‹ Dictionnaire historique des événemens remarquablesChapitre 115 sur 183 · PET · texte numérisé non relu

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lapins dans des garennes , aux ordres de quelque» moines. Nous frémissons, oous gémissous; mais, il faut le dire, parler de martyrs à des chrétiens , c'est parler de gibet* et de roues à des bourreaux et à des recors. •

Après tant de vérités, nous demandons au monde entier si jamais un théiste a voulu forcer un homme d'une autre religion à embrasser le théisme,

Nous pensons enfin qu'il faut imiter le sage gouvernement chinois, qui. depuis plus de cinquante siècles, offre à Dieu des hommages purs , et qui , l'adorant en esprit et en vérité , laisse la vile populace se vautrer dans la fange des étables des bonzes: il tolère ces bonzes, et il les réprime; il les contient si bien qu'ils n'ont pu exciter le moindre trouble sous la domination chinoise ni sous la tartan». Nous allons acheter dans celte teire antique de la porcelaine , du laque, du thé, dea pa- ■ ravents, des magots, des commodes, de la rhubarbe , de la poudre d'or : que n'allons-nous y acheter la sagesse/

(Mélanges philosophiques.)

PET1T-P I E RR li. — raoaKT damnks. — 11 n'y a pas long-temps qu'un théologien calviniste, nommé Petit-Pierre, prêcha et écrivit que les damnés auraient un jour leur grâce. Les autres ministres lui dirent qu'ils n'en voulaient point. La dispute s'échauffa ; on prétend que le roi leur souverain leur manda que, puisqu'ils voulaient être damnés sans retour, il le trouvait très bon, et qu'il y donnait les mains. Les damnés de l'église de Neuchâtel déposèrent le pauvre Petit- Pierre, qui avait pris l'enfer pour le purgatoire. On a écrit que l'un d eux lui dit: Mon ami , je ne crois pas plus à l'enfer éternel que vous; mais sachez qu'il est bon que votre servante , votre tailleur, et surtout votre procureur, y croient.

J'ajouterai, pour Villuslration de ce passage, une petite exhortation anz philosophes qui nient tout à plat l'enfer dans leurs écrits. Je leur dirai: «Messieurs, nous ne passons pas notre vie avec Cicéron, AtticuB, Gaton, Marc-Aurèle, Epie tète, le chancelier de l*Hospital, la Mothe le-Vayer, Des Ivetaux, René Descartes, Newton, Locke, ni avec le respectable Bayle, qui était si au dessus de la fortune ; ni avec le trop vertueux incrédule Spi-

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xiosa, qui n'ayant rien, rendit aux enfanté du grand pensionnaire de Witt,une pension de trois cents florins que lui lésait le grand de Witt, dont les Hollandais mangèrent le cœur, quoiqu'il n'y eût rien à gagner en le mangeant. Tous ceux à qui nous avons affaire ne sont pas des Des Barreaux , qui payait à des plaideurs la valeur de leur procès qu'il avait oublié de rapporter. Toutes les femmes oe sont pas des Ninon Lenclos, qui gardait les dépôts si religieusement, tandis que les plus graves personnages les violaient. En un mot, messieurs , tout le monde n'est pas philosophe.

m Nous avons affaire à force fripons qui ont peu réfléchi ; à une foule de petites gens brutaux, ivrognes, voleurs. Prêchez-leur, si vous voulez, qu'il n'y a poiot d'enfer, et que l'âme est immortelle ; pour moi , je leur crierai dans les oreilles qu'ils seront damnés s'ils me volent ; j'imiterai ce curé de campagne, qui, ayant été outrageusement volé par ses ouailles , leur dit à son prùne : Je ne sais à quoi pensait Jésus-Christ de mourir pour des canailles comme vous. •

(Dictionnaire philosophique.) PEUPLES (conjurations contre les).

Conspiration! ou proscriptions juives.

L'histoire est pleine de conspirations contre les tyrans; mais nous ne parlerons ici que des conspirations des tyrans contre les peuples. Si l'on remonte à la plus haute antiquité parmi nous; si l'on ose chercher les premiers exemples des proscriptions clans l'histoire des Juifs; si noua séparons ce qui peut appartenir anx passions humaines, de ce que nous devons révérer dans les décrets éternels ; si nous ne considérons que l'effet terrible d'une cause divine , nous trouverons d'abord une proscription de vingttrois mille Juifs après 1 idolâtrie d'un veau d'or; une de vingt -quatre mille pour punir l'Israélite qu'on avait surpris dans les bras d'une Madianite; une de quarante-deux mille hommes de la tribu d'Ephralm , égorgés à un gué du Jourdain. C'était une vraie proscription; car ceux de Galaad , qui exerçaient la vengeance de Jephté contre les Epbraïmites, voulaient connaître et démêler leur» victimes en leur fesant prononcer l'un après l'autre le mot tûhibolet au passage de la rivière; et ceux qui disaient siboietj selon la prononciation éphraï-

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mite , étaient reconnus et tués sur-lechamp. Mais il faut considérer que celte tribu d'Epbraîm , ayant osé s'opposer â Jephté , choisi par Dieu même pour être le chef de son peuple , méritait sans doute un tel châtiment.

C'est pour cette raison que nous ne regardons, point comme une injustice l'extermination entière des peuples du Canaan; ils s'étaient sans doute attiré cette punition par leurs crimes ; ce fut le Dieu vengeur des crimes qui les poursuivit; les Juifs n'étaient que les bourreaux.

Celle de Mithridate,

De telles proscriptions commandées par la Divinité môme, ne doivent pas sans doute être imitées par les hommes; aussi le genre humain ne vit point de pareils massacres jusqu'à Mithridate. Rome ne lui avait pas encore déclaré la guerre, lorsqu'il ordonna qu'on assassinât tous les Romains qui se trouvaient dans l'Asie- Mineure. Plutarque fait monter le nombre des victimes à cent cinquante mille ; Appien le réduit à quatre- vingt mille.

Plutarque n'est guère croyable, et Appien probablement exagère. Il n'est pas vraisemblable que tant de citoyens romains demeurassent dans l'Asie Mineure où ils avaient alors très peu d'établisscraens. Mais quand ce nombre serait réduit â la moitié, Mithridate n'en serait pas moins abominable. Tous les historiens conviennent que le massacre fut général , et que ni les femmes ni les enfans ne furent épargnés.

Celle* de SjlU, do Marias, et det triumvir».

Mais environ dans ce temps-là même, Sylla et Marius exercèrent sur leurs compatriotes la même fureur qu'ils éprouvaient en Asie. Marius commença les proscriptions, et Sylla le surpassa. La raison humaine est confondue quand elle veut juger les Romains. On ne conçoit pas comment un peuple chez qui tout était â l'enchère, et dont la moitié égorgeait l'autre , pût être dans ce tempslà même le vainqueur de tous les rois. Il y eut une horrible anarchie depuis les

Sroscriptions de Sylla jusqu'à la bataille 'Actium ; et ce fut pourtant alors que Rome conquit les Gaules, l'Espagne, l'Egypte, la Syrie , toute l'Aaie-Mineure

et la Grèce.

Comment expliquerons-nous ce nombre prodigieux de déclamations qui nous

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restent sur la décadence de Rome , dans ces temps sanguinaires et illustres? Tout est perdu , disent vingt auteurs latins ; Rome tombe par ses propres forces ; le luxe a vengé l'univers. Tout cela ne veut dire autre chose , sinon que la liberté publique n'existait plus : mais la puissance subsistait; elle était entre les mains de cinq ou six généraux d'armée; et le citoyen romain , qui avait jusque-là vaincu pour lui» môme , ne combattait plus que pour quelques usurpateurs.

La dernière proscription fut celle d'Antoine, d'Octave et de Lépide; elle ne fut pas plus sanguinaire que celle de Sylla.

Quelque horrible que fût le règne des Caligula et des Néron , on ne voit point de proscriptions sous leur empire ; il n'y en eut point dans les guerres des Galba , des Othon , des Vitellius.

Celle cl es Juifs «ou* Trajaa.

Les Juifs seuls renouvelèrent co crime sous Trajan. Ce prince humain les traitait avec bonté. Il v en avait un très grand nombre dans l'Egypte et dans la province de Cyrène. La moitié de l'île de Chypre était peuplée de Juifs. Un nommé André, qui se donna pour le Messie, pour un libérateur des Juifs, ranima leur exécrable enthousiasme qui paraissait assoupi. 11 leur persuada qu'ils seraient agréables au Seigneur, et qu'ils rentreraient enfin victorieux dans Jérusalem , s'ils exterminaient tous les infidèles dans les lieux où ils avaient le plus de synagogues. Les Juifs v séduits par cet homme, massacrèrent , dit-on, plus de deux cent mille personnes dans la Cyrénaïque et dans Chypre. Dion et Eusèbe, disent que, non êontens de les tuer, ils mangeaient leur chair, se feraient une ceinture de leurs intestins , et se frottaient le visage de leur sang. Si cela est ainsi , ce fut, de toutes les conspirations contre le genre humain dans notre continent, la plus inhumaine et la plus épouvantable; et elle dut l'être, puisque la superstition en était le principe. Ils furent punis, mais moins qu'ils ne le méritaient , puisqu'ils subsistent encore.

Celle de Théodose.

Je ne vois aucuue conspiration pai cille dans l'histoire du monde jusqu'au temps de Théodosc , qui proscrivit les lu bilan s de Thessalonique , uon pas dans

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un mouvement de colère» comme des menteurs mercenaires l'écrivent si souvent, mais après six mois des plus mûres réflexions. Il mit dans cette fureur méditée un artifice et une lâcheté qui la rendaient encore plus horrible. Les jeux

[mblics furent annoncés par son ordre, es habitans invités ; les courses commencèrent : au milieu de ces réjouissances, ses soldats égorgèrent sept à huit raille habitans ; quelques auteurs disent quinze mille. Cette proscription fut incomparablement plus sanguinaire et plus inhumaine que celle des triumvirs; ils n'avaient compris que leurs ennemis daas leurs listes; mais Théodosc ordonna que tout périt sans distinction. Les triumvirs se contentèrent de taxer les veuves et les filles des proscrits; Théodose fit massacrer les femmes et les enfans, et cela dans la plus profonde paix, et lorsqu'il était au comble de sa puissance. Il est vrai qu'il expia ce crime; il fut quelque temps sans aller à la messe.

Celle de l'impératrice Théodoa.

Une conspiration beaucoup plus 8 an plante encore que toutes les précédentes , fut celle d'une impératrice Théodora, au milieu du neuvième siècle. Cette femme superstitieuse et cruelle, veuve du cruel Théophile, et tutrice de l'in famé Michel, gouverna quelques annéei Cous tan tinople. Elle donna ordre qu'on tuât tous les manichéens dans ses état-. Fleuri , dans son Histoire ecclésiastique , avoue qu'il en périt environ cent mille. Il s'en sauva quarante mille qui se réfugièrent dans les états du calife, et qui, devenus les plus implacables comme les plus justes ennemis de l'empire grec, contribuèrent à sa ruine. Rien ne fut plus semblable à notre Saint-Barthé/emi, dans laquelle on voulut détruire les protestai , et qui les rendit furieux.

