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DECOUVBB LA CONSPIRATION DES FOUDRES

(6 février i6o5). — Malgré ce qu'il devait au testament d'Elisabeth, il ne porta point le deuil de la meurtrière de sa mère. Dès qu'il fut reconnu roi , il crut l'être de droit divin ; il se fesait traiter , par cette raison, de sacrée majesté. Ce fut là le

Sremier fondement du mécontentement e la nation, et des malheurs inouïs do son fils et de sa postérité.

Dans le temps paisible des premières années de son règne , il se forma la plus horrible conspiration qui soit jamais entrée dans l'esprit humain : tous les autres, complots qu'ont produits la vengeance »

la politique» la barbarie des guerres civiles, le fanatisme même , n'approchent pas de l'atrocité de la conjuration des

poudres. Les catholiques romains d'Angleterre s'étaient attendus à des condescendances que le roi n'eut point pour eusjt quelques-uns , possédés plus que les autres de cette fureur de parti et de cette mélancolie sombre qui déterminent aux grands crimes; résolurent de faire régner leur religion en Angleterre, en exterminant d'un seul coup le roi , la iàmille royale et tous les pairs du royaume. (Février ib*o5). Un Perci, de la maison de Northumhciiand , un Càtesbi, et plusieurs autres , conçurent l'idée de mettre trente-six tonneaux de poudre sous la chambré où le roi devait haranguer son parlement. Jamais crime ne lut d'une exécution plus facile, et jamais succès ne parut plus assuré. Personne ne pouvait soupçonner une entreprise si inouïe ; aucun empêchement n'y pouvait mettre obstacle. Les trente-six barils de poudre, achetés en Hollande , en divers temps , étaient déjà

S lacés sous les solives de la chambre, ans une cave de charbon louée depuis plusieurs mois par Perci. On n'attendait que le jour de l'assemblée; il n'y aurait eu à craindre que le remords de quelque conjuré; mais les jésuites Garnet et 01decorne , auxquels ils s'étaient confessés, avaient écarté les remords. Perci, qui allait sans pitié faire périr la noblesse et le roi, eut pitié d'un de ses amis , nommé Monteagle, pair du royaume ; et ce seul mouvement d'humanité fit avorter l'entreprise. Il écrivit, par une main étrangère , à ce pair : • Si vous aimez votre Tie, n'assistez point à l'ouverture du parlement ; Dieu et les hommes concourent à punir la perversité du temps : le danger sera passé eu aussi peu de temps que vous en mettrez à brûler cette lettre. •

Perci , dans sa sécurité , ne croyait pas possible qu'on devinât que le parlement entier devait périr par un amas de poudre ; cependant, la lettre ayant été lue dans le conseil du roi, et personne n'ayant pu conjecturer la nature du complot, dont il n y avait pas le moindre indice , le roi, rélléchi88ant sur le peu de temps que le danger devait durer, imagina précisément quel était le dessein des conjurés. On va par son ordre , la nuit même qui précédait le jour de l'assemblée , visiter les caves sous la salle : on trouve un homme à la porte, avec une mèche , et un cheval qui l'attendait : on t rou ve le* trente-six tonneaux.

Perci et les cbefr, au premier avis de

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la découverte» eurent encore le temps de rassembler cent cavaliers catholiques , et vendirent chèrement leurs vies. Huit conjurés seulement furent pris et exécutés.

Les deux jésuites périrent du même supplice. Le roi soutint publiquement qu'ils avaient été légitimement condamnés :

leur ordre les soutint iunocens, eten fit des martyrs. Tel était l'esprit du temps dans tous les pays où les querelles de la religion aveuglaient et pervertissaient les hommes.

Cependant la conspiration des poudres fut Je seul grand exemple d'atrocité que les Anglais donnèrent au monde sous le règne de Jacques i". Loin d'être persécuteur, il embrassait ouvertement le toléra nlisnie ; il censura vivement les presbytériens, qui enseignaient alors que l'enfer est nécessairement le partage de tout catholique romain.

(Essai sur (es mœurs. )

JACQUES II , roi d'Angleterre. — sa airociB bw fbahcb (7 janvier 1689.) — Se voyant et attaqué et poursuivi par un de ses gendres, quitté par l'autre, ayant contre lui ses deux filles, «es propres amis; haï des sujets mêmes qui étaient encore dans son parti, il désespéra de sa fortune : la fuite, dernière ressource d'un prince vaincu, fut le parti qu'il prit sans combattre. Enfin , après avoir été ÈTtètè dans sâ fuite par la populace, maltraité par elle, reconduit a Londres; après avoir reçu paisiblement les ordres du prince d'Orange dans son propre palais; après avoir vu sa garde relevée, saus coup ferir, par celle du prince, chassé de sa maison , prisonnier à Rochester, il proli ta de la liberté qu'on lui donnait d'abandonner son royaume; il alla chercher un asile en France \ •

Le roi fugitif vint avec sa femme, fille d'un duc de Modène, et le prince de Galles encore enfant, implorer la protection de Louis xiv. La reine d'Angleterre, arrivée avant son mari, fut étonnée de la splendeur qui environnait le roi de France, de cette profusion de magnificence qu'on voyait à Versailles, et sur-

* On peut contulter «ur ce» détail» le* mémoires du chevalier d'Alrymplt déjà citét. Nom n'en npportcrorn ici qu'une anecdote. Jacquet, qui ioui le règne de «on frère l'avait cmpécnëde dire grâce au lord Ruttel , appela auprès de lui le tutus comte de Bedfoid , père de Ruttel , et la conjura d'employer en «a faveur ton crédit tur lea paira. • Sire , l'avait un fil * , répondit le comte ; il aurait pu Tout tervir. »

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tout de la manière dont elle fut reçue. Le roi alla au-devant d'elle jusqu'à Chatou : • Je vous rends, Madame, lui dit-il, un triste service : mais j'espère vous en rendre bientôt de plus grands et de plus heureux. • Ce furent ses propres paroles. 11 la conduisit au château de Saint -Germain, où elle trouva le même service qu'aurait eu la reine de France, tout ce qui sert à la commodité et au luxe, des présens de toute espèce, en argent, en or, en vaisselle, en bijoux, en étoffes.

