‹ Dictionnaire historique des événemens remarquablesChapitre 31 sur 183 · DES · texte numérisé non relu

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rent pris depuis le combat de Denain jusqu'il la fin de la campagne. La victoire la plus signalée n'aurait pas produit de plus grands avantages.

Si Te maréchal de Villars avait eu cette faveur populaire qu'ont eue quelques autres généraux, on l'eût appelé à haute voix le restaurateur de (a France; mais on avouait à peine les obligations qu'on lui avait; et, dans la joie publique d'un succès inespéré, l'envie prédominait encore. ( Siècle de Louis XI f , )

DESCARTES (Réné). — sa most ( 1 1 février i65o. ) — Le plus grand mathématicien de son temps, mais le philosophe qui connut moins la nature , si on le compare à ceux qui l'ont suivi. 11 passa presque toute sa vie hors de France pour philosopher en liberté, à l'exemple de Saumaisc, qui avait pris ce parti. On a remarqué qu'il avait un aîné , conseiller au parlement de Bretagne, qui le méprisait beaucoup, et qui disait qu'il était indigne du frère d'un conseiller de s'abaisser à être mathématicien. Ayant cherché le repos dans des solitudes en Hollande, il ne l'y trouva pas. Un nommé Voët, et un nommé Shockius, deux professeurs du galimatias scolaslique qu'on enseignait encore, intentèrent contre lui cette ridicule accusation d'athéisme dont les écrivains méprisés ont toujours chargé les philosophes. En vain Descartes avait épuisé son génie à rassembler les preuves de la Divinité , et à en chercher de nouvelles : ses infâmes ennemis le comparèrent à Vanini dans un écrit public : ce n'est pas que Vanini eût été athée, le contraire est démontré; mais il avait été brûlé comme tel , et on ne pouvait faire une comparaison plus odieuse. Descartes eut beaucoup de peine à obtenir une très légère satisfaction par sentence de l'académie de Groningue. Ses Méditations , son Discours sur la méthode , sont encore estimés; toute sa physique est tombée, parce qu'elle n'est fondée ni sur la géométrie , ni sur l'expérience. Ses Recherches sur la dioftrique, où l'on trouve la loi fondamentale de cette science soupçonnée par Sncllius, et des applications de cette loi, qui ne pouvaient être que l'ouvrage d'un très grand géomètre; ses travaux sur les lois du choc des corps , objet dont il a eu le premier l'idée de s'occuper, seront toujours, malgré les qui lui sont échappées , des mo- 1 d'un génie extraordinaire; et le

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petit livre connu sous le nom de Géométrie de Descartes-, lui assure la supériorité sur tous les mathématiciens de son temps. 11 a eu long-temps une si prodigieuse ré-

rtation, que La Fontaine, ignorant à vérité, mais écho de Ja voix publique»

a dit de lui :

Ecseartes, ce morte! dont on eQt fait un dieu Bans lea siècles passés, et qui tient le milieu *nUe l'homme et l'esprit, comme entre l'huître et l'homme,

Le tient tel de nos gens, franche bete de somme.

L'abbé Gcnet, dans le siècle présent, s'est donné Ja malheureuse peine de mettre en vers français la physique de Descartes.

Ce n'est guère que depuis l'année 1730 u'on a commencé à revenir en France e toutes les erreurs de celte philosophie chimérique, quand la géométrie et la phvsique expérimentale, ont été plus cultivées. Le sort de Descartes en physique a été celui de Ronsard en poésie.

(Catalogue des écrivains, du siècle dû Louis XIV,) DKTTINGUE (Bataille de). — l'bm-

tEBUUR CHABISS VU Y PERD SOK KMPIBE,

( 27 juin 17440 ~ I*» plus belles actions ne servaient de rien au but principal ; et c'est ce qui arrive dans presque toutes les guerres. La cause de la reine de Hongrie n'en était pas moins triomphante. L'empereur Charles vu, nommé en effet empereur par le roi de France , n'en était pas moins chassé de ses états héréditaires , et n'était pas moins errant dans l'Allemagne. Les Français n'étaient

Îas moins repoussés au Rhin et au Mein. a France enfin n'en était pas moins épuisée pour une cause qui lui était étrangère , et pour une guerre qu'elle aurait pu s'épargner; guerre entreprise par la seule ambition du maréchal de Belle-Isle, dafos laquelle on n'avait que peu de chose a gagner et beaucoup à perdre.

L'empereur Charles vu se réfugia d'abord dans Augsbourg, ville impériale et libre qui se. gouverne en république, fameuse par le nom d'Auguste , la seule qui ait conservé les restes quoique défigurés de ce nom d'Auguste, autrefois commun à tant de villes sur les frontières de la Germanie et des Gaules. Il n'y demeura pas long-temps; et, en la quittant au mois de juin 1745, il eut la douleur d'y voir entrer un colonel de houssards, nommé MeuUcl, fameux par ses féro-

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cités et ses brigandages, qui le chargea d'injures dans les rues.

Il portait sa malheureuse destinée dans

Francfort, ville encore plus privilégiée qu'Augsbourg, et dans laquelle s'était faite son élection à l'Empire ; mais ce fut pour y voir accroître ses infortunes. 11 se donnait une bataille qui décidait de son sort à quatre milles de son nouveau refuge.

Le comte Stair, écossais, l'un des élèves du duc de Marlborough , autrefois ambassadeur en France, avait marché vers Francfort à Ja tète d'une armée de cinquante mille hommes , composée d'Anglais, d'Hanovricns et d'Autrichiens.

Le roi d'Angleterre arriva avec son second fils le duc de Cumberland, après avoir passé à Francfort, dans ce même asile de l'empereur qu'il reconnaissait toujours pour son souverain, et auquel il fesait la guerre dans l'espérance de le détrôner.

Le maréchal duc de IVo ailles, qui commandait l'armée opposée au roi d'Angleterre , avait porté les armes dès l'âge de quinze ans. Il avait commandé en Catalogne dans la guerre de 1701, et passa depuis par toutes les fonctions qu'on peut avoir dans le gouvernement : à la tête des finances au commencement de la régence, général d'armée et ministre d'état , il ne cessa dans tous ces emplois, de cultiver la littérature; exemple autrefois commun chez les Grecs et chez le»

Romains , mais rare aujourd'hui dans l'Europe. Ce général, par une manœuvre supérieure , fut d'abord le maître de la campagne. Il côtoya l'armée du roi d'Angleterre qui avait le Mein entre elle et les Français; il lui coupa les vivres en se rendant maître des passages au-dessus et au-dessous de leur camp.

Le roi d'Angleterre s'était posté dans Àschaffenbourg, ville sur le Mein qui appartient à rélecteur de Mayencc. Il avait fait cette démarche malgré le comte Stair son général, et commençait à s'en repentir. 11 y voyait son armée bloquée et ailamée par le maréchal de Noailles. Le soldat fut réduit à la demi ration par jour. On manquait de fourrages au point qu'on proposa de couper les jarrets aux chevaux, et on l'aurait fait si on était resté encore deux jours dans cette position. Le roi d'Angleterre fut obligé enfin de se retirer pour aller chercher des vivre* k Hanau sur le chemin de Francfort; mais, en se retirant, il était exposé aux batteries du canon ennemi , placé sur la

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rive du Me in . Il fallait faire marcher en hâte une armée que la disette affaiblissait, et dont l'arrière-garde pouvait être accablée par l'armée française, car le maréchal de Noailles avait eu la précaution de jeter des ponls entre Dettingue et Aschaffenbourg sur le chemin de Hanau , et les Anglais avaient joint à leurs fautes celle de laisser établir ces ponts. Le 26 juin , au milieu de la nuit , le roi d'Angleterre fit décamper son armée dans le plus grand silence, et hasarda cette marche précipitée et dangereuse à laquelle il était réduit. Le maréchal de Noailles voit les Anglais qui semblent marcher à. leur perte dans un chemin étroit entre une montagne et la rivière. Il ne manqua pas d'abord de faire avancer tous les escadrons composés de la maison du roi , de dragons et de hussards vers le village de Dettingue , devant lequel les Anglais devaient passer. Il fait défiler sur deux ponts quatre brigades d'infanterie avec celle des gardes-françaises. Ces troupes avaient ordre de rester postées dans le village de Dettingue en-deçà d'un ravin profond. Elles n'étaient point aperçues des Anglais» et le maréchal voyait tout ce que les Anglais fesaient. M. de Vallière, lieutenant général , homme qui avait poussé le service de l'artillerie aussi loin qu'il peut aller, tenait ainsi dans uu défilé les ennemis entre deux batteries qui plongeaient sur eux du rivage. Ils devaient

Sasser par un chemin creux qui est entre lettingue et un petit ruisseau. On ne devait fondre sur eux qu'avec un avantage certain : le roi d'Angleterre pouvait être pris lui-même; c'était enfin un de ces momens décisifs qui semblaient devoir mettre fin à la guerre.

Le maréchal recommande au duc de Grammont son neveu, lieutenant général et colonel des gardes , d'attendre dans cette position que l'ennemi vînt lui-même se livrer. Il alla malheureusement reconnaître un gué pour faire encore avancer de la cavalerie. La plupart des officiers disaient qu'il eût mieux fait de rester à l'armée pour se faire obéir. Il envoya faire occuper le poste d'Aschaffenbourg par cinq brigades , de sorte que les Anglais étaient pris de tous côtés. Un moment d'impatience dérangea toutes ces mesures.

[27 juin] Le duc de Grammont crut

3ue la première colonne ennemie était éjà passée , et qu'il n'y avait qu'à fou-

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dre sur une arrière-garde qui ne pouvait résister : il fit passer le ravin à ses troupes. Quittant ainsi un terrain avantageux où il devait rester , il avance avec le régiment des gardes et celui de Noailles infanterie dans une petite plaine qu'on appelle Champ des Coqs. Les Anglais qui défilaient en ordre de bataille se formèrent bientôt. Par là les Français , qui avaient attiré les ennemis dans un piège,

Jf tombèrent eux-mêmes. Ils attaquèrent es ennemis en désordre et avec des forces inégales. Le canon que M. de Vallière avait établi le long du Mein, et qui foudroyait les ennemis par le ilanc, et surtout les Ilanovricns , ne fut plus d'aucun usage , parce qu'il aurait tiré contre les Français mêmes. Le maréchal revient dans le moment qu'on venait de faire cette faute.

La maison du roi à cheval, les carabiniers, enfoncèrent d'abord, par leur impétuosité , deux lignes entières d'iufanterie ; mais ces lignes se reformèrent dans le moment, et enveloppèrent les Français. Les officiers du régiment des gardes marchèrent hardiment à la tête d'un corps assez faible d'infanterie : vingt et un de ces officiers furent tués sur la place ; autant furent dangereusement blessés. Le régiment des gardes fut mis dans une déroute entière.

Le duc de Chartres, depuis duc d'Orléans , le prince de Clermont , le comte d'Eu , le duc de Pcnthièvrc malgré sa grande jeunesse, fesaient des efforts pour arrêter le désordre. Le comte de Noailllcs eut deux chevaux de tués sous lui. Son frère le duc d'Ayen fut renversé.

Le marquis de Puységur, fils du maréchal de ce nom, parlait aux soldats d<son régiment, courait après eux, ralliait ce qu'il pouvait, et en tua de sa main quelques-uns qui ne voulaient pas suivre, et qui craient sauve qui peut. Les princes , et les ducs de Biron , de Luxembourg, de Richelieu, de Péquigny-Chevreuse se mettaient à la tète des brigades qu'ils rencontraient, et s'enfoncèrent dans les lignes des ennemis.

