‹ Dictionnaire historique des événemens remarquablesChapitre 58 sur 183 · EN · texte numérisé non relu

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prélats du parti du roi de recev ilr son abjuratioa. L'Espagne, Rome, le duc de Mayenne et la ligue , combattaient pour le papisme ; et tout ce qu'ils craignaient était que Henri iv ne se fit catholique. (a5 juillet i5q3) Il franchit ce pas dans l'église de Saint-Denis.

Ce n'est pas un trait indigne de cette histoire, d'apprendre qu'un curé de Saint- Eus tache, avec six de ses confrères , ayant demandé au duc de Mayenne la permission d'aller à Saint-Denis voir cette cérémonie, le duc de Mayenne les renvoya au légat de Rome, et ce légat les menaça de les excommunier s'ils osaient être témoins de la conversion du roi. Ces bons prêtres méprisèrent la défense du légat italien; ils sortirent de Paris à travers une foule dépeuple qui les bénissait; ils assistèrent à l'abjuration , et le légat n'osa les excommunier. (Histoire du parlement de Paris.)

— PREMIER ATTENTAT COIfTBK SA PKRSOlfSB

(37 décembre iôg4«) — Un jeune insensé, nommé Jean Ghâtel, fils d'un gros marchand de draps de Paris, et assez bien apparenté dans la ville où la famille de sa femme est encore assez nombreuse , ayant étudié aux jésuites, avait été admis dans une de leurs congrégations, et à certains exercices spirituels qu'on fesait dans une chambre appelée la chambre des méditations.

Les murailles étaient couvertes de représentations affreuses de l'enfer, et de diables tourmentant des damnés. Ces images , dont l'horreur était encore augmentée par la lueur d'une torche allumée, avaient troublé son imagination. Il était tombé dans des excès monstrueux, il se croyait déjà une victime de l'enfer. On prétend qu'un jésuite lui dit, dans la confession, qu'il ne pouvait échapper aux châtimens éternels qu'en délivrant la France d'un roi toujours hérétique. Ce malheureux , âgé de dix-neuf ans, se persuada que du moins , s'il assassinait Henri iv, il rachèterait une partie des peines que l'enfer lui préparait. « Je sais bien que je serai damné, disait-il; mais j'ai mieux aimé l'être comme quatre, que comme huit. > I) y a toujours de la démence dans les grands crimes , il voulait mourir ; l'excès de sa fureur alla au point que, de son aveu même, il avait résolu de commettre en public le crime de bestialité, s'imaginant que sur le champ on le ferait mourir dans les supplices. Ensuite ayant changé d'idée, et détestant toujours la vie , il reprit le dessein d'assassiner le roi.

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décembre 1594, à six heures du soir] Il se mêla dans la foule des courtisans dans le moment <jue le roi embrassait le sieur de Montigni; il portait le coup au cœur, mais le roi, s'étant beaucoup baissé, le reçut dans les lèvres. La violence du coup était si forte qu'elle lui cassa une dent, et le roi fut sauvé pour cette fois *.

On trouva dans la poche de Jean Châtel un écrit contenant sa confession. Il était bien horrible qu'une institution aussi ancienne, établie pour expier ou pour prévenir les crimes, servît si souvent h les faire commettre. Cest un malheur attaché à la confession auriculaire.

Le grand prévôt se saisit d'abord de ce misérable ; mais Auguste de Thou l'historien obtint que le parlement fût son juge. Le coupable ayant avoué dans son interrogatoire qu'il avait étudié chez les jésuites, qu'il se confessait à eux, qu'il était de leur congrégation , le parlement fit saisir etexaminèr leurs papiers. On trouva dans ceux du jésuite Jean Guignard ces aroles. « On a fait une grande faute à la aint-Barthélemi , de ne point saigner la veine basilique : > basilique veut dire royale, et cela signifiait qu'on aurait dù exterminer II en ri et le prince de Condé. Ensuite on trouvait ces mots : a Faut-il donner le nom de roi de France à un Sar* danapale, à un Néron, à un renard de Béarn ? L'acte de Jacques Clément est héroïque. Si on peut faire la guerre au Béarnais , il faut le guerroyer, sinon qu'on l'assassine. •

Chatel futécarlelé , le jésuite Guignard fut pendu; et, ce qui est bien étrange, Jouvenci, dans son Histoire des Jésuites, le regarde comme un martyr, et le compare à Jésus-Christ Le régent de Chàtel , nommé Guéret , et un autre jésuite, nommé Hay, ne furent condamnés qu'à un bannissement perpétuer.

( Histoire du parlement de Paris.)

— 8A HÉXONCILIATIO* AVBC I.K DtC DK

maykxnk (17 juin i5q6\) — Il fallait autant d'intrigues que de combats pour que Henri îv regagnât peu à peu son royaume. Tout maître de Paris qu'il était, sa puissance fut quelque temps si peu affermie , que

D'Aubigué, protestant fanatique, écrivit k Henri IV: « vous avez renié Dieu de bouche, et il u frappé votre bouche ; pienes gardo & la januk renier do ttàur. s

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le pape Clément tiii lui refusait constamment l'absolution , dont il n'eût pas eu besoin daos des temps plus heureux.

