Le roi le sut aussitôt, et défendit aux princes et aux pairs de se rendre à cette invitation*. Le parlement soutint son droit d'inviter les pairs. 11 le soutint inutilement et ne fît que déplaire à la cour. Aucun pair n'assista à ses assemblées.
Ce qui choqua le plus le gouvernement, ce fut l'association de tous les parlcmens du royaume, qui se fît alors sous le nom de classes. Le parlement de Paris était la première classe, et tous ensemble paraissaient former un même corps qui représentait le royaume de France. Ce mot de classe fut sévèrement relevé par le chancelier de Lnmoignon. Il fallait enregistrer les nouveaux impôts, et ou n'enregistrait rien. On ne pouvait soutenir la guerre avec des remontrances : cet objet était plus important que la bulle des convulsions, et des arrêts contre des porte- Dieu.
[ai auguste 1736] Le roi tint un lit de justice à Versailles ; les princes et les pairs y assistèrent, le parlement y alla dans cinquante-quatre carrosses ; mais auparavant il arrêta qu'il n'opinerait point. II n'opina point en efl'ct, et on enregistra malgré lui l'impôt des deux vingtièmes avec quelques autres. Dès qu'il put s'assembler à Paris, il protesta contre le lit de justice tenu à Versailles. La cour était irritée. Le clergé constitutionnaire, croyant le temps favorable , redoublait ses entreprises avec impunité. Presque tous les parlemens du royaume Tenaient des remontrances au roi. Ceux de Bordeaux et de Rouen ressaient déjà de rendre la justice. La plus saine partie de la nation en murmurait, et disait :« Pourquoi punir les pa rticulier.s des entreprises de la cour ? •
Enfin, après avoir tenu beaucoup de conseils secrets, le roi annonça un nouveau lit de justice pour le i3 décembre. Il arriva au parlement avec les princes du sang, le chancelier et tous les pairs. 11 fît lire un édit dont voici les principaux articles :
» i°. Bien que la bulle ne soit pas une règle de foi , on la recevra avec soumission.
• a°. Malgré la loi du silence, les évêques pourront dire tout ce qu'ils voudront, pourvu que ce soit avec charité.
• 3°. Les refus de sacremeus seront
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jugés par les tribunaux ecclésiastiques et non civils , sauf l'appel comme d'abus.
■ 4°. Tout ce qui s'est fait précédemment au sujet de ces querelles sera enseveli dans l'oubli. »
Voilà quant aux matières ecclésiasti-
3ues; et, pour ce qui regarde la police u parlement , voici ce qui fut ordonné :
• i°. La grand'chambre seule pourra connaître de toute la police générale.
« a°. Les chambres ne pourront être assemblées sans la permission de la grandchambre.
• 3°. Nulle dénonciation que par le procureur général.
«4° Ordre d'enregistrer tous les édiLs immédiatement après la réponse du roi aux remontrances permises.
«5°. Point de voix délibérative dans 1rs as>emhlées des chambres avant di\ ans de service.
• 6°. Point de dispense avant l'âge de vingt-cina; ans.
«7°. Défense de cesser de rendre justice sous peine de désobéissance. »
Ces deux édits altérèrent la compagnie ; mais elle fut foudroyée par un troisième qui supprima la troisième et la quatrième chambres des enquêtes. Le roi sortit après cette séance à travers les flots d'un peuple immense qui laissait voir la consternation sur son visage. A peine fut-il sorti, que la plupart des membres du parlement signèrent la démission de leurs charges. Le lendemain et le surlendemain, la grand'chambre signa de même. Il n'y eut enfin que les présidens à mortier et dix conseillers qui ne signèrent pas. Si la démarche du roi avait étonné le parlement, la résolution du parlement n'étonna pas moins Je roi. Ce corps ne fut que tranquille et ferme; mais les discours de tout Paris étaient violens et emportés. ( Histoire du parlement. )
PARIS (le diacre ). — o»v febmr son tombeau, (27 janvier 1731). — Des enthousiastes s'imaginèrent qu'un diacre, nommé Pàris , frère d'un conseiller au parlement, appelant et réappelant, enterré dans le cimetière de Saint-Médard, devait faire des miracles. Quelques personnes du parti, qui allèrent prier sur son tombeau, curent l'imagination si frappée, que leurs organes ébranlés leur donnèrent de légères convulsions. Aussitôt la tombe fut environnée de peuple : la foule s'y pressait jour et nuit. Ceux qui montaient sur la tombe donnaient à leur corps des secousses qu'ils prenaient eux-
3so PAR
mêmes pour de» prodiges. Le» fauteurs secrets du parti encourageaient cette frénésie. On priait en langue vulgaire, autour du tombeau ; on ne parlait que de sourds
3ui avaient entendu quelques paroles, 'aveugle* qui avaient entrevu, d'eslropiés qui avaient marché droit quelques momens. Ces prodiges étaient même juridiquement attestés par une foule de témoins qui les avaient presque vus , parce qu'ils étaient venus dans l'espérance de les voir. Le gouvernement abandonna pendant un mois celte maladie épidémique à elle-même. Mais le concours augmentait; les miracles redoublaient; et il fallut enfin fermer le cimetière , et y mettre une garde. Alors les mêmes enthousiastes allèrent faire leurs miracles dans les maisons. Ce tombeau du diacre Pâris fut en effet le tombeau du jansénisme dans l'esprit de tous les honnêtes gens. Ces farces auraient eu des suites sérieuses dans des temps moins éclairés. Il semblait que ceux qui les protégeaient ignorassent à quel siècle ils avaient affaire.
Ces extravagances ont été en France les derniers soupirs d'une secte qui, n etant plus soutenue par des Arnauld, des Pascal et des Nicole, et n'ayant plus que des convulsionnaires , est tombée dans l'avilissement. On n'entendrait plus parler de ces querelles qui déshonorent la raison et font tort à la religion , s'il ne se trouvait de temps en temps quelques esprits remuans qui cherchent dans ces cendres éteintes quelques restes du feu dont ils essaient de faire un incendie. Si jamais ils y réussissent , la dispute du moiinisme et du jansénisme ne sera plus l'objet des trouble*. Ce qui est devenu ridicule ne peut plus être dangereux. La querelle changera de nature. Les hommes ne manquent pas de prétextes pour se nuire, quand ils n'en ont plus de cause.
La religion peut encore aiguiser les poignards, il y a toujours dans la nation un peuple qui n'a nul commerce avec les honnêtes gens,' qui n'est pas du siècle, qui est inaccessible aux progrès de la raison, et sur qui l'atrocité du fanatisme conserve son empire comme certaines maladies qui n'attaquent que la plus vile populace.
