‹ Dictionnaire historique des événemens remarquablesChapitre 16 sur 183 · BEL · texte numérisé non relu

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point d'honneur fat le sujet de ce combat; il fut résolu dans une conférence tcuue pour la paix. Au lieu de traiter, ou se brava ; et Beaumanoir, qui était à la tétc des Bretons pour la comtesse de Blois , dit qu'il fallait combattre pour savoir qui avait la plus belle amie. Ou combattit en champ clos. Il n'y eut des soixante combattans que cinq chevaliers de tués, un seul du côté des Bretons, et quatre du côté des Anglais. Tous ces faits d'armes ne servaient à rien, et ne remédiaient pas surtout à l'indiscipline des armées , à une administration presque toute sauvage. Si les Paul-Emile et les Scipions avaient combattu en champ clos pour savoir qui avait la plus belle amie, les Romains n'auraient pas été les vainqueurs et les législateurs des nations.

( Essai sur les mœurs. ) BELLE-ISLE, maréchal de France.

— soif abbestatioic ( i3 novembre ir44)« —Le roi, comptant maintenir l'empereur, avait envoyé à Munich , à Cassel et en Silésie , le maréchal de Belle-Isle chargé de ses pleins pouvoirs et de ceux de l'empereur. Ce général venait de Munich , résidence impériale , avec le comte son frère : ils avaient été à Cassel, et suivaient leur route sans déGance dans des pays où le roi de Prusse a partout des bureaux de poste qui , par les conventions établies entre les princes d'Allemagne, sont toujours regardés comme neutres et inviolables. Le maréchal et son frère , en prenant des chevaux à un de ces bureaux, dans un bourg- appelé Elbingrode, appartenant à I électeur * d'Hanovre, furent arrêtés par le bailli hanovrien, maltraités, et bientôt après transférés en Angleterre. Le duc de Belle- Isle était prince de l'empire, et par cette qualité cet arrêt pouvait être regardé comme une violation des privilèges du collège des princes. En d'autres temps un empereur aurait vengé cet attentat ; mais Charles vu régnait dans un temps où l'on pouvait tout oser contre lui , et où il ne pouvait que se plaindre. Le ministère de France réclama à la fols tous les privilèges des ambassadeurs et les droits de la guerre. Si le maréchal de Belle-Isle était regardé comme prince de l'Empire et minisire du roi de France, allant à la cour impériale et à celle de Prusse, ces deux cours n'étant point en guerre avec l'Hanovre,

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fl parait certain oue sa personne était inviolable. S'il était regardé comme maréchal de France et général, le roi de France offrait de payer sa rançon et celle de son frère , selon le cartel établi à Francfort, le 18 juin i7<p, entre la France et l'Angleterre. La rançon d'un maréchal de France était de cinquante mille livres, celle d'un lieutenant général de quinze mille livres. Le ministre de George 11 éluda ces instances pressantes par une défaite inouïe : il déclara qu'il regardait messieurs de Belle- Isle comme prisonniers d'état. On les traita avec les attentions les plus distinguées, suivant les maximes de la plupart des cours européennes, qui adoucissent ce que la politique a d'injuste et ce que la guerre a de cruel par tout ce que l'humanité a de dehors séduisans. ( Siècle de Louis X V. )

BENGALE, royaume d'Asie. — a*vo« tioî» qui t ECL.ATB ( sô mars 1/^7 ). — 11 y a cent ans qu'un Marattc, nommé Conogé Angria , qui avait commandé quelques barques de sa nation contre les barques de l'empereur des Iudes , se fit pirate; et, s'étaot retranché vers Bombai, il pilla indifféremment ses compatriotes , ses voisin* et tous les couiraerçans qui naviguaient dans cette mer. Il s'était aisément emparé sur cette cote de quelques petites îles qui ne sont que des rochers inabordables. Il en fortifia une en creusant des fossés dans le roc. Les bastions étaient soutenus par des murs épais de dix à douze pieds, et garnis de canons. C'était là qu'il renfermait son butin. Son Ois et son petit-fils continuèrent le môme métier, et avec plus de succès. Une province entière, derrière Bombai, était soumise à ce dernier Angria. Mille vagabonds marattes , indiens , renégats chrétiens , nègres , étaient venus augmenter cette république de brigands, presque semblable à celle d'Alger. Les Angrîas fesaient bien voir que Ta terre et la mer appartiennent à qui sait s'en rendre maître. Nous voyons tour à tour deux voleurs se former de grandes dominations au nord et au sud de l'Inde : l'un est Abdala , vers Caboul ; l'autre Angria\ vers Bombai. Et combien de grande» puissances n'ont pas eu d autres commeucemens 1