11 y avait , parmi tous ces présens, une bourse de dix mille louis d'or sur sa toilette. Les mêmes attentions furent observées pour son mari, qui arriva un jour après elle. On lui régla six cent mille francs pour l'entretien de sa maison « outre les présens sans nombre qu'on lui fit. Il eut les officiers du roi et ses gardes. Toute cette réception' était bien peu de chose auprès» des préparatifs qu'on fesait pour le rétablir sur son trône. Jamais le roi ne parut si grand ; mais Jacques parut petit. Ceux qui, à la cour et à la ville, décident de la réputation des hommes, conçurent pour lui peu d'estime. 11 ne voyait guère que des jésuites. 11 alla descendre cher, eux à Paris , dans la rue Saint-Antoine. 11 leur dit qu'il était jésuite lui-même; et, ce qu'il y a de plu» singulier, c'est que la chose était vraie. 11 s'était fuit associer à cet ordre, a?ec de certaines cérémonies, par quatre jésuites anglais, étant encore duc d'Yorck. Cette pusillanimité dans un prince, jointe à Ja manière dont il avait perdu sa couronne, l'avilit au point que les courtisans s'égayaient tous les jours à faire des chansons sur lui. Chassé d'Angleterre , on s'en moquait en France. On ne lui savait nul gré d'être catholique. L'archevêque de Reims, frère de Louvois , dit tout haut à Saint-Germain , dans son antichambre : c Voila un bon homme qui a quitté trois royaumes pour une messe. » On attribue le même propos à Charles 11 : « Mon frère, disait-il, perdra trois royaumes pour une messe, et le paradis pour une Aille. « On (it cette chansou attribuée à Fontcnelle :

Quand Je retix rimer a Guillaume, Je trouve aisément un royaume Qu'il a tu mettre tout tet loit; M*ii, quand je Teux timec à Jacquet, J'ai beau rêver, mordre met doigta, Je trogve qu'il a fait >ea pâquet.

( Essai sur (es mœurs. )

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— MOTtC* PAB LoDIS XIV, IL TMI UCOIC-

ocrtaia sis btats ( 1 1 juillet 1 690.) — Il avait avec lui près de six mille Français et Quinze mille Irlandais. Les trois quarts de ce royaume se déclaraient en sa faveur. Son concurrent Guillaume était absent ; cependant il ne profita d'aucun de ces avantages. Sa fortune éeboua d'abord devant la petite ville de Londondéri ; il la pressa par un siège opiniâtre , mais mal dirigé , pendant quatre mois. Cette ville ne fut défendue que par un prêtre

Sresbytérien , nommé Walker. Ce préicant s'était mis à la tête de la milice bourgeoise. Il la menait au prêche et au combat. Il fesait braver aux liabitans la famine et la mort. Enfin le prêtre contraignit 1e roi de lever le siège.

Cette première disgrâce en Irlande fut bientôt suivie d'un plus grand malheur. Guillaume arriva et marcha à lui.

La rivière de Boine était entre eux. [ 1 1

{'uillet i6qo] Guillaume entreprend de a franchir à la vue de l'ennemi. Elle était à peine guéable en trois endroits. La cavalerie «passa à la nage, l'infanterie était dans l'eau jusqu'aux épaules; mais à l'autre bord il fallait encore traverser un marais ; ensuite on trouvait un terrain escarpé qui formait un retranchement naturel. Le roi Guillaume fit passer son armée en trou endroits, et engagea la bataille. Les Irlandais, que nous avons vus si bons soldats en France et en Espagne , ont toujours mal combattu ches eux. Il y a des nations dont l'une semble faite pour être soumise à l'autre. Les Anglais ont toujours eu sur les Irlandais la supériorité du génie , des richesses et des armes. * Jamais l'Irlande n'a pu secouer le jouç de l'Angleterre * depuis qu'on simple seigneur anglais la subjugua. Les Français combattirent à la journée de la Boine : les Irlandais s'enfuirent. Leur roi Jacques, n'ayant paru dans l'engagement ni à la tête des Français ni à

* On lisait, dan* le* premières édition», la supériorité que les blancs ont sur les nègres. Voltaire effaça cette expression injurieuae. L'état presque sauvage où était l'Irlande lorsqu'elle nit conquise, la superstition , l'oppression exercée

I taries Anglais, le fanatisme religieux qui divise es Irlandais en deux nations ennemies ; telles sent les causes qui ont retenu ce peuple dans l'abaissement et dans la faiblesse. Les haines religieuses se sont assoupies , et il a repris sa liberté. Les Irlandais ne le cèdent plus aux Anglais ni eu industrie , ai eu lumière* , ni en «curage.

la tête de* Irlandais , se retira le premier. " Il avait toujours cependant montré beaucoup de valeur ; mais il y a des occasions où l'abattement d'esprit l'emporte sur le courage. Le roi Guillaume, qui avait 'eu l'épaule effleurée d'un coup de canon avant la bataille , passa pour mort en France. Cette fausse nouvelle fut reçue à Paris avec une joie indécente et honteuse. Quelques magistrats subalternes engagèrent les bourgeois et le peuple à faire des illuminations. On sonna les cloches. On brûla dans plusieurs quartiers des figures d'osier, qui représentaient le prince d'Orange, comme on brûle le pape dans Londres. On tira le canon de la Bastille , non point par ordre du roi, mais par le zèle inconsidéré d*un commandant. On croirait, sur ces marques d'allégresse et sur la foi de tant d'écrivains, que cette joie effrénée, à la mort prétendue d'un ennemi, était l'effet* de la crainte extrême qu'il inspirait. Tous ceux qui ont écrit, et Français et étrangers, 00 1 dit que ces réjouissances étaient le plus grand éloge du roi Guillaume.

Cependant , si on veut faire attention aux circonstances du temps et à l'esprit qui régnait alors, on verra bien que la ^rainte ne produisit pas ces transports de joie. Les bourgeois et le peuple ne savent

Suère craindre un ennemi que quand menace leur ville. Loin d'avoir de la terreur au nom de Guillaume, le commun de9 Français avait alors l'injustice de le mépriser. 11 avait presque toujours été battu par les généraux français. Le vulgaire ignorait combien ce prince avait acouis ae véritable gloire , même dans ses défaites. Guillaume, vainqueur de Jacques en Irlande, Oc paraissait pas encore aux yeux des Français un ennemi digne de Louis xiv. Paris , idolâtre de son roi , le croyait réellement invincible. Les

* Les nouveaux Mémoires de Berwiok disent le contraire; mais plusieurs bistoriene, et entre autres le ckevaUer d'Alrymple, sont d'accord avec Voltaire. Scbomberg , qui avait quitté le service de France <à cause de sa religion, combattit tes troupes françaises à la tète des réfugiés français. Blessé mortellement, il criait aux troupes qui passaient devant lui : A la gloire , mes amis l à la gloire t Ces troupes ayant été mises en désordre, Callemotte, qui remplaçait Schomberg, les rallia , et leur montrant les régime as français : Messieurs , voilà vos persécuteurs. Ainsi, les dragonnades turent une des principales causée de la perte de la bataille de la Boine, et de l'oppression des catholiques dan» les trots royaumes.

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i e jouissances ne Turent donc point le fruit de la crainte, mais de la haine. La plupart des Parisiens, nés sous le règne de Louis, et façonnés au joug despotique, regardaient alors un roi comme une divinité , et un usurpateur comme un sacrilège. Le petit peuple, qui avait vu Jacques aller tous les jours à la messe, détestait Guillaume hérétique. L'image d'un gendre et d'une fille ayant chassé leur père, d'un protestant régnant à la place d'un catholique, enfin d'un ennemi de Louis zir, transportait les Parisiens d'une espèce de fureur; mais les gens sages pensaient modérément.

Jacques revint en France , laissant son rival gagner en Irlande de nouvelles batailles, et s'affermir sur le trône. Les flottes Françaises furent occupées alors à ramener les Français qui avaient inutilement combattu , et les familles irlandaises catholiques qui, étant très pauvres dans leur patrie, voulurent aller subsister en France des libéralités du roi.

II est à croire que la fortune eut peu de part à toute cette révolution , depuis son commencement jusqu'à sa fin. Les caractères de Guillaume et de Jacques firent tout. Ceux qui aiment à voir dans la conduite des hommes les causes des événemens, remarqueront que le roi Guillaume, après sa victoire, fit publier un pardon général; et que le roi Jacques, vaincu, en passant par une petite ville nommée Gallowai, lit pendre quelques citoyens qui avaient été d'avis de lui fermer les portes. De deux hommes qui se conduisaient ainsi, il était bien aisé de voir qui devait l'emporter.

Il restait à Jacques quelques villes en Irlande, entre autres Limerick, où il y avait plus de douze mille soldats. Le roi de France, soutenant toujours la fortune de Jacques, fit passer encore trois mille hommes de troupes réglées dans Limerick. Pour surcroît de libéralité il envoya tout ce qui peut servir aux besoins d'un grand peuple et è ceux des soldats. Quarante vaisseaux de transport , escortés de douze vaisseaux de guerre, apportèrent tous les secours possibles en hommes, en ustensiles, en équipages; des ingénieurs , des canonnière , des bombardiers, deux cents maçons ; de» selles, des brides, des housses pour plus de vingt mille chevaux; des canons avec leurs affûts, des fusils, des pistolets, des épées pour armer vingt-six mille hommes : des vivres , des

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habits, et jusqu'à vingt-six mille paires de souliers. Limerick assiégée, mais munie de tant de secours, espérait de voir son roi combattre pour sa défense. Jacques ne vint point. Limerick se rendit : les vaisseaux français retournèrent encore vers les côtes d'Irlande, et ramenèrent en France environ vint mille Irlandais , tant soldats que citoyens fugitifs.

Ce qu'il y a peut-être de plus étonnant, c'est que Louis xiv ne se rebuta pas. IL soutenait alors une guerre difficile contre presque toute l'Europe. [39 juillet 1691] Cependant il tenta encore de changer la fortune de Jacques par une entreprise décisive, et de faire une descente en Angleterre avec vingt mille hommes. Il comptait sur le parti que Jacques avait conservé en Angleterre. Les troupes étaient assemblées entre Cherbourg et la Hogue. Plus de trois cents navires de transport étaient prêts à Brest. Tourville, avec quarante-quatre grands vaisseaux de guerre, les attendait aux côtes de Normandie. D'Ëstrées arrivait du port de Toulon avec trente autres vaisseaux. S'il y a des malherrs causés par la mauvaise conduite , il en est qu'on ne peut imputer qu'à la fortune. Le vent, d'abord favorable à l'escadre de d'Rstrées, changea; il ne put joindre Tourville. Ses quarantequatre vaisseaux furent attaqués par les flottes d'Angleterre et de Hollande , fortes de près de cent voiles. La supériorité du nombre l'emporta. Les Français cédèrent après un combat de dix heures.

Russel, amiral anglais, les poursuivit deux jours. Quatorze grands vaisseaux , dont deux portaient cent quatre pièces de canoo, échouèrent sur la côte ; et les capitaines y firent mettre le feu , pour ne les pas laisser brûler par les ennemis. Le roi Jacques, qui du rivage avait vu ce désastre, perdit toutes «es espérances.*

* Tourville avait ordre de combattre, etee fut lai qui attaqua le flotte auglaiae. Seignelai lai avait reproché de n'avoir pa* oeé , Tannée précédente , aller brûler lea vaiateaaz angUU dana leura porta, aprèa la défaite de leur flotte. Toorrille parut regarder ce reproche comme un aoupoon «ur «a bravoure. « Voua ne m'arei paa entendu, répliqua le miniatre | il y a dea hommea qui aont bravea de eoaur et poltrona de tète. ■

Buaael , qui commandait la flotte anglaiae , avait une eorreapondance aecrète avec Jacquca Lui, Marlborough , pluaieura cbefa du parti populaire, avaient formé le projet de rétablir Jacques , en lai impoeaat dea conditiona encore plu» dure* uur celle* qu'île avaient foreéle prince d'Orange d'ao-

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Ce fut le premier échec que reçut sur niser à Rume , aprt s sa mort , ce roi que la mer la puissance de Louis xiv. Seigne- Rome avait abandonné peudant sa vie. bu, qui, après Golbert son père, avait ( Essai sur la mœurs. ) perfectionné la marine, était mort à la JACQUES COEUR. — saavicss mal fin de 1690. Pontcbartrain , élevé de la aicomius qu'il bbhd ad soi de f&akcb, première présidence de Bretagne à l'em- chablbs vu. — Un pays riche- par ses ploi de secrétaire d'état de la marine . ne denrées ne cesse jamais de l'être quand la laissa point périr. Le même esprit ré- la culture n'est pas abandonnée. Les gnait toujours dans le gouvernement. La guerres civiles ébranlent le corps de ré- France eut,. dès l'année qui suivit la dis- tat, et ne le détruisent point. Les meurgrâce de la Hogue, des flottes aussi nom- très et les saccagemens qui désolent des breuses qu'elle en avait eu déjà; car familles en enrichissent d'autres. Les Tourville se trouva à la tête de soixante négocians deviennent d'autant plus havaisseaux de ligne, et d'Estrées en avait biles, qu'il faut plus d'art pour se sauver trente, sans compter ceux qui étaient parmi tant d'orages. Jacques Cœur en dans les ports; (1696) et même, quatre est un grand exemple. 11 avait établi le ans après, le roi fit encore un armement plus grand commerce qu'aucun particuplus considérable que tous les précédens, lier de l'Europe eût jamais embrassé. Il

rir conduire Jacques en Angleterre à n'y eut depuis lui que Cosme Médici, tête de vingt mille Français ; mais que nous appelons de Médicis , qui recette flotte ne fit que se montrer, les galât. Jacques Cœur avait trois cents mesures du parti de Jacques ayant été facteurs en Italie et dans le Levant. Il aussi mal concertées à Londres que celles prêta deux cent mille écus d'or au roi, de son protecteur avaient été bien prises sans quoi on n'aurait jamais repris la Noren France. mandie. Son industrie était plus utile Il ne resta de ressource au parti du roi pendant la paix que Dunois et fa Pucelie détrôné que dans quelques conspirations ne l'avaient été pendant la guerre. C'est contre la vie de son rival. Ceux qui les une grande tache peut-être à la mémoire tramèrent périrent presque tous du der- de Charles vu, qu'on ait persécuté un nier supplice; et il est à croire que, homme si nécessaire. On n en sait point quand môme elles eussent réussi, il n eût le sujet : car qui sait les secrehs ressorts jamais recouvré son royaume. Il passa le des fautes et des injustices des hommes? reste de ses jours à SaintGemain , où il Le roi le fit mettre en prison, et le vécut des bienfaits de Louis et d'une pen- parlement de Paris lui fit son procès. On sion de soixante et dix mille francs, qu'il ue put rien prouver contre lui, sinon eut la faiblesse de recevoir en secret de qu'il avait fait rendre à un Turc un essa fille Marie, par laquelle il avait été clave chrétien, lequel avait quitté et détrôné. Il mourut en î^oo à Saiat-Ger- trahison maître, et qu'il avait fait vendre main. Quelques jésuites irlandais préten- des armes au Soudan d'Egypte. Sur ces dirent qu'il se lésait des miracles à son deux actions, dont l'une était permise

et l'autre vertueuse, il fut condamné à

tombeau. On parla même de faire

, perdre tous ses biens. Il trouva dans ses

commis plus de droiture que dans les copier. Ru«el avait écrit à Jaequea de Mineure la courtisans qui l'avaient perdu. Ils se co-

deacente à 1 hiver, et surtout d éviter que la flotte - . ? \>-,\a„ j„„

français n'attaquât la .ienoe, qu'il le'coonaia.Mi gèrent presque tous pour 1 aider dans sa

française n'attaquât la tienne cra'il le connaissait |j» uv twuo jjwm » a<uv i uaua va

incapable de •acrifier à aucun intérêt l'honneur du disgrâce. On dit que Jacques Cœur alla

pavillon britannique. Jaequea avait encore d'autre» continuer son commerce eu Chypre, et

intelligences dan* la flotte. n'eut jamais la faiblesse de revenir dans

£3£.?ï2iïïî: »oning?tepatrK,quoi,u% ««rappelé.

en changeant lea capitaine. auapecta la veille de Mais cette anecdote n est pas bien avérée,

l'action. D'Alrymple rapporte, au contraire , qu'on ( Essai Sur (es mœurs. )

en donna le conieil au prince d*Orange ; mai* qu'il JEAN NE D ALBRET , reine de Wa-

prit le parti de faire écrire par la reine à Rua.el , varre mère de Henri , y# gA M01T ,g

an on avait cherché a lui donner des aoupçona aur . . *- . T j»aii .» *.*.• t I

S fidélité depluaieur. officier., et proposé de le. g» .57a.) - Jeanne d Albret, attirée à

changer, maia qu'elle ne ferait aucun changement, Paris avec les autres huguenots , mourut

regardant eea imputation* comme l'ouvrage de SSS après cinq jours d'une fièvre maligne:

ennemi* et dea leura. Ruaael lut publiquement la Je temps cle sa mort , les massacres qui

p?u" '*« pa\' 'iï.,èient de na°ttrir P°Ur ^ rem* e* la s"»^01 » l* cra»ote que son courage

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aurait pu donner à la cour , cnGn sa maladie, qoi commença, après avoir acheté des gants et des collets parfumés chez un parfumeur nommé René , venu de Florence avec la reine, et qui passait pour un empoisonneur public : tout cela fit croire qu'elle était morte de poison. On dit même que ce René se vanta de son crime, et osa dire qu'il en préparait autant à deux grands seigneurs qui ne s'en doutaient pas. Mézerai, dans sa grande histoire , semble favoriser cette opinion , en disant que les chirurgiens qui ouvrirent le corps de la reine ne touchèrent point à la tête, où l'on soupçonnait que le nuison avait laissé des traces trop visibles. On n'a point voulu mettre ces soupçons dans la bouche de Henri iv, parce qu'il est juste de se défier de ces idées qui n'attribuent jamais la mort des grands à des causes naturelles. Le peuple, sans rien approfondir, regarde toujours comme coupables de la mort d'un prince ceux à qui cette mort est utile. On poussa la licence de ces soupçons jusqu'à accuser Catherine de Médicis de la mort de ses propres enfans; cependant il n'y a jamais eu de preuves, ni que ces princes, nique Jeanne d'Albret , dont il est ici question, soient morts empoisonnés.

11 n'est pas vrai ( comme le prétend Mézerai) qu'on n'ouvrit point le cerveau de la reine de Navarre; elle avait recommandé expressément qu'on visitât avec exactitude>ceikc partie après sa mort. Elle avait été 'ttnhçmentée toute sa vie de grandes dptitâirs de téte accompagnées de démangeaisons, et avait ordonné qu'on cherchât soigneusement la cause de ce mal, afin qu'on pût le guérir dans ses enfans s'ils en étaient atteints. La Chronologie novennaire rapporte formellement que Gaillard , son médecin , et Desnœuds, son chirurgien, disséquèrent son cerveau, qu'ils trouvèrent très sain ; qu'ils aperçurent seulement de petites bubes d'eau, logées entre le crûne et la pellicule qui enveloppe le cerveau, ce qu'ils jugèrent être la cause des maux de tète dont la reine s'était plainte; ils attestèrent d'ailleurs qu'elle était morte d'un abcès formé dans la poitrine. Il est à remarquer que ceux qui l'ouvrirent étaient huguenots, et qu apparemment ils auraient parlé de poison s ils y avaient trouvé quelque vraisemblance. On peut me répondre qu'ils furent gagnés par la eour; mais Desnœuds, chirurgien de

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Jeanne d'Albret, huguenot passionné, écrivit depuis des libelles contre la cour ; ce qu'il n eût pas fait s'il se fût vendu à elle ; et , dans ses libelles , il ne dit point que Jeanne d'Albret ait été empoisonnée. De plus t il n'est pas croyable qu'une femme aussi habile que Catherine de Médicis eût chargé d'une pareille commission un misérable parfumeur, qui avait, dit-on, l'insolence de s'en vanter.

Jeanne d'Albret était née en i53o, de Henri d'Albret , roi de Navarre , et de Marguerite de Valois, sœur de François ier. A l'âge de douze ans, Ji anue fut mariée à Guillaume , duc de C lèves; elle n'habita pas avec son mari. Le mariage fut déclaré nul deux ans après par Je pape Paul m, et clic épousa Antoine de Bourbon. Ce second mariage, contracté du vivant du premier mari, donna lieu depuis aux prédicateurs de la ligue de dire publiquement, dans leurs sermons contre Henri iv, qu'il était bâtard : mais ce qu'il y eut de plus étrange fut que les Guises, et entre autres ce François de Guise qu'on dit avoir été si bon chrétien, abusèrent de la faiblesse d'Antoine de Bourbon , au point de lui persuader de répudier sa femme, dont il avait des enfans, pour épouser leur nièce, et se donner entièrement à eux. Peu s'en fallut que le roi de Navarre ne donnât dans cepiége. Jeanne d'Albret mourut à quaraute -deux ans, le 9 juin 1 572.

fia y le « dans ses Réponses aux questions d'un provincial , dit qu'on avait vu de son temps, en Hollande, le fils d'un ministre, nommé Goyon, qui passait pour petit -fils de cette reine. On prétendait qu'après la mort d'Antoine de Navarre, elle s'était mariée à un gentilhomme nommé Goyon, dont elle avait eu ce ministre. (Notes de la Henriade.)

JEANNE D'ARC , surnommée la Pucelle d'Orléans. — sss travaux kt sa moht (3o mai i4«5i.) — On peut juger de l'état déplorable où Charles vu était réduit, par la nécessité où il fut de faire valoir dans les pays de son obéissance la livre numéraire, qui valait plus de 8 de nos livres à la fin du règne de Charles v, à moins de quinze centièmes de ces mômes livres actuelles ; en sorte qu'elle ne désignait alors qu'un cinquantième de la valeur qu'elle avait désignée peu d'années auparavant.

Il fallut bientôt recourir à un expédient plus étrange, a un miracle, un

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gentilhomme des frontières de Lorraine , nommé Baudricourt, crut trouver dans une jeune servante de cabaret de Vaurou leurs un personnage propre à jouer le rôle de guerrière et d inspirée. Cette Jeanne d Arc, que le vulgaire croit une bergère , était eu effet une jeune servante d'hôtellerie, «robuste, montant chevaux à poil , comme dit Monstrelet , et fesant autres apertises que jeunes filles n'ont point accoutumé de faire. » On la fit passer pour une bergère de dix-huit ans. Il est cependant avéré , par sa propre confession , qu'elle avait alors vingt-sept années. Elle eut assez, de courage et assez d'esprit pour se charger de cette entreprise qui devint héroïque. On la mena devant le roi à Bourges. Elle fut examinée par des femmes, qui ne manquèrent pas de la trouver vierge , et par une partie des docteurs de l'université et quelques conseillers du parlement, qui ne balancèrent pas à la déclarer inspirée; soit qu'elle les trompât, soit qu'ils fussent eux-mêmes assez habiles pour entrer dans cet artifice : le vulgaire le crut, et ce fut assez.

[1429] Les Anglais assiégeaient alors la ville d'Orléans , la seule ressource de Charles, et étaient près de s'en rendre maîtres. Cette fille guerrière , vêtue en homme, conduite par d'habiles capitaines , entreprend de jeter du seconrs dans la place. Elle parle aux soldats de la part de Dieu , et leur inspire ce courage d'enthousiasme qu'ont tous les hommes qui croient voir la Divinité combattre

Î>our eux. Elle marche à leur tête et déivre Orléans , bat les Anglais , prédit à Charles qu'elle le fera sacrer dans Reims , et accomplit sa promesse l'cpéeà la main. Elle assista au sacre , tenant l'étendard avec lequel elle avait combattu.

[1429] Ces victoires rapides d'une fille, les apparences d'un miracle , le sacre du roi qui rendait sa personne plus vénérable , allaient bientôt rétablir le roi légitime et chasser l'étranger : mais Jeanne d'Arc, l'instrument de ces merveilles, fut blessée et prise en défendant Complète. Un homme tel que le Prince Noir eût honoré et respecté son courage. Le régent Betford crut nécessaire de la flétrir pour ranimer ses Anglais. Elle avait feint un miracle. Betford feignit de la croire sorcière. Mon but est toujours d'observer l'esprit du temps; c'est lui qui dirige les grands événemens

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du monde. L'université de Paris présenta requête contre Jeanne d'Arc, l'accusant d'hérésie et de magie. Ou l'université pensait ce que le régent voulait qu'on crut ; ou , si elle ne le pensait pas , elle commettait une lâcheté détestable. Cette héroïne, digue du miracle qu'elle avait feint, fut jugée à Rouen par Cauchon, évéque de iieauv?is, cinq autres évêques français, un seul évêque d'Angleterre, assistés d'un moine dominicain , vicaire de l'inquisition , et par des docteurs de l'université. Elle fut Qualifiée «de superstitieuse devineresse du diable , blasphémeresse en Dieu et en ses saints et saintes , errant par moult de fors en la foi de Christ.» Comme telle, elle fut condamnée à jeûner au pain et à l'eau dans une prison perpétuelle. Elle fit à ses juges une réponse digne d'une mémoire éternel^. Interrogée pourquoi elle avait osé assister au sacre de Charles avec son étendard , elle répondit : «Il est juste que qui a eu part au travail en ait à 1 honneur. »

[i43 1] Enfin, elle fut accusée d'avoir repris une fois l'habit d'homme, qu'on lui avait laissé exprès pour la tenter ; ses juges, qui n'étaient pas assurément en droit de la juger, puisqu'elle était prisonnière de guerre, la déclarèrent hérétique relapse : et firent mourir par le feu celle qui, ayant sauvé son roi^urait eu des autels dans les temps JrMques où Ips hommes en élevaient M libérateurs. Charles vu rétabli P^^fcN sa mémoire, assez honorée par^r^fe>upplice même. ( Essai sur tes mœurs. )

JEANNE, de Naples. — fait kthasclkb son K po rx, — ( 1 S46. ) — Naples et la Sicile étaient toujours gouvernées par de» étrangers; Naples par la maison de France; nie de Sicile, par oelle d'Aragon. "Robert, qui mourut en i343 , avait rendu son royaume de Naples florissant. Son neveu, Louis d'Anjou, avait été élu roi de Hon-

frie. La maison de France étendait ses ranches de tous côtés ; mais ces branches ne furent unies ni avec la souche commune ni entre elles; toutes devinrent malheureuses. Le roi de Naples Robert avait , avant de mourir, marié sa petitefille Jeanne, son héritière, à André, frère du roi de Hongrie. Ce mariage, qui semblait devoir cimenter le bonheur de cette maison , en fit les infortunes. André prétendait régner de son chef; Jeanne , toute jeune qu'elle était , voulut qu'il ne

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ftt que le mari de la reine. Un moine franciscain, nommé frère Robert, qui gouvernait André» alluma la haine et la discorde entre les deux époux. Une cour de Napolitains auprès de la reine, une autre auprès d'André, composée de Hongrois, regardé s commes des barbares par les naturels du pays , augmentaient l'antipathie. Louis, prince de Tarente ,

{>rince du sang, qui bientôt après épousa a reine, d'autres princes du sang, les favoris de cette princesse , la fameuse Catanoise, sa domestique, si attachée à elle, résolvent Ja mort d'André. (i346) On l'étrangle dans la ville d'Averse dans l'sntichambre de sa femme , et presque sous ses yeux ; on le jette par les fenêtres. On laisse trois jours le corps sans sépulture. La reine épouse, au bout de 1 an , le prince de Tarente accusé par la voix publique. Que de raisons pour la croire coupable ! Ceux qui la justifient allèguent qu'elle eut quatre maris, et qu'une reine, qui se soumet toujours au joug du ma* riage, ne doit pas être accusée des crimes que l'amour fait commettre. Mais l'amour seul inspire t-ïl les attentats ? Jeanne consentit au meurtre de son époux par faiblesse , et elle eut trois maris ensuite par une autre faiblesse plus pardonnablé et plus .ordinaire, celle de ne pouvoir régner seule.

Louis de Hongrie , frère d' André , écrivit à Jeanne qu'il vengerait la mort de son frère sur ej je- et sur ses complices. Il marcha veri^jiptes par Venise et par Rome, et fit^speuser Jeanne juridiquement a Rome devant ce tribun Cola Kienzi , qui , datas sa puissance passagère et ridicule, vit pourtant des rois à son tribunal , comme les anciens Romains.

Iuensi n'osa rien décider , et en cela seul il montra de la prudence.

(Essai sur le* mœurs.)

JJANNE HACHETTE , citoyenne de Beaûtajs. — sauve sa vatbie. — ( 10 Juillet Î47a« ) — L'héroïne qui défendit fieauvais esISpeut-être supérieure à celle qui fit lever le siège d'Orléans, elle combattit tout aussi bien,etnese vanta ûi d'être pucellc ni d'être inspirée. Ce fut en 147a, quand l'armée bourguignonne assiégeait Beanvais, que Jeanne Hachette, à la tête de plusieurs femmes, soutint longtemps un assaut, arracha l'étendard qu'un officier des ennemis allait arborer sur la brèche, jeta le porte-étendard dans le fossé , et donna le temps aux troupes du

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roi d'arriver pour secourir la ville. Ses descendans ont été exemptés de la taille, faible et honteuse récompense. Les femmes et les filles de Beau vais sont plus flattées d'avoir le pas sur les hommes à la procession le jour de l'anniversaire. Toute marque publique d'honneur encourage le mérite, et l'exemption de la taille n'est qu'une preuve qu'on doit être assujetti a cette servitude par le malheur de sa naissance. (Essai sur Us mœurs.)

.JEAN -SANS -TERRE, roi d'Angleterre. — DOHNK SIS ETATS AU Fapk ( 1 5 mai iai3.) — Jean-Sans -Terre , qui succéda à Richard , devait être un très-grand terrien ; car à ses grands domaines il joignit la Bretagne qu'il usurpa sur le prince Artus son neveu, à qui cette province était échue par sa mère. [1 199] Mais , pour avoir voulu ravir ce qui ne lui appartenait pas , il perdit tout ce qu'il avait, et devint enfin un grand exemple qui doit intimider les mauvais rois. Il commença par s'emparer de la grande Bretagne , qui appartenait à son neveu Artus. Il le prit dans un combat, et le fit enfermer dans la tour de Rouen, sans qu'on ait jamais pu savoir ce que devint ce jeune prince. L'Europe accusa avec raison Je roi Jean de la mort de son neveu.