Celle de* croisés contre les Jaifi.

Cette rage de conspirations contre un peuple entier sembla s'assoupir jusqu'au temps des croisades. Une horde de croises dans la première expédition de Pierre l'ermite, ayant pris son chemin par l'Allemagne, fit vœu d'égorger tous les Juifs qu'ils rencontreraient sur leur route. Ils allèrent à Spire, à Worms, à Cologne, à Maycnce , à Francfort ; ils fendirent le ventre aux hommes, aux femmes,

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aux cnfans de la nation juive qui tombèrent entre leurs mains , et cherchèrent dans leurs entrailles l'or qu'on supposait que ces malheureux avaient avalé.

Cette action des croisés ressemblait parfaitement à celle des Juifs de Chypre et de Cyrène, et fut peut-être encore plus alVrcusc , parce que l'avarice se joignait au fanatisme. Les Juifs lion lurent traités comme ils se vantent d'avoir traité autrefois des nations entières; mais, selon la remarque de Suarez , « Ils avaient égorgé leurs voisins par une piété bien entendue, et les croisés les massacrèrent par une piété mal entendue, t 11 y a au moins de la piété dans ces meurtres, et cela est bien consolant.

Celle de» croUade» contre le« Albigeoî*.

La conspiration contre les Albigeois fut de la même espèce , et eut une atrocité de plus : c'est qu'elle fut contre des *jU uu wuic -v.w- —

compatriotes , et qu'elle dura plus long- en Europe à la religion chrétienne , pour temps. Suarez aurait dù regarder cette laquelle il combattait en Asie, en Afnproscription comme la plus édifiante de toutes, puisque de saints inquisiteurs condamnèrent aux flammes tous les habitans de Béziers, de Carcassonne , de Lavaur, et de cent bourgs considérables ; presque tous les citoyens furent brûlés en effet , ou pendus , ou égorgés.

fut massacré ; les innocens périreut avec les coupables.

Les Templiers.

Je mets sans difficulté au rang d'une conjuration contre une société entière , le supplice des templiers. Cette barbarie fut d'autant plus atroce, qu'elle fut commise avec l'appareil de la justice. Ce n'était point une de ces fureurs que la vengeance soudaine ou la nécessité de se défendre semble justifier ; c'était un projet réfléchi d'exterminer tout un ordre trop fier et trop riche. Je pense bien que, dans cet ordre, il y avait de jeunes débauchés qui méritaient quelque correction ; mais je ne croirai jamais qu'un grand maître et tant de chevaliers, parmi lesquels^U comptait des princes, tous vénérables par leur Age et par leurs services, fussent coupables des bassesses absurdes et inutiles dont on les accusait. Je ne croirai jamais qu'un ordre entier de religieux ait renoncé

Let vêpres sicilienne! .

S'il est quelque nuance entre les grands crimes, peut-être la journée des vêpres siciliennes est la moins exécrable uY toutes, quoiqu'elle le soit excessivement. L'opinion la plus probable est que ce massacre ne fut point prémédité. 11 est vrai que Jean de Frocida, janissaire du roi d'Aragon , préparait dès lors une révolution à tapies et en Sicile; mais il paraît que ce fut un mouvement subit dans le peu j île animé contre les Provençaux, qui le déchaîna tout d'un coup, et qui fit couler tant do sang. Le roi Charles d'Anjou, frère de saint Louis, s'était rendu odieux par le meurtre de Conradin et du duc d'Autriche, deux jeunes héros et deux grands princes dignes de son estime, qu'il fit condamner à mort comme des voleurs. Les Provençaux qui vexaient la Si< ilr étaient détestes. L'un d'eux fit violence à une femme le lendemain de Pà ques ; on s'attroupa , oo s'émut , ou sonna le tocsin, on cria, meurent (es tyrans! tout ce qu'on rencontra de Provençaux

que , et pour laquelle même encore plusieurs «rentre eux gémissaient dans les fers des Turcs et des Arabes, aimant mieux mourir dans les cachots que de renier leur religion.

Enfin , je crois sans difficulté à plus de quatre-vingts chevaliers qui, en mourant, prennent Dieu à témoin de leur innocence. N'hésitons point à mettre leur proscription au rang des funestes effets d'un temps d'ignorance et de barbarie.

Massacres dans le nouveau monde.

Dans ce recensement de tant d'horreurs, mettons surtout les douze millions d'hommes détruits dans le vaste continent du nouveau monde. Cette proscription est , à l'égard de toutes les autres , ce que serait l'incendie de la moitié de la terre à celui de quelques villages.

Jamais ce malheureux globe n'éprouva une dévastation plus horrible et plus générale , et jamais crime ne fut mieux

{irouvé. Las Casas évèque de Chiapa dans a Nouvelle-Espagne, ayant parcouru pendant plus de trente années, les îles et la terre ferme découvertes avant qu'il lut évèque, et depuis qu'il eut cette dignité, témoin oculaire de ces trente années de destruction, vint enfin en Espagne, dans sa vieillesse, se jeter aux pieds de Charles- Quint et du prince Philippe son ûls, et fit entendre ses plaintes qu'on n'avait pas

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écoutées jusqu'alors. Il présenta sa requête au nom d'un hémisphère entier :

elle fut imprimée à Valladolid. La cause de plus de cinquante nations proscrite», dont il ne restait que de faibles rentes, fut solennellement plaidée devant l'empereur. Las Casas dit que ces peuples détruit*» étaient d'une espèce douce , faible et innocente , incapable de nuire et de résister; et que la plupart ne connaissaient pas plus les vétemens et les armes que nos animaux domestiques. « J'ai parcouru, dit-il, toutes les petites îles Lucaies, et je n'y ai trouvé que onze habi* tans, reste de plus de cinq cent mille.

Il compte ensuite plus de deux millions d'hommes détruits dans Cuba et dans Hispaniola , et enfin plus de dix millions dans le cootinent. Il ne dit pas : J'ai oui dire qu'on a exercé ces énormités incroyables; il dit : « Je les ai vues : j'ai vu cinq caciques brûlés pour s'être enfuis avec leurs sujets; j'ai vu ces créatures innocentes massacrées par milliers; enfin, de mon temps, on a détruit plus de douze millions d'hommes dans l'Amérique. »

On ne lui contesta pas cette étrange dépopulation, quelque incroyable qu'elle paraisse. Le docteur Sepulvéda, qui plaida contre lui , s'attachait seulement à prouver que ces Indiens méritaient la mort, parce qu'ils étaient coupables du péché contre nature , et qu'ils étaient anthropophages.

• Je prends Dieu à témoin, répond le digne evêque Las Casas , que vous calomniez ces innocens après les avoir égorgés. Non , ce n'était point parmi eux que régnait la pédérastie , et que l'horreur de manger de la chair humaine s'était introduite; il se peut que dans quelques contrées de l'Amérique que je ne connais pas, comme au Brésil ou dans quelques îles, oo ait pratiqué ces abominatioos de l'Europe ; mais m à Cuba , ni à la Jamaïque , ni dans Hispaniola , ni dans aucune île que j'aie parcourue, ni au Pérou , ni au Mexique où est mon évéché, je n'ai entendu jamais parler de ces crimes, et j'en ai fait les enquêtes les plus exactes. C'est vous qui êtes plus cruels que les «anthropophages; car je vous ai vus dresser des chiens énormes pour aller à la chasse des hommes, comme on va à celle des bêtes fauves. Je vous ai vus donner vos semblables à dévorer à vos chiens.

J'ai entendu des Espagnols dire à leurs

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camarades F Prête-moi une longe d'Indien pour le déjeuner de mes dogues , je t'en rendrai demain un quartier. C'est enfin chez vous seuls que j'ai vu de la) chair humaine étalée dans vos boucheries, soit pour vos dogues, soit pour vousmêmes. Tout cela, continue - 1 - il , est prouvé au procès , et je jure , par le grand Dieu qui m'écoute , que rien n'est plus véritable, •

Enfin, Las Casas obtint de Charles- Quint des lois qui arrêtèrent le carnage réputé jusqu'alors légitime , attendu que c'étaient des chrétiens qui nussaeraicat des infidèles.

Voyez Pérou et Mexique.

La proscription juridique des babitans de Mérindol et de Cabrière , sous François icr. en i546, n'est à la vérité qu'une étincelle en comparaison de cet incendie universel de la moitié de l'Amérique. II périt dans ce petit pays environ cinq à six mille personnes des deux sexes et de tout âge. Mais cinq mille citoyens surpassent en proportion, dans un canton si petit , le nombre de douze millions dans la vaste étendue des ues de l'Amérique , dans le Mexique , et dans le Pérou. Ajoutez surtout que les désastres de notre patrie nous touchent plus que ceux d'un autre hémisphère.

Ce fut la seule proscription revêtue des formes de la justice ordinaire, car les templiers furent condamnés par des commissaires que le pape avait nommés ; et c'est en cela que le massacre de Mérindol porte un caractère plus affreux que les autres. Le crime est plus grand , quand il est commis par ceux qui sont établis pour réprimer les crimes, et pour protéger l'innocence.

Un avocat général du parlement d'Aix, nommé Guérin, fut le premier auteur de cette boucherie. « C'était, dit l'historien César Nostradamus, un homme noir ainsi de corps que d'âme, autant froid orateur que persécuteur ardent et calomniateur effronté. • Il commença par dénoncer, en i54o, dix-neuf personnes, au hasard, comme hérétiques. Il y avait alors un violent parti dans le parlement d'Aix. qu'on appelait les brûleurs. Le président d'Oppède était à la tête de ce parti. Les dix-neuf accusés furent condamnés à mort sans être entendus; et

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dans ce nombre ilse trouva quatre femmes et cinq enfans qui s'enfuirent dans les cavernes.

Il y avait alors , à la honte de la nation , un inquisiteur de la foi en Provence : il se nommait frère Jean de Rome. Ce malheureux, accompagné de satellites, allait souvent dans Mérindol et dans les villages d'alentour; il entrait inopinément et de nuit dans les maisons où il était averti qu'il y avait un peu d'argent; il déclarait le père, la mère et les enfans hérétiques , leur donnait la auestion , prenait l'argent et violait les filles. Vous trouverez une partie des crimes de ce scélérat dans le fameux plaidoyer d'Aubri, et' vous remarquerez qu'il ne fut puni que par la prison.

Ce fut cet inquisiteur qui, n'ayant pu entrer chez les dix*neuf accusés , les avait fait dénoncer au parlement par l'avocat général Guérin, quoiqu'il prétendit être le aïeul juge du crime d'hérésie. Guérin et lui soutinrent que dix -huit villages étaient infectés de cette peste. Les dixneuf citoyens échappés devaient, scion eux, faire révolter tout le canton. W.

président d'Oppède, trompé par une information frauduleuse de Guérin, demanda au roi des troupes pour appuyer la recherche et la punition des dix-neuf prétendus coupables. François r»r. , trompé à son tour, accorda enfin les troupes. L»e vice-légat d'Avignon y joignit quelques soldats. Enfin, en i544, d'Oppède et Guérin , à leur tête , mirent le feu à tous les villages; tout fut tué; et Aubri rapporte dans son plaidoyer que plusieurs soldats assouvirent leur brutalité sur les femmes et sur les filles expirantes qui palpitaient encore. C'est aiusi qu'on servait la religion.