D'un autre côté , la maison du roi et les carabiniers ne se rebutaient point. On voyait ici une troupe de gendarmes , la une compagnie des gardes, cent mousquetaires dans un autre endroit , des compagnies de cavalerie s'avançant avec des chevau-légers ; d'autres qui suivaient les carabiniers ou les grenadiers à chc-

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vol, et qui couraient aux Anglais le sabre à la main avec plus de bravoure que d'ordre. 11 y en avait si peu qu'environ cinquante mousquetaires, emportés par leur courage , pénétrèrent dans le régiment de cavalerie du lord Stair. Vingtsept officiers de la maison du roi à cheval périrent dans cette confusion, et soixantesix furent blessés dangereusement. Le comte d'Eu, le comte d'IIarcourt , le comte de Beuvron , le duc de Boufllers , furent blessés; le comte de La Mothe- Houdancour, chevalier d'honneur de la reine , eut son cheval tué , fut foulé longtemps aux pieds des chevaux , et remporté presque mort. Le marquis de Gontaut eut le bras cassé ; lé duc de Rochechouart , premier gentilhomme de la ebambre , ayant été blessé deux fois , et combattant encore, fut tué sur la place. Les marquis de Sabran , de Fleuri , le ronite d'Éstrade, le comte de Rostaing y laissèrent la vie. Parmi les singularités de cette triste journée , on ne doit pas omettre la mort d'un comte de Boufllers, de la branche de Rérniancourt. C'était un enfant de dix ans et demi : un coup de canon lui cassa la jambe ; il reçut le coup, se vit couper la jambe, et mourut avec un égal sang-froid. Tant de jeunesse et tant de courage attendrirent tous ceux qui furent témoins de son malheur.

La perte n'était guère moins considérable parmi les officiers anglais. Le roi d'Angleterre combattait à pied et à cheval , tantôt à la tète de. la cavalerie , tantôt à celle de l'infanterie. Le duc de Gumbcrlaod fut blessé à ses côtés ; le duc d'Aremberg, qui commandait les Autrichiens, reçut une balle de fusil au haut de la poitrine. Les Anglais perdirent plusieurs officiers généraux. Le combat dura trois heures. Mais il était trop inégal; le courage seul avait à combattre la valeur , le nombre et la discipline. Enfin le maréchal de Noailles ordonna la retraite.

Le roi d'Angleterre dîna sur le champ de bataille , et se retira ensuite , sans même se donner le temps d'enlever tous «es blessés , dont il laissa environ six cents que le lord Stair recommanda à la générosité du maréchal de Noailles. Les Français les recueillirent comme des compatriotes ; les Anglais et eux se traitaient en peuples qui se respectaient.

Les deux généraux s'écrivirent des lettres qui font voir jusqu'il quel point on

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peut pousser la politesse et l'humanité au milieu des horreurs de la guerre.

Cette grandeur d'âme n'était pas particulière au comte Stair et au duc de Noailles. Le duc de Cumbcrlaml fit surtout un acte de générosité qui doit être transmis à la postérité. Un mousquetaire nommé Girardcau , blessé dangereusement, avait été porté près de sa tente. On manquait de chirurgiens , assez occupés ailleurs; on allait panser le prince à qui une balle avait perce les chairs de 1 1 jambe. «Commencez, dit le prince, par soulager cet officier français; il est plus blessé que moi; il manquerait de secours, et je n'en manquerai pas. »

Au reste, la perte fut à peu près égale dans les deux armées. 11 y eut du côté d( s alliés deux raille deux cent trente et un hommes tant tués que blessés. On sut ce calcul par les Anglais , qui rarement diminuent leur perte , et n'augmentent guère celle de leurs ennemis.

Les Français souffrirent une grande perte en fesant avorter le fruit des plus belles dispositions, par cette ardeur précipitée et cette indiscipline qui leur avaient fait perdre autrefois les batailles de Poitiers, de Créci, d'Atincourt. Celui qui écrit cette histoire vit , six semaines après, le comte Stair à La Tlaye : il prit la liberté de lui demander ce qu'il pensait de cette bataille. Ce général lui répondit : «Je pense que les Français ont fait une grande faute, et nous deux : la vôtre a été de ne savoir pas attendre; les deux nôtres ont été de nous mettre d'abord dans un danger évident d'être perdus, et ensuite de n'avoir pas su profiter de la victoire. •

Après cette action, beaucoup d'officiers français et anglais allèrent à Francfort , ville toujours neutre , où l'empereur vit l'un après l'autre le comte Stair et le maréchal de Noailles, saus pouvoir leur marquer d'autres sentimens que ceux «de la patience dans son infortune.

Le maréchal de Noailles trouva l'empereur accablé de chagrin, sans états, sans espérance, n'ayant pas de quoi faire subsister sa famille dans cette ville impériale, où personne ne voulait faire la moindre avance au chef de l'Empire ; il lui donna une lettre de crédit de quarante mille écus , certain de n'être pas dé savoué par le roi son maître. Voilà où en était réduite la majesté de l'empire romain. {Siècle do Louis X F.)

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DOMINIQUE (saint). — fatuitb Donnés Hl CB GBAND SAINT, BH l5l8.— - L'in-

quisition etst , comme on sait , une invention admirable et tout-à-fait chrétienne pour rendre le pape et les moines plus puissans , et pour rendre tout un royaume hypocrite.

On regarde d'ordinaire saint Dominique comme le premier à qui Ton doit cette sainte institution. En effet, nous avons encore une patente donnée par ce grand saint, laquelle est conçue en ces propres mots : « Moi, frère Dominique , je réconcilie à l'église le nommé Roger, porteur des présentes, à condition qu'il se fera fouetter par un prêtre trois dimanches consécutif* , depuis l'entrée de la ville jusqu'à la porte de l'église, qu'il fera maigre toute sa vie , qu'il jeûnera trois carêmes dans l'année , qu'il ne boira Jamais de vin , qu'il portera le san-benito avec des croix , qu'il récitera le bréviaire tous les jours, dix pater dans la journée et vingt à l'heure de minuit, qu'il gardera désormais la continence , et qu'il se présentera tous les mois au curé de sa paroisse , etc. ; tout cela sous peine d'être traité comme hérétique, parjure et impénitent.»

Quoique Dominique soit le véritable fondateur de l'inquisition , cependant Louis de Paramo , l'un des plus respectables écrivains et des plus brillantes lumières du saint-office, rapporte, au titre second de son second livre, que Dieu fut le premier instituteur du saint-office , et q u il exerça le pou voir des frères prêcheurs contre Adam. D'abord Adam est cité au tribunal: Adam^ubi et? « et en efiet, ajoute-t-il , le défaut de citatiou aurait rendu la procédure de Dieu nulle. »

(Dictionnaire philosophique.)

DUBOIS (le cardinal). — sa hobt (19 août 1723.)— -C'était le fils d'un apothicaire de Brive-la Gaillarde , dans le fond du. Limousin. 11 avait commencé par être instituteur du duc d'Orléans, et ensuite, en servant son élève dans ses plaisirs , il en acquit la confiance. Un peu d'esprit, beaucoup de débauche , de la souplesse , et surtout le goût de son maître pour la singularité , firent sa prodigieuse fortune. Si ce cardinal, premier ministre, avait été un homme grave , cette fortune aurait excité l'indignation ; mais elle ne fut qu'un ridicule. Leduc d'Orléans se jouait de son premier ministre , et ressemblait à ce pape qui fit ton porte -singe cardinal.

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Tout se tournait en gatté et en plaisanterie sous la régence du duc a' Orléans.

C'était le même esprit que du temps de la fronde, à la guerre civile près. Ce caractère de la nation , le régent l'avait fait renaître après la sévère tristesse des dernières années de Louis xiv.

Le cardinal Dubois, archevêque de Cambrai, mourut d'un ulcère dans l'urètre, suite de ses débauches. Il trouva un expédient pour n'être pas fatigué dans ses derniers momens par les pratiques de la religion catholique , dont jamais ministre ne fit moins de cas que lui. Il prétexta qu'il y avait pour les cardinaux un cérémonial particulier, et qu'un cardinal ne recevait pas l'extrême-onction et le viatique comme un autre homme. Le curé de Versailles alla aux informations; et, pendant ce temps, Dubois mourut, le 19 auguste 1 7*3. Nous rîmes de sa mort comme de son ministère. Tel était le goût des* Français accoutumés à rire de tout.

(Siècle de Louis XV.)

DUEL BHTBB CHABLBS-QUtKT BT rBAlf-

çois 1er. (10 septembre i5a8.) — Après que François 1er, mal conseillé par son courage et par l'amiral Bonnivet, eut perdu la bataille de Pavie , où il fit dés actions de héros et où il fut fait prisonnier; après qu'il eut langui une année entière en prison, il fallut exécuter le fatal traité de Madrid , par lequel il avait promis de céder au victorieux Charles v fa Bourgogne , que cet empereur regardait comme le patrimoine de ses an* cètres.

L'empereur, en reconduisant son prisonnier au-delà de Madrid , l'avait conjuré de lui dire franchement, et sur sa foi de gentilhomme , s'il était dans la résolution d'accomplir le traité, et avait même ajouté qu'en quelque disposition qu'il fût, il n'en serait pas moins libre. François 1" avait répondu qu'il tiendrait sa parole. L'empereur répliqua : « Je vous crois ; mais , si vous y manquez , je publierai partout que vous n'en avez pas usé en homme d'honneur. 1 L'empereur était donc en droit de reprocher au roi c:ue, s'il avait combattu en brave chevalier à Pavie, il ne se conduisait pas en loyal chevalier en manquant à sa promesse.

11 dit aux ambassadeurs de France que le roi leur maître avait procédé de mauvaise foi , et que, quand il voudrait , il le lui soutiendrait seul à seul, c'est-à-dire , dans un combat singulier.

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Le roi, à qui on rapporta ce discours public, présenta sa réponse par écrit à l'ambassadeur de l'empereur, qui s'excusa de la lire , parce qu'il avait déjà pris conçé. «Vous 1 entendrez au moins , » dit le roi ; et il lui fît lire l'écrit signé de sa main et par Robertct, secrétaire d'état. Cet écrit portait en propres mots :

•Vous Scsons entendre que, si voua nous avez voulu, ou voulez nous charger, que jamais nous ayons fait chose qu'un gentilhomme, aimant son honneur ne doive faire, nous disons que vous avez menti par la gorge, et qu autant de fois que vous le direz vous mentirez ; étant délibéré de défendre uotre honneur jusqu'au dernier bout de notre vie ; pour quoi , puisque contre vérité vous nous avez voulu charger, désormais ne nous écrivez aucune chose , mais nous assurez le camp, et nous vous porterons les armes ; protestant que , si après cette déclaration , en autres lieux vous écrivez ou dites paroles qui soient contre notre honneur, que la honte du délai en sera vôtre ; vu que , venant audit combat, c'est la fin de toutes écritures. Fait en notre bonne ville et citf de Paris , le vingt-huitième jour de mars de l'an i5:»7, avant Pâques.

« Fhaxçois. »

Le roi envoya ce cartel à l'empereur par un héraut d'armes. Charles v* envoya sa réponse par un autre héraut. Le roi le reçut dans la grand'salle du palais ; il était sur un trône élevé de quinze marches devant la table de marbre. A 6a droite, sur un grand échafaud, étaient assis le roi de Navarre, le duc d'Alençon, le comte de Foix, le duc de Vendôme, le duc de Ferrare, de la maison d'Est, le duc de, Chartres, le duc d'Albanie , régent d'Ecosse. De l'autre côté étaient le cardinal Salviati, légat du pape, les cardinaux de Bourbon, Duprat, de Lorraine, l'-orchcvOque de ïïarbonne.

Au-dessous des princes étaient les présidons et les conseillers du parlement, et au-dessous du banc des prélats étaient les ambassadeurs. Ce fut la première fois que le parlement en corps prit place dans une assemblée de tous les grands et de tous les ministres étrangers, et il y tint la place la plus honorable qu'on pût lui donner.

Il est vrai que ce grand appareil se réduisit à rien ; le roi ne voulut écouter le héraut de l'empereur qu'en cas qu'il ap~

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f>orlàt ta sûreté du can a désignation du lieu ot lait combattre. En vain parler, le roi lui imposa silence.

(Histoire générale.) DUELS OBDORn^S PAS Les aois ( i547>) — Sous la dernière race des ducs de Bourgogne , les bourgeois des villes de Flandre jouissaient du droit de prouver leurs prétentions avec le bouclier et la massue d<* mesplier : ils oignaient de suif leur pourpoint , parce qu'ils avaient entendu dire qu'autrefois les athlètes se frottaient d'hui le ; ensuite ils plongeaient les mains dans un baquet plein de cendres, et mettaient du miel ou du sucre dans leurs bouches ; après quoi ils combattaient jusqu'à la mort , et le vaincu était pendu.

La liste de ces combats en diarap clos, commandés ainsi par les sot&erains , serait trop longue. Le roi François i«r en ordonna deux solennellement , et son Gis Henri 11 en ordonna aussi deux. Le premier de ceux qu'ordonna Henri Ait celui <le Jarnac et de La Châtaigneraie (1547). Celui-ci soutenait que Jarnac couchait avec sa belle -mère, celui-là le niait : était-ce là une raison pour un monarque de commander , de l'avis de son conseil , qu'ils se coupassent la gorge en sa présence ? mais telles étaient les meeurs. Les deux champions jurèrent, chacun sur les Evangiles > qu'il combattait pour la vérité , et qu'il c n'avait sur lui ni paroles , ni charmes, ni incantations.» La Châtaigneraie étant mort de ses blessures, Henri 11 fit serment qu'il n'ordonnerait plus les duels; et, deux ans après, il donna, dans son conseil privé, des lettres patentes, par lesquelles il était enjoint à deux jeunes gentilshommes d'aller se battre en champ clos à Sedan , sous les yeux du maréchal de La Mark , priuce souverain de Sedan. Henri crovait n<:

point violer son serment en ordonnant aux parties d'aller se tuer ailleurs qu'eu son royaume. La cour de Lorraine s'opposa formellement à cet honneur que recevait le maréchal de La Mark. Elle envoya protester dans Sedan que tous les duels entre le Rhin et la Meuse devaient , par les lois de l'Empire , se faire par l'ordre et en présence des souverains de Lorraine. Le camp n'en fut pas moins assigné à Sedan. Le motif de cet arrêt du roi Henri 11, rendu en son conseil privé, était que l'un de ces deux gentilhommes , nommé Daguères, avait -mis les mains

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dans les chausses d'un jeune homme , nommé Fendilles. Ce Fendilles , blessé dans r§ combat, ayant avoué qu'il avait tort , fut jeté hors du camp par les hérauts d'armes, et ses armes furent brisées : c'était une des punitions du vaincu. On ne peut concevoir aujourd'hui comment une cause si ridicule pouvait être vidée par un combat juridique.

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Il ne faut pas confondre avec tous ees duels , regardés comme l'ancien jugement de Dieu, les combats singuliers entre les chefs de deux armées, entre les chevaliers des partis opposés. Ces combats sont des faits d'armes, des exploits de guerre, de tont temps en usage chez toutes les nations.

( Essai sur les mœurs. )

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sentielle du discours que tint Henri iv

ÉDIT DE NANTES. — dibcocbs

d'hBNBI IV POUR LE FAIBB EHBKGI8TBKR

(a5 février 1599.) — 11 est triste que le président de Thou , dans son histoire écrite avec tant de candeur, n'ait jamais rapporté le£^éritables discours de Henri iv. Cet historien, écrivant en latin, nonseulement ôtait aux paroles du roi cette naïveté familière qui en fait le charme , et qu'on ne peut traduire; mais il imitait encore les anciens auteurs latins, qui* ' mettaient leurs propres idées dans la bouche de leurs personnages, se piquant plutôt d'être orateurs élêgans que narrateurs fidèles. Voici la partie la plus essentielle du " au parlement

« Je prends bien les avis de tous mes serviteurs ; lorsqu'on m'en donne de bons, je les embrasse; et si je trouve leur oninion meilleure que la mienne, je la change ibrt volontiers. U n'y a pas un de vous, quand il me voudra venir trouver et me dire : « Sire , vous faites telle chose qui est injuste à toute raison , • que je ne l'écoute fort volontiers. H s'agit maintenant de faire cesser tous faux bruits; il ne faut plus faire de distinction de catholiques et de huguenots: il faut que tous soient bons Français ; et que les catholiques convertissent les huguenots par l'exemple de leur bonne vie ; mais il ne faut pas donner occasion anx mauvais bruits qui courent par tout le royaume : vous en êtes la cause pour n'avoir pas promptement vérifié l'édit.

«J'ai reçu plus de biens et plus de grâces de Dieu que pas un de vous; je ne désire en demeurer ingrat; mon naturel n'est pas disposé a l'ingratitude , combien qu envers Dieu je ne puisse être autre; mais pour le moins j'espére qu'il me fera la grâce d'avoir toujours de bons deweins. Je suis catholique, et ne veux

que personne en mon royaume affecte d'être plus catholique que moi. Etre catholique par intérêt, c'est ne valoir rien.

. On dit que je veux favoriser ceux de la religion , et on veut entrer en quelque méfiance de moi. Si j'avais envie de ruiner la religion catholique , je m'y conduirais de U façon; je ferais venir vingt mille hommes, je chasserais d'ici ceux qu'il me plairait; et, quand j'aurais commandé que quelqu'un sortit, il faudrait obéir. Je dirais, Messieurs les juges, il faut vérifier l'édit, ou je vous ferai mourir; mais alors je ferais le tyran. Je n'ai point conquis ce royaume par tyrannie, je l'ai par nature et par mon travail.

« J'aime mon parlement de Paris pardessus tous les autres ; il faut que je reconnaisse la vérité , que c'est le seul lieu où la justice se rend aujourd'hui dans mon royaume ; il n'est point corrompu par argent. En la plupart des autres, la justice s'y vend ; et qui donne deux mille écus , l'emporte sur celui qui donne moins : je le sais, parce que )'ai aidé autrefois à boursiller; mais cela me servait à des desseins particuliers.

