BRU
é-veques adhérens au pape, et ne pas effaroucher le parti du cardinal de Noailles ~ Languet crut que son livre opérerait la paix de l'église, et qu'il aurait le chapeau que Dubois prit pour lui-même.
Dubois flatta le cardinal de tyoailles r et menaça le parlement de Paris de l'envoyer à Blois, s'il refusait d'enregistrer. Il essuya de longs refus des deux cotés, mais il ne se rebuta point.
Il imagina d'abord que, s'il fesait enregistrer la bulle à un autre tribunal qu au parlement , ce corps craindrait qu'on ne s'accoutumât à se passer de lui, et en deviendrait plus docile. 11 s'adressa donc au grand conseil; il trouva autant de résistance qu'au parlement de Paris, et il ne se rebuta pas encore. Ce tribunal n'étant composé que d'environ cinquante membres ordinaires, il ne s'agissait que d'y venir avec un nombre plus considérable de ceux qui avaient droit d'y prendre séance.
Le duc d'Orléans y mena tous les princes , tous les pairs , des conseillers d état, des maîtres des requêtes ;jet le chancelier d' Aguesseau oubliajtous ses principes, au point de se livrer à cette manœuvre ; il fut l'instrument du secrétaire d'état Dubois. On ne pouvait guère s'abaisser davantage. La bulle fut aisément enregistrée , à la pluralité des voix , comme une loi de l'état et de l'église. Le parlement, qui ne voulait point aller à Blois, et qui était fort las d'être à Pontoise, promit d'enregistrer, à condition qu'on ne s'adresserait plus au grand conseil.
[4 décembre 1720] Il enregistra donc la. bulle qu'il avait déjà enregistrée sous Louis xiv, « conformément aux règles de l'église, et aux maximes du royaume, sur les appels au futur concile. >
Cet enregistrement, tout équivoque au'il était, satisfit la cour. Le cardinal de Noailles se rétracta solennellement, Rome fut contente , le parlement revint à Paris, Dubois fut bientôt après cardinal et premier ministre; et pendant son ministère, tout fut ridicule et tranquille.
(Histoire générale. )
BRUNEfïAVT , reine de France. — son scpPLfCB (a8 février 61 3 ou 6i4). — Je sais bien que les Francs qui envahirent la Gaule, furent plus cruels que les Lombards qui s'emparèrent de l'Italie, et que les Visigoths qui régnèrent en Espagne.
On voit autant de meurtres, autant d'assassinats dans les annales des Clovis, des
CÀL
Thierri, des Ghildebert , des Chilpéric et des Clotaire, que dans celle des rois de Juda et d'Israël.
Rien n'est assurément plus sauvage que ces temps barbares; cependant n'est-il pas permis de douter du supplice de la reine Brunehaut? Elle était" âgée de près de quatre-vingts ans cjuand elle mourut, en 6i3 ou 61 4. Frédegaire, qui écrivait sur la fin du huitième sjgrie, cent cinquante ans après la mort 'de Brunehaut (et non pas dans le septième siècle, comme il est dit dans l'Abrégé chronologique, par une faute d'impression ) ; Frédégaire, dis-je, nous assure que le roi Glotaire, prince très pieux, très craignant Dieu, humain, patient et débonnaire, fit promener la reine Brunehaut sur un chameau autour de son camp ; ensuite la fit attacher par les cheveux , par un bras et par une jambe à la queue d'une cavale indomptée , qui la traîna vivante sur les chemins, lui fracassa la téte sur les cailloux, et la mit en pièces ; après quoi elle Tut brûlée et réduite en cendres. Ce chameau , cette cavale indomptée , une reine de quatre-vingts an* attachée par les cheveux et par un pied à la queue de cette cavale , ne sont pas des choses bien communes.
CALAIS, ville de France. — les anglais s'en kmparknt (3 août i347). — On dit que , pendant ce siège , Philippe de Valois ne pouvant attaquer les lignes des asaiégeans, et désespéré de n'être que le témoin de ses pertes, proposa au roi Edouard de vider cette grande (querelle par un combat de six contre six. Edouard, ne voulant pas remettre à un combat incertain la prise certaine de Calais, refusa ce duel , comme Philippe de Valois l'avait d'abord refusé. Jamais les princes n'ont terminé eux seuls leurs différens ; c'est toujours le sang des nations qui a coulé.
