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EvangHe* dans l'église cathédcrale de Paris. Cette cérémonie se fit avec autant de magnificence que Henri iv mettait de simplicité dans sa vie privée. [ 4 et »i juin l'iob* ] Les ambassadeurs d'Espagne étaient accompagnés de quatre cenUgen* tilsHomme». Le roi, à cheval à la té te de tous les prince» « des ducs et pairs, et de» ofliciers, suivi de six cents gentilshommes des pluB distingués du royaume , signa le traité et prononça le serment, ayant le légat du pape à sa droite , et les ambassadeurs d'Espagne à sa gauche*
Il n'est point dit que le parlement assista à cette cérémonie, ni qu'il ait enregistré le traité ; soit qu'on regardât cette grande solennité du serment comme suffisante, soit qu'on crût que le» enregistremens n'étaient nécessaires que pour lot édita dont les juges devaient maintenir l'observation. Ce jour fut une de» plas-cé*> lèbres époque» du règne trop court de Henri iv. ( Bssmi sur les mœurs ).
VICTOR-AMÉDEB, roi de Sardaigoo.
— «on ABBicjmofr mt oa qoi à'Mwtr, (3 septembre 1 ^3o). — Victor "Amédev avait un fils aine, qui, rempli de qualités aimables, en fesait espérer de brillantes. 11 mourut à dix-sept an». Sa mort plongea san père dans un désespoir qui fit craindre pour sa vie. Cependant son courage triompha de sa douleur. Il s'occupa de son second fil», que jusque là H avait négligé, et traité même avec dureté»* parce que l'extérieur peu avantageux de ce prince l'humiliait, et que sa douceur et sa timidité naturelles, qualités trop opposées du caractère impétueux du roi Victor, lui paraissaient annoncer un défaut d'activité et de courage. Il donna cependant tous ses soin» à l'instruction de? ce fils, le seul qui lui restât ; sans cesse il l'occupait à passer en revue ou è faire manœuvrer ses régimens, à lever le plan de toutes ses place». Il lui fit apprendre tous les détails des manufactures établie» dans ses étals , lui développa tous ses projets de finance et de législation, les motifs de ce qu'il avait fait , le succès heureux ou malheureux de toutes ses tentatives pour rendre son pays florissant; et, lorsqu'il le crut assez instruit, il le fit travailler avec lui dans toute» les affaires, n'en décidant aucune qu'après l'avoir disculée avec le prince Charles. Mai» il continuait de le traiter avec la même dnreté , ne lui laissant aucune liberté ; pas même , après son second mariage , celle de vivre à son
gré avec sa femme. Vers la fin do 1710 Victor forma le projet d'abdiquer; il croyait son fils en état de gouverner : l'Europe était en paix. L'on pouvait espérer que cette paix durerait quelques années, et il ne voûtait pas exposer son état à n'avoir pour chef, pendant la guerre qa'il prévoyait pour nn temps pin» éloigné, qn'an jeune prince encore sans expérience, ou un vieillard abattu par l'âge et par les infirmités. Il ne te trouvait plu» ni la même âctivité pour le travail, ci la mémo netteté : d'esprit; il sentait qu'il n'avait plus la force de dompter son un* meur.
Il avait toujours mené une vie simple, se montrant supérieur * l'étiquette de la grandeur comme au faste de la- mollesse. 11 imagina qu'il coulerait des jours tranquilles dan» sa retraite avec la marquise de Saint-Sébastien , dame d'honneur de la princesse de Piémont, qu'il prit la résolution d'épouser. Il n'avait jamais été son amant, et elle avait quarante-cinq ans ; mais , souvent trompé par de» femme», il avait des preuves de la vertu do madame de Saint-Sébastien, et avait pris insensiblement du goût pont eUe dans de l'réquems tête-à-tête , où ils examinaient ensemble lus plus secrets détails du ménage du prince , sur lesquels un violent désir d'avoir de la postérité donnait au roi Victor une curiosité singulière, il ne mit point madame de Saint-Sébastien dans la confidence de son abdication , l'épousa en secret le 12 auguste 1700 , et abdiqua le 3 septembre, ne se réservant qu'une pension de cinquante mille écus.