II fallut que l'Angleterre armât consécutivement deux Hottes contre ces nouveaux conquérans. L'amiral James, cm

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1755, commença cette guerre oui en effet en méritait le nom , et l'amiral Walson l'acheva. Le capitaine Clive, depuis si célèbre, y signala ses talens militaires. Toutes les retraites de ces illustres voleurs furent prises l'une après l'autre. On trouva, «lans le rocher qAii leur servait de capitale, des amas immenses de marchandises , deux cents canons , des arsenaux d'armes de toute espèce, la valeur de cent cinquante millions, monnaie de France, en or, en diamans, en perles, en aromates : ce qu'on rassemblerait à peine dans toute la côte de Coromandel et dans celle du Pérou, était caché dans ce rocher. Angria, échappa. L'amiral Watson prit sa mère, sa femme et ses en fans prisonniers. 11 les traita avec humanité , comme on peut bien le croire.

Le plus jeune des enfans, entendant dire qu'on n'avait pu trouver Angria , se jeta au cou de l'amiral, et lui dit :«Ce sera donc vous qui me servirez de père. »

M. Watson se fit expliquer ces paroles par un interprète ; elles l'attendrirent jusqu'aux larmes, et en effet il servit de père à toute la famille. Cette action et ce bonheur mémorables étaient compensés dans le chef-lieu desétablissemens anglais au Bengale , par un désastre plus sensible. •

Il s'éleva une querelle entre leur comptoir de Calcutta sur le Gange , et le souba du Bengale. Ce prince crut que les Anglais avaient à Calcutta une garnison considérable , puisqu'ils l'avaient bravé. Celte ville ne renfermait pourtant qu'un conseil de marchands, et environ trois cents soldats. Le plus grand prince de l'Inde marcha contre eux avec soixante mille soldats , trois cents canons et trois cents éléphans.

Le gouverneur de Calcutta, nommé Drak, était bien différent du fameux amiral Drak. On a dit, on a écrit qu'il était de cette religion nazaréenne primitive, professée par ces respectables Pensilvaniens que nous connaissons sous le nom de quakres. Ces primitifs, dont la patrie est Philadelphie dans le nouveau monde , et qui doivent faire rougir le nôtre, ont la même horreur du sang que les brames. Ils regardent la guerre comme un crime. Drak était un marchand trèshabile et un honnête homme : il avait jusque-là caché sa religion : il se déclara , et le conseil le fit em barquer sur le Gange, pour le mettre à couvert.

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Qui croirait que les Mogols au premier assaut perdirent douze mille hommes?

les relations l'ont assuré. Si le fait est vrai, rien ne peut mieux confirmer ce que nous avons tant dit de la supériorité de l'Europe. Mais on ne pouvait résister long-temps : la ville fut prise; tout fut mis aux fers. Il y eut parmi les captifs cent quarante-six Anglais , officiers et facteurs, conduits dans une prison qu'on appelle le Trou Noir. Ils firent une funeste expérience des effets de l'air enfermé et échauffé, ou plutôt des vapeurs continuellement exhalées de tous les corps , et auxquelles on a donné le nom d'air et d'élément. Cent vingt -trois hommes en moururent en peu d'heures.

Bourhave , dans sa Chimie , rapporte un exemple plus singulier : c'est celui d'un homme qui tomba sur-le-champ en pourriture dans une raffinerie de sucre, à l'instant qu'on en éut fermé la porte. Ce pouvoir des vapeurs fait voir la nécessité des ventilateurs , surtout dans les climats chauds , et les dangers mortels qui menacent les corps humains , non-seulement dans les prisons, mais dans les spectacles où la foule est pressée, et surtout dans les églises où 1 on a l'infâme coutume d'enterrer les morts , et dont il s'exhale une odeur pestilentielle.

M. Holwell, gouverneur en second de Calcutta, fut un de ceux qui échappèrent à cette contagion subite. On le mena lui et vingt deux officiers de la factorerie mourans à Maxadabad , capitale du Bengale. Le souba eut pitié d'eux , et leur fit ôter leurs fers. Holwell lui offrit une .rançon. Le prince la refusa , en lui disant qu'il avait trop souffert, sans être encore obligé de payer sa liberté.