05 BRULE SA VIS. (29 août lj3 1 . )
—Un des grands miracles de ce nouveau saint était de donner des convulsions à ceux qui l'invoquaient. Jamais il n'y eut de fanatisme plus accrédité.
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Cette nouvelle folie ne favorisait le jansénisme aux yeux des gens sensés ; mais elle établissait dans toute la nation une aversion pour la bulle et pour ce qui émane de Rome. On se hâta d'imprimer la Vie de Saint Pâris. « La sacrée congrégation des éminentissiraes et revérndissimes cardinaux de la sainte église romaine*, inquisiteurs généraux dans toute la république chrétienne contre les hérétiques, • prononça excommunication majeure contre ceux qui liraient la vie dn malheureux diacre, et condamna le livre à être brûlé. [20 auguste 173 1] L'exécution se fît avec ïa grande cérémonie extraordinaire. On dressa dans la place, vis à-vis le couvent de la Minerve, un vaste échafaud , et à trente pas un grand bûcher. Les cardinaux montèrent sur l'échafaud : le livre fut présenté, Hé et garrotté de petites chaînes de fer, au cardinal doyen. Celui-ci le donna au grand inquisiteur qui le rendit au greffier; le greffier le donna au prévôt, le prévôt à un huissier, l'huissier à un archer, l'archer au bourreau. Le bourreau l'éleva en l'air en se tournant gravement vers les quatre points cardinaux; ensuite il délia le prisonnier; il le déchira feuille a feuille ; il trempa chaque feuille dans de la poix bouillante ; ensuite on versa le tout dans le bûcher , et le peuple cria anathème aux jansénistes . ( S iècie de Louis XF.)
PARLEMENT DE CH VLONS — coc
RAGE QU'IL D1ÏPL01K Kit F A \ m r d'hKHII IV.
( 1691. ) — Pendant que le parlement de Paris était tour-à-tour l'organe et la victime de la ligue , il faut voir ce que lésaient alors les autres parletnens du royaume. Celui de Provence avait envoyé au duc de Savoie Philibert-Emmanuel , gendre de Philippe 11 , une députation solennelle, composée de Chastel, évêque de Riez, du baron d'Ampus, et d'un avocat nommé Fabrèsrues.
[i4 novembre 1591] Le duc arriva dans Aix. On lui présenta le dais comme au roi; tous les membres du parlement lui baisèrent la main. Honoré du Laurens porta la parole pour toute la compagnie; on le reconnut pour protecteur de la province, et on lui prêta serment de fidélité.
Le parlement de Grenoble était alors partagé ; ceux qui étaient fidèles au roi s'étaient retirés au Pertuis ; mais Lesdiguières, qui fut depuis connétable, ayant pris la ville, le parlement se réunit, et
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n'administra pins la justice qu'au nom du roi.
Le parlement de Rouen se trouvait dans une situation toute semblable à celle qu'éprouvait le parlement de Paris ; entièrement dominé par la faction de la ligue , et à la merci des troupes espagnoles» il eut le malheur de rendre l'arrêt suivant , le premier janvier 169a.
« La cour a fait, et fait très expresses inhibitions et défenses à toutes personnes, de quelque état,' dignité et condition qu'elles soient, sans nul excepter, de favoriser, en aucun acte et manière que ce soit , le parti de Henri de Bourbon ; mais s'en désister incontinent, à peine d'être pendues et étranglées. Ordonne ladite cour que monition générale sera octroyée ' au procureur général, nemine demjko, pour informer contre ceux qui favoriseront ledit Henri de Bourbon et ses adhérens... est ordonné que par les places publiques seront plantée* potences pour y pendre ceux qui seront si malheureux que d'attenter contre leur patrie. »
Il n'y eut que le parlement du roi , séant tantôt à Tours , tantôt à Ghâlons , qui put donner un libre cours à ses sentimens patriotiques. Le pape Grégoire xiv, à son avènement au pontificat , avait d'abord envoyé un nonce à la ligue pour seconder le cardinal Cajetan , qui fesait à Paris les fonctions de légat. Ce nonce s'appelait Landriano; il apportait des bulles qui renouvelaient les excommunications et les monitoires contre Henri m et Henri iv.
Le petit parlement de Châlons, qui n'avait pas même alors de président à sa tête, déploya toute la vigueur que les autres auraient montrée s'ils avaient été ou plus libres, ou moins séduits. Il décréta de prise de corps Landriano , soi-disant nonce du pape , qui avait osé entrer dans le royaume sans la permission du roi, le fit citer trois jours de marché à son de trompe, accorda dix mille livres de récompense à qui le livrerait à la justice, défendit aux archevêques et évêques de publier ses bulles, sous peine d'être déclarés criminels de lèse-majesté, et enfin appela au futur concile de l'élection de Grégoire xiv.
Cette démarche, qui étonna toute la France, était régulière et simple. C'était en effet une insulte à toutes les lois et à la raison humaine, Qu'un évoque étranger osât dévider du axait des couronnes.
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La religion qui lui servait de prétexte condamnait elle-même cette audace , et le bon sens en fesait sentir le ridicule ; mais, depuis Grégoire vu , l'opinion , qui fait tout, avait enraciné ces funestes idées dans toutes les têtes ecclésiastiques, qui avaient versé ce poison dans celles des peuples. L'ignorance recevait ces maximes , la fraude les appuyait , et le fer les soutenait. Un moine suffisait alors parmi les catholiques pour persuader que l'apôtre Pierre , qui n'alla jamais à Rome , et qui ne pouvait savoir la langue latine , avait siégé vingt-cinq ans sous Tibère et sous d'autres empereurs, dans un temps où le titre d'évéque n'était affecté à aucun lieu; et, que de te pré tendu siège, il avait transmis à Grégoire xiv, qui vint quinze cents ans après lui, le droit de parler en maître à tous Jes souverains et à toutes les églises. Il Cillait être ligueur effréné, ou imbécille, pour croire de telles fables , et pour se soumettre à une telle tyrannie.
Il se trouva, pour l'honneur de la France, deux cardinaux et boit évéques qui secondèrent la fermeté du vrai parlement , autant que le permettait leur caractère. Les cardinaux étaient celui de Bourbon , cousin-germain du roi ; et de Lenoncour, quoique lorrain. Les prélats étaient de Beaune, archevêque de Bourges; du Bec, évêque de Nantes; de Thou,évêque de Chartres; Fumée, de Beauvais ; Sourdis , de Maillesais * ; d'Angennes , du Mans ; Clausse , de Châlons ; d'Aillon , de Baveux. Leurs noms méritent d'être consacrés à la postérité.
