‹ Dictionnaire historique des événemens remarquablesChapitre 166 sur 183 · URB · texte numérisé non relu

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nant général de l'artillerie, son fils te jetant en larmes auprès de lui : « Ce n'est pas mo^ lui dit Saint-Hilaire , c'est ce grand homme qu'il faut pleurer :» paroles comparables à tout ce que l'histoire a consacré de plus héroïque , et le plus digne éloge de Turenne. Il est très rare que, sous un gouvernement monarchique, où les hommes ne sont occupés que de leur intérêt particulier, ceux qui ont servi la patrie meurent regrettés du public. Cependant Turenne fut pleuré des soldats et des peuples. Louvois fut le seul qui ne le regretta pas : la voix publique l'accusa même lui et son frère , l'archevêque de Reims, de s'être réjouis indécemment de la perte de ce grand homme.

On sait les honneurs que le roi fit rendre à sa mémoire , et qu'il fut enterré à Saint-Denis comme le connétable du Guesclin, au-dessus duquel l'opinion générale l'élève autant que le siècle de Turenne est supérieur au siècle du connétable.

Turenne n'avait pas eu toujours des succès heureux à la guerre ; il avait été battu à Mariendal , à Rétbel, à Cambrai; aussi disait-U qu'il avait fait des fautes,

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et il était asses grand pour l'avouer. Il ne fit jamais de conquêtes éclatantes, et ne donna point de ces grandes batailles rangées dont la décision rend quelquefois une nation maîtresse de l'autre; mais, ayant toujours réparé ses défaites , et fait beaucoup avec peu, il passa pour le plus habile capitaine de l'Europe dans un temps où l'art de la guerre était plus approfondi que jamais. De même, quoiqu'on lui eût reproché sa défection dans les guerres de la fronde; quoiqu'a l'âge de près de soixante ans l'amour lni eût fait révéler le secret de l'état; quoiqu'il eût exercé dans le Palatinat des cruautés qui ne semblaient pas nécessaires , il conserva la réputation d'un homme de bien , sage et modéré , parce que ses vertus et ses grands talcns , qui n'étaient qu'à lui , devaient faire oublier des faiblesses et des- fautes qui lui étaient communes avec tant d'autres hommes. Si on pouvait le comparer à quelqu'un, on oserait dire que de tous les généraux des siècles passés, Gonsal ve de Cordoue , surnommé le grand capitaine, est celui auquel il ressemblait davantage.

{Siècle de Louis XIV).

URBAIN, pape.— oit applique, pab

SOU OBDBE, SES CABDIlfAOX A LA TORTOHF,

■if i38o. — La plupart des cardinaux , les Italiens même, choqués de l'humeur féroce d'un homme si peu fait pour gouverner, se retirèrent dans le royaume de IVapIes. Là ils déclarent que l'élection du pape, faite avec violence, est nulle de plein droit. Ils procèdent unanimement à l'élection d'un nouveau pontife.

Les cardinaux français eurent alors la satisfaction assez rare de tromper les cardinaux italiens. On promit la tiare à chaque Italien en particulier, et ensuite on élut Robert, fils d'Amédée , comte de Genève , qui prit le nom de Clément vu. Alors l'Europe se partagea. L'empereur Charles rv, l'Angleterre, la Flandre et la Hongrie reconnurent Urbain , à qui Rome et l'Italie obéissaient. La France , l'Ecosse, la Savoie, la Lorraine furent pour Clément. Tous les ordres religieux se divisèrent, tous les docteurs écrivi-

rent, toutes les universités donnèrent des décrets. Les deux papes se traitaient mutuellement d'usurpateurs et d'antechrists; ils s'excommunièrent réciproquement. Mais ce qui devint réellement funeste, on se battit avec la double fureur d'une guerre ervile et d'une guerre de religion. [1^79] Des troupes gasconnes et bretonnes , levées par le neveu de Clément , marchent en Italie , surprennent Rome; ils y tuent, dans leur première furie, tout ce qu'ils rencontrent : mais bientôt le peuple romain, se ralliant contre eux , les extermine dans ses murs, et on y égorge tout ce qu'on trouve de prêtres français. Peu de temps après , une armée du pape Clé- * ment , levée dans le royaume de Naples , se présente à quelques lieues de Rome devant les troupes d'Urbain.

Chacune des armées portait les clefs de saint Pierre sur ses drapeaux. Les Clémentins furent vaincus. 11 ne s'agis-

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sait pas seulement ' de l'intérêt de ces deux pontifes. Urbain, vainqueur, qui destinait une partie du royaume de Wàples à son neveu, en déposséda la reine Jeanne, protectrice de Clément, laquelle régnait depuis lone;- temps dans IVaples avec des succès divers, et une gloire souillée.

Nous avons vu celle, reine assassinée par son cousin Charles dè Durazxo, avec

3ui Urbain! voulait partager le royaume e Haplea. Cet usurpateur, devenu possesseur tranquille, n'eut garde de tenuce qu'il avait promis à un pape qui n'était pas assez puissant pour Vf contraindre.

Urbain , plus ardent que politique , eut l'imprudence d'aller trouver son vassal sans, être le plus fort. L'ancien cérémonial obligeait le roi de bsisér les pieds du pape t et de tenir la bride de son cheval; Durazzo ne fit qu'une de ces deux fonctions; il prit la bride, mais ce fut pour conduise lui-même le pape en prison. Urbain fut gardé quelque temps prisonnier à Naples, négociant conti* nuellement avec son vassal , et traité tantôt avec respect, tantôt avec mépris. Le pape s'enfuit de sa prison , et se retira dam la petite ville de Nocera. Là il assembla bientôt les débris de sa cour. Ses cardinaux et quelques évôques, lassés de son humeur farouche , et plus encore de ses infortunes, prirent dans Nocera des mesures pour le quitter, et pour élire à Rome un pape plus digne de l'être. Urbain, informé de leur dessein, les fit tous appliquer, en sa présence, à la torture. Bientôt obligé de s'enfuir de Naples, et de se retirer dans la ville de Gènes, qui lni envoya quelques galères, il traîua à sa suite ces cardinaux et ces évêques estropiés et enchaînés. Un des évôques , demi-mort de la question qu'il avait soufferte, ne pouvant gagner le rivage assez tôt au gré du pape , il le fit égorger sur le chemin. Arrivé a Gênes, il se délivra par divers supplices de cinq de ces cardinaux prisonniers. Les Caligula et les Néron avaient fait des actions à peu près semblables; mais ils furent punis , et Urbain mourut paisiblement à Rome. Sa créature et son persécuteur».

Charles de Durazzo , fut plus malheureux; car, étant allé en Hongrie pour envahit la couronne qui ne lui appartenait point) il y Dut assassiné [1389].

( Estai sur (es mœurs.)

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USAGES v mcéttrs , rites religieux , etc.

— CSVX OU TXM>S DS CHAKLIMAOrK» 1 — Je

m'arrête à cette céJèbre époque pour considérer les usage*, les lois, In religion, les moeurs qui régnaient alors. Les Francs avaient toujours été des barbares, et le furent encore après Charlemagnc. Remarquons attentivement que Charlemagne paraissait nene point regarder comme un Franc. La. race de Clovis et de ses compagnons francs fut toujours distincte des Gaulois. L'allemand Pc pin et Karl son fils furent distincts des Francs. Vous en trouverez la preuve dans le cspitnlsire de Karl ou Charlemagne , concernant ses métairies, art. 4 : Si les Francs commettent quelque délit dans nos fossestions , qu'ils soient jugés suivant leur loi, 11 semble par cet ordre que les Francs alors n'étaient pas regardés comme la nation de Charlemagne. A Rome , la race carlovingienne passa toujours pour allemande. Le pape Adrien IV, dans sa lettre aux archevêques de Mayence, de Cologne et de Trêves , s'exprime en ces termes nemarquables. Utmpire fui transféré des Grecs aux Allemands ; /car roi ne fut empereur qu'après avoir été ronronné par ie pape tout ce que l'empereur possède , il le tient de nous. Et comme Zacharie donna l'empire grec aux Allemands, nous pouvons donner celui des Allemands aux Grecs,

Cependant en France le nom de/Van* prévalut toujours. La race de Charlemagne fut souvent appelée Franca dans Rome même, et à Constantinoplc. La cour grecque désignait, même du lemp* des Othons, les empereurs d'Occident parle nom d'urur pâleurs francs, oaréores francs ; elle affectait pour ces Francs un mépris qu'elle n'avait pas.

Le règne seul dè Charlemagne eut use lueur de politesse qui fut probablement le fruit du voyage de Rome , ou plutôt de son génie.

BaHarie de ces siècles. — Ses prédécesseurs ne furent illustres que par de» déprédations. Ils détruisirent des villes, et n'en fondèrent aucune. Les Gaulois avaient été heureux d'être vaincus par les Romains. Marseille, Arles, Au tua, Lyon, Trêves, étaient des villes florissantes , qui jouissaient paisiblement de leurs lois municipales , subordonnées aux sages lois romaines : un grand commerce les animait. On voit, par une lettre d'un proconsul a Theodose, qull y avait dans

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Autun et dans sa banlieue vingt -cinq mille chefs de famille. Mais dès que les Bourguignons , les Goths , les Francs , arrivent dans la Gaule, un ne voit plus dë grandes villes peuplée*. Les cirques, les amphithéâtres construits par les Romains jusqu'au bord du Rhin , sont démolis ou négligés. Si la criminelle et malheureuse reine Brunehaut conserve quelques lieues de ces grands chemins qu'on n'imita jamais , on en est encore étonné.

Qui empêchait ces nouveaux venus de bâtir des édifices réguliers sur des modèles romains? Ils avaient la pierre, le marbre , et de plus beaux bois que nous. Les laines G nés couvraient les troupeaux anglais et espagnols , comme aujourd'hui. Cependant les beaux draps ne se fabriquaient qu'en Italie. Pourquoi le reste de l'Europe ne fesait-il venir aucune des denrées de l'Asie? Pourquoi toutes les commodités qui adoucissent l'amertume de la vie étaient « elles inconnues, sinon parce que les sauvages qui passèrent le Rhin rendirent les autres peuples sauvages ? Qu'on en juge par ces lois salique , ripuaire, bourguignonnes, que Charlemagne lui-même confirma , ne pouvant les abroger. La pauvreté et la rapacité avaient évalué à prix d'argent la vie des hommes , la mutilation des me m* bres, le viol, l'inceste, l'empoisonnement. Quiconque avait quatre cents sous, c'est-à-dire quatre cents écus du temps, . à donner, pouvait tuer impunément un évêque : il en coûtait deux cents sous pour la vie d'un prêtre, autant pour le viol, autant pour avoir empoisonné avec des herbes. Une sorcière qui avait mangé de la chair humaine en était quitte pour deux cents sous ; et cela prouve qu'alors les sorcières ne se trouvaient pas seulement dans la lie du peuple , comme dans nos derniers siècles, mais que ces horreurs extravagantes étaient pratiquées chez les riches. Les combats et les épreuves décidaient, comme nous le verrons, de la possession d'un héritage , de la validité d'un testament. La jurisprudence était celle de la férocité et de la superstition.