Le souba , qui s'appelait Suraïa-Doula , était un Tartare d'origine. On disait qu'à l'exemple d'Aurengzeb , son dessein était de s'emparer de l'Inde entière : on ne peut douter qu'il ne fût très-ambitieux, puisqu'il était à portée de l'être : on ajoute qn'il méprisait son empereur, faible et dur , inappliqué et sans courage, et qu'il haïssait également tous ces marchands étrangers qui venaient profiter des troubles de l'empire, et les augmenter. Dès qu'il eut pris le fort des Aoglais, il menaça ceux des Hollandais et des Français : ils se rachetèrent pour des sommes d'argent , très modiques dans ce pays ; les Français , pour environ six mille livres ; les Hollandais, pour douze cent mille

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francs, parce qu'ils sont plus riches. Ce prince ne s'occupa point alors à les détruire. Il avait dans ses armées un rival de son ambition , son parent et parent du grand-raogol , plus à craindre pour lui qu'une société de marchand:». Suraîa- Doula pensait d'ailleurs comme plus d'un vizir turc , et plus d'un sultan de Constantinoplc, qui ont voulu chasser qucl-

Suefois tous les ambassadeurs des princes 'Europe et toutes leurs factoreries , mais oui leur ont fait payer chèrement le droit de résider en Turquie.

A peine eut -on reçu à Madras la nouvelle du danger où les Anglais étaient Bur le Gange, qu'on envoya par mer à leur secours tout ce qu'on put ramasser d'hommes portant les armes.

M. de Bussy, qui était dans ces quartiers avec quelques troupes , profita de cette conjoncture; lui et M. Lass s'emparèrent de tous les comptoirs par-delà Mazulipatan, sur la côte de la grande province d'Orixa, entre celles de Golconde et de Bengale. Ce succès rendit quelques forces à Ta compagnie affaiblie , qui devait bientôt succomber.

Cependant l'amiral Watson et le colonel Clive , vainqueurs d'Angria et libérateurs de toute la côte du Malabar, venaient aussi au Bengale par la mer de Coromandel. Ils apprirent , dans leur route , qu'il n'y avait plus de retour pour eux dans la ville de Calcutta qu'en combattant , et ils firent force de voiles. Ainsi la guerre fut partout, en peu de temps, depuis Suralc jusqu'aux bords du Gange , dans un contour d'environ mille lieues, comme elle l'est si souvent en Europe entre tant de princes chrétiens dont les intérêts se croisent et changent continuellement, pour le malheur des hommes.

Quand l'amiral Watson et le colonel Clive arrivèrent à la rade de Calcutta , ils trouvèrent ce bon quakre, gouverneur de la ville, et ceux qui s'étaient sauvés avec lui, retirés dans des barques délabrées sur le Gange : on ne les avait point poursuivis. Le souba avait cent mille soldats, des canons , des éléphans, mais

S oint de bateaux. Les Anglais, ehassés c Calcutta , attendaient patiemment sur le Gange qu'on vint de Madras à leur secours; l'amiral leur donna des vivres dont ifs manquaient. Le colonel, aidé des officiers de la flotte et des matelots qui grossissaient sa petite armée, courut affronter toutes les forces du souba ; mais

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il ne rencontra qu'un râla, gouverneur de la ville, qui venait à lui à la tète d'un corps considérable : il le met en fuite. Cet étrange gouverneur, au lieu de se retirer dans sa place s'en alla porter l'alarme au camp de son prince, en lui disant que les Anglais qu'il avait rencontrés étaient d'une espèce bien différente de ceux qui avaient été pris dans Calcutta.

Le colonel Clive confirma le prince dans cette idée, en lui écrivant ces propres mots, si nous en croyoos les mémoires du temps et les papiers publics : « Un amiral anglais, qui commande une flotte invincible , et un soldat dont le nom est assez connu de vous , sont venus vous punir de vos cruautés. Il vaut mieux pour vous nous faire satisfaction qucd'aUcndre notre vengeance. ■ Il pouvait hasarder ce style audacieux et oriental : le Soudan savait bien que son compétiteur, dont nous avons parlé, raïa très-puissant dans son année, et qu'il n'osait faire arrêter, négociait secrètement avec les Anglais. Il ne répondit à cette lettre qu'en livrant une bataille ; elle fut indécise entre une armée d'environ ouatre-vingt mille cornbattans et une d environ quatre mille, moitié Anglais , moitié cipayes. Alors on négocia, et ce fut à qut serait le plus adroit. Le souba rendit Calcutta et les prisonniers ; mais il traitait sous main avec M. de Bussy; et le colonel, ou plutôt le général Clive , traitait sourdement de son côté avec le rival du souba. Ce rival s'appelait Japper ; il voulait perdre Je souba son parent , et le détrôner. Le souba voulait perdre les Anglais par les Français ses nouveaux amis,

Çour exterminer ensuite ses amis mêmes, oici les articles du traité singulier que leprinccmogol Jaffer signa dans sa tente : « En présence de Dieu et de son prophète, je jure d'observer cette convention tant que je vivrai , moi, Jaffer, etc.

