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Pour rendre l'aventure complète, un certain Van Duren , libraire à la Haye , fripon de profession, et banqueroutier par habitude , était alors retiré à Francfort. C'était le même homme à qui j'avais fait présent, treize ans auparavant, du manuscrit de V Anti-Machiavel de Frédéric. On retrouve ses amis dans l'occasion. Il prétendit que sa majesté lui redevait une vingtaine de ducats, et que j'en étais responsable. Il compta l'intérêt et l'intérêt de l'intérêt. Le sieur Fichard, bourgmestre de Francfort, qui était même le bourgmestre régnant, comme cela se dit , trouva , en qualité de bourgmestre, le compte très juste, et, en qualité de régnant, il me fit débourser trente ducats , en prit vingt-six pour lui, et en donna quatre au fripon de libraire.
Toute cette affaire d'Ostrogotbs et de Vandales étant finie, j'embrassai mes hôtes, et je les remerciai de leur douce réception. (Mémoires de Voltaire ).
par les amples pouvoirs que l'empereur avait donnés à Walstein, elle devait alarmer le conseil de Vienne. Walstein avait contre lui , dans cette cour , le parti d'Espagne et le parti bavarois. Ferdinand prend la résolution de faire assassiner Walstein et ses principaux amis. On charge de cet assassinat Butler, Irlandais, à qui Walstein avait donné un régiment de dragons; un Ecossais , nommé Lescy, qui était capitaine de ses gardes , et un autre Ecossais nommé Gordon. Ces trois étrangers , ayant reçu leur commission dans Egra, où Walstein se trouvait pour lors, font égorger d'abord, dans un souper , quatre officiers qui étaient les principaux amis du duc, et vont ensuite l'assassiner lui-même dans le château, le 1 5 février. Si Ferdinand u fut obligé d'en venir à cette extrémité odieuse , il faut la compter pour un de ses plus grands malheurs.
Tout le fruit de cet assassinat fut d'aigrir tous les esprits en Bohême et en Silésie. La Bohême ne remua pas, parce qu'on sut la contenir par l'armée ; mais
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les Siléslens se révoltèrent et s'unirent aux Suédois.
( Essai sur tes mœurs).
WESTPHALIE (paix de). — i{ octorbb 1648. — Celle paix de Westplialie, signée enfin à Munster et à Osnabruck , le 14 octobre 1648, Tut convenue, donnée et reçue comme loi fondamentale et ferpètuclle; ce sont les propres termes du traité. Elle doit servir de base aux capitulations impériales. C'est une loi reçue, aussi sacrée jusqu'à présent que la bulle d'Or, et bien supérieure à cette bulle par le détail de tous les intérêts divers que ce traité embrasse, de tons les droits qu'il assure, et des changement faits dans l'état civil et dans la religion.
On travaillait dans Munster et dans Osnabruck, depuis six ans, presque sans relâche à cet ouvrage. On avait d'abord perdu beaucoup de temps dans les disputes do cérémonial. L'empereur ne voulait point donner le titre de majesté aux rois ses vainqueurs. Son ministre Lutzau, dans le premier acte de 164 1, qui établissait les saufs-conduits et les conférences, parle de préliminaires m entre sa sacrée majesté césarienne et le sérénissime roi très chrétien. » Le roi de France, de son coté , refusait de reconnaître Ferdinand pour empereur; et la cour de France avait eu de la peine a donner le titre de majesté au grand Gustave, qui croyait tous les rois égaux , et qui n'admettait de supériorité que celle de la victoire. Les ministres suédois au congrès de Westpbalie affectaient l'égalité avec ceux de France. Les plénipotentiaires d'Espagne avaient voulu en vain qu'on nommât leur roi immédiatement après l'empereur. Le nouvel état des Provinces-Unies demandait à être traité comme les rois. Le terme d'excellence commençait à élrcen usage.
Les ministres se l'attribuaient; et il fallait de longues négociations pour savoir à qui on le donnerait.
Dans le fameux traité de Munster, on nomme sa sacrée majesté impériale, sa sacrée majesté très chrétienne, et sa sacrée majesté royale de Suède.
