YEN
excommuniés. Mais les temps étaient changés : Pau! v , par cette violence, hasardait qu'on lui désobéit, que Venise fit fermer toutes les églises , et reoonçât à la religion catholique : elle pouvait aisément embrasser la grecque, ou la luthérienne, ou la calviniste, et parlait en cfict alors de se séparer de la communion du pape. Le changement ne se fût pas lait sans troubles ; le roi d'Espagne aurait pu en profiter. Le sénat se contenta de défendre la publication du monitoire dans toute l'étendue de ses terres. Le grandvicaire de l'évêque de Padoué , à qui cette défense fut signifiée, répondit au podestat qu'il ferait ce que Dieu lui inspirerait ; mais , le podestat ayant répliqué
Sue Dieu avait inspiré au conseil des dix e faire pendre quiconque désobéirait, l'interdit ne fut publié nulle part ; et la Cour de Borne fut assez heureuse pour que tous les Vénitiens continuassent à vivre en catholiques malgré elle.
Il n'y eut que quelques ordres religieux qui obéirent. Les jésuites ne voulurent pas donner l'exemple les premiers. Leurs députés se rendirent à l'assemblée générale des capucins; ils leur dirent que, « dans cette grande affaire, l'univers avait les yeux sur les capucins, et qu'on attendait leur démarche pour savoir quel parti on devait prendre. • Les capucins , qui se crurent en spectacle à l'univers, ne balancèrent pas à fermer leurs églises. Les jésuites et les théatins fermèrent alors tes leurs. Le sénat les fît tous embarquer pour Kome, et les jésuites furent bannis à perpétuité.
Parmi tant de moines qui depuis leur fondation avaient trahi leur patrie pour les intérêts des papes, il s'en trouva un à Venise qui fut citoyen , et qui acquit une gloire durable en défendant ses souverains contre les prétentions romaines ; ce fut le célèbre Sarpi, si connu sous le nom de Fra-Puolo. Il était théologien de la république ; ce titre de théologien ne l'empêcha, pas d'être un excellent jurisconsulte.' Il soutint la cause de Venise avec toute la force de la raison, et avec une modération cl une Go esse qui rendaient celte raison victorieuse. Deux sujets du pape et un prêtre de Venise subornèrent deux assassins pour tuer Fra-Pao!o. Ils le percèrent de trois coups de stylet, et (•'enfuirent dans une barque à dix rames qui leur était préparée. Un assassinat si bien concerté, (a fuite des meurtriers as-
V1CNV 535
surée avec tant de précautions et de frais, marquaient évidemment qu'ils avaient obéi àux ordres de quelques hommes puissans ; on accusa les jésuites, on soupçonna le papé : le crime fut désavoué par la cour romaine et par les jésuites. Fra- Paolo, qui réchappa de ses blessures, garda long-temps uu fies stylets dont il avait été frappé , et mit au-dessous celle inscription : Sfîio delià cfiiesa romana.
PaUl v, depuis ce temps, ne voulut plus faire aucune décision qui pût compromettre son autorité ; on le pressa en vain de faire un article de foi de l'immaculée conception de la sainte Vierge : il se contenta de défendre d'enseigner le contraire en public , pour ne pas choquer les dominicains, qui prétendent qu'elle a été conçue comme les autres dans le péché originel. Les dominicains étaient alors très puissans en Espagne et en I talie.
( Essai sur les mœurs ).
VENISE. CONJURATION CONTRE CBTrK
république , bn 1618, — La ville de Venise jouissait d'un avantage singulier, c'est que depuis le treizième siècle sa tranquillité intérieure ne fut pas altérée un seul moment; nul trouble, nulle sédition , nul danger dans la ville. Si on allait à Rome et à Florence pour y voir les grands motiumens des beaux-arts, les étrangers s'empressaient d'aller goûter dans Venise la liberté et les plaisirs; et on y admirait encore , ainsi qu'à Rome , d'cxcellens morceaux de peiulure. Les arts de l'esprit y étaient cultivés; les spectacles y attiraient les étrangers. Rome, était la ville des cérémonies, et Venise la ville des divertissemens. Elle avait fait la paix avec les Turcs après la bataille de Lé pan te , et son commerce, quoique déchu , était encore considérable dans le Levant ; elle possédait Candie et plusieurs lies, l'istrie, la Datmalie , une partie tic l'Albanie, et tout ce qu'elle conserve de nos jours eu Italie.
[1618] Au milieu de ses prospérités, elle fut sur le point <l'étre détruite par uue conspiration qui n'avait point d'exemple depuis la fondation de la république. L'abbé de Saînt-Réal, qui a écrit cet événement célèbre avec le style de Salin s te, y a mêlé quelques cmbellisscmcus de roman ; mais le fond en est très frai. Venise avait eu une petite guerre avec la maison d'Autriche sur les côtes de l'istrie. Le roi d'Espagne , Philippe 111, possesseur ofe Milanais, était
53ti YEN
toujours l'ennemi secret des Vénitiens.
