‹ Dictionnaire historique des événemens remarquablesChapitre 114 sur 183 · PAT · texte numérisé non relu

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le genre de supplice. Alors cet homme, qui avait bravé la mort dans tant <lc batailles, se trouvant seul avec un prêtre, et son courage n'étant plus soutenu par la gloire ni par la colère , sources de 1 intrépidité des hommes, répandit amèrement des larmes dans le sein du chapelain. 11 était iiancé avec une dame saxonne, nommée madame d'Einsiedel . qui avait de la naissance, du mér ite et de la beauté, et qu'il avait compté d'épouser à peu près dans le temps même qu'on le livra au supplice. Jl recommanda au c hapelain d'aller la trouver pour la consoler, et de l'assurer qu'il mourait plein de tendresse pour elle. Quand on l'eut conduit au lieu du supplice, et qu'il vit les roues et les pieux dressés, il tomba dans des convulsions de frayeur, et se rejeta dans les bras du ministre, qui l'embrassa en le couvrant de son manteau et en pleurant. Alors un officier suédois lut à haute voix un papier dans lequel étaient ces paroles:

« On fait savoir que 1 ordre très exprès de sa majesté, notre seigneur très clément , est que cet homme, qui est traître à la patrie, soit roué et écartelé pour réparation de ses crimes, et pour l'exemple des autres. Que chacun se donne de garde de la trahison, et serve sou roi fidèlement. » A ces mots de seigneur très chinent, a Quelle clémence 1 • dit Palkul ; et à ceux de traître à la patrie, ■ Hélas! dit il , je l'ai trop bien servie. • I! reçut seize coups, et souffrit le supplice le plus long et le plus affreux qu'on puisse imaginer. Ainsi périt l'infoituné Jean Reginold Patkul, ambassadeur et généra] de l'empereur de Russie.

Ceux qui ne voyaient en lui qu'un sujet révolté contre son roi disaient qu'il a\ait mérité la mort; ceux qui le regardaient comme un Livonien, né dans une province laquelle avait des privilèges à défendre, et qui se souvenaient qu'il n'était sorti de la Livonie que pour en avoir soutenu les droits, l'appelaient le martyr de la liberté de son pays. Tous convenaient d'ailleurs que le titre d'ambassadeur du czar devait rendre sa personne sacrée. Le seul roi de Suède, élevé dans les principes du despotisme, crut n'avoir fait qu'un acte de justice, tandis (pu toute l'Europe condamnait sa cmauté.

Së* membres coupés en quart ici s rcstèrent exposé» sui des poteaux jusqu'en lytS, qu'Auguste étant remonté sur son

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trône fit rassembler ces témoignages de la nécessité ou il avait été réduit à Altranstad: on les lui apporta à Varsovie dans une casse lie, en présence de liuzenval, envoyé de Franre. Le roi de Pologne montrant la cassette à ce ministre: «"Voilà, lui dit-il simplement, les membres de Païku!, > sans rien ajouter pour blâmer ou pour plaindre sa mémoire, et sans que personne de ceux qui étaient préseus osât pai 1er sur un sujet si délicat et si triste.

Environ ce temps-là , un Livonien rommé Paikel, oflieier dans les troupes saxonnes, fait prisonnier les armes à la main, venait d'étie jugé à mort à Stockholm par arrêt du sénat; mais il n'avait été condamné qu'à perdre la tète. Cette différence de supplice dans le même < ;ilésait trop voir que Charles, eu usant p< rir Patkul d'une mort si cruelle, avait plus songé à se venger qu'a punir. Quoiqu'il en soit, Paikel, après sa condamnation, lit proposer au sénat de donner au roi le secret de faire de l'or, si on voulait lui pardonner: il fit faire l'expérience de son tecre! dans la prison , en présence du colonel Hamilton et des magistrats de. k> ville ; et , soit qu'il eût en effet découvert quelque art util»-, soit qu'il n'eût que celui de tromper habilement, ce qui est beaucoup plus vraisemblable, on porta à la monnaie de Stockholm l'or qui se trouva dans le creuset à la fin de l'expérience > et on en fit au sénat un rapport si juridique, et qui parut si important, que la reine aïeule de Charles ordonna de suspendre l'exécution jusqu'à ce que le roi , informé de cette singularité , envoyât ses ordres à Stockholm.

Le roi répondit qu'il avait refusé à ses amis la grâce du criminel, et qu'il n'accorderait jamais à l'intérêt ce qu'il n'avait pas donné à l'amitié. Cette inflexibilité eut quelque chose d'héroique dans un prince, qui d'ailleurs croyait le secret possible. Le roi Auguste, qui en fut informé , dit : ■ Je ne m'étonne pas que le roi de Suède ait tant d 'indifférence pour la pierre philoeophale ; il l'a trouvée en Saxe. » (Histoire de Charles XII.)

PAULIN (saint). — On a voulu renouveler depuis peu l'histoire de saint Paulin. Ce saint vit à la voûte d'une église un pauvre démoniaque qui marchait sous celle voûte ou sur cette voûte, la tête en bas et les pieds en haut, à peu prêt comme une mouche. Saint Paulin vit bien que cet homme était possédé ; il en

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voya vite chercher à quelques lieues de là des reliques de saint FéUx de Kole : on les appliqua au patient comme des vésicatoires. Le démon , qui soutenait cet homme contre la voûte, s'enfuit aussitôt, et le démoniaque tomba sur le pavé.

Nous pouvons douter de celte histoire , en conservant le plus profond respect pour les vrais miracles; et il nous sera permis de dire que ce n'est pas ainsi que nous guérissons aujourd'hui les démoniaques. Nous les saignons, nous les baignons , nous les purgeons doucement , nous leur donnons des émolliens : voilà comme M. Pomme les traite; et il a opéré plus de cures que les prêtres d'Isis et de Diane , ou autres , n'ont jamais fait de miracles. (Dictionnaire phiiosoph. )

FERMER (mademoiselle). — mibaci.b

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lodis xiv. — La paix semblait rendue à l'église de France : mais les jansénistes écrivirent tant de lettres, on cita tant saint Augustin, on fit agir tant de femmes, qu'après la bulle acceptée il y eut plus de jansénistes que jamais.

Un prêtre de Sainl-Sulpice s'avisa de refuser l'absolution à M. de Liancourt,

{>arce qu'on disait qu'il ne croyait pas que es cinq propositions fussent dans Jansénius, et qu il avait dans sa maison des hérétiques. Ce fut un nouveau scandale , un nouveau sujet d'écrits. Le docteur Arnauld se signala ; et , dans une nouvelle lettre à un duc et pair ou réel ou imagi* naire, il soutint que les propositions de Jansénius condamnées n'étaient pas dans Jansénius, mais qu'elles se trouvaient dans saint Augustin et dans plusieurs pères. 11 ajouta « que saint Pierre était un juste à qui la grâce, sans laquelle on ne peut rien , avait manqué. »

Il est vrai que saint Augustin et saint Jean Chrysostômc avaient dit la même chose ; ■nais les conjonctures , qui changent tout, rendirent Arnauld coupable. On disait qu'il fallait mettre de l'eau dans le vin des saints pères; car ce qui est un objet si sérieux pour les uns est toujours pour les autres un sujet de plaisanterie. La faculté s'assembla; le chancelier Séguier y vint même de la part du roi. Arnauld fut condamné , et exclus de la Sorbonne en i654. La présence du chancelier parmi des théologiens, eut un air de despotisme qui déplut au public ; et le soin qu'on eut de garnir la salle d'une foule de docteurs, moine» mandians qui n'étaient pas ac-

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coutumés de s'y trouver en si grand nom- ^ bre , fit dire à Pascal , dans ses Provinciales, «qu'il était plus aisé de trouver des moines que des raisons. •

La plupart de ces moines n'admettaient point le congruisme, la science moyenne, la grâce versa tUç. de Molina; . mais ils soutenaient une grâce suffisante à laquelle la volonté peut consentir et ne consent jamais , une grâce efficace à laquelle on peut résister et à laquelle on oc résiste pas ; et ils expliquaient cela clairement, en disant qu on pouvait résister i cette grâce dans le sens divisé, ef ooo pas dans le sens composé.