Mœurs atroce*. — Qu'on juge des mœurs des peuples par celles des princes. Nous ne voyons aucune action magnanime. La religion chrétienne, qui devait humaniser les hommes, n'empêche point le roi Clovis de faire assassiner les petite régas , ses voisins et ses parons* Les deux en tans de Clodomir sont massacrés dans

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Paris, en 555, par un Childcbert ut un C Iota ire , ses oncles , qu'on appelle rois de France ; et Clodoald , le frère de ces innocens égorgés, est invoqué sous le nom de saint Cloud, parce qu'on l'a fait moine. Un jeune barbare, nommé C-hram, fait la guerre à Clotairé, son père, réga d'une partie de la Gaule. Le père fait brûler son fils avec tous ses amis prisonniers , en 55q.

Sous un Chilpéric , roi de Soissons , en 56a , les sujets esclaves désertent ce prétendu royaume , lassés de la tyrannie de leur maître , qui prenait leur pain et leur vin , ne pouvant prendre l'argent qu'ils n'avaient pas. Un Sigcbcrt, un autre Chiipéric sont assassinés. Brunehaut , d'arienne devenue catholique , eat accusée de mille meurtres ; et un Giotaire II, non moins barbare qu'elle, la fait traîner, dit-on, à la queue d'un cheval dans son camp, et la fait mourir par ce nouveau, genre de supplice , en 616. Si cette aventurc n'est pas vraie, il est du moins prouvé u'elle a été crue comme une chose orinaire, et cette opinion môme atteste la barbarie du temps. Il ne reste de monumens de ces âges affreux que des fondations de monastères , et un confus souvenir de misère et de brigandages. Figurez-vous des déserts où les loups , les tigres et les renards égorgent un bétail épars et timide ; c'est le portrait de l'Europe pendant tant de siècles.

Premiers rois francs } ne sont pas reconnus rois par les empereurs. — Il ne faut pas croire que les empereurs reconnussent pour rois ces chefs sauvages qui dominaient en Bourgogne , à Soissons , à Paris, à Metz, à Orléans; jamais ils ne leur donnèrent le titre de hasUeus. Ils ne le donnèrent pas même à Dagobert 11, qui réunissait sous son pouvoir toute la France occidentale jusque auprès du Wéser. Les historiens parlent beaucoup de la magnificence de ce Dagobert , et ils citent en preuve l'orfèvre saint Eloi , qui arriva, dit-on, à la cour avec une ceinture garnie de pierreries, c'est-àdire qu'il vendait des pierreries , et

Ju'il les portait à sa ceinture. On parle es édifices magnifiques qu'il fit construire. Où sont-ils? La vieille église de Saint-Paul n'est qu'un petit monument gothique. Ce qu'on connaît de Dagobert , c'est qu'il avait a la fois trois épouses , qu'il assemblait des conciles, et qu'il tyrannisait son pays.

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Sous lui , on .marchand de Sens , Dominé Samon, va trafiquer en Germa* nie. Il passe jusque chez les Slaves, barbares qui dominaient vers la Pologne et la Bohême. Ces autres sauvages »ont si étonnés de voir un homtue qui a fait tant de chemin pour leur apporter des choses dont ils manquent , qu'ils le font roi. Ce Samon fit , dit-on , h guerre à Dàgobert; et si le roi des Francs eut trois femmes , le nouveau roi s la y ou en eut quinte.

Maires du fatals. — C'est sous ce Dagobert, que commence l'autorité des maires du palais. Après lui vienoent les rois fainéans , la confusiou , le despotisme de ces maires. C'est du temps de ces maires , au commencement du huitième siècle , que les Arabes , vainqueurs de l'Espagne, pénètrent jusqu'à Toulouse, prennent la Guicnne, ravagent tout jusqu'à la Loire, et sont près d'enlever les Gaules entières aux Francs , qui les avaient enlevées aux Romains. Jugez en quel état devaient être alors les peuples , l'Eglise et les lois.

Le clergé no fait un ordre dans l'état que sous Pépin. — Les évèques n'eurent aucune part au gouvernement jusqu'à Pépin ou Pipin, père de Charles Martel, • et grand-père de l'autre Pépin qui se Ct roi. Les évêques n'assistaient point aux assemblées de la nation franque. Ils étaient tous ou Gaulois ou Italiens, peuples regardés comme serfs.

Lettre remarquable. — En vain l'évêque Bemi, qui baptisa Clovis, avait écrit à ce roi si cambre cette fameuse lettre où l'on trouve ces mots : Gardezvous Irien surtout de prendre la préséance sur les évêques ; prenez leurs conseils : tant que vous serez en intelligence avec eux , votre administration sera facile.

Ni Clovis , ni ses successeurs, ne firent du clergé un ordre dje l'état. Le gouvernement ne fut que militaire. On ne peut mieux le comparer qu'à ceux d'Alger et de Tunis, gouvernés par un chef et une milice. Seulement les rois consultaient quelquefois lés évèques, quand ils avaient besoin d'eux.

Mais quand les majordomes, ou maires de cette milice, usurpèrent insensible-.' ment le pouvoir, ils voulurent cimenter leur autorité par le crédit des prélats ct des abbés , en les appelant aux assemblées du champ de Mai. k

Ce fut, selon les annales de Metz,

en 693 , que le maire Pépin , premier da nom , procura cette prérogative au clergé ; époque bien négligée par la plupart des historiens , mais époque très-considérable , et premier fondement du pouvoir temporel des évêques et des abbés en France et en Allemagne.

Suite des usages du temps de Chartemagne et avant lui. S*il était despotique, et le royaume lUréditaire.

On demande si Charleraagne, ses prédécesseurs et ses successeurs étaient despotiques , et si leur royaume était héréditaire par les droits de ce temps-là ? Jl est certain que, parle fait, Charlcmagne était despotique, et que par conséquent son royaume fut héréditaire , puisqu'il déclare son iils empereur en plein par* lement. Le droit est un peu plus incertain que le fait ; voici sur quoi tous les droits étaient alors fondés.

Les habitans du Nord et de la Germanie étaient originairement des peuples chasseurs ; et les Gaulois , soumis par les Romains, étaient agriculteurs ou bourgeois. Des peuples chasseurs, toujours armés , doivent nécessairement subjuguer des laboureurs et des pasteurs , occupés toute l'année de leurs travaux continuels et pénibles, et encore plus aisément des bourgeois paisibles dans leurs foyers.

Ainsi les Ta rt ares ont asservi l'Asie; ainsi les Goths sont venus à Rome.

Toutes les hordes de Tartareset de Goths, de Huns, de Vandales et de Francs avaient des chefs. Ces chefs d'émigrans étaient élus à la pluralité des voix; et cela ne pouvait êt^e autrement : car, quel droit pourrait avoir un voleur de commander à ses camarades ? Un brigand habile et hardi , surtout heureux, dut à la longue acquérir beaucoup d'empire sur des brigands subordonnés, moins habiles , moins hardis et moins heureux que lui. Ils avaient tous également part au butin ; et c'est la loi la plus inviolable de tous les premiers peuples conquérans. Si on avait besoin de preuves pour faire connaître cet te première loi des barbares, on la trouverait aisément dans l'exemple de ce guerrier franc , qui ne voulut jamais permettre que Clovis ôtât du butin général un vase de l'église de Reims, et qui fendit le vase à coups de hache, sa&s que le chef osât l'en empêcher.

Clovis devint despotique & mesure qu'il devint puissant ; c'est la marche de

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la nature humaine. II en fut ainsi de Charlcniagne ; il était fils d'un usurpateur, Le JiU du roi légitime était rasé et pondamné à dire son bréviaire dans un couvent de iWiuandie. 11 était donc obligé à de très-grand* ménagemens devant une nation de guerriers assemblés en parlement. Noua vous avertissons , dit-il dans un de ses capitulaires , qu'en considération de notre humilité et de notre obéissance d vos conseils , que nous vous rendons par ta crainte de Dieu , vous nous conserviez V honneur que Dieu nous a accordé , comme vos aaveetres l'ont fait à f égard de nos ancêtres*

Ses ancêtres se réduisaient à son père, qui avait envahi le royaume; lui-même avait usurpé le partage de son frère , et avait dépouillé ses neveux. 11 flattait les seigneurs en parlement ; mais, le parlement dissous, malheur à quiconque eut bravé ses volontés.

Quant à la succession, il est naturel qu'un chef de conquérans les ait engagés à élire son fils pour son successeur. Cette coutume d'éjire, devenue avec le temps plus, légale et plus consacrée , se maintient encore de nos jours dans l'empire d'Allemagne, L'élection était si bien regardée comme un droit du peuple conquérant, que lorsque Penin usurpa le royaume oes Francs sur le roi dont il était le domestique , ie pape Etienne , avec lequel cet usurpateur était d'accord, prononça une excommunication contre ceux qui éliraient pour roi un autre qu'un descendant de la race de Pépin : cette excommunication était, à la vérité, un grand exemple de superstition, comme l'entreprise de Pépin était un exemple d'audace. Mais cette superstition même est une preuve du droit d'élire; elle fait voir encore que la nation conquérante élisait , parmi les descendans d'un chef , celui qui lui plaisait davantage. Le pape ne dit pas : Vous élirez les premiers-nés de la maison Pépin ; mais , vous ne c4*oisirez point ailleurs que dans sa maison.

Code diplomatique , page 4* —* Charlemagne dit dans .un capitulaire : Si, de l'un des trois vrincesy mes enfans , il nait un fils, tel que la- nation le veuille pour succéder d son père , nous voulons que ses oncles y ^consentent, 11 est évident, par ce titre et par plusieurs autres, que la nation des Francs eut, du moins en apparence, le, droit d'élection. Cet usage a été d'abord celui de tout les

peuples , dans toutes les retirions et dans tous les pays. On le voit a établir chez les Juifs , chez, les autres Asiatiques % ches les Romains. Les premiers successeurs de Mahomet sont élus ; les soudans d'Egypte, les premiers miramolins ne régnent que par ce droit ; et ce n'est qu'avec le temps qu'un état devient purement héréditaire. Le courage , l'habileté et le besoin font toutes les lois.

Suite des usages du temps de Charlemagne. Commerce , finances , sciences.