Ce qu'on a le plus remarqué dans ce fameux siège qui donna à l'Angleterre la clef de la France , et ce qui était peutêtre le moins mémorable, c'est qu'Edouard exigea, par la capitulation, que six bourgeois vinssent lui demander pardon à moitié nus, et la corde au cou.
C'était ainsi qu'on en usait avec des sujets rebelles. Edouard était intéressé a
CAL ty
11 «st peut-être difficile que le peu de cheveux d'une femme de cet âge puissent tenir à une queue , et qu'on soit lié à la fois à cette queue par les cheveux et par un pied. Et comment euton la pieuse attention d'inhumer Brunehaut dans un tombeau à Autun , après l'avoir brûlée dans un camp ? Les moines Frédégaire et Aimoin le disent ; mais ces moines sont-ils des de Thou et des Hume?
Il y a un autre tombeau érigé à cette reine, au quinzième siècle, dans l'abbaye de Saint-Martin d'Autun qu'elle avait fondée. On a trouvé dans ce sépulcre un reste d'éperon. C'était, dit-on, l'éperon ue l'on mit aux flancs de la cavale inomptéc. C'est dommage qu'on n'y ait
{>as trouvé aussi la corne du chameau sur equel on avait fait monter la reine. N 'estil pas possible que cet éperon y ait étd mis par inadvertance , ou plutôt par honneur? Car, au quinzième siècle, un éperon doré était une grande marque d'honneur. En un mot , n'est - il pas raisonnable de suspendre son jugement sur cette étrange aventure, si mal constatée? Il est vrai que Pasquier dit que « la mort de Brunehaut avait été prédite par la sibylle. » ( Histoiro général*. )
faire sentir qu'il se regardait comme roi de France. Des historiens et des poètes se sont efforcés de célébrer les six bourgeois qui vinrent demander pardon comme des Codrus qui se dévouaient pour la patrie; mais il est faux qu'Edouard demandât ces pauvres gens pour les faire pendre. La capitulation portait « que six bourgeois, pieds nus et téte nue, viendraient, hart au col, sui apporter les clefs de la ville, et que d'iceux le roi d'Angleterre et de France en ferait à sa volonté. »
Certainement Edouard n'avait nul dessein de faire serrer la corde que les six Calaisiens avaient au cou , puisqu'il fit présent à chaoun de six écus d'or et d'une robe. Celui qui avait si généreusement nourri toutes les bouches inutiles chassées de Calais, par le commandant Jean de Vienne ; celui qui pardonna si généreusement au traître Aimeri de Pavie, nommé par lui gouverneur de Calais, convaincu d'avoir vendu la place auxFran-
çais; celui qui, étant venu lui-même battre les'Français venus pour la prendre, au lieu de faire trancher la tète à Cliarni et à Ribaunionl , coupables d'avoir fait ce marche pendaut une trêve, leur donna à souper après les avoir pris de sa main, et leur fit les plus nobles présens; enfin celui qui traita avec tant de grandeur et de politesse son malheureux captif, le roi eje Frauce Jean, n était pas un barbare. ( Histoire générale. )
CALAS (Jean). — so« proçks et s*.
Moar (9 mars 1762;. — Le meurtre de Calas , commis dans Toulouse pvcç lo glaive de la justice, le y mars 176a, est un des plus singuliers événemens qui méritent 1 attention de notre Age et de. la postérité, On oubli»- bieniot cette foule de morts qui ont péri dans des batailles sans nombre, non-seulement parce que c'est la fatalité inévitable de la guerre, tuais parce que ceux qui meurent par le sort des armes pouvaient aussi donner la mort à leurs ennemis, et n'ont point péri .sans se défendre. Là où le danger et l'avantage sont égaux , j'étonnement cesse, et la pitié même s'affaiblit'; mais, si un père de famille innocent est livre aux mains de l'erreur, ou de la passion, ou du fanatisme; si l'accusé n'a de défense que sa vertu ; si les arbitres de sa vie n'ont à risquer en l'égorgeant que de se tromper ; s'ils peuvent tuer impunément par un arrêt, alors le cri public s'élève; chacun craint pour soi-même; on voit que personne n est en sûreté de sa vie devant un tribunal érigé pour veiller sur la vie des citoyens , et toutes les voix se réunissent pour demander vengean» fe.