Quiconque a lu l'histoire sait assez qu'on fit justice; que le parlement fit pendre l'avocat général , et que Je président d'Oppède échappa au supplice qu'il avait mérité. Cette grande cause fut plaidée pendant cinquante audiences.

On a encore les plaidoyers ; ils sont curieux. D'Oppède et Guérin alléguaient pour leur justification tous les passages de l'Ecriture , où il est dit :

c Frappez les habitans par le glaive; détruisez tout , jusqu'aux animaux *.

* Deut. chtp. XIII.

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« Tuez le vieillard , l'homme , la femme et l'enfant à la mamelle (i).

«Tuez l'homme, la femme, l'enfant sevré, l'enfant qui tette, le bœuf, la brebis , le chameau et l'âne (a).»

Ils alléguaient encore les ordres et les exemples donnés par l'église contre les hérétiques. Ces exemples et ces ordres n'empêchèrent pas que Guérin ne fût ''pendu. C'est la «eulc proscription de cette espèce qui ait été punie par les lois, après avoir été faite à l'abri de ces lois même.

Voyez d'Oppède.

Conspiration de la Saint-Barthélemi, *

Il n'y eut que vingt-huit ans d'intervalle entre les massacres de Mérindol et la journée de la Saint Barthélcmi. Celte journée fait encore dresser les cheveux à la tête de tous les Français, excepté ceux d'un abbé (3) qui a osé imprimer en 1758 une espèce d'apologie de cet événement exécrable. C'est ainsi que quelques es-

{>rits bizarres ont eu le caprice de faire 'apologie du diable. «Ce ne fut, dit-il, qu une affaire de proscription. » Voila une étrange excuse! Il semble qu'une affaire de proscription soit une chose d'usage, comme on dit une affaire de barreau, une affaire d'intérêt, une affaire de calcul, une affaire d'église.

Il faut que l'esprit humain soit bien susceptible de tous les travers, pour qu'il se trouve au bout de près de deux cents ans un homme qui de sang-froid entreprend de justifier ce que l'Europe entière abhorre. L'archevêque Péréfixe prétend qu'il périt cent mille Français dans cette conspiration religieuse. Le duc de SuIU n'en compte que soixante -et dix mille.

Monsieur l'abbé abuse du martyrologe des calvinistes, lequel n'a pu tout compter, pour affirmer qu'il n'y eut que quinze mille victimes. Eh! monsieur tfabbé, ne serait-ce rien que quinze mille persounes égorgées , en pleine paix, par leurs concitoyens ?

Le nombre des morts ajoute sans doute beaucoup à la calamité d'une nation, mais rien à l'atrocité du crime. Vous prétendez, homme charitable, que la religion n'eut aucune part à ce petit mouvement populaire. Oubliez -vous le tableau

(l) Josué. chap. XVI.

(O Premier liv. des Roit, chsp. XV.

(3) Cavsêac.

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que te pape Grégoire xm fit placer dans le Vatican, et au bas duquel était écrit : Ponlifcx Colignii rueem prohatt Oubliez-vous sa procession solennelle de l'église de Saint-Pierre à l'église Saint- Louis, le Te Deum qu'il fît chanter, les médailles qu'il fit frapper pour perpétuer la mémoire de riu>mvux carnage de la Saint-Barthélemi? Vous n'avez peut-être^, pas vu de ces médailles, j'en ai vu entre les mains de M. de Rothelin. Le pape Grégoire y est représenté d'un coté, et de l'autre c'est un ange qui tient une croix dans la main gauche , et une épée dans la main droite. En voilà-t-il assez» je ne dis pas pour vous convaincre, mais pour vous confondre ?

Conspiration d'Irlande.

La conjuration des Irlandais catholiques contre les protestans, sous Charles i*r, eu 164 1 « est une fidèle imitation de la Saint-Barthélemi. Des historiens anglais contemporains, tels que le chancelier Clarendon et un chevalier Jean Temple, assurent qu'il y eut cent cinquante mille hommes de massacrés. Le parlement d'Angleterre , dans sa déclaration du a5 juillet ï643> en compte quatre-vingt mille: mais M. Brookc, qui parait très instruit, crie à l'injustice dans un petit livre que j'ai entre les mains. Il dit qu'on 6C plaint à tort; et il semble prouver assez bien qu'il n'y eut que quarante raille citoyens d'immolés à la religion, en y comprenant les femmes et les enfane.

Compiration dam les valléca du Piémont.

J'omets ici un grand nombre de proscriptions particulières. Les petits désastres ne se comptent point dans les calamités générale^; mais je ne dois point passer sous silence la proscription des habitans dos vallées du Piémont en i655.

C'est une che&e assez remarquable dans l'histoire que ces hommes , presque inconnus au reste du monde, aient persévéré constamment, de temps immémorial, dans des usages qui avaient changé partout ailleurs. 11 en est de ces usages comme de la langue : une infinité de termes antiques 6e conservent dans des cantons éloignés, tandis que les capitales et les grandes villes varient dans leur langage de siècle en siècle.

Voilà pourquoi f l'ancien roman , que l'on parlait du temps de Cbarlemagne ,

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subsiste encore dans (e patois du pays de Vaud , qui a conservé le nom de -pays Roman. On trouve des vestiges de ce langage dans toutes les vallées de» Alpes et des Pyrénées. Les peuples voisins* de Turin qui habitaient les cavernes vaudoises , gardèrent l'habillement, la langue, et presque tous les rites du temps de Charlemagne.

On sait assez que, dans le huitième et dans le neuvième siècle , la partie septentrionale de l'Occident ne connaissait point le culte des images ; et une bonne raison, c'est qu'il n'y avait ni peintre ai sculpteur: rien même n'était encore décidé sur certaines questions délicates , que l'ignorance ne permettait pas d'approfondir. Quand ces points de controverse furent arrêtés et réglés ailleurs, les habitans des vallées l'ignorèrent; et, étant ignorés eux-mêmes des autres hommes, ils restèrent dans leur ancienne croyance: mais enfin ils furent an rang des hérétiques, et poursuivis comme tels.

Dès l'année 146*7 le pape Innocent vin envoya dans le Piémont un légat nommé Aiiicrtus de Capitoneis , archidiacre de Crémone, prêcher une croisade contre eux. La teneur de la bulle du pape est singulière. II recommande aux inquisiteurs , à tous ecclésiastiques et à tons les moines, • de prendre unanimement les armes contre les Vaudois, de les écraser comme des aspics, et de les exterminer saintement. « in hœreticos armis insur gant, eosque velut cupides venenosos conçurent, et ad tam sanctam aclcrminationem adhibeani omnes eonatus. »

La même bulle octrtrie à chaque fidèle « le droit de s'emparer de tous les meubles et immeubles des hérétiques, sans forme de procès. » Bona qtuecvmoMc moéilia et immobilia quiluscumqmc ii cité occupandi , ete.

Et , par la même autorité , elle déclare que tous les magistrats qui ne prêteront pas main-forte, seront privés de leur»

dignités : Seculares honoriinu , titutis, fendis , privUcgiis privandi.

Les Vaudois, ayant été vivement persécutés en vertu de cette bulle, se crurent des martyrs. Ainsi leur nombre aug menta prodigieusement. Enfin , la bulle d'Innocent vin fut mise en exécution à la lettre, en i655. Le marquis de Pianessc entra le i5 d'avril dans ces vallées avec deux régimens, ayant des capucins à leur tête. On marcha de caverne en ca-

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verne, et tout ce qu'on rencontra fut massacré. On pendait les femme» nues à des arbres, on les arrosait du sang de leurs enfan9 , et on emplissait leur matrice de poudre à laquelle on mettait le feu.

Il faut faire entrer sans doute dans ce triste catalogue les massacres des Cévcnnes et du Vivarais , qui durèrent pendant dix ans , au commencement de ce siècle. Ce fut en effet un mélange continuel de proscriptions et de guerres civiles. Les combats , les assassina tu, et les mains de9 bourreaux , ont fait périr près de cent mille de nos compatriotes , dont dix mille ont expiré sur la roue , ou par la corde , ou dans les flammes , si on en croit tous le» historiens contemporains des deux partis.

Est-ce l'histoire desserpens et des tigres que je viens de faire ? non , c'est celle des hommes. Les tigres et les serpens ne traitent point ainsi leur espèce. C'est pourtant dans le siècle de Cicéron, de Poltion, d'Atticus, de Varius, de Tibulle, de Virgile , d'Horace , qu'Auguste fit ses proscriptions. Les philosophes de Thou et Montaigne, le chancelier de l'Hospital vivaient du temps de la Saint-Barthélemi : et les massacres des Cévcnnes sont du siècle le plus florissant de la monarchie française. Jamais les esprits ne furent plus cultivés , les talens en plus grand nombre, la politesse plus générale. Quel contraste, quel chaos , quelles horribles inconséquences composent ce malheureux monde 1 On parle des pestes , des tremblement de terre , des embrasemens, des déluges qui ont désolé le globe; heureux, dit-on, ceux qui n'ont pas vécu dans le temps de ces boulcvcrsemens ! Disons plutôt : Heureux ceux qui n'ont pas vu les crimes que je retrace! Comment s'cstïiiÔjrouvé des barbares pour les ordonner et tant d'autres barbares pour les exécuter? Comment y a-til encore des inquisiteurs et des familiers de l'inquisition ?

Un homme modéré , humain , né avec un caractère doux, ne conçoit pas plus qu'il y ait eu parmi les hommes des bêtes féroces ainsi altérées de carnage, qu'il ne conçoit des métamorphoses de tourterelles en vautours ; mais il comprend encore moins que ces monstres aient trouvé a point- nommé une multitude d'exécuteurs. Si des officiers et des soldats courent au combat sur un ordre de leurs

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maîtres, cela est dans l'ordre de la nature; mais que, sans aucun examen, ils aillent assassiner de sang-froid un peuple sans défense , c'est ce qu'on n'oserait pas imaginer des furies même de l'enfer. Ce tableau soulève tellement le cœur de ceux qui se pénètrent de ce qu'ils lisent , que, pour peu qu'on soit enclin à la tristesse , on est facué d'être né; ou est indigne d'être homme.

La seule cHose qui puisse consoler, c'est que de telles abominations n'ont été commises que de loin à loin : n'en voila qu'environ vingt exemples principaux dans l'espace de près de quatre mille années. Je sais que les guerres continuelles qui ont désolé la terre sont des fléaux encore plus destructeurs par leur nombre el par leur durée; mai* enfin , comme j<l'ai déjà dit, le péril étant égal des deux côtés dans la guerre, ce tableau révolte bien moins que celui des proscriptions qui ont été toutes faites avec lâcheté, puisqu'elles ont été faites sans danger, el que les Sylla et les Auguste n'ont été au fond que des assassins qui ont attendu des passans au coin d'un bois, et qui ont profité des dépouilles.