Le titre d'excellence ne fut donné dans le cours des conférences à aucun plénipotentiaire des électeurs. I es ambassadeurs de France ne cédaient pas même le pas aux électeurs chez ces princes; et le comte d'Avaux écrivait à l'électeur de Brandebourg : « Monsieur, j'ai fait ce que j'ai pu pour vous servir. » On qualifiait
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d'ordinaire les états-généraux des Provinces-Unies , tes sieurs états , quand c'était le roi de France qui parlait; et même, quand le comte d'Avaux alla de Munster en Hollande en 1644 » H ne 1e8 appela jamais que messieurs. Ils ne purent obtenir que leurs plénipotentiaires eussent le titre d'excellence. Le comte d'Avaux avait refusé même ce nouveau titre à un ambassadeur de Venise , et ne le donna à Contarini que parce qu'il était médiateur. Les affaires furent retardées par ces prétentions et ces rems que les Romains nommaient gloriole, que tout le monde condamne quand on est sans caractère , et sur lesquels on insiste dès qu'on en a un.
Ces usages , ces titres , ces cérémonies, les dessus de lettres, les suscriptions , les formules, ont varié dans tous les temps. Souvent la négligence d'un secrétaire suffît pour fonder un titre. Les langues dans lesquelles on écrit établissent des formules qui passent ensuite dans d'autres langues, où elles prennent un air étranger. Les empereurs, qui envoyaient avant Rodolphe 1" tous leurs mandats en latin, tutoyaient tous les princes dans cette langue, qui admet ceUe grammaire.
Ils ont continué à tutoyer les comtes de l'Empire dans la langue allemande, qui réprouve ces expressions. On trouve partout de tels exemples , et ils ne tirentplus aujourd'hui à conséquence.
Les ministres médiateurs forent plutôt témoins qu'arbitres, surtout le nonce Chigi, qui ne fut là que pour voir l'église sacrifiée. Il vit donner à la Suède luthérienne les diocèses de Brème et de Verdeu; ceux de Magdebourg, d'Halberatadt, deMinden, de Camin ,à l'électeur de Brandebourg.
Les évêchés de Ratre bourg et de Schwèrin ne furent plus que des fiefi de duc de Meckelboorg.
Les évêchés d'Osnabruck et de Lubeck ne forent pas à la venté' sécularisés, mais alternativement destinésàunévèquelutbérien et à un évêqoe catholique ; règlement délicat qui n'aurait jamais pu avoir lieu dans les premiers troubles de religion, mais qui ne s'est pas démenti chex une nation naturellement tranquille, dans la quelle la fureur du fanatisme était éteinte.
La liberté de conscience fut établie dans toute l'Allemagne. Les sujets luthériens de l'empereur, en Silésic, eureot le droitde faire bâtir de nouvelles églises}
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cl l'empereur fut obligé d'admettre des protesta nu dans son conseil aulique.
Les commandcries de Malte, les abbayes , les bénéfices dans les pays protestans furent donnés aux princes , aux seigneurs , qu'il fallait indemniser des frais de la guerre.
Ces concessions étaient bien différentes de I'édit de Ferdinand u, qui avait ordonné la restitution des biens ecclésiastiques dans le temps de ses prospérités. La nécessité, le repos de l'Empire, lui firent la loi. Le nonce protesta, fulmina. On n'avait jamais vu encore de médiateur condamner le traité auquel il avait présidé; mais il ne lui séyait pas de faire une autre démarche. Le pape, par *a bulle, • casse de sa pleine puissance, annuité tous les articles de la paix de Westpbalic concernant la religion ; • mais , s'il avait été à la place de Ferdinand u, il eût ratifié le traité qui subsista malgré les bulles du pape, bulles autrefois si révérées et aujourd'hui si méprisées 1
Cette révolution pacifique dans la religion était accompagnée d'une autre dans F'élat. La Suède devenait membre de l'Empire. Elle eut toute la Poméranie extérieure, et la plus belle, la plus utile partie de l'autre, la principauté de Bugen, la ville de Wismar, beaucoup de bailliages voisins, le duché de Brème et de Wcrden. Le duc de Holstein y gagna aussi quelques terres.