[7 juin 1606] Aucun ordre religieux ne priait Dieu pour lui dans les cloîtres. Son nom même fut omis, dans les prières, par la plupart des curés de Paris jusqu'en 1606 ; et il fallut que le parlement , rentré dans le devoir et y fesant rentrer les

{irêtres, ordonnât par un arrêt que tous es curés rétablissent dans leur missel la prière pour le roi. Enfin la fureur épidémique du fanatisme possédait encore tellement la populace catholique, qu'il n'y eut presque point d'années où l'on n'attentât contre sa vie. U les passa toutes à combattre tantôt un chef, tantôt un autre, à vaincre, à pardonner, à négocier, à payer la soumission des ennemis. Qui croirait qu'il lui en coûta trentedeux millions numéraires de son temps, pour payer les prétentions de tant de seigneurs ? Les mémoires du duc de Sulli en font foi; et ces promesses furent fidèlement acquittées, lorsqu'enfin, étant roi absolu et paisible , il eût pu refuser de payer ce prix de la rébellion. Le duc de Mayenne ne fit son accommodement qu'en 1596. Henri se réconcilia sincère» ment avec lui , et lui donna le gouvernement de l'Ile-de-France. Non-seulement il lui dit, après l'avoir lassé un jour dans une promenade : ■ Mon cousin , voilà le seul mal que je vous ferai de ma vie », mais il lui tint parole; et il n'en manqua jamais à personne.

(Histoire du parlement de Paru, ) —son divorcx( 17 décembre i5<jq.)— Le parlement n'eut aucune part au divorce de Henri iv avec Marguerite de Valois, sa première femme. Elle passait pour stérile, quoique peut-être elle ne l'eût pas été en secret. Elle était âgée de quarante-six ans , et il y en avait quinse qu'une extrême incompatibilité réciproque la séparait de son mari. Il était nécessaire que Henri iv eût des enfans, et on présumait qu'ils seraient dignes de lui. line affaire si importante, qui dans le fond est entièrement civile , et qui n'est un sacrement qu'en vertu d'une grâce de Dieu accordée aux époux mariés dans l'église, semblait devoir être naturellement du ressort des lois. Les saeremens sont d'un ordre surnaturel qui n'a rien de commun avec les intérêts des particuliers et des souverains.

^ Cependant l'ancien usage prévalut sans difficulté ; on s'adressa au pape , comme

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au juge souverain, sans Tordre duquel il n'était pas permis en ce cas à un roi d'avoir des successeurs. L'exemple du roi d'Angleterre Henri vm n'effraya point, parce qu'on se crut sûr du pape. La reine Marguerite donna son consentement. Le pape fit examiner cette cause par des commissaires , qui furent , le cardinal de Joyeuse; un Italien , évêque de Modène ; et un autre Italien, évêque d'Arles. Ils vinrent à Paris interroger juridiquement le roi et la reine. On fit des perquisitions simulées pour parvenir a un jugement déjà tout préparé; et on se fonda sur des raisons dont aucune assurément n'était comparable à la raison d'état et au consentement des deux parties. On vint revivre l'ancienne défense ecclésiastique d'épouser la fille de son parrain. Henri 11, père de Marguerite, avait été parrain de Henri iv. Laloi était visiblement abusive, mais on se servait de tout.

On allégua encore que le roi et Marguerite étaient parens au troisième degré, et qu'on n'avait point demandé de dis- ' pennes, parce que le roi, au temps de son mariage, était d'une religion qui regarde le mariage comme un contrat civil, et non comme un sacrement, et qui ne croit point qu'en aucun cas on ait besoin de la permission du pape pour avoir des enfans.

Enfin Ton supposa que Marguerite avait été forcée par sa mère à épouser Henri. C'était à la fois recourir à un mensonge et à des puérilités. Ce n'était pas ainsi qu'en usaient les anciens Romains, nos maîtres et nos législateurs , dans des occasions pareilles. Le dangereux mélange des lois ecclésiastiques avec les lois civiles a corrompu la vraie jurisprudence de presque toutes les nations modernes : il a été long-temps bien difficile de les concilier. Henri iv fut heureux que Marguerite de Valois fût raisonnable , et le pape' politique. ( Histoire particulière. )

— SAMoax et ca qui s'shscivit (i4 mai 1610.) — La France goûtait depuis la paix de Vervins une félicité qu'elle n'avait presque jamais connue. Les factions catholique et protestante étaient contenues par la sa* gesse de ce roi, qui serait regardé comme un grand politique si sa valeur et sa bonté n'avaient pas éclipsé ses autres mérites. Le peuple respirait, les grands étaient moins tyrans, l'agriculture était partout encouragée, le commerce commençait à fleurir, les lois reprenaient leur autorité.

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