Le duo d'Ossone, vice-roi de Ma pies; «Ion Pèdrc de Tolède, gouverneur de llilan; et le marquis de Bcdmar, ambassadeur d'Espagne «Venise, depuis cardinal delà Cuéva, s'unirent tous trois pour anéantir la république : les mesures étaient si extraordinaires et le projet si hors de vraisemblance , que lé sénat , tout vigilant et tout éclairé qu'il était, ne pouvait en concevoir de soupçon. Venise était gardée par sa situation et par les lagunes qui l'environnent* La fange de, ces lagunes, que les eaux portent tantôt d'un côté, tantôt de l'autre , ne laisse jamais le môme chemin ouvert aux vaisseaux : il faut chaque jour iudiquer uue route nouvelle. Venise avait une flotte formidable sur les côtes de l'Istrie, où elle fesait la guerre à l'archiduc d'Autriche, Ferdinand, qui fut depuis l'empereur Ferdinand n. Il paraissait imposable d'entrer dans Venise; cependant le marquis de Bedmar rassemble des étrangers dans la ville , attirés les uns par les autres jusqu'au nombre de cinq cents.
Les principaux conjurés (es engagent sous différent prétextes, et s'assurent de leur service avec l'argent que l'ambassadeur fournit. On doit mettre le feu a la ville en plusieurs endroits à la fois ; des troupes du Milanais doivent arriver par la terre ferme; des matelots payés doivent montrer le chemin à des barques chargées de soldats que le duc d'Ossone a envoyées à quelques lieues de Venise ; le capitaine Jacques Fiorre , un des conjurés , officier de marine au service de la république, et qui commandait douze vaisseaux pour elle, se charge de faire brûler ces vaisseaux , et d'empêcher, par ce coup extraordinaire, la reste de la flotte de venir à temps au secours de la ville. Tous les conjurés étant des étrangers de nations différentes, il n'est pas surprenant que le complot ait été découvert. Le procurateur Nani , historien célèbre de la république , dit que \c sénat fut instruit de tout par plusieurs personnes. Il ne parle point de ce prétendu remords que sentit un des conjurés, nommé Jaflîcr, quand Renaud , leur chef, les harangua pour la dernière fois, et qu'il leur fit, dit-on , une peinture si vive des horreurs de leur entreprise , que ce Jaffier, au lieu d'être encouragé, se livra au repentir. Toutes ces harangues sont de l'imagination des écrivains. On doi! s'en défier en
lisant l'histoire. Il n'est ni dans La nature
des choses, ui dans aucune vraisemblance, qu'un chef de conjurés leur fasse une description pathétique des horreurs qu'ils vont commettre, et qu'il effraie les imaginations qu'il doit enhardir. Tout ce que le sénat put trouver de conjurés fut noyé incontinent dans les canaux de Venise. On respecta dans Bcdmar le caractère d'ambassadeur, qu'on pouvait ne pas ménager ; et le sénat le fit sortir secrètement de la ville , pour le dérober à la fureur du peuple.
Venise, échappée à ce danger, fut dans un état florissant jusqu'à la prise de Candie. Cette république soutint seule la guerre contre l'empire turc pendant près de trente ans, depuis i64t jusqu'à 1669. Le siège de Candie, le plus long et le plus mémorable dont l'histoire fasse mention , dura plus de vingt ans; tantôt tourné en blocus, tantôt ralenti et abandonné , puis recommencé à plusieurs reprises, fait enfin dans les formes, deux ans et demi sans relâche, jusqu'à ce que ce monceau de cendres fût rendu aux Turcs avec l'île presque tout entière, en 1669.
Avec quelle lenteur, avec quette àvfoculté le genre humain se civilise , et \a société se perfectionne! On vovaît auprès de Venise, aux portes de cette Italie où tous les arts étaient en honneur, ùcs peuples aussi peu policés que Tétaient alors ceux du Nord. L'Istrie, la Croatie, la Dalmatic, étaient presque barbares. C'était pourtant cette môme Dalmatiesi fertile et si agréable sous l'empire romain ; c'était celte terre délicieuse que Dioctétien avait choisie pour sa retraite, dans un temps où, ni la ville de Venise, ni ce nom , n'existaient pas encore. Voilà quelle est la vicissitude des choses humaines. Les Mor laques surtout passaient pour les peuples les plus farouches de la . terre. C'est ainsi que la Sardaigoe , la Corse , ne se ressentaient ni des mœurs , ni de la culture de l'esprit , qui lésaient la gloire des autres Italiens, II en était comme de l'ancienne Grèce ^ qui voyait près de ses limites des nations encore sauvage?. ( Essai sur les mœurs ).
VEPRES SICILIENNES (les),^o mars 1 a8a ). — C'est une opinion générale, qu'un gentilhomme de (a Sicile, nommé Jean de Procida, déguisé en cordclier, trama cette fameuse conspiration, par laquelle tous 1rs Français devaient