[ai septembre i5qi] Ils firent ensemble un mandement à Chartres, adressé à tous les catholiques du royaume. « Nous sommes informes, disent-ils, que Grégoire xiv, mal instruit, et trompé parles artifices des ennemis de l'état, a envoyé des bulles et des monitoires pour interdire et excommunier les èvêques, les princes et la noblesse, qui ne sont pas rebelles à leur roi.... Après une mûre délibération , nous déclarons ces excommunications nulles dans la forme et dans le fond , injustes , dictées par les ennemis de la France..., sans préjudicier a l'honneur du pape. •
Le parlement du roi, alors séant à
* Évêché qui ne «ub«Ute plus , et qui fat t«n«fété à la Rochelle, dèi Taaade 164*.
3aa F A IV
PAR
Tours, fit mieux: il fit brûler par la main du bourreau les bulles du pape, et déclara Grégoiie, soi -dînant pape, perturbateur du repos public , et complice de l'a»sassinai de Henri m, puisqu'il l'avait approuvé.
Le parlement de Paris, de sou côté, presse par les ligueurs, fit brûler l'arrêt de celui de Tours au pied du grand escalier, et lui donna les qualifications d'exéc radie et d'abominable.
Le parlement de Tours traita de mAnic l'arrêt du parlement de Paris. 11 fallait que la victoire jugeât de ces disputes : mai» Henri iv, à qui le duc de Parme avait lait lever le siège de Paris et de. Rouen , n'était pas encore en état d'avoir raison \
Le premier président Achille de Harlay était alors auprès du roi; c'était lui qui soutenait la dignité du parlement de Tours et de Chàlons. 11 s'était enfin radie té de la -prison de la Bastille , et avait trouvé le moyen de se rendre auprès de Henri iv. 11 conçut le premier l'idée de secouer enfin pour jamais le joug du pape , et de créer un patriarche. Le cardinal de Leuoncour et l'archevêque de Bourges eutraieut dans ce dessein ; mais il était impraticable. Il eût fallu changer tout d'un coup l'opinion des hommes, qui ne change qu'avec le temps, ou avoir assez de troupes et assez d'argeut pour commauder à l'opinion.
(Histoire du parlement.)
PARLEMENT DE PARIS. — plusieurs OK SKS MKMBBUS SONT MIS A LA BAS- TILLE. (16 janvier i58q. ) — La ligue à Paris était toute- puissante ; la factiou uommée des seize , composée de bourgeois et vendue a l'Espagne et au pape, elait maîtresse de la ville.
Le lundi 16 janvier 1589, Jean Le Clerc dit Bussy, autrefois procureur au parlemeut , et devenu gouverneur de la Bastille , se transporta ù la graud'eham bre, suivi de cinquante satellites couverts de cuirasses et le pistolet a la main ; il ordonua au premier président de iiarlay, au* présidens de Tbou et Potlûer de le suivie. Il alla ainsi de chambre en chambre se saisir des magistrats qui!
soupçonnait être attachés au roi. Us
* Daniel supprime ou étrangle toui ce» faits rapporté* par do Thou. Ce n'eai pas la peine d écrire l'histoire de France pour oublier dei chose* ai capitales.
furent conduits à la Bastille au nombre de cinquante, à travers deux haies de bourgeois.
Quelques membres de la chambre des comptes , du grand conseil et de la cour des aides furent mis dan» d'autres prisons.
Le parlement était alors composé d'environ cent quatre-vingts membres. 11 y en eut cent i ingtsixqui firent serment , sur le crucifix , de ne jamais se départir de la ligue, et de poursuivre la vengeance de la mort du duc et du* cardinal de Guise contre les auteurs et les complices. Les greffiers, les avocats, les procureurs, les notaires, firent le même serment, au nombre de trois cent vingt-six.
Le mardi 17 janvier, qui était le lendemain de 1 emprisonnement des cin- , quaute magistrats, le parlement tint se* séance» comme à l'ordinaire. L'audience fut tenue par le président Barnabé Brisson , qui accepta ce dangereux poste. 11 crut se préparer une ressource contre l'indignation du roi, en protestant secrètement , par-devant les notaires Luçon et Le Noir, que c'était malgré lui qu'il présidait à ce parlement , et qu'il cédait à h violence : protestation qui sert rarement d'excuse, et qui ne décèle qu'un esprit faible.
Le premier président Achille de Harlay, plus courageux , aima mieux rester à la Bastille que de trahir soa roi et sa coqs ri en ce. Brisson crut ménager les deux partis, et lut bientôt la victime de >a politique malheureuse.
( Histoire du parlement.) PARLEMENT DE PARIS.— akMxm*
VILK QU'IL H.KND CONTEE LB PRIKCB Dl COUDS,
bn 1 Ô99. — Henri iv était le plus grand homme de son temps, et cependant il eut des faiblesses impardonnables. On ue peut l'excuser d'avoir, à l'âge de cinquante-sept ans, fait l'amour à la princesse de Coude, qu'il venait de marier lui-même. Voici ce que le conseiller d'état Lénet nous dit avoir appris de la bouche de cette princesse. Le prince de Coude, son mari, s'était retiré avec elle à l'entrée de la Picardie. Un de» confideus de Henri iv, nommé de Trigoi, sut engager la mère et la femme du prince à venir voir chasser la meute du roi , et a vouloir bien accepter une collation dan* sa maison.
Elles y allèrent ; un piqueur de la livrée du roi s'approcha de la portière, avec un emplâtre sur fueil , sou» prétexte de
FAH
Les conduire, C'était Henri iv lui-même. Celle cjtiï était l'objet de cet étrange rléguisement avoua depuis à Lénet qu'eue n'en avait pa^ été fâchée , non qu'elle put aimer le roi, mais elle était llattée de plaire au souverain, et même de l'avilir. Dès qu'elle fut arrivée au château du sieur de Tiigni, elle vil le roi qui l'attendait et qui se jeta à ses, pieds. Elle fut effrayée; sa belle-mère eut l'imprudence d'en avertir le prince de Condé qui, bientôt après s'élant plaint inutilement au roi, et l'ayant appelé tyran, comme les Mémoires tic SulU l'avouent, obligea sa femme de s'enfuir avec lui, et de le suivre en croupe à Bruxelles.