Charles .Martel, usurpateur et soutien du pouvoir suprême dans une grande monarchie , vainqueur des conquérans arabes, qu'il repoussa jusqu'en Gascogne, n'est cependant appelé que sous-roitelet y subrcflulus, par le pape Grégoire n, qui implore sa protection contre les rois lombards. Il se dispose à aller secourir l'église romaine ; mais il pille, en attendant, l'église des Francs, il donne les biens dos couvens à ses capitaines, il .tient «on roi, Thkrri,: en captivité. Pépin , âls de Charles Martel, lassé- d'être subregulus , se lait roi , set reprend l'usage »des parlemcns Francs. 11 a toujours des troupes aguerries tous le drapeau ; et c'estàcetétablisscmenfcqne Charlemagne • doit toutes ses conquêtes.

Milices. — Ces troupes se levaient par des ducs, gouverneurs des provinces, •comme elles se lèventwujoord'hui chez les Turcs par les béglierbcys. Ces ducs .avaient été institués en Italie par Dioclé- .tien. Les comtes , dont l'origine me parait •du temps de Théodose, commandaient 1sous les ducs , et assemblaient les troupes , chacun dans son canton. Les métairies, les bourgs, les villages fournissaient un •nombre de soldats proportionné à leurs forces. Douze métairies donnaient un cavalier armé d'un casqte et d'une cuirasse ; les autres soldats n'en portaient . •point; mais tous avaient le bouclier carré •long, la hache d'armes, le javelot et .l'épée. Ceux qui se servaient de flèches -étaient obligés d'en avoir au moins douze - dans leur carquois. La province qui fournissait la milice lui distribuait du blé et les provisions nécessaires peur six mois : île roi en fournissait pour le reste de la .campagne. On fesait la revue au i*r do mars ou au i** de mai. C'est d'ordinaire dans ces temps qn'on tenait les parlemcns. «

Armes. •— Dans les sièges, on employait

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le béSer, la haliftte , la tortue, et la plupart des machines des Romains. Les seigneurs nommés barons , ieutUs, richcotnes% composaient , avec leurs snivans, le peu de cavalerie qu'on voyait alors dan» les armées. Les musulmans d'Afrique et d'Espagne avaient plus de cavaliers.

Forocs navales. — Charles avait des forces navales, c'est-è-dirc, de grands bateaux aux embouchures de toutes les grandes rivières de son empire. Avant lui on ne les connaissait pas chcalcs barbares; après lui on le» ignora long-temps. Par ce moyen, et par sa police guerrière , il arrêta les inondations des peuples du Nord : il les contint dans, leurs climats placés; mai» sous ses faibles descendans ils se répandirent dans l'Europe.

Les affaires générales se réglaient dans des assemblées qui représentaient la nation. Sous lui, les parlemens n'avaient d'autre volonté que celle d'un maître qui savait commander et persuader.

Commerce.— Il fit fleurir le commerce, parc* qu'il était le maître des mers ; ainsi les marchands des eûtes de Toscane et ceux de Marseille allaient trafiquer à Gonstantinople chez les chrétiens, et au port d'Alexandrie chez les musulmans, qui les recevaient, et -dont ils tiraient les richesses de l'Asie.

Venise et Gênes, si puissantes depuis par le négoce, n'attiraient pas encore à elles les richesses des nations ; mais Venise commençait à s'enrichir et a s'agrandir. P. orne, Ravennc, Milan, Lyon, Arles, Tours, avaient beaucoup de manufactures d'étoffes de laine. On damasquinait le fer , à l'exemple de l'Asie ; on fabriquait le verre; mais les étoffes de soie n'étaient t issues dans aucune ville de l'empire d'Occident.

Les Vénitiens commençaient à les tirer de Gonstantinople; mais ce ne fat que près de quatre cents ans après Charlemagne, que les princes normands établirent à Palerme une manufacture de soie.

Le linge était peu commun. Saint Boniface, dans une lettre à un évéque d'Allemagne, lui mande qu'il lui envoie du drap à longs poils pour se laver les pieds. Probablement ce manque de lioee était la cause de toutes ces maladies de la peau, connues sous le nom de lèpre, si générales alors : car les hôpitaux nommés léproseries étaient déjà très nombreux.

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près la même valeur qne celle de l'empire romain depuis Constantin. Le son d'or était le soiidum romain. Ce sou d'or équivalait à quarante deniers d'argent fin. Ces deniers, tantôt plus forts , tantôt plus faibles , pesaient, l'un portant l'autre, trente grains.

Le sou d'or vaudrait aujourd'hui, en 1778, environ 14 livres 6 sous 5 deniers; le denier d'argent, à peu près 7 sous 1 denier ^ , monnaie de compte.

11 faut toujours , en lisant les hstorres, se ressouvenir qu'outre ces monnaies réelles d'or et d'argent , on se serrait dans le calcul d'une autre dénomination. On «'exprimait souvent en monnaie de compte, monnaie fictive, qui n'était, comme aujourd'hui, qu'une manière de compter.

Les Asiatiques et les Grecs comptaient par mines et par talens, les Romains par grands sesterces , sans qu'il y eût aucune monnaie qui valût un- grand sesterce on Un talent.

La livre numéraire, du temps de Charlemagne, était réputée le poids d'uoe livre d'argent de douze onzes. Cette livre se divisait numériquement en vingt parties. 11 y avait, à h vérité, des sous d'argent semblables à nos écus, dont chacun pesait la vingtième , vmcl-deuzifeme ou vingt-quatrième partie d'une livre de douze onces; et ce sou se divisait , ■comme ie nôtre, en douze deniers. Mats Charlemagnb ayant ordonné que le sou d'argent serait précisément la vingtième partie de douze onces , on s accoutuma à regarder, dans les comptes numéraires, vingt sous comme une livre.

rendant deux siècles les monnaies restèrent sur le pied où Charlemagne les avait mises; mais, petit à petit, les rois, dans leurs besoins, tantôt chargèrent le* sous d'alliage, tantôt en diminuèrent fc poids ; de sorte que, par un changement qui est peut-être la honte des gourernemens de l'Europe , te sou , qui était autrefois une pièce d'argent du poids d'environ cinq gros , n'est plus qu'une légère pièce de cuivre avec un onzième d'argent tout au plus ; et la livre , qui était le sSgue représentatif de douze onces d'argent , n'eut plus en France que le si£ne représentatif de vingt de nos sous de cuivre. Le denier, qui était la deux ceot quarantième partie d'une livre d'argent de douze onzes, n'est plus que le tiers de cette vile monnaie qu on appelle un litsrd. Supposé donc qu'une ville de France dût

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à une autre* nu temps de Chariemagne, cent vingt sous ou solides de rente, soixante-douze onces d'argent, elle s'acquitterait aujourd'hui de sa dette , en payant ce que nous appelons un écu de iix francs.

La livre- de compte des Anglais, celle des Hollandais* ont moins varié. Une livre sterling d'Angleterre vaut environ vingt deux francs de France , et une livre de compte hollandaise vaut environ douae francs de France; ainsi les Hollandais se sont écartés moins que les Français de la loi primitive, et les Anglais encore moins.

Toutes les fois donc que l'histoire nous parle de monnaie , sous Je nom de livres , nous n'avons qu'à examiner ce que valait la livre au temps et dans le pays dont on parle, et la comparer à la valeur de la : nôtre. Nous devons avoir la même attention en lisant l'histoire grecque et romaine. C'est* par exemple, un très grand embarras pour le lecteur, d'être obligé de réformer toujours les comptes qui se trouvent dans l'Histoire ancienne d'un célèbre professeur de l'université de Pari», dans Y Histoire ecclésiastique de Fleuri, et dans tant d'autres auteurs utile*. Quand ils veulent exprimer en monnaie de France les talens, le< mines, les sesterces , ils se servent toujours de l'évaluation que quelques savans ont faite avant ta mort du grand Colbert. Mais le marc de huit onces , qui valait vingt-six francs et dix sous dans les premiers temps du ministère de Colbert, vaut depuis longtemps quarante-neuf livres seize sous ; ce qui fait. une différence de près delà moitié. Cette différence, qui a été quelquefois beaucoup plus grande, pourra augmenter ou être réduite. Il faut songer à ces variations; sans quoi on aurait une idée très fausse des forces des anciens états,. de leur commerce, de la psie de leurs soldats , et de toute leur économie.

Il paraît qu'il y avait , alors huit fois moins d'espèces circulantes en Italie et ▼ers les bords du Rhin, qu'il ne s'en trouve aujourd'hui. On n'en peut guère juger que par le prix des denrées nécessaires à la vie; et je trouve la valeur de ces denrées, du temps de Chariemagne, huit fois moins' chère qu'elle ne l'est de nos jours. Vingt-quatre livres de pain blanc valaient un denier d'argent, par les capitulaircs. Ce denier était la quarantième partie d'un sou d'or, qui

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valait environ quatorze livres six sous de r)otrc monnaie d'aujourd'hui. Ainsi la livre de pain revenait à un liard et quelque chose; ce qui est en effet la huitième partie de notre prix ordinaire.

Dans les pays septentrionaux , l'argent était beaucoup plus rare : le prix d'un bœuf fut fixé, par exemple, à un uOu d'or. Nous verrons dans la suite comment le commerce et les richesses se sont étendus de proche en proche.

Sciences. — Les sciences et les beauxarts ne pouvaient avoir que des commencemens bien faibles dans ces vastes pays , tont sauvages encore. Eginhard , secrétaire de Chariemagne , nous apprend que ce conquérant ne savait pas signer son nom. Cependant il conçut,

Car la force de son génie , combien les elles -lettres étaient nécessaires. Il fit venir de Rome des maîtres de grammaire et d'arithmétique. Les ruines de Rome fournissent tout à l'occident, qui n'est pas encore formé. Alcuin , cet Anglais alors fameux , et Pierre de Pise , qui enseigna un peu de grammaire à Chariemagne , avaient tous deux étudié à Rome.

Il y avait des chantres dans les églises de France; et, ce qui est à remarquer, c'est qu'il* s'appelaient chantres gauioîs. La race des conquérans francs n'avait cultivé aucun art. Ces Gaulois prétendaient, comme aujourd'hui, disputer du chant avec les Romains. La musique grégorienne, qu'on attribue à saint Grégoire, surnommé le Grand, n'était pas sans mérite, et avait quelque dignité dans sa simplicité. Les chantres gaulois , qui n'avaient point l'usage des anciennes notes alphabétiques , avaient corrompu ce chant , et prétendaient l'avoir embelli. Chariemagne , dans un de ses voyages en Italie , les obligea de se conformer h la musique de leurs maîtres. Le pape Adrien leur donna des livres de chant notés ; et deux musiciens italiens furent établis pour enseigner la note alphabétique, 1 un dans Metz, l'antre dans Soissons. 11 fallut encore envoyer des orgues de Rome.

