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On nous dira que le pape isLau-dessm de toutes les lois, qu'il peut rendre juste ce qui est injuste; potest de injustitia facere juslUiam. Papa est suprâ jus, contra jus et extra jus : c'est le sentiment de Beilarmin *; c'est l'opinion de» théologiens romains. A cela nous n'avons rien à répondre. Nous révérons le siège de Rome; nous lui devous les indulgences, la faculté de tirer des âmes du purgatoire, la permission d'épouser nos bellessoeurs et nos nièces l'une après l'autre, la canonisation de saint Ignace, /a sûreté d'aller en paradis, en portant le scapulairc; mais ce* bienfaits ne sont peut-être pas une raison pour retenir le bien d* autrui.
11 y a des gens qui disent que si chaque église se gouvernait par. elle-même sous les lois de l'état ; si on mettait fin à la simonie de payer des annates pour un bénéfice ; si un éveque , qui d'ordinaire n'est pas riche avant sa nomination, n'était pas obligé de se ruiner lui ou ses créanciers , en empruntant de l'argent pour payer ses bulles ; l'état ne .«eraif pas appauvri, à la longue, par la sortie de cet argent qui ne revieot plus. Mais nous laissons cette matière à dweulet par les banquiers en cour de Roraei
Finissons par supplier encore le lecteut 'chrétien et bénévole de lire l'Evangile, et de voir s'il y trouvera un seul' mot qui ordonne le moindre des tours que nous avons fidèlement rapportes. Mous y lisons, il est vrai, qu'il faut se faire des amis avec l'argent de (a mamtnone d'iniquilè. Ah ! bealissimo padre , si ceJa est, rendes donc l'argent.
'. * { Essai sur Us mœurs).
V ALLIÈRE (la duchesse de la ) , maîtresse de Louis xiv. — su fait carmklitx ( 6 juin ty io ). — Elle crut que Dieu seul pouvait succéder dans son cœur à son amant. Sa conversion fut aussi célèbre que sa tendresse. Elle se fit carmélite à Paris, et persévéra. Se couvrir d'un cilice, marcher pieds nus ♦ jeûner rigoureusement» chanter la nuit au chœur dans une langue inconnue ; tout cela ne rebuta point la délicatesse d'une femme accou-
tumée à tant de gloire, de mollesse. et de plaisirs. Elle vécut dans ces austérités depuis i6j5 jusqu'en 1710, sous le nom seul de sœur Louise de la miséricorde.
Un roi qui punirait ainsi une femme coupable, serait un tyran; et c'est ainsi que tant de femmes se sont punie* d'avoir aimé. Il n'y a presque point d'exemples
* De romanopantifice, tome I, liv. IV.
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de politiques qui aient pria ce parti rigoureux. Les 'çrimès de la politique sembleraient cependant exiger plus d'expiations que les faiblesses de l'amour; mais ceux qui gouvernent les âmes n'ont guère d'empire que sur les faibles.
On sait que , quand on annonça à sœur Louise de la miséricorde, la mort du duc; de Verraandois, qu'elle avait eu du roi, elle di{ : « Je dois pleurer sa naissance encore plus que sa mort. • Il lai resta une fille 9 qui fut de tous les enfans du roi la plus ressemblante à son père, et qui épousa le prince Armand de Conti, neveu du grand Coadé.
- ( Siècle de Louis XIV . )
VASSI (massacre de) et des Cévennes ( i»"roai i56a). — Il est constant que ceux qtti se dirent réformés en France furent persécutés quarante ans avant qu'ils se révoltassent; car ce ne fut qu'après le massacre de ; Vassi, qu'ils prirent les armes.
Le diic François de Guise , qui n'était plus lieutenant du royaume, voulait toujours en être le 'maître. Il était déjà lié avec le roi d'Espagne, Philippe ii, et se lésait regarder par le peuple comme le? protecteur de la catholicité. Les seigneurs, ne marchaient de ces temps-là qu'avec un nombreux cortège : on ne voyageait point, comme aujourd'hui, dans une chaise de poste précédée de deux ou trois domestiques; on était suivi de plus de cent chevaux; c'était la seule magnificence. On couchait trois ou quatre dans le même lit , et on allait à la cour habiter une chambre où il n'y avait que des coffres pour meubles. Le duc de Cuise , en passant auprès tic Vasstsur les frontières de Champagne, trouva des calvinistes qui, jouissant du privilège de Pedft Chantaient paisiblement leurs psaumes dans une grange ; ses valets insultèrent ces malheureux ; ils en tuèrent environ soixante, blessèrent et dissipèrent Ici reste.
Alors les protestons : Se soulèvent dans presque tout le royaume. Toute la France est partagée entre le prince de Condé et François de Cuise. Calhcripc tic Médicîs Hotte entre eux deux. Ce ne fut dé tous éotés que massacres et (filiales. Elle était alors dans Paris avec le iôi, son fils ; elle écrit au prince de Condé 'de venir la délivrer. Cette lettre funest^était uù i ordre de coulinuér la guerre' civile ; on, ne la fesail qu'avep trop d'inhumanité l chaque
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ville était devenue une place de guerre, et les rues, des champs de batailles.