L'électeur de 'Braudebourg perdait, à la vérité, beaucoup dans la Poméranie citérieure; mais il acquérait le fertile pays de Magdebourg, qui valait mieux que son margraviat. Il avait Camin, Halberstadt, ta principauté de Minden.
Le duc de Meckelbourg perdait Wismar , mais il gagnait le territoire de Ratzebourg et de Schwerin.
Eofin, on donnait aux Suédois cinq raillions d'écus -d'Allemagne) que sept cercles devaient payer. On donnait à la princesse landgrave de liesse six cent mille écus ; et c'était sur le» biens des archevêchés de Mayence, de Cologne, de Paderborn, de Munster et de l'abbaye de Fulde , que cette somme devait être payée. L'Allemagne , s'appauvrissent par cette paix, comme par la guerre, ne pouvait guère payer plus cher ses protecteurs.
Ces plaies étaient adoucies par les ré-
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glemens utiles qn'on fil pour le commerce et pour la justice; par les soins qu'on prit de remédicraux griefs de toutes les villes, de tous les gentilshommes , qui présentèrent leurs droits au congrès, comme à une cour suprême qui réglait le sort de tout le monde. Le détail en fut prodigieux.
La France s'assura pour toujours la possession des Trois - Evêcliés et l'acquisition de l'Alsace, excepté Strasbourg; mais, au lieu'de recevoir de l'argent comme la Suède , elleen donna : les archiducs de la branche de Tirol eurent trois millions de livres pour la cession de leurs droits sur l'Alsace et sur le Sundgau. La France paya la guerre et la paix, mais elle n'acheta pas cher une si belle province; elle eut encore l'ancien Briach et ses dépendances , et le droit de mettre garnison dans Philipsbourg.Ces deux a van- ' tages ont élé perdus depuis; mais l'Ai- • sace est demeurée; et Strasbourg, en se donnant à la France, a achevé d'incorporer l'Alsace à ce royaume.
Il y a peu de pubficistes qui ne condamnent l'énoncé de cette cession de l'Alsace, dans ce fameux traité de Munster; ils en trouvent les expressions équivoques : en ellet , céder toute sorte de juridictions et de souverainetés , et céder la préfecture de dix viltes libres impériales t sont deux choses différentes. II y a grande apparence que les plénipotentiaires virent cette difficulté , et ne voulurent pas l'approfondir, sachant bien qu'il y a des choses qu'il faut laisser derrière un voile que le temps et la puissance font tomber.
La maison palatine fut enGn rétablie dans tous ses droits, excepté dans le Haut-Palatinat, qui demeura à la branche de Bavière. On créa un huitième électoral en laveur du palatin. On entra avec tant d'attention dans tous les droits et dans tous les griefs, qu'on alla jusqu'à stipuler vingt mille écus que l'empereur devait donner à la mère du comte palatin CharleS'Louis , et dix mille à chacune de ses sœurs. Le moindre gentilhomme fut bien reçu à demander la restitution de quelques arpens de terre ; tout fut discuté et réglé ; il y eut cent-quarante restitutions ordonnées. On remit à un arbitrage la restitution de la Lorraine, et l'affaire de Juliers. L'Allemagne eut la paix après trente ans de guerre, mais la Franco ne l'eut pas.
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Les troubles de Paru, vers Tan 1647, enhardirent l'Espagne a s'en prévaloir ; elle ne voulut plus entrer dans les négociations générale». Les Etats-Généraux, qui devaient , ainsi que l'Espagne, traiter à Munster, Crent une paix particulière aveo l'Espagne , malgré toute» les obligations qu'ils avaient à la France, malgré les traités qui les liaient , et malgré les intérêt* qui semblaient les attacher encore à leurs anciens protecteurs.
Le ministère espagnol se servit d'une ruse singulière pour engager les Etats à ce manque de foi; il leur persuada qu'il était près de donner l'infante à Louis xiv, avec les Pays-Bas eu dot. Les Etats tremblèrent et se hâtèrent de signer : cette ruse n'était qu'un mensonge ; mais la politique est-elle autre choie que l'art de mentir à propos f Louis xi n avait-il pas raison quand , son ambassadeur se plaignant que les ministres du duc de Bourgogne mentaient toujours , il lui réponduit : « Eh ! bête, que ne mens-tu plus qu'eux?»
