‹ Dictionnaire historique des événemens remarquablesChapitre 141 sur 183 · SAI 4G · texte numérisé non relu

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tombèrent sur tous les trois tumultuairement, et les frappèrent au hasard, Le père et les enfans, couverts de sang, tombèrent à la renverse les uns sur les autres. Le plus jeune, qui n'avait reçu aucun coup , contrefit le mort, et le jour suivant il fut délivré de tout danger. Une vie si miraculeusement conservée dura quatrevingt-cinq ans. Ce fut le célèbre maréchal de La Force , oncle de la duchesse de La Force, qui est présentement en Angleterre.

Cependant plusieurs de ces infortunées victimes fuyaient du côté de la rivière. Quelques-uns la traversaient à la nage, nour gagner le faubourg Saint-Germain.

Le roi les aperçut de sa fenêtre, qui avait vue sur la rivière : ce qui est presque incroyable, quoique cela ne soit que trop vrai, il tira sur eux avec une carabine. Catherine de Médicis, sans trouble, et avec un air serein et tranquille au milieu de celte boucherie, regardait du haut d'un balcon qui avait vue sur la ville ,. enhardissait les assassins, et riait d'entendre les soupirs des roourans et les cris de ceux qui étaient massacrés. Ses filles d'honneur vinrent dans la rue avec une curiosité effrontée ,- digne des abominations de ce siècle ; elles contemplèrent le corps nu d'un gentilhomme nommé Soubise , qui avait été soupçonné d'impuissance , et qui venait d'être assassiné sous les fenêtres de la reine.

La cour, qui fumait encore du sang de la nation, essaya quelques jours après de couvrir un forfait si énorme par les formalités des lois. Pour justifier ce massacre, ils imputèrent calomnieusement à l'amiral une conspiration qui ne fut crue de personne. Ou ordonna au parlement de procéder contre la mémoire de Coligny. Son corps fut pendu par les pieds avec une chaîne de fer au gibet de Montfaucon. Le roi lui-même eut la cruauté d'aller jouir de ce spectacle horrible. Un de ses courtisans l'avertissant de se retirer, parce que le corps sentait mauvais, le roi lui répondit : « Le corps d'un ennemi mort sent toujours bon. »

Il est impossible de savoir s'il est vrai que l'on envoya la tête de l'amiral à Rorrie. Ce qu'il y a de bien certain, c'est qu'il y a à Rome, dans le Vatican, un tableau où est représenté le massacre de la Saint-Barthélemi, avec ces paroles :

« Le pape approuve la raoït de Coligoy. »

Le jeune Henri de Navarre fut épargné

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plutôt par politique que par compassion de la part de Catherine, ont le letint prisonnier jusqu'à la mort du roi , pour être caution de la mou mission des protestant qui voudraient se révolter.

Jeanne d'AIbret était morte subitement trois ou quatre jours auparavant.

Quoique peut-être sa mort eût été naturelle, ce n'est pas toutefois une opinion ridicule de croire qu'elle avait été empoisonnée.

L'exécution ne fut pas bornée a la ville de Paris. Les mêmes ordres de la cour furent envoyés à tous les gouverneurs dus provinces de France. 11 n'j eut que deux ou trois gouverneurs qui refusèrent d'obéir aux ordres du roi. Un, entre autres, appelé Montmorin, gouverneur d'Auvergne , écrivit à sa majesté la lettre suivante, qui mérite d'être transmise à la postérité :

«Sire, — J'ai reçu un ordre, sons le sceau de votre majesté, de faire mourir tous le» protestans qui sont dans ma province. Je respecte trop votre majesté pour ne pas croire que ces lettres sont supposées ; et si , ce qu'à Dieu ne plaise , l'ordre est véritablement émané d'elle, je la respecte aussi trop pour lui obéir. •

Ces massacres portèrent au coeur des protestans la rage et l'épouvante. Leur naine irréconciliable sembla prendre de nouvelles forces; l'esprit de vengeance les rendit plut» forts et plut redoutables.

Peu de temps après, le roi fut attaqué d'une étrange maladie qui l'emporta au bout de deux ans. Son sang coulait toujours et perçait au travers des pores de sa peau ; maladie incompréhensible , contre laquelle échoua l'art et l'habileté des médecins, et qui fut regardée comme un efiet de la vengeance divine.