Si ces choses sublimes ne sont pas trop d'accord avec la raison humaine , te sentiment d' Arnauld et des jansénistes semblait trop d'accord avec le pur calvinisme.

C'était précisément le fond de fa querelle des gomaristes et des arminiens. Elle divisa la Hollande comme le jansénisme divisa la France ; mais elle devint en Hollande une faction politique , plus qu'une dispute de gens oisifs ; elle lit couler sur un échafaud le sang du pensionnaire Barnewclt : violence atroce que les HoMandais détestent aujourd'hui, après avoir ouvert les yeux sur l'absurdité de ces disputes , sur l'horreur de la persécution , et sur l'heureuse nécessité de la tolérance; ressource des sages qui gouvernent , contre l'enthousiasme passager de ceux qui argumentent. Cette dispute ne produisit eo France que des mandemens, des bulle»-, des lettres de cachet et des brochures, parce qu'il y avait alors des querelles plus importantes.

Arnauld fut donc seulement exclus de la faculté. Cette petite persécution lui attira une foule d'amis; mais lui et les jansénistes eurent toujours contre eux l'église et le pape. Une des premières démarches d'Alexandre vu , successeur d'Innocent x, fut de renouveler les censures contre les cinq propositions. Les évêques de France, qui avaient déjà dressé un formulaire, en firent encore un nouveau dont la fin était conçue en ces termes : « Je condamne de cœur et de bouche la doctrine des cinq propositions contenues dans le livre de Cornélius Jansénius , laquelle doctrine n'est point celle de saint Augustin, que Jansénius a mal expliquée. >

Il fallut depuis souscrire cette formule : et les évêques la présentèrent dans leurs diocèses à tous ceux qui étaient suspects.

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On la tonlut faire signer aux religieuses de Port-Rojal de Paris et de Port-Rovaldes-Charaps. Ces deux maisons étaient le sanctuaire du jansénisme: Saint-Cyran et Arnauld les gouvernaient.

Ils avaient établi , auprès du monastère de Port-Royal-des-Champs, une maison où s'étaient retirés plusieurs sa vans vertueux, mais entêtés, liés ensemble par la conformité des sentimens : ils instruisaient des jeunes gens choisis. C'est de cette école qu'est sorti Racine, le poëte de l'univers qui a le mieux connu le cœur humain. Pascal, le premier des satiriques français, car Despréaux ne fut que le second , était étroitement lié avec ces illustres et dangereux solitaires. On présenta le formulaire à signer aux filles de Port- Royal de Parts et de Port-Royal-des- Champs; elles répondirent qu'elles ne pouvaient en conscience avouer, après le pape et les évèques, que les cinq propositions fussent dans Je livre de Jansénius qu'elles n'avaient pas lu; qu'assurément on n'avait pas pris sa pensée ; qu'il se pouvait faire que ces cinq propositions fussent erronées, mais que Jansénius n'a-' vait pas tort.

Un tel entêtement irrita la cour. Le lieutenant civil d'Aubri (il n'v avait point encore de lieutenant de police) alla à Port-Royal-des-Champs faire sortir tous les solitaires qui s'y étaient retirés, et tous les jeunes gens qu'ils élevaient. On menaça de détruire les deux monastères:

un miraculés sauva.

Mademoiselle Perrier, pensionnaire de Port-Royal de Paris, nièce du célèbre Pascal , avait mal à un œil ; on fît à Port- "Royal la cérémonie de baiser une épine de la couronne qu'on mit autrefois sur la tête de Jésus-Christ. Cette épine était depuis quelque temps à Port-Royal. Il n'est pas trop aisé de prouver comment elle avait été sauvée et transportée de Jérusalem au faubourg Saint-Jacques. La malade la baisa; elle parut guérie plusieurs jours après. On ne manqua pas d'affirmer et d'attester qu'elle avait été guérie en un clin d'œil d'une fistule lacrymale désespérée. Cette fille n'est morte qu'en 1728. Des personnes, qui ont long-temps vécu avec elle, m'ont assuré que sa guérison avait été fort longue, et c'est ce qui est bien vraisemblable : mais ce qjui ne l'est guère , c'est que Dieu , qui ne fait point* de miracles pour amener à notre religion les dix neuf vingtièmes de

la terre a qui cette religion est ou inconnue ou en horreur, eût en effet interrompu l'ordre de la nature en faveur d'une petite fille, pour justifier une douzaine de religieuses , qui prétendaient que Cornélius Jansénius n'avait point écrit une douzaine de lignes qu'on lui attribue, ou qu'il les avait écrites dans une autre intention que celle qui lui est imputée.

Le miracle eut un si grand éclat, que les jésuites écrivirent contre lui. Un père Annat, confesseur de Louis xiv, publia ic Rabat-joie des Jansénistes, d l'occasion du miracle qu'on dit être arrivé d Port-Royal catholique. Annat n'était ni docteur ni docte. Il crut démontrer que, si une épine était venue de Judée à Paris guérir la petite Perrier, c'était pour lui prouver que Jésus est mort pour tous, et non pour plusieurs : tous sifflèrent le père Annat. Les jésuites prirent alors le parti de faire aussi des miracles de leur côté ; mais ils n'eurent point la vogue : ceux des jansénistes étaient les seuls à la mode alors. Ils firent encore quelques années après un autre miracle. Il y eut à Port-Royal une sœur Gertrude guérie d'une enflure à la jambe. Ce prodige-là n'eut point de succè» : le temps était passé; et sœur Gertrude n'avait point un Pascal pour oncle.

( Essai sur les mœurs. )

PÉROU et MEXIQUE. — cohquAtk

OR CP.S COTTRBKS PAR LKS KSPACROLS, Klf l5lQ.

— Ce fut de l'île de Cuba que partit Fernand Cortez pour de nouvelles expéditions dans le continent. Ce simple lieu tenant du gouverneur d'une île nouvellement découverte, suivi de moins de six cents hommes, n'ayant que dix-huit che vaux et quelques pièces de campagne , va subjuguer le plus puissant état de l'Amérique. D'abord il est assez heureux pour trouver un Espagnol qui , ayant été neuf ans prisonnier à Jucatan, sur le chemin du Mexique, lui sert d'interprète. Une américaine, qu'il nomme dona Marina, devient à la fois sa maîtresse et son conseil , et apprend bientôt assez d'espagnol pour être aussi une interprète utile. Ainsi l'amour, la religion, l'avarice, la valeur et la cruauté ont conduit les Espagnols dans ce nouvel hémisphère. Pour comble de bonheur, on trouve un volcan plein de soufre ; on découvre du salpêtre, qui sert à renouveler dans le besoin la poudre consommée dans les combats. Cortez avance

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le long du golfe du Mexique , tantôt caressant le» naliireU du pays, tantôt fusant ta guerre. Il trouve des villes policées où les art» sont en honneur. La puissante république du TUscala , qnr florissait sous un gouvernement aristocratique , s'oppose à son passage ; mais la vue des chevaux et le bruit seul du canon mettaient en fuite ces multitudes mal armées : il fait une paix aussi avantageuse qu'il le veut. Six mille de ses nouveaux alliés de Tlascala l'accompagnent dans son voyage du Mexique. Il entre dans cet empire sans résistance , malgré les défenses du souverain. Ce souverain commandait cependant , a ce qu'on dit , à trente vassaux , dont chacun pouvait paraître à la tête de cent mille hommes armés de llèches et de ces pierres tranchantes qui leur tenaient lieu de fer. S'attendait on à trouver le gouvernement féodal établi au Mexique.

La ville de Mexico, bâtie au milieu d'un grand lac, était le plus, beau monument de l'industrie américaine. Des chaussées immenses traversaient le lac tout couvert de jpetitc* barques faites de troncs d'arbres. On voyait dans la ville des mai. sons spacieuses et commodes construites de pierres , des marchés , des boutiques , qui brillaient d'ouvrages d'or et d'argent ciselés et sculptés , de vaisselles de terre vernissée , d'étoffes de coton , et de tissus de plumes qui formaient des dessins éclatans par les plus vives nuances. Auprès du grand marché était un palais où l'on rendait sommairement la justice aux marchands, comme dans la juridiction des consuls de Paris, qui n'a été établie que sous le roi Charles ix, après la destruction de l'empire du Mexique.

Plusieurs palais de l'empereur Moutezuma augmentaient la somptuosité de la ville. Un d'eux s'élevait sur des colonnes de jaspe, et était destiné à renfermer des curiosités qui ne servaient qu'au plaisir. Un autre était rempli d'armes offensives et défensives, garnies d'or et de pierreries. Un autre était entouré de grands jardins , où l'on ne cultivait que des plantes médicinales ; des intendans les distribuaient gratuitement aux malades. On rendait compte au roi du succès de leurs usages, et les médecins en tenaient registre à leur manière , sans avoir l'usage de l'écriture. Les autres espèces de magnificence ne marquent que le progrès des arts , celle là marque le progrès de la morale.

S'il n'était pas de la nature humaine de réunir le meilleur et le p:rc, on ne comprendrait pas comment cette morale s'accordait avec les sacrifices humains dont le sang regorgeait à Mexico devant l'idole de Visiliputsli, regardé comme le dieu des armées. Les ambassadeurs de Montcruma dirent à Cortez, à ce ou 'on prétend, que leur maître avait sacrifié dans ses guerres près de vingt raille ennemis , chaque année, dans le grand temple de Mexico.

C'est une très-grande exagération ; on sent qu'on a voulu colorer par là les injustices du vainqueur de Montezuma; tnaia enfin, quand les Espagnols entrèrent dans ce temple , ils trouvèrent parmi ses oroemens des crânes d'hommes suspendus comme des trophées. C'est ainsi que l'antiquité nous peint le temple de Diane dans la Chcrsonèse Taurique.

Il n'y a guère de peuples dont la religion n'ait été inhumaine et sanglante; vous savez que les Gaulois, les Carthaginois, les Syriens, les anciens Grecs immolèrent des hommes. La lot des Juifs semblait permettre ces sacrifices ; il est dit dans le Lévitique : * Si une âme vivante a été promise à Dieu, on ne pourra la racheter; il faut qu'elle meure. • Les livres des Juifs rapportent que, quand ils envahirent le petit pays des Cananéens, ils massacrèrent dans plusieurs villages les hommes, les femmes, les enfans et les animaux domestiques, parce qu'ils avaient été dévoués. C'est sur cette loi que furent fondés les sermens de Jephté, qui sacrifia sa fille, et de SaSI, qui, sans les cris de l'armée, eût immolé sun fils. C'est elle encore qui autorisait Samyël à égorger le roi Agag , prisonnier de Saiil, à le couper en morceaux ; exécution aussi horrible et aussi dégoûtante que tout ce qu'on peut voir de plus affreux chez les sauvages v D'ailleurs il paraît que, chez les Mexicains, on n'immolait que les ennemis ; ils n'étaient point anthropophages comme un très- petit nombre de peuplades américaines.

Leur police en tout le reste était humaine et sage. L'éducation de la jeunesse ' formait un des plus grands objets da gouvernement. Il y avait des écoles publiques , établies pour l'un et l'autre sexe. Nous admirons encore les anciens Egyptiens d'avoir connu que l'année est d'environ trois cent soixante et cinq jours. Le» Mesicains avaient poussé jusque-là leur astronomie.

La guerre était chez eux réduite en art ; c'est ce qui leur avait donne taut de supériorité sur leurs voisins. Uu grand ordre dans les finances maintenait la grandeur de cet empire , regardé par ses voisin s avec crainte et avec envie.

Mais ces animaux guerriers , sur qui les principaux Espagnols étaient montés « ce tonnerre artificiel qui se formait dans leurs mains, ces châteaux de bois qui les avaient apportés sur l'Océan , ce fer dont ils étaient couverts, leurs marches comptées par des victoires, tant de sujets d'admiration, /oints à cette faiblesse qui porte les peuples à admirer, tout cela fit que , quand Cortez arriva dans la ville de Mexico, il fut reçu par Montezuma comme son maître, et par les habitant comme leur dieu. On se mettait à genoux dans le» rues, quand un valet espagnol passait. On raconte qu'un cacique, sur les terres duquel passait un capitaine espagnol % lui présenta des esclaves et du gibier, a Si lu es dieu , lui dit-il, voilà des hommes, mange les; si tu es homme, voilà des vivres que ces esclaves t'apprêteront. »

Ceux qui ont fait les relations de ces étranges événcmçns les ont voulu relever par des miracles, qui ne servent en effet qu'à les rabaisser. Le vrai miracle fut la conduite de Gortez. Peu à peu la, cour de Montezuma , «'apprivoisant avec leurs hôtes, osa les traiter comme des hommes. Une partie des Espagnols était à la Vera- Cruz sur le chemin du Mexique. Un général de l'empereur, qui avait des ordres secrets, les attaqua; et, quoique ses troupes fussent vaincues , il y eut trois ou quatre Espagnols de tués. La tête d'un d'eux fut même portée à Montezuma.

Alors Cortez fit ce qui s'est jamais fait de plus hardi en politique. Il va au palais suivi de cinquante Espagnols , et accompagné de la dooià Marina, qui lui sert toujours d'interprete; alors, mettant en usage la persuasion et la menace, il emmène l'empereur prisonnier au quartier espagnol , le force à lui livrer ceux qui ont attaqué les siens à la Vera-Cruz, et sait mettre les fers aux pieds et aux mains de l'empereur même, comme un général qui punit un simple soldat; ensuite, il l'engage à se reconnaître publiquement vassal de Charles-Quint.

Montezuma et les principaux de l'empire donnent , pour tribut attaché à leur hommage , six cent mille marcs d'or pur ,

avec une incroyable quantité de pierreries, d'ouvrages d'or, et de tout ce que l'industrie de plusieurs siècles avait fabriqué de plus rare. Cortez en mit à part le cinquième pour son maître, prit un cinquième pour lui, et distribua le reste à ses soldats.

On peut compter , parmi les plus grands prodiges, que, les conquérans de ce nouveau monde se déchirant eux-mêmes , les conquêtes n'en souffrirent pas. Jamais le vrai ne fut moins vraisemblable. Tandis que Cortez était près de subjuguer l'empire du Mexique avec cinq cents homme»

qui lui restaient , le gouverneur de Cuba , Velasqucz, plus offensé de la gloire de Cortez, son lieutenant, que de son peu de soumission , envoie presque toutes srs troupes, qui consistaient en huit cents fantassins, quatre-vingts cavaliers bien mon tts , et deux petites pièces de canon , pour réduire Cortez, le prendre. prisonnier, et poursuivre le cours de ses victoires. Cortez, ayant d'un côté mille Espagnols à combattre , et le continent à retenir dans la soumission, laissa quatrevingts hommes pour lui répondre de tout le Mexique, et raarcha suivi du reste contre ses compatriotes. Il en défait une partie, il gagne l'autre. EnGn, cette armée , qui venait pour le détruire, se range sous ses drapeaux, et il retourne au Mexique avec elle.

L'empereur était toujours en prison dans sa capitale, gardé par quatre-vingt» soldats. Celui qui les commandait, nommé Alvaredo, sur un bruit vrai ou faux que les Mexicains conspiraient pour délivrer leur maître , avait pris le temps d'une fête, où deux mille des premiers seigneurs étaient plongés dans l'ivresse de leurs liqueurs fortes : il fond sur eux avec cinquante soldats , les égorge , eux et leur suite sans résistance , et les dépouille de tous les ornemens d'or et de pierreries dont ils s'étaient parés pour cette fête. Cette unormité , que tout le peuple attribuait avec raison à la rage de l'avarice , souleva ces hommes trop patiens : et , quaud Cortei arriva , il trouva deux cent mille Américains en armes, contre quatre-vingts Espagnols occupés à se défendre et à garder l'empereur. Jls assiégèrent Cortex pour délivrer leur roi ; ils se précipitèrent en foule contre les canons et les mousquets. Antonio de Solis appelle cette action une révolte, et cette valeur une brutalité : tant l'injustice des

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vainqueurs a pané jusqu'aux écrivain*.

L'empereur Montezuma mourut dans nn de ces combats, blessé malheureusement de la main de ses sujets. Cortex osa proposer à ce roi, dont il causait la mort , de mourir dans le christianisme ; fa concubine dona Marina était la catéchiste.