Si on s'en rapporte à toutes les lois de l'honneur, de la bienséance, aux droits de tous les maris, à ceux de la liberté naturelle, le prince de Condé n'avait nul reproche à se faire, et le roi seul avait tort. Il n'y avait point encore de guerre entre la France et l'Espagne; ainsi on ne j>ouvait reprocher au prince de s'être retiré chez les ennemis. Mais apparemment il y a pour ceux du sang royal des lois qui ne sont pas pour les autres hommes. Henri iv alla lui-même au parlement, sans pompe, sans cérémonie, s'assit aux bas sièges, le parquet étant gardé parles huissiers ordinaires; là il fit rendre un arrêt par lequel « le prince était condamné à subir le châtiment qu'il plairait à sa majesté d'ordonner. • Le parlement était sûr, sans doute, que le roi n'en ordonnerait aucun; mais par l'énoncé il semblait que le roi fût en droit d'ordonner la peine de mort. Cependant l'équité naturelle et le respect pour le genre humain ne doivent laisser un tel pouvoir à personae, lut- ce à un Henri îv.
(Histoire du 'parlement.)
PARLEMENT DE PARIS. — sus olb-
BELLBS AVEC LE DVC d'ÉPRR >()>' EN l6l5.
Pendant que ces derniers états généraux étaient assemblés en vain, que cent intrigues opposées agitaient la cour, et que les lac tiens ébranlaient les provinces, il survint entre le due d'Epernon et le parlement une querelle également désagréable à l'un et à l'autre.
Leduc d'Epernon, autrefois favori de , Qenri m , ayant forcé le grand H- ni î iv a le ménager, ayant l'ait donner la régence à sa veuve , bravait Coin hini et sa femme qui gouvernaient la reine. H la fatiguait par ses hauteur» , mais il conservait encore cet ascendant que lui donnaient ses
services, ses richesses, se» dignité^ , et surtout sa place de rolonil général de l'infanterie. Toujours intrigant , mais ,-neorc plus lier, il mettait dans les aflain •> un orgueil insupportable, au lieu de cette hauteur nohle et décente qui subjugue quand elle est placée.
11 arriva qu'un soldat du régime iH des gardes tua un de se« camarades près de l'abbaye Saint - Germain - de* - Prés. Le droit du colonel générai était de faire juger le coupable dans son conseil de guer^ . Le bailli de l'abbaye s'était saisi du mort et du meurtrier. C est sans doute un grand abus que des moines soient seigneurs, et qu'ils aient une justice ; mais enfin il était établi que le premier juge qui avait commencé les informations demeurât maître de l'aifaire. On est très jaloux de ce mal^ heureux droit. Le duc d'Epernon, encore plus jaloux du sien , redemanda son soldat pour le juger militairement; le bailli refusa de le rendre. D'Epernon fit briser les portes de la prison et enlever le meurtrier avec le mort. Le bailli porte sa plainte au parlement; ce tribunal assigna d'Epernon pour être ouï.
Ce seigneur croyait que ce n'était pas au parlement , mais au conseil du roi à décider de la compétence ; il regardait l'assignation comme un affront plutôt que comme une procédure légale, il ne comparut que pour insulter au parlement , menant cinq cents gentilshommes à sa suite, bottés, éperonné» et armés. Le parlement, le voyant arriver en cet équipage, leva la séance. Les juges en sortant furent obligés de délil» i I ntre deux haie, de jeunes officiers , qui les regardaient d'un air outrageant, et déchiraient leurs robes à coups d'éperons.
Cette alfa ire. fut très diuVile à termincr.D'un côté, le bon ordre exigeait qu'on fit au parlement une réparation authentique; d'un autre, la cour avait besoin de ménager le duc d'Epernon pour l'opposer au prince de Condé , qui menaçait déjà de la guerre civile.
On prfl un tempérament : on ordonna, par une lettre de cachet , que le parlement suspendrait ses procédures contre le duc d'Epernon , et qu'il recevrait ses excuses.
Il vint donc se présenter au parlement UHC seconde lois, toujours accompagne d'un giand nombre de noblesse.
• Messieurs, dit -il , je vous prie «l'excuser un pauvre capitaine d'infanterie qui
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n'est plus appliqué à biea faire qu'à bien dire. »
Cet exemple fut une des preuves que les lois ne sont pas faites pour les hommes puissans. Le duc d'Kpernon les brava toujours. Ce fut lui qui , à peu près dans le même temps , ne pouvant souffrir que le garde des sceaux du Vair précédât 1rs ducs et pairs dans une cérémonie à la
{>aroisse du Louvre , le prit durement par e bras , et le fit sortir de sa place et de l'élise, en lui disant qu'un bourgeois ne devait pas se méconnaître.
Ce fut lui qui, quelques années après , alla avec cent cinquante cavaliers enlever la reinc-mère au château de Blois, la conduisit h Angouléme,et traita ensuite avec le roi de couronne à couronne. Les exemples de pareilles témérités n'étaient pas rares alors. La France retombait insensiblement dans l'anarchie dont Henri iv l'avait tirée par tant de travaux et avec tant de sagesse. (Histoire du parlement.)
PARLEMENT DE PARIS, (le) — s'agknouillk devant louis xhi. (ta mai i65i). — Louis xni faible, malade et nullement instruit, incapable de travail, ne pouvant se passer de premier ministre, fut obligé de choisir entre sa mère et le cardinal de Richelieu. Sa mère plus faite pour les intrigues que pour les attaires, plus jalouse de son crédit qu'habile à le conserver ; faible et opiniâtre comme son fils, mais plus inconstante encore, plus gouvernée, inquiète, inhabile, ne pouvant pas même régir sa maison, était bien loin de pouvoir régir un royaume.
Richelieu était ingrat, ambitieux , tyrannique ; mats il avait rendu de très grands services. Louis xm sentait combien ce ministre détesté lui était nécessaire. Plus sa mère et Gaston son frère se plaignirent, plus Richelieu fut puissant. Les favoris de Médicis et de Gaston agitèrent la cour et le royaume par des factions , qui dans d'autres temps, auraient dégénéré en guerre civile. Richelieu étouffa tout par son habileté active, par des rigueurs et par des supplices qui ne furent pas toujours conformes aux lois.
Gaston, frère unique du roi, quitta la France et se relira en Lorraine [i63i]. Marie, sa mère, s'enfuit a Bruxelles, et se mit ouvertement sous la protection du roi d'Espagne, dont l'inimitié était déclaré»» contre la France, si la guerre ne l'était pas encore.
Il n'en était pas de môme du duc de
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Lorraine ; la cour de France ne pouvait le regarder comme un prince ennemi.
Cependant le cardinal publia une déclaration du roi, dans laquelle tous les amis et les domestiques de Monsieur , qui l'avaient accompagné dans sa retraite, étaient regardés comme criminels de lèsemajesté. Cette déclaration paraissait trop sévère; des domestiques peuvent suivre leur maître sans crime dans ses voyages ; et, quand ils n'ont fait aucune entreprise contre l'état , on n'a point de reproche à leur faire. Cette question fut long-temps débattue au parlement de Paris , Torsqu il fallut enregistrer la déclaration du roi [24 avril i63i]. Gayant et Barillon, orésidens aux enquêtes, et Lénet, conseiller, parlèrent avec tant d'éloquence, qu'ils entraînèrent la moitié des voix; et il y eut un arrêt de partage.
