‹ Dictionnaire historique des événemens remarquablesChapitre 179 sur 183 · VOEU · texte numérisé non relu

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çois d'Assise, le diable le fit souvenir de ceux qu'il avait faits à sa maîtresse , à qui il avait signé une promesse de mariage. En lin , le diable étant plus fort que saint François, le jeune capucin sort de son cloître, et court à la maison de sa maîtresse; on lui dit qu'elle s'est jetée dans un couvent, et qu'elle a fait sa profession.

11 vole au couvent; il demande à la voir, il apprend qu'elle est morte de désespoir. Cette nouvelle lui ôte l'usage de ses sens, il tombe presque sans vie. On le transporte dans un couvent d'hommes voisin, non pour lui donner les secours nécessaires , qui ne peuvent tout au plus que sauver le corps, mais pour lui procurer la douceur de recevoir avant sa mort l'extrême-onction , qui sauve infailliblement l'âme.

Cette maison , où l'on porta ce pauvre garçon évanoui, était justement un couvent de capucins. Ils le laissèrent charitablement à leur porte pendant plus de trois heures ; mais enfin il fut heureusement reconnu par un des révérends pères qui l'avait vu dans le monastère d'où il était sorti. 11 fut porté dans une cellule , et l'on y eut quelque soin de sa vie , dans le dessein de la sanctifier par une salutaire pénitence.

Dès qu'il eut recouvré ses forces, il Ait conduit bien garrotté & son couvent; et voici très exactement comme il tut traité. D'abord on le descendit dans une fosse profonde, au bas de laquelle est une pierre très grosse, à laquelle une chaîne de fer est scellée. 11 fut attaché à cette chaîne par un pied ; on mit auprès de lui un nain d'orge et une cruche d eau ; après quoi on referma la fosse , qui se bouche avec un large plateau de grès , qui ferme l'ouverture par laquelle on l'avait descendu.

Au bout de trois jours on le tira de sa fosse pour le faire comparaître devant la tournelle des capucins. 11 fallait savoir s'il avait des complices de son évasion; et, pour l'engager à les révéler, on l'appliqua à la question usitée dans le couvent. Cette question préparatoire est infligée avec des cordes qui serrent les membres du patient, èt qui lui font souffrir une espèce d'estrapade.

-Quand il eut subi ces tourmens, il fat condamné à être enfermé pendant deux ans dans son cachot, et à sortir trois Ibis par semaine pour recevoir sur son corps

entièrement nu la discipline avec des chaînes de fer.

Son tempérament résista seize mois entiers à ce supplice. Il fut assez heureux pour se sauver, à la faveur d'une querelle arrivée entre les capucins. Ils se battirent les uns contre les autres, et le / prisonnier échappa pendant la mêlée.

S'étant caché pendant quelques heures dans les broussailles , il se hasarda do se mettre en chemin au déclin du jour, pressé par la faim , et pouvant à peine 6e soutenir. Un samaritain qui passait eut pitié de ce spectre ; il le conduisit dans sa maison, et lui donna du secours. C'est cet infortuné lui-même qui m'a conté son aventure en présence de son libérateur.

Voilà donc ce que les vœux produisent !

(Dictionnairê frititotophique). . VOLTAIRE ( François Arouet de). — soit ambassadr a BEBtiif. — La maison d'Autriche renaissait de sa cendre. La France était pressée par elle et par l'Angleterre. Il ne nous restait alors d'autre ressource que dans le roi de Prusse, qui nous avait entraînés dans la guerre , et qui nous avait abandonnés au besoin.

On imagina de m 'envoyer secrètement chez ce monarque pour sonder ses intentions, pour voir s'il ne serait pas d'hu* meur à prévenir les orages qui devaient tomber tôt ou tard de Vienne sur lui, après avoir tombé sur nous , et s'il ne voudrait pas nous prêter cent mille hommes dans 1 occasion pour mieux assurer sa Silésie. Cette idée était tombée dans la tête de M. de Richelieu et de madame de Cbat eau roux. Le roi l'adopta ; et M. Amelot, ministre des affaires étrangères, mais mi* nistre très subalterne, fut chargé seule* ment de presser mon départ.

Il fallait un prétexte. Je pris celui de ma querelle avec l'ancien évéque de Mi- s repoix. Le roi approuva cet expédient* J'écrivis au roi de Prusse que je né pouvais plus tenir aux persécutions de ce théatin , et que j'allais me réfugier auprès d'un roi philosophe, loin des tracasseries d'un bigot. Comme ce prélat signait toujours , Yanc. éviq. de Mircpoix, en abrégé, et que son écriture était assez incorrecte , on lisait Y âne de Mirepoiv, au lieu de l'ancien; ce fut un sujet de plaisanterie; et jamais négociation ne fut plus gaie.

Le roi de Prusse, qui n'y allait pas do main morte quand il fallait frappep sur les moines et sur les prélats de la cour , me répondit avec un déluge de railleries

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