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FORMOSE pape. — «ON KXfftJMATlOlf
xi» 896. — Formose , £1* du prêtre Léon , étant évèque de Porto, avait été à la tête d'une faction contre Jean et deux fois excommunié par ce pape; mais ces excommunications» qui furent bientôt après si terribles aux têtes couronnées, le lurent si peu pour Formose, qu'Use fit élire pape, en «90.
Eliennp vu ou vin, aussi Gis de prêtre, successeur de Formose, homme qui joignît l'esprit du fanatisme à celui de la faction , ayant toujours été l'ennemi de Formose , Cl exhumer son corps qui était embaumé, et l'ayant revêtu des habits pontificaux, le fit comparaître dans un concile assemblé pour juger sa mémoire.
On donna au mort un avocat ; on lui fit son procès en forme ; le cadavre fut déclaré coupable d'avoir changé d'évôché, et d'avoir quitté celui de Porto pour celui de Borne, et, pour réparation de ce crime , on lui trancha la tête parla main du bourreau, on lui coupa trois doigts, et on lo jeta dans le Tibre.
Le pape Etienne vu se rendit si odieux par cette farce aussi horrible que folle, que les amis de Formose, ayant soulevé les citoyens, le chargèrent de fers, et Vètranglèrent en prison.
Lu faction ennemie de cet Étienne fit repécher le corps de Formose, et le fit enterrer pontificalcment une seconde fois.
( Essai sur (es mœurs. )
FOUQUET, jésuite, — son avkhiusb, ew 1723. — En i-a3 le père Fouquet, jésuite, revint en France de la Chine, où il avait passé vingt-cinq ans. Des disputes de religion l'avaient brouillé avec ses confrères. 11 avait porlç à la Chine un Evangile différent du leur, et rapportait en Europe des mémoires contre eux.
Deux lettrés de la Chine avaient fait le voyage avec lui. L'un de ces lettré» était mort sur le vaisseau; l'autre vint à Paris avec le père Fouquet. Ce jésuite devait emmener son lettré à Rome, comme on témoin de la conduite de ces bons pères à la Chine. La chose était secrète.
Fouquet et son lettré logeaient à la maison professe, rue Saint-Antoine, à Paris. Les révérends pères furent avertis des intentions de leur confrère. Le père Fouquet sut aussi incontinent les desseins des révérends pères; il ne perdit pas un moment, et partit la nuit en poste pour Rome.
Les révérend!* pères curent le crédit de faire courir après lui. On n'attrapa que
le lettré. Ce pauvre garçon ne savait pas un mot de français. Les bons pères allèrent tiouver le cardinal Dubois, qui alors avait besoin d'eux. IU dirent au cardinal qu'ils avaient parmi eux un jeune homme qui était devenu fou, et qu'il fallait l'enfermer.
Le cardinal qui , par intérêt, eût dû le protéger surccileseuleaccusation , donna sur-le-champ une lettre de cachet, la chose du monde dont un ministre est quelquefois Je plus libéral.
Le lieutenant de police vint prendre ce fou qu'on lui indiqua ; il trouva un homme qui fesait des révirenecs autrement qu'à la française, qui parlait comme en chantant, et qui avait l'air tout étonné. Il le plaignit beaucoup d'être tombé en démence, il le fit lier, et l'envoya à Charcoton où il fut fouetté , comme l'abbé De»fontaincs , deux fois par semaine.
]Lc lettré chinois ne comprenait rien à cette manière de recevoir les étrangers. Il n'avait passé que deux ou trois jour» à Pari*; il trouvait les mœurs des Français assez étranges; il vécut deux ans au pain et à Peau entre des fous et des pères correcteurs. Il crut que la nation française était composée de ces deux espèces, dont l'une dansait, tandis que l'autre fouettait l'espèce dansante.
