H EN
H EN i3i
pape à Àusbourg, et qu'il lui lerait en tout parfaitement soumis. Quelques évoques et quelques seigneurs allemands du parti de Henri, 6rent la même soumis- «ion. Grégoire vu se croyant alors, non sans vraisemblance, le maître des couronnes de la terre , écrivit dans plusieurs lettres que son devoir était d'abaisser les rois . ( Histoire pa rtieudère. )
— si moht (7 août 1 106. ) — Henri iv, toujours excommunié et toujours persécute par tous les papes de son temps, éprouva les malheurs que peuvent causer les guerres de religion et les guerres civiles. Urbain H suscita contre lui son propre fils Conrad ; et , après la mort de ce îils dénaturé, son frère, qui fut depuis l'empereur Henri v, fit la guerre à son père. Ce fut pour la seconde fois depuis Chailemagne, que les papes contribuèrent à mettre les armes aux mains des enfans contre leurs pères. Et vous remarquerez que cet Urbain 11 est ie même qui excommunia Philippe 1" en France, et qui ordonna la première croisade. 11 ne fut pas hculement la cause de la mort malheureuse de Henri iv, il fut la cause de la mort de plus de deux millions d'hommes.
Tantitm retligio potuit suadere malorum!
[1 106] Henri iv, trompé par Henri son fils , comme Louis-le-Dèbonnaire l'avait été par les siens , fut enfermé dans Mayencc. Deux légats l'y déposent ; deux députés de la diète , envoyés par son fils , lui arrachent les ornemens impériaux.
Bientôt après, échappé de sa prison, piuvre , errant , et sans secours , il mourut à Liège plus misérable encore que (Grégoire vu , et plus obscurément, après avoir si long-temps tenu les yeux de l'Europe ouverts sur ses victoires , sur ses grandeurs , sur ses infortunes , sur ses vices et ses vertus. Il s'écriait en mourant : € Dieu des vengeances , vous vengerez ce parricide . » De tous temps les hommes ont imaginé que Dieu exauçait les malédictions des mourans , et surtout des pères. Bflfeuf utile el respectable : elle arrêtait li- crime. Une autre erreur, plus généralement répandue parmi nous , fesait croire que les excommuniés étaient damnés. Le fils de Henri iv mit le comble à son impiété , en affectant la piété atroce de déterrer le corps de son père inhumé dans la cathédrale de Liège, et de le faire porter dans une cave à Spire. Ce fut
ainsi qu'il consomma son hypocrisie dénaturée.
Arrêtez-vous un moment près du cadavre exhumé de ce célèbre empereur Henri iv, plus malheureux que notre Henri iv roi de France. Cherchez d'où viennent tant d'humiliations et d'infortunes d'un côté, tant d'audace de l'autre ; tant de choses horribles réputées sacrées, tant de princes immolés à la religion ; vous en verrez l'unique origine dans fa populace; c'est elle qui donne le mouvement à la superstition. C'est pour les forgerons et les bûcherons de l'Allemane,quc l'empereur avait paru pieds nus evant l'évêque de Rome; r'e-t le commun peuple esclave de la superstitinn, qui veut que ses maîtres en soient les esclaves. Dès que vous avez souffert que vos sujets soient aveuglés par le fanatisme , ils vous forcent à paraître fanatique comme eux ; et, si vous secouez le joug qu'ils portent et qu'ils aiment, ils se soulèvent. Vous avez cru que plus les chaînes de la religion, qui doivent être douces, seraient pesantes et dures, plus vos peuples seraient soumis; vous vous êtes trompés :
ils se servent de ces chaînes pour vous gêner sur le trône , ou pour vous en faire descendre. ( Histoire 'particulière. )
HENRI IV roi de Castille. — sa déchéance (i4540 — Henri îv, un des descendons de Transtamare, qui commença son malheureux règne en i454 , était énervé par les voluptés. Il n'y a jamais eu de cour entièrement livrée à la débauche sans qu'il y ait eu des révolutions, ou du moins des séditions. Sa femme, Dona Jcana, que j'appelle ainsi pour la distinguer et de sa fille Jeanne et des autres princesses de cé nom , fille d'un roi de Portugal , ne couvrait ses galant eiies d'aucun voile. Peu de femmes, dans leurs amours, curent moins de respect pour les bienséances. Le roi don Henri iv passait ses jours avec les amans de sa femme , ceux-ci avec les maîtresses du roi. Tous ensemble donnaient auxEspagnolsTexcm pie de la plus grande mollesse et de la plus effrénée débauche. Le gouvernement étant si faible, les mécoutens, qui sont toujours le plus grand nombre en tout temps et en tout pays, devinrent très forts eu Castille. Ce rovaume était gouverné comme la France, 1 Angleterre, l'Allemagne et tous les états monarchiques de l'Europe l'avaient été si longtemps. Le» vassaux partageaient l'auto-
rite. Les évêques n'étalent point princes *ouverains comme en Allemagne ; mais ils étaient seigneurs et grands vassaux , ainsi qu'en France.
Un archevêque de Tolède, nommé Carillo, et plusieurs autres évêques se mirent à la tête de la faction contre le roi. On vit renaître en Espagne les mêmes désordres qui affligèrent la France sous Louis-le-Débonnaire, qui sous tant d'empereurs troublèrent l'Allemagne , que nous verrons reparaître encore en France sous Henri ni , et désoler l'Angleterre sous Charles i"
[i465] Les rebelles, devenus puissans, déposèrent leur roi en effigie. Jamais on ne s'était avisé jusque-là d'une pareille cérémonie. On dressa un vaste théâtre dans la plaine d'Avila. Une mauvaise statue de bois, représentant don Henri, couverte des habits et des ornemens royaux , fut élevée sur ce théâtre. La sentence de déposition fut prononcée à la statue. L'archevêque de Tolède lui ôta la couronne, un autre l'épée, un autre le sceptre, et un jeune frère de Henri, nommé Alphonse , fut déclaré roi sur ce même échafaud. Cette comédie fut accompagnée de toutes les horreurs tragiques des guerres civiles. La mort du jeune prince, à qui les conjurés avaient donné le royaume , ne mit pas fin à ces troubles. L'archevêque et son parti déclarèrent le roi impuissant dans le temps qu'il était entouré de maîtresses; et, par une procédure inouïe dans tous les états , ils prononcèrent que sa fille Jeanne était bâtarde, née d'adultère , incapable de régner. Ôo avait auparavant reconnu roi le bâtard Transtamare , rebelle envers son roi légitime : c'est à présent un roi légitime qu'on détrône, et dont on déclare lafi'.'e bâtarde et supposée, quoique née publiquement de la reine, quoiqu'a vouée par ton père.
Plusieurs grands prétendaient à la royauté ; mais les rebelles se résolurent à reconnaître Isabelle, sœur du roi, 'âgée de dix-sept ans, plutôt que de se soumettre à un de leurs égaux; aimant mieux déchirer l'état au nom d'une jeune princesse , encore sans crédit , que de se donner un maître.
L'archevêque, ayant donc fait la guerre à son roi au nom oe l'infant, la continua au nom de l'infante ; et le roi ne put enfin sortir de tant de troubles et demeurer sur le trône , que par un des plus honteux traité) que jamais souverain ait signés. Il
reconnut sa sœur Isabelle pour sa seule héritière légitime , au mépris des droits de sa propre fille Jeanne; [i468] et les révoltes lui laissèrent le nom de roi à ce prix. Ainsi le "malheureux Charles vi, en France , avait signé l'exhérédation de son propre fils. ( Histoire particulière*) HENRI IV, roi de France. — son abjuration (a5 juillet i5q3.) — Une grande partie du peuple , qui sentait sa misère et oui ne raisonnait point, souhaitait ar-' de rament Henri iv pour roi , mais ne le voulait que catholique. Pressé à la fois par l'équité qui tôt ou tard parle ao cœur de l'homme , mais encore plus dominé par la Sorbonne et par les prêtres, partagé entre la superstition et son devoir, il n'eût jamais reconnu un roi qui priait Dieu en français, et qui communiait sou» les deux espèces.
Henri iv prit enfin le seul parti qui convenait à sa situation et à son caractère. Il fallait se résoudre, ou à- passer sa vie à mettre la France à feu et â sang , et hasarder sa couronne, ou rameBerles esprits en changeant de religion. Des princes d'Orange , des Gustave-Adolphe , des Charles xu , n'auraient pas pris ce dernier parti. Il y aurait eu plus d'héroïsme à être inflexible ; mais il y avait plus d'humanité et plus de politique dans sa condescendance. Cette négociation qui coûtait à son cœur, mais qui était nécessaire, avait commencé dès la première tenue des états. Les évêques de son parti avaient en de fréquentes conférences à Surênes avec les évêques du parti contraire , en dépit de la Sorbonne qui avait eu l'insolence et la faiblesse de déclarer ces conférences illicites et impies , mais dont les décrets méprisés par tous les bons citoyens commençaient à l'être par la populace même.
On tint donc ces conférences pendant une trêve accordée par le roi et le duc de Mayenne. Les deux principaux chefs de ces négociations étaient Renaud , évêque de Bourges , du côté du roi ; et d'Espinac , archevêque de Lyon , pour la ligue : le premier, respectable par sa vertu courageuse; l'autre, diffame par son inceste avec sa sœur, et odieux par ses intrigues.
Quelques détours que d'Espinac pût prendre pour s'opposer â la conclusion , quelques efforts qu'il tentât avec ses collègues pour intimider les évêques royalistes , quelques menaces qu'il fît de la part du pape, il ne put empêcher les