‹ Dictionnaire historique des événemens remarquablesChapitre 68 sur 183 · JER · texte numérisé non relu

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Romains, que les discours de Jérôme à ses juges. «Il parla, dit-il, comme Socrate, et marcha au bûcher avec autant d'allégresse que Socrate avait bu la coupe 'de ciguë. •

Puisque Poggio a fait cette comparaisoo , qu il me soit permis d'ajouter que Socrate fut eu effet condamné comme Jean Hus et Jérôme de Prague, pour •'être attiré l'inimitié des sophistes et des prêtres de son temps; mais quelle différence entre les mœurs d'Athènes et celles du concile de Constance, entre la coupe d'un poison doux, qui, loin de tout appareil horrible et infime, laissait expirer tranquillement un citoyen au^ milieu de ses amis, et le supplice épouvantable du feu, dans lequel des prêtres , