‹ Dictionnaire historique des événemens remarquablesChapitre 59 sur 183 · H EN · texte numérisé non relu

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Les dix dernières années de la vie de ce prince ont été peut-être les plus heureuse» de la monarchie. 11 allait changer la face de l'Europe, comme il avait changé celle de la France. Prêt à partir pour secourir ses alliés , et pour Élire le destin de l'Allemagne, à la tête de la plus florissante armée qu'on eût- encore vue , il fut assassiné , comme on ne le sait que trop , par un de ces misérables de la lie du peu-

}>le , a qui le fanatisme de la canaille des igueurs et des moines inspira seul cette frénésie»

Tout ce que l'insatiable curiosité des hommes à pu rechercher sur le crime de Ravaillac , tout ce que la malignité a inventé , doit être mis au rang des fables. Il est constant que Ravaillac n'eut d'autre complice que la rage de la superstition. On a remarqué que le premier assassin enthousiaste qui tua François de Guise par dévotion , et Ravaillac qui tua Henri iv par le même principe, étaient tous deux d'Angouléme.

11 avait entendu dire que le roi allait faire la guerre anx catholiques en faveur des huguenots; il croyait même , d'après les bruits populaires, qu'il allait attaquer le pape; ce fut assez pour déterminer ce malheureux : il en fit l'aveu dans ses interrogatoires ; il persista jusqu'au milieu de son supplice.

Son second interrogatoire porte expressément, qu'il a oru que, fesant ia guerre contre le pape, c'était ia faire à Dieu, d'autant que ie pape est Dieu, et Dieu est ie pape. Ces paroles doivent être éternellement présentes à tous les esprits; elles doivent apprendre de quelle importance il est d'empêcher que la religion, qui doit rendre les hommes sages et justes, n'en fasse des monstres insensés et furieux.

Les historiens peuvent-ils avoir une autre opinion que les juges, sur un point si important et si discuté? Il y a de la démence à soupçonner la reine sa femme , et la marquise de Verncuil sa maîtresse, d'avoir eu part à ce crime. Comment deux rivales se seraient-elles réunies pour conduire la main de Ravaillac P

Il n'est pas moins ridicule d'en accuser le duc d'Epernon. Les rumeurs populaires ne doivent pas être les monumens de l'histoire. Ravaillac seul, il faut en convenir, changea la destinée de l'Eu* rope entière.

Cette horrible aventure arriva le ven-

dredi, i4 nui 1610, sur les quatre heures du soir. Le parlement s'assembla incontinent dans la salle des Augustin*, parce qu'alors on fessit des préparatifs au palais pour les fêtes qui devaient suivre le couronnement de la reine. Le chancelier Sillery va d'abord prendre l'ordre de Marie de Médicis.

On a fort vanté la réponse que lui fit ce magistrat, quand elle lui dit en pleurant : € Le roi est donc movtP» — « Madame, les rois ne meurent point en France. «Un tel discours n'était ni juste , ni Consolant, ni vrai , ni placé. C'est une équivoque pcdantesqne, fondée sur ce que l'héritier du sang succède de droit ; mais , s'il n'y avait point eu d'héritier du sang , la réponse eût été fausse; et, d'ailleurs le fils succède à son père en Espagne et en Angleterre, comme en France.

Le duc d'Epernon arrive au parlement sans porter le manteau, qui était un habillement de cérémonie et de paix; et, ayant conféré quelques moment avec le président Séguier, mettant la main sur la garde de son épée : « Elle est encore dans le fourreau, dit-il d'un air menaçant; si la reine n'est pas déclarée régente avant q^ue la cour se sépare, il faudra bien l'en tirer. Quelques-uns de vous demandent du temps pour délibérer, leur prudence n'est pas de saison : ce qui peut se faire aujourd'hui sans péril ne se fera peut-être pas demain sans carnage. •

Le couvent des Augustins était entouré du régiment des gardes , on ne pouvait résister, et le parlement n'avait nulle envie de renoncer à l'honneur de nommer a la régence du royaume. Jamais on ne fit plus volontairement ce que la force exigeait. Il n'y avait point d'exemple que le parlement eût rendu un pareil arrêt. Cette nouveauté allait conférer au parlement le plus beau de tous les droits. On délibéra pour la forme, on déclara la reine régente. Il n'y eut que trois heures entre le meurtre du roi et cet arrêt.

Dès le lendemain le jeune roi Louis xiii, âgé de huit ans et neuf mois , vint tenir aux mêmes Augustins, avec sa mère, ce qu'on appelle un lit de justice. Deux princes du sang , quatre pairs laïques et trois maréchaux de France étaient a droite du roi sur les hauts sièges ; à gauche , quatre cardinaux et quatre évêques. Le parlement était sur les bas sièges , selon l'usage des lits de justice. Ce ne fut qu'une cérémonie.

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Les grands desseins de Henri iv, Ja gloire et le bonheur des Français périrent avec lui. Ses trésors furent bientôt dissisipés, et la paix dont il avait fait jouir ses sujets fut changée en guerres civiles. ( Histoire particulière).

• — 8BS OBS&QUES ( 29 juin l6lO. )

— C'est un usage de ne célébrer les funérailles des rois de France nue quarante jours après leur mort. Le corps embaumé est enfermé dans un cercueil de plomb , sur lequel on élève une figure de cire qui le représente au naturel autant qu'on le peut. Vis-à-vis cette figure on sert la table royale à l'heure ordinaire des repas , et les viandes sont abandonnées aux pauvres. Des prêtres jour et nuit chantent des prières autour de l'image. Cette coutume est venue d'Asie dans nos climats. Il faut remonter jusqu'aux anciens rois de Perse pour en apercevoir l'origine ; elle est rarement observée. Les dépenses qu'elle exige sont trop fortes dans un pays où souvent l'argent manque pour les choses les plus nécessaires. Henri îv avait laissé de grands trésors. Plus sa mort était déplorable , plus sa pompe funèbre fut magnifique.

[1610] Le 29/ juin, le corps fut porté de la grand'salle du Louvre à Notre- Dame, où on le laissa en dépôt, et le lendemain à Saint-Denis. L effigie en cire était portée sur un brancard après le cercueil. Tous les corps de l'état assistaient en deuil à cette cérémonie; mais le parlement était en robes rouges , pour marquer que la mort d'un roi n'interrompt pas la justice.

11 voulut suivre immédiatement la figure de cire ; mais l'évêque de Paris , prétendit que c'était son droit. Cette contestation troubla long-temps la cérémonie. Les huissiers du parlement voulurent faire retirer l'évêque de Paris, Henri de Gondi, et l'évêque d'Angers, Miron, qui fesait les fonctions de grand aumônier.

Le convoi s'arrêta, le peuple fut étonné et scandalisé; l'ordre de la marche devait avoir été réglé pour prévenir toute dispute ; mais de pareilles querelles n'ont été que trop fréquentes dans ces cérémonies. 11 fallut recourir à la décision de la reine, et que le comte de Soissons, à la tète d'une compagnie des gardes, maintint les deux évèques dans le poste qui leur semblait dn, puisqu'il s'agissait de la sépulture, qui e*t une fonction ecclé- MaMtiquc. Les gardes même saisirent un

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conseiller qui fesait résistance ; c'était Paul Scarron, le père du fameux poète burlesque , Paul Scarron , plus célèbre encore par sa femme. Lorsqu'on fut arrivé à Saint-Denis, les gentilshommes ordinaires du roi portèrent le cercueil dans le caveau. De somptueux repas sont toujours la fin de ces grands appareils. Le cardinal de Joyeuse , qui officia dans Saint-Denis, l'évêque d'Angers, qui prononça l'oraison funèbre , dinèrent au réfectoire des religieux avec tout le clergé. On dressa trois tables dans la salle do chapitre ; la première pour les princes et les grands officiers de la couronne, la seconde pour le parlement , et la troisième pour tous les officiers de la maison du roi.

11 semble que, si le parlement avait été regardé dans ces cérémonies comme cour des pairs, il aurait dû manger avec les princes du sang, qui sont pairs; et que, siégeant avec eux dans la même cour de justice , il pouvait se mettre avec eux à la même table : mais il y a toujours quelque chose de contradictoire dans tous les usages. On prétendait que le parlement n'était la cour des pairs que quand les princes et pairs venaient tenir cette cour ; et l'étiquette ne souffrait pas alors que les princes du sang admissent à leur table des conseillers au parlement.

Ces détails concernant les rangs sont le plus mince objet de l'histoire; et tous les détails de querelles excitées pour la préséance, sont les archives de la petitesse plutôt que celles de la grandeur.

( Histoire 'particulière ).

HENRI VI empereur d'Allemagne

COKQCÊT8 DB SAFLKS ST DU LA SICUR (l 10;£.)

— 11 semble qu'il y ait des peuples farts pour servir toujours, et pour attendre quel sera l'étranger qui voudra les subjuguer. Il ne restait de la race légitime des conquérons normands , que la princesse Constance , fille du roi Roger i'*v • mariée à Henri vi. Tancrède, bâtard de cette race , avait été reconnu roi par le peuple et par le saint-siége. Qui devait l'emporter ou ce Tancrède qui avait le droit de l'élection, ou Henri qui avait le droit de sa femme? les armes devaient décider. En vain après la mort de Tancrède les Deux Siciles proclamèrent son jeune fils : il fallait que Henri prévalût.

[1195] Une des plus grande lâchetés qu'un souverain puisse commettre , servit à ses conquêtes. L'intrépide roi d'Angleterre, Richard Cœur-de-Lion , en, rc-

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venant d'une de ses croisade» -> fait naufrage près de la Dalmatie ; H passe sur les terres d'un duc d'Autriche. [1194] Ce duc viole l'hospitalité, charge de fers le roi d'Angleterre, le vend à l'empereur Henri vi comme les Arabes vendent leurs esclaves. Henri en tire une grosse rançon , et avec cet argent va conquérir les Deux Siciles» Il fait exhumer le corps du roi Tancrède ; et , par une barbarie aussi atroce qu'inutile, le bourreau coupe la tête au cadavre. On crève Jes jeux au jeune roi son fils , on le fait eunuque, on le confine dans une prison â Goire chez les Grisons. On enferme ses sœurs en Alsace avec leur mère. Les partisan* de celte famille infortunée , soit barons, soitévêques, périssent dans les supplices. Tous les trésors sont enlevés et portés en ALiemagne.

Ainsi passèrent Naples et la Sicile. aux Allemands , après avoir été conquis par do Français. Ainsi vingt provinces ont été sous là domination de souverains que la nature a placés à trois cents lieues d'elles : éternel sujet de discorde, et preuve de la sagesse d'une loi telle que la Salique; loi qui serait encore plus utile à un petit état <iu'à un grand. Henri vi alors fut beaucoup plus puissant que Frédéric-Barberousse. Presque despote en Allemagne , souverain en Lombardie , à Naples ,en Sicile , suzerain de Rome , tout tremblait sous lui. Sa cruauté le perdit; sa propre femme Constance , dont il avait exterminé la famille, conspira contre ce tyran , et enfin , dit-on , le fit empoisonner. (Histoire particulière.)

HENRIETTE d'Angleterre, duchesse d'Orléans. — sa mobt prkmatcrbb (3o juin 1670.) — La cour fut dans une douleur et dans une consternation que le genre de mort augmentait. Cette princesse s'était crue empoisonnée. L'ambassadeur d'Angleterre , Montaigu , en était persuadé ; la cour n'en doutait pas , et toute l'Europe le disait. Un des anciens domestiques de la maison de son mari m'a nommé celui qui (selon lui) donna le poison. «Cet nomme , me disait il, qui n'était pas riche, se retira immédiatement après en Normandie , où il acheta une terre dans laquelle il vécut long-temps avec opulence.» Ce poison (ajoutait-il) «était de la poudre de diamant mise au lieu de sucre dans des fraises.» La cour et la ville pensèrent que Madame avait été empoisonnée dans un verre d'eau de chicorée,

après lequel elle éprouva d'horribles douleurs, et bientôt les convulsions de la mort. Mais la malignité humaine et l'amour de l'extraordinaire furent les seules raisons de cette persuasion générale. Le, verre d'eau ne pouvait être empoisonné, puisque madame de La Fayette et une autre personne burent le reste sans ressentir la plus légère incommodité. La poudre de diamant n'est pas plus un venin que la poudre de corail. 11 y avait long-temps que Madame était malade d'un abcès qui se ■ formait dans le foie. Elle était très malsaine , et même avait accouché d'un enfant absolument pourri.

Son mari , trop soupçonné dans l'Europe, ne fut ni avant ni après cet événement accusé d'aucune action qui eût de la noirceur ; et on trouve rarement des criminels qui n'aient fait qu'un grand crime. Le genre humain serait trop malheureux, s'il était aussi commun de commettre des choses atroces que de les croire.

On prétendit que le chevalier de Lorraine , favori de Monsieur, pour se venger d'un exil et d'une prison que sa conduite coupable auprès de Madame lui avait attirés, s'était porté à cette horrible vengeance. On ne fait pas attention que lo chevalier de Lorraine était alors à Rome? et qu'il est bien difficile à un chevalier de Malte de vingt ans, qui est à Rome , d'acheter à Paris la mort d'uue grande princesse. {Siècle de Louis XIV.)

HOLLANDE (république de). — si rbvoltb (i3mai 1619.) — Amsterdam , malgré les incommodités de son port, devint le magasin du monde. Toute la Hollande s'enrichit et s'embellit par des travaux immenses. Les eaux de la mer furent contenues par de doubles digues. Des canaux creusés dans toutes les villes furent revêtus de pierres ; les rues devinrent de larges quau ornés de grands arbres. Les barques chargées de marchandise* abordèrent aux portes des particuliers, et les étrangers ne se lassent point d'admirer ce mélange singulier , formé par les faîtes des maisons, les cimes des arbres, et les banderoles des vaisseaux , qui donnent à la fois , dans un même lieu, le spectacle de la mer, de la ville et de la campagne.

Mais le mal est tellement mêlé avec le bien , les hommes s'éloignent si souvent de leurs principes, que cette république fut près de détruire elle-même la liberté pour laquelle elle avait combattu , et que

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l*in tolérance fit couler le sang chez un peuple dont le bonheur et les lois étaient fondés sur la tolérance. Deux docteurs calvinistes firent ce que tant de docteurs avaient fait ailleurs. [1609 et suiv.] Go-? mar et Armin disputèrent dans Leyde, avec fureur , sur ce qu'ils n'entendaient pas ; et Us divisèrent les Provinces- Unies. La querelle fut semblable , eu plusieurs points , à celles des thomistes et des scotistes, des jansénistes et des molinistes, sur la prédestination , sur la grâce» sur la liberté, sur des questions obscures et frivoles , dans lesquelles on ne sait pas même définir les choses dont on dispute. Le loisir dont on jouit pendant la trêve donna la malheureuse facilité à un peuple ignorant de s'entêter de ces querelles; et enfin , d'une controverse s col astique , \\ se forma deux partis dans l'état. Le prince d'Orange, Maurice, était à la tête des gomaristes; le pensionnaire Barnevelt favorisait les arminiens. Du Maurier dit avoir appris de l'ambassadeur, son père , que Maurice ayant fait proposer au pensionnaire Barnevelt de concourir à donner au prince un pouvoir souverain, ce zélé républicain n'en fit voir aux états que le danger et l'injustice , et que dèslors la ruine de Barnevelt fut résolue. Ge qui est avéré , c'est que le stathouder prétendait accroître son autorité par les gomaristes, et Barnevelt la restreindre par les arminiens; c'est que plusieurs villes levèrent des soldats qu'on appelait atten- (Utns , parce qu'ils attendaient les ordres du magistrat, et qu'Us ne prenaient point l'ordre du stathouder ; c est qu'il v eut des séditions sanglantes dans quelques villes , et que le prince Maurice poursuivit sans relâche le parti contraire à sa puissance. [161 8] 11 fit enfin assembler un concile calviniste à Dordrecht , composé de toutes les églises réformées de l'Europe, excepté de celle de France,

3ui n'avait pas la permission de son roi 'y envoyer des députés. Les pères de ce synode, qui avaient tant crié contre la dureté des pèresde plusieurs conciles, et contre leur autorité, condamnèrent les arminiens comme ils avaient été eux-mêmes condamnés par le concile de Trente. Plus de cent ministres arminiens furent bannis des sept provinces. Le prince Maurice tira, du corps de la noblesse et des magistrats , vingt-six commissaires pour juger le grand pensionnaire Barnevelt, le célèbre Qrotius et quelques autres du

parti. On les avait retenus six mois en prison avant de leur faire leur procès.

L'un des grands motifs de la révolte des sept provinces et des princes d'Orange contre l'Espagne , fut d'abord que le duc d'Albe fesait languir long-temps des

f prisonniers sans les juger, et qu'enfin il es fesait condamner par des commissaires. Les mêmes griefs dont on s'était plaint sous la monarchie espagnole , renaquirent danslesein delà liberté. [1619] Barnevelt eut la tète tranchée dans La Haie plus injustement encore que les comtes d'Egmont et de Horn à Bruxelles. C'était un vieillard de soixante et douze ans, qui avait servi quarante ans sa république, dans toutes les affaires politiques, avec autant de succès que Maurice et ses frères en avaient eu par les armes. ' La sentence portait « qu'il avait contristé au possible l'église de Dieu. • Grotius , depuis ambassadeur de Suède en France, et plus illustre par ses ouvrages que par son ambassade , fut condamné à une prison perpétuelle , dont sa femme euf la hardiesse et le bonheur de le tirer. Cette violence fit naître des conspirations qui attirèrent de nouveaux supplices. Un fils de Barnevelt résolut de venger le sang de son père sur celui de Maurice. Le complot fut découvert. [i6s3] Ses complices, à la tête desquels étaient un ministre arminien, périrent tous par la main du bourreau. Ce fils de Barnevelt eut le bonheur d'échapper, tandis qu'on saisissait les conjurés : mais son jeune frère eut la tête tranchée uniquement pour avoir su la conspiration. De Thou mourut en France précisément pour la même cause.

La condamnation du jeune Hollandais était bien plus cruelle ( c'était le comble de l'injustice de le faire mourir parce qu'il n avait pas été le délateur de son frère. Si ces temps d'atrocité eussent continué, les Hollandais libres eussent été plus malheureux eue leurs ancêtres^ esclaves du duc d'Albe. Ces persécutions gomariennes ressemblaient à ces premières persécutions que les protestans avaient si souvent reprochées aux catholiques, et que toutes les sectes avaient exercées les unes envers les autres.

Amsterdam , quoique rempli de gomaristes , favorisa toujours les arminiens , et embrassa le parti de la tolérance. L'am- bition et la cruauté du prince Maurice laissèrent une profonde plaie dans le cœur des Hollandais ; et le souvenir de la mort

de Baroevclt ne contribua pas peu dans la suite à faire exclure du statboudérat le jeune prince d'Orange , Guillaume m , qui fut depuis roi d'Angleterre. 11 était encore au berceau lorsque le pensionnaire de Witt stipula, dans le traité de paix des Etats-généraux avec Cromwell, en i653, qu'il n'y aurait plus de stathouder en Hollande. Cromwell poursuivait encore dans cet enfant le roi Charles r»r, son grand-père , et le pensionnaire de Witt vengeait le sang d'un pensionnaire. Cette manœuvre de Witt fut enGn la cause funeste de sa mort et de celle de son frère : mais voilà à peu près toutes les catastrophes sanglantes causées en Hollande par le combat de la liberté et de l'ambition. (Siècle dù Louis XIV .) HOLLANDE (République de) — kllb

KCHAPPK AU JOUG DB LOUIS XIV ( 20 aOÛt

167a.) — Le grand pensionnaire de Witt ne croyait pouvoir sauver ce qui restait de sa pairie qu'en demandant la paix au vainqueur. Son esprit, à la fois tout républicain et jaloux de 6on autorité particulière , craignait toujours l'élévation du prince d'Orange encore plus que les conquêtes du roi de France; il avait fait jurer à ce prince même l'observation d'un édit perpétuel, par lequel le prince était exclu de la charge de stathouder. L'honneur, l'autorité, l'esprit de parti, l'intérêt, lièrent de Witt à ce serment. Il aimait mieux voir sa république subjuguée par un roi vainqueur, que soumise à un stathouder.

Le prince d'Orange, de son côté, plus ambitieux que de Witt , aussi attaché à sa patrie , plus patient dans les malheurs

Îiubiics, attendant tout du temps et de 'opiniâtreté de sa constance, briguait le stathoudérat , et s'opposait a la paix avec la même ardeur. Les états résolurent qu'on demanderait la paix malgré le prince; mais le prince fut élevé au stathoudérat malgré les de Witt.

Quatre députés vinrent au camp du roi implorer sa clémence au nom d'une république qui, six mois auparavant, se croyait l'arbitre des rois. Les députés ne furent point reçus des ministres de Xouis xiv avec celte politesse française t qui mêle la douceur de la civilité aux rigueurs mêmes du gouvernement. Louvois , dur et altier , né pour bien servir plutôt qne pour faire aimer son maître , reçut les supplians avec hauteur, et même avec l'insulte de la raillerie. On

les obligea de revenir plusieurs fois. Enfin le roi leur Gt déclarer ses volontés. U voulait que les Etats lui cédassent tout ce qu'ils avaient au-delà du Rhin , Nimègue , des villes et des forts dans le sein de leur pays ; qu'on lui payât vingt millions ; que les Français fussent les maîtres de tous les grands chemins de la Hollande, par terre et par eau, sans qu'ils payassent jamais aucun droit; que la religion catholique fût partout rétablie ; que la république lui envoyât tous les ans une ambassade extraordinaire, avec une médaille d'or , sur laquelle il fut gravé qu'ils tenaient leur liberté de Louis xiv ; enlin, qu'à ces satisfactions ils joignissent celle qu'ils devaient au roi d'Angleterre et aux princes de l'Empire ; tels que ceux de Cologne et de Munster, par qui la Hollande était encore désolée.