« Les ennemis des Anglais seront les miens, etc.

« Pour les indemniser de la perte que Levia-Oda (1) leur a fait souffrir, je donnerai cent Iaks (cent vingt-quatre millions de nos livres. )

« Pour les simples habitans, cinquante autres laks (douze millions.)

m Pour les Maures et les Gentous au service des Anglais, vingt laks (quatre millions huit cent mille livres. )

* C'o»t le nom du général qui prit Calcutta.

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• Pour les Arménien* qui trafiquent à Calcutta, sept laks (seize cent quatrevingt mille ; le tout lésant environ quarante-deux millions quatre cent quatrevingt mille livre*.)

• Je paierai comptant sans délai toutes ces sommes dès qu'on m'aura fait souba de ces provinces.

« L'amiral , le colonel et quatre autres officier» (qu'il nomme ) pourront disposer de cet argent çomme il leur plaira.»

Cet article était stipulé pour les mettre à couvert de tout reproche.

Outre ces présens, le souba, désigné par le colonel Clive, étendait prodigieusement les terres de la compagnie. M. Du-

J>leix n'avait pas , à beaucoup près , obtenu es mêmes avantages quand il créait des nababs.

On ne voit pas que les officiers anglais aient juré ce traité sur 1* Evangile , peutêtre ne s'en trouva-t-il point ; et d'ailleurs c'était plutôt un billet au porteur qu'un traité.

Le souba Suraïa-Doula , de son côté, envoyait des secours réels d'argent à MM. de Bussy et Lass, tandis que son rival ne donnait que des promesses. 11 voulut faire tuer Jafler, mais ce prince se fesait trop bien garder. L'un et 1 autre, dans l'excès de leurs haines et de leurs défiances, se iurèreut sur YAUoran une amitié inviolable.

Le souba, trompé et voulant tromper, mena J a lier contre la troupe anglaise, que nous n'osons appeler une armée.

Enfin, le 3o juin i;56, la bataille décisive se donna entre lui et le colonel Clive. Le souba la perdit ; on lui prit son canon , ses éléphans% son bagage , son artillerie. Jaffer était à la lé te d un camp séparé. Il ne combattit point; c'est la prudence des perfides. Si le Souba était vainqueur, il s'unissait a lui; si.les Anglais l'emportaient, il marchait avec eux. Les vainqueurs poursuivirent le souba; ils entrèrent après lui dans Maxadabad, sa capitale. Le souba s'enfuit, et fut errant misérablement pendant quelques jours.

Le colonel Clive salua J aller souba des trois provinces, Bengale, Golconde et Orixt , qui composaient un des plus beaux royaumes de la terre.

'Suraïa-Doula , ce prince détrôné , fuyait seul , sans secours , sans espérance. 11 apprit qu'il y avait une grotte où vivait un saint faqmr (ce sont des moines, des ermites mahomètans ) ; Doula se réfugia

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dans la grotte de ce saint. Sa surprise) fut extrême quand il reconnut dans le faquir un fripon auquel il avait fait autrefois couper le nez et les deux oreilles. Le prince et le saint se réconcilièrent au moyen de quelque argent; mais, pour en avoir davantage, le faquir dénonça le fugitif à son vainqueur. Doula fut pris et condamné à la mort par Jafler : ses prières et ses larmes ne le bauvèrent pas ; il fut exécuté impitoyablement après qu'on lui eut jeté de l'eau sur la tète, par une cérémonie bizarre établie de temps immémorial sur le bord du Gange , à l'eau duquel les peuples ont attribué de singulières propriétés. C'est une espèce de purification imitée depuis par les Egyptiens ; c'est l'origine de l'eau lustrale chez les Grecs et chez les Romains. On trouva dans les papiers de ce malheureux prince toute sa correspondance avec MM. de Bussy et Lass.

C'est pendant le cours de cette expédition, que le général Clive courut à la conquête de Chandernagor, le poste alors le plus important que les Fiançais eussent dans l'Inde, rempli d'une quantité prodigieuse de marchandises, et défendu par cent soixante pièces de canon, cinq cents soldats français et sept cents noirs.

Clive et Walson n'avaient que quatre cents hommes de plus : cependant au bout de cinq jours il fallut se rendre. La capitulation fut signée d'un côté par le général et l'amiral; et de l'autre par les préposés Fournier, ISicolas, Là Potière et Caillot, le a3 mars 1-57.. Ces commissaires demandèrent que le vainqueur laissât les jésuites dans la ville : Clive répondit : ■ Les jésuites peuvent aller partout où ils voudront, hors chez nous.»