Dati9 le lemps même qu'on allait aux opinions» Monsieur fit présenter une requête par Roger, son procureur général. Elle commençait par ces mots :
■ Supplie humblement Gaston, fils de France, frère unique du roi. » Il alléguait , dans sa requête, qu'il n'était sorti du royaume aue parce que le cardinal de Richelieu 1 avait voulu faire assassiner ; et il en demandait acte au parlement.
Le premier président lie J ai empêcha que la pièce ne fût présentée ; il la remit entre les mains du roi , qui la déclara calomnieuse et la supprima. Si elle avait été lue dans la grand chambre , le parlement se trouvait juge entre l'héritier présomptif de la couronne et le cardinal de Richelieu.
Le roi, indigné de l'arrêt de partage, manda le parlement au Louvre, et lui ordonna de venir à pied. Tous les membres du parlement se mirent a genoux devant le roi [ta mai i63i]. Le garde, des sceaux Château-Neuf leur dit quil ne leur appartenait pas de délibérer sur les déclarations du roi. L'avocat général Talon avant dit que la compagnie de- ' mcurerait dans l'obéissance dont elle avait toujours fait profession : « Ne me partex pas de l'obéissance de vos gens, dit le roi ; si je voulais former quelqu'un a cette vertu, je le mettrais dans une compagnie de mes gardes, et non pas au parlement. »
Il exila Gayant, Barillon, Lénet; il leur interdit pour cinq ans l'exercice de leur charge , et déchira lui-même l'arrêt départage, dont il jeta les morceaux par terre. ( // istoirt du pariement. )
PAR
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PARLEMENT DE PARIS.— «es MEM- BRES SB BATTENT A COUr DB POING. (l5
août i635.) — Luuis xiu ayant ôté lu protection de la France à sainte Geneviève, qu'on croyait la patronne du royaume parce qu'elle l'était de Paris, conféra cette dignité à la vierge Marie , le 1 5 août i635.
Ce fut une très grande solennité dans l'église de Notre-Dame. Les cours supérieures y assistèrent. Le premier président du parlement marcha le premier à la procession. Les présidens à mortier ne voulurent pas souffrir que le premier président des comptes le suivit. Celui-ci , qui était grand et vigoureux, prit uo président à mortier à brasse-corps et le renversa par terre. Chaque président des comptes gourraa un président du parlement, et fut gourmé. Les maîtres s'attaquèrent aux conseillers. Le duc de Montba/.on mit l'épée à la main avec ses gardes pour arrêter le désordre, et l'augmenta. Les deux partis altèrent verbaliser chacun de leur côté. Le roi ordonna que dorénavant le parlement sortirait de IVotre-Dame par la grande porte, et la chambre des comptes par la petite.
{Histoire du parlement.)
PARLEMENT DE FRANCE. — ms- TOiHtc dk cette coiipacuub. — Parlement vient sans doute de parier; et l'on prétend que parler venait du mot celle p aier, dont les Cantabres et outres Espagnols firent palabra. D'autres assurent que c'est de parai>olay et que de paraiole on Ht parlement. C'est là sans doute une érudition fort utile.
11 y a du moins je ne sais quelle apparence de doctrine plus sérieuse dans ceux qui vous disent que nous n'avons pu encore découvrir de monumens où se trouve le mot barbare parlamentum , que vers le temps des premières croisades.
On peut répondre : Le terme parlanientum était en usage alors pour signifier les assemblées de la nation ; donc il était en usage très long-temps auparavant. On n'inventa jamais un terme nouveau pour les choses ordinaires.
Philippe m, dans la charte de cet établissement à Paris, parle d'anciens parleinens. Nous avons des séances de parlement judiciaire depuis ia54; et une preuve qu'on s'était servi souvent du mot général parlement , en désignant les assemblées de la nation , c'est que nous
donnâmes ce nom à ces assemblées, dès que nous avons écrit en langue française : et les Anglais, qui prirent toutes nos coutumes, appelèrent parlement leurs assemblées des pairs.
Ce mot, source de tant d'équivoques, fut affecté à plusieurs autres corps, aux officiers municipaux des villes, a des moines, à des écoles; autre preuve d'un antique usage.
On ne répétera pas ici comment le roi Philippe-le-Bei , qui détruisit et forma tant de choses, forma une chambre de parlement à Paris, pour juger dans celte capitale les grands procès portés auparavant partout où se trouvait la cour; comment cette chambre , qui ne siégeait que deux fois l'année, fut salariée par le roi à cinq sous par jour pour chaque conseillerjuge. Cette chambre était nécessairement composée de membres amovibles, puisque tous avaient d'autres emplois; de sorte que qui était juge à Paris à la Toussaint , allait commander les troupes à la Pentecôte.
Nous ne redirons point comment cette chambre ne jugea de long-temps aucun procès criminel ; comment les clercs ou
f gradués, enquêteurs établis pour rapporter es procès aux seigneurs conseillers-juges, et non pour donner leurs voix , lurent bientôt mis à la place de ces juges d'épéo qui rarement savaient lire et écrire.
On sait par quelle fatalité étonnante et funeste le premier procès criminel que jugèrent ces nouveaux conseillers gradués, fut celui de Charles vu, leur roi alors dauphin de France , qu'ils déclarèrent, sans le nommer, déchu de son droit à la couronne; et commeut, quelques jours après, ces mêmes juges, subjugués par le parti anglais dominant, condamnèrent le dauphin, le descendant de saint Louis, au bannissement perpétuel, le 3 janvier i4*o; arrêt aussi incompétent qu'infâme, monument éternel de l'opprobre et de la désolation où la France était plongée , et que le président Hénault a tâché en vain de pallier dans son abrégé aussi estimable qu utile. Mais tout sort de sa sphère dans les tem ps de trouble. La démence du roi Charles v i, l'assassinat du duc de Bourgogne commi s par les amis du Dauphin, le trailé solennel de Troyes , la défection de tout Parjj et des trois quarts de la France , les
fraudes qualités , les victoires , la gloire, esprit , lu bonheur de Henri v solennel-
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Iraient déclaré roi de France; tout semblât excuser le parlement.