Heureusement, pour l'instruction de tous les rois, on peut dire que ce premier crime fut la cause de tous ses malheurs. Les lois féodales, qui d'ailleurs lésaient naître tant de désordres, furent signalées ici par un exemple mémorable de justice. La comtesse de Bretagne , mère d'Artus , fit présenter à la cour des

Eairs de France une requête . signée des arons de Bretagne. Le roi d'Angleterre fut sommé par les pairs de comparaître. La citation lui fut signifiée à Londres par des sergens d'armes. Le roi accusé envoya un évêque demander à Philippe-Auguste un sauf-conduit. «Qu'il vienne, dit le roi, il le peut.» — «Yaura-t-il sûreté pour le retour f demande l'évéque.» — cOui, si le jugement des pairs le permet , » répondit le roi [îaoo]. L'accusé n'ayant point comparu, les pairs de France le condamnèrent à mort , déclarèrent toutes ses terres situées en France acquises et confisquées au roi. Mais qui étaient ces pairs qui condamnèrent un roi d'Angleterre à mort? ce n'étaient point les ecclésiastiques , lesquels ne peuvent assister à un jugement criminel. On ne dit point qu'il y eût alors à Paris un comte de Tou-

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toute, et jamais oa ne vit aucun acte des pairs signé par ces comtes. Baudoin ix, comte de Flandre, était' alors à Constaatinople, où il briguait les débris de l'empire d'Orient. Le comte de Champagne était mort, et la mecession était disputée. C'était l'accusé lui-même qui était duc de Guienne et de Normandie. L'assemblée des pairs fut composée des hauts barons relevans immédiatement de la couronne. C'est un point très important que nos historiens auraient dû examiner, au lieu de ranger à leur gré des armées en bataille , et de s'appesantir sur les sièges de quelques châteaux qui n'existent plus.

On ne peut douter que l'assemblée des pairs barons français, qui condamne le roi d'Angleterre , ne fût celle-là même qui était convoquée alors à Mclun pour régler les lois féodales , StaéUimentum feudorium. Eudes , duc de Bourgogne, y présidait sous le roi Philippe- Auguste. On ▼oit encore au bas des chartes de cette assemblée les noms d'Hervé, comte de Devers , de Renaud , comte de Boulogne, de Gaucher, comte de Saint-Paul , de Gui de Dampierre; et, ce qui est très remarquable , on n'y trouveauenn grand officier de ia couronne.

Philippe se mit bientôt en devoir de recueillir le fruit du crime du roi son vassal. 11 parait que le roi Jean était du naturel des rois tyrans et lâches. Il se laissa prendre la Normandie , la Guienne , le Poitou, et se retira en Angleterre, où il était haï et méprisé. Il trouva d'abord quelque ressource dans la fierté de la nation anglaise, indignée de voir son roi condamné en France ; mais les barons d'An* gleterre se lassèrent bientôt de donner ne l'argent à un roi qui n'en savait pas user. Pour comble de malheur, Jean se brouilla avec la cour de Rome pour un archevêque de Cantorbéri, que le pape voulait nom* mer de son autorité, malgré les lois, innocent ni , cet homme sous lequel le « saint-siége fut si formidable, mit l'Angleterre en interdit, et défendit à tous les sujets de Jean de lui obéir. Cette fondre ecclésiastique était en effet ter* rible, parce que le pape la remettait entre les mains de Philippe -Auguste , auquel il tranféra le royaume d'Angleterre en héritage perpétuel , l'assurant de la rémission de tous ses péchés, s'il réussissait à s'emparer de ce royaume. 11 accorda même, pour ce sujet, les mêmes

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indulgences qu'a ceux qui allaient à 1* terre sainte. Le roi de France ne publia pas alors qu'il n'appartenait pas au pape de donner des couronnes. Lui-même avait été excommunié quelques années auparavant, en 1199, et son royaume avait aussi été mis en interdit par ce même pape Innocent m , parce qu'il avait voulu changer de femme. Il avait déclaré alors les censures de Rome insolentes et abusives ; il avait saisi le temporel de tont évêque et de tout prêtre assez mauvais français pour obéir au pape. Il pensa tout différemment quand û se vit l'exécuteur d'une bulle qui lui donnait l'Angleterre. Alors il reprit sa femme, dont le divorce lui avait attiré tant d'excommunications , et ne songea qu'à exécuter la sentence de Rome. Il employa une année à foire construire dixsept cents vaisseaux (c'est-à-dire mille sept cents grandes barques), et à préparer la plus belle armée qu'on eût jamais vue en France. La haine qu'on portait en Angleterre au roi Jean valait au roi Philippe encore une antre armée. Philippe-Auguste était prêt à partir; et Jean de son côté fesait un dernier effort pour le recevoir. Tout haï qu'il était d'une partie de la nation, l'éternelle émulation des Anglais contre la France, l'indignation contre le procédé du pape, les prérogatives de la couronne, toujours puissantes, lui donnèrent enfin pour quelques semaines une armée de près de soixante mille hommes à la tête de laquelle il s'avança jusqu'à Douvres pour recevoir celui qui l'avait jugé en France et qui devait le nétrôner en Angleterre.

L'Europe s attendait donc à une bataille décisive entre les deux rois, lorsque le pspe les joua tous deux et prit adroitement pour lui ce qu'il avait donné à Philippe-Auguste. Un sous-diacre son domestique, nommé Pandolfe, légat en France et en Angleterre » consomma cette singulière négociation. IL passe à Douvres, sous prétexte de négocier avec les barons en faveur duroi de France. [iai3] Il voït le roi Jean : 1 Vous êtes perdu, lui dit-il , l'armée française va mettre à la voile , la vôtre va vous abandonner : vous n'aves qu'une ressource; c'est de vous en rapporter entièrement au saintsiège. • Jean y consentit, en fit serment, et seize barons jurèrent la même chose sur l'âme du roi : étrange serment qui les obligeait à faire ce qu'ils ne savaient

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