Le roi mourut en implorant inutilement la vengeance du ciel contre les usurpateurs. 11 laissa des. enfaos plus faibles encore que lui , auxquels les rois d'Espagne n'ont pas craint de laisser des terres dans le Mexique même; et aujourd'hui les dtscendans en droite ligne ae ce puissant empereur vivent à Mexico même. On les appelle les comtes de Montezum?,; ils sont des simples gentilshommes chrétiens, et confondus dans la foule. C'est ainsi que les sultans turcs ont laissé subsister à Constantinople une famille des Paléologues. Le Mexicains créèrent un nouvel empereur, animé comme eux du désir de la vengeance. C'est ce fameux Gutimozin, dont la destinée fut encore plus funeste que celle de Montezuma. Il arma tout le Mexique contre les Espagnols.

Le désespoir, l'opiniâtreté de la vengeance et de la haine précipitaient toujours ces multitudes contre ces mêmes hommes qu'ils n'osaient regarder auparavant qu'à genoux. Les Espagnols étaient fatigués de tuer, et les Américains se succédaient en foule sans se décourager. Cortez fut obligé de quitter la ville, où il eût été affamé ; mais les Mexicains avaient rompu toutes les chaussées. Les Espagnols firent des ponts avec les corps des ennemis ; mais , dans leur retraite sanglante, ils perdirent tous les trésors qu'ils avaient ravis pour Charles-Quint et pour eux. Chaque jour de marche était une bataille : on perdait toujours quelque Espagnol, dont le sang était payé par la mort de plusieurs milliers de ces malheureux qui combattaient presque nus.

Cortcz n'avait plus de flotte. 11 fit faire par ses soldats, et par les Tlascaliens qu'il avait avec lui, neuf bateaux pour rentrer dans Mexico par le lac même qui semblait lui en défendre l'entrée.

Les Mexicains ne craignirent point de donner un combat naval. Quatre à cinq mille canots, chargés chacun de deux hommes, couvrirent le lac, et vinrent attaquer les neuf bateaux de Cortez, sur lesquels il y avait environ trois cents hommes. Ces neuf brigantins qui avaient

du canon renversèrent bientôt la flotte ennemie. Cotiez avec le reste de ses troupes combattait sur les chaussées.

Vingt Espagnols tués dans ce combat, et sept ou huit prisonniers fesaient un événement plus important dans cette partie du monde, que les multitudes de nos morts dans nos batailles. Les prisonniers furent sacrifiés dans le temple du Mexique; mais enfin, après de nouveaux combats , on prit Gatimozin et l'impératrice sa femme. C'est ce Gatimozin, si fameux par les paroles qu'il prononça, lorsqu'un receveur des trésors du roi d'Èsagne le fit mettre sur des charbons arens, pour savoir en quel endroit du lac il avait fait jeter ses richesses F son grandprêtre condamné au même supplice jetait des cris ; et Gatimozin lui dit : « Et moi , suis- je sur un lit de roses t»

[i5ai] Cortez fut maître absolu de la ville de Mexico, avec laquelle tout le reste de l'empire tomba sous la domination espagnole , ainsi que la Castille-d'Oc, le Darien et toutes les contrées voisines.

Quel fut le prix des services inouïs de Cortez? celui qu'eut Colombo; il fut persécuté, et le même évêque Fonseca , qui avait contribué à faire renvoyer le découvreur de l'Amérique chargé de fers, voulut faire traiter de même levain» queur. Enfin , malgré les titres dont Cortez fut décoré dans sa patrie, il y fut peu considéré. A peine put-il obtenir audience de Charles-Quint : un jour il fendit la presse qui entourait le coche de l'empereur, et monta sur l'étrier de la portière. Charles demanda quel était cet nomme :« C'est, répondit Cortez, celui qui vous a donné plus d'états que vos pères ne vous ont laissé de villes. »

Cortez, ayant soumis à Charles-Quiot plus de deux cents lieues de nouvelles terres en longueur, et plus de cent cinquante en largeur, croyait avoir peu fait. L'isthme qui resserre entre deux mers le continent de l'Amérique n'est pas de vingt-cinq lieues communes : on voit du haut d'une montagne, près de Nombre de Dios, d'un côté la mer qui s'étend de l'Amérique jusqu'à nos cotes , et de l'autre celle qui se prolonge jusqu'aux Grandes Indes. La première a été nommée mer du Nord, parce que nous sommes au nord; la seconde, mer du Sud, parce que c'est au sud que les Grandes Indes sont situées. On tenta donc, dès Tan 1 5 i3,

de chercher par cette mer du Sud de nouveaux pays à soumettre.

Vers l'an i5a7, d« ux simples aventuriers, Diego d'Aimagro et Franscesco Pizarro, qui même ne connaissaient pas leurs pères, et dont l'éducation a\ ail été* >i abandonnée qu'il» ne savaient ni lire ni écrire, lurent ceux par qui Charles-Quint acquit de nouvelle*, ferres plus vastes et plus riches que le Mexique. D'abord ils reconnaissent trois cent* lieues ele eûtes aniér caines , en cinglant droit au raidi; bientôt ils entendent dire que, ver* la ligne équiuoxiaJe,el sous l'autre tropique , il y a une contrée immense où l'or, l'argent et les pierreries sont plus communs que le bois, et que le pays est gouverné par un roi au*si despotique que Montezuma ; car, dans tout l'univers, le despotisme est le fruit de la richesse.

Du pays de Cuseo , et des environs du tropique du Capricorne, jusqu'à la hauteur de l'île des Perles , qui est au sixième degré de latitude septentrionale , un seul roi (.tendait sa domination absolue dans l'espace de près de trente degrés. Il était d'une race de conquérans qu'on appelait /ncas. Le premier de ces Incas qui avait subjugué le pays, et qui lui imposa des lois, passait pour le Gis du soleil. Ainsi les peuples les plus policés de l'aucun monde et du nouveau se ressemblaient dans l'usage de déifier les hommes extraordinaires, «oit conquéransjgojl législateurs.

Garcilatso de la Vega , issu de ces Incas, transporté à Madrid, écrivait leur histoire vers l'an 1608. 11 était alors avancé en âge, et son père pouvait aisément avoir vu la révolution arrivée vers l'an i53o. 11 ne pouvait, à la vérité, savoir avec certitude l'histoire détaillée de ses ancêtres. Aucun peuple de l'Amérique u 'avait connu l'art de l'écriture; semblables en ce point aux anciennes nations tai tares, aux habitans de l'Afrique méridionale, à nos ancêtres les Celtes, aux peuples du Septentiiou. Aucune de ces nations n'eut rien qui tînt lieu de l'histoire. Les Péruviens transmettaient les principaux faits à la postérité par des nceuds qu'ils lésaient à des cordes. Mais en général les lois fondamentales, les points les plus essentiels de la religion , les grands exploits dégagés de détails passent assez fidèlement de bouche en bouche. Aiosi, Garcilasso pouvait être instruit de quelques principaux

événemeos. C'est sur ces objets seul* qu'on peut l'en croire. Jl assure que , dans tout le Pérou, on adorait le soleil, culte plus raisonnable qu'aucun autre dans un monde où la raison humaine n'était point perfectionnée. Pline, chez les Kora-un*, dans les temps les plu» éclairés, n'admet point d'autre dieu. Platon, plus éclairé que Pline, avait appelé le soleil Je fils de Dieu , la splendeur du Père • et cet astre long temps auparavant fut 'révéré par les mages et par le» anciens fcgypt.en». La même vraisemblance» et a même erreur régnèrent également dans Je» deux hémisphères.

Les Péruviens avaient des obélisques .

des gnomons réguliers, pour marqueras points des équinoxes et des soUices.

Leur année était de trois cent soixante et cinq jours; peut-être la science de I antique ta pie ne s'étendit pas au delà. Il» avaient élevé des prodiges d'architecture, et taillé des statue» avec un art surprenant. C'était la nation la plus policée et la plus industrieuse du nouveau monde.