11 recommanda à son fils, le prince de Saint-Thomas, ancien ministre, sujet fidèle et bon citoyen ; Rebender , général allemand , qu'il venait Je faire maréchal et le marquis d'Orméa, alors ambassadeur à Rome. D'Orméa était nn homme sans naissance, que Victor-Amédée, qui lui trouvait de l'adresse , avait tiré de la misère. Ce ministre lui avait rendu lé service de terminer des Uifierens avec la cour de Home, qui avaient duré une grande partie do son règne, et d'obtenir d'eUe un concordat plu» favorable qoe Victor n'eut pù l'espérer. Il ne savait pas qne , d'Orméa ayant prodigué l'argent au cardinal Coscia (Cuisse J, qui gouvernait Benoit xm, Coscia avait fait lire rm concordat au pape , et lui cft avait fait signer uu autre. Le marquis1 d'Orméa , rappelé de Rome, et placé dans le ministère,
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formel dès son arrivée te projet d'être ks maître. Il craignait peu le» autre» ministre», qu'il parvint bientôt à rendre suspects ou inutiles ; mais le roi Victor était un obstacle à son ambition; On loi envoyait tous les jour* un bulletin qui renfermait la note de tout ce que le» différent bureaux avaient fait j et , dans les affaire»' importantes, son fil* paraissait ne décider que diaprés lui.
•L'hiver qui suivit son abdication, le roi Victor eut une attaque d'apoplexie dont il rest* défiguré. Son fils n'alla point le voir , parce que lui-même s'y opposa ; mais H lui écrivit pour l'engager à eboifir sa retraite eh Piémont , plu* près de Turin, et dans un climat plus doux. Le bulletin avait été interrompu pendant la maladif; de Victor , et on ne loi en envoya plus après sa convalescence. D'Orméa prit sur loi de cesser cet usage; éluda les ordres do roi Charles , qui voulait donner à «on père celte marque de respect, et finit par Pen dégoûter.
Le roi Victor fut irrité de ee procédé* Son fils se proposa de le voir * Cbambéri, en allant aux eaux. 11 lui envoya d'abord d eu» ministre» lui rendre compte des affaire» de leurs département. Victor les écouta, les remercia de leur attention pour lui; mais refusa de croire qu'il dût leur confiance aux ordres de son fils : il le traita , lorsqu'il le vit , avec la même humeur et la même dureté qu'il lui avait prodiguées dans son enfance, et ne cacha ani in ar a Ui* d'Orméa et à Dclborgo , autre ministre alors uni avec d'Orméa, ni son mépris , ni sa haine $ ni le désir! qu'il avait d* détromper son fils < et d'obtenir de loi leur disgrâce.