Jl s'agissait, dans cette étrange aifairc, de religion, de suicide, de parricide; il s'agissait de savoir si un père et une mère avaient étranglé leur fils pour plaire à Dieu, si nn frère avait étranglé son frère, si un ami avait étranglé son ami ; et si les juges avaient à se reprocher d'avoir fait mourir sur la roue un père innocent, ou d'avoir épargné une mère, un frère, un ami coupables.
Jean Calas, âgé de soixante et huit ans, exerçait la profession de négociant à Toulouse, depuis plus de quarante années, et était recpnnu de tous ceux qui ont vécu avec lui pour un bon père. II était protestant, ainsi que sa femme et tous ses enfans, e xcepté un qui avait abjuré l'hérésie, et à qui le père fesait une petite pension. Il paraissait »i éloigné de
cet absurde fanatisme qui rompt tous le* liens de la société , qu'il approuva la conversion de son fils Louis Calas, et qu'il avait depuis trente ans chez lui une servante zélée catholique , laquelle avait élevé tous ses enfans.
Un des fils de Jean Calas, nommé Marc-Antoine, était un homme de lettres : il passait pour un esprit inquiet , sombre et violpnt. Ce jeune homme , ne pouvant réussir ni à entrer dans le négoce , auquel il n'était pas propre , ni à ♦ In- reçu avocat, parce qu'il fallait des certificats de catholicité qu'il ne put obtenir, résolut de finir sa vie , et fit pressentir ce dessein à un de ses amis; il se confirma dans sa résolution par la lecture de tout ce qu'on a jamais écrit sur le suicide.
Enfin , un jour ayant perdu son argent au jeu, il choisit ce jour-là même pour exécuter son dessein. Un ami de sa famille et le sien, nommé Lavaisse, jeune homme de dix-neuf ans, connu par la candeur et la douceur de ses moeurs , fils d'un avocat célèbre de Toulouse , était arrivé * de Bordeaux la veille : il soupa par hasard chez les Calas. Le père, la mère, Marc- Antoine leur fils aiué, Pierre leur second fils , mangèrent ensemble.
Après le souper on se retira dans un petit salon; Marc- Antoine disparut : enfin, lorsque le jeune Lavaisse voulut partir, Pierre Calas et lui étant descendus, trouvèrent en bas, auprès du magasin , Marc Antoine en chemise , pendu à une porte, et son habit plié sur le comptoir; sachemise n'était pas dérangée; ses cheveux étaient bien peignés : il n'avait sur son corps aucune plaie , aucune meurtrisson- *\
On passe ici tous les détails dont les avocats ont rendu compte : on ne décrira point la douleur et le désespoir du père et de la mère ; leurs cris furent entendus des voisins. Lavaisse et Pierre Calas , hors d'eux-mêmes, coururent chercher des chirurgiens et la justice.
Pendant qu'ils s'acquittaient de ce devoir, pendant que le père et la mère étaient dans les sanglots et dans les larmes, le peuple de Toulouse s'attroupe
* ia octobre 1761.
** on ne lui trouva, après le transport du c.inavre à l'hôtel de ville, qu'une petite egratignuro nu bout du net , et une petite tacue sur la poitrine, cftm&s par gotique inadvertance dans le trous port du corps.
autour de la maison. Ce peuple est superstitieux et emporté; il regarde comme des monstres , ses frères qui ce sont pas de la même religion que lui. C'est à Toulouse qu'on remercia Dieu solennellement de la mort de Henri m, et qu'on fit serment d'égorger le premier qui parlerait de reconnaître le grand, le bon Henri iv. Cette ville solennise encore tous les ans, par une procession et par des feux de joie, le jour où elle massacra quatre mille citoyens hérétiques, il y a deux siècles. En vain six arrêts du conseil ont défendu cette odieuse fête , les Toulousains l'ont toujours célébrée comme les jeux floraux.
Quelque fanatique de la populace s'écria que Jean Calas avait pendu son propre fils Marc- Antoine. Ce cri répété fut unanime en un moment; d'autres ajoutèrent que le mort devait le lendemain faire abjuration, que sa famille et le jeune Lavaisse l'avaient étranglé , par haine contre la religion catholique : le moment d'après on n'en douta plus ; toute la ville fut persuadée que c'est un point de religion chez les protestans, qu'un père et une mère doivent assassiner leur fils dès qu'il veut se convertir.
Les esprits une fois émus ne s'arrêtent point. On imagina que les protestans du Languedoc s'étaient assemblés la veille; qu'ils avaient choisi, à la pluralité des voix, un bourreau de la secte; que le choix était tombé sur le jeune Lavaisse; que ce jeune homme en vingt -quatre heures avait reçu la nouvelle de son élection, et était arrivé de Bordeaux pour aider Jean Calas, sa femme et leur fils Pierre, a étrangler un ami, un fils, un frère.
Le sieur David, capitoul de Toulouse , excité par ces rumeurs, et, voulant se faire valoir par une prompte exécution , fit une procédure contre les règles et les ordonnances. La famille Calas, la servante catholique, Lavaisse, furent mis aux fers.
On publia un monitoire non moins vicieux que la procédure. On alla plus loin. Marc- Antoine Calas était mort calviniste; et, s'il avait attenté sur lui-même, il devait être traîné sur la ckue : on l'inhuma avec la plus grande pompe , dans l'église Saint-Etienne, malgré le curé qui protestât contre cette profanation.
Il y a dans le Languedoc quatre confréries de pifeoiten*, la blanche, la bleue ,
le grise et la noire. Les confrères D orient un long capoce, avec un masque de drap
{>ercé de deux trous pour laisser la vue ibre : ils ont voulu engager M. le duc da Fit&Jatnes , commandant de la province, à entrer dans leur corps, et il les a refusés. Les confrères blancs firent à Marc- Antoine Calas un service soleonel, comme à un martyr. Jamais aucune église ne célébra la fête d'un martyr véritable avec plus de pompe; mais cette pompe fut terrible. On avait élevé au-dessus d'un magnique catafalque un squelette qu'on fesâit mouvoir, et qui représentait Marc- Antoine Calas, tenant d'une main une palme , et de l'autre la plume dont il devait signer l'abjuration de l'hérésie, et qui écrivait en effet l'arrêt de mort de son père.
Alors il ne manqua plus au malheureux qui avait attenté sur soi-même, que la canonisation; tout le peuple le regardait comme un saint ; auelques-uns l'invoquaient , d'autres allaient prier sur sa tombe, d'autres lui demandaient des miracles , d'autres racontaient ceux qu'il avait faits. Un moine lui arracha ouelques dents , pour avoir des reliques durables. Une dévote, un peu sourde, dit
Îu'elle avait entendit le son destlocb.es. 'n prêtre, apoplectique, fut guéri après avoir pris de l'émétique. On dressa des verbaux de ces prodiges. Celui qui écrit cette relation possède une attestation , qu'un jeune Homme de Toulouse est devenu fon pour avoir prié plusieurs nuits sur le tombeau du nouveau saint , et pour n'avoir pu obtenir un miracle qu'il implorait.
Quelques magistrats étaient de la confrérie des pénitens blancs. Dès ce moment la mort de Jean Calas parut infaillible.
Ce qui surfont prépara son supplice , ce fut l'approche de cette fete singulière que les Toulousains célèbrent tous les ans en mémoire d'un massacre de quatre mille huguenots; l'année 176a était l'année séculaire. On dressait dans hr ville l'appareil de cette solennité : cela même allumait encore l'imagination éehaufTée du peuple ; on disait publiquement que l'échafaud sur lequel oorouéraft les Calas, serait le plus grand ornement de la fVfe ; on disait que la Providcncé amenait ellemême ces victimes pour être sacrifiées à notre sainte religion. Vingt personnes ont entendu ce» discours, et de plus vio-
lens encore. Et c'est de nos jour» ! et c'est dans un temps où la philosophie a fait tant de progrès I et c'est lorsque cent académies écrivent pour inspirer la douceur des mœurs! Il semble que le fanatisme , indigne depuis peu des succès de la raison, se débatte sous elle avec plus de rage.