Enfin , au bout de deux ans le ministère changea; on nomma un nouveau lieutenant de police. Ce magistrat commença son administration par aller visiter les prisons. 11 vit les fous de Charcnton. Après qu'il se fut entretenu avec eux, il demanda s'il Me restait p)us personne à voir. On lui dit qu'il y avait encore un pauvre malheureux, mais qu'il parlait une langue que personne n'entendait.
Un jésuite, qui accompagnait Je magistrat, dit que c'était la folie de cet homme de ne jamais répondre en français, qu'on n'en tirerait rien, et qu'il conseillait qu'on ne se donnât pas la peine de le faire venir.
Le ministre insista. Le malheureux fut amené ; il se jeta aux genoux du lieutenant de police. 11 envoya chercher les interprètes du*roi; on lui parla espagnol, latin, grec, anglais; il disait toujours fianlon, Kanlon. Le jésuite assura qu'il était possédé.
Le magistrat qui avait entendu dire autrefois qu'il y a une province appelée fanion, s'imagina que cet homme en était peut-être. On fit venir un interprète
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des missions étrangères , qui écorchait le chinois; tout fut reconnu; le magistrat ne sut que faire , et le jésuite que dire. M. le duc de Bourbon était alors premier ministre ; on lui conta la chose ; il fit donner de l'argent et des habits au Chinois, et on le reuvoya dans son pays, d'où l'on ne croit pas que beaucoup de lettré* viennent jamais nous voir.
11 eût été plus politique de le garder et de le bien traiter, que de l'envoyer donner à la Chine la plus mauvaise opinion de la France. ( Dictionnaire philosophique. )
FRANCHE-COMTÉ. — cobquéte hb cettk paovmciBN i66"8. — Cette province, assez pauvre alors en argent, mais très fertile , bien peuplée, étendue en long de quarante lieues, et large de vingt, avait le nom de Franche, et l'était en eflVt. Les rois d'Espagne en étaient plutôt les protecteurs que les maîtres. Quoique ce pays fût du gouvernement de la Flandre, il n'en dépendait que peu. Toute l'administration était partagée et disputée entre le parlement et le gouverneur de la Franche-Comté. Le peuple jouissait de
f grands privilèges, toujours respectés par a coyr de Madrid, qui ménageait une province jalouse de ses droits, et voisine de la France. Besançon même se gouvernait comme une ville impériale. Jamais peuple ne vécut sous une administration plus douce, et ne fut si attaché à ses souverains. Leur amour pour la maison d'Autriche s'est conservé pendant deux générations ; mais cet amour était au fond celui de leur liberté. Enfin la Franche- Comté était heureuse, mais pauvre : et,
Euisqu'elle était une espèce de répulique, il y avait des factions. Quoi qu'en dise Pélisspn , on ne se borna pas à employer la force.
On gagna d'abord quelques citoyens par des présens et des espérances. On s'assura de l'abbé Jean de Vutteville , frère de celui qui, ayant insulté à Londres l'ambassadeur de France, avait procuré, par cet outrage, l'humiliation de la branche d'Autrichc-Espagnole. Cet abbé, autrefois officier, puis chartreux, puis long-temps musulman chczlcsTurcs, et enfin ecclésiastique, eut parole d'être grand doyen, et d'avoir d'autres bénéfices. On acheta peu cher quelques magistrats, quelques officiers ; et à la fin mémo le marquis d'Yenne, gouverneur général ^ devint si traitable , qu'il accepta publjquement, après la guerre, une grosso
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pension et le grade de lieutenant général en France. Ces intrigue» secrètes , à peine commencées, furent soutenues par vingt mille hommes. Besançon , la capitale de la province , est investie par le prince de Condé ; Luxembourg court à Salins : le lendemain, Besançon et Salins se rendirent. Besançon ne demanda , pour capitulation, que la conservation d'un saint suaire fort révéré dans cette ville; ce qu'on lui accorda très aisément. Le roi arrivait à Dijon. Louvois , qui avait volé sur la frontière pour diriger toutes ces marches, vient lui apprendre que ces deux villes sont assiégées et prises. Le roi courut aussitôt se montrer à la fortune qui lésait tout pour lui. (Siècle de Louis XIV.)
FRANÇOIS D'ASSISE , ( saint). — Voyez Datniette (siège de).
FRANÇOIS I", roi de France.— FHBPARg son expédition d'itamk ( 20 juin i5aa.) — L'argent provenu de la vente de vingt charges de magistrature à Paris , et d'environ trente autres dans le reste du royaume, ne suffisant pas à François 1" pour 6a malheureuse expédition d'Italie , il acheta la grille d'argent dont Louis xi avait orné l'église de Saint-Martin de Tours. Elle pesait bîx mille sept cent soixante et seize marcs deux onces moins un gros ; il prit aussi des ornemens d'argent dans d'autres églises ;'faible secours pour conquérir le Milanais et le royaume de Naples qu'il ne conquit point.
Le paiement de cette argenterie fut assigné sur ses domaines ; il y en avait pour deux cent cinquante mille francs.
Les moines et les chanoines, pour se mettre à l'abri des censures de Rome, et encore plus pour assurer leur paiement sur le domaine du roi , voulurent que ce marché fût enregistré au parlement.
Le roi envoya le capitaine Frédéric, commandant de la garde écossaise , porter au parlement les lettres patentes pour l'enregistrement. [20 juin i5aa] L'avocat du roi, Jean le Lièvre parla; il exposa les cas où ce n'était pas la coutume de prendre l'argent des églises , et les cas où il était permis de le prendre. Il fut arrêté que la cour écrirait au roi les raisons pour lesquelles icelles lettres patentes ne pouvaient être publiées.
C'est le premier exemple que nous ayons des remontrances du parlement sur un objet de finances. Il s'agissait proprement de prévenir un procès entre le domaine du roi et les gens d'église.
£27 juin] Le roi renvoya le même capitaine Frédéric avec une lettre , laquelle finissait par ces paroles :
« L'impossible serait de prendre les treillis de Saint-Martin de Tours, et autres joyaux des églises, qui ne sont que trois ou quatre, qu'il ne vienne à la connaissance publique d'un chacun , et y en aura plus grand nombre oui le sauront par la prise que par la publication dudit édit; pourquoi nous mandons de rechef et très expressément, et d'autant que craignez la rupture de nos affaires, qui sont telles, et de telle importance que chacun sait, que vous procédiez à la publication et vérification de notre édit^ : car ceux de ladite église de Saint-Martin demandent ledit édit en cette forme ; si n'y fuites plus de difficulté , pour autant que nos affaires nous presseut de si près , que la longueur eit plus préjudiciable à nous et à notre royaume que ne le vous pourrions écrire. Donné à Lyon, le a3 juin. Sic signatum, Fzaiiçois. »
Le parlement ordonna que les lettres patentes du roi seraient lues , publiées et enregistrées, quoad domanium dwntaxatf c'est-à-dire, seulement pour ce qui regarde le domaine du roi m Plus, la cour a ordonné que le chancelier arrivé en cette ville , la cour le mandera venir céans pour lui faire remontrances qrae la cour avisera pour le bien de la justice et choses publiques de ce royaume. •
Le parlement de Paris mander un chancelier qui est son chef et celui de toutes les coure de justice ! lui que le parlement appelle monseigneur, tÉklis qu'il ne donne que le titre de monsieur au premier prince du sang I
( Histoire générale. )
—sa captivité a m adbid (1 4 février i5a5.) — Voici un des plus grands exemples des coups de la fortune, qui n'est autre chose après tout que l'enchaînement nécessaire de tous les événemens de l'univers. D'un côté , Charles -Quint est occupé dans l'Espagne à régler les rangs , et à former l'étiquette; de l'autre, François r", déjà célèbre dans l'Europe par la victoire de Marignan , aussi valeureux tme le chevalier Bayard, accompagné de l'intrépide noblesse de son royaume , suivi d une armée florissante , est au milieu du Milanais. Le pape Clément vu, qui redoutait avec raison l'empereur, est hautement dans le parti du roi de Fraoce. Un des meilleurs capitaines de ce temps là ,
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Jean de Médicis, ayant quitté alors le service des impériaux, combat pour lui à la léte d'une troupe choisie. [ i5aô, i4 lévrier] Cependant il est vaincu devant Pavie; et, malgré des actions de bravoure qui suffiraient pour l'immortaliser, il est fait prisonnier, ainsi que les principaux seigneurs de Frauce, et le roi titulaire de flîavarre, Henri d'Albret, fils de celui qui avait perdu son royaume et conservé seulement le Béarn. Le malheur de François voulut encore qu'il i'ùt pris
{>ar le seul officier français qui avait suivi e duc de Bourbon, et que le même homme qui était condamné à Paris, devînt le maître de sa vie. Ce gentilhomme, nommé Pomperau , eut à la fois la gloire de le garantir de la mort et de le prendre prisonnier. 11 est certain que le jour même le duc de Bourbon, l'un de ses vainqueurs, vint le voir, et jouit de son triomphe. Cette entrevue ne fut pas pour François ier le moment le moins fatal de la journée. Jamais lettre ne fut plus vraie que celle qu'écrivit ce monarque à sa mère : « Madame, tout est perdu, hors l'honneur.» Des frontières dégarnies, le trésor royal sans argent , la consternation dans tous les ordres du royaume, la désunion dans le conseil de la mère du roi régente, le roi d'Angleterre Henri vin menaçant d'entrer en Fiance, et d'y renouveler les temps d'Edouard ut et de Henri v , tout semblait annoncer une ruine inévitable.
Charles-Quint, qui n'avait pas encore tiré l'épée , tient en prison à Madrid non-seulement un roi, mais un héros. Il semble qu'alors Charles manqua sa fortune ; car , au lieu d'entrer en France et de venir profiter de la victoire de ses généraux en Italie, il resté oisif en Espa-
Eie ; au lieu de prendre au moins le Minais pour lui , il se croit obligé d'en vendre l'investiture à François Sforze ,
Pour ne pas donner trop d'ombrage à Italie. Henri vm, au lieu de se réunir a lui pour démembrer la Frauce , devient jaloux de sa grandeur, et traite avec la régente. Enfin la prise de François irr, qui devait faire naître de si grandes révolutions, ne produit guère qu'une rançon avec des reproches , des démentis , des défis solennels et inutiles, qui mêlèrent du ridicule à ces événemens terribles, et qui semblèrent dégrader les deux premiers personnages de la chrétienté.
( Essai sur (es mœurs. )
— FAIT BRULE* OKS PBOTESTAHS, KN l'aH-
nkbi555. — François ier, en favorisant les lettres, avait fait naître le crépuscule à la lueur duquel on commençait à voir en France tous les abus de l'église; mais il était toujours dans la nécessité de ménager le pape, ainsi que le Turc, pour se .soutenircontrel'empereur Charles-Quint.
Cette politique l'engagea, malgré les supplications de sa sœur la reine de Navarre, déjà calviniste, à faire brûler ceux qui seraient convaincus d'adhérer à la prétendue réforme. 11 fit indiquer même, au commencement de 1 555 , par Jean du Bellay, évêque de Paris, une procession générale à laquelle il assista, une ton lie à la main , comme pour faire amende honorable des profanations des sectaires.
L'evêque portait l'eucharistie] it dauphin, les ducs d'Orléans, d'Angoulême et de Vendôme tenaient les cordons du dais; tous les ordres religieuse et tout le clergé précédaient. On voyait les cardiraux , les evèqucs, les ambassadeurs, 1rs grands officiers de la couronne, immédiatement après le rui. Le parlement, la chambre des comptes, toutes les autres compagnies fermaient la marche. On alla dans cet ordre à l'église de Notre-Dame , après quoi une partie de la procession se sépara pour aller à l'Estrapade voir brûler à petit feu six bourgeois que la chambre de la tournelle du parlement avait condamnés le matin pour les opinions nouvelles. On les suspendait au bout d'une longue poutre, posée sur une poulie au-dessus d'un poteau de vingt pieds de haut , et on les lésait descendre à plusieurs reprises sur un large bûcher enflammé. Le supplice dura deux heures, et lassa jusqu'au bourreau et au zèle des spectateurs.
Les deux jésuites Maimbourg et Daniel rapportent, après Mézeray, que François Ier fit dresser pendant cette exécution un trône dans la salle de l'évêché, et qu'il y déclara, dans un discours pathétique, « que, si ses enfans étaient assez malheureux pour tomber dans les mêmes erreurs , il les sacrifierait de même. » Daniel ajoute que ce discours attendrit tous les assistans , et leur tira des larmes.
Je ne sais où ces auteurs ont trouvé que François ier avait prononcé ce discours abominable. La vérité est que dans ce temps-là même il écrivait à Mélanchton, et qu'il le priait de venir à sa cour. Il sollicitait les luthériens d'Allemagne ♦
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et les coudoyait contre l'empereur ; il fêtait une ligue avec le sultan Soliman , qui fut entièrement conclue deux ans après ; il livrait l'Italie aux Turcs ; et les musulmans eurent une mosquée à Marseille, après" que les chrétien» eurent été brûlés dans Paris et dans le* provinces.
( H^ttoire générale. ) FRANÇOIS (le Dauphin), fils aîné de François ier. — sa mobt kw i536. — Charles-Quint, victorieux de tous les côtés en Europe et en Afrique, ravageait à la fois la Provence et la Picardie. Pendant cette campagne qui commençait pour lui avec avantage, le jeune dauphin, âgé de dix-huit ans, s'échauffe à jouer à la paume dans la petite ville de Tournon : tout en sueur, il boit de l'eau glacée; il meurt de la pleurésie, le cinquième jour. Toute la cour, toute la France crie que l'empereur Charles-Quint a fait empoisonner le dauphin de France. Cette accusation , aussi horrible qu'absurde , est répétée jusqu'à nos jours. Malherbe dit , dans une de ses odes :
Yranço», quand la Caatille inégale à $e$ arme*
Lui vola son dauphin , Semblait d'un si grand coup devoir jeter dea larme»
Qui n*eu«sent jamais On.
Il n'est pas question d'examiner si l'empereur était inégal aux armes de François 1", parce qu'il sortit de Provence après l'avoir épuisée, ou si c'est voler un dauphin que de l'empoisonner, ou si on jette des larmes d'un coup, lesquelles n'ont point fin. Ces mauvais vers font voir seulement que l'empoisonnement de François, dauphin, par Charles- Quint, passa toujours en Frauce pourune vérité incontestable.
Daniel ne disculpe point l'empereur.
Hénault dit dans son abrégé, François dauphin mort de poison.
Ainsi tous les écrivains se copient les uns les autres. Enfin, l'auteur de l'Histoire de François i« ose , comme moi , discuter le fait.
11 est vrai que le comte de Montécuculi, qui était au service du dauphin, fut condamné par les commissaires à être écartelé, comme coupable d'avoir empoisonné ce prince.)
Les historiens disent que ce Montécuculi était son échanson. Les dauphins n'en ont point. Mais je veux qu'ils en eussent 4i4ors; comment ce gentilhomme eût-il .mejé sur-le-champ du poison dans un Ferre d'eau fraîche f avait-il toujours du
poison tout prêt dans sa poche pour le moment où son maître demanderait à boire ? 11 n'était pas seul avec le dauphin qu'on essuyait au sortir du jeu de paume* Les chirurgiens qui ouvrirent son corps dirent (à ce qu'on prétend) que le prince avait pris de l'arsenic. Le prince , en l'avalant, aurait senti dans le gosier des douleurs insupportables , l'eau aurait été colorée; on ne l'aurait pas traité d'une pleurésie. Les chirurgiens étaient des jgnorans qui disaient ce qu'on voulait qu'ils dissent : cela n'est que trop commun.