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Dans cet important traité de Wcstphalic il ne fut presque point question de l'empire romain. La Suède n'avait d'intérêt & démêler qu'avec le roi d'Allemagne, et non avec le suzerain d'Italie; mais la France eut quelques points à régler , sur lesquels Ferdinand ne pouvait transiger que comme empereur. Il s'agissait de Pignerol , de la succession de Mantoue , et du Montferrat ; ce sont des fiels de l'Empire. Il lut réglé que le roi de France paierait encore six cent mille livres à monsieur ic duc de Mantoue , à U décharge de monsieur (e due de Savoie, moyennant quoi il garderait Pignerol et Casai en pleine souveraineté indépendante de l'Empire. Ces possessions ont été perdues depuis pour la France , comme Brème , Werden , et une partie de la Poméranie ont été enlevés à la Snède.
Mais le traité de Westphalic, en ce qui concerne la législation de l'Allemagne, a toujours été réputé et est demeure inviolable. (Histoire particulière ) .
WITT. - Voyez HoUande.
YETSER (frère ). — sus visions bt cr qui s'aasoiT ( 3i mai i5oq ). — Une animosité ouverte excitait les franciscains contre les dominicains depuis le treizième siècle. Les dominicains perdaient beaucoup de leur crédit chez le peuple, parce qu'ils honoraient moins la Vierge que les cordeliers , et qu'ils lui refusaient avec saint Thomas le privilège d'être née sans péché. Les cordeliers au contraire gagnaient beaucoup de crédit et d'argent en prêchant partout la conception immaculée, soutenue par saint Bonaventure. La haine entre ces deux ordres était si forte, qu'un cordelier, prêchant à Francfort sur la Vierge, et voyant entrer un dominicain, s'écria qu'il remerciait Dieu de n'être pas d'une secte qui déshonorait la mère de Dieu même , et qui empoisonnait les empereurs dans l'hostie. [i5o3] Le dominicain , nommé Vigan , lui cria qu'il en avait menti , et qu'il était hérétique. Le franciscain descendit de sa chaire, et excita le peuple; il chassa son
ennemi à grands coups de crucifix, et Vigan fut laissé çour mort à la porte. [i5o4] Les dominicains tinrent a Wimpfen un chapitre, dans lequel ils résolurent de se venger des cordeliers, et de faire tomber leur crédit et leur doctrine, en armant contre eux la Vierge même. Berne fut choisi pour le lieu de la scène. Ou y répandit pendant trois ans plusieurs apparitions de la mère de Dieu , qui reprochait aux cordeliers la doctrine de Jïov maculée conception, et qui disait qae c'était un blasphème, lequel ôtaità son fils la gloire de l'avoir lavée du péché origi* nelet sauvée de l'enfer. £ i5o73 Les cordeliers opposaient d'autres apparitions; enfin , les dominicains ayant attiré chei eux un jeune frère lai, nommé Yetser, se servirent de lui pour convaincre le
J>euple. C'était une opinion établie daos es couvens de tous les ordres, que toot novice qui n'avait pas fait profession , et qui avait quitté l'habit , restait en purgatoire jusqu'au jugement dernier, à woius
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qu'il ne fût racheté par des prières et des aumônes au couvent.
Le prieur dominicain du couvent entra la nuit dans la cellule de Yelser, vêtu d'une robe où l'on avait peint des diables. 11 était chargé de chaînes, accompagné de quatre chiens ; et sa bouche , dans laquelle on avait mis une petite boite ronde pleine d'étoupes, jetait des flammes. Ce prieur dit à Yetser qu'il était un ancien moine mis en purgatoire pour avoir quitté l'habit, et qu'il en serait délivré, si le jeune Yetser voulait bien se faire fouetter en sa faveur par les moines devant le grand autel; Yetser n'y manqua pas.
Il délivra l'âme du purgatoire. L'Ame lui apparut rayonnante en habit blanc , pour lui apprendre qu'elle était montée au ciel , et pour lui récommander les intérêt* de la Vierge, que les cordeliers calomniaient.
