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Il m'envoya cette épitre écrite de sa lain. Il y a pluste urs hémistiche* pillé*» de l'abbé du Chaulieu et de moi. Les idées sont incohérentes, les vers en général mal faits, mais iJ y en a de bons ; et c'est beaucoup pour un roi de faire une éj.ître de deux cents mauvais vers dans l'état où il était. Il vouiait qu'on dît qu'il avait conservé toute la présence et toute la liberté de son esprit dans un moment où les hommes n'en ont guère.
La lettre qu'il m'écrivit témoignait les mêmes sentimens ; mais il y avait moins de myrtes et de roses, et d'Ixiôns et de douleur profonde. Je combattis en prose la résolution qu'il disait avoir prise de mourir, et je n'eus par de peine à lie déterminer à vivre. Je lui conseillai d'entamer une négociation arec le maréchal de Richelieu , d'imiter le duc de Cumber- Jand; je pris enfin toutes les libertés qu'on peut prendre avec un poète désespéré , qui était tout près de n'être plus roi. Il écrivit en effet au maréchal de Richelieu; mais, n'ayant pas de réponse, il résolut de nous battre. Il me manda qn'il allait combattre le prince de Soubise ; sa lettre finissait par des vers plus dignes de sa situation, de sa dignité, de sou courage et de son esprit :
çuand on eat vouin du naufrage,
Il bat en affrontant l'orage, Peruer, TÎrte et mourir en roi.
f> «u h Kj) nVl- imVfti, . ;
En marchant aux Français et aux Impériaux, il écrivit à madame la margrave de Barcith, sa sœur, qu'il se ferait tuer : mais il fut plus heureux qu'il ne le disait, et qu'il ne le croyait. Il attendit, le 5 de novembre 1757, l'armée française et impériale dans un poste assez avantageux, à Rosbach, sur les frontières de la Saxe ; et comme il avait ton jours parlé de se faire tuer , il voulut que son frère le prince Henri acquittât sa promesse à la téte de cinq bataillons prussiens qui devaient soutenir le premier effort désar-
mées ennemies y tandis que son artillerie les foudroierait , et que sa cavalerie attaquerait la leur/ « ^ it« '«jmiij;.-
Bn effet le prit** Henri fat légèrement blesse a la gorge d'un coup de fusil; et ce fut, je crois, le seul Prusrien blessé à cette jour-
née. Les Français et les Autrichiens s'enluirent a la première décharge. Ce futia déroute la plus inouïe et la plus complète dont 1 Ji^totre ait jamais parlé. Cette bataille de Rosbach sera long-temps célèbre On vit trente mille Français et vingt mille Impénaux prendre une fuite honteuse et précipitée devant cinq bataillons et quelques escadrons. Lés défaites d'Axincourt, de Crééy, de Poitiers, ne furent pas si humiliante».
La discipline et l'exercice militaire que son père avait établis, et que le fils avait fortifies, furent la véritable cause de cette étrange victoire. L'exercice prussien s'était perfectionné pendant cinquante ans.
On avart voulu l imiter en France comme dan* tous les autres états ; mais on n'avait pu tare en trois ou quatre ans, avec des français peu disciplinâmes, ce qu'on avait fait pendant cinquante ans avec des Prussiens ; on avait même changé les manœuvres en France presqu'à chaque revue, de sorte que les officiers et les soldats, ayant mal appris les exercices nouveaux, et tous diflerens les uns des autres, n'avaient rien appris du tout et gavaient réellemeot aucune discipline ni aucun exercice. En un mot, à la seule vue de» Prussiens tout fut en déroute, et la fortune fit passer Frédéric, en on quart d'heure, du comble du désespoir a celui du bonheur et de la gloire.
(Mémoires de VoUavre.) (Voyez Frédéric U.) 1 ROUEN (assemblée des notablesdans la ville de) — mai iv y dbploix toutb ia gbandboh DR son Aies. — Si Henri iv n'avait été que le plus brave prince de son temps, le plus clément , le plus droit , le plus honnête homme , son royaume était ruiné : il fallait un prince qui sût faire la guerre et la paix , connaître toutes les blessures de son état, et lui apporter les remède»; veiller sur les grandes et Jea petites choses, tout réformer et tout faire : c'est ce qu'on trouva dans Henri. Il joignit l'administration de Charles-k- Sage a la valeur et a la franchise de François r»r et à la bonté de Louis xii.
Pour subvenir è tant de besoins , pour faire à la fois tant de traités et tant de guerres , Henri convoqua dans Rouen une assemblée des notables du royaume ; o était une espèce d'états, généraux; les
Earoles qu'il y prononça sont encore dans 1 mémoire des bons citoyens qui savent l'histoire de leur pays : a Déjà par la fa-
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veur du ciel , par le* conseils de mes bons serviteurs, et par l'épée de ma brave noblesse, dont je ne distingue point mes princes, la qualité de gentilhomme étant notre plus beau titre, j ai tiré cet état de la servitude et de la ruine. Je veux lui rendre sa force et sa splendeur ; participer à cette seconde gloire comme vous aves eu part a la première. Je ne voua ai point appelés, comme fesaient mes prédécesseurs , pour vous obliger d'approu-
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ver aveuglément mes volontés, mois pour recevoir vos conseils, pour les croire, pour les suivre , pour me mettre en tutelle entre vos mains. C'est une envie qui ne prend guère aux rois, aux victorieux et aux barbes grises ; mais l'amour que je porte a mes sujets me rend tout possible et tout honorable. » Cette éloquence du cœur, dans un héros , est bien au-dessus de toutes les harangues de l'antiquité.
(Essai sur Us mœurs.)