A son retour le roi Charles revit son père; il cet fut encore plus maltraité. l\ devait rester Quinze jours avec lui. D'Orméa- sentit que tôt ou tard Victor se rendrait maître de son humeur, et qoe sa pèrté'serait le résultat d'une conférence paisiMé entre le père et le fils. Alors il ehferche à effrayer le feu ne roi , à lui per- Hifadef qVil n est pas en sûreté dans le château dé* son père, que sa liberté est eri1 danger,' sa vie exposée à un mouvement1 de violence ; il le détermina à partira-cheval an milieu de la nuit. La reine le suit quelques jours après , et Victor fui-inéme part pour le Piémont avec sa Temmc ; il s'arrête à Montcarlier , et mande à son fils que d'après le conseil qu'il lui avait donné de se rapprocher de
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Turin , et de ne plus s'exposer au climat rigoureux de la Savoie, il a quitté Chamberi , et attend qu'il lui donne une nouvelle retraite. La première entrevue fut très violeote, et les menaces contre les ministres redoublèrent. D'Orméa vit qu'il n'avait plus a choisir qu'entre sa perte et celle du roi Victor; mais comment faire consentir un fils , jeune , accoutumé au respect cl à la crainte , à faire arrêter son père, à soulever par cette violence l'Europe entière contre lui f 11 supposa que le roi Viclof: avait formé le projet de remonter sur le troue , tirant parti de quelques mots qui lui étaient échappés. Fosquieri, gouverneur de Turin , avait été séduit , ainsi que le marquis de Tttvarol; le roi Victor avait Fait une tentative pour s'introduire dans la citadelle. 11 âvait eu des entretiens avec des médecins et des apothicaires de là cour; tout annonçait le complot le plus funeste. 11 fallait, ou rendre ces complots inutiles en s'assurant de la personne de Victor; ou lui céder lé trône; action qui, suivant ces indignes conseillers, avilirait le roi Charles au* yen» de tontes les puissances , et le ferait regarder comme incapable de régner. Cependant Mahomet 11 , qui remit deux fois le trône a son père , avait laissé un assex grand nom. Obsédé par ses ministres qui ne lui laissaient aucun relâche , et qui tous étaient les instrumens d'Orméa, quoique jaloux de lui et le haïssant , le roi Charles céda ; il ordonna d'arrêter son père.
Au milieu de la nuit, des grenadiers , les uns armés de baïonnettes, les autres portant des flambeaux, entrent dans la maison où était Victor; on brise i coups de hache la porte de sa chambre , qui se remplit de soldats. Il était couché avec sa femme. On lui signifia l'ordre de son fils ; dédaignant de parler aux officiers, il s'adressa aux grenadiers : < Et vous, leur dit-il, avex-vous oublié le sang que j'ai versé à votre tête pour le service de l'Etat ?» Ils ne répondirent que par leur silence; s'obstina nt à ne point obéir, on l'arrache de son lit , et des bras de sa femme qu'il tenait embrassée ; on la traîne dans une chambre voisine; sa chemise déchirée l'exposait tout entière aux yeux des soldats. Victor consent enfin à se faire habiller; On le perte dans une toiture; il aperçoit , en sortant , les gardes de son fils, qu'on lui avait donnés par honneur, les jours précédons : « Vous avez bien fait
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votre devoir, • leur dit-il. La voiture était entourée d'un détachement de dragons du régiment de «on fils. «On a pria toutes les précautions , • dit-il en les reconnaissant ; et il se laissa placer dans la voiture. Un colonel des satellites voulait y monter avec lui ; ce colonel était un homme de fortune. Victor le repoussa avec la main. « Apprcncx, lui dit-il, que, dans quelque état que soit votre roi , vous n'êtes pas fait pour vous asseoir à côté de lui. • On le conduisit à Revole, dans une maison dont on avait fait griller les fenêtres, et où il était entouré de gardes et d*espions. Sa femme fut conduite dans la forteresse de Céva, oîi l'on n'enfermait que des femmes perdues.
Le marquis Fosquicri, le marquis de Rivarol, deux médecins, un apothicaire, furent arrêtés pour achever de tromper le roi , et pour en imposer au peuple ; mais bientôt après on fut obligé de les relâcher. On ne trouva dans la cassette du roi Victor aucun papier qui annonçât des projets ; et trente mille livres , reste d'un quartier de sa pension, payé quelques jours auparavant , étaient tout sou trésor. Tels avaient été les préparatifs de la prétendue révolution,
Louis xv, petit-fils du roi Victor, pouvait prendre la défense de son grandpère ; il se serait couvert de gloire en marchant lui-môme à sou secours à la tête d'une armée. La nation eût applaudi à cette guerre ; l'Europe eût respecté ses motifs. Comment le roi Charles, sans alliés , au milieu d'un peuple qui avait cessé de haïr un prince malheureux , et ne se souvenait plus que de sa prison, ne pouvant compter ni sur ses troupes, ni sur les commandans de ses places , ni sur sa noblesse , eùt-il pu résister aux premières nouvelles de la résolution de son neveu. 11 eût vu l'abîme où l'ingratitude et la scélératesse d'Orméa l'avaient plongé } cette victime immolée à son père eût rétabli la paix, et lui eût rendu sa gloire.