Apre* la mort de Charles vi , en i4« , et dix jours après ses obsèques, tous les membres du parlement de Paris jurèrent sur un missel , dans la grand'chambrc , obéissance et fidélité au jeune roi d'Angleterre Henri vi, fils de Henri v ; et ce tribunal fit mourir une bourgeoise de Parts, qui avait eu le courage d'ameuter
Î plusieurs citoyens pour recevoir leur roi •gitime dans sa capitale. Cette respectable bourgeoise fut exécutée avec tous les citoyens fidèles que le parlement put saisir. Charles vu érigea un autre parlement à Poitiers; il fut peu nombreux , peu puissant, et point payé.
Quelques membres du parlement de Pai Is , dégoûtés des Anglais , s'y réfugièlenl. Kt enfin, quand Charles eut repris l'a ri s, et donné une amnistie générale, les paileniens furent réunis.
— PARLEMENT. L'ÉTBffDUB DR SKS DROITS.
— Machiavel , dans ses remarques politiques sur Ïite-Livc, dit que lés parlemens font la force du roi de France. 11 avait très grande raison en un sens. Machiavel italien voyait le pape comme le plus dangereux monarque de la chrétienté. Tous les rois lui lésaient la cour; tous voulaient l'engager dans leurs querelles; et, quand il exigeait trop, quand un roi de France n'osait le refuser eu face , ce roi av ait son parlement tout prêt , qui déclarait les prétentions du pape contraires aux lois du royaume , tortionnaires, abusives, absurdes. Le roi s'excusait auprès du pape, en disant qu'il ne pouvait venir à bout de son parlement.
C'était bien pis encore quand le roi et le pape se querellaient. Alors les arrêts triomphaient de toutes les bulles, et la tiare était renversée par la main de justice. Màis ce corps ne fit jamais la force des rois quand ils eurent besoin d'argent. Comme c'est avec ce seul ressort qu'on est sùr d'être toujours le maître , les rois en voulaient toujours avoir; il en fallut demander d'abord aux états généraux.
La cour du parlement de Paris , sédentaire et instituée pour rendre la justice , ne se mêla jamais de finance jusqu'à François ipr. La fameuse réponse du premier président Jean de La Vaquerie au due d'Orléans (depuis Louis xn) en est une preuve assez forte : «Le parlement est pour rendre justice an peuple; les finan-
PAR
ces, la guerre, le gouvernement du roi ne sont point de soo ressort. •
Ou ne peut pardonner au président Renault de n'avoir pas rapporté ce trait qui servit long-temps de base au droit public en France , supposé que ce pays conuùt un droit public.
PARLKMK.1T. DROIT D*EltREGlSTKBEU —
Enregistrement, mémorial, journal, livre de raison. Cet usage fut de tout temps observé chez tes nations policées , et fort négligé par les barbares qui vinrent fondre sur l'empire romain. Le clergé de Rome fut plus attentif; il enregistra loat, et toujours à son avantage* Les Visigotfts, les Vandales, les Bourguignons, les Francs, et tous les autres sauvages n'avaient pas seulement de registres pour les mariages , les naissances et les morts. Les empereurs firent, à la vérité, écrire leurs traités et leurs ordonnances; elles étaient conservées tantôt dans un château , tantôt dans un autre ; et , quand ce château étaiP pris par quelque brigand , le registre était perdu, il n y a guère eu que les ancieus actes déposés à la tour de Londres qui aient subsisté. Oo n'en retrouva ailleurs que chez les moines , yui suppléèrent souvent , par leur industrie , à la disette des monutnens publies.
Quelle foi peut-on avoir à ces anciens mon u mens après l'aventure des fausses déc létales qui ont été respectées pendant cinq cents ans, autant et pins que Y Evangile ; après tant de faux martyrologes , de fausses légendes et de faux actes f Notre Europe fut trop long-temps composée d'une multitude de brigands qui pillaient tout, d'un petit nombre de faussaires qui trompèrent ces brigand* içnoraus , et d'une populace aussi abrutie qu'indigente, courbée vers la terre toute l'année pour nourrir tous ces gens-là.
On tient que Philippe- Auguste perdit son chartrier , ses titres ; on ne sait pas trop à quelle occasion , ni comment , ni pourquoi , il fusait transporter aux injures de. l'air des parchemins qu'il devait soigneusement enfermer sous la clef.
Ou croit qu'Etienne Boileau , prévôt de Paris du temps de saint Louis , fut le premier qui tint un journal, et qu'il fut imité par Jean de Mont lue, grtîfiier du parlement de Paris en i3i3, et non en ia56, faute dépure inadvertance dans h tfraud Dictionnaire, au mot Enregistrent* ni.
PAR
l'eu à peu les rois s'accoutumèrent a faire enregistrer au parlement plusieurs de leurs ordonnances, et surtout les lois que le parlement était obligé de maintenir.
C'est une opinion commune que la première ordonnance enregistrée est celle de Philippe de Valois sur ses droits de régale, en 1 33a au mois de septembre, laquelle pourtant ne fut enregistrée qu'en i334. Aucun édit sur les finances ne fut enregistré en cette cour, ni par ce roi, ni par ses successeurs jusqu'à François ier.
Charles v tint un lit de justice en 1374» pour faire enregistrer la loi qui fixe la majorité des rois a quatorze ans.
Une observation fort singulière, est que l'érection de presque tous les parlemens du royaume ne fut point présentée au parlement de Paris pour y être enregistrée et vérifiée.
Les traités de paix y furent quelquefois enregistrés. Plus souvent on s'en dispensa. Rien n'a été stable et permanent , rien n'a été uniforme. L'on n'enregistra point le traité d'Utrecht, qui termina la funeste guerre de la succession d'Espagne. On enregistra les édits qui établiront et qui supprimèrent les mouleurs de bois, les essayeurs de beurre et les mesureurs de charbon.
— BKMOXTB AHCBS DES PAHLEMBNS." ToiltC
compagnie, tout citoyen a droit de porter ses plaintes au souverain, par la lui naturelle qui permet de crier quand on soulFre. Les premières remontrances du parlement de Paris furent adressées à Louis xi par l'exprès commandement de ce roi , qui , étant alors méeontent du pape, voulut que le parlement lui remontrât publiquement les excès de la cour de Rome. Il fut bien obéi ; le parlement était dans son centre ; il défendait les lois contre les rapines. 11 montra que la cour romaine avait extorqué en trente années quatre millions six cent quarante-cinq mille écus de la France.
Ces simonies multipliées, ces vols réels commis sous le nom de piété, commençaient à faire horreur. Mais la cour romaine ayant enfin apaisé Louis xi, il lit taire ceux qu'il avait fait si bien, parler. Il n'y eut aucune remontrance sur \c.i finances, du temps de Louis xi , ni de (maries vin, ni de Louis xu; car il ne faut pas qualifier du nom de remontrances solennelles le refus que fit cette compagnie de prêtera Charles vin cinquante
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mille francs pour sa malheureuse expé dit i<>n d'Italie en 1496. Le roi lui envoya le sire d'Albret, le «ire de Rieux, gouverneur de Paris, le sire de Gravillc, amiral de France, et le cardinal Dumaine pour la prier de se cotiser pour lui prêter cet argent. Etrange députation I les registres portent que le parlement représenta «la nécessité et l'indigence du royaume , et le cas si piteux , quod non indiget manu scriéentis. • Garder son argent n'était pas une de ces re montra née» publiques au nom de la France.