La guerre parait l'état naturel de l'homme. Toutes les sociétés connues ont été en guerre , hormis les brames , et les primitils que nons appelions quakers, et quelques autres petits peuples. Mais il faut avouer que très peu de sociétés se sont rendues coupables de ces assassinats publics appelés proscriptions. Il n'y en a aucun exemple dans la haute antiquité, excepté chez les Juifs. Le seul roi de l'Orient qui se soit livré à ce crime est Mit h rida te ; et , depuis Auguste , il n'y a eu de proscriptions dans notre hémisphère que chez les chrétiens qui occupent une très petite partie du globe. Si cette rage avait saisi souvent le genre humain , il n'y aurait plus d'hommes sur la terre ; elle ne serait habitée que par les animaux, qui sont sans contredit beaucoup moins médians que nous. C'est à la philosophie, qui fait aujourd'hui tant de progrès, d'adoucir les mœurs des hommes; c'est à notre siècle de réparer les crimes des siècles passés. Il est certain que, quand l'esprit de tolérance sera établi, on ne pourra plus dire :

/E/aj parentum ptjor avis tulti Nos nequiores , mox daturos Progenitm vitiosiorem.

352 PHA

On dira plutôt , mais en meilleurs vers

que ceux-ci :

Koi a? eux ont été det monstre* exécrable»,

Nos phct ont *tt» méchant ;

On voit auioard'hui leurt enfant, Étant plm éclairé* , devenir plut traitable*.

Mais, pour oser dire que nous sommes meilleurs que nos ancêtres, il faudrait que, nous trouvant dans les mêmes circonstances qu'eux , nous nous abstinssions avec horreur des cruautés dont il* ont été coupables; et il n'est pas démontré que nous fussions plus humains en pareil cas. La philosophie ne pénètre pas toujours chez les grands qui ordonnent , et encore moins chez les hordes des petits qui exécutent. Elle n'est le partage que des hommes placés dans la médiocrité, également éloignés de l'ambition qui opprime, et de la basse férocité qui est à ses gages.

11 est vrai qu'il n'est plus de nos jours de persécutions générales; mais on voit quelquefois de cruelles atrocités. La société, la politesse, la raison, inspirent des mœurs douces; cependant quelques hommes ont cru que la barbarie était un de leurs devoirs. On les a vus abuser de leurs misérables emplois si souvent humiliés , jusqu'à se jouer de la vie de leurs semblables , en colorant leur inhumanité du nom de justice ; ils ont été sanguinaires sans nécessité : ce qui n'est pas même le caractère des animaux carnassiers. Toute dureté qui n'est pas nécessaire est un outrage au genre humain. Les cannibales se vengent, mais ils ne font pas expirer dans d'horribles supplices un compatriote qui n'a été qu'imprudent *.

Puissent ces réflexions satisfaire les âmes sensibles, et adoucir Jes autres 1 ( Estai sur les mœurs. )

PHALK. (Constance ) , premier ministre de Siam. — k.nvoik unk ambassade a Louis xiv (i684)« — L'extrême goût que Louis xiv avait pour les choses d'éclat fut flatté par l'ambassade qu'il reçut de Siam , pays où l'on avait ignoré jusqu'alors que la France existât. 11 était arrivé, par une de ces singularités qui prouvent la supériorité des Européens sur les autres nations, qu'un Grec, fils d'un cabaretier de Céphalonie, nommé Phalk Constance , était devenu barcaion , c'est-à-dire , premier ministre ou grand

* Allusion an supplice du chevalier *de La Barre.

PHI

vizir du royaume de Siam. Cet hominc, daus le dessein de s'allermir et de s'élever encore , et dans le besoin qu'il avait de secours étrangers , n'avait osé se confier ni aux Anglais ni aux Hollandais ; ce sont des voisins trop dangereux dans les Indes. Les Français venaient d'établir des comptoirs sur les côtes de Commande!, et avaient porté dans ces extrémités de l'Asie la réputation de leur roi. Constance erut Louis xiv propre à être flatté par un hommage qui viendrait de si loin sans être attendu. La religion , dont la politique du monde fait jouer Jes ressorts depuis Siam jusqu'à Pari» , servit .» ses desseins. 11 envoya au nom du roi de Siam son maître, une solennelle ambassade avec de grands présens à Louis xiv, pour faire entendre que ce roi indien, charmé de sa gloire , ne voulait faire de traité de commerce qu'avec la nation française , et qu'il n'était pas même éloigné de se faire chrétien. La grandeur du roi flattée, et sa religion trompée, l 'engagèrent à envoyer au roi de Siam deux ambassadeurs et six jésuites ; et depuis il y joignit des officiers avec huit cents soldats ; mais Vêcht de cette ambassade siamoise fut le seul fruit qu'on en retira. Constance périt quatre ans après, victime de son ambition : quelque peu des Français qui restèrent auprès de lui furent massacres , d'autres obligés de fuir; et sa veuve, après avoir été sur le point d'être reine, fut condamnée parle successeur du roi de Siam à servir da i> la cuisine, emploi pour lequel clic était née. ( Siècle de Lou is XÏV.)

PH1LIPPE-LE-BEL, roi de France.

SES VIOLENTES QOEBELLES AVEC LE PAPK

bon if ace vin. ( i5oa et suivantes.) — Puilippe-le-Bel , qui voulait dépenser bcaud argent, et qui eu avait peu, prétendait que le clergé , coin me l'ordre leplu*rii t.. de l'état , devait contribuer aux besoins de la France sans la permission de Rome. Lo pape voulait avoir l'argent d'une décime accordée sous le prétexte d'un secours pour la terre sainte, qui n'était pL> secourable, et qui était sous le pouvoir d'un descendant de Gengis. Le roi prenait cet argent pour faire, en Guienn^ . la guerre qu'il eut contre le roi d'Angleterre, Edouard. (i3oi et i3oa.) Ce fut le premier sujet de la querelle. L'entreprise d'un évôque de la ville de Pamier» aigrit ensuite les esprits. Cet homme avait cabalé contre le roi dans son pays , qui

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rcssortissait alors de la couronne ; et le pape aussitôt le fit son légat à la cour de Philippe. Ce sujet, revêtu d'une dignité qui, selon la cour romaine, le rendait égal au roi même, vint à Paris braver son souverain , et le menacer de mettre son royaume en interdit. Un séculier qui se fût conduit ainsi aurait été puni de mort. H fallut user de grandes précautions pour s'assurer seulement de la personne de l'cvêque : encore fallut-il le remet Ire entre les mains de son métropolitain , l'arche» vêque de Karbonne.

Vous avez déjà observé que depuis la mort de Charlemagne on ne vit aucun pontife de Rome qui n'eût des disputes ou épineuses ou violentes avec les empereurs et les rois; vous verrez durer jusqu'au siècle de Louis xiv ces querelles, qui sont la suite nécessaire de la forme de gouvernement la plus absurde à laquelle les hommes se soient jamais soumis. Celte absurdité consistait à dépendre chez soi d'un étranger. En efTet , souflrir qu'un étraoger donne chez vous des fiefs ; ne pouvoir recevoir de subsides des possesseurs de ces fiefs qu'avec la permission de cet étranger, et sans partager avec lui; être continuellement exposé à voir fermer, par son ordre, les temples que vous avez construits et dotés; convenir qu'une partie de vos sujets doit aller plaider à trois cents lieues de vos étals ; c'est là une petite partie des chaînes que les souverains de l'Europe s'imposèrent insensiblement, et sans presque le savoir.

11 est clair que si aujourd'hui on venait, pour la première fois, proposer au conseil d'un souverain de se soumettre à de

Eareils usages , celui qui oserait en faire t proposition serait regardé comme le

5 lus insensé des hommes. Le fardeau, 'abord léger, s'était appesanti par degrés. On sentait bien qu il fallait le diminuer ; mais on n'était ni assez sage, ni assez instruit , ni assez ferme pour s'en défaire entièrement.

(i3oa et suiv.) Déjà, dans une bulle long-temps fameuse, l'évéque de Rome, Bon if ace vin , avait décidé « qu'aucun clerc ne doit rien payer au roi son maître, sans permission expresse du souverain pontife. » Philippe, roi de France, n'osa pas d'abord faire brûler cette bulle ; il se contenta de défendre la sortie de l'argent hors du royaume, sans nommer Rome.

On négocia; le pape, pour gagner du temps, canonisa saint Louis ; elles moines

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concluaient que, si un homme disposait du ciel, ils pouvaient disposer de l'argent de la terre.

Le roi plaida devant l'archevêque de Narbonne contre l'évéque de Pamiers, par la bouche de son chancelier Pierre Flotte , à Senlis; et ce chancelier alla lui même à Rome rendre compte au pape du procès. Les rois de Cappadoce et de Bithynie en* usaient à peu près de même atec la république romaine; mais, ce qu'ils n'eussent pas lait, Pierre Flotte parla au pontife de Rome comme le ministre d'un souverain réel à un souverain imaginaire; il lui dit très expressément « que le royaume de France était de ce monde, et que celui du pape n'en était pas. •

Le pape fut assez hardi pour s'en offenser ; il écrit au, roi un bref dans lequel on trouve ces paroles : « Sachez que vou? nous êtes soumis dans le temporel comme dans le spirituel. * Un historien judicieux et instruit remarque très à propos que ce bref était conservé à Paris dans un ancien manuscrit de la bibliothèque de Saint- Germain-des-Prés, et que l'on a déchiré le feuillet, en laissant subsister un sommaire qui l'indique , et un extrait qui le rappelle.

Philippe répondit : • A. Bonifacc , prétendu pape , peu ou point de salut. Que votre très grande fatuité sache que nous ne sommes soumis à personne pour le temporel. > Le même historien observe que cette même réponse du roi est conservée au Vatican ; ainsi les Romains modernes ont eu plus de soin de conserver les choses curieuses que les bénédictins de Paris. L'authenticité de ces lettres a été vainement contestée. Je ne crois pas

S qu'elles aient jamais été revêtues des ormes ordinaires, et présentées en cérémonies; mais elles furent certainement écrites.

Le pontife lança bulles sur bulles, qui toutes déclarent que le palpe est le maître des royaumes; que, si le roi de France ne lui obéit pas, il sera excommunié , et son royaume en interdit, c'est-à-dire qu'il ne sera plus permis de faire les exercices du christianisme , ni de baptiser les enfans, ni d'enterrer les morts. Il semble que ce soit le comble des contradictions de l'esprit humain , qu'un évéque chrétien, qui prétend que tous leB chrétiens sont des sujets, veuille empêcher ces prétendus sujets d'être chrétiens , et qu'il se

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prive ainsi tout d'un coup lui-même de ce qu'il croit son propre bien. Mais tous sentez assez que le pape comptait «tir l'imbécillité des hommes; il espérait que les Français seraient assez lâches poar sacrifier leur roi à la crainte d'être privés des sacrement*. ( i5o3. ) Il se trompa : on brûla sa bulle; la France s'éleva contre le pape sans rompre avec la papauté. Le roi convoqua les états. E tait- u donc nécessaire de les assembler pour décider que Boniface vin n'était pas roi de France.