L'Jnca Huescar, père d'Atabalipa, dernier Inca sous qui ce vaste empire fut détruit, l'avait beaucoup augmenté et embelli. Cet Inca, qui conquit tout le pays de Quito, aujourd'hui la capitale du Pérou , avait fait, par les mains de ses soldats et des peuples vaincus , un grand chemin de cinq cents lieues, de Cusco jusqu'à Quito, à travers des précipices comblés et des montagnes aplanies. Ce monument de l'obéissance et de l'industrie humaines n'a pas été depuis entretenu par les Espagnols. Des relais d'hommes établis de demi-lieue en demi-lieue portaient les ordres du monarque dans tout son empire. Telle était la police ; et , si on veut juger de la magnificence, il suffit de savoir que le roi était porté dans ses voyages sur un trône d'or, qu'on trouva peser vingt-cinq mille ducats, et que la litière, couverte de lames d'or sur laquelle était le trône , était soutenue parles premiers de l'état.

Dan» les cérémonies pacifiques et reli- Rieuses en l'honneur du soleil , on formait des danses : rien 11 'est plus naturel; c est un des plus anciens usages de notre hémisphère. Huescar, pour rendre les danses plus graves, fit porter par les danseurs une chaîne d'or longue de sept cents de nos pas géométriques, et grosse comme le poignet; chacun en soulevait

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un chaînon. 11 faul conclure de ce fait que l'or était plus commun au Pérou que ne l'est parmi nous le cuivre.

François Pizarro attaqua cet empire avec deux cent cinquante fantassins, soixante cavaliers, et une douzaine de petits canons que traînaient souvent les esclaves des pays déjà domptés. 11 arrive par la mer du Sud, à la hauteur de Quito, par-delà l'équateur. Atabalipa, fils d'Hucscar, régnait alors; il était vers Quito avec environ quarante mille soldats armés de flèches et de piques d'or et d'argent. Pizarro commença . comme Cortès, par une ambassade, et oflfrit à l'Inca l'amitié de Charles-Quint. L'Inca répondit qu'il ne recevra pour amis les déprédateurs de son empire, que quand ils auront rendu tout ce qu'ils ont ravi sur leur route; et, après cette réponse , il marche aux Espagnols. Quand l'armée de l'Inca et la petite troupe castillane furent en présence, les Espagnols voulurent encore mettre de leur côté jusqu'aux apparences de la religion. Un moine , nommé Valverda , fait évêque de ce pays même qui ne leur appartenait pas encore, s'avance avec un interprète vers l'Inca , une Bible à la main , et lui dit qu'il faut croire tout ce qui est dit dans ce livre. 11 lui fait un long sermon de tous les mystères du christianisme. Les historiens ne s'accordent pas sur la manière dont le sermon fut reçu; mais ils conviennent tous que la prédication finit par le combat.

Les canons, les chevaux et les armes de fer firent sur les Péruviens le même effet que sur les Mexicains ; on n'eut guère queia peine de tuer; et Atabalipa, arraché de-Bon trône d'or par les vainqueurs, fut chargé de fers.

Cet empereur, pour se procurer une liberté prompte , promit une trop grosse rançon; il s'obligea, selon Herrera et Zarata, de donner autant d'or qu'une des salles de ses palais pouvait en contenir jusqu'à la hauteur de sa main, qu'il éleva en l'air au-dessus de sa téte. Aussitôt ses courriers partent de tous côtés pour assembler cette rançon immense; l'or et l';irgcnt arrivent tous les jours au quartier des Espagnols : mais, soit que les Péruviens se lassassent de dépouiller l'em-

I)ire pour un captif, soit qu'Atabalipa ne es prcssât'pas , on ne remplit point toute l'étendue de ses promesses. Les esprits des vainqueurs s'aigrirent; leur avarice trompée monta à cet excès de rage, qu'ils

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condamnèrent l'empereur à être brûlé vif; toute la grâce qu'ils lui promirent, c'est qu'en cas qu'il voulût mourir chrétien , on l'étranglerait avant de le brûler. Ce même évêque Valverda lui parla de christianisme par un interprète ; il le baisa, et immédiatement après on le pendit, et on le jeta dans les flammes. Le malheureux Garcilasso', Inca, devenu Espagnol, dit qu'Atabalipa avait été très cruel envers sa famille, et qu'il méritait la mort; mais il n'ose pas dire que ce n'était point aux Espagnols à le punir. Quelques écrivains, témoins oculaires, comme Zarata , prétendent que François Pizarro était déjà parti pour aller porter à Charles-Quint une partie des trésors d'Atabalipa, et que d'Almagro seul fut coupable de cette barbarie. Cctévêqucdc Chiapa, que j'ai déjà cité, ajoute qu'on fit souffrir le même supplice à plusieurs capitaines péruviens, qui, par une générosité aussi grande que la cruauté des vainqueurs , aimèrent mieux recevoir la mort que de découvrir les trésors de leurs maîtres.

Cependant, de la rançon déjà payée par Atabalipa, chaque cavalier espagnol eut deux cent quarante marcs en or pur ; chaque fantassin en eut cent soixante : on partagea dix fois environ autant d'argent dans la même proportion; ainsi le cava lier eut un tiers de plus que le fantassin. Les officiers eurent des richesses inimen ses; et on envoya à Charles-Quint trente mille marcs d argent, trois mille dVr non travaillé, et vingt mille marcs peson: d'argent avec deux mille d'or en ouvrapi-s du pays. L'Amérique lui aurait servi à te nir sous le joug une partie de l'Europe, et surtout les papes qui lui avaient adjugé ce nouveau monde, s'il avait reçu sou vent de pareils tributs.

On ne sait si on doit plus admirer le courage opiniâtre de ceux qui découvrirent et conquirent tant de terres, ou plus détester leur férocité : la même source, qui est l'avarice, produisit tant de bien et tant de mal. Diego d'Almagro marche à Cusco à travers des multitude* qu'il faut écarter; il pénètre jusqu'au Chili, par-delà le tropique du Capricorne. Partout on prend possession au nom de Charles-Quint. Bientôt après la discorde se met entre les vainqueurs du Pérou, comme elle avait divisé Velasquez et Fernand Cortel dans l'Amérique Septentrionale.

Diego d'Almagro et Francesco Plsarro fonl la guerre civile dans Cusco même, la capitale des lncas. Toutes les recrues qu'ils avaient reçues d'Europe se parla gent, et combattent pour le chef qu'elles choisissent. Ils donnent un combat sanglant sous les murs de Cusco , sans que les Péruviens osent profiter de l'affaiblissement de leur ennemi commun ; au contraire , il v avait des Péruvieus dans chaque armée : ils se battaient pour leurs tyrans; et les multitudes de Péruviens dispersés attendaient stupidement à quel parti de leurs destructeurs Us seraient soumis , et chaque parti n'élait que d'environ trois cents hommes : taut la nature a donné eu tout la supériorité aux Européens sur les habitans du nouveau monde ! Enfin d'Almagro lut fait prisonnier, et son rival Pizarro lui fit trancher la tète ; mais bientôt après il fut assassiné luimême par les amis d'Almagro.

Déjà se formait dans tout le nouveau monde le gouvernement espagnol. Les grandes provinces avaient leurs gouverneurs. Des audiences, qui sont à peu près ce. que sont nos parlenicns, étaient établies ; des archevêques , des évèques , des tribunaux d'inquisition . toute fa hiérarchie ecclésiastique exerçait ses fonctions comme à Madrid, lorsque les capitaines qui avaient conquis le Pérou pour l'empereur Charh's-Quiut voulurent le preuare pour eux-mêmes. Un lils d'Almagro se fit reconnaître roi du Pérou; mais d'autres espagnols, aimant mieux obéir à leur maître, qui demeurait en Europe, qu'à leur compagnon, qui devenait leur souverain , le prirent et le firent périr par la main du bourreau. Un frère de François Pizarro cul la même ambition et le même sort. 11 n'y eut contre Charles-Quint de révoltes que celles des espagnols mêmes, et pas une des peuples soumis.

Au milieu de ces combats que les vainqueurs livraient entre eux, ils découvrirent les mines du Potosi, q^ue les Péruviens mêmes avaient ignorées. Ce n'est point exagérer de dire que la terre de ce canton était toute d'argent : elle est encore aujourd'hui très loin d'élu* épuisée. Les Péruviens travaillèrent à ces mines pour les Espagnols comme pour les vrais propriétaires. Bientôt après ou joignit à ces esclaves des nègres qu'on achetait en Afrique , et qu'on transportait au Pérou comme des animaux destinés au servi» e des hommes.