Il n'y avait point d'horloges sonnantes dans les villes de son empire, et il n'y en eut que vers le treizième siècle. De là vient l'ancienne coutume qui se conserve encore en Allemagne, en Flandre, en Angleterre, d entretenir des hommes qui avertissent de l'heure pen-

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dant la nuit. Le présent que le calife Aaroo -al -Baschild fit & Charlemagne d'une horloge . soonante , fut regardé comme une merveille. A. l'égard des sciences de l'esprit, de la saine philosophie, de la physique, de l'astronomie, des principes de la médecine, comment auraient -elles pu être connues ? elles ne viennent que de naître parmi nous.

On comptait encore par nuits; et de là vient qu'en Angleterre on dit encore sept nuits, pour jsigoifier une semaine» et quatorze nuits, pour deux semaines* La langue romance commençait à se former du mélaoge du latin avec le tu-

pùi le encore 4*°* quelques vil Grisons , et vers la Suisse.

Les vètemens, qui ont toujours changé en occident depuis la ruine de l'empire romain, étaient courts, excepté aux jours de cérémonie, ou la saie était couverte d'un manteau souvent doublé de pelleterie. On tirait, comme aujourd'hui , ces fourrures du Nord, et surtout de la Russie. La chaussure des Romains s'était conservée. On remarque que Charlemagne se couvrait les jambes de bandes entrelacées en forme de brodequins , comme en usent t encore les montagnards d'Ecosse , seul peuple chex qui l'habillement guerrier des Romains s* est conservé jusqu'à nos jours.

De la religion du temps de Chartetncujnc.

Si nous tournons à présent les yeux sur les maux que le* hommes s'attirèrent . quand ils firent de la religion un instrument de leurs passions, sur le*iusages consacrés, sur les abus de ces usages, la querelle des iconoclastes et des iconolalrcs est d'abord ce qui présente le plus grand objet.

L'impératrice Irène, tutrice de son malheureux fil» Constautin-Porphyrogénète , pour se frayer le chemin à l'empire, flatte le peuple et les moines, à qui le culte des images, proscrit par tant d'empereurs depuis Léon l'Isaunen , plaisait encore. Elle y était elle-même attachée, parce que son mari les avait eues en horreur. On. avait persuadé à Irène que , pour gouverner son éponx , il fallait mettre sous le chevet de son lit les ma-

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ges de certaines saintes. La crédulité entre même dans les esprits politiques.

L'empereur, son mari , avait puni les auteurs de cette superstition. Irène, après la mort de son mari, donne un libre cours à son goût et à son ambition.

Second concile de Nicce. — Voilà ce ui assemble, en 786, le second concile e Nicée, septième concile oecuménique, commencé d'abord à Constantinople. Elle fait élire pour patriarche un laïque, secrétaire d état , nommé Tarais*. Il y avait eu autrefois quelques exemples de séculiers élevés ainsi à févêché , sans passer par les mais alors celte coutume plus»

Ce patriarche ouvrit le concile. La conduite du pape Adrien est très remarquable. Il n'anathématise pas ce secrétaire d'état qui se fait patriarche ; il proteste seulement avec modestie , dans ses lettres à Irène , contre le titre de patriarche universel; mais il insiste pour qu'on lui rende les patrimoines de la Sicile *. Il redemande hautement ce peu de bien , tandis qu'il arrachait, ainsi aue ses prédécesseurs , le domaine utile de tant de belles terres qu'il assure avoir été données par Pépin et par Qbartecnagne. Cependant le eoncile œcuménique de Nicee, auquel président les légats du pape et ce minititre patriarche, rétablit le culte des images.

C'est une chose avouée de tous les sages critiques, que les pères de ce concile , qui étaient au nombre de trois cent cinquante, y rapportèrent -beaucoup de pièces évidemment fausses ; beaucoup de miracles dont le ( récit scandaliserait de nos jours ; beaucoup délivres apocryphes. Ces pièces fausses ne firent point de tort aux vraies, sur lesquelles on décida.

Mais quand il falkrt taire recevoir ec concile par Charlemagne et par les églises de Francte , miel fut l'embarras du pape ? Charles s'était déclaré bautement contre les images. Il venait de faire écrire les livres qu'on nomme C*rolinsy dans les-

- — 1 partie de» lettrée do P*P* ne

pu même lue dant le concile, par ménagement poux Irène et pour TeraUc. M. de Voltaire * fort adouci le scandale de la conduite plus politique que religieuse d'Adrien, t^oyès Henri, ètle«piècei originale» de ce» tetnp» barbare» qol ©et été I*-

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quels ce culte est analhématisé. Cet livres sont écrits dans un lutin assez par; ils font voir que Cbarlemagne avait réussi à faire revivre les lettres; mais ils font voir aussi qu'il n'y a jamais eu de dispute théologique sans invective*. Le titre même est une injure. Au nom de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ , commence le Uvre de l'illustrissime et ex~ eelUntissime Charles, etc., contre U synode impertinent et arrogant tenu en Grèce pour adorer des images. Le livre était attribué par le titre au roi Charles , comme on met sous le nom des rois les édita qu'ils n'ont point rédigés : il est certain que tous les peuples des royaumes de Cbarlemagne regardaient les Grecs comme des idolâtres.

Jnathématisé far le concile de Francfort.— Ce prince, en 794 , assembla un concile à Francfort, auquel il présida, selon l'usage des empereurs et des rois ; concile composé de trois cents évoques ou abbés, taot d'Italie que de France, qui rejetèrent, d'un consentement una-* pime, le service ( servitium ) et l'adoration des images. Ce mot équivoque d'adoration était la source de toun ces différons : car si les hommes définissaient les mots dont ils se servent , il y aurait moins de disputes; et plus d'un royaume a été bouleversé par un malentendu.

Habileté du pape. — • Tandis que le pape Adrien envoyait en France les actes du second concile de Nicée , il reçoit les livres Carolins , opposés à ce concile; et on le presse , au nom de Charles , de déclarer hérétiques l'empereur de Constantioople et sa mère. Ou voit assez, par cette conduite de Charles, qu'il voulait se faire un nouveau droit de l'hérésie prétendue de l'empereur, pour lui enlever Rome sous couleur de justice.

Le pape , partagé entre le concile de Nicée qu'il adoptait, et Charlemagne qu'il ménageait, prit un tempérament

J)olitîque qui devrait servir d'exemple ans toutes ces malheureuses disputes qui ont toujours divisé les Chrétiens. Il explique les livres Carolins d'une manière favorable au coneile de Nicée, et par là réfute le roi sans lui déplaire; il permet qu'on ne rende point de culte aux images; ce qui était très raisonnable chez les Germains , à peine sortis de l'idolâtrie , et chez les Frines encore grossiers, qui n'avaient ni sculpteurs ni peintres. Il exhorte en même temps à ne point

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briser ces mêmes images. Ainsi il satisfait tout le monde, et laisse au temps à confirmer ou à abolir un culte encore douteux. Attentif à ménager lés hommes, et à faire servir la religion à ses intérêts , il écrit à Charlemagne : « Je ne puis décla- • rer Irène et son fils hérétiques , après « le concile de Nicée ; mais je les décla- « rerai tels, s'ils ne me rendent les biens « de Sicile. .

Grande dispute sur le Saint-Esprit.— On voit la mémo politique intéressée de ce pape dans une dispute encore plus délicate, et qui seule eût suffi en d'autres temps pour allumer des guerres civilfcp. On avait voulu savoir si le Saint-Esprk procède du Père et du Fils, ou du Père seulement.

On avait d'abord dans l'Orient ajouté au premier concile de Nicée qu'il procédait du Père; ensuite, en Espagne, et puis en France et en Allemagne, on ajouta qu'il procédait du Père et du Fils : c était la croyance de presque tout l'empire de Charles. Ces mots du symbole attribué aux apôtres , qui ex pâtre filioquô frocedit, étaient sacrés pour les Français; mais ces mêmes mots n'avaient jamais été adoptés à Rome. On presse , de la part de Cliarlcmagne, le pape de pc déclarer. Celte question, décidée avec le temps par les lumières de l'église romaine infaillible, semblait alors très obscure. On citait des passages des pères, et surtout celui de saint Grégoire de Nice, où il est dit, qu'une personne- est cause, et l'autre vient de cause; l'une sort immédiatement de la première, l'autre en sort par te moyen du Fils, par lequel moyen le Fils se réserve la propriété d'unxque, sans exclure l'Esprit saint de ia relation du Père.

Ces autorités ne parurent pas alors assez claires. Adrien i«* ne décida rien : il savait qu'on pouvait être chrétien, sans pénétrer dans la profondeur de tous les mystères. Il répond qu'il ne condamne point le sentiment du roi, mais ne change rien au symbole de Rome ; il apaise la dispute en ne la jugeant pas , et en laissant à chacun ses usages. Il truite, en un mot, les affaires spirituelles en prince; et trop de princes les ont traitées en évoques.

Dès lors la politique profonde des papes établissait peu à peu leur puissance.

Fausses décrétâtes. — On fait, bientôt après, un recueil de faux actes, connu

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aujourd'hui sous le nom de fausses déerétaies. C'eut, dit-on , un Espagnol , nommé Isidore M creator, ou Piscator, ou Peecator, qui les digère. Ce sont les évêques allemands, dont la bonne foi fut trompée , qui les répandent et les font valoir. On prétend avoir aujourd'hui des preuves incontestables qu'elles furent composées par un Algeram , abbé de Scnones, évèque de Metz ; elles sont en manuscrit dans la bibliothèque du Vatican. Biais qu'importe leur auteur ? Dan» ces fausses décrétâtes on suppose d'anciens canons qui ordonnent qu on ne tiendra jamais un seul concile provincial sans la permission du pape , et que toutes les causes ecclésiastiques rassortiront à lui. On y fait parler les successeurs immédiats des apôtres ; on leur suppose des écrits. Il est vrai que tout étant de ce mauvais style du huitième siècle , tout étant plein de fautes contre l'histoire et la géographie, l'artifice était grossier ; mais c'étaient des hommes grossiers qu'on trompait. On avait forge dès la naissance du christianisme, comme on l'a déjà dit, de faux évangiles, les Vers SyinUiens, les Livres d'il ermas, les Constitutions apostoliques, et mille autres écrits que la saine critique a réprouvés. Ir est triste que pour enseigner la vérité on ait si souvent employé des actes de faussaire.

Ces fausses décrétâtes ont abusé les hommes pendant huit siècles; et enfin, quand l'erreur a été reconnue, les usages établis par elles ont subsisté dans une partie de 1 église: l'antiquité leur a tenu lieu d'authenticité.