Quelques nuits après, sainte Barbe, à qui frère Yetser avait unè grande dévotion, lui apparut : c'était un autre moine qui jetait sainte Barbe ; ëïïe lui dit qu'il était saint, et qu'il était chargé par la Vierge de la venger de ia mauvaise doctrine des cordeliers.
Ènfin la Vierge descendit clle-m«me par le plafond avec deux anges ; elle lui recommanda d'annoncer qu'elle était née dans le péché originel , et que les cordeliers étaient les plus grands ennemis de son fils. Elle lui dit qu'elle voulait l'honorer des cinq plaies aont sainte Lucie et sainte Catherine avaient été favorisées.
La nuit suivante les moines ayant fait boire au frère du vin mêlé d'opium , on lui perça les mains, les pieds et le coté. 11 se réveilla tout en sang. On lui dit que la sainte Vierge lui avait imprimé les stigmates; et en cet état on l'exposa sur l'autel à la vue du peuple.
Cependant , malgré son imbécillité , le pauvre frère, ayant cru reconnaître dans la sainte Vierge la voix du sous-prieur, commença à soupçonner l'imposture. Les moines n'hésitèrent pas à l'empoisonner : on lui donna, en le communiant, une hostie saupoudrée de sublimé corrosif.
L'acreté qu'il ressentit lui fit rejeter l'hostie ; aussitôt les moines le chargèrent de chaînes comme un sacrilège. Il promit , pour sauver sa vie , et jura sur une hostie qu'il ne révélerait jamais le secret. Au bout <Je quelque temps, ayant trouvé le moyen de s'évader, il alla tout déposer devant le magistrat.. Le procès dura deux
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années, au bout desquelles quatre dominicains furent bi filés à la porte de Berne, le dernier mai r 509 (ancien style), après la condamnation prononcée par un cvèque délégué de Borne.
(Essai sur 4cs mœurs) ,
YVETOT (Royaume d'). — C'est le ncm d'un bourg de Fiance, à six lieues de Rouen, en Normandie, qu'on a qualifié de royaume pendant long-temps , d'après Rober| Gaguin, historien du seizième siècle.
Cet écrivain rapporte que Gautier ou Vautier, seigneur d'Yvetot, chambrier du roi Clotairc 1", ayant perdu les bonnes grâces de son maître par des calomnies dont on n'est pas avare à la cour, s'en bannit de son propre mouvement, passa dans les climats étrangers, où, pendant dix ans, il fit la guerre aux ennemis de la foi ; qu'au bout de ce terme , se (la Lia ut que la colère du roi serait apaisée, il reprit le chemin de la France; qu'il passa par Rome, où il vit le pape Agapct, dont il obtint des lettres de recommandation pour le roi, qui était alors à Soissons, capitale de ses états. Le seigneur d'Yvetot s'y rendit un jour de vendredi-saint, et prit le temps que Clotairc était à l'église
Sour se jeter à ses pieds , en le conjurant e lui faire grâce par le mérite de celui qui, en pareil jour, avait répandu son sang pour le salut des hommes; mais Clotairc, prince farouche et cruel, l'ayant reconnu , lui passa son épée au traveis du corps.
Gaguin ajoute que le pape Agapet, ayant appris une action si indigne, menaça le roi des foudres de l'Eglise, s'il ne réparait sa faute; et que Clotairc, justement intimidé, et pour satisfaction du meurtre de son sujet, érigea la seigneurie d'Yvetot en royaume , en faveur des héritiers et des successeurs de Gautier; qu'il en fit expédier des lettres signées de Uui , et scellées de son sceau ; que c'est depuis ce temps-là que les seigneurs d'Yvetot portent le titre de rois : et je trouve, par une autorité constante et indubitable, continue Gaguin, qu'un événement aussi extraordinaire s'est passé en l'an de grâce 556.
Rappelons , à propos de ce récit de Gngum , l'observation que nous avons déjà faite sur ce qu'il dit de l'établissement de l'université de Paris. C'est qu'aucun des historiens contemporains ne fait mention de l'événement singulier qui,