‹ Dictionnaire historique des événemens remarquablesChapitre 127 sur 183 · UY · texte numérisé non relu

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moindre grâce. U paraît qu'il n'arma que quand il ne put s'en dispenser.

[ 1 2 1 3] La bataille qu'il livra aux croisés auprès de Toulouse, dans laquelle il fut tué, passa pour une des plus extraordinaires de ce monde. Une foule d'écrivains répètent que Simon de Montfort avec huit cents hommes de cheval seulement, et mille fantassins, attaqua l'armée du roi d'Aragon et du comte de Toulouse, qui fesaient le siège de Muret. Ils disent que le roi d'Aragon avait cent mille corabattans , et que jamais il n'y eut une dé route plus complète. Ils disent que Simon de Montfort , l'cvéque de Toulouse et l'évôquc de Comminge divisèrent leur armée en trois corps , en l'honneur de la sainte Trinité.

Mais quand on a cent mille ennemis en téte , va-t-on les attaquer avec dix-huit cents hommes en pleine campagne, et divise-t-on une si petite armée en trois corps ? C'est un miracle, disent quelques écrivains; mais les gens de guerre qui lisent de telles aventures les appellent des absurdités.

Plusieurs historiens assurent que saint Dominique était à la téte des trottpei , nn crucifix de fer à la main, encourageant les croisés au carnage. Ce n'était pas la \a place d'un saint ; et il faut avouer que , si Dominique était confesseur , le comte de Toulouse était martyr.

Après cette victoire , le pape tint un concile général à Rome. Le comte de Toulouse vint y demander grâce. Je ne puis découvrir sur quel fondement il espérait qu'on lui rendrait ses états. Il fut trop heureux de ne pas perdre sa liberté. Le concile même porta la miséricorde jusqu'à statuer qu'il jouirait d'une pension de quatre cents marcs on marque s d'argent. Si ce sont des marcs , c'est à peu près vingt-deux mille francs de nos jours ; si ce sont des marques, c'est environ douze cents francs. Le dernier est nïus probable , attendu que , moins 00 lui donnait d'argent, plus il en restait pour l'Eglise.

Quand Innocent 111 fut mort , Raymond deToulousene fut pas mieux traité. [1 1 > S] Il fut assiégé dans sa capitale par Simou de Montfort; mais ce conquérant y trouva le terme de ses succès et de sa vie. Un coup de pierre écrasa cet homme , qui e.i fesant tant de mal avait acquis tant de rinommée.

Il avait un fils, à qui le pape donna tous

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les droits du père ; mais le pape ne put lui donner le même crédit. La croisade contre le Languedoc ne fut plus que languissante. Le lils du vieux Raintond , qui avait succédé à son père, était excommunié comme lui. Alors le roi de France, Louis vin , se fit céder par le jeune Montfort tous ces pays que Montfbrt ne pouvait garder ; mais Ja mort arrêta Louis.vm au milieu de ses conquêtes.

Le règne de saint Louis, neuvième du nom, commença malheureusement par cette horrible croisade contre des chrétiens ses vassaux. Ce n'était point par des croisades que ce monarque était destiné à se couvrir de gloire. La reine Blanche de Castillc, sa mère , femme dévouée au pape, Espagnole, frémissant au nom d'hérétique, et tutrice d'un pupille à qui les dépouilles des opprimés devaient revenir, prêta le peu qu elle avait de forces, à un frère de Monlfort , pour achever de saccager le Languedoc: le jeune Raimond se défendit. On fit une guerre semblable à celle que nous avons vue dans les Cévennes. kes prêtres ne pardon-

naient jamais aux Languedociens , et ceux-ci n'épargnaient point les prêtres.

Tout prisonnier fut mis à mort pendant deux années ; toute place rendue fut réduite en cendres.

Enfin la régente Blanche , qui avait d'autres ennemis , et le jeuue Raimond , las de massacres et épuisé de pertes, firent la paix a Paris. Un cardinal de -Saint-Ange fut l'arbitre; de cette paix, et voici les lois qu'il donna, et qui furent exécutées :

Le comte de Toulouse devait payer dix mille marcs ou marques aux églises de Languedoc, entre les mains d'un receveur dudit cardinal ; deux mille aux moines de Citeaux , immensément riches ; cinq cents aux moines de Glairveaux, plus riches encore, et quinze cents à d'autres abbayes. 11 devait aller faire pendant cinq ans la guerre aux Sarrasins et aux Turcs, qui assurément n'avaient pas fait la guerre à Raimond. 11 abandonnait au roi, sans nulle récompense, tousses états en deçà du Rhône; car ce qu'il possédait en delà était terre de l'Empire.