Treize juges s'assemblèrent tous les jours pour terminer le procès. On n'avait, on ne pouvait avoir aucune preuve contre la famille ; mais la religion trompée tenait lieu de preuve. Six juges persistèrent long-temps à condamner Jean Calas , son fils et Lavaisse à la roue , et la femme de Jean Galas au bûcber. Sept autres plus modérés voulaient au moins qu'on examinât. Les débats furent réitérés et longs. Un des juges, convaincu de l'innocence des accuses et de l'impossibilité du crime , parla vivement en leur faveur; il opposa le zèle de l'humanité au zèle de la sévérité; il devint l'avocat public des Calas dans toutes les maisons de Toulouse , où les cris continuels de la religion abusée demandaient le sang de ces infortunés. Un autre juge, connu par sa violence, parlait dans la ville avec autant d'emportement contre les Calas que le prerjsjpr montrait d'empressement à les défendre. Enlin l'éclat fut si grand, qu'ils furent obligés de se récuser l'un et l'autre ; ils se retirèrent à la campagne.
Mais, par un malheur étrange , le juge favorable'aux Calas eut la délicatesse de persister dans sa récusation , et l'autre revint donner sa voix contre ceux qu'il ne devait point juger : ce fut cette voix qui forma la condamnation à la roue ; car il n'y eut que huit voix contre cinq , un des six juges opposés ayant à la fin, après bien des contestations , passé au parti le plus sévère.
Il semble que, quand il s'agit d'un parricide , et de livrer un père de famille au plus affreux supplice, le jugement devrait être unanime , parce «me les preuves d'un crime si inouï * devraient être d'une
* Je ne connaît que deux exemple* de père* accoté* dan* l'histoire d'avoir assaasiné leur* fil* pour la religion : le premier e*t dn père de sainte Barbara , que nou* nommom aainte Barbe, il avait commande deux fenêtre* dan* *a «aile de bain* : Barbe, en «on absence, en fit une troisième en l'honneur de la sainte Trinité : elle fit, du bout du doigt . le signe de la croix sur de* colonnes de marbre , et ce signe se grava profondément dan* les colonnes. Son fil* en colère courut après elle, 1'épée h la main : mais elle s'enfuit à trayer* une
évidence sensible a tout le monde : le* moindre doute , dans un cas pareil , doit suffire pour faire trembler un juge qui va signer un arrêt de mort. La faiblesse de notre raison et l'insuffisance de nos lois se font sentir tous les jours ; mais dans quelle occasion en découvre-t on mieux la misère, que quand la prépondérance d'une seule voix fait rouer un citoyen ? Il fallait , dans Athènes , cinquante voix audelà de là moitié , pour oser prononcer un jugement de mort. Qu'en résulte-t-il ? ce que nous savons très inutilement , que les Grecs étaient plus sages et plus humains que nous.
Il paraissait impossible que Jean Cala», vieillard de soixante-huit ans , qui avait depuis long-temps les jambes enflées et faibles , eut seul étranglé et pendu un fils ûgé de vingt huit ans, qui était d'une force au-dessus de l'ordinaire ; il fallait absolument qu'il eut été assisté dans cette exécution par sa femme , par son fil»
Pierre Calas, par Lavaisse et par la servante. Ils ne s étaient pas quittés un seul moment le soir de cette fatale aventure. Mais cette supposition était encore aussi absurde que l'autre ; car Comment une servante zélée catholique aurait-elle pu souffrir que des huguenots assassinassent un jeune homme élevé par elle, pour le punir d'aimer la religion de cette servante? Comment Lavaisse serait-il venu exprès de Bordeaux pour étrangler sot»
ami, dont il ignorait la conversion prétendue ? Gomment une mère tendre aurait-elle mis les mains sur son fils? Gomment tous ensemble auraient-ils pu étrangler un jeune homme aussi robuste qu'eux tous, sans un combat long et violent , sans des cris affreux qui auraient appelé tout le voisinage , sans des coups réitérés , sans des meurtrissures , sans de» habits déchirés f
Il était évident que, si le parricide avait pu être commis, tous le* accusé»
étaient également coupables , parce qu'il» ne s'étaient pas quittés d'un moment; il était évident qu'ils ne l'étaient pas; il
montagne, qui s'ouvrit pour elle. Le père fit 1« tour de la montagne , et rattrapa sa fille j on la fouetta toute nue, mai* Dieu la couvrit d'un nuage blanc; enfin son père lui trancha la tête. Vou> c* que rapporte la rieur d*s Saints.