Les marchandises qu'on trouva dans les magasins furent vendues cent vingtcinq mille livres sterling ( environ deux millions huit cent soixante mille francs ). Tous les succès des Anglais, dans cette partie de l'Inde, Rirent dus principalement aux soins de ce célèbre Clive. Son nom fut respecté à la cour du grand-mo-

§ol, qui lui envoya un éléphant chargé e présens maguifiques et une patente de raïa. Le roi d'Angleterre le créa pair en Irlande. C'est lui •qui, dans les derniers débats qui s'élevèrent au sujet de la compagnie «les Indes, répondit à ceux qui lui demandaient compte des millions qu'il a,vail ajoutés à sa gloire : «J'en ai donné un à mon secrétaire, deux à mes

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amis, et j'ai gardé le reste pour moi. • Dans une autre séance il dit : «Nul n'attaquera mon honneur impunément ; mes juges doivent songer à garder le leur. »

( H istoire générale. )

BENOIT, (saint) son afothéosb (ai mars 543.) — Si quelqu'un a mérité le titre d'abbé , c'est assurément saint Benoît, qui, Tan 539, fonda sur le mont Cassin dans le royaume de Naples, «sa règle si éinincntc en sagesse et en discrétion , et si grave , si claire , à l'égard du discours et du style. • Ce sont les propres termes du pape saint Grégoire, qui ne manque pas de faire mention du privilège singulier dont Dieu daigna gratifier ce saint fondateur, c'est que tous les bénédictins cru meurent au mont Gassin sqnt sauves. L'on ne doit doue pas être surpris que ces moines comptent seize mille saints canonisés de leur ordre. Les bénédictines prétendent même qu'elles sont averties de l'approcbe de leur mort par quelque bruit nocturne qu'elles appellent Us coups de saint Benott.

On peut bien croire que ce saint abbé ne s'était pas oublié lui-même en demandant à Dieu le salut de ses disciples. En conséquence, le ai mars 543, veille du dimanche de la passiyn , qui fut le jour de sa mort, deux moines, dont l'un était dans le monastère, l'autre en était éloigné , eurent la même vision. Ils virent uu chemin couvert de tapis, et «éclairé d'une infinité de flambeaux, qui s'étendait vers l'orient , depuis le monastère jusqu'au ciel. Un personnage vénérable y paraissait, qui leur demanda pour qui était ce chemin? Ils dirent qu'ils n'en savaient rien. «C'est, ajouta-t-ii, par où Benoit, le bien -aimé de Dieu, est monté au ciel. »

( Dictionnaire Philosophique. )

BERNINI , célèbre architecte italien. VOYAGK Q0'lL PAIT A PABIS POOa

l'aCHBVEMBNT DO LOUVRE , BN l6G£. —

Lochs xiv avait du goût pour l'architecture , pour les jardins , pour la sculpture; et ce goût était en tout dans le grand et dans le noble. Dès que le contrôleur général Colbert eut, en 1664, la direction des bâtimens , qui est proprement le ministère des arts, il s'appliqua à seconder les projets de son maître. Il fallut d'abord travailler à achever le Louvre. François Mansard, l'un des plus grands architectes qu'ait eus la France, fut choisi pour cons-

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truire les vastes édifices qu'on projetait. Il ne voulut pas s'en charger sans avoir la liberté de refaire ce qui paraîtrait défectueux. Cette défiance de lui-même, qui eût entraîné trop de dépenses, le fit exclure. On appela de Rome le cavalier Bernini, dont le nom était célèbre par la colonnade qui entoure le parvis de Saint- Pierre , par la statue équestre de Constantin, et par la fontaine Navonne.

Des équipages lui furent fournis pour son voyage. 11 fut conduit à Paris en homme qui venait honorer la France. Il reçut, outre cinq louis par jour pendant huit mois qu'il y resta , un présent de cinquante mille écus, avec une pension de deux mille, et une de cinq cents pour son fils. Cette générosité de Louis xiv envers le Bernin, fut encore plus grande que la magnificence de François i'r pour Ra-