SAWT - BARTHÉLÉMY ( massacre d'août 1573, le signal fut donné à minuit, de la). — boit do »4 aoot i57î. — Ca- Toutes les maisons des protestant forent therine de Médicis était déjà débarrassée forcées et ouvertes en même temps. L'a> de plusieurs de ses rivaux. François, duc mirai de Coligny, alarmé du tumulte, de Guise , oui était le plus dangereux et sauta de son lit. Une troupe d'assassins le plus nuisible de tous , quoiqu il fut du entra dans sa chambre ; un certain Besme, même parti, avait été assassiné devant Lorrain, qui avait été élevé domestique Orléans.tHcnri de Guise, son fils, qui joua dans la maison de Guise, était à leur tête :
depuis un si grand rôle dans le monde, il plongea son épée dans le seia de l'ami-
était alors fort jeune. rai, et lui donna un coup de revers sur
Le prince de Condé était mort. Char- le visage, les ix , son fils, avait pris le pli qu'elle vou- Le jeune Henri , duc de Guise , qui
lait, étant aveuglément soumis à ses vo- forma ensuite la ligue catholique, et qui
lootéa. Le duc d'Anjou, qui fut depuis fut depuis assassiné à Blois, était à la
Henri 11 1 , était absolument dans ses in- porte de la maison de Coligny , attendant
téréts ; elle ne craignait d'autres ennemis la fin de l'assassinat , et cria tout haut : que Jeanne d'Albrct, Coligny et les pro- « Besme , cela est-il fait F • Immédiate-
testans. Elle crut qu'un seul coup pouvait ment après, les assassins jetèrent le corps
les détruire tous, et rendre son pouvoir par la fenêtre. Coligny tomba et expira
immuable. aux pieds de Guise, qui lui marcha sur
Elle pressentit le roi et même le duc le corps ; non qu'il fut enivré de ce séle d'Anjou sur son dessein. Tout fut con- catholique pour la persécution , qui dan* certé, et, les pièges étant préparés , une ce temps avait infecté la moitié de la paix avantageuse fut proposée aux pro* France , mais il y fut poussé par l'esprit testans. Coligny, fatigué de la guerre ci- de vengeance, qui, bien qu'il ne *>/t vile, l'accepta avec chaleur. Charles, pour point en général si cruel que le faux zèk ne laisser aucun sujet de soupçon, donna pour la religion , mène souvent à de plus sa sœur en mariage au jeune Henri de grandes bassesses. Navarre. Jeanne d'Albret, trompée par Cependant tous les amis de Coligny des apparences si séduisantes vint à la étaient attaqués dans Paris : hommes , cour avec son fils , Coligny, et tous les enfans , tout était massacré sans distincchefs des pro tes tans. Le mariage fut cé- tion : toutes les rues étaient jonchées de lébré avec pompe : toutes les manières corps morts. Quelques prêtres, tenant un obligeantes, toutes les assurances d'à- crucifix d'une main , et une épée de mitié, tous les sermens si sacrés parmi l'autre, couraient à la tête des meurtriers, les hommes , furent prodigués par Cathe* et les encourageaient au nom de Dieu i rine et par le roi. Le reste de la cour n'é- n'épargner ni parens ni amis, tait occupé que de fêtes , de jeux et de Lie maréchal de Tavannes, soldat ignomascarades. Enfin une nuit, qui fut la rant et superstitieux, qui joignait la fitveille de la Ssint-Barthélemi, au mois reur de la religion à la rage du parti,
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courait à cheval dans Paris , criant aux soldats : « Du sang 1 du sang i la saignée est aussi salutaire dans le mois d'août que dans le mois de mai. •
Le palais du roi fut un des principaux théâtres du carnage; car le prince de Navarre logeait au Louvre, et tous ses domestiques étaient protesta us. Quelques-uns d'entre eux furent tués dans leur lit avec leurs femmes; d'autres s'enfuyaient tout nus, et étaient poursuivis par les soldats sur les escaliers de tous les appartemens du palais, et même jus-
3u'à l'antichambre du roi. La jeune femme e Henri de Navarre , éveillée par cet affreux tumulte, craignant pour son époux et pour elle-même , saisie d'horreur et à demi morte, sauta brusquement de son lit pour aller se jeter aux pieds du roi son frère. A peine eut-elle ouvert la porte de sa chambre , que quelques-uns de ses domestiques protestans coururent s'y réfugier. Les soldats entrèrent après eux et les poursuivirent en présence de la princesse. Un d'eux , qui s était caché sous son lit , y fut tué ; deux autres furent percés de coups de hallebarde à ses pieds ; elle fut elle-même couverte de sang.
Il y avait un jeune gentilhomme qui était fort avant dans la faveur du roi , à cause de son air noble , de sa politesse , et d'un certain tour heureux qui régnait dans sa conversation. C'était le comte de La Rochefoucauld , bisaïeul du marquis de Mon tendre, qui est venu en Angleterre pendant une persécution moins cruelle, mais aussi injuste. La Rochefoucauld avait passé la soirée avec le roi dans une douce familiarité , ou il avait donné l'essor à son imagination. Le roi sentit quelques remords, et fut touché d'une sorte de compassion pour lui. Il lui dit deux ou trois fois de ne point retourner chez lui , et de coucher dans sa chambre; mais La Rochefoucauld répondit qu'il voulait aller trouver sa femme. Le roi ne l'en pressa pas davantage , et dit : « Qu'on le laisse aller : je vois bien que Dieu a résolu sa mort. • Ce jeune homme fut massacré deux heures après.
Il y en eut fort peu qui échappèrent à ce massacre général. Parmi ceux-ci la délivrance du jeune La Force est un exemple illustre de ce que les hommes appellent destinée. C'était un enfant de dix ans. Son père , son frère aîné et lui, furcut arrêtés en même temps par les soldats du duc 4'A-njou. Ces meurtriers