Le second exemple est le prince Hermeneguoe. Il *e révolte contre le roi son père, lui donna bataille en 584 , fut vaincu et tué par un officier : on en a fait un martyr, parce que «on pète était ariea.
«tait évident que le père seul oc pouvait l'être ; et cependant l'arrêt condamna ce père seul à expirer sur la roue.
Le motif de l'arrêt était aussi inconcevable que tout le reste. Les juges qui étaient décidés pour le supplice de Jean Calas, persuadèrent aux autres) que ce vieillard faible ne pourrait résister aux tourmens,ct qu'il avouerait sous les coups des bourreaux son crime et celui de ses complices. Ils furent confondus quand ce vieillard, en mourant sur la roue, prit Dieu à témoin de son innocence, et le conjura de pardonner à ses juges.
Ils turent obligés de rendre un second arrêt contradictoire avec le premier, d'élargir la mère , son fils Pierre , le jeune Lavaisse et la servante ; mais , un des conseillers leur ayant fait sentir que cet arrêt démentait l'autre, qu'ils se condamnaient eux-mêmes, que tous les accusés avant toujours été ensemble dans le temps qu'on supposait le parricide, l'élargissement de tous les survivans prouvait invinciblement l'innocence du père de famille exécuté , ils prirent alors le parti de bannir Pierre Galas, son fils. Ce bannissement semblait aussi inconséquent, aussi absurde que tout le reste : car Pierre Calas était coupable ou innocent du parricide ; s'il était coupable, il fallait le rouer comme son père; s'il était innocent, il ne fallait pas le bannir. Mais les juges, effrayés du supplice du père et de la piété attendrissante avec laquelle il était mort, imaginèrent sauver leur honneur en laissant croire qu'ils fesaient grâce au fils, comme si ce n'eût pas été une prévarication nouvelle , de faire grâce ; et ils crurent que le bannissement de ce jeune homme pauvre et sans appui, étant sans conséquence, n'était pat une grande injustice, après celle qu'ils avaient eu le malheur de commettre.
On commença par menacer Pierre Calas , dans son cachot, de le traiter comme son père , s'il n'abjurait pas sa religion. C'est ce que ce jeune homme* atteste par serment.
Pierre Calas, en sortant de la ville, rencontra un abbé convertisseur, qui le fit rentrer dans Toulouse; on l'enferma dans un couvent de dominicains, et là on le contraignit à remplir toutes les fonc-
* Un Jacobin vint dan« mon cachot , et me menaça du même» genre de mort , al je n'abjurai» pas : e*«t et que j'atteste devant Bien , i3 juillet x»6a.
pik&rk Calas*.
tions de la catholicité; c'était en partie ce que l'on voulait , c'était le prix du sang de son père; et la religion, qu'on avait cru venger, semblait satisfaite.