II en fit pour b grille d'argent de Saint-Martin que François r»r acheta des chanoines, et dont il devait payer l'intérêt et le principal sur ses domaines. Voilà la première remontrance pour affaire pécuniaire.
La seconde fut pour la vente de vingt charges de nouveaux conseillers au parlement de Paris, et*de trente dans les provinces. Ce lut le chancelier cardinal Ouprat qui prostitua ainsi la justice.
Cette honte a duré et s'est étendue sur toute la magistrature de la France depuis i5i5 jusqu'à 1771, l'espace de deux cent cinquante-cinq ans , jusqu'à ce qu'un autre chancelier ait commencé à ctTacer cette tache.
Depnis ce temps le parlement remontra sur toutes sortes d'objets. Il y était autorisé par l'édit paternel de Louis lit, père du peuple : Qu'on suive toujours ta ici , malgré les ordres contraires à la loi que Vinvportunité fourrait arracfier au monarque.
Après François 1", le parlement fut continuellement en querelle avec le ministère , ou du moins en défiance. Les malheureuses guerres de religion augmentèrent son crédit ; et, plus il fut nécessaire, plus il fut entreprenant. Il se « regardait comme le tuteur des rois dès le temps de François II. C'est ce que Charles ix lui reprocha, au temps de sa majorité , par ces mots :
« Je vous ordonne de ne pas agir avec un roi majeur comme vous avez fait pendant sa minorité ; ne vous mêlée pas deB a flaires dont il ne vous appartient pas de connaître; souvenex-vous que votre compagnie n'a été établie par les rois que pour rendre la justice suivant l'ordonnance du souverain. Laissex au roi et à son conseil les afla'nes d'état; défaitesvous de l'erreur de vous regarder comme
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les tuteur* de» rois, comme les défenseurs du royaume et comme les gardiens de Paris.
Le malheur des temps l'engagea dans le parti de la ligue contre Henri m. 11 soutint les Guises au point qu'après le meurtre de Henri de Guise et du cardinal son frère, il commença des procédures contre Henri m , et nomma deux conseillers, Pichon et Cour tin , pour informer *.
Après la mort de Henri m , U se déclara contre Henri-lc-Grand. La moitié' de ce corps était entraînée par la faction d'Espagne, et l'autre par un faux tèle de religion.
Henri iv eut un autre petit parlement auprès de lui ainsi que Charles vu. Il rentra comme lui dans Paris par des négociations secrètes plus que par la force, et il réunit les deux parlemens ainsi que Charles vu en avait usé.
Tout le ministère du cardinal de Richelieu fut signalé par des résistances fréquentes de cette compagnie ; résistances d'autant plus fermes qu'elles étaient approuvées de la nation.
On connaît assez la guerre de la fronde, dans laquelle le parlement fut précipité par des factieux. La reine régente le transféra à Pon toise par une déclaration du roi son fils déjà majeur, datée du 3 juillet i65a. Mais trois présidens seulement et quatorze couseillers obéirent.
Louis xiv, en ifô5, après l'amnistie, vint à la grand'chambre , le fouet à la main, défendre les assemblées des chambres. En 1657 il ordonna l'enregistre* ment de tout édit , et ne permit les remontrances que dans la huitaine après l'enregistrement Tout fut tranquille sous son règne.
Sous Louis xv. — Le parlement de Paris avait déjà, du temps de la fronde, établi l'usage de ne plus rendre la justice lorsqu'il se croyait lésé par le gouvernement. C'était un moyen qui semblait devoir forcer le ministère à pli«r sous ses volontés, sans qu'on eût une rébellion à lui reprocher, comme dans la minorité de Louis xiv.
Il employa cette ressource en 1718, dans la minorité de Louis xv. Le duc
L'arrêt ne parle que dej meurtrier* du due de Gitiae et de leur, complice.. 1! n'était que hardi , et non irxfjgulier.
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d'Orléans régent l'exila à Fontoîsc en
La malheureuse bulle Unigcnitus le mit quelquefois aux prises avec le cardinal de Fleuri.
Il cessa encore ses fonctions en 1751 , dans les petits troubles excités par Christophe de Beaumoct, archevêque de Paris, au sujet des billets de confession et des refus de sacremens.
Nouvelle cessation de service en 1755. Tout le corps fut exilé dans plusieurs villes de son ressort; la grand'chambre le fut à Pontoise. Cet exil dura plat de quinze mois, depuis le 10 mai 1753 jusqu'au 37 août 1754. Le roi, dans cet espace de temps, fit rendre la justice par des conseillers d'état et des maîtres des requêtes. Très peu de causes furent plaidées devant ce nouveau tribunal. La plupart de ceux qui étaient en procès aimèrent mieux s accommoder ou attendre le retour du parlement. Il semblait que la chicane eût été exilée avec ceux qui étaient institués pour la réprimer.
On rappela enfin le parlement à ses fonctions, et il revint aux acclamations de toute la France
Deux ans après son retour, les esprits étant plus aigris que jamais*, le roi vint tenir un lit de justice à Paris, en 1766, le i3 décembre. 11 supprima deux chambres du parlement, et fit plusieurs règle» mens pour mettre dans ce corps une police nouvelle. A peine fut-il sorti, que tous lus conseillers donnèrent leur démission , à la réserve des présidens à mortier, et de dix conseillers de la grand'chambre.
La cour ne croyait pas alors pouvoir établir un nouveau tribunal à sa place. On fut de tous les côtés , très aigri et très incertain.
L'attentat inconcevable de Damieus
{>arut réconcilier pendant quelque temps e parlement avec la cour. Ce malheureux, non moins insensé que coupable, accusa sept membres du parlement dans une lettre qu'il osa dicter pour le roi même, et qui lui fut portée. Celte accusation absurde n'empêcha pas le roi de remettre au parlement même le jugement de Damiens , qui fut condamné au supplice de Ravaillac par ce qui restait de la grand'chambre. Plusieurs pairs et des princes du sang opiuèrent.
Après l'exécution terrible du criminel, faite le a8 mars 1757, le ministère, engagé dans une guerre ruineuse et funeste,
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négocia avec ces mêmes officiers du parlement qui avaient donné leur démission; les exilés furent rappelés.