Le cardinal Le Moine, Français de naissance, qui n'avait plus d'autre patrie que Rome, vint à Paris pour négocier; et , s'il ne pouvait réussir, pour excommunier le royaume. Ce nouveau légat avait ordre de mener à Rome le confesseur du roi, qui était dominicain, afin qu'il y rendît compte de sa conduite et de celle de Philippe. Tout ce que l'esprit humain peut inventer pour élever la puissance du pape était épuisé ; les évêques soumis à lui , de nouveaux ordres de religieux relevant immédiatement du saintsiège , portant partout son étendard ; un roi qui confesse ses plus secrètes pensées, ou du moins qui passe pour les confesser à un de ces moines ; et enfin ce confesseur sommé par le pape, son maître, d'aller rendre compte a Rome de ia conscience du roi , son pénitent. Cependant Philippe ne plia point ; il fait saisir le temporel de tous les prélats absens. Les états généraux appellent au futur concile et au futur pape. Ce remède même tenait un peu de la faiblesse ; car, appeler au papi> , c'est reconnaître son autorité ; et quel besoin les hommes ont-ils d'un concile et d'un pape pour savoir que chaque gouvernement est indépendant , et qu on ne doit obéir qu'aux lois de sa patrie f

Alors le pape ôte a tous les corps ecclésiastiques de France le droit des élections , aux universités les grades , le droit d'enseigner , comme s'il révoquait une grâce qu'il eût donnée. Ces armes étaient faibles , il voulut y joindre celles de l'empire d'Allemagne.

Vous avez vu les papes donner l'Empire, le Portugal, la Hongrie, le Danemark , l'Angleterre , l'Aragon , la Sicile , presque tous les royaumes. Celui de France n'avait pas encore été transféré par une bulle. Boniface enfin le mit dans le rang des autres états , et en fit un don à l'empereur Albert d'Autriche, ci-devant excommunié par lui, et maintenant

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son cher fils , et le soutien de l'Eglise. [i3o3] Remarquez les mots de sa bulle : • Nous vous donnons, par la plénitude de notre puissance... le royaume de France, qui appartient de droit aux empereurs d'Occident. » Boniface et son dataire ne songeaient pas que,si la France appartenait de droit aux empereurs, la plénitude de la puissance papale était fort inutile. 11 y avait pourtant un reste de raison dans cette démence : on flattait la prétention de l'Empire sur tous les états occidentaux ; car vous verrez toujours que les jurisconsultes allemands croyaient, ou /feignaient de croire , que , le peuple de Rome s'étant donné avec son évêque à Charlemagne, tout l'Occident devait appartenir à ses successeurs , et que tous les autres états n'étaient qu'un démembrement de l'Empire.

Si Albert d'Autriche avait eu deux cent mille hommes et deux cents millions, il est clair qu'il eût profité des bontés de Boniface; mais étant pauvre, et à peine affermi , il abandonna le pape au ridicule de sa donation.

Le roi de France eut toute ia liberté de traiter le pape en prince ennemi. 17 se joignit à la maison des Colonnes, qui ne feraient pas plus de cas que \ui des excommunications, et qui souvent réprimaient dans Rome même cette autorité souvent redoutable ailleurs. Guillaume de Nogaret passe en Italie sous des prétextes plausibles, lève secrètement quelques cavaliers, donne rendez-vous à Sciarra Colonna. On surprend le pape dans Anagnie, ville de son domaine, où il était né; on crie :« Meure le pape! et vivent les Français ! • Le pontife ne perdit point courage. 11 revêtit la chape , mit sa tiare en téte; et, portant les clefs dans une main, et la croix dans l'antre, il se présenta avec majesté devant Colonna et Nogaret. 11 est fort doutenx que Colonna ait eu la brutalité de le frapper. Les contemporains disent qu'il lui criait : c Tyran, renonce à la papauté, que tu déshonores, comme tu y as fait renoncer Célestfn.

Boniface répondit fièrement : • Je suis pape , et je mourrai pape. » Les Français pillèrent sa maison et ses trésors. Biais après ces violences, qui tenaient plus du brigandage que de la justice d'un grand roi , les habita ns d'Anagnie , ayant reconnu le petit nombre des Français, furent honteux d'avoir laissé leur compatriote et leur pontife dans les mains des étrangers.

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[i3o3] Ils les chassèrent. Boniface alla a liome, méditant sa vengeance, mais il mourut en arrivant. C'est ainsi qu'on a traité en Italie presque tous les papes qui voulurent être puissans : vous les voyez toujours donnant des royaumes, et peisécutés chez eux.

Philippe-le-Bel poursuivit son ennemi Jusque dans le tombeau. Il voulut faire condamner sa mémoire dans un concile ; il exigea de Clément v, né son sujet, et qui siégeait dans Avignon, que le procès contre le pape, son prédécesseur, fût commencé dans les formes. On l'accusait d'avoir engagé le pape Célestin v, son prédécesseur, à renoncer à la chaire pontificale; d'avoir obtenu sa place par des voies illégitimes, et enfin d'avoir fait mourir Célestin en prison. C*' dernier fait n'était que trop véritable. Lnde ses domestiques, nommé MalFredo, et treize autres témoins, déposaient qu'il avait insulté plus d'une fois à la religion qui le rendait si puissant, en disant :• Ahl que de biens nous a faits cette fable du Christ l «qu'il niait en conséquence les mystères de la trinité, de l'incarnation, de la transsubstantiation. Ces dispositions se trouvent encore dans les enquêtes juridiques qu'on a recueillies. Le grand nombre de témoins fortifie ordinairement une accusation ; mais ici il l'affaiblit. Il n'y a point du tout d'apparence qu'un souverain pontife ait prononcé devant treize témoins ce qu'on dit rarement à un seul. Le roi voulait qu'on exhumât le pape, et qu'on fit brûler ses os par le bourreau. Il osait flétrir ainsi la chaire pontificale, et ne sut pas se soustraire à son obéissance. Clément fut assez sage pour faire évanouir dans les délais une entreprise trop flétrissante pour l'Eglise.

La conclusion de toute cetle a flaire fut que , loin de faire le procès à la mémoire de Boniface vin, le roi consentit à recevoir seulement la mainlevée de l'excommunication portée par ce Boniface contre lui et son royaume. Il souffrit même que Piogaret, qui l'avait servi, qui n'avait agi qu'en son nom , qui l'avait vengé de Boniface, fût condamné par le successeur de ce pape à passer sa vie en Palestine. Tout le grand éclat de Philippe-lc-Bel ne se termina qu'à sa honte. Jamais vous ne verrez dans ce grand tableau du monde un roi de France l'emporter à la longue sur un pape. Ils feront ensemble des marchés, mais Rome y gagnera toujours

quelque chose ; il en coûtera toujours de l'argent à la France. Vous ne verrez que les parlemens du royaume combattre avec inflexibilité les souplesses de la cour de Rome; et très souvent la politique ou la faiblesse du cabinet, la nécessité des conjonctures, les intrigues des moines rendront la fermeté des parlemens inutile ; et cette faiblesse durera jusqu'à ce qu'un roi daigne dire résolûment : Je veux briser mes fers et ceux de ma nation.

( Essai sur les mœurs. ) PIERRE (saint) et PIERRE LE MA- GIC I EN . — mujs combat. — «Simon Pierre étant venu à Rome sous Néron , Simon le magicien y vint aussi. Un jeune homme, proche parent de Néron, mourut; il fallait bien ressusciter un parent de l'empereur; les deux Simon s'offrirent pour cette a flaire. Simon le magicien y mit la condition qu'on ferait mourir celui des deux qui ne pourrait pas réussir.

Simon Pierre l'accepta , et l'autre Simon commença ses opérations ; le mort branla la tête ; tout le peuple jeta des cris de joie. Simon Pierre demanda qu'on fit silence , et dit : • Messieurs, si le défunt est en vie, qu'il ait la bonté de se lever, de marcher et de causer avec nous. • Le mort s'en donna bien de garde. Alors Pierre lui dit de loin : Mon fils , levezvous , notre Seigneur Jésus-Christ vous guérit. Le jeune homme se leva , parla et marcha , et Simon Bar jonc le rendit à sa mère. Simon , son adversaire , alla se plaindre à Néron, et lui dit que Pierre n'était qu'un misérable charlatan et un ignorant. Pierre comparut devant l'empereur, et lui dit à l'oreille :« Croyezmoi, j'en sais plus que lui; et, pour vous le prouver', faites-moi donner secrètement deux pains d'orge ; vous verrez que je devinerai ses pensées , et qu'il ne devinera pas les miennes.» On apporte à Pierre ces deux pains , il les cache dans sa manche. Aussitôt Simon fit paraître deux gros chiens qui étaient ses anges tutélaircs : ils voulurent dévorer Pierre , mais le madré leur jeta ses deux

Sains; les chiens les mangèrent > et ne rent nul mal à l'apôtre. « Eh bien , dit Pierre, vous voyez que je connaissais ses pensées , et qu'il ne connaissait pas les miennes. »

• Le magicien demanda sa revanche ; il promit qu'il volerait dans les airs comme Dédale: on lui assigna un jour:

il vola en effet ; mais saint Pierre pria

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Dieu avec tant de larmes, que Simoo tomba et se cassa le cou. Néron, indigné d'avoir perdu un si bon machiniste par les prières de Simon Pierre, ne manqua pas de crucifier ce Juif la tète en bas. •

Qui croirait que cette histoire est contée par trois chrétiens contemporains?

Abdias et Hégésippe la rapportent tout au long. Un nommé Marcel récrivit aussi , mais il met Paul de la partie ; il ajoute seulement que Simoo, pour con- Taincre l'empereur de son savoir faire, dit à l'empereur : « Faites-moi le plaisir de me couper la tête , et je vous promets de ressusciter le troisième jour. ■ L'empereur essaya la chose; on coupa la tète ail magicien , qui reparut le troisième jour devant Néron avec la plus belle tête du monde sur ses épaules.

Que le lecteur maintenant fasse une réflexion avec mol. Je suppose que les trois imbéciles*, Abdias, Uégésippe et Marcel , qui racontent ces pauvretés , eussent été moins maladroits, qu'ils eussent inventé des contes plus vraisemblable» sur les deux Simon , ne seraientils pas regardés aujourd'hui comme des pères de l'Eglise irréfragables ? Tous nos docteurs ne les citeraient-ils pas tous les jours comme d'irréprochables témoins?

ne prouveraient-ils pas la vérité de leurs écrits par leur conformité avec les Actes des apôtres , et 2a vérité des Actes des apùtrts par ces mêmes écrits d'Abdias, d Uégésippe et de Marcel?

(MéAanqcs PhiiosopiUques . )

PIERRE D'ARRAS, cordeiier. — ix-

TKBBOGATOIBB Qo'lL FAIT SUBJB A L*iME DB MADAME OB SAINT - MKMIft. (l 534») — L 'illustre maison de Saint-Mémin avait fait de grands biens au couvent des cordelière , et avait sa sépulture dans leur église. La femme d'un seigneur de Saint-Mémin, prévôt d'Orléans , étant morte , son mari croyant que ses ancêtres s'étaient assez appauvris en donnant aux moines , fit un présent à ces frères qui ne leur parut pas assez considérable. Ces bons franciscains s'avisèrent de vouloir déterrer la défunte,

nr forcer le veuf à faire réenterrer sa me en leur terre sainte, en les payant mieux. Le projet n'était pas sensé; car le seigneur ae Saint-Mémin n'aurait pas manqué de la faire inhumer ailleurs.