On ne traitait en effet ni ces nègres , n i les habitans du nouveau monde, comme une espèce humaine. Ce Las Casas , religieux dominicain, cvêque de Chiapa , duquel nous avons parlé , louché des cruautés de ses compatriotes et des misères de tant de peuples, eut le courage de s'en plaindre à Charles-Quint et à son fils Philippe n, par des mémoires que nous avons encore. 11 y représente presque tous les Américains comme des nom mes doux et timides , d'un tempérament faible qui les rend naturellement esclaves. Il dit que les Espagnols ne regardèrent dans cette faiblesse que la facilité qu'elle donnait aux vainqueurs de les détruire; que dans Cuba, dans la Jamaïque, dans les îles voisines, ils firent périr plus de douze ceut mille hommes, comme des chasseurs qui dépeuplent une terre de bêtes fauves.» Je les ai vus, dit-il, dans l'île Saint-Domingue et dans la Jamaïque, emplir les campagnes de fourches patibulaires auxquelles ils pendaient ces malheureux trcjze à treize, en l'honneur, disaient-ils, des treize apôtres. Je les ai vus donner des enl'ans à dévorer à leurs chiens de chasse. »

Un cacique de l'île de Cuba, nommé Hatucu, condamné par eux à périr par le feu pour n'avoir pas donné assez d'or, fut remis, avant qu'on allumât le bûcher, entre les mains d'un franciscain qui l'exhortait à mourir chrétien , et qui lui promettait le ciel.« Quoi! les Espagnols iront donc au cielr «demandait le cacique.» Oui, sans doute, «disait le moine. « Ah! s'il est ainsi, que je n'aille point au ciel », répliqua ce prince. Un cacique de la Nouvelle-Grenade, qui est entre le Pérou et le Mexique, fut brûlé publiquement pour avoir promis en vain de remplir d'or la chambre d'nn capitaine.

Des miltiers d'Américains servaient aux Espagnols de bêtes de somme , et on les tuait quand leur lassitude les empê chait de marcher. Enfin ce témoin oculaire affirme que, dans les îles et sur la Terre-Ferme, ce petit nombre d'Européens a fait périr plus de douze millions d'Américains. • Pour vous justifier, ajoute-t-il, vous dites que ces malheureux s'étaient rendus coupables de sacrifices bu mains; que, par exemple, dans le temple du Mexique on avait sacrifié vingt mille hommes : je prends à témoin le ciel et la terre que les Mexicains , usant du droit barbare de la guerre, n'avaienl pas

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fait souffrir la mort dans leurs temples à cent cinquante prisonniers. »

De tout ce que je viens de citer, il résulte que probablement les Espagnols avaient beaucoup exagéré les dépravations des Mexicains , et que l'évèque de Chiapa outrait aussi quelque fois ses reproches contre ses compatriotes. Observons ici que, si on reproche aux Mexicains d'avoir quelquefois sacrifié des ennemis vaincus au dieu de la guerre, jamais les Péruviens ne liront de tels sacritices au soleil , qu'ils regardaient comme le Dieu bienfesant de la nature. La nation du Pérou était peut-être la plus douce de toute la terre.

Enfin les plaintes réitérées de Las Casas ne furent pas inutiles. Les lois envoyées d'Europe ont un peu adouci le sort des Américains. Ils sou t au jourd'hui sujets soumis et noo esclaves. {Eus. sur les mœurs.)

\oy.t, Las Caias.

PFRSE. DVttNlKRK RBVOLCT10N Dit CBT

rmpi&k. — La Perse était alors plus civilisée que la Turquie ; les arts y étaient plut en honneur; les mœurs plus douces, la police générale bien mieux observée. Ce n'est pas seulement un eft'et du climat ; les Arabes y avaient cultivé les arts cimj sièeles entiers. Ce furent des Arabes qui bâtirent lspahait, Chiras, Caobin, Cachan et plusieurs autres grandes villes : les JTurcs , au contraire , n'en ont bâti aucune , et eu ont laissé plusieuis tomber en luine. Les Tartares subjuguèrent deux fois la Perse après le règne des califes arabes; mais ils n'y abolirent point les arts; et , quand la famille des Sophis régna , elle y porta les mœurs douces de l'Arménie, où cette famille avait habité longtemps. Les ouvrages de la main passaient pour être mieux travaillés, plus finis en Perse qu'en Turquie. Les sciences y avaient de bien plus grands encourageiii en s ; point de ville dans laquelle il n'y eût plusieurs collège» fondés où l'on enseignait les belles-lettres. La langue persane, plus douce et plus harmonieuse que la turque , a été féconde en poésies agréables. Les anciens Grecs , qui ont été les premiers précepteurs de l'Europe , sont encore ceux des Persans. Ainsi leur philosophie était, aux seizième et dix-septième siècles , a peu près au môme état que la nôtre. Ils tenaient l'astrologie de leur propre pays, et ils s'y attachaient plus cju'aucun peuple de la terre, comme nous 1 avons déjà indiqué. La coutume de mar-

quer de blanc les jours heureux , et de noir les jours funestes , s'est conservée chez eux avec scrupule. Elle était très familière aux Romains, qui Pavaient prise des nations asiatiques. Les paysans de nos provinces ont moins de foi aux jouis

firopres à semer età planter indiqués dans eurs almanachs, que les courtisans d'ispahan n'en avaient aux heures favorables ou dangereuses pour les affaires. Le» Persans étaient, comme plusieurs de nos nations, pleins d'esprit et d'erreurs. Quelques voyageurs ont assuréque ce pays n'était pas aussi peuplé qu'il pourrait l'être. 11 est très rrusemblable que,du temps des mages, il était plus peuplé et plus fertile. L'agriculture et, il alors un point de religion : c'est de tontes les professions celle qui a le plus besoin d'une nombreuse famille , et qui , en conservant la santé et la force , met le plus aisément l'homme en état de former et d'entretenir plusieurs enfans.

Cependant Ispahan, avant les dernières révolutions, était aussi grand et aussi peuplé que Londres. On comptait dans Tauris plus de cinq cent raille habita ns. On comparait Cachan à Lyon. If est impossible qu'une ville soit bien peuplée, si les campagnes ne le sont pas , à moins que cette ville ne subsiste uniquement du commerce étranger. On n'a que des idées bien vagues sur Ta population de \a Turquie , de la Perse et de tous les états de l'Asie , excepté de la Chine ; mais il est indubitable que tout pays policé qui met sur pied de grandes armées , et qui a beaucoup de manufactures , possède le nombre d'hommes nécessaire.

La cour de Perse étalait plus de magnificence que la Porte Ottomane. On croit lire une relation du temps de Xerxès, quand on voit dans nos voyageurs ces chevaux couverts de riches brocarts, leurs harnais brillans d'or et de pierreries , et ces quatre mille vases d'or dont parle Chardin, lesquels servaient pour la table du roi de Perse. Les choses communes, et surtout les comestibles, étaient à trois fois meilleur marché à Ispahan et à Constantinople que parmi nous. Ce bas prix est la démonstration de l'abondance, quand il n'est pas une suite de la rareté des métaux. Les voyageurs , comme Chardin , qui ont bien connu la Perse, ne nous disent pas au moins que toutes les terres appartiennent au roi. Ils avouent qu'il y a , comme par tout ailleurs, des domaines royaux , des terres données au clergé , et

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des fonds que les particuliers possèdent de droit , lesquels leur sont transmis de père en til*.

Tout ce qu'on nous dit de la Perse nous persuade qu'il n'y avait point de paja monarchique où 1 on jouit plus des droits de l'humanité. On s'y était procuré, plus qu'en aucun pays de l'Orient, des ressources contre l'ennui, qui est partout le

S oison de la rie. On se rassemblait dans es salles immenses qu'on appelait les maisons à café, où les uns prenaient de cette liqueur, qui n'est en usage parmi nous que depuis la fin du dix-septième siècle; les autres jouaient , ou lisaient , ou écoutaient des feseurs de contes , tandis qu'à un bout de la salle un ecclésiastique prêchait pour quelque argent , et qu'à un autre bout ces espèces d'hommes, qui se sont fait un art de l'amusement des autres , déployaient tous leurs talens.