Ehaël. Le Bernin, par reconnaissance, t depuis à Rome la statué* du roi qu'on voit à Versailles. Mais, quand il arriva à Paris avec tant d'appareil , comme le seul homme digne de travailler pour Louis xiv, il fut bien surpris de voir le dessein de la façade du Louvre du coté de-Saint-Germain-1'A.uxerrois, qui devint bientôt après dans l'exécution un des plus augustes mo numens d'architecture qu'il y ait au monde. Claude Perrault avait donné ce dessin exécuté par Louis de Vau et Dorbay. 11 inventa les machines avec lesquelles on transporta des pierres de cinquante-deux pieds de long, qui forment le fronton de ce majestueux édifice. On va chercher quelquefois bien loin ce qu'on a chez soi. Aucun palais de Rome p'd une entrée comparable à celle du Louvre, dont on est redevable à ce Perrault, que Boileau osa vouloir rendre ridicule. Ces Vignes si renommées sont , de l'aveu des voyageurs, très inférieures au seul châ teau de Maisons, qu'avait bâti François Mansard à si peu de frais. Bernini fut magnifiquement récompensé , et ne mérita passes récompenses. II donna seulement des dessius qui ne furent pas exécutés. ( ( Siècle de Louis xiv)

BLÉNATJ, village de France. — bataille importante qui s'y donne (^vril i65a.) — Tonte l'espérance de la eour était dans le maréchal de Turcnoc. L'armée royale se trouvait auprès de Gien sur la Loire. Celle du prince dcCondé était à quelques lieues, sous les ordres du duc de Nemours et du duc de Bcaufort. Les divisions de ces deux généraux allaient être

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funestes au parti du prince. Le duc de Beaufort était incapable du moindre commandement. Le duc de Nemours passait

Eonr être plua brave et plus aimable qu'haile. Tous les deux ensemble ruinaient leur armée. Les soldats savaient nue le grand Condé était à cent lieues de là , et se croyaient perdus , lorsqu'au milieu de la nuit un courrier se présenta dans la forât d'Orléans devant les grandes gardes. Les sentinelles reconnurent dans ce courrier le prince de Condé lui-même, qui venait d'Agen à travers mille aventures, et toujours déguisé , se mettre à la tête de son armée.

Sa présence fesait beaucoup , et cette arrivée imprévue encore davantage. Il savait que tout ce qui est soudain et inespéré transporte les hommes. 11 profita à l'instant de la conGance et de l'audace qu'ii.venait d'inspirer. Le grand talent de ce prince dans la guerre était de prendre en un instant les résolutions les plus hardies, et de les exécuter avec non moins de conduite que de promptitude.

[ y avil it>5a] L'armée royale était séparée en deox corps. Condé fondit sur •celui qui était à Blénau, commandé par le maréchal d'Hocquincourt ; et ce corps fut dissipé en même temps qu'attaqué.

Turenne n'en put être averti. Le cardinal Mazarin effrayé, courut à Gicn , au milieu de la nuit , réveiller le roi qui dormait, pour lui apprendre celte nouvelle. Sa petite cour lut consternée; on proposa de sauver le roi par la fuite, et de le conduire secrètement à Bourges. Le prince de Condé victorieux approchait de Gien; la désolation et la crainte augmentaient. Turenne par sa fermeté rassura les esprits, et sauva la cour par son habileté: il fit, avec le peu qu'il lui restait de troupes, des mouvemens si heureux, profita si bien du terrain et du temps, qu'il empêcha Condé de poursuivre son avantage. Il fut difficile alors de décider lequel avait acquis le plus d'honneur, ou de Condé victorieux, ou de Turenne qui lui avait arraché le fruit de sa victoire. Il est vrai que,4ans ce combat de Blénau , si longtemps célèbre en France , il n'y avait pas eu quatre cents hommes tués; mais le prince de Condé n'en fut pas moins sur le point de se rendre maître de toute la famille royale, et d'avoir entre ses mains son ennemi le cardinal Mazarin. On ne pouvait guère voir un plus petit combat,

de plus grands intérêts et un danger plus pressant. ( Siêelo de Louis XIV.) BOUILLON (le duc de), — s* coits-

FIUATION CONTRE LOUIS XIII, EH l64*.

Le duc de Bouillon , reçu en grâce à la cour , jura d'être fidèle , et , dans le même temps il tramait une nouvelle conspiration. Comme tout ce qui approchait du roi haïssait le miuistre, et qu'il fallait toujours au roi un favori, Richelieu lui avait donné lui-même le jeune d'Éfiat Cinq-Mars , afin d'avoir sa propre créature auprès du monarque. Ce jeune homme, devenu bientôt grand écuyer, prétendit entrer dans le conseil ; et le cardinal, qui ne le voulut pas souffrir, eut aussitôt, eu lui un ennemi irréconciliable.