Mais il entre souvent de la folie dans la friponnerie.

D'abord l'âme de la dame de Saint- Mcmin n'apparut qu'à deux frères. Elle

PIE

leur dit * : Je suis Judas , parce que mon mari n'a pas donné assez. Les deux petits coquins qui rapportèrent ces paroles ne s'aperçurent pas qu'elles devaient nuire au couvent plutôt que lui profiter. Le but du couvent était d'extorquer de l'argent du seigneur de Saint-Mémin , pour le repos de rame, de sa femme. Or, si madame de Saint- Mémin était damnée, tout l'argent du monde ne pouvait la sauver ; on n'avait rien à donner; les cordeliers perdaient leur rétribution.

Il y avait dans ce temps-là très peu de bon sens en France. La nation avait été abrutie par l'invas>on des Francs, et ensuite par l'invasion de la théologie scolastique ; mais il se trouva dans Orléans quelques personnes qui raisonnèrent.

Elles se doutèrent que , si le grand Etre avait permis que l'Ame de madame de Saint-Mémin apparût à deux franciscains, il n'était pas naturel que cette âme se fût déclarée damnée comme Judas. Cette comparaison leur parut hors d'oeuvre.

Cette dame n'avait point vendu notre Seigneur Jésus -Christ trente deniers ; elle ne s'était point pendue, ses intestins ne lui étaient point sortis du ventre : il n'y avait aucun prétexte pour la comparer à Judas.

Cela donna du soupçon ; et la rumeur fut d'autant plus grande dans Orléans, qu'il y avait déjà des hérétiques qui ne croyaient pas 4 certaines visions, et qui, en admettant des principes absurdes, ne laissaient pas pourtant d'en tirer d'assez bonnes conclusions. Les cordeliers changèrent donc de batterie, et mirent la dame en purgatoire.

Elle apparut donc encore, et déclara

Sue le purgatoire était son partage ; mais Ile demanda d'être déterrée. Ce n'était pas l'u»age qu'on exhumât les purgatories ; mais on espérait que M. de Saint- Mémin préviendrait cet affront extraordinaire en donnant quelque argent. Cette demande d'être jetée hors de l'église augmenta les soupçons. On savait bien que les âmes apparaissaient souvent, mais elles ne demandent point qu'on les déterre.

L'âme, depuis ce temps, ne parla plus ; mais elle lutina tout le monde dans le couvent et dans l'église. Les frères

ie d« U bibliothèque de

cordeliers l'exorcisèrent. Frère Pierre d'Arras s'y prit , pour la conjurer, d'une manière qui n'était pas adroite. 11 lui disait : «Si tu es Pâme de feu madame de Saint- Mémin , frappe quatre coup." ; » et on entendit le» quatre coups. «Si tu es damnée, frappe six coups; » et les six coups furent frappés. «Si tu es encore plus tourmentée en enfer parce que ton corps est enterré en terre sainte , frappe six autres coups;* et ces èix autres coups furent entendus encore plus distinctement, t Si nous déterrons ton corps, et si nous cessons de prier Dieu pour toi, seras-tu moins damnée? frappe cinq coups pour nous le certifier ; > et l'âme le certifia par cinq coups.

Cet interrogatoire de l'âme, fait par Pierre d'Arras, fut signé par vingt-deux cordeliers, à la tête desquels était le révérend père provincial. Ce père provincial lui fit le lendemain les mêmes questions , et il lui fut répondu de même.

On dira que, l'âme ayant déclaré qu'elle était en purgatoire, les cordeliers ne devaient pas la supposer en enfer; mais ce n'est pas ma faute si des théologiens se contredisent.

Le seigneur de Saint-Mémin présenta requête au rot contre les pères cordeliers. lis présentèrent requête de leur côté ; le roi délégua des juges, à la tête desquels était Adrien Fumée , maître des requêtes.

Le procureur général de la commission requit que lesdits cordeliers fussent brûlés ; mais l'arrêt ne les condamna qu'à faire tous amende honorable la torche au poing, et à être bannis du royaume. Cet arrêt est du 18 février i534.

Après une telle vision, il est inutile d'en rapporter d'autres : elles sont toutes, ou du genre de la friponnerie, ou du genre de la folie. Les visions du premier

S tare sont du ressort de la justice ; celles u second genre sont , ou des visions de fous malades, ou des visions de fous en bon ne santé. Les premières appartiennent à la médecine , ef les secondes aux Petites-Maisons.

{ Dictionnaire philosophique.) PI E R K K , commandant de Damas. — soif AVRirrcaK avkc srsc 4 rrivss. — Lorsque le célèbre capitaine Dérar combattait en Syrie contre les généraux de l'empereur lléraclius, du temps du calife Abubéker , successeur de Mahomet , Pierre qui commandait dans Damas avait pris dans ses courses plusieurs muaul-

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mânes avec quelque butin ; il les conduisait à Damai* : parmi ces captives était la sœur de Dérar lui-même. L'Histoire araée d'Alvakedi, traduite uar Okley, dit qu'elle était parfaitement belle, et que Pierre en devint épris; il la ménageait dans la route et épargnait de trop longues traites à ses prisonnières. Elles campaient dans nne vaste ptûne sous des tentes gardées par des troupes un peu éloignées. Caulah (c'était le nom de cette sœur de Dérar) propose à une de ses compagnes , nommée Oserra, de se soustraire à la captivité; elle loi persuade de mourir plutôt que d'être les victimes delà lubricité des chrétiens ; le même enthousiasme musulman saisit toutes ces femmes ; elles s'arment des piquets ferres de leurs tentes, de leurs couteaux, espèces de poignards qu'elles portent â la ceinture , et forment un cercle , comme les vaches se serrent en rond les unes contre les autres, et présentent leurs cornes aux loups qui les attaquent. Pierre ne fit d'abord qu'en rire ; il avance vers ces femmes; il est reçu à grands coups de bàtous ferres; il balance long-temps à user de la force; enfin U s'y résout, et les sabres étaient déjà tirés, lorsque Dérar arrive, met les Grecs e» fuite, délivre sa sœur et toutes les captives.

( Dictionnaire philosophique. ) PIERRE I", empereur de Russie. — sssvoyagbs. (avril 1697.) — L'Allemagne en guerre à la fois avec la Turquie et avec la France , ayant pour ses alliés l'Espagne, l'Angleterre et la Hollande contre le seul Louis xiv , était prête à conclure la paix, et les plénipotentiaires étaient déjà assemblés au château de Rysvr ick, auprès de la Haye.

Ce fut dans ces circonstances que Pierre et son ambassade prirent leur route au mois d'avril 1697, par la grande Novogorod. De lâ on voyagea par l'Estonie et par la Livonie , provinces autrefois contestées entre les Russes , les Suédois et les Polonais , et acquises enfin à la Suède par la force des armes.

La fertilité de la Livonie, la situation de Riga, sa capitale, pouvaient tenter le crar; il eut du moins la curiosité de voiries fortifications des citadelles. Le comte d'Alberg, gouverneur de Riga, en prit de l'ombrage; il lui refusa cette satisfaction, et parut témoigner peu d'égards pour l'ambassade. Cette conduite ne servit pas à refroidir dans le cœur du ctar le de*il

qu'il pouvait concevoir d'être un jour le maître (ta ces provinces.

De la Livonie on alla dans la Prusse brandebourgeoise , dont une partie a été habitée par les anciens Vandales; la Prusse polonaise avait été comprise dans la Sarmatie d'Europe; la brandebourgeoise était un pays pauvre , mal peuplé, mais où l'électeur, qui se fit donner depuis le titre de roi, étalait une magnificence nouvelle et ruineuse. Il se piqua de recevoir l'ambassade dans sa ville de Kœnigsberg avec un faste royal. On se fit de part et d'autre les présens les plus magnifiques. Le contraste de la parure française, que la cour de Berlin affectait, avec les longues robes asiatiques des Russes, leurs bonnets rehaussés de perles et de pierreries , leurs cimeterres pendans à la ceinture fit un -effet singulier. Le czar était vêtu à l'allemande. Ln prince de Géorgie qui était avec lui , vêtu à la mode des Persans , étalait une autre sorte de magni licence : c'est le même qui fut pris a la journée deNarva,ctquiestmort en Suède.

Pierre méprisait tout ce faste ; il eût été à désirer qu'il eût également méprisé ces plaisirs de table dans lesquels l'Allemagne mettait alors sa gloire. (Je fut dans un de ces repas trop à la mode alors, aussi dangereux pour fa santé que pour les mœurs, qu'il tira l'épée contre son favori Le Fort ; mais il témoigna autant de regret de cet emportement passager, qu'Alexandre en eut du meurtre de Ciitus. Il demanda pardon à Le Fort : il disait qu'il voulait réformer sa nation , et qu'il ne pouvait pas encore se réformer lui-même. Le général Le Fort , dans son manuscrit , loue encore plus le fond du caractère du czar qu'il ne blâme cet excès de colère.

L'ambassade passe par la Poméranie , par Berlin ; une partie prend sa route par Magdebourg, l'autre par Hambourg, vdle que son grand commerce rendait déjà puissante , mais non pas aussi opulente et aussi sociable qu'elle l'est devenue depuis. On tourne vers Minden ; on passe la Westpbalie , et enfin on arrive par Clè. ves dans Amsterdam.

Le czar se rendit dans cette ville quinze jours avant l'ambassade; il logea d'abord dans la maison de la compagnie des Indes; mais bientôt il choisit un petit logement dans les chantiers de l'amirauté. Il prit un habit de pilote , et alla dans cet équipage au village de Sardam , où l'on construisait alors beaucoup plus de vais-

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seaux encore qu'aujourd'hui. Ce village est aussi grand, aussi peuplé, aussi riche et plus propre que beaucoup de villes opulentes. Le czar admira cette multitude d'hommes toujours occupés , l'ordre»

l'exactitude des travaux , la célérité prodigieuse à construire un vaisseau , et à le munir de tous ses agrès , et cette quantité incroyable de magasins et de machines qui rendent le travail plus facile et plus sùr. Le czar commença par acheter une barque , à laquelle il fit de ses mains un mât brisé ; ensuite il travailla à toutes les parties de la construction d'un vaisseau , menant la même vie que les artisans de Sardam , s'habillant, se nourrissant comme eux , travaillant dans les forges, dans les corderies , dans ces moulins dont la quantité prodigieuse borde le village , et dans lesquels on scie le sapin et le chêne, on tire 1 huile , On fabrique le papier , on file les métaux ductiles. H se fit inscrire dans le nombre des charpentiers sous le nom de Pierre Miuhaeloft On l'appelait communément «maître Pierre» (Pei&r- 6o«),et les ouvriers, d'abord interdits d'avoir un souverain pour compagnon, s'y accoutumèrent familièrement.

Tandis qu'il maniait à Sardam le compas et la hache , on lui confirma la nouvelle de la scission de la Pologne , et de la double nomination de l'électeur Auguste et du prince de Gonti. Le charpentier de Sardam promit aussitôt trente mille hommes au roi Auguste. 11 donnait de sou atelier des ordres à son armée d'Ukraine assemblée contre les Turcs.