Ce corps, à force d'avoir été humilié par la cour , eut plus d'autorité que jamais.
Il signala cette autorité en abolissant , par un arrêt, l'ordre des jésuites en France, et en Jes dépouillant de, leurs biens (par l'arrêt du 6 août 176a}. Rien oe le rendit plus cher à la nation. Il fut en cela parfaitement secondé par tous les parlemens du royaume , et par toute la France.
II s'unissait en elTet avec ces autres parlemens, et prétendait ne faire avec eux qu'un corps, dont il élait le principal membre. Tous s'appelaient alors classes du parlement ; celui de Paris était la première classe ; chaque classe fesait des remontrances sur les édits, et ne les enregistrait pas. Il y eut même quelquesuns de ces corps qui poursuivirent juridiquement les commandans de province envoyés à eux de la part du roi pour faire enregistrer. Quelques classes décernèrent des prises de corps coutre ces officiers. Si ces décrets avaient été mis à exécution, il en serait résulté un effet bien étrange. C'est sur les domaines royaux que se prennent les deniers dont on paie les frais de justice ; de sorte que le roi aurait payé de ses propres domaines les arrêts rendus par ceux qui lui désobéissaient contre ses officiers principaux qui avaient exécuté ses ordres.
Le plus singulier de ces arrêts rendus contre les commandans des provinces, et, en quelque sorte, contre le roi luimême, fut celui du parlement de Toulouse contre le duc de Fitzjames Barwik, en date du 17 décembre 1763. Ordonne que ledit due de Fitzjames sera pris, saisi et arrêté en quelque endroit du royaume qu'il se trouve, c'est-à-dire , que les huissiers toulousains pouvaient saisir au corps le duc de Fitzjames dans la chambre du roi même, ou à sa chapelle de Versailles. La cour dissimula longtemps cet affront; aussi elle en essuya d'autres.
Cette étonnante anarchie ne pouvait pas subsister ; il fallait ou que la couronne reprit son autorité , ou que les parlemens prévalussent.
On avait besoin , dans des conjonctures si critiques , d'un chancelier aussi hardi que riiospital, on le trouva. 11 fallait
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changer toute l'administration de la jus- . ticc dans le royaume , et elle fut changée. Le roi commença par essayer de ramener le parlement de Paris; il le lit venir à un lit de justice qu'il tint à Versailles le 7 décembre 1770, avec les princes , les pairs et les grands officiers de la couronne. Là il lui défendit de se servir jamais des termes d'unité , 6' indivisibilité et de classes ;
D'envoyer aux autres parlemens d'autres mémoires que ceux qui sont spécifiés par les ordonnances ;
De cesser le service , sinon dans les cas que ces mêmes ordonnances ont prévus ;
De donner leur démission en corps;
De rendre jamais d'arrêt qui retarde les enregistremens, le tout sous peine d'être cassé.
Le parlement, sur cet édit solennel, ayant encore cessé le service , le roi leur fit porter des lettres de jussion; ils désobéirent. Nouvelles lettres de jussion, nouvelle désobéissance. Enfin, le monarque, poussé à bout, leur envoya, pour dernière tentative, le 30 janvier 1771, à quatre heures du matin, des mousquetaires qui portèrent à chaque membre un papier à signer. Ce papier ne contenait qu'un ordre de déclarer s'ils obéiraient, ou s'ils refuseraient. Plusieurs voulurent interpréter la volonté du roi : les mousquetaires leur dirent cju'ils avaient ordre d'éviter les commentaires, qu'il fallait un oui ou un non.
Quarante membres signèrent ce oui, les autres s'en dispensèrent. Les oui, étant venus le lendemain au parlement avec leurs camarades, leur demandèrent pardon d'avoir accepté , et signèrent non ; tous furent exilés.
La justice fut encore administrée par les conseillers d'état et les maîtres des requêtes comme elle l'avait été en 1755 : mais ce ne fut que par provision. On tira bientôt de ce chaos un arrangement utile.
D'abord le roi se rendit aux voeux des peuples qui se plaignaient depuis des siècles de deux griefs, dont l'un était ruineux , l'autre honteux et dispendieux à la fois. Le premier était le ressort trop étendu du parlement de Paris , qui contraignait les citoyens de venir de cent «nouante lieues se consumer devant lui en irais qui souvent excédaient le capital. Le second était la vénalité des charges de
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judicature; vénalité qui avait introduit h forte taxation di s épiée*.
Pour réformer ces deux abun , six par- Icmcns nouveaux furent institués le s5 février de la même année , sous le titre de Conseils supérieurs , avec injonction de rendre gratis la justice. Ces conseils furent établis dans Arras, Blois, Châlons, CIcrmont, Lvoo, Poitiers ( en suivant l'ordre alphabétique. ) On y en ajouta d'autres depuis.
11 fallait surtout former un nouveau parlement à Paris, lequel serait payé par le roi sans acheter ses places, et sans rien exiger de* plaideurs. Cet établissement fut fait le i3 avril 1771* L'opprobre de la vénalité dont François 1" et le chancelier Dtiprat avaient malheureusement souillé la France , fut lavé par Louis xv et par les soins du chancelier de Maupeou, second dn nom. On finit par la réforme de tous les parlemens , et on espéra de voir réformer la jurisprudence. Ou fut trompé : rien ne fut reformé. Louis xvi rétablit avec sagesse les parlemens que Louis xv avait cassés avec justice. Le peupla vit leur retour avec des transports de joîc.
( Dictionnaire philosophique. )
PAS (du) officier français déshonoré injustement par Louis xiv. — Voyez Louis xiv nage 196.
PATKUL (Jean Reginold ) général suédois au service de Russie. — son suprucs, bit 1707. — Le czar, en se créant de nouveaux états, tendait la main au roi Auguste, qui perdait les siens; il lui pcrxuada par le général Patkul, passé depuis peu au service de Moscovie , et alors ambassadeur du czar en Saxe, de venir à Grodno conférer encore une ibis avec lui sur l'état malheureux de ses affaires.
La conférence des deux rois finit d'une manière extraordinaire. Le czar partit soudainement, et laissa ses troupes à son allié , pour courir éteindre lui-même une rébellion dont il était menacé à Astracan. A peine était-il parti, que le roi Auguste ordonna que Patkul fût arrêté à Dresde. Toute l'Europe fut surprise qu'il osât, contre le droit des gens, et en apparence contre ses intérêts, mettre en prison l'ambassadeur du seul prince qui le protégeait.
voici le nœud 6ecret de cet événement, selon ce que le maréchal de Saxe, fils du roi Auguste, m'a fait l'honneur de me dire. Patkul, proscrit en Suède pour avoir