Dès ces temps, les évêques d'occident étaient des seigneurs temporels, et possédaient plusieurs terres en Gef ; mais aucun n'était souverain indépendant. Les rois de France nommaient souvent aux évéchés; plus hardis en- cela et plus politiques que les empereurs des Grecs, et que les rois de Lombardie, qui se contentaient d'interposer leur autorité dans les élections.

Gouvernement ecciésiasligue. — - Les premières églises chrétiennes s'étaient gouvernées en républiques sur le modèle des synagogues. Ceux qui présidaient à ces assemblées avaient pris iusciiaiblement le titre d'évèque, d'un mot grec dont les Grecs appelaient les gouverneur* de leur» colonies, et qui signifie inspecteur» Las anciens de ces assemblées se

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nommaient 'prêtres, d'un autre mot grec qui signifie vieillard.

Fausse loi. — Charlemagne , dans sa vieillesse, accorda aux évêques un droit dont son propresfi ls devint la victime. Ut firent accroire à ce prince que, dans le oside rédigé sous Tbéodose , une loi portait que si, de deux séculiers en procès, l'un prenait un évéque pour juge, l'autre était obligé de se soumettre à ce jugement sans en pouvoir appeler. Cette loi , qui jamais n avait été exécutée , passe chez tous les critiques pour supposée. C'est la dernière du code Théodosien; elle est sans date, sans noms de consuls. Elle a excité une guerre civile sourde entre les tribunaux de la justice et les ministres du sanctuaire; mais comme en ce temps-la tout ce qui n'était pas clergé était, en occident , d'une ignorance profonde, il faut s'étonner <ju'on n'ait pas donné encore plus d'empire à ceux qui , seuls étant un peu instruits, semblaient seuls mériter de juger les hommes.

Moines riches. — Ainsi que les évêques disputaient l'autorité aux séculiers, les moines commençaieat à la disputer aux évêques, qui pourtant étaient leurs maîtres par les canons. Ces moines étaient déjà trop riches pour obéir. Celte célèbre formule de Marculfc était bien souvent mise en usage : Moi, pour U repos de mon, âme, et pour n'être pas placé après ma mort parmi tes 6oucs,je donne à tel monastère, etc.

'Fin du monde annoncée. — On crut , dès le premier siècle de l'église, que Je monde allait finir; on se fondait sur uo passage de saint Luc, qci met ces parûtes dans la bouche de Jésus-Christ : « 11 y « aura des signes dans le soleil , dans la « lune et dans les étoiles ; les nations se- « ront consternées ; la mer et les fleaves

• feront un grand bruit ; les homme* se- € cheront de frayeur dans l'attente de la

• révolution de l'univers; les puissances

• des cieux seront ébranlées, et alors ils « verront le Fils de l'homme venant dans « une nuée avec une grande puissance et

• une grande majesté. Lorsque vous ver- « rez arriver ces choses, sachez que le « royaume de Dieu est proche. Je vous « dis en vérité , en vérité , que cette gé- « nération ne finira point sans que ces « choses soient accomplies. •

Plusieurs personnages pieux , ayant toujours pris a la lettre celte prédictive

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non accomplie , en attéadaSent l'acoomplissement; ils pensaient que l'univérs allait être détruit , et voyaient clairement le jugement dernier, où Jésus Christ devait venir dans les nuées. On se fondait aussi sur l'épitre de St. Paul à ceux de Thessalonique, qui -dit t Nous qui sont* mes vivant , nous serons emportés dans Vair , au-devant de Jêsu*. De là toutes ces suppositions de tant de prodiges aperçus dans les airs. Chaque génération croyait être celle qui devait voir la On du monde, et cette opinion se fortifiant dans les siècles suivans , on donnait ses terres aux moines, comme «celles eussent dû être préservées dans la conflagration générale. Beaucoup de chartes de donation commencent par ces mots : A éventante mundi vespero

Abtès seigneurs. — Des abbé-» bénédictins, longtemps avant Cbarlcmagne, étaient assez puis*ahs pour se révolter. Un abbé de Fontenelle avait osé se mettre à la tête d'un parti contre Charles Martel, et assembler des troupes. Le héros fit trancher la tête au religieux : exécution qui ne contribua pas peu à toutes ces révélations que tant de moines curent depuis de la damnation de Charles Martel.

Avant ce temps on voit un abbé de Saint -Remi de Reims, et l'évêquc de cette ville , susciter une guerre civile contre Childebert, au sixième siècle; crime qui n'appartient qu'aux hommes puissans.

Les évéques et les abbés avaient beaucoup d'esclaves. On reproche à l'abbé Alcuin d'en avoir eu jusqu'à vingt mille. Ce n'est pas incroyable ; Alcuin possédait plusieurs abbayes dont les terres pou* vaient être habitées par vingt mille hommes. Ces esclaves , connus sous le nom de serfs , ne pouvaient se marier ni changer de demeure sans la permission de l'abbé. Ils étaient obligés de marcher cinquante lieues avec leurs charrettes quand il l'ordonnait; ils travaillaient pour lui trois jours de la semaine , et il partageait tous les fruits de la terre.

On' ne, pouvait, à la vérité, reprocher à ces bénédictins de violer, par leurs richesses, leur voeu de pauvreté : car ils ne font point expressément ce vœu ; ils ne s'engagent , quand ils sont reçus dans l'ordre, qu'à obéir à leur abbé. On leur donna même souvent des terres incultes qu'ils défriohèrent de leurs mains, et firent ensuite cultiver par des sert*. Ils

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formèrent des bourgades, de petites villes même autour de leurs monastères. Ils étudièrent ; ils furent les seuj* qui conservèrent les livres en les copiaot ; et enfin > dans ces temps barbares où les peuples étaient si misérables « c'était une grande consolation de trouver dans les cloîtres une retraite assurée contre la tyrannie.

En France et en Allemagne , plus d'un évêqae allait au combat avec ses serfs. Cbarlcmagne, dans une lettre à Frastade, une de ses femmes, lui parle d'un évôqnc qui a vaillamment combattu auprès de lui, dans une bataille contre les Avares, peuples descendus des Scythes, qui habitaient vers le pays qu'on nomme à présent V Autriche. Je vois de son temps quatorze monastères qui doivent fournir des soldats. Pour* peu qu'un abbé fût guerrier, rien ne l'empêchait de les conduire lui-même. Il est vrai qu'en 8o3 , un parlement se plaignit à Charlemagne du trop {grand nombre de prêtres qu'on avait tués* la guerre. Il Ait défendu alors, mais inutilement, aux ministres de l'autel, d'aller aux combats.

Cieres. — 11 n'était pas permis de se dire clerc sans l'être; de porter la tonsure sans appartenir à un évêque : de tels clercs s'appelaient acéphales. On les punissait comme vagabonds.

On ignorait cet état* aujourd'hui si commun , qui n'est ni séculier ni ecclésiastique. Le titre d'abbé , qui signiBo père, n'appartenait qu'aux chefs des monastères.

Les abbés avaîènt dès lors le bâton pastoral que portaient les évéques, et <jui avait été autrefois la marque de la dignité pontificale dans Rome païenne. Telle était la puissance de ces abbés sur les moines, qu'ils les condamnaient quelquefois aux peines afflictives les plus cruelles. Ils prirent le barbare usage des empereurs grecs de faire brûler les veux ; cl if fallut qu'un concile leur défendit cet attentat, qu'Us commençaient à regarder comme un droit*

Suite des rites religieux du temps de Charlemagne.

De ia messe. — La messe était différente de ce qu'elle est aujourd'hui, et plus encore de ce qu'elle était dans les premiers temps. Elle fut d'abord une cène , un festin nocturne ; ensuite, ia majesté du culte augmentant avec le nombre des fidèles, cette assemblée 4e nuit &c

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chaugea en une assembée du matin : Ut sucer le «in avec an chalumeau, ou un

mente devint à peu près ce qu'est la syphon de métal , ne s'introduisit qu'en-

grand'messe aujourd'hui. 11 n'y eut, jus- virou deux cents ans après, et fut bien-

qu'au cinquième siècle , qu'une messe tôt aboli? Tous ces rites , toutes ces pra-

commune dans ebaque église. Le nom de tiques changèrent selon la conjoncture

synaxe qu'elle a chez les Grecs, et qui des tempe, et selpa la prudence des pas-

signifie assemblai, les formules qui sub- teurs, ou selon le caprice, comme ton!

sistent et qui s'adressent à cette assem- change. . ,.>v .

blée, tout fait voir que les messes privées L'église latine était la seule qui priât •

durent être long-temps inconnues. Ce sa-, dans une langue étrangère , inconnue au

criGee , cette assemblée , cette commune, peuple. Les inondation» des barbares, qui

prière avait le nom dp missa eue* les la-, avaient introduit dans l'Europe leurs

tius, parce que, selon quelques-uns, on idiomes,, en étaient cause. Les Latins

reu voyait, mitU lunlur , les pénitent qui étaient encore les seuls, qui conférassent

ne communiaient pas ; et , selon d'autre*, le baptême par la seulo aspersion ; indal-

parce que la communion était envoyée, gcuce très naturel** pour des enfans nés

mUsa crut , à ceux qui ne pouvaient v e- dans les, climats rigoureux du septentrion,

uir â l'église. . et convenance dépend dans le climat

il semble qu'on devrait savoir la date chaud d'Italie. Les cérémonies du bapprècise des établissement de uot rite»,, terne de» adulte» ^ et de celui qu'on donmais aucune n'est connue , Ou ne tait en naît aux enfans, n'étaient pas le» mêmes : quel temps commença la messe , telle cette différence était indiquée par la qu'on la dit aujourd'hui ; un ignore lori- oature. . , gine précise du baptême par aspersion, Confesswn. La confession auricudc la confession auriculaire, de la com- laire s'était introduite, dit-on, dès le inunion avec du pain azyme. , et sans vin ; sixième siècle. Les évôques exigèrent ou ne tait qui donna le premier le nom d'abord que les clercs se confessassent à, de sacrement au mariage, à la. confirma- eux deux fois l'apnée, par les canoës du; tion, à l'onction qu'on administre aux concile d'Attigny, en 563; et c'est Ja malades. . .... première fois qu'elle fut commandée ex-

Messes. — Quand le nombre des pré- p ressèment. Les abbés soumirent leurs

très fut augmente, on fut obligé de dire moines à ce joug, et if s téculier» peu à

des messes particulières. Les hommes PUU le portèrent. La confession publique

puissans Curent des aumôniers; Agobard, ne fut jamais en usage dans l'occident:

évéque de Lyon, s'en plaint au neuvième car, lorsque les barbares embrassèrent le

siècle. Denis-le-Petit, dans son Recueil christianisme, les abus et les scandales

des canon*, et beaucoup d'autres, cota- qu'elle entraînait âpre* elle l'avaientabo-

tir m en t que tous les fidèles communiaient be en orient , sou» le patriarche Nectaire,