Plusieurs personnes ont entendu conter à M. le maréchal de Tessé, que, dans son enfance, il avait vu un vieux gentilhomme âgé de plus de cent ans,

3ui avait été fort jeune dans les gardes e Charles ix. Il interrogea ce vieillard sur la Saint-Barthélemi , et lui demanda s'il était vrai que le roi ait tiré sur les huguenots. • G était moi , monsieur , répondit le vieillard , qui chargeais son arquebuse. »

Henri iv dit publiquement , plus d'une fois , qu'après la Saint-Barthéfemi , une nuée de corbeaux était venue se percher sur le Louvre, et que, pendant sept

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nuits, le roi, lui et tonte fa cour, entendirent des gémissemens et des cris épouvantables à la même heure. 11 racontait un prodige encore plus étrange. Il disait que, quelques jours avant les m amarres, jouant aux dés avec le duc d'Alençon et le duc de Guise , il vft des gouttes de sang sur la table ; que par deux fois il les fit essuyer, que par deux fois elles reparurent , et qu'il quitta le jeu saisi d'effroi.

(/Vols* de la Henriade.) SAINT -MAIGRIN, et deux autres mignons d'Henri in roi de France. — rur

TXACIQUB t>B SAItlT-aUlOBIN. Paui Stvart

de Gaussade de Saint- Maigrin « gentilhomme d'auprès de Bordeaux , fut aimé de Henri m autant que Quélus et Maugirôn , et mourut d'une manière aussi tragique ; il fut assassiné dans la rue Saint- Honoré, sur les onze heures du soir, en revenant du Louvre. 11 fut porté à ce même hùtel de Boissy où étaient morts ses deux amis; ii y mourut le lendemain, de trente-quatre blessures qu'il avait reçues la veille. Le duc de Gnîse le Balafré rut soupçonné de cet assassinat, parce que Saint Maigrin s'était noté d'avoir couché avec la duchesse rte Guise. Le»

mémoires du temps rapportent que le . duc de Mayence fut reconnu parmi les assassins , à sa barbe large et a sa main faite en épaule de mouton. Le duc de Guise ne passait pourtant point pour un homme trop sévère sur la conduite de sa femme ; et il n'y a pas d'apparence que le duc de Mayenne, qui n'avait jamais fait aucune action de lâcheté , se fit avili jusqu'à se mêler dans une troupe de vingt assassins , pour tuer un seul homme.

Le roi baisa Saint-Maigrin , Quélus et Maugiron , après leur mort, les fit ra<er, et garda leurs blonds cheveux; il ôta de de sa main à Qurlus des bondes d'oreilJes qu'il lui avait attachées lui-même. M. de l'Etoile dit que ces trois mignons moururent sans aucune religion ; Maugiron en blasphémant , Quélus en disant a tout moment: Ah! mon roi, mon roi', sans dire un seul mot de Jésus-Christ ni de la Vierge. Il furent enterrés à Saint-Paul; le, roi leur fit élever dans cette église trois tombeaux de marbre, sur lesquels étaient leurs figures à genoux ; leurs tombeaux furent chargés d épitaphes en prose et en vers , en latin et en français : on y comparait Maugiron a Horatius Coclès et à Annibal , parce qu'il était borgne comme eux. (Notes de Ut Henriade.)

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SAINT-SACREMENT (fête du). son rasTiTOTiotc m n64. — Souvent les institutions les plus sages ne furent dues qu'à l'aveuglement et à la faibles»?. Il n'y a guère dans l'église de cérémonie plus noble, plus pompeuse , pins capable d'inspirer la piété aux peuples, que la fête dn Saint-Sacrement. L antiquité n'en eut guère dont l'appareil fut plus auguste. Cependant qui fut la cause de cet établissement ? une religieuse de Liège , nommé MoncorniUon , qui s'imaginait voir toutes les nuits un trou a la lune. [ia6*4] JSlle eut ensuite une révélation qui lui apprit que la lune signifi ât l'église , et le trou une fête qui manquait. Un moine , nommé Jean , composa avec elle l'office du Saint-Sacrement; la féte s'en établit à Liège , et Urbain iv l'adopta pour toute l'église.

Cette solennité fut longtemps en France une source de troubles. La populace catholique forçait & coups de pierres et de bâtons les protestans à tendre leurs maisons, et à se mettre à genoux dans les rues. Le cardinal de Lorraine , les Guises, employèrent souvent ce moyen pour faire rompre les édita de pacification. Le gouvernement a fini par ériger en lot cette fantaisie de la populace ; ce qui est arrivé plus souvent qu'on ne croit dans d'autres circonstances et chet d'autres nations. Pendant plus d'un siècle , il n'y a pas eu d'année où cette féte n'ait amené

Suelqoes émeutes ou quelques procès, n des crimes qui ont conduit le chevalier de Lu Barre sur l'échafaud , en 1766, était d'avoir passé , nn jour de pluie , le chapeau sur la tête à quelques pas d'une de ces processions.