[Juillet 1696] Ses troupes, commandées par le général Shein et par le prince Dolgorouki , venaient de remporter une victoire auprès d'Azof sur les Tartares , et même sur un corps de janissaires que le sultan Mustapha leur avait envoyé. Pour lui, il persistait à s'iustruire dans plus d'un art ; il allait de Sardam à Amsterdam travailler chez le célèbre anatorniate Ruysch ; il fesait des opérations de chirurgie, qui, en un besoin, pouvaient le rendre utile à ses officiers ou à luimême. 11 s'instruisait dans 1* physique naturelle dans la maison du bourgmestre Vitsen, citoyen recommandante à jamais par son patriotisme , et par l'emploi de ses richesses immenses qu'il prodiguaiten citoyen du monde, envoyant à grands frais des hommes habiles chercher ce qu'il y avait de plus rare dans toutes les parties de l'univers, et frétant des vais-

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seaux à ses dépens pour découvrir de nouvelles terres.

Peterbas ne suspendit ses travaux que pour aller voir sans cérémonie , à Utrecht et à la Haye , Guillaume, roid'AngUterre etstathouder des Provinces-Unies. Le général Le Fort était seul en tiers avec les deux monarques. Il assista ensuite à la cérémonie de l'entrée de ses ambassadeurs et à leur audience; ils présenté* rent en son nom aux députés des Etats six cents des plus belles martres zibelines; et les Etats, outre le présent ordinaire qu'ils leur firent À chacun d'une chaîne d or et d une médaille , leur donnèrent trois carrosses magnifiques. Ils reçurent les premières visites de tous les ambassadeurs plénipotentiaires qui étaient au congrès de Ryswick, excepté des Français, à qui ils n'avaient pas notule leur arrivée , nonseulement parce que le exar prenait le parti du roi Auguste contre le prince de Conti; mais parce que le roi Guillaume, dont il cultivait l'amitié, ne voulait point la paix avec la France.

De retour à Amsterdam t il y reprit ses premières occupations, et acuevavde ses mains un vaisseau de soixante pièces de canon qu'il avait commencé , et qu'il fit partir pour Archangel ., n'ayant pas alors d'autre port sur les mers de l'Océan. Non seulement il fesait engager à son service des réfugiés français, des Suisses, des Allemands ; mais il fesait partir des art ban s de toute espèce pour Moscou, et n'envoyait que ceux qu'il avait vus travailler lui-même. 11 est très peu de métiers et d'arts qu'il n'approfondît dans les détails : il se plaisait surtout à réformer les cartes des géographes, qui alors plaçaient au hasard toutes les positions des villes et des fleuves de ses états peu connus. On a conservé la carte sur laquelle il traça la communication de la mer Gaspienne et de la mer Noire, qu'il avait déjà projetée, et dont il avait chargé un ingénieur allemand, nommé tirakel. La jonction de de ces deux mers était plus facile que celle de l'Océan et de la Méditerranée exécutée en France; mais l'idée d'unir la mer d'Azof et la Gaspienne effrayait alors l'imagination. De nouveaux établisse mens dans ce pays lui paraissaient d'autant plus convenables , que ses succès lut donnaient de nouvelles espérances.

[11 auguste 1607] Ses troupes remportaient une victoire contre les Tartares assez près d'Azof, et même quelques

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mois après elles prirent la ville d'Or ou Oikapi, que nous nommons Prèoop. Ce succès servit à le faire respecter davantage de ceux qui blâmaient un souverain d'avoir quitté ses états pour exercer des métiers dans Amsterdam. Ils virent que les affaires du monarque ne souffraient pas des travaux du philosophe voyageur et artisan.

Il continua dans Amsterdam ses occupations ordinaires de constructeur de vaisseaux, d'ingénieur, de géographe, de physicien pratique , jusqu'au milieu de janvier 1698; et alors il partit pour l'Angleterre, toujours à la suite de sa propre ambassade.

Le roi Guillaume lui envoya son yacht et deux vaisseaux de guerre. Sa manière de vivre fut la même que celle qu'il s'était prescrite dans Amsterdam. 11 se logea près du grand chantier à Depti'ord, et ne s'occupa guère qu'à s'instruire. Les constructeurs hollandais ne lui avaient enseigné que leur méthode et leur routine : il connut mieux l'art en Angleterre ; les vaisseaux s'y bâtissaient suivant des proportions mathématiques. Il se perfectionna dans cette science, et bientôt il en pouvait donner des leçons. Il travailla, selon la méthode anglaise, à la construction d'un vaisseau, qui se trouva un des meilleurs voiliers de la mer. L'art de l'horlogcric , déjà perfectionné à Londres , attira son attention ; il en connut parfaitement toute la théorie. Le capitaine et ingénieur Perri , qui le suivit de Londres en Russie , dit que, depuis la fonderie des canons jusqu'à la filerie des cordes, il n'y eut aucun métier qu'il n'observât, et auquel il ne mît la main toutes les fois qu'il était dans les ateliers.

^ On trouva bon , pour cultiver son amitié, qu'il engageât des ouvriers comme il avait fait en Hollande : mais, outre les artisans, il eut ce qu'il n'aurait pas trouvé si aisément à Amsterdam , des mathématiciens. Fcrgusson , Ecossais, bon géomètre , se mit à son service : c'est lui qui a établi l'arithmétique en Russie dans les bureaux des finances , où 1 on ne seservait auparavant que de la méthode tartare de compter avec des boules enfilées dans du fil darchal, méthode qui suppléait à l'écriture, mais embarrassante et fautive, parce qu'après le calcul on ne peut voir si on s est trompé. Nous n'avons connu les chiffres indiens dont nous nous servons, que par les Arabes, au neuvième siècle ;

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l'empire de Russie ne les a reçus que mille ans après : c'est le sort de tout» les arts; ils ont fait lentement le tour du inonde. Deux jeunes gens de l'école des mathématique» accompagnèrent Fergus»

son ; et ce fut le commencement de l'école de marine que Pierre établit depuis. 11 observait et calculait les éclipses avec Fergusson. L'ingénieur Perri, quoique très mécontent de n'avoir pas été assez récompensé , avoue que Pierre s'était instruit dans l'aslionomie : il connaissait bien les mouvemens des corps célestes, et même les lois de la gravitation qui les dirigent. Cette force si démontrée, et avant le grand Newton si inconnue, par laquelle toutes les planètes pèsent les unes sur ht autres , et qui les retient dans leurs orbites, était déjà familière à un souverain de la Russie, tandis qu'ailleurs on 6e repaissait de tourbillons chimériques, et que, dans la patrie de Galilée, des ignorans ordonnaient à des iguorans de croire la terre immobile.

Perri partit de son côté pour aller travailler à des jonctions de rivières , à des

Sonts, à des écluses. Le plan du czar était e faire communiquer par des canaux l'Océan , la mer Caspienne et la mer Noire.

On ne doit pas omettre qne des négociais anglais, a la tôte desquels se mit le marquis de Carraartben , amiral , lui donnèrent quinze mille livres sterling pour obtenir la permission de débiter du tabac en Russie. Le patriarche , par une sévérité mal entendue, avait proscrit cet objet de commerce ; l'Eglise russe défendait le tabac comme un péché. Pierre, mieux instruit, et qui, parmi tous les changemens projetés, méditait la reforme de l'Eglise, introduisit ce commerce dans ses états.

Avant cjuc Pierre quittât l'Angleterre , le roi Guillaume lui lit donner le spectacle le plus digne d'un tel hôte, celui d'une bataille navale. On ne se doutait

Sas alors que le czir en livrerait un jour e véritables contre les Suédois, et qu'il remporterait des victoires sur la mer Balticjue. Enfin Guillaume lui fit présent du vaisseau sur lequel il avait coutume de passer en Hollande, nommé le Royal Transfert, aussi bien construit que magnifiauc. Pierre retourna sur ce vaisseau en Hollande, à la fin de mai 1698. Il amenait avec lui trois capitaines de vaisseau de guerse , vingt-cinq patrons de vaisseau , nommés

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aussi capitaines , quarante lieatenaas , trente chirurgiens, deux cent cinquante canonnière, et plus de trois cents artisans. C<*tte colonie d'hommes habiles en tout genre passa de Hollande à Archangel sur le Royal T vans-port, et de là fut répandue dans les» endroits où leurs services étaient nécessaires. Ceux qui furent engagés à Amsterdam prirent la route de Narva, qui appartenait à la Suède.

Pendant qu'il fesait ainsi transporter les arts d'Angleterre et de Hollande dans son pays, les officiers qu'il avait envoyés à Rome et en Italie engageaient aussi quelques artistes. Son général S/<eremetof , qui était a la tète de son ambassade en Italie, allait de Rome à Haples, à Venise , à Malte ; et le czar passa à Vienne avec les autres ambassadeurs. II avait à voir la dncinline guerrière des Allemands , a;>rcs les flottes anglaises et les ateliers de Hollande. La politique avait encore autant de part au voyage que l'instruction. L'empereur était 1 allié nécessaire du czar contre les Turcs. Pierre vit Léopold incognito. Le» deux monarques s'entretinrent debout pour éviter les embarras du cérémonial.

Il n'y eut rien de marqué dans son séjour à Vienne, que l'ancienne (été de t'hâte et de i' hôtesse , que Léopold renouvela pour lui , et qui n'avait point été en usage pendant son règne. Cette fête , qui se nomme xourtchafjl, se célèbre de cette manière : LVtnpi n ur est l'hôtelier, l'impératrice l'hôtelière ; le roi des Romains, les archiducs , les archiduchesses sont d'ordinaire les aides, et reçoivent dans l'hôtellerie toutes les nations, vêtues à la plus ancienne mode de leurs pays ; ceux qui sont appelés à la fête tirent au sort des billets. Sur chacun est écrit le nom de la nation et de la condition qu'on doit représenter. L'un a un billet de mandarin chinois, l'autre de mirza tartarc, de satrape persan ou de sénateur roman : une princesse tire un billet de. jardinière ou de laitière ; un prince est paysan ou soldat. On forme des danses convenables à tous ces caractères. L'hôte , l'hôtesse et sa famille servent à table. Telle est l'ancienne institution : mais, dans cette occasion, le roi des Romains Joseph, et la comtesse de Traun représentèrent les anciens Egyptiens ; l'archiduc Charles et la comtesse de Walstein figuraient les Flamand» du temps de Charles -Quint. L'archiduchesse Marie-Elisabeth et le comte de

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Tiaua étaient en Tartares ; l'archiduchesse Joséphine , avec le comte de Vorkla, étaient à la persane; l'archiduchesse Marianne et le prince Maxim ilien de Hanovre, en paysan de la .Nord-Hollande.

Pierre s'habilla en paysan de Frise, et on ne lui adressa la parole qu'en celte qualité, en lui parlant toujours du grand cwr de Russie. Ce sont de très petites particularités; mais ce qui rappelle les anciennes mœurs peut à quelques égards mériter qu'on en parle.

Pierre était prêt a partir de Vienne pour aller achever de s'instruire à Venise, lorsqu'il eut la nouvelle d'une révolte qui troublait ses états.