à la messe publique. Ils apportaient, à la fin du quatrième siècle.; mais souvent

de son temps, le pain et le vin que le les pécbeur» publics lésaient des péai-

prêtre consacrait ; chacun recevait le pain tence» publiques dans les églises d'occi-

ordinaire; il y avait très peu d'églises où dent , surtout en Espagne, où l'invasion

le pain sans levain fût en usage : on don-y des Sarrasins redoublait la ferveur des

nait ce pain aux enfans comme anx chrétiens humiliés. Je ne vois auenne

adultes. trace, jusqu'au douzième siècle, de /a

Communion» — La communion sous . formule de la coufessiou, ni descua/es-

les deux espèces était un usage uni ver- sionnaux établis dans les église», ni delà

sel sous Gharlemagnc; il se conserva tou- nécessité préalable de »e confesser un-

jours chez les Grecs, et dura chez les La- médiatement avant la communion,

tins jusqu'au douzième siècle: on voit' Vous observerez que la confessioo anri-

méme que dans le treizième il était en- culaire n'était point reçue aux huitième

core pratiqué quelquefois. L'auteur de la et neuvième siècles dans les pays au-delà

relation de la victoire que remporta Char- de la Loire , dans le Languedoc , dan» le»

les d'Anjou sur Mainfroi, en 1264 , rap- Alpes. Alcuiu s'en plaiut dan» ses lettres,

porte que ses chevaliers communièrent Les peuples de ces contrée», tcmblcat .

avec le pain et le vin avant la» bataille, avoir eu. toujours quelques dispositions

L'usage de tremper le pain dans le via • à s'en teoir aux usages de la primitive

s'était établi avant Charlemagne ; celui de église , et à rejeter les -dogme» et les cou-

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tûmes que l^ulise plu» étendu* jugea convenable d'adopter.

• Carêmes. — Aux huitième et neuvième siècles, il y avait trois carêmes, et quelquefois quatre, comme dans l'église grecque , et on se confessait d'ordinaire à ces quatre temps de l'année. Les comroandcmena de l'église-, qui ne sont • bien connus qu'après le troisième < l) concile de JLatrao, en iai5, imposèrent la nécessité de faire une fois l'année ce qui sewbl ait .auparavant plus arbitraire.

Au temps de Charlemagne, il y avaU des confesseurs dans les armées. Charles eh avait un pour lui en titre d'office ; il sVppclait Vatdon, et était abbé d'Augie, près de Constance.

JLoïqu** ont droit de con futur. — -» II était permis de se confesser à un laïque, et même à une femine^ en cas de nécessité, (a) Cette permission dura très longtemps, j c'est pourquoi Join ville dit qu U confessa en Afrique un chevalier, et qu'il luv donna l'absolution , selon le pouvais qu'il en avait. Ce fi'est fa» tout-d-fail um sacrement t dit St. Thomas , mais c'est comme sacrement,

A neiennclc de la confession* — Ou peut regarder la confession comme le pjua grand frein dea crimes secrets. Les sages du l'antiquité avaient embrassé l'ombre de cette pratique salutaire. Oa s'était confessé dans les expiations chez» les Egyptiens et chez les Grecs, et dans presque toutes les célébrations de leurs mystères- Marc Aurele,en s'associantaux my<îtèr#s de Cérès-Eleusine , se confessa à l'hiérophante.

Cet usage » si saintement établi cbex les chrétiens, fut malheureusement depuis l'occasion des plus funestes abus. La faiblesse du sexe rendit . quelquefois les femmes plu» dépendantes de leurs coufesseurs que de leurs époux. Presque tous eeux qui; confessèrent les reines se servisent de cet empire secret et sacré pour entrer dans les a flaires d'état. Lorsqu'un religieux domina sur la conscience1 d'un souverain', tous ses confrères s'en prévalurent; et plusieurs employèrent le crédit du ! confesseur pour se venger de Ieuss ennemis. Enfin il arriva que, dans les divisions entre les empereurs et les papes * -dans les factions des villes, les • « i • i ■ *-* ■».«.,,,:

(ty Q%s d'autre* nomment le tpulrrième.

(a) Voye*>iu EoJ**reis*om*ns.

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prêtres ue donnaient pas l'absolution à ceux qui n'étaient pas de lem* parti. C'est ce qu'où a vu en France , du' temps du roi Henri iv; presque tous les confesseurs refusaient d'absoudre les sujets qui reconnaissaient leur roi. La facilité de séduire les jeunes personnes, et de les porter au crime, dans, le tribunal même de la pénitence, fut encore un écueil très dangereux. Telle est la déplorable condition des hommes, que les remèdes les plus divins ont été tournés en poisons.

La religion chrétienne ne s'était point encore étendue au .Nord plus loin que les conquêtes de Charlemague.'La Scan* dinavie , le Danemarck , qu'on appelait le pays dè* Normands, avaient un culte que uous appelons ridiculement idolâtrie, La religion des idolâtres serait celle qui attribuerait la puissance divine à des Çgures , à des images ; ce n'était pas celle des Scandinaves : ils n'avaient ni peintres ni sculpteurs. Ils adoraient Odin, et ils se figuraient qu'après la mort le bonheur de l'homme consistait à boire, dans la salle d'Odtn, de la bière dans le crâne de ses ennemis. On a encore de leur* anciennes chansons traduites qui expriment cette idée. 11 y avait longtemps que les peuples du Mord croyaient une autre vie. Les druides avaient enseigné aux Celtes qu'ils renaîtraient pour combattre , et les prêtres de la Scandinavie persuadaient aux hommes qu'ils boiraient de la bière après leur mort.

La Pologne n'était ni moins barbare ni moins grossière* Les Moscovites, aussi sauvages que le reste de la grande Tartane, en savaient à peine assea pour être païens; mais tous ces peuples vivaient en paix dans leur ignorance, heureux d'être inconnus à Charlemagne , qui vendait si cher la connaissance du chris* tiaoisme. t

Angleterre* — '■ Les Anglais commençaient à recevoir la religion chrétienne. Elle leur avait été apportée par Constance Chlore, protecteur secret de cette religion, alors opprimée. Elle n'y domina point; l'ancien culte du pays, eut le dessus encore long temps. Quelques mis-sionnabresides Gaule* cultivèrent grossiè rement un petit nombre de ces insulaires. Le fameux Pelage, trop zélé défenseur de la nature humaine, était né en Angleterre; mais il n'y fut point élevé, et il faut le compter parmi les Romaios.

L'Irlande quon appelait Ecosse, c\

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l'Ecosse, coonue sous le nom â* A Manie: ou du pays des Pietés, avaient reçu aussi quelques semences du christianisme , étouffée* toujours par l'ancien culte qui dominait. Le moine Golomban , né en Irlande, était du sixième siècle; mais il parait , par sa retraite en France , et par les monastères qu'il fonda en Bourgogne, qu'il ? «*»it peu à faire et beaucoup a craindre pour ceux qui cherchaient en Irlande et en Angleterre de ces établissement riches et tranquilles , qu'on trouvait ailleurs à l'abri de la religion.

Après une extinction presque totale du enristiantsme dans l'Angleterre, l'Ecosse et l'Irlande, la tendresse conjugale l'y 6t renaître. Etbelbert, un des rois barbares- anglo-saxons de l'heptarchie d'Angleterre, qui avait son petit royaume dans la province de Kent, où est Cantoo béri, voulut s'allier avec un roi de France. 11 épou*a la fille de Childebert, rot de Paris. Cette princesse chrétienne, qui passa la mer avec un évôquc de Soissons, disposa son mari à recevoir le bapJéme, comme Clotildc avait soumis Clovis. Le pape Grégoire-le-Grand envoya Augustin , que les Anglais nomment Austin, avec d'au Ires moines romains, en 5g8.

Ils firent peu de conventions : car il faut au moins entendre la langue du pays pour en changer la religion ; mais , favorisés par la reine; ils bâtirent un monastère.

Ce fut proprement la reine qui convertit le petit royaume de Cantorbéri.

Ses sujets barbares , oui n'avaient point d'opinions, suivirent aisément l'exemple de leurs souverains. Cet Augustin n'eut pas de peine à se faire décurer primat

{>ar Grégoire-le-Grand i il eût voulu môme 'être des Gaules ; mais Grégoire lui écrivit qu'il ne pouvait lui douner de juridiction que sur l'Angleterre. Il fut donc premier archevêque de Cantorbéri , premier primat de 1* Angleterre. Il donna à l'un de ses moines le titre d'âvôquc de Londres, à l'autre celui de Rochcstcr.

Ou ne peut mieux comparer ces évèques qu'à, ceux d'Antioehe et de Babylone, qu'oo appelle évêques in partibus infidclium. Mais, avec le temps, la hiérarchie d'Angleterre se forma. Les monastères surtout étaient très riche* , au huitième et au neuvième siècles. Ils mettaient au catalogue des saints tous les grands seigneurs qui leur avaient donné des terres; d'où vient que l'on trouve

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parmi leurs saints de ce temps-U sept rois , sept reines , huit princes , seize princesses. Leurs chroniques disent cjue dix rois et onze reines finirent leurs fours dans des cloîtres. Il est croyable que ces dix rois et ces onze reines se firent seulement revêtir à leur mort d'habits religieux, et peut-être porter, à leurs dernières maladies, dans descouvens, comme on en a usé en Espagne ; mais non pas qu'en effet ils aient , en santé , renoncé aux affaires publiques , pour vivre en cénobites.

Suite des usages du temps de CharUmagne. De ici justice, des lois. Coutumes singulières. Epreuves*

Comtes, — - Des comtes nommés par le roi rendaient sommairement la justiee. Us avaient leurs districts assignés. Ils devaient être instruits des lois, qui n'étaient ni si difficiles ni si nombreuses que les nôtres. La procédure était simple, chacun plaidait sa cause en France et en Allemagne. Rome seule , et ce qui en dépendait, avait encore retenu beaucoup de lois et de formalités de l'empire romain. Les lois lombardes avaient lieu dans le reste de l'Italie citérieure.

Chaque comte avait sous lui un lieuftenant, nommé viguier ; sept assesseurs, seabini; et un greffier, iwUvrius. Les comtes publiaient dans leur juridiction l'ordre des marches pour la guerre, enrôlaient les soldats sous des centeoiers, les menaient au rendez-vous, et laissaient alors leurs lieutenans faire les fonctions déjuge. ^

Les rois envoyaient des commissaires avec lettres expresses, Mixsi dominici, qui examinaient la conduite des comtes.