« Vos longueurs et vos difficultés donnent sujet de remuemens étranges dans les villes. L'on a fait des*proeessions contre l'édit , même à Tours , où elles se devaient moins faire qu'en tout autre lieu , d'autant que j'ai fait celui qui en est l'archevêque. L'on en fait aussi au Mans, pour inspirer aux juges à rejeter l'édit; cela ne s'est fait que par mauvaise inspiration. Empêches que de telles choses n'arrivent plus. Je vous prie qoe je n'aie plus à parler de cette affaire , et que ce soit pour la dernière fois : faites-le, je vous le commande et vous en prie. •

Malgré ce discours du roi, les préjugés étaient encore si forts, qu'il S grands débats dans lé parlement, pour la

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vérification. La compagnie était partagée entre ceux qui , ayant été long-temps du parti de la ligue , conservaient encore leurs anciens sentimens sur ce qui concernait les affaires de la religion , et ceux qui, ayant été auprès du roi à Tours et à Châlons, connaissaient mieux sa personne et les besoins de l'état. L'éloquence et la sagesse de deux magistrats ramenèrent tous les esprits. Un conseiller, nommé CoqueJey, autrefois ligueur violent, et depuis détrompé , fit un tableau si touchant des m aiheurs où la guerre civile avait téduit la France, et du bonheur attaché à J 'esprit de tolérance , que tous les cœurs en furent émus. Mais U y avait dans le parlement des hommes très savans dans les lois, qui, trop frappés des anciennes lois sévères des deux Théodose contre les hérétiques , pensaient que la France devait se conduire par les institutions de ces empereurs.

Le président Auguste deThou , encore plus savant qu'eux, les battit par leurs propres armes. « L'empereur Justin , leur dit-il, voulut extirper l'arianisme dans l'Orient ; il crut y parvenir en dépouillant les ariens de leurs églises. Que fit alors le grand Théodoric , maître de Borne et d'Italie ? il envoya I'évéque de Rome Jean i*r, avec un consul et deux patrices, en ambassade à Constantinople , déclarer à Justin que, s'il persécutait ceux qu'on appelait ariens , Théodoric ferait mourir ceux qui se nommaient seuls catholiques. Cette déclaration arrêta l'empereur, et il n'y eut alors de persécution ni dans l'Orient ni dans l'Occident.

Un si grand exemple rapporté par un homme tel que de Tnou , l'image frappante d'un pape allant lui-même de Borne à Constantinople parler en faveur des hérétiques , firent une si puissante impression sur les esprits, que IV dit de Nautes passa tout d'une voix , et fut ensuite enregistré dans tous les parlemens du royaume *. (Histoire du parlement. )

* Védit de Nantes avait les mêmes inconvénient que le» édite de pacification du chancelier de l'Hospital. Ce n'était pas une loi do tolérance, destinée à maintenir tons les membres de l'état dans le droit de professer librement la croyance et le culte qu'il* ont adoptés, droit donné par la nature, droit auquel jamais un homme n a pu renoncer sans être f°u, et dont pat conséquent aucune loi positive ne peut légitimement priver un seul citoyen , fût- <Me portée du consentement unanime de tous les ««lies; l'édit de Nantes n'était qu'un traité de P*i* entre les sectateurs des deux religions , et pas? «onséquent il ne pouvait subsister qu'aussi long-

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ÉDIT DE NANTES. — sa révocitio* (a a octobre i685.) — Vers la fin de 1684, et au commencement de i685, tandis que Louis xiv, toujours puissamment armé , ue craignait aucun de ses voisins, les troupes furent envoyées dans toutes les villes et dans tous les châteaux où il y avait le plus de protestans; et, comme les dragons , assez mal disciplinés dans ce temps-là , furent ceux qui commirent le plus d'excès , on appela cette exécution la dragonnade.

Les frontières étaient aussi soigneusement gardées qu'on le pouvait pour prévenir la fuite de ceux qu'on voulait réunir à l'église. C'était une espèce de chasse qu'on fesait dans une grande enceinte.

Un évêque, un intendant, un subdélégué, ou un curé , ou quelqu'un d'autorisé, marchait à la tête des soldats. On assemblait les principales familles calvinistes, surtout celles qu'on croyait les plus faciles. Elles renonçaient à leur religion au nom des autres, et les obstinés étaient livrés aux soldats qui eurent toute liceuce , excepté celle de tuer. Il y eut pourtant plusieurs personnes si cruellement maltraitées, qu'elles en moururent. Les enfans des réfugiés dans les pays étrangers jettent encore des cris sur cette persécutiondé leurs pères. Ils la comparent aux plus violentes que souffrit l'église dans les premiers temps.

C'était un étrange contraste que, du sein d'une cour voluptueuse, où régnaient la douceur des mœurs, les grâces, les charmes de la société, il partît des ordres si durs et si impitoyables. Le marquis de Louvois porta dans cette affaire l'inflexibilité de son caractère ; on y reconnut le même génie qui a voit voulu enss-velir la Hollande sous les eaux , e t qui depuis mit le Palatinat en cendres. Il y a encore des lettres de sa main, de cette année i685, conçues en ces termes : « Sa majesté veut qu'on fasse éprouver les dernières rigueurs à ceux qui ne voudront pas se faire de sa religion ; et ceux qui auront la sotte gloire de vouloir demeurer les derniers, doivent être poussés jusqu'à la dernière extrémité. >

^ Paris ne fut point exposé à ces vexa, tions ; les cris se seraient fait entendre au trôue de trop près. On veut bien faire des malheureux, mais on Souffre d'entendre leurs clameurs.

temps que le* forces des deux partie se eoutreha-

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[i685] Tandis qu'on fesait ainsi tomber partout les temples, et qu'on demandait dans les provinces des abjurations à majn armée , l'édit de Nantes fut enfin cassé au mois d'octobre i685; et on acheva *de ruiner l'édifice qui était déjà miné de toutes parts.

La chambre de l'édit avait déjà été supprimée. Il fut ordonné aux conseillers calvinistes du parlement de se défaire de leurs charges. Une foule d'arrêts du conseil parut coup sûr coup pour extirper les restes de la religion proscrite. Celui qui paraissait le plus fatal, fut l'ordre d'arracher les enfans aux prétendus réformés , pour les remettre entre les mains des plus proches païens catholiques ; ordre contre lequel la nature réclamait à si haute voix, qu il ne fut pas exécuté.

Mais , dans ce célèbre édit qui révoqua celui de Nantes, il paraît quon prépara un événement tout contraire au but qu'on s'était proposé. On voulait la réunion des calvinistes à l'église dans le royaume.

Gourville, homme très judicieux, consulté par Louvois, lui avait proposé, comme on sait, de faire enfermer tous les ministres, et de -ne relâcher que ceux qui, gagnés par des pensions secrètes, abjureraient en public, et serviraient à la réunion plus que des missionnaires et des soldais. Au lieu de suivre cet avis politique, il fut ordonné par l'édit à tous les ministres qui ne voulaient pas se convertir, de sortir du royaume dans quinze jours. C'était s'aveugler que de penser qu'en chassant les pasteurs, une grande partie du troupeau ne suivrait pas. C'était bien présumer dê sa puissance, et mal connaître les hommes, de croire que tant de cœurs ulcérés et tant d'imaginations échauffées par l'idée du martyre , surtout dans les pays méridionaux de la France , ne s'exposeraient pas à tout pour aller chez les étrangers publier leur constance et la gloire de leur exil parmi tant de nations envieuses de Louis xiv, qui tendaient les bras à ces troupes fugitives.

Le vieux chancelier Le Tellier, en signant l'édit , s'écria plein de joie : Nuno dimiiiis servum tuum , Domine, quia viderunt oculi mei salut arc tuum. Il ne savait pas qu'il signait un des plus grands malheurs de la France *.

* Si vous lises l'oraison funèbre de Le Tellier par Bossuet, ce chancelier est un juste, et un grand homme. Si vous liie* les Annalet de l'abbé de

Louvois, son fils, se trompait encore eu croyant qu'il suffirait d'un ordre de sa main pour garder toutes les frontières et toutes les côtes contre ceux qui se fesaient un devoir de la fuite. L'industrie occupée à tromper la loi est toujours plus forte que l'autorité. Il suffisait de quelques gardes gagnés pour favoriser la foule des réfugiés. Près de cinquante mille familles, en trois ans de temps, sortirent du royaume , et furent après suivies par d'autres. Elles allèrent porter chez les étrangers les arts, les manufactures, la richesse. Presque tout le nord de l'Allemagne, pays encore agreste et dénué d'industrie, reçut une nouvelle face de ces multitudes transplantées. Elles peuplèrent des villes entières. Les étoffes, les galons , les chapeaux , les bas , qu'on achetait auparavant de la France, furent fabriqués par eux. Un faubourg entier de Londres fut peuplé d'ouvriers français en soie ; d'autres y portèrent l'art de donner la perfection aux cristaux, qui fut alors perdu en France. On trouve encore très communément dans l'Allemagne l'or que les réfugiés y répandirent**. Ainsi la France perdit cinq cent mille ha bilans, une quantité prodigieuse d'espèces , et surtout des arts dont ses ennemis s'enrichirent. La Hollande y gagna d'excellens officiers et des soldats. Le prince d'Orange et le duc de Savoie eurent des régimens entiers de réfugiés. Ces mêmes souverains de Savoie et de Piémont , qui avaient exercé tant de cruautés contre les réformés de leurs pays , soudoyaient ceux de France ; et ce n'était pas assurément par zèle de religion que le prince d'Orange les enrôlait. Il y en eut qui s'établirent jusque vers le cap de Bonne-Espérance.

Le neveu du célèbre du Quêne, lieutenant généra] de la marine , fonda une fJetite colonie à cette extrémité de la terre; elle n'a pas prospéré; ceux qui s'y embarquèrent périrent pour la plupart. Mais enfin il y a encore des restes de cette colonie voisine des Hottentots. Les Français

Saint-Pierre , c'est un lâche et dangereux courtisan, un calomniateur adroit, dont le comte de Grammont disait, en le voyant sortir d'un entretien particulier avec le roi : « Je croîs voir une fouine qui vient d'égorger des poulets , en se léchant le museau plein de leur sang. »

, ** Le comte d'Avauz , dans ses lettres , dit qu'on lui rapporta qu'a Londres on frappa soixante mille gainées de l'or que les réfugiés y avaient fait passer ; on lui avait fait un rapport Irop exagéré.

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ont été dispersés plus loin que les Juifs.

Ce fut en vain qu'on remplit les prisons et les galères de ceux qu'on arrêta dans leur fuite. Que faire de tant de malheureux affermis dans leur croyance par les tourmens ? comment laisser aux galères des gens de loi , des vieillards infirmes ? On en fit embarquer quelques centaines pour l'Amérique. Enfin , le conseil imagina que, quand la sortie du royaume ne aérait plus défendue, les esprits n'étant

ijlus animés par le plaisir secret de déso- >éir, il y aurait moins de désertions. On se trompa encore; et, après avoir ouvert les passages, on les referma inutilement une seconde fois.

On défendit aux calvinistes, en i685, de se faire servir par des catholiques, de peur que les maîtres ne pervertissent les domestiques; et, l'année d'après, un autre édit leur ordonna de se défaire des domestiques huguenots, afin de pouvoir les arrêter comme vagabonds. Il n'y avait rien de stable dans la manière de les persécuter, que le dessein de les opprimer pour les convertir.

Tous les temples détruits, tous les ministres bannis, il s'agissait de retenir dans la communion romaine tous ceux qui avaient changé par persuasion ou par crainte. Il en restait plus * de quatre cent mille dans le royaume. Ils étaient obligés d'aller à la messe et de communier. Queloues-uns , qui rejetèrent l'hostie après J avoir reçue , furent condamnés à être brûlés vifs. Les corps de ceux qui ne voulaient pas recevoir les sacremens à la mort , étaient traînés sur la claie, et jetés à la voirie.

Toute persécution fait des prosélytes quand elle frappe pendant la chaleur de

I enthousiasme. Les calvinistes s'assemblèrent partout pour chanter leor» psaumes , malgré la peine de mort décernée contre ceux qui tiendraient de» assemblées. Il y avait aussi peine de mort contre les ministres qui rentreraient dans le royaume, et cinq mille cinq cents livres de récompense pour qui tes dénoncerait.