Ce qui enhardit le plus Cinq-Mars à conspirer , ce fut le roi lui-même. Souvent mécontent de son ministre, offensé de son faste, de sa hauteur , de son mérite même, il conGait ses chagrins à son favori, qu'il appelait cher ami, et parlait de Richelieu avec tant d'aigreur, qu'il enhardit Cinq-Mars à lui proposer plut:

d'une fois de l'assassiner; et c'est ce qui est prouve par une lettre de Louis xm luimême au chancelier Séguier. Mais ce même roi fut ensuite si mécontent de son favori , qu'il le bannit souvent de sa présence ; de sorte que bientôt Cinq -Mars haït également Louis xm et Richelieu. Il avait eu déjà des intelligences avec le coLatc de Soissons, il les continuait avec le duc de Bouillon ; et enfin Monsieur, qui, après ses entreprises malheureuses , se tenait tranquille dans son apanage de Blois, ennuyé de cette oisiveté, et pressé par ses confidens, entra dans le complot. Il ne s'en fesait point qui n'eût pour base la mort du cardinal ; et ce projet, tant de fois tenté , ne fut exécuté jamais.

Louis xm et Richelieu, tous deux attaqués déjà d'une maladie plus dangereuse que les conspirations, et qui les conduisit bientôt au tombeau , marchaient en Roussillon pour achever d'ôter cette province à la maison d'Autriche. Le duc de • Bouillon, à qui l'on n'aurait pas dû donner une armée à commander, lorsqu'il sortait d'une bataille contre les troupes du roi, en commandait pourtant uue en Piémont contre les Espagnols; et c'est dans ce temps là même qu'il conspirait avec Monsieur et avec Cinq-Mars. Les conjurés fesaient un traité avec le comteduc Olivarès, pour introduire une armée espagnole en France, et pour y mettre

tout en confusion dans une régence qu'on croyait prochaine, et dont chacun espérait profiter. Cinq-Mars alors, ayant suivi Je roi à Narbonne, était mieux que jamais dan» ses bonnes grâces ; et Richelieu, malade à Tarascon, avait perdu toute sa faveur , et ne conservait que l'avantage d'être nécessaire.

Leljonheur du cardinal voulut encore que le complot fut découvert , et qu'une copie du traité lui tombât entre les mains [i64a ]. Il en coûta la vie à Cinq-Mars. C'était une anecdote transmise par les courtisans de ce temps là, que le roi, qui avait si souvent appelé le grand écuyer cher ami , tira sa montre de sa poche à l'heure destinée pour l'exécution , et dit: ■ Je crois que cher ami fait à présent une vilaine mine. » Le duc de Bouillon lut arrêté au milieu de son armée, à Casai. II sauva sa vie, parce qu'on avait plus besoin de sa principauté de Sedan que de son sang. Celui qui avait deux fois trahi l'état, conserva sa dignité de prince, et eut en échange de Sédan, des terres d'un plus grand revenu. De Thou, à qui on ne reprochait que d'avoir su la conspiration, et qui l'avait désapprouvée, fut condamné à mort pour ne l'avoir pas révélée. En vain il représenta qu'il n aurait pu prouver sa déposition, et que, s'il avait accusé le frère du roi d'un crime d'état dont il n'avait point de preuves , il aurait bien plus mérité la mort. Une justification si évidente ne fut point reçue du cardinal, son enn<>mi personnel.

Les juges le condamnèrent suivant une loi de Louis xi, dont le seul nom suffit pour faire voir que la lôi était cruelle. La reine elle-même était dans le secret de la conspiration, mais, n'étant point accusée, elle échappa aux mortifications qu'elle aurait essuyées. Pour Gaston , duc d'Orléans , il accusa ses complices, à son ordinaire, s'humilia, consentit à rester à Blois, sans gardes, sans honneurs; et sa destinée fut toujours de traîner ses amis à la prison ou à l'échafaud.

Le cardinal déploya dans sa vengeance, autorisée de la justice , toute sa rigueur hautaine. On le vit traîner le grand écuyer à sa suite , de Tarascon à Lyon , sur le Rhône, dans on bateau attaché au sien , frappé lui-même à mort , et triomphant de celui qui allait mourir par le dernier supplice. ( Histoire générale. )

BOUVINES, villaee de France. —

<St4H»B BATAILLE QUI S Y DONKB ( juillet

i a 1 5) . Quoique le système de la balance de l'Europe n'ait été développé que dans les derniers temps, cependant il parait qu'on s'est réuni, toujours autant qu'on a pu, contre les puissances prépondérantes.