Le cardinal de Fleuri n'avait qu'une politique faible oumachiavéliste ; le garde des sceaux, Chauvelin, n'avait point un génie plus élevé, llsne furent frappés que de la crainte d'obliger le roi Charles de s'unir avec l'empereur; la nature, le devoir, l'honneur, furent sacrifié» à un intérêt qui même n'existait pas, et ils portèrent la pusillauimité jusqu'à ne pas oser faire demander, au nom du roi de Fiance, qu'où adoucit la prison de sou grand*
père , tandis que le roi Charles et ses deux ministres étalent dans les plus grandes inquiétudes sur le parti que la France pourrait prendre.
Fleuri avait peut-être des motifs plus personnels j il n'ignorait pas que Vîctor- Amédée blâmait sa conduite , le soin qu'il avait d'éloigner le roi des affaires , de ne lui laisser voir ni ses troupes, ni ses places de guerre , ni ses provinces ; de favoriser sa timidité naturelle qui l'empêchait de parler à ses sujets ou aux étrangers.
Quelques mois après on transporta Je roi Victor à Montcarlier. Revoie était
S lacé sur le grand chemin de France à orne , à la vue du palais de Turin, dans les campagnes où le roi chassait tous les jours. Un étranger, que le roi Victor avait traité avec cette allabilité franche qui plait tant dans les rois , fut le seul qui osa s'intéresser à son infortune ; il fit sentir à d'Orméa combien toutes ces circonstances rendaient plus odieuse encore /a prison de ce malheureux prince. On lut- rendit sa femme , à laquelle d'Orméa défendit , sous peine de la vie , d'avouer qu'elle eût été enfermée an château de Céva. Il mourut la même année. Dans ses derniers jours, il demandait à voir son (ils, promettant de no lui faire aucun reproche.
D'Orméa. eut le crédit d'empêcher une entrevue qui pouvait le perdre en apprenant au roi que toute cette horrible catastrophe était l'ouvrage de son ministre.
Telle fut la On de V ictor- Amédée » victime d'un sujet qu'il avait comblé de biens. Les .malheurs du père et du fils doivent apprendre aux princes à quels revers, à quels crimes involontaires ils s'exposent, lorsque, plus frappés des talens que de la probité, ils comptent la vertu pour rien dans le choix de ceux qu'ils élèvent aux grandes places.
Nous avons cru ces détails intéressa» ; c'est d'ailleurs un devoir de détruire 4« calomnies accréditées, même contre la mémoire des morts. On avait accuse Victor d'inconstance , sa femme^'am option, et tous deux du projet de troubler leur pays pour satisfaire leur ainbiÇtv'n, Ils ne furent coupables que de iqop de sensibilité aux outrages d'un sujet ingrat. Pour-
3uoi ne pas apprendre à ceux que le récit e cet événement indigne ou attendrit, que le roi Charles-Emmanuel fut trompé lui-même ; qu'il ne sut , que lorsqu'il n'eu était plus temps , et l'innocence des démarches de sou père, et l'insolente.
cruauté de ses persécuteurs? Pourquoi ne pas dévouer le vrai coupable au jugement de ia postérité ?
(Essai sur les mœurs), VIENNE (la ville de). — sacv^k pas sobieski ( i3 septembre 1 683 ). — Ce siégu de Vienne doit fixer les regards de la postérité. La ville était devenue, sous dix empereurs consécutifs de la maison d'Autriche» la capitale de l'empire romain en quelque sorte : mais elle n'était ni forte ni grande. Cette capitale prise, il n'y avait jusqu'au Rhin aucune place capable de résistance.