Quel intérêt aurait eu cet officier a faire mourir son maître ? de qui pouvaitil espérer plus de fortune ?
Mais, dit-on, il avait aussi l'intention d'empoisonner le roi. Nouvelle difficulté, et nouvelle improbabilité.
Qui devait lui payer ce double crime ? on répond que c'était Charles-Quint. Autre improbabilité non moins forte. Pourquoi commencer par un enfant de dixhuit ans et demi , qui d'ailleurs avait deux frères ? Comment arriver au roi, que Montécuculi ne servait point à table ?
Il n'y avait rien à gagner pour Charles- Quint en donnant la mort à ce jeune dauphin qui n'avait jamais tiré I'épée, et qui aurait eu des vengeurs. Cent été un crime honteux et inutile. Il ne craignait pas le père qui était le plus brave chevalier de sa cour ; et il aurait craint le fils, qui sortait de l'enfance 1
Mais on nous dit que ce Montécuculi , dans un voyage à Ferrare, sa patrie, fut
{>résenté à l'empereur, que ce monarque ui demanda des nouvelles de la magnificence avec laquelle le roi était servi à table, et de l'ordre qu'il tenait dans sa maison. Voilà certes une belle preuve que cet Italien fut suborné par Charles-Quint pour empoisonner la famille royale !
Oh 1 ce ne fut pas l'empereur qui l'engagea lui-même dans ce crime ; ce furent ses généraux Antoine de Lève et le marquis de Gonzague. Qui ? Antoine de Lève, âgé de quatre-vingts ans, et l'un des plus vertueux chevaliers de l'Europe 1 et ce vieillard eut l'indiscrétion de lut proposer ces empoisonnemens conjointement avec un prince de Gonzague 1 d'autres nomment le marquis del Vasto , que vous appelez du Guast. Accordez -vous donc; pauvres imposteurs. — Vous dites que Montécuculi l'avoua à ses juges . Avezvous vu les pièces originales du procès?
Vous avouez que cet infortuné était chimiste. Voilà vos seules preuves ; voilà les seules raisons pour lesquelles il subit le plus effroyable des supplices. Il était Italien, il était chimiste, on haïssait Charles-Quint; on se vengeait bien honteusement 4e sa gloire. Quoi ! votre cour lait écartelcr un homme de qualité sur de simples soupçons, dans la vaine espérance de déshonorer un empereur trop puissant !
Quelque temps après , vos soupçons toujours légers accusent de cet empoisonnement Catherine de Médicis, épouse de Henri h , dauphin, depuis roi de France. Vous dites que, pour régner , elle fit empoisonner ce premier dauphin qui était entre le tiô>ne et son mari. Imposteurs! encore une fois, accordez- vous donc.
Songez-vous que Catherine de Médicis n'était alors âgée que de dix-sept ans. «On a dit que ce fut Charles-Quint luimême qui imputa celte mort à Catherine, et on cite l'historien Véra. On se trompe; voici ses paroles :
En este ano avia muerto en Parts ci deifin de Francxa con senalcs évidentes deveneno, Attribuyeronlo ios suyos adiiigencia del marques de Basto , y Antonio de Leiva , y costo la vida al coude de Montécuculo , Francis, con quiense correspondian : indigna sospecha de t angencrosos nombres, y inutU; pueeto, que ton matar ai deifin , se grangeaya poca , parque no era nada vaUroso, ni sin hermanos que ie sucediessen.