[Septembre 1698] Pour étouffer ces troubles, le czar part secrètement de Vienne, passe par la Pologne, voit incognito le roi Auguste , avec lequel il prend déjà des mesures pour s'agrandir du côté de la mer liai tique. 11 arrive enfin à Moscou, et surprend tout le monde par sa présence.

( Histoire de Pierre-ic- Grand.)

— nrFOHMK lk c u.KNoniKH. (1" janvier I700.) — Le calendrier était un objet important. L'année fut autrefois tétnèt dans tous les pays de la terri* par les chefs de la religion, non seulement à cause des fêtes, mais parce qu'auciennemeut l'astronomie n'était guère connue que des prêtres. L'anuéc commençait au premier de septembre chez les Russes; Pierre ordonna que désormais l'année commencerait au premier de janvier, comme dans notre Europe. Ce changement lut indiqué pour l'année 1700, à l'ouverture du siècle, qu'il fit célébrer par un jubilé et par de grandes solennités. La populace admirait comment le czaravait pu changer le cours du soleil. Quelques obstinés, persuadés que Dieu avait créé le monde en septembre, continuèrent leur ancien style ; mais il changea dans les bureaux, dans les chancelleries, et bientôt dans tout l'empire. Pierre n'adoptait pas le calendrier grégorien, que les mathématiciens anglais rejetaient, et qu'il faudra bien un jour recevoir dans tous les pays.

( Histoire de Pierre-ie-Grand. )

RB3THK DANS MOSCOU APflKS LA JOOBXRK

dk pultawa. ( Ier janvier 1710.) — Le czar, après avoir laissé ses troupes en quartier dans la Lithuanic, et avoir ordonné le siège de Riga , s'en retourna à Moscou étaler à ses peuples un appareil aussi nouveau que tout ce qu'il avait fait

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jusqu'alors dans ses états : ce fut un triomphe tel à peu près que celui des anciens Romains. 11 fit son entrée dans Moscou sous sept arcs triomphaux dressés dans les rues ornées de tout ce que le climat peut fournir, et de ce que le commerce florissant par ses soins y avait pu apporter. Un régiment des gardes commençait la marche, suivi des pièces d'artillerie prises sur les Suédois , à Lesno et à Pultawa : chacune étiit traînée par huit chevaux, rouverts de housses d'écarlate pendantes à terre : ensuite venaient les étendards, les t im balles, les drapeaux gagnés à ces deux batailles , portes par les officiers et parles soldats qui les avaient pris : toutes ces dépouilles étaient suivies des plus belles troupes du czar. Après qu'elles eurent défilé , on vit sur un char fait exprès, paraître le brancard de Charles m, trouvé sur le champ de bataille de Pultawa , tout brUé de deux coups de canon : derrière ce brancard marchaient deux à deux tous les prisonniers : on y voyait le comte Piper, premier ministre de Suède ; le célèbre maréchal Kenschild, le comte de Levenhaupt, les généraux Slipenback , Stackelberg, H arailton , tous les officiers et les soldats qu'on dispersa depuis dans la Grande- Russie. Le czar paraissait immédiatement après eux sur le môtne eheval qu'il avait monté à la bataille de Pultawa. A quelques pas de lui on voyait les généraux qui a, aient eu part au succès de cette journée. Un autre régiment des gardes venait ensuite. Les chariots de munitions des Suédois fermaient la marche.

Cette pompe passa au bruit de toutes les cloches de Moscou , au son des tambours, des timbales, des trompettes , et d'un nombre infini d'instrument de musique , qui se fesaient entendre par reprises, avec les salves de deux cents pièces de canon, et les acclamations de cinq cent mille hommes, qui s'écriaient, vive i'empercur notre fère^ à chaque pause que lésait le czar dans cette entrée triom phale.

( Histo ire de Picrre-U- Grand. )

— tsporsK CATHRIUIS, QUI «BTaOUV» UN

ratas, (19 février 171a). — Ayant fait le mariage de son fils , Pierre déclara plus solennellement le sien, et le célébra à Pétersbourg. [19 février] La cérémonie fut aussi auguste qu'on peut la rendre dans un pays nouvellement créé , dans un temps où les finances étaient déran-

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cécs par la guerre soutenue contre les Turcs , et par celle qu'on fesait encore au roi de Suède. Le czar ordonna seul la féte, et y travailla lui-même selon sa coutume. Ainsi Catherine fut reconnue caarine , pour prix d'avoir sauvé «on «poux et son armée.

Les acclamation» avec lesquelles ce mariage fut reçu dans Pétcrabourg étaient sincères ; mais les applaudissemens des sujets aux actions d'un prince absolu sont toujours suspectes : ils furent confirmés par tous les esprits sages de l'Europe, qui virent avec plaisir, presque dans le môme temps, d'uu côté l'héritier de cette vaste anonarebie, n'ayant de gloire que celle ■de sa naissance , marié à une princesse ; et de l'autre un conquérant , un législateur partageant publiquement son lit et son trône avec une inconnue, captive à Marie n bourg , et qui n'avait qne au mérite. L'approbation même est devenue plus générale , à mesure que les esprits se sont plus éclairés par cette saine philosophie qui a fait tant de progrès depuis quarante ans, philosophie sublime et circonspecte, qui apprend à ne donner que des respects extérieurs à toute espèce de grandeur et de puissance, et à réserver Tes respects véritables pour les talens et pour les services.

Je dois fidèlement rapporter ce que Je trouve concernant ce mariage dans les dépêches du comte de Bassewitz, conseiller aulique a Vienne, et longtemps ministre de Holstein à la cour de Russie. C'était un homme de mérite, plein de droiture et de candeur , et qui a laissé en Allemagne une mémoire précieuse.

Voici ce qu'il dit dans ses lettres : « La czarine avait été non seulement nécessaire à la gloire de Pierre, mais elle l'était à la conservation de sa vie. Ce prince était malheureusement sujet à des convulsions douloureuses, qu'on croyait être reflet d'un poison qu'on lui avait donné dans sa jeunesse. Catherine seule avait trouvé le secret d'apaiser ses douieurs par des soins pénibles et des attentions recherchées dont elle seule était capable , et se donnait tout entière à la conservation d'nne santé aussi précieuse à l'état qu'à elle-même. Ainsi le czar, ne pouvant vivre sans elle, la fit compagne de son lit et de son trône. • Je me nome à rapporter ses propres paroles.

La fortune, qui dans cette partie du monde avait produit tant de scènes ex-

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traordinaircs à nos yeux , et qui av^it élevé l'impératrice Catherine de l'abaissement et de la calamité au plus haut degré d'élévation , la servit encore singulièrement quelques années après la solennité de son mariage.

Voici ce que je trouve dans le manuscrit curieux d'un homme qui était alors au service du czar, et qui parle coin ou témoin.

« Un envoyé du roi Auguste à la cour du ciar, retournant à Dresde par laCoorlande , entendit dans un cabaret an homme qui paraissait dans la misère, et à qui on fesait l'accueil insultas* que cet état n'inspire que trop aux hommes. Cet inconnu piouô, dit qu'on ne le traiterait pas ainsi s'il pouvait parvenir a être présenté au czar , et que peut-être il aurait dans sa cour de plus puissantes protections qu'on ne pensait.

« L'envoyé du roi Auguste, qui entendit ce discours, eut la curiosité d'interroger cet homme ; et , sur quelques réponses vagues qu'il en reçut t l'ayant considéré plus attentivement , il crut démêler dans ses traits quelque ressemblance avec l'impératrice. JJ ne pur s'empêcher, quand il fut I Dresde, d'en écrire à un de ses amis à Péters bourg. La lettre tomba dans les mains du exar, qui envoya ordre au prince Repnin , gouverneur âe Riga, de tâcher de découvrir l'homme dont il était parlé dans la lettre. Le prince Repnin fit partir un homme de confiance pour Mittau en Courlaode ; on découvrit l'homme : il s'appelait Charles Scavronski ; il était fila d'un gentilhomme de Lithuanic , mort dans les guerres de Pologne , et qui avait laissé deux enfans au berceau , un garçon et une fille. L'un et l'autre n'eurent d'éducation que celle qu'on peut recevoir de la nature danB l'abandon général de toutes choses. Scavronski, séparé de sa sœur dès la plus tendre enfance, savait seulement qu'elle avait été prise dans Marienbourg, en 1704, et la croyait encore auprès du prince Menxikotî, ou il pensait qu'elle avait fait quelque fortune.

€ Le prince Repnin , suivant les ordres exprès de son maître, fit conduire à Riga Scavronski , sous prétexte de quelque délit dont on l'accusait; on fit contre lui une espèce d'information, et on l'envoya sous bonne garde à Pélersbourg, avec ordre de le bien traiter sur la route.

c Quand il fut arrivé à Pétersbourg,

on le mena ehei un maître d'hôtel du czar , nommé Shepleff. Ge maître d'hô tel, instruit du rôle qu'il devait jouer, tira de cet homme beaucoup de lumières aor son état, et lui dit enfin que l'accusation qu'on avait intentée contre lui à Riga était très grave , mais qu'il obtiendrait justice , qu'il devait présenter une requête à sa majesté, qu'on dresserait cette requête en son nom , et qu'on ferait en sorte qu'il pût la lui donner luimême.

m Le lendemain le czar alla dîner chez Shepleff; on lui présenta Scavronski : ce prince lui fit beaucoup de questions, et demeura convaincu, par la naïveté de ses réponses , qu'il était le propre frère de la czarine. Tous deux avaient été dans leur enfonce en Livonie. Toutes les réponses que fit Scavronski aux. questions du czar se trouvaient conformes à ce que sa femme lui avait dit de sa naissance et des premiers malheurs de sa vie.

« Le czar, ne doutant plus de la vérité, proposa le lendemain à sa femme d'aller diner avec lui chez ce même Shepleff: il fit venir, au sortir de table , ce même homme qu'il avait interrogé la Teille. ïl vint vêtu des mêmes habits qu'il avait portés dans le voyage ; le czar ne voulut point qu'il parût dans un autre état que celui auquel sa mauvaise fortune Pavait accoutumé. ■

Il l'interrogea encore devant sa femme.

Le manuscrit porte qu'à la fin il lui dit ces propres mots : « Cet homme est ton frère : allons Charles, baise la main de l'impératrice , et embrasse ta sœur. »

L auteur de la relation ajoute que Pim-

f»cratricc tomba en défaillance, et que, orsqu'alle eut repris ses sens, le czar lui dit : « il n'y a là rien que de simple ; ce gentilhomme est mon beau- frère : s'il a du mérite, nous en ferons quelque chose ; s'il n'en a point , nous n'en ferons rien. »

Il me semble qu'un tel discours montre autant de grandeur que de simplicité, et que cette grandeur est très peu commune. L'auteur dit que Scavronski resta long-temps chez Shepleff, qu'on lui assigna une pension considérable, et qu'il vécut très retiré. Il ne pousse pas plus loin le récit de cette aventure., qui servit seulement à découvrir la naissance de Catherine ; mais on sait d'ailleurs que ce gentilhomme fut créé comte; qu'il épousa une filla de qualité, et qu'il eut

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