Vienne et ses faubourgs contenaient environ cent mille citoyens, dont les deux tiers habitaient ces faubourgs sans défense. Kara Mustapha s'avançait sur la droite du Danube, suivi de trois cent trente mille hommes , en comptant tout ce qui servait à cet armement formidable. On a prétendu que le dessein de ce grand visir était de prendre Vienne pour lui-môme , et d'en faire la capitale d'un nouveau royaume indépendant de son maître. TékéJi , avec ses roécontens de Hongrie, était vers l'autre rive du Danube. Toute la Hongrie était perdue, et Vienne menacée de tous côtés. Le duc Charles de Lorraine n'avait: qu'environ vingt-quatre mille combattans à opposer aux Turcs qui précipitaient leur marche. Un petit combat a petronel , non loin de Vienne , venait encore de diminuer la faible armée de ce prince.
Le 7 juillet , l'empereur Léopold , l'impératrice sa belle-mère , l'impératrice sa femme, les archiducs, les archiduchesses, toute leur maison, abandonnent Vienne et se retirent ,à Lintz. Les deux tiers des habitans suivent la cour en dé' sordre. On ne voit que des fugitif*, des équipages , des chariots chargés de meubles; et les derniers tombèrent entre les mains des Tartares. La retraite de l'empereur ne porte a Lintz que la terreur et la désolatioo. La cour ne s'y croit pas en sûreté. On se réfugie de Lintz à Pas- »au. La consternation en augmente dans Vienne : il faut brûler les faubourgs , les maisons de plaisance, fortifier en hâte le corps de la place , y faire entrer des munitions de guerre et de bouche. On ne s'était préparé à rien, et les Turcs allaient ouvrir la tranchée. Elle fut en effet ouverte, le 16 juillet, au faubourg Saint- Ulric, à cinquante pas de la contrescarpe.
Le comte de S tarera berg, gouverneur de la ville , avait une garnison dont le fonds était de seize mille hommes, mais qui n'en composait pas en effet plus de huit mille. On arma les bourgeois qui étaient restés dans Vienne : on arma jusqu'à l'université. Les professeurs , les écoliers montèrent la garde , et ils eurent un médecin pour major.
Pour comble de disgrâce , l'argent manquait, et on eut de la peine à ramas ser cent mille rixdalcrs.
Leduc de Lorraine avait en vain tenté de conserver une communication de sa petite armée avec la ville; mais il n'avait pu que protéger la retraite de l'empereur. Forcé enfin de se retirer par les ponts qu'ils avaient jetés sur le Danube, il était loin au septentrion de la ville, tandis que les Turcs oui l'environnaient avançaient leurs tranchées au midi. îl fesait tète aux Hongrois de Tékéli , et défendait la Moravie ; mais la Moravie allait tomber avec Vienne ait pouvoir des Ottomans. L'empereur pressait les secours de Bavière , de Saxe et des cercles, et surtout celui du roi de Pologne Jean Sobieski, prince long-temps la terreur des Turcs, tandis qu'il avait été général de la couronne, et qui devait son trône à ses victoires ; mais ces secours ne pouvaient arriver que lentement.
On était déjà au mois de septembre , et il y avait enfin une brèche de six toises au corps de la place. La vilJe paraissait absolument 9ans ressource. Elle devait tomber sous les Turcs plus aisément que Consla'ntinople; mais ce n'était pas un Mahomet 11 qui l'assiégeait. Le mépris brutal du çrand visir pour les chrétiens, son inactivité , sa moUessc , firent lauguir le s'ege.
Son parc, c'est-à-dire l'enclos de ses tentes, était aussi grand que la ville assiégée. 11 y avait des bains, des jardins, des fontaines; on y voyait partout l'excès du luxe , avant-coureur de la ruine.
