‹ Dictionnaire historique des événemens remarquablesChapitre 18 sur 183 · BUT · texte numérisé non relu

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quoi la Bohème , qui originairement était un état séparé de l'Allemaene, et qui par la bulle d'or n'a point d'entrée aux délibérations de l'Empire, a-t-elle pourtant droit de suffrage dans l'élection?

On en voit la raison : Charles iv était roi de Bohême, et Louis de Bavière avait été son ennemi.

On dit dans cette bulle, composée par Barthole, que les sept électeurs étaient déjà établis ; ils l'étaient donc, mais depuis fort peu de temps : tous les témoignages antérieurs du treizième siècle et du douzième font voir que, jusqu'au temps de Frédéric u , les seigneurs et les prélats, possédant les fiefs , élisaient l'empereur; et ce vers d'Hoved en est une preuve manifeste :

E//git unanîmis cleri procerumçue voJuntas. m ta volonté unanime dea «cigncurs et da clergé

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Mais comme les principaux officiers de la maison étaient des princes puissans ; comme ces officiers déclaraient celui que la pluralité avait élu ; enfin, comme ces officiers étaient au nombre de sept, ils s'attribuèrent , à la mort de Frédéric u , le droit de nommer leur maître ; et ce fut la seule origine des sept électeurs.

Auparavant, un maître - d'hôtejf, un écuyer, un échanson étaient des principaux domestiques d'un homme ; et, avec le temps , ils s'étaient érigés en maitresd'hôtei de l'empire romain , en échansons de l'empire romain. C'est ainsi qu'en France celui qui fournissait le vin du roi s'appela grand bouteillier de France ; son panetier, son échanson, devinrent grand panetier, grand échanson de France , quoique assurément ces officiers ne servissent ni pain , ni vin , ni viande à l'Empire et à la France. L'Europe fut inondée de ces dignités héréditaires, de maréchaux , de grands veneurs , de chambellans d'une province. II n'y eut pas jusqu'à la grande maîtrise des gueux de Champagne, qui ne fût une prérogative de famille.

Au reste, la dignité impériale, qui par elle-même ne donnait alors aucune puissance réelle, ne reçut jamais plus de cet éclat qui impose aux peuples , que dans la cérémonie de la promulgation de la bulle d'or. Les trois électeurs ecclésiastiques , tous trois archichanceliers , y parurent avec les sceaux de l'Empire.

Mayence portait ceux d'Allemagne , Cologne ceux d'Italie , Trêves ceux des Gau-

les. Cependant l'Empire n'avait dan* les Gaules , querra vainc mouvance des restes du royaume d'Arles, de la Provence, dn Dauphiné, bientôt après»con fondus dans le vaste royaume de France. La Savoie , qui était à la maison de Maurienne, relevait de l'empire ; la Franche-Comté, sous la protection impériale , était indépendante, et appartenait à la branche de Bourgogne de la maison de France.

L'empereur était nommé dans la bulle, le chef du monde, eapul orbis. Le dauphin de France, fils du malheureux Jean de France, assistait à cette cérémonie, et le cardinal d'Albe prit la place au-dessus de lui : tant il est vrai qu'alors on regardait l'Europe comme un corps à deux têtes t et ces deux têtes étaient l'empereur et le pape; les autres princes n'étaient regardés aux diètes de l'Empire cl aux conclaves , que comme des membres qui devaient être des vassaux. Mais observez combien ces usages ont changé ; les électeurs alors cédaient aux cardinaux, ils ont depuis mieux senti le prix de leur dignité : nos chanceliers ont long-temps pris le pas sur ceux qui avaient osé précéder le dauphin de Fiance. Jugez, après cela , s'il est quelque chose de fixe en Europe.

On a vu ce que l'empereur possédait en Italie. Il n'était en Allemagne que souverain de ses états héréditaires; cependant il parle dans sa bulle en roi despotique ; il y fait tout de sa certaine science et pleine puissance , mots insoutenables à la liberté germanique, qui ne sont plus soufferts dans les diètes impériales , où l'empereur s'exprime ainsi : « Nous sommes demeurés d'accord avec le» états, et les états avec nous. »

Pour donner quelque idée du faste qui accompagna la cérémonie de la bulle d'or, il suffira de savoir que le duc de Luxembourg et de Brabant, neveu de l'empereur, lui servait à boire; que le duc de Saxe , comme grand maréchal , parut avec une mesure d'argent pleine d'avoine; que l'électeur de Brandebourg donna à laver à l'empereur et à l'impératrice ; et que le comte palatin posa les plats d'or sur la table , en présence de tous les grands de l'Empire.

On eût pris Charles iv pour le roi de» rois. Jamais Constantin, le pins fastueux des empereurs , n'avait étalé des dehors plus éblouissans. Cependant Charles iv, tout empereur romain qu'il affectait

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d'être-, avait fait germent au pape Clément vi [i34°l> avant d'être élu, que, s'il allait jamais se faire couronner à Borne, il n'y toucherait pas seulement une nuit, et qu'il ne rentrerait jamais eu Italie sans la permission du saint-père ; et il y a encore une lettre de lui au cardinal Colombier, doyen du sacré collège, datée de Tan i355 , dans laquelle il appelle ce doyen Foire Majesté.

Aussi laissa-t il à la maison de Visconti l'usurpation de Milan et de la Lom hardie; aux Vénitiens, Padoue, autrefois la souveraine de Venise , mais qui alors était sa sujette , ainsi que Vicence et Vérone. 11 fut couronné roi d'Arles dans la ville de ce nom , mais c'était à condition qu'il n'y resterait pas plus que dans Rome.

Tant de changemens dans les usages et dans les droits, cette opiniâtreté à se conserver un titre avec si peu de pou* voir, forment l'histoire du oas Empire.

Les papes l'érigèrent, en. appelant Charlemagnc et ensuite les Otbons dans la faible Italie. Les papes le détruisirent ensuite autant qu'ils le purent. Ce corps, qui s'appelait , et qui s'appelle encore le saint Empire romain, n était en aucune manière ni saint, ni romain, ni empire.

{Histoire générale. )

BULLE U1ÏIGENI TUS. —son bnbbeiSTBiMBNT (4 décembre 1730.) On a déjà dit que cette bulle, fabriquée à Paris par trois jésuites, envoyée à Rome par Louis xiv, avait été signée par le pape Clément xi , et avait soulevé tous les esprits. La plupart des propositions condamnées par cette bulle roulaient sur les questions métaphysiques du libre arbitre , que les jansénistes n'entendaient pas plus que les jésuites et le consistoire.

Les deux partis posaient , pour fondement de leurs sentimens contraires, un principe que la saine philosophie ré- «prouve ; c'est celui d'imaginer que l'Être éternel se conduisit par des lois particulières. C'est de ce principe que sont sorties cent opinions sur la grâce, toutes également inintelligibles , parce qu'il faut être Dieu pour savoir comment Dieu agit.

Il y avait alors un évéque de Soissons, nommé Languet , qui passait pour bien écrire , parce qu'il lésait de longues phrases , et qu'il citait les pères de l'église à tout propos. C'est le même qui fit depuis je livre de Marie 4 Coqtte. Dubois l'engagea à composer un corps de doctrine qui pût à la fois contenter les

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