Brevcmcnie se passo desta presuncion a otra mas fundàda , que avia sido la muer le per orden de su hermano et duque de Oriiens , a persuasion de Catalina de Médiats su muger , ambîciosa dellcgar a ser rcyna, eomo (o fue. Y nota bien un autor que la muerte desgraeiada que tuvo despues este Enrioo , la permitià Dios en eastigo de la alevosa que dio ( si la dio ) al inocente hermano : cestumbra mas que medianamente introducida en principes , deshazerse a poca testa de ios que por algun eamino tos enxbaraoan; pero siempre son visiblement eastigados por Dios,
« En cette année mourut à Paris le dauphin de France avec des signes évidens de poison. Les siens l'attribuèrent aux ordres du marquis del Vasto et d'Antoine de Lève, ce qui coûta la vie au comte de Montécuculo, français, qui était en cor-
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respondance avec eux : indigne et inutile soupçon contre des hommes si généreux ; puisqu'on tuant le dauphin on gagnait peu. Il n'était encore connu par sa valeur ni lui ni ses frères qui devaient lui succéder.
«De celte présomption, on passa à une autre ; on preteodit que ce meurtre avait été commis par Tordre du duc d'Orléans, son frère, à la persuasion de Catherine de Médicis , sa femme , qui avait l'ambition d'être reine, comme elle le fut en effet. Et un auteur remarque très bien que la mort funeste de ce duc d'Orléans, depuis Henri 11 , fut une punition divine du poison qu'il avait donné à son frère (si pourtant il lui en fit donner) ; coutume trop ordinaire aux princes de se défaire à peu de frais de ceux qui les embarrassent dans leur chemin , mais souvent et visiblement puuic de Dieu. »
Le scùor de la Fera n'est pas, comme on voit un Tacite. D'ailleurs, il prend Montécuculi on Montécuculo pour un Français. 11 dit que le dauphin mourut à Paris, et ce fut à Tournon. 11 parle de marques évidentes de poison sur le bruit
Eubhc ; mais il est évident qu'il n'attriue qu'aux Français l'accusation contre Catherine de Médicis.
Cette accusation est aussi injuste et aussi extravagante que celle qui chargea Montécuculi.
11 résulte que cette légèreté particulière aux Français, a dans tous les temps, produit des catastrophes bien funestes.
A remonter du supplice injuste de Montécuculi jusqu'à celui des Templiers, c'est une suite de supplices atroces, fondés sur les présomptions les plus frivoles. Des ruisseaux de sang ont coulé en France, parce que la nation est souvent peu réfléchie et très prompte dans ses jugemens.
Ainsi tout sert à perpétuer les malheurs de la terre. ( Histoire du parlement, )
FRÉDÉRIC II, empereur, — est diposk par lk pa PB (le i,r juillet ia3o. ) — La Sardaigne était un sujet de guerre entre l'Empire et le sacerdoce, et par conséquent d'excommunications. [iaS8] L'empereur s'empara de presque toute l'Ile. Alors Grégoire ix accusa publiquement Frédéric 11 d'incrédulité. «Noua avons des preuves , dit-il dans sa lettre circulaire du premier juillet 1 a3o , qu'il dit publiquement que l'univers a été trompé par trois imposteurs: Moïse, Jésus-Christ et Mahomet. Mais il a placé
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Jésus-Christ fort au-dessous des autres ; car ii dit qu'ils ont vécu pleins de gloire, et que l'autre n'a été qu'un homme de la lie du peuple , qui prêchait à ses pareils. » « L'empereur, ajoute-t-il, soutient qu'un Dieu unique et créateur ne peut être né d'une femme , et Surtout d'une vierge. »
Le pape le déposa de sa seule autorité, et les ecclésiastiques se turent. Innocent iv parlait donc et agissait en souverain de l'église, et on le souffrait.
Frédéric 11 ne souffrit pas du moins que 1 evêque de Rome agît en souverain des rois. Cet empereur était à Turin, qui n'appartenait point encore à la maison de Savoie. C'était un fief de l'Empire gouverné par le marquis de Suze. 11 demanda une cassette : on la lui apporta. Il en tira la couronne impériale. «Ce pape et ce concile , dit*il , ne me l'ont point encore ravie; et, avant qu'on m'en dépouille , il y aura bien du sang répandu.» Il ne manqua pas d'écrire d'abord à tous les princes d'Allemagne et de l'Europe par la plume de son fameux chancelier Pierre des Vignes, tant accusé d'avoir composé le livre des Trois Imposteurs.