On doit aussi avouer que la guerre qu'une populace sauvage lit vers les Cévennes, sous Louis xiv, fut le fruit de la persécution. Les camisards agirent en lie u s féroces; mais ou leur avait enlevé leurs femelles et leurs petits; ils déchirèrent les chasseurs qui couraient après eux.
Les deux partis ne conviennent pas de l'origine de ces horreurs. Les uns disent
3 ne le meurtre de l'abbé du Chaila , chef es missions du Languedoc, fut commis pour reprendre une fille des mains de cet abbé; les autres, pour délivrer plusieurs enfans qu'il avait enlevés à leurs parens,afin de les instruire dans la foi catholique : ces deux causes peuvent avoir concouru, et l'on. ne peut nier que la violence n'ait prodoit le soulèvement qui causa tant de crimes, et qui attira tant de supplices.
Après la paix de Rysvvick, Orange, où régnait encore la religion protestante , appartenant à Louis xiv, plusieurs habitans du Languedoc Y allèrent chanter leurs psaumes , et prier Dieu dans leur jargon. A leur retour, on en prit cent trente , hommes et femmes, qu'on attacha deux à deux sur le chemin. Les plus robustes, au nombre de soixante et dix, furent envoyés aux galères.
Bientôt après, un prédicant, nommé Marlié , fut pendu avec ses trois enfans , convaincu d'avoir prêché sa religion , et d'avoir fuit convoquer l'assemblée par ses fils. On fit feu sur plusieurs familles qui allaient au prêché , on en tua dix-huit dans le diocèse d'Uzès ; et trois femmes grosses étant du nombre des morts, on les éventra pour tuer leurs enfans dans leurs cntrailles.Ces femmes grosses étaient dans leur tort; elles avaient en effet désobéi aux nouveaux edits; mais, encore une fois , les premiers chrétiens ne désobéissaient-ils pas aux édits des empereurs quand ils prêchaient? Il faut absolument ou convenir que les Juges romains firent très bien de pendr.: Içs chrétiens, ou dire que lès juges catholiques firent très mal de pendre leVbjjotestans ; car et protestans et piWiierJ cluétienS étaient pré-» cisément dans les nimes termes : on ne peut trop le répu^r^ils étaient également innoceus ou ilcment coupables.
Enfin , les chrétiens persécutés par Maxim in égorgèrent, après sa mort, son fils, âgé de dixTUuil.ana, sa fille, %ée
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de sept , et noyèrent sa veuve dans 1*0i cuite. Les prote*taris, persécutés par l'abbé du Chu i la, le massacrèrent. Ce Fut là l'tM-igine de la guerre horrible des Cévenaes. Il est même impossible que la révolte n'ait pas commencé par la persécution. Il n'est pas dans la nature humaine que le peuple se soulève contre ses magistrats et les égorge, quand il n'est pas poussé à bout. Mahomet luimême ne fît d'abord la guerre que pour se défendre; et peut-être n'y aurait-il point de mahométans sur la terre, si les " Mecquois n'avaient pas voulu faire moU- : vir Mahomet.
On ne peut, dans un Essai sur les mœurs, entrer dans le détail des horreurs qui ont dévasté tant de provinces. Le trenre humain paraîtrait trop odieux si l'on avait tout dit.
11 sera utile que dans Tes histoires particulières on voie un détail de nos crimes, ' afin qu'on ne les commette plus. Les proscriptions de Sylla et d'Octave , par exemple, n'approchèrent pas des massacres des Cévennes , ni pour le nombre, ni pour la barbarie ; elles sont seulement plus Célèbres , parce que le nom dé l'ancienne Rome doit faire plus d'impression que celui des villages et des cavernes d'Andoie;' et Sylla, Antoine, Auguste, en imposent plus que Ravanel et Castagnet. Mais l'atrocité fut poussée plus loin les six années des troubles du Languedoc que dans les trois mois des proscriptions du triumvirat. On en peut juger par des lettres de l'éloquent Fléchier, qui était évèque de Nîmes dans ces temps funestes. Il écrit en 1 704 : « Plus de quatre mille catholiques ont été égorgés à la campagne, quatre-vingts prêtres I massacrés, deux cents églises brûlées. » 11 ne parlait que de son diocèse; les autres étaient en proie aux mômes calamités.
Jamais il n'y eut de plus grandsorimes suivis de plus horribles supplices ; et lés deux partis, tantôt assassins, tantôt assassinés, invoquaient. également le nom du Seigneur. Nous verrons, .dans le Siècle de Lotit* XI P9 plus de quarante mille fanatiques périr" j)Sr' la roue et dans les flammes ; et , ce qui est bien remarquable, il n'y en eut pa* un seul qui ne mourût en bénissant Dieu , pas un qui montrât la moindre, faiblesse : hommes j femmes, enfans, tous expirèreàt avec le même courage.'
Quelle a été la câdsc de cette guerrè ci-