Ces coudilions d'une paix qui tenait tant de la servitude parurent intolérables, et la fierté du vainqueur inspira un courage de désespoir aux vaincus. On résolut de périr les armes à la main. Tous les cœurs et toutes les espérances se tournèrent vers le prince d'Orange. Le peuple en fureur éclata contre le grand pensionnaire, qui avait demandé la paix. A ces séditions se joignirent la politique du prince et Panimosité de son parti. On attente d'abord à la vie du grand pensionnaire Jean de Witt ; ensuite on accuse Corneille, son frère, d'avoir attenté à celle du prince. Corneille est appliqué à la question. 11 récita dans les tourniens le commencement de cette ode d'Horace, Justum et tenaeem, convenable à son état et à son courage , et qu'on peut traduire ainsi pour ceux qui ignorent le latin.

Le» torrent impétueux, Ta mer qui gronde et élance ; La fureur et l'inaolence D'un peuple tumultueux, Tir-, '.]■ ri tyran* la vengeance W'ébranlcnt pas la constance D'un cœur ferme et vertueux.

[20 auguste 1673.] Enfin la populace effrénée massacra dans La Haye les deux frères de Witt ; l'un qui avait gouverné l'état pendant dix-neuf ans avec vertu , et l'autre qui l'avait servi de son épée \

* On avait d'abord tenté d'aasaoiner le grand pensionnaire dana La. Haye ; mai« il échappa et il eut te crédit de faire) punir l'amuin. On n'osa condamner son frère à fa mort , parce que les tour-

Ou exerça sur leurs corps sanglans toutes les fureurs dont le peuple est capable : horreurs communes à. toutes les nations, et que les Français avaient fait éprouver au maréchal d'Ancre , à l'amiral Coligni, etc., car la populace est presque

Sartout la môme. On poursuivit les amis u pensionnaire. Ruyter même , l'amiral de la république, qui seul combattait pour elle avec succès , se vit environné d'assassins dans Amsterdam.

Au milieu de ces désordres et de ces désolations, les magistrats montrèrent des vertus c[u'on ne voit guère crue dans les républiques. Les particuliers qui avaient des billets de banque coururent en foule à la banque d'Amsterdam ; on craignait que l'on n'eût touché au trésor public. Chacun s'empressait de se faire payer du peu d'argent qu'on croyait pouvoir y être encore. Les magistrats firent ouvrir les caves où le trésor se conserve. On le trouva tout entier , tel qu'il avait été déposé depuis soixante ans; l'argent mêmeélait encore noirci de l'impression du feu qui avait , quelques années auparavant , consumé J'hotel - de - ville. Les billets de banque s'étaient toujours négociés jusqu'à ce temps , sans que jamais on eût touché au trésor. On paya alors avec cet argent tous ceux qui voulurent l'être. Tant de bonne foi et tant de ressources étaient d'autant plus admirables, que Charles n, roi d'Angleterre, pour avoir de quoi faire la guerre aux Hollandais et fournir à ses plaisirs, non content de l'argent de la France , venait de faire banqueroute à ses sujets. Autant il était honteux à ce roi de violer ainsi la foi publique, autant il était glorieux aux magistrats d'Amsterdam de la garder dans un temps où il semblait permis d'y manquer.

A cette vertu républicaine ils joignirent ce courage d'esprit qui prend les partis extrêmes dans les maux sans remèdes. Ils firent percer les digues qui retiennent les eaux de la mer. Les maisons de campagne , qui sont innombrables autour d'Amsterdam, les villages, les villes voisines, Leyde, Dclft, furent

mena n'avaient pu lui arracher l'aveu d'aucun de» crime* «ju'on lui avait imputât; tin se contenta de le bannir. Ce fat dans le moment où le grand pensionnaire allait délivrer son frère de la prison après ce jugement , crue tous deux furent massacrés . Cette mort a répandu sur le nom de Guillaume XII un opprobre ineSaooble.

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