Mi ces commissaires ni ces comtes ne condamnaient presque jamais à la mort ni à aucun supplice; car, si on en excepte la Saxe , où Charlemagnc fit des lois de sang , presque tous les délits se rachetaient dan* le reste de son empire. Le seul crime de rébellion était puni de mort, et les rois s'en réservaient le jugement. La loi salique, celle des Lombards , celle des Ripuaires , avaient évalué a prix d'argent la plupart des autres attentats , ainsi que nous l'avons vu.

Leur jurisprudence , qui parait humaine , était peut-être en effet plu»

cruelle que la nôtre. Elle laissait la liberté de mal faire k quiconque pouvait la payer. La plus douce Ivt est oeUe qui»

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mettant le frein le pin» terrible a l'ini- coup de provinces. On y a très «Rivent

qui^ , prévient ainsf le plus de crime,; «aujelti, même par sentence de ,uge ,

maia on ne connaissait pas encore la ques- ceux qu'on fesa.t passer pour sorciers :

tion , la torture , nsage dangereux qui, car nen ne dure ». ilong .temps que la su-

comme on sait , ne sert que trop souvent pcrstit.on , et il en a coûte la vie a pins

è perdre l'innocent, et à sauver le cou- d un malheureux. « , ^e j ugement de Dieu par I eau chaude

^Les lois saliques furent remises en vi- s'exécutait en fesant plonger le bras nu

gueur par Chariemagne. Parmi ces lois de l'accusé dans une cuve d eau boud-

Slique? , il s'en trouve une qui marque lante ; il fallut prendre au fond de la cuve

Jn^m^nt dans auel mépris un anneau bénit. Le juge, en présence

e' aTen Xror™9 Rc 2ZcA> des prêtres et du peuple enfermait dan»

peuples barbares. Le Franc qui avait tué un sac le bras du patient, scellait le sac

in citoyen romain ne payait que mille de son cachet; et s,, trois jours après, d

cinquante deniers; et le Àomain payait ne praisss.t sur le bras aucune marque poi le sang d'un Franc deux mille cinq

pour le sang d'un Franc acux mme cinq £l^g^g% — Sus les historiens rapl

CC Dao^TesTa'uses criminelles indécises , portent l'exemple de la reine Teutberge

on se purgeait par serment. Il fallait non- bru de l'empereur Lothaire , J^"f

seulement que la partie accusée, jurât, Charlemagne , accusée d avoir commis

ma die était obfigée de produire un «n inceste avec son frère moine et sous-

e^rain nombre dé fémoins Pqm lurent Fiacre Elle nomma «» ^?|« T»-»

avec elle. Quand les deux parties oppo- soumit peur elle àî épreuve de l eau bouil.

saient erment à serment, on permettait Jjnte, en présence d'une cour nombreuse,

quelquefois le combat; tantôt à fer « pnrl'anncau bénit sans , se jbrte.Il

Loulu , tantôt à outrance. .cfin a à^J^J^lRT

DhAs iuacmens de Dieu * — Ces tenir l'action d'un petit feu, sans péril,

combats'éfaient appelés 4c jugement de pendant quelques

Dieu, c'est aussi le nom qu\>n donnait des exemples. Ces secrets éta ent alors

à uni "des pins déplorables folies de ce jutant plus communs , quils étaient

gouvernement barbare. P»«» nécessaires; mais il n en est point

6 Les accusés étaient soumis à l'épreuve pour nous rendre a bsolumentimpass.b les.

de l'eau froide , de l'eau bouillante ou du }1 y » fe^nde apparence que , dans ces

fer ardent. Le célèbre Etienne Baluze a étranges jugemens, on fesait subir I e-

rassemblé toutes le. anciennes cérémo- preuve dune manière] P!J" ^ ™»»«

nies de ces épreuves. Elles commençaient goureuse, selon qu on y voulait condam-

par la messe ; on y communiait l'accusé, ner ou absoudre.

On bénissait l'eau froide, on l'esorcisait; Cette épreuve de 1 eau bouillante était

ensuite l'accusé était jeté garrotté dans destinée particulièrement à la conviction

l'eau. S'il tombait au Tond, if était réputé de l'adultère. Ces coutumes sont plus an-

innScent ; s'il surnageait' il était jugé ciennes et se sont étendue, plu. lom

coupable. M. de Fleuri, dans son HU* q* on ne pense.

toile cccUsiastioue , dit que c'était une Epreuve* rennes. Le savans n igno-

manière sure de ne troîvcr personne rent pas qu'en Sitnle, dans le temple des

criminel. J'ose croire que c'était une dieux Paliques, on écrivait son serment,

manière de faire périr beaucoup d'inno- 9/<>n jetait dans un bassin d eau , et que

cens. Il y a bien des gens qui ont la poi- « le «emicnt surnageait l accusé était

trine assex large et les%oumons assezV «bsous. Le temple & T^»«

gers , pour ne*point enfoncer, lorsqu'une «eux par de pareil le*. épreuves.' trouve

grossV corde , qui les lie pir plusieurs encore au bout de l'Orient , dans le Mala-

ente depuis dans les grandes villes, s est « "7 . . "~ i>k.'.«:^ «n'«n

conservée tusqu'à nos jours dans beau- autrefois si autorisées en Fntmcie, qn on

con5C 14 1 voit dans le Pcntateuque que, lorsque les

' - Juifs errèrent dans le désert , ils lésaient

* Foye» ranWe rfw Due/4. boire d'une eau mêlée avec de la cendre

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à leur* femmes soupçonnées d'adultère.

Les coupables ne manquaient pas sans doute d en crever, mai» le* femme» fidèle» à leur» mari» buvaient impunément.

Il est dit, dan» l'évangile de saint Jacques , que le grand prêtre ayant lait boire de cette eau a Marie et à Joseph, le» deux époux se réconcilièrent.

La troisième épreuve était celle d'une barre de fer ardent, qu'il fallait porter dan» la main l'espace de neuf pas. 11 était plu» difficile de tromper dan» cette épreuve que dans les autres : aussi je ne vois personne qui s'y soit soumis dan» ce» siècle» grossiers. On veut savoir qui de l'église grecque ou de la latine établit ces usage» la première. On voit des exemples de ces épreuves à Constantinople jusqu'au treizième siècle, et l'a ch. injure dit qu'il en a été témoin. Il est vraisemblable que les Grecs communiquèrent aux Latins ces superstitions orientales.

A 1 égard des lois civiles, voici ce qui me parait le plus remarquable. Un homme qui u'avait point d'enfant pouvait en adop. ter. Les époux pouvaient se répudier en justice ; et , après le divorce , il leur était permis de passer à d'autre» noces. Rom avons, dans Marculfe, le détail de ces lois.

Mais çe qui paraîtra peut-être plus étonnant , et ce qui n'eu est pas moins vrai, c'est qu'au livre deuxième *it ces formule» de Marculfe, on trouve que rien, n'était plu» permis , ni plus commun , que de déroger à cette fameuse loi salique, par laquelle les filles n'béritaient pas.

La loi saiiijuc regardée comme bartare, — - Ou amenait sa fille devant le chante ou le commissaire, et on disait : « Ma chère fille , un usage ancien et im- « pie ôte parmi nous toute portion pater- « nelle aux filles; mais, ayant considéré « cette impiété, j'ai vu que, comme vous

* m'avez, été donnés tous de Dieu égale- « ment , je dois vous aimer de même : « ainsi, ma obère fille, je veux que vou» « héritiez par portion égale avec vos frères

* dans toutes mes terres, etc. »

On ne connaissait point chez les Francs, qui vivaient suivant la loi salique et ripuaire, cette distinction de nobles et de roturiers, de nobles de nom et d'armes, cl de nulles aùavo, ou geu» vivant noblement, 11 u'y avait que deux ordre» de citoyens, les. libres et les serf» ; à peu près comme aujourd'hui dans les empires inu-

usu

bométans et a la Chine. Le terme nobilU n'est employé qu'une seule fois dans les capitula ires , au livre cinquième, pour signifier les officiers , les comtes , les ce u teniers.

Toutes les villes de l'Italie et de la France étaient gouvernées selon leur droit municipal. Le» tributs qu'elles payaient au souverain, consistaient en /aforum, paralum , mausionaticum , fourrages , vivres, meubles de séjour. Les empereurs et les roi» entretinrent long-temps leur» cours avec leurs domaines, et ce» droit» étaient payé» en nature quand Us voyageaient. 11 nous reste un capitulaire de Charlemagoc concernant ces métairies. Il entre dans le plus grand détail. Il ordonne qu'on lui rende un compte exact de ses troupeaux. Un des grands biens de la campagne consistait en abeilles; ce qui prouve que beaucoup de terres restaient en friche. Enfin les plus grandes choses et les plus petites de ces temps -là nous font voir des lois , des mœurs et des usages dont à peine il reste des traces.

( Essai sur (es mwurs. )

USURPATION des pape». — Pour connaître les droits du çeare humain , on n'a pas besoin de citations. Le» temps sont passés où des Grotiu* et des ïuk fendorf cherchaient le tien et \e mien dans Aristote et dans saint Jérôme, et prodiguaient les contradictions et l'ennui pour connaître le juste et l'injuste. Il faut aller au fait.

Un territoire dépend-il d'un autre territoire? Y a-t-il quelque loi physique qui fas?e couler l'Euphrate au gré de la Chioe ou des Indes ? non sans doute. Y a-t-il quelque notion métaphysique qui soumette une île Moiuquc à unmarai» formé par le fthja et la Meuse? il u'y a pas d'apparence. Une loi morale? pas davantage.

D'où vient que Gibraltar, dans h Méditerranée, appartînt autrefois, aux Maures, et qu'il est aujourd'hui sus Anglais,

3ui demeurent dans les îles de l'Océan, ont le» dernières sont vers le soixan tièinc degré? c'est qu'ils ont pris Gibraltar. Pourquoi le gardeol-iU? C'e»t qu on n'a pu le leur ôter ; et alors on est convenu qu'il leur resterait : la force et la convention donnent l'empire.

De quel droit Chailemagne , né dao> le pays barbare des Austrasies , depouilla-t-il son beau père, le lombard Didier, roi d'Italie, après avoir dépouillé

usu

scs propres neveux de leur héritage ? du droit que les Lombards avaient exercé en venant des bords de la mer Baltique saccager l'empire romain, et du droit ' que les Romains avaient eu de ravager tous les autres pays l'un après l'autre. Dans le vol à main armée , c'est le plus fort qui l'emporte ; dans les acquisitions convenues, c'est le plus habile.

Pour gouverner de droit ses frères, les hommes (et quels frères ! quels faux frères!), que faut-il f le consentement libre des peuples.

Charlemagne vient à Rome , vers l'an 800, après avoir tout préparé, tout concerté avec l'évêque , et Pesant marcher son armée, et sa cassette dans laquelle étaient les p resens destinés à ce prêtre. Le peuple romain nomm< Charlemagne son maître , par reconnaissance de l'avôir délivré" de l'oppression lombarde.