• Je ne suis pas le premier, disait-il dans ses lettres, a;ue le clergé ait ainsi indignement traité , et je ne serai pas le dernier. Vous en êtes cause, en obéissant à ces hypocrites dont vous connaissez l'ambition sans bornes. Combien, si vous vouliez, découvririez-vous dans la cour de Rome d'infamies qui font frémir la
fmdeuri Livrés au siècle, enivrés de déices, l'excès de leurs richesses étouffe en eux tout sentiment de religion. C'est une oeuvre de charité de leur ôter ces richesses pernicieuses qui les accablent; et c'est à quoi vous devez travailler tous avec moi. (Histoire générale. )
FREDERIC GUILLAUME, roi de
PrUSSe. — MALT&AITB SON FILS ET FAIT
Mouaia lb jbowb kat (7 novembre 1^30.) — Lorsque j'étais encore à Bruxelles , en 1740, le gros roi de Prusse Frédéric Guillaume, le moins endurant de tous les rois, sans contredit le plus économe et le plus riche en argent comptant, mourut à Berlin. Son fils, qui s'est fait une réputation si singulière, entretenait un commerce assez singulier avec moi depuis plus de quatre années. Il n'y a jamais eu peut-être au monde de père et de fils qui se ressemblassent moins que ces deux monarques. Le père | tait un véritable Vandale, qui dans tout son règne
n'avait songé qu'à amasser de l'argent,
et à entretenir à moins de frais qu'il se pouvait les plus belles troupes de l'Europe. Jamais sujets ne furent plus pauvres que les siens, et jamais rot ne fut plu* riche. II avait acheté à vil prix une grande partie des terres de sa noblesse, laquelle avait mangé bien vite le peu d'argent qu'elle en avait tiré , et la moitié de cet Irgent était rentrée encore dans les coffres du roi par les impôts sur la consommation. Toutes les terres royales étaient affermées à des receveurs qui étaient en même temps exacteurs et juges ; de façon que , quand un cultivateur n'avait pas payé au fermier à jour nommé, ce fermier prenait son habit de juge et condamnait le délinquant au double. H faut observer que, quand ce même juge ne payait pas le roi le dernier du mois, il était lui-même taxé au double, le premier du mois suivant.
Un homme tuait-il un lièvre , ébrancbait-il un arbre dans le voisinage des terres du roi, ou avait-il commis quelque autre faute, il fallait payer une amende. Une fille fesait-ellc un enfant, il fallait oue la mère, ou le père ou les parens, donnassent de l'argent au roi pour la façon.
Madame la baronne de Knipausen , la plus riche veuve de Berlin, c'est-à-dire qui possédait sept à huit mille livres de rente , fut accusée d'avoir mis au monde un sujet du roi dans la seconde année de son veuvage: le roi lui écrivit de sa main que, pour sauver son honneur, elle envoyât sur-le-champ trente mille livres à son trésor; elle fut obligée de les emprunter et fut ruinée.
Il avait un ministre à La Haye nommé Luicius : c'était assurément de tous les ministres des têtes couronnées le plus mal payé ; ce pauvre homme , pour se chauffer, fit couper quelques arbres dans le jardin d 'lions- Lard ik, appartenant pour lors à la maison de Prusse ; il reçut bientôt après les dépêches du roi son maître , qui lui retenait une année d'appointemens. Luicius, désespéré, se coupa la gorge avec le seul rasoir qu'il eût: un vieux valet vint à son secours, et lui sauva malheureusement la vie. J'ai retrouvé depuis son excellence à La Haye , et je lui ai fait l'aumône à la porte du palais nommé La V ieiUe Cow, palais appartenant au roi de Prusse, et où ce pauvre ambassadeur avait demeuré douze ans.