On enleva les filles à la mère ; elles furent enfermées dans un couvent. Cette femme , presque arrosée du sang de son mari , ayant tenu son fils ainé mort entre ses bras , voyant Vautre banni , privée de ses filles, dépouillée de tout son bien, était seule dans le monde, sans pain, sans espûrance, et mourante de l'excès de son malheur. Quelques personnes , ayant examiné mûrement tontes les circonstances de celte aventure horrible, en lurent si frappées, qu'elleffirent presser la dame Calas, retirée dans une solitude, d'oser venir demander justice au pied du trône. Elle ne pouvait pas alors se soutenir, elle s'éteignait; et d'ailleurs, étant née Anglaise , transplantée dans une province de France dès son jeune âge, le nom seul de la ville de Paris l'effrayait. Elle s'imaginait que la capitale du royaume devait être encore plus barbare que celle du Languedoc. Enfin le devoir de venger la mémoire de son mari , l'emporta sur sa faiblesse. Elle arrive à Paris près d'expirer. Elle fut étonnée d'y trouver de l'accueil, de» secours et des larmes. ( Mélanges littéraires. )
CALENDRIER. — sa miroaiia raa lu fa pb gbkgoibb xiu ( 5 novembre i58a). — Grégoire xiu , Buoucompagno , successeur de Pic v, rendit son nom immortel parla réforme du calendrier qui porte son nom; et en cela il imita Jules-César. Ce besoin où les nations furent toujours de réformer l'année, montre bien la lenteur des arts les plus nécessaires. Les hommes avaient su ravager le monde d'un bout à l'autre, avant d'avoir su connaître les temps et régler leurs jours. Les anciens Romains n'avaient d'abord connu que dix mois lunaires et une année de trois cent quatre jours ; ensuite leur année fut de trois cent cinquante-cinq. Tous les remèdes à cette fausse computation , furent autant d'erreurs. Les pontifes, depuis Numa Pompilius , furent les astronomes de la nation, ainsi qu'ils l'avaient été chex les Babyloniens, chex les Egyptiens, ches les Perses , chez presque tous les peuples de l'Asie. La science des temps les rendait plus vénérables au peuple, rien ne conciliant plus l'autorité que la connaissance des choses uriles inconnues au vulgaire.
Comme chez les Romains le suprême pontificat était toujours entre les mains d'un sénateur, Jules-César, en qualité de
Îtontife , réforma le calendrier autant qu'il e put : il se servit de Sosigènes, mathématicien grec d'Alexandrie. Alexandre avait transporté dans cette ville les sciences et le commerce. C'était la plus célèbre école de mathématiques, et c'était là que les Égyptiens, et même les Hébreux , avaient enfin puisé quelques connaissances réelles. Les Egyptiens avaient su auparavant élever des masses énormes de pierre; mais les Grecs leur enseignèrent tous les beaux-arts , ou plutôt les exercèrent chez edfc sans pouvoir former d'élèves égyptiens. En eu'eton ne compte chez ce peuple d'esclaves efféminés , aucun homme distingué dans les arts de la Grèce.
Les pontifes chrétiens réglèrent l'année, ainsi que les pontifes de l'ancienne Rome, parce que c'était à eux d'indiquer les célébrations des fêtes. Le premier concile de Nicée, en 3a5, voyant le dérangement que le temps apportait au calendrier de César, consulta comme lui les Grecs d'Alexandrie ; ces Grecs répondirent aue l'équinoxe du printemps arrivait alors le 21 mars; et les pères réglèrent le temps de la fête de Pâques suivant ce principe.
Deux légers mécomptes dans le calcul de Jules-César, et dans celui des astronomes consultés par le concile , augmentèrent dans la suite des siècles. Le premier de ces mécomptes vint du fameux nombre d'or de l'athénien Méton ; il donne dix-neuf années à la révolution par laquelle la lune revient au même point du ciel : il ne s'en manque qu'une heure et demie ; méprise insensible dans un siècle, et considérable après plusieurs siècles. Il en était de même de la révolution apparente du soleil, et des points qui fixent les équinoxes et les solstices. L équinoxe du printemps, au siècle du concile de Nicée, arrivait au ai mars ; mais au temps du concile de Trente, l'équinoxe avait avancé de dix jours , et tombait au onze de ce mois. La cause de cette précession des équinoxes , inconnue à toute l'antiquité, n'a été découverte que de nos jours: cette cause est un mouvement particulier à l'axe de la terre, mouvement dont la période s'achève en vinçt-cinq mille neuf cents années , et qui fait passer successivement les équinoxes et les solstices par tous les points du zodiaque. Ce mouve-