II en revint plusieurs qu'on fit périr par la corde ou par la roue.

(Siècicde Louis XI r.)

* On a imprimé plusieurs fois qu'il y a encore en France trois millions de r^rmés. Cette exagération e«t intolérable M..W» B avilie n'en comptait pat cent mille en Languedoc , et il était exact. Il n'y en a pas quinte mille dam Paris : beaucoup de ville» et de* province» entières n'en ont point.

EDO 8; ÊDOUARD II, roi d'Angleterre. —

80K DÉTBOHBMHAT XT8AMOBT, «H 1037. —

Edouard 1". mourut lorsqu'il allait conquérir l'Ecosse, trois fois subjuguée et trois fois soulevée. Son fils , Agé de vingt trois ans, à la tête d'une nombreuse armée, abandonna les projets de son père pour se livrer à des plaisirs qui paraissaient plus indignes d un roi en Angleterre qu'ailleurs. Ses favoris irritèrent la nation , et surtout l'épouse du roi , Isabelle , fille de Pbilippe-le-Bcl , femme, galante et impérieuse, jalouse de son mari qu'elle trahissait. Ce ne fut plus dans l'administration publique que lureur, confusion et faiblesse. Une partie du parlement fait trancher la Vtc à un favori du monarque, nommé Gaveston. [ i3ia ] Les Ecossais profitent de ces troubles. Ils battent les Anglais; et Robert Bruss , devenu roi d'Ecosse, la rétablit par la faiblesse de l'Angleterre.

[i3i6] On ne peut se conduire avec plus d'imprudence , et parconséquent avec plus de malheur qu'Edouard u. 11 souffre que sa femme Isabelle, irritée contre lui, passe en France avec son fils, qui fut depuis l'heureux et le célèbre Edouard m.

Charles-le Bel , frère d'Isabelle , régnait en France. H suivait cette politique de tous les rois, de semer la discorde chez ses voisins ; il encouragea sa sœur Isabelle à lever l'étendard contre son mari.

Ainsi donc , sous prétexte qu'un jeune favori, nommé Spencer, gouvernait indignement le roi d'Angleterre, sa femme se prépare à faire la guerre. Elle marie son fils à la fille du comte de Hainaut et de Hollande. Elle engage ce comte à lui donner des troupes. Elle repasse enfin en Angleterre, et se joint à main armée aux ennemis de son époux. Son amant,

If. B. Les protestans qui vivent à Paris «on t en terrés par ordre de la police. Le nombre de morts est donc connu par ses registres, et il en résulto qu'ils forment environ la dixième partie de la population, les étrangers compris. Il ne serait pas surprenant que les protestons , relégués par les lois dans les classes qui peuplent le plus , eussent beaucoup plus que doublé depuis la révocation del'édit de Nantes.

Ba ville ne mérite aucune croyance. Il est très vraisemblable que la terreur qu'il avait inspire» avait forcé les huguenots ù sortir du Languetloo, on à dissimuler et & se cacher. Il était d'ailleurs intéressé a en diminuer le nombre. C'était un moyen de plaire 4 Louis XIV ; et pourquoi , après avoir versé tant de sang pour se frayer la route du ministère, se serait-il fait scrupule d'uu mensonge?

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Mortimer, était arec elle à la tête de tes troupes, tandis que le roi fuyait avec son favori Spencer.

[i3a6] La reine fait pendre à Bristol le père du favori, ûjjé de quatre-vingt-dix ans. Cette cruauté , qui ne respecta point l'extrême vieillesse , est un exemple unique. Elle punit ensuite du même supplice , dans Hcrford , le favori lui-même , tombé dans ses mains : mais elle exerça dans ce supplice une vengeance que la bienséance de notre siècle ne permettrait pas ; elle fit mettre dans l'arrêt qu'on arracherait au jeune Spencer les parties dont il avait fait un coupable usage avec le monarque : l'arrêt fut exécuté à la

Ï>otence; elle ne craignit point de voir 'exécution. Froissard ne fait point difficulté d'appeler ces parties par leur nom

f propre. Ainsi cette cour rassemblait à la bis toutes les dissolutions des temps les plus efféminés , et toutes les barbaries des temps les plus sauvages.

Enfin le roi abandonné , fugitif dans son royaume, est pris, conduit à Londres, insulté par le peuple , enfermé dans la tour, jugé par le parlementât déposé par un jugement solennel. Un nommé Trussel lui signifia sa déposition en ces mots rédigés dans les actes publics :

a Moi Guillaume Trussel , procureur du parlement et de la nation , je vous déclare en leur nom et en leur autorité, que je renonce, que je révoque, et rétracte l'hommage à vous fait,v et que je vous prive de la puissance royale.» On donna la couronne à son fils, âgé de quatorze ans , et la régence à la mère assistée d'un conseil. Une pension d'environ soixante mille livres de notre monnaie fat assignée au roi pour vivre.

[ 1 327] Edouard 11 survécut à peine une année à sa disgrâce. On ne trouva sur son corps aucune marque d'une mort violente. Il pause pour constant qu'on lui avait enfoncé un fer brûlant dans les entrailles à travers un tuyau de corne.

[i33i] Le fils punit bientôt la mère.

Edouard 111, mineur encore, mais impatient et capable de régner, saisit un jour aux yeux de sa mère son amant Mortimer, comte de la Marche. Le parlement juge ce favori sans Pentendrc, comme les Spencers l'avaient été. Il périt par le supplice de la potence, non pour avoir déshonoré le lit de son roi , l'avoir dé-' trôné et l'avoir fait assassiner, mais pour les concussions, les malversations dont

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sont toujours accusés ceux qui gouvernent La reine enfermée dans son château de Bisin, avec cinq cents livres sterling de pension , différemment malheureuse , pleura dans la solitude ses infortunes plus que ses faiblesses et ses barbaries.

(Essai sur les mœurs.) EDOUARD IV, roi d'Angleterre.— sa

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