Enfin Jean Sobieski, ayant passé le Danube quelques lieues au-dessus de Vienne , les troupes de Saxe , de Bavière et des cercles étant arrivées, on fit, du haut de la montagne de Calemberg, des signaux aux assiégés. Tout commençait à leur manquer, et il ne leur restait plus que leur courage.
Les armées impériale et polonaise descendirent du haut de cette montagne de Calemberg, dont le grand vizir avait né.
gligé de l'emparer ; elles n'y étendirent en formant un vaste amphithéâtre. Le roi de Pologne occupait ia droite a la tête d'environ douze mille gendarmes , et de trois à quatre mille hommes de pied. Le priucc Alexandre, son lils, était auprès de lui. L'infanterie de l'empereur et de l'électeur de Saie marchait à la gauche. Le duc Charles de Lorraine commandait les impériaux. Les troupes de Bavière montaieut à dix mille hommes; celles de Saxe à peu près au même numbie.
Jamais oa ne vit plus de grands princes que dans cette journée. L'électeur de Saxe Jean George m était a la tète de ses Saxons. Les Bavarois n'étaient point conduits par l'électeur Maric-Rinmanuel, leur duc. Ce jeune prince voulut servir comme volontaire auprès du duc de Lorraine. 11 avait reçu de l'empereur une èpée enrichie de diamans; et, lorsque Léopold revint dans Vienne après sa délivrance, le jeune électeur, ,1e saluant avec cette même épée, lui fit voir à quel usage il employait ses présens. C'est le même électeur .qui fut mis depuis au ban de l'Empire.
Le prince de Saxe Lavscn bourg , de l'ancienne et malheureuse maison d'Aacanie, menait la cavalerie impériale ; le prioce Ilcrmau de Ua^e, l'infanterie; les troupes de Franconic , au nombre d'environ sept mille, marchaient sous le prince de Waldeck.
On distinguait parmi les volontaires trois princes de la maison d'Anhalt, deux de Hanovre, trois delà maison de Saxe, deux de Xeubourg, deux de Wirtemberg, tandis qu'un troisième se signalait dans la ville ; deux de Holstein , un prince de Hesse Çassel , un prince de Hohenzollern : il n'y manquait que l'empereur.
Cette armée montait à soixante et quatre mille combattans. Celle du grand vizir était supérieure de plus du double ; ainsi cette bataille peu! être comptée parmi celles qui font voir qne le petit nombre l'a presque toujours emporté for le grand , peut-être parce qu'il y a trop de confusion dans les armées immenses , et plus d'ordre dans les autres.
Ce fut le ia septembre que se donnait celte bataille, si c'en est une, et que Vienne fut délivré*. Le grand vizir laissa vingt mille hommes dans les tranchées , et lit donner un assaut à la place dans le temps même qu'il marchait contre
l'armée chrétienne. Ce dernier assaut pouvait réussir contre des assiégés qui commençaient à manquer de poudre, et dont les canons étaient démontés , mais la vue du secours ranima leurs forces.
Cependant le roi de Pologne , ayant harangué ses troupes de rang en rang , mar chait d'un coté contre l'armée ottomane, et le duc de Lorraine de l'autre. Jamais journée ne. fut moins meurtrière et plus décisive. Deux postes pris sur les Turcs décidèrent de la victoire. Les chrétiens ne perdirent pas plus de deux cents hommes. Les Ottomans en perdirent à peine mille i c'était sur la f n du jour. La terreur se mit pendant la nuit dans le camp du vizir. Il se retiru précipitamment avec toute son armée. Cet aveuglement, qui succédait à une longue sécurité, fut si prodigieux , qu'ils abandonnèrent leurs tentes , leurs bagages , et jusqu'au grand étendard de Mahomet.
Il n'y eut , dans cette grande journée , de faute comparable à celle da vizir, que celle de ne, le point poursuivre.