. Il signa son dépouillement, moyennant quoi il lut reconnu, par le cardinal Saint- Ange et par un légat, non seulement pour être bon catholique, mais pour l'avoir toujours été. On le conduisit, seulement pour la forme, en chemise et nu-pieds,

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devant l'autel de l'église de Notre -Dame de Paris. Là , il demanda pardon a la Vierge ; apparemment qu'au fond de son cœur il demandait pardon d'avoir signé un si infâme traité.

Rome ne s'oublia pas dans le partage des dépouilles. Raimond-le- Jeune, pour obtenir le pardon de ses péchés, céda aux papes, à perpétuité, le corn tôt Yenaissin, qui est en delà du Rhône. Cette cession était nulle par toutes les lois de l'Em-

Sire, le comtat était un fief impérial, et n'était pas permis de donmr son fief à l'église, sans le consentement de l'empereur et des états. Mais où sont les possessions qu'on ne se soit appropriées que par les lois? Aussi, bientôt après cette extorsion, l'empereur Frédéric 11 rendît au comte de Toulouse ce petit pays d'Avignon que le pape lui avait ravi; il lit justice comme souverain, et surtout comme souverain outragé. Mais lorsque ensuite saint Louis et son fils, Philippe-le-Hardi, se furent mis en possession des états des comtes de Toulouse, Philippe remit aux papes le comtat Venaissin , qu'ils ont toujours conservé par la libéralité des rois de France. La ville et le territoire d'Avignon n'y furent point compris. Elle passa dans la branche de France d'Anjou qui régnait à "Naples , et y resta jusqu'au temps où la malheureuse reine Jeanne de Jîaples fut obligée enfin de céder Avignon pour quatre-vingt mille florins, qui ne lui furent jamais payés. Tels sont, en général, les titres de possessions ; tel a été notre droit public.

Ces croisades contre le Languedoc durèrent vingt années. La seule envie de s'emparer du bien d'autrui les fit naître , et produisit en même temps l'inquisition. [iao4] Ce nouveau fléau, inconnu auparavant chez toutes les religions du monde, reçut la première forme sous le pape Innocent m. Elle fut établie en France dès l'année 12*29, sous saint Louis. Un concile, à Toulouse, commença dans cette année par défendre aux chrétiens laïques de MrcV Ancien et le Nouveau Testament. C'était insulter au genre humain que d'oser lui dire : Nous voulons que vous ayez une croyance , et nous ne voulons pas que vous lisiez le livre sur lequel cette croyance est fondée.

( Essai sur Us mœurs. ) RELIGION (guerres de). — la fbanck

EN KST LE THIÎÀTRK AC COMMFKCEMRWT DIT

17e pitcr.K. — On disputait peu dans le-

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glite latine aux premiers siècle*. Les invasions continuelles des barbares permettaient à peine de penser ; et il y avait peu de dogmes qu'on eût assez développés pour fixer la croyance universelle.

Fresque tout l'Occident rejeta le culte des images au siècle de Charlemagne. Un évêque de Turin , nommé Claude , les proscrivit avec chaleur, et retint plusieurs dogmes qui sonteheore aujourd'hui le fondement de la religion des protestans. Ces opinion* se perpétuèrent dans les vallées du Piémont , du Dauphiné, de la Provence, du Languedoc : elles éclatèrent au douzième siècle : elles produisirent bientôt après la guerre des Albigeois; et, ayant passé eu suite dan:» l'université de Prague , elles excitèrent la guerre des hussites. 11 n'y eut qu'environ cent ans d'intervalle entre la fin des troubles qui naquirent de la cendre de Jean Hus et de Jérôme de Prague , et de ceux que la vente des indulgences fit renaître. Les anciens dogmes embrassés par les Vaudois, les Albigeois, les hussites, renouvelés et différemment expliqués par Luther et Zuingle, furent reçus avec avidité dans l'Allemagne , comme un prétexte pour s'emparer de tant de terres , dont les évèques et les abbés s'étaient mis en possession., et pour résister aux empereurs, qui alors marchaient à grands pas au pouvoir despotique. Ces dogmes triomphèrent en Suède et en Danemarck, pays où des peuples étaient libres sous des rois.

Les Anglais , dans qui la nature a mis l'esprit d'indépendance , les adoptèrent , les mitigùrent , et en composèrent une religion pour eux seuls. Le presbytérianisme établit en Ecosse , dans les temps malheureux, une espèce de république dont le pédantisme et la dureté étaient beaucoup plus intolérables que la rigueur du climat , et même que la tyrannie des évéques qui avaient excité tant de plaintes. Il n'a cessé d'être dangereux en Ecosse que quand la raison, les lois et la force l'ont réprimé. La réforme pénétra en Pologne, et fit beaucoup de progrès dans les seules villes où le peuple n^st point esclave. La plus grande et la plus riche partie de la république helvétique n'eut pas de peine à la recevoir. Elle fut sur le point d'être établie à Venise par la môme raison ; et elle y eût pris racine si Venise n'eût pas été voisine de Rome , et peutêtre si le gouvernement n'eût pas craint

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