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statues à de pareils hommes; dans nos jours ils sont oubliés , et ce n'est que longtemps après avoir écrit cette histoire, que j'ai appris cette action si mémorable. J 'apprends qu'elle vient enfin d'être récompensée par une pension de mille livres accordée aux aînés de ce nom.
{Siècle de Louis XF. ) AUGUSTE, roi de Pologne. — db-
TBÔMB PAB LB BOl DU SUKDB, IL IST POBCÉ DK COMPLIMENT» S02V SOCCBSSSCB (8 avril
1707). — Auguste et Charles xu se virent pour la première fois dans un lieu nomme Gutersdorff, au quartier du comte Piper, sans aucune cérémonie. Charles xn était en grosses bottes, ayant pour cravatte on taffetas noir qui lui serrait le cou : son habit était, comme à l'ordinaire, d'un gros drap bleu aveo des boutons de cuivre doré. 11 portait au côté une longue épée qui lui avait servi à la bataille de Narva , et sur le pommeau de laquelle il s'appuyait souvent. La conversation ne roula que sur ses grosses bottes. Charles xn dit au roi Auguste qu'il ne les avait quittées "depuis six ans que pour se coucher. Ces bagatelles furent le seul entretien de deux rois, dont l'un ôtait une couronne à l'autre. Auguste, surtout,
Sarlait avec un air de complaisance et e satisfaction que les princes et les hommes accoutumés aux grandes affaires savent prendre au milieu des mortifications les plus cruelles. Les deux rois dînèrent deux fois ensemble. Charles xu affecta toujours de donner la droite au roi Auguste ; mais» bien loin de relâcher de ses demandes , il en fit encore de plus dures. C'était déjà beaucoup qu'un souverain fût forcé à livrer un général d'année, un ministre public : c'était un grand abaissement d'être obligé d'envoyer à son successeur Stanislas les pierreries et les archives de la couronne; mais ce fut le comble à cet abaissement , d'être réduit enfin à féliciter de son avènement au trône celui gui allait s'y asseoir à sa place. Charles exigea une lettre d'Auguste à Stanislas : le roi détrôné se le ht dire plus d'une fois ; mais Charles voulait cette lettre , et il fallait l'écrire. La voici telle que je l'ai vue depuis pou , copiée fidèlement sur l'original que le roi Stanislas garde encore.
« Monsieur et frère, — Nous avions jugé qu'il n'était pas nécessaire d'entrer dans un commerce particulier de lettres avec votre majesté; cependant, pour
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faire plaisir à ta majesté suédoise, et afin qu'on ne nous impute pas que nous faisons difficulté de satisfaire à son désir, nous vous félicitons par celle-ci de voire avènement à la couronne, et vous souhaitons que vous trouviez dans votre patrie des sujets plus Gdèles que ceux que nous y avons laissés. Tout le monde nous fera la justice de croire que nous n avons été payés que d'ingratitude pour tous no» bienfaits, et que la plupart de nos sujets ne se sont appliqués qu'à avancer notre ruine. Nous souhaitons que vous ne soyei pas exposé à de pareils malheurs, vous remettant à la protection de Dieu.
«A Dresde, le 8 avril 1707.
« V otre- frère ci voisin , « Acgustb, roi. »
Il fallut qu'Auguste ordonnât lui-même à tousses officiers de magistrature de ne plus le qualiGer de roi de Pologne, et qu'il fit effacer des prières publiques ce titre auquel il renonçait.
(Hislaire de Charles XII. )
AZINCOURT, village de France. —
C R A. > DK BATAILLE QUI s'y DOBHB (a5 Octobre
i4i5.)— Lafcrame de Charles wtt Isabelle de Bavière, avait un parti dans Paris; le duc de Bourgogne avait le sien ; celui des enfàns du duc d'Orléans était puissant : le roi seul n'en avait point. Mais ce qui fait voir combien Paris était considérable, et comme il était le premier mobile du royaume , c'est que le duc de Bourgogne , qui joignait à l'état dont il portait le nom la Flandre et l'Artois , mettait toute son ambition à être le maître de Paris. Sa faction s'appelait celle des Bourguignons; celle d'Orléans était nommée des Armagnacs, du nom du comte d'Armagnac, beau-père du duc d'Orléans, fils de celui qui avait été assassiné dans Paris. Celle des deux qui dominait fesait tour-à-tour conduire au gibet, assassiner, brûler ceux de la faction contraire. Personne ne pouvait s'assurer d'un jour de vie. On se battait dans les rues, dans les églises, dans les maisons, à la campagne.
C'était une occasion bien favorable pour l'Angleterre de recouvrer ses patrimoines de France , et ce que les traités lui avaient donné. Henri v, prince rempli de prudence et de courage, négocie et arme à la fois. Il descend en Normandie avec une armée de près de cinquante. mille hommes. Il prend Har fleur, et s'avance dans un pays désolé par les factions; mais une uyssenterie contagieuse fait pé-
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rir les trois quarts de son armée. Cette grande invasion réunit cependant contre
I Anglais tous 1rs partis. Le Bourguignon môme, quoiqu'il traitât déjà secrètement avec le roi d'Angleterre, envoie cinq cents hommes d'armes et quelques arbalétriers au secours de sa patrie. Toute la noblesse monte à cheval ; les communes marchent sous leurs bannières. Le connétable d'Albret se trouva bientôt à la tête de plus de soixante mille combattans. [ 14 1 5 ] Ce qui était arrivé à Ldouard 111 anivait à Henri v; mais la principale ressemblance fut dans la bataille d'Azincourt, qui fut telle que celle de CrécL Les Anglais la gagnèrent aussitôt qu'elle commença. Leurs grands arcs de la hauteur d'un homme, dont ils je servaient avec force et avec adresse, leur donnèrent d'abord la victoire. Ils n avaient ni canons ni fusils; et c'est une nouvelle raison de croire qu'ils n'en avaient point eu à la bataille de Créci. Peut-être que ces arcs sont une arme plus formidable : j'en ai vu qui portaient plus loin que les fusils ; on peut s'en servir plus vite et plus long-temps : cependant ils sont devenus entièrement hors d'usage. On peut remarquer encore que la gendarmerie de France combattit à pied à Azincourt, à Créci et â Poitiers; elle avait été auparavant invincible à cheval. 11 arriva dans cette journée une chose qui est horrible, même dans la guerre.
Tandis ou'on se battait encore, quelques milices de Picardie vinrent par derrière piller le camp des Anglais. Henri ordonna qu'on tuât tous les prisonniers qu'on avait faits. On les passa au 111 de l'épée ; et , après ce carnage, on en prit encore quatorze mille , à qui on laissa la vie. Sept princes de France périrent dans cette journée avec le connétable. Cinq piinces furent pris; plus de dix mille Français restèrent sur le champ de bataille.
II semble qu'après une victoire si enti< re il n'y avait plus qu'à marcher à Paris , et à subjuguer un royaume divisé, épuisé, qui n'était qu'une vaste ruine.
Mais ces ruines mêmes étaient un peu fortifiées. Enfin il est constant que celte bataille d'Azincourt, qui mit la Franco en deuil, et qui ne coûta pas trois hommes de marque aux Anglais , ne produisit aux victorieux que de la gloire. Henri v fut obligé de repasser en Angleterre pour amasser de l'argent et de nouvelles troupes. ( Essai sur les Mœurs. )