Le roi de Pologne envoya l'étendard de Mahomet au pape. Les Allemands et les Polonais s'enrichirent des drpouillm des Turcs. Le roi de Pologne écrivit à /a reine sa femme, qui était une française , fille du marquis d'Arqutn , que Ve grand vizir l'avait fait son héritier, et qu'il avait trouvé dan* ses tentes la valeur de plusieurs millions de ducats. On connaît assez cette lettre, dans laquelle il lui dit : * Vous ne direz pas de moi ce que disent les femmes tartares quand elles voient rentrer leurs maris les mains vide» : Fous n'êtes fus un homme, puisque vous revenez sans butin. » '
Le lendemain, i5 septembre, le roi Jean Sobieski fit chanter le Te Deum dans la cathédrale, et l'entonna lui m - me. Cette cérémonie fut suivie d'nn serment, dont le prédicateur prit pour texte : « II fut un homme envoyé de Dieu , nomme Jean. *
Toute la ville s'empressait de venir rendre grâce à ce; roi , et de baiser les mains de son libérateur, comme il le raconte Im mrme. L'empereur arriva le i4, au milieu des acclamations qui n'étaient pas pour lui. Il vit le roi & - Pologne hors des murs, et il y eut de la difficulté poar le cérémonial, dans un temps où la reconnaissance devait l'emporter sur le* formalités.
( Essai sur (es mœurs).
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VIGOUREUX (La) et La Voisin. — ut» supplice pooa km poison > kmknt {'la février 1680 ). Deux Italiens . dont l'un s'appelait Éxifc, travaillèrent long-temps avec un apothicaire allemand, nommé Glaser , à chercher ce qu'on appelle (a •pierre phUosophale. Les deux Italiens y perdirent le peu qu'ils avaient, et voulurent , par le crime , réparer le tort de leur folie. Ils vendirent secrètement des poisons. La confession , le plus grand frein de la méchanceté humaine, mais dont on ahuse en croyant pouvoir l'aire des crimes qu'on croit expier ; la confession , dis-ie, fît connaître au grand pénitencier de Paris que quelques personnes étaient mortes empoisonnées, lion donna avis au gouvernement. Les doux Italiens soupçonnés furent mis à la Bastille; l'un des deux y mourut. Exili y resta sans être convaincu; et, du fond de sa prison, il répandit dans Paris ces funestes secrets -qui coûtèrent la vie au lieutenant civil d'Aubrai et à sa famille , et qui firent enfin ériger la chambre des poisons, qu'on -nomme la chambre ardente.
L'amour fut la première source de ces horribles aventures. Le marquis de Brinvillicrs , gendre du lieutenant «vil d'Anbrai , logea chez lui Sainto-Croix * , capitaine de son régiment , d'une trop belle figure. Sa femme lui en fit craindre les conséquences. Le mari s'obstina à faire demeurer ce jeune homme avec sa femme, jeune, belle et sensible. Ce qui devait arriver arriva : ils s'aimèrent. Le lieutenant civil, père de la marquise, fut asset sévère et assez imprudent pour solliciter une lettre de cachet, et pour faire envoyer à la Bastille le capitaine , qu'il ne fallait envoyer qu'à son régiment.
Sainte-Croix fut mis malheureusement dans la chambre où était Exili. Cet Italien lui apprit à se venger ; on en sait les suites qui font frémir. La marquise n'attenta point à la vie de son mari , qui avait eu de l'indulgence pour un amour dont lui-même était la cause ; mais la foreur de la vengeance la porta à empoisonner son père , ses deux frères et sa sœnr. Au milieu de tant de crimes elle avait de la religion : elle allait souvent à confesse ; et
* V Histoire de Louis XI V. sou» la nom de LaMartinière, le nomme Yabbi de La Croix. Cette hUtoire, fautire en tout , confond le* nom», le. date, et le* événemen».