À la bonne heure que le sénat et le peuple aient dit à Charles :« Nous vous « remercions du bien que vous nous avez

• fait ; nous ne voulons plus obéir à des « empereurs imbéciles et méchans qui « ne nous défendent pas ; qui n'enten-

• dent pas notre langue, qui nous en- « voient leurs Ordres en grec par des « eunuques de Conatantmoplé , et qui «prennent notre argent : gouverneza nous mieux , en conservant toutes nos « 'prérogatives , et nous Vous obéirons. »

Voila un beau droit, sans doute, et le plus7 légitime.

Mais ce pauvre peuple ne pouvait assurément disposer de 1 empire ; il ne l'avait pas : il ne pouvait disposer que de sa personne. Quelle province de l'empire aurait-il nu donner? l'Espagne? elle était aux Arabes; la Gaule et 1 Allemagne F Pépin , père de Charlemagne , les avait usurpées sur son maître; l'Italie extérieure F Charles l'avait volée à son beau-père. Les empereurs grecs possédaient tout le reste ; le peuple ne conféra donc qu'un nom; ce nom était devenu sacré. Les nations , depuis ï'Euphrate jusqu'à l'Océan, s'étaient accoutumées à regarder lé brigandage du saint empire romain comme un droit naturel; et la cour de Congtantinopfc regarda toujours les démembrement de ce saint empire comme une violation manifeste du droit des gens , jusqu'à ce qu'enfin les Turcs vinrent leur apprendre un autre code.

USU 5a5

Mais dire, avec les avocats mercenaires de la cour pontificale romaine (lesquels en rient eux-mêmes), que révoque Léon 111 donna l'empire d'Occident à Charlemagne, cela est aussi absurde que si on disait que le patriarche de Constantinople donna l'empire d'Orient à Mahomet 11.

D'un autre côté, répéter après tant d'autres que Pépin , l'usurpateur, et Charlemagne, le dévastateur, donnèrent aux évéques romains l'exarchat de Raven ne, c'est avancer une fausseté évidente. Charlemagne n'était pas si honnête. H garda l'exarchat pour lui , ainsi que Rome. Il nomme Rome et Ra venue,, dans son testament, comme ses villes principales. Il est constant qu'il confia le gouvernement de Ravenne et de la Pentapole à un autre Léon , archevéqne de Ravenne, dont nous avons encore la lettre, qui porte en ces termes exprès : Uœ cii italcs à Carolo ipso und oum vniversd Pcntapoii miki fuerunt contesta*.

Quoi qu'il en soit, il ne s'agit ici que de démontrer que c'est une chose monstrueuse dans les principes de notre religion, comme dans ceux de la poKtkrae et dans ceux de la raison , qu'un prêtre donne l'empire , et qu'il ait des souverainetés dans l'empire.

Ou il faut absolument renoncer1 au christianisme, ou il faut l'observer. Ni un jésuite, avec ses distinctions, ni le diable n'y peut trouver de milieu.

11 se forme dans la Galilée une religion toute fondée sur la pauvreté, sur 1 égalité, sur la haine contre les richesses et les riches; une religion dans laquelle il est dit qu'il est aussi impossible qu'un riche entre dans le royaume des cicux , qu'il est impossible qu un chameau passe par le trou d'une aiguille: où l'on dit que le mauvais riche est damné uniquement pour avoir été riche; où Anania et Saphira sont punies de mort subite pour avoir gardé de quoi vivre ; où il est ordonne aux disciples de ne jamais faire de provisions pour le lendemain ; où Jésus-Christ, (Us de Dieu, Dieu luimême, prononce ces terribles oracles contre l'ambition et l'avarice : Je ne suis pas venu pour être servi , mais pour servir. Il n'y aura jamais parmi vous ni premier ni dernier. Que celui de vous gui voudra s'agrandir soit abaissé. Que

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celui qm% voudra être U premier soit te

dernier.

La vie des premiers disciples est conforme à ces préceptes ; saint Paul travaille de ses mains, saint Pierre gagne sa vie. Quel rapport y a-t-il de cette institution avec le domaine de Rome, de la Sabine, de l'Ombrie, de l'Emilie, de Ferrare, de Bavcnne, de la Penlapole, du Bolonais, de Commachio, de Bénévent, d'Avignon? On ne voit pas que l'Evangile ait donné ces terres au pape, À moins que l'Evangile ne ressemble à la règle des théatins, dans laquelle il fut dit qu'ils seraient vêtus de blanc : et on mit en marge , o'est'd-dire] de noir.

Cette grandeur des papes, et leurs prétentions mille fois plus étendues, ne sont pas plus conformes à la politique et à la raison qu'à la parole de Dieu , puisqu'elles ont bouleversé l'Europe , et fait couler des flots de sang pendant sept cents années.

La politique et la raison exigent , dans l'univers entier, que chacun jouisse de son bien , et que tout état soit indépendant. Voyez comment ces deux lois na« turelles, contre lesquelles il ne peut être de prescription, ont été observées.

De A a-pies. — Les gentilshommes normands qui furent les premiers iustrumens de la conquête de Naples et de Sicile firent le plus bel exploit de chevalerie dont on ait jamais entendu parler. Quarante à cinquante hommes seulement délivrent Salerne,. au moment qu'elle est prise par une armée de Sarrazins. Sept autres gentilshommes normands , tous frères , suffi s en t pour chasser ces mêmes Sarrazins de toute la contrée, et pour l'ôtcr à l'empereur grec, qui les avait payés d'ingratitude. U est bien naturel que les peuples , dont ces héros avaient ranimé la valeur, s'accoutumassent à leur obéir par admiràtion et par reconnaissance.

Voila les premiers droits à la couronne ' des deux Siciles. Les évêques de Borne ne pouvaient pas plus donner ces états en fief que le royaume de Boutan ou de Cachemire. Ils ne pouvaient même en accorder l'investiture quand on Ta leur aurait demandée; car, dans le temps de l'anarchie des fiefs , quand un seigneur voulait tenir son bien allodial en fief pour avoir une protection , il ne pouvait s'adresser qu'à son seigneur suze-

raim Or, certainement le pape n'était pas seigneur suzerain de Naples, de U Pouille et de la Calabre.

On a beaucoup écrit sur cette vassalité prétendue ; mais on n'a jamais remonté à la source. J'ose dire que c'est le défaut de presque tous les jurisconsultes comme de tous (es théologiens. Chacun tire bien ou mal, d'un principe reçu, les conséquences les plus favorables à son parti. Mais ce principe est-il vrai? ce premier fait sur lequel ils s'appuient est -il incontestable ? c'est ce qails se donnent bien de garde d'examiner. Ils ressemblent à nos anciens romanciers, qui supposaient tous que Francus avait apporte en France le casque d'Hector.

Ce casque était impénétrable , sans doute ; mais, Hector, en effet, l'avait -il porté? Le lait de la Vierge est aussi très respectable; mais les sacristies qui se vantent d'en posséder une roquillo , la possèdentelles en elle t ?

Giannone est le seul qui ait jetë quelque jour sur l'origine de la domination suprême affectée par les pape* sur le royaume de Naplcs. Il a readu en cela un service éternel aux rois de ce pays; et pour récompe nse U a été abandonné par l'empereur Charles vi, alors roi de Naples , à la persécution des jésuite»; trahi pur la plus lâche des perfidies, sacrifié à la cour de Rome, il a fini sa vie dans la captivité. Son exemple ne nous découragera pas. Nous écrivons dans un pays libre ; nous sommes nés libres, et nous ne craignons ni l'ingratitude des souverains, ni les intrigues des jésuite* , ni la vengeances des papes. La. vérité est devant nous , et toute autre considération nous est étrangère.

C'était une coutume dans ces siècles de rapines , de guerres particulières, de crimes, d'ignorance et de superstition,

3u'un seigneur faible, pour être à / 'abri e la rapacité de ses voisins, mit ses terres sous la protection de l'Eglise , et achetât cette protection pour quelque argent; moyen sans lequel on n'a jamais réussi. Ses terres alors étaient réputées sacrées : quiconque eût voulu s'en emparer était excommunié.

1 Les hommes de ce temps-là , aussi méchans qu'imbéciles, ne s effrayaient pas des plus grands crimes, et redoutaient une excommunication qui les rendait exécrables aux peuples encore plus médians qu'eux , et beaucoup plus sots.

usu

Robert Gtrtscard et Richard a Tain* queUrs de la Pouille et de la Calabre, furent d'abord excommuniés par le pape Léon ix. Ils s'étaient déclarés vassaux de l'empire; mais l'empereur Henri m, mécontent de ces feudataires conquérans, avait engagé Léon ix à lancer l'excommunication à la tête d'une armée d'Atlcm&mds. Les Normands , qui ne craignaient point ces foudres comme les princes d'Italie les craignaient , battirent les Allemands, et prirent le pape prisonnier : mais, pour empêcher désormais les empereurs et les papes de venir les troubler dans leurs possessions, ils offrirent leurs conquêtes à l'Eglise sous le nom d'oétata. G est ainsi que l'Angle* terre avait payé le denier de saint Pierre; c'est ainsi que les premiers rois d'Espagne et de Portugal , en recouvrant leurs états contre les fiarrazins, promirent à l'église de Rome deux livres d'or par an ; ni l'Espagne, ni le Portugal, ne regardèrent jamais Je pape comme leur seigneur suzerain.

Le duc Robert , ohtat de l'Eglise , ne fut pas non plus feudataire du pape ; il ne pouvait pas l'être, puisque les papes n'étaient pas souverain» de Rome. Celte ville alors était gouvernée par son sénat : l'évêquc n'avait que du crédit ; le pape était à Rome précisément ce que l'électeur est à Cologne. Il y a une différence prodigieuse entre être oblat d'un saint, et être feudatuirc d'un évéque.

Baronius , dans ses actes , rapporte l'hommage prétendu fait par Robert, duc de la Pouille et de la Calabre, à Nicolas 11 ; mais cette pièce est fausse , on ne l'a jamais vue , elle n'a jamais été dans aucune archive. Bofeert s'intitula duo far la grâce de Dieu et de St. Pierre; mais certainement St. Pierre ne lui avait rien donné, et n'était point roi de Rome.

Il y a eu trente investitures du royaume «le W a pie s données par des papes ; mais il y a eu beaucoup plus de bulles qui soumettent les princes à la juridiction ecclésiastique ; et qui déclarent qu'aucun souverain ne peut, en aucun cas, juger des clercs ou des moines , ni tirer d'eux une obole pour le maintien de ses étals : il y a eu plus de bulles qui disent, de la part de Dieu , qu'on ne peut faire un empereur sans le consentement du pape.

Toutes ces bulles sont tombées dans le

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