( Estai sur les mœurs. ) SALADIN ( le sultan ). — hïcsptiow

QO'lL FAIT A LUZIGNAN , SON PBlSONKIBa

(5 avril ii5o.} — Le grand Salaheddin, qu'on nommait en Europe Saladin, était un Persan d'origine* du petit pays des Gurdes, nation toujours guerrière et toujours libre. II fut un de ces capitaines qui s'emparaient des terres des califes ; et aucun ne fut aussi puissant que lui. Il conquit en peu de temps l'Egypte , la Syrie, 1 Arabie , la Perse , et la Mésopotamie. Saladin, maître de tant de pays, songea bientôt à conquérir le royaume de Jérusalem. De violentes factions déchiraient ce petit état , et bâtaient sa ruine. Gui de LuMgnan, couronné roi, mais à qui on disputait la couronne, rassembla dans la

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Galilée tous ces chrétiens divisés que le péril réunissait, et marcha contre Saladin , l'évéque de Ptotémaïs portant la chape par dessus sa cuirasse, et tenant entre ses bras une croix qu'on persuada aux chrétiens être la même qui avait été l'instrument de la mort de Jésus-Christ. Cependant tout les chrétiens lurent tués ou pris. Le roi captif, qui ne s'attendait qu'à la mort, fut étonne d'être traité par Saladin comme aujourd'hui les prisonniers de guerre le sont par les généraux les plus humains.

Saladin présenta de sa main à Lusignan une coupe de liqueur rafraîchie dans de la neige. Le roi, après avoir bu , voulut donner sa coupe à un de ses capitaines, nommé Renaud deChatillon. C'était une coutume inviolable, établie ches les musulmans, et qui se conserve encore chez quelques Arabes, de ne point faire mourir les prisonniers auxquels ils avaient donné i boire et à manger; ce droit de l'ancienne hospitalité était sacré pour Saladin. Il ne souffrit pas oue Renaud de Châtillon bût après le roi* Ce capitaine avait violé plusieurs fois sa promette. Le vainqueur avait juré de le punir ; et , montrant qu'il savait se venger comme pardonner, il abattit d'un coup de sabre la tête de ce perfide. [1 187] Arrivé aux portes de Jérusalem, qui ne pouvait plus se défendre, il accorda à la reine, femme de Lusignan , une capitulation qu'elle n'espérait pas. Il lui permit de se retirer où elle voudrait. Il n'exigea aucune rançon des Grecs qui demeuraient dans la Tille. Lorsqu'il fit son entrée dans Jérusalem , plusieurs femmes vinrent se jeter à ses pieds , en lui redemandant les unes leurs maris, les autres leurs enfans on leurs pères qui étaient dans ses fers. Il les leur rendit avec une générosité qui n'avait pas encore eu d'exemple dans cette partie du monde. Saladin fit laver avec de l'eau de rose, par les mains mêmes des chrétiens , la mosquée qui avait été changée en église. Il y plaça une chaire magnifique , à laquelle Noradin , soudan d'Alep, avait travaillé lui-même, et fit graver sur la porte ces paroles : « Le roi saladin , serviteur de Dieu , mit cette inscription après que Dieu eut pris Jérusa lem par *es mains.»

Il établit des écoles musulmanes; mais, malgré son attachement à sa religion, il rendit aux chréuens orientaux l'église qu'on appelle du Saint-Sépulcre , quoi

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qu'il ne soit point du tout vraisemblable que Jésus ait été enterré en cet endroit. 11 faut ajouter que Saladin , au bout d'un an , rendit la liberté à Gui de Lusignan , en lui fesant jurer qu'il ne porterait jamais les armes contre son libérateur. Lusignan ne tint pas sa parole.

( Estai sur tes mœurs. ) — sa mobt (4 mars 1193). — Saladin, qui avait fait un traité- avec Richard, par lequel il laissait aux chrétiens le rivage de la mer, depuis Tyr jusqu'à Joppé , garda fidèlement sa parole. 11 mourut trois ans après à Damas, admiré des chrétiens même. [11953 11 avait fait porter , dans sa dernière maladie , au lieu du drapeau qu'on élevait devant sa porte , le drap qui devait l'ensevelir ; et celui qui tenait cet étendard de la mort , criait à haute voix : • Voilà tout ce que Saladin, vainqueur de l'Orient, rem-

{»orte de ses conquêtes. » On dit qu'il aissa , par son testament , des distributions égales d'aumônes aux pauvres znahométans, juifs et chrétiens; voulant faire entendre par cette disposition que tous les hommes sont frères , et que , pour les secourir, il ne faut pas s'informer de ce qu'ils souffrent. Peu de nos princes chrétiens ont eu cette magnificence ; et peu de ces chroniqueurs dont l'Europe est surchargée ont su rendre justice. ( Essai sur Us mœurs. )

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