L'Allemagne, l'Angleterre et les Pays- Bas armèrent contre Philippe-Auguste , ainsi 4^e nous les avons vus se réunir contre Louis xiv. Ferrandp comte de Flandre , se joignit à l'empereur Othon iv. Il était vassal de Philippe ; mais c'était par cette raison même qu'il se déclara contre lui, aussi bien que le comte de Boulogne. Ainsi Philippe, pour avoir voulu accepter le présent du pape, se mit au point d'être opprimé. Sa fortune et son courage le firent sortir de ce péril avec la plus grande gloire qu'ait jamais méritée un roi de France.

Entre Lille et Tournai est un petit village nommé Bouvines, près duquel Othon iv, à la tête d'une armée qu'on dit forte de plus de cent mille combattans, vint attaquer le roi qui n'en avait guère que la moitié, (i ai 5) On commençait alors à se servir d'arbalètes. Cette arme était en usage à la fin du douzième siècle. Mais ce qui décidait d'une journée, c'était cette pesante cavalerie toute couverte de fer. L'armure complète du chevalier était une prérogative d'honneur, à laquelle les écuyers ne pouvaient prétendre : il ne leur était pas permis d'être invulnérables. Tout ce qu'un chevalier avait è craindre, était d'être blessé au visage, quand il levait la visière de son casque ; ou dans le flanc, au défaut de sa cuirasse, quand il était abattu, et qu'on avait levé sa chemise de mailles; enfin sous les aisselles, quand il levait le bras.

Il y avait encore des troupes de cavalerie , tirées du corps des communes, moins bien armées que les chevaliers.

Pour l'infanterie, elle portait des armes défensives à son gré , et les* offensives étaient l'épée, la flèche, la massue, la fronde.

Ce fut un évêque qui rangea en bataille l'armée de Philippe- Auguste : il s'appelait Guérin , et venait d'être nommé à l'évêché de Senlis. Cet évêque de Bcauvais, si long-temps prisonnier du roiRichardd'Angleterre, se trouva aussi à cette bataille. 11 s'y servit toujours d'une massue, disant qu'il serait irrégulier s'il versait le sang humain. On ne sait point comment l'empereur et le roi disposèrent leurs troupes. Pbilppe, avant le combat, fit chanter lç>

psaume : Eamrgat Deus , et dittipentur inimicieju* , comme si Othon avait combattu. coQtre Dieu. Auparavant, les Français chantaient des vers en l'honneur de Charlemagne et de Roland. L'étendard impérial d'Othon était sur quatre roues. C'était une longue perche qui portait un dragon de bois peint, et sur le^ragon s'élevait une aigfe de bois doré. L'étendard royal cfe France était un bâton doré avec un drapeau de soie blanche, semé de fleurs de lis : ce qui n'avait été long-temps qu'une imagination de peintre commençait à servir d'armoiries aux rois de France. D'anciennes couronnes des rois lombards, dont on. voit des estampes fidèles dans Muratori , sont surmontées de cet ornement, qui n'est autre chose que le fer d'une lance Lié avec deux autres fers recourbés , une vraie hallebarde.

Outre l'étendard royal, Philippe-Auguste fît porter l'oriflamme de Saint-Denis. Lorsque le roi était en danger, on haussait ou baissait l'un ou l'autre de ces étendards. Chaque chevalier avait aussi le sien, et les grands chevaliers fêtaient porter un autre drapeau , qu'on nommait bannière. Ce terme de bannière , si honorable , était pourtant commun aux drapeaux de l'infanterie , presque toute corn-

Çosée de serfs. Le cri de guerre des 'rançais était montioie saint Denis. Le cri des Allemands était Kyrie eleison.

Une preuve que les chevaliers bien armés ne couraient guère d'autre risque que d'être démontés, et n'étaient blesséa que par un très grand hasard, c'est que le roi Philippe- Auguste, renversé de son cheval» fut long-temps entouré d'ennemis , et reçut des coups de toute espèce d'armes , sans verser une goutte de sang.

On raconte même qu'étant couché par terre , un soldat allemand voulut lui enfoncer dans la gorge un javelot à double crochet, et n'en put jamais venir à bout. Aucun chevalier ne périt dans la bataille, sinon Guillaume de Longchamp, qui malheureusement mourut d'un coup daus l'œil , adressé par la visière de son casq le.

On compte, du côté des Allemands, vingt-cinq chevalier* bannerets, et sept comtes de l'Empire prisonniers, mais aucun de blessé.

. L'empereur Othon perdit la bataille.

On tua , dit-on» trente mille Allemands , nombre probablement --étagère. On ne voit pas que le roi de France fit aucune conquête du côté de l'Allemagne, après

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