Tout cela annonce un peuple sociable , et tout nous dît qu'il méritait d'être heureux. 11 le fut, à ce qu'on prétend , sous le règne de Sha-Abbas qu'on a appelé té Grand. Ce prétendu grand homme était très cruel ; mais il y a des exemples que des hommes féroces ont aimé l'ordre et le bien public. La cruauté ne s'exerce que sur des particuliers exposés sans cesse à la vue du tyran , et ce tyran est quelquefois par sesloislebieufaiteur de sa patrie.

Sha-Abbas , descendant d'Ismaël Sophi , se rendit despotique en détruisant une milice telle a peu près que celle des janissaires , et que les gardes prétoriennes. C'est ainsi que le crar Pierre à détruit la milice des strélits pour établir sa puissance. Nous voyons dans toute la terre les troupes divisées en plusieurs petits corps affermir le trône, et les troupes réunies en un grand corps disposer du trône et le renverser. Sba-Abbas transporta des peuples d'un pays dans un autre; c'est ce que les Turcs n'ont jamais fait. Ces colonies réussissent rarement.

De trente mille familles chrétiennes que Sha-Abbas transporta de l'Arménie et de la Géorgie dans le Mczanderan , vers la mer Caspienne, il n'en est resté que quatre à cinq ctiéts mais il construisit des édifices publtcs, il rebâtit des villes, il fit d'utiles fondations ; il reprit sur les Turcs to'-.t ce que Soliman et Sélim avaient conquis titir la Perse : il chassa les Portugais d'Orraus ; et toutes ces grandes actions lui méritèrent le oom de Grand : il mourut en 1629. Son fils Sha-Sopbi, plus

cruel que Sha-Abbas , mais moins guerrier, moins politique, abruti parla débauche , eut un règne malheureux. Le grand-mogol Sha-Gean enleva Candahar à la Perse , et le sultan Amurat iv prit d'assaut Bagdad en i638.

Depuis ce temps vous voyex la monarchie persane décliner sensiblement, jus-

3u'à ce qu'enfin la mollesse de la dynastie es Sophis a causé sa ruine entière. Les eunuques gouvernaient le séra<! et l'empire sous Musa-Sophi et sous Hussein , le dernier de cette race.

C'est le comble de l'avilissement dans la nature humaine , et l'opprobre de 1*0* rient , de dépouiller les hommes de la virilité : et c'est le dernier attentat du despotisme de confier le gouvernement à ces malheurenx. Partout où leur pouvoir a été excessif, la décadence et la ruine sont arrivées. La faiblesse de Sha-Hussein fesait tellement languir l'empire , et la coofusîon le troublait si violemment par les factions des eunuques noirs et des eunuques blancs , que , si Myri-Veis et ses Aguans n'avaient pas détruit cette dynastie , elle l'eût été par elle-même. Cest le sort de la Perse « que toutes ses dynasties commencent par la force et- finissent par la faiblesse. Presque toutes ces familles ont eu le sort de Serdan-Pull , que nous nommons Sardanapale.

Ces Aguans , qui ont bouleversé la Perse an commencement du siècle où nous sommes , étaient une ancienne colonie de Tartares , habitant les montagnes de Candahar, entre l'Inde et la Perse. Presque toutes les révolutions qui ont changé le sort de ce pays-là sont arrivées par (les Tartares. Les Persans avaient reconquis Candahar sur le Mogol, vers l'an i65o , sous Sha-Abbas ; et ce fut pour leur malheur. Le minintère de Sha- Hussein , petit fils de Sha-Abbas 11 , traita mal les Aguans. Myri-Veis qui n'était qu'un particulier, mais un particulier courageux et entreprenant, se mit à leur tête.

C'est encore ici une de ces révolutions oh le caractère d< s peuples qui la firent eut plus de part que le caractère de leurs chefs : car, Myri-Veis ayant été assassiné et remplacé par un autrebarbare, nommé Ma^hraud, son propre neveu, qui n'était figé que de dix-huit ans, il n'y avait pas d apparence que ce jeune homme pût faire beaucoup par lui-même , et qu'il conduisit ces troupes indisciplinées de montagnards féroces » comme nos gêné-

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raux conduisent des armées réglées. Le gouvernement de Hussein était méprisé ; et, la province de Candahar ayant commencé les troubles , les provinces du Caucase, du côté de la Géorgie, se révolter rent aussi. Enfin Maghmud assiéga Ispahan en 172a. Sba- Hussein lui remit cette capitale , abdiqua le royaume à ses pieds, et le reconnut pour son maître; trop heureux que Maghmud daignât épouser sa fille 1

Tous les tableaux des cruautés et des malheurs des hommes, que nous examinons depuis le temps de Charlemagne , n'ont rien de plus horrible que les suites de la révolution d'Ispahan. Maghmud crut ne pouvoir s'affermir qu'en lésant égorger les familles des principaux citoyens. La Perse entière a été trente années ce qu'avait été l'Allemagne avant la paix de Westphalie , ce que fut la France du temps de Charles vi , l'Angleterre dans les guerres de la rose rouge et de la rose blanche ; mais la Perse est tombée d'un état plus florissant dans un plus grand abîme de malheurs.

La religion eut encore part à ces désolations. Les Aguans tenaient pour Omar, comme les Persans pour Ali ; et ce Maghmud, chef des Aguans, mêlait les plus lâches superstitions aux plus détestables cruautés : il mourut en démence, en 1725, après avoir désolé la Perse. Un nouvel usurpateur de la nation des Aguans lui succéda; ils'appeiait Asraf. La désoiatioo de la Perse redoublait de tous côtés. Le* Tnrcs l'inondaient du côté de la Géorgie, l'ancienne Colchide. Les Russes fondaient sur ces provinces , du nord à l'occident de la mer Caspienne , vers les portes de Dclbent dans le Shirvan, qui étaient autrefois l'ibérie et l'Albanie. On ne nous dit point ce que devint parmi tant de troubles le roi détrôné , Sba- Hussein. Ce rince n'est connu que pour avoir servi 'époque au malheur de son pays.

Un des Cls de cet empereur , nommé Thamas, échappé au massacre de la famille impériale , avait encore des sujets fidèles qui se rassemblèrent autour de sa personne vers Tauris. Les guerres civiles et les temps de malheur produisent toujours des nommes extraordinaires , qui eussent été ignorés dans des temps paisibles. Le fils d'un berger devint le protecteur du prince Thamas , et le soutien du trône dont il fut ensuite l'usurpateur. Cet homme , qui s'est placé au rang des

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Îlus grands conquérant, s'appelait Nadir. 1 gardait les moutons de son père dans les plaines du Corassan , partie de l'ancienne Hyrcanie et de la Bactriane. Il oe faut pat se figurer ces bergers comme les nôtres. La vie pastorale , qui s'est conservée dans plus d'une contrée de l'Asie, n'est pas sans opulence : les tentes de ses riches bergers valent beaucoup mieux que les maisons de nos cultivateurs. Nadir vendit plusieurs grands troupeaux de son

Eère , et se mit à la tête d'une troupe de aodits , chose encore fort commune dans ces pays où les peuples ont gardé les mœurs des temps antiques. Il se donna avec sa troupe au prince Thamas ; et a force d'ambition , de courage et d'activité , U fut à la tête d'une armée. Il se fit appeler alors Thamas Kouli-kan , « le kan esclave de Thamas ; » mais l'esclave était le maître sous un prince aussi faible et aussi efféminé que son père Husseinfj 729]. 11 reprit Ispahan et toute la Perse, poursuivit le nouveau roi Asraf jusqu'à Candahar, le vainquit , le prit prisonnier , et lui fit couper la téte après lui avoir arraché les yeux.

Kouli-kan , ayant ainsi rétabli le prince Thamas sur le trône de ses aïeux , et l'ayant mis en état d'être ingrat , voulut l'empêcher de l'être. Il l'enferma dans la capitale du Corassan; et, agissant toujours au nom de ce prince prisonnier, il alla faire la guerre aux Turcs, sachant bien qu'il ne pouvait affermir sa puissance que par la même voie qu'il l'avait acquise. Il battit les Turcs à Erivan , reprit tout ce pays , et assura ses conquêtes en fesant la paix avec les Russes. [17^9} Ce fut alors qu'il se fit déclarer roi de Perse , sons le nom de Sha-Nadir. Il n'oublia pas l'ancienne coutume de crever les yeux à ceux qui peuvent avoir droit au trône. Cette cruauté fut exercée sursonsouveraio Thamas. Les mêmes armées, qui avaient servi à désoler la Perse , servirent aussi à la rendre redoutable àrses voisins. Kouli kan mit les Turcs plusieurs fois en fuite. Il fit enfin avec eux une paix honorable, par laquelle ils rendirent tout ce qu'ils avaient jamais pris aux Persans, e|fepté Bagdad et son territoire.

Kouli-kan , chargé de crimes et de gloire , alla ensuite conquérir l'Inde. De retour dans sa patrie, il trouva un parti formé en faveur des princes de la maison royale qui existait encore; et, au milieu de ces nouveaux troubles , il fut as-

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sassine par son propre neveu , ainsi que l'avait été Myri-Veis, le premier auteur de la révolution. La Perse alors est devenue cncorc.le théâtre des guerres civiles. Tant de dévastations y ont détruit le commerce et les arts , en détruisant une partie du peuple ; mais , quand le terrain est fertile et la nation industrieuse , tout se répare à la longue.

(Essai sur (es mœurs.) PERSÉCUTIONS CHRÉTIENNES. — On a tant prouvé que la secte des chrétiens est la seule qui ait jamais voulu forcer les hommes , le fer et la flamme dans les mains, a penser comme elle, que ce n'est plus la peine de le redire. On nous objecte en vainque les mahométans ont imité les chrétiens ; cela n'est pas vrai. Mahomet et ses Arabes ne violentèrent que les Mccquois qui les avaient persécutés ; ils n'imposèrent aux étrangers vaincus qu'un tribut annuel de douze drachmes par téte . tribut dont on pouvait se racheter en embrassant la religion musulmane.

Quand ces Arabes eurent conquis l'Espagne et la province narbonnaise , ils leur laissèrent leur religion et leurs lois. Ils laissent encore vivre en paix tous les chrétiens de leur vaste empire. Le sultan des Turcs nomme lui-même le patriarche des chrétiens grecs, et plusieurs évèques.

Vous savez que ces chrétiens portent leur Dieu en procession librement dans les rues de Conslantinople , tandis que chez les chrétiens il est de vastes pays où l'on condamne à la potence ou à la roue tout pasteur calviniste qui prêche , et aux galères quiconque les écoute. O nations!

comparez et jugez.

Nous prions seulement les lecteurs attentifs de relire ce morceau d'un petit livre excellent * qui a paru depuis peu , intitulé, Conseils raisonnables, etc.

« Vous parlez toujours de martyrs. Eh 1 monsieur, ne sentez-vous pas combien cette misérable preuve s'élève contre nous ? Insensés et cruels que nous sommes , quels barbares ont jamais fait plus de martyrs que nos barbares ancêtres?

Ahl monsieur, vous n'avez donc pas voyagé ? vous n'avez pas vu à Constance la place où Jérôme de Prague dit à un

* On voit assez que cette épithète n'a été mise que pour mieux cacher que les deux ouvrages liaient de l'auteur.

des bourreaux du concile , qui voulait allumer son bûcher par derrière : Alluma par devant; sijavais craint les flammes, je ne serais pas venu ici ? Vous n'avez pas été à Londres, où parmi tant de victimes que fit brûler l'infatué Marie, fille du tyran Henri vin, une femme accouchant au pied de son bûcher, on y jeta l'enfant avec la mère par l'ordre d'un èvâque ?

«Avez- vous jamais passé dans Paris par la Grève où le conseiller-clerc Anne Duhourg, neveu du chancelier, chanta des cantiques avant son supplice ? Savez vous qu'il fut exhorté à cette héroïque constance par une jeune femme de qualité nommée madame de La Caille, qui fut brûlée quelques jours après tut ? Elle était chargée de fers dans un cachot voisin du sien, et ne recevait le jour que par une petite grille pratiquée en haut dans le mur qui séparait ces deux cachots.

Cette femme entendait le conseiller oui disputait sa vie contre ses juges par les formes des lois : Laissez (à , lui cria-t-ellc, ces indignes formes ; craignez-vous de mourir pour votre Dieu?

«Voilà ce qu'un indigne historien tel que le jésuite Daniel n a garde de rapporter, et eo que d'Aubigné et les contemporains nous certifient.

« Faut-il vous montrer ici la foule de ceux qui furent exécutés à Lyon dans la place des Terreaux , depuis i546 ? Faut-il vous faire voir mademoiselle de Cagnon suivant dans une charrette cinq autres charrettes d'âgées d'infortunés condamnés aux flammes, parce qu'ils avaient le malheur de ne pas croire qu'un homme pût changer du pain en Dieu? Celte fille , malheureusement persuadée que la religion réformée était la véritable, avait toujours répandu des largesses parmi les pauvres de Lyon. Ils entouraient, en pleurant, la charrette où elle était traînée chargée de fers. Hélas ! lui criaient-ils , nous ne recevrons plus d'aumônes de vous! — Eh lien, dit-elle, vous en recevrez encore; et elle leur jeta ses mules de velours que ses bourreaux lui avaient laissées.

« Avcz-vous vu la place de l'Estrapade à Paris? elle fut couverte, sous François 1", de corps réduits en cendre. Savcz-vous comme on les fesait mourir? On les suspendait à de longues bascules qu'on élevait et qu'on baissait tour à tour sur un vaste bûcher, afin de leur faire sentir plus long-temps toutes les horreurs de la mort

la plus douloureuse. On ne jetait ces corps sur des charbons ardens que lorequ'ds étaient presque entièrement rôtis, ».t que leurs membres retirés, leur peau sanglante et consumée , leurs yeux brûlés, leur visage défiguré, ne leur laissaient plus l'apparence de la figure humaine.

• Le jésuite Daniel suppose, sur la foi d'un infàine écrivain de ce temps- là, que François t" «lit publiquement qu'il traiterait ainsi le dauphin son ù\*t s'il donnait dans les opinions des réformés. Personne ne croira qu'un roi, qui ne passait pas pour uo Néron, ait jamais prononcé île si abominables paroles. Mai* la vérité est que , tandis qu on fesait à Paris ces sacrifices de sauvages , qui surpassent tout ce que l'inquisition a jainai* fût de plus horrible, François i" plaisantait avec ses courtisans, et couchait avec sa maîtresse. Ce ne sont pas là des histoires de sainte Potamienne , de sainte Ursule , et des onze mille vierges ; c'est un récit fidèle de ce que l'histoire a de moins incertain.

■ Le nombre des martyrs réformés, soit vaudois ou albigeois , soit évangéliques , est innombrable. Un nommé Pierre Bergier fut brûlé a Lyon, en i55a, avec René Poyet, parent du chancelier Poyet.

On jeta dans le même bûcher Jean Oharabon, Louis Dimonet, Louis de Marsac, Etienne de Gravotet cinq jeunes écoliers. Je vous ferais trembler si je vous fesais voir la liste des martyts que les protesta ns ont conservée.

«Pierre Bergier chantait un psaume de Ma rot en allant au supplice. Dites-nous en bonne foi si vous chanteriez un psaume latin en pareil cas? Dites-nous si Je supplice de la potence , de la roue , ou du feu , est une preuve de la religion ? C'est une preuve sans doute de la barbarie humaine. C'est une preuve que d'un côté il y a des bourreaux , et de l'autre des persuadés.

«Don , si vous voulez rendre la religion chrétienne aimable , ne parlez jamais de martyrs. Nous en avons fait cent fois, mille fois plus que tous les païens. Nous ne voulons point répéter ici ce qu'on a tant dit des massacres des Albigeois, des habitans de Mérindol , de la Saint-Barthélemi , de soixante ou quatre - vingt mille Irlandais protestans égorgés, assommés, pendus, brûlés par les Catholiques; de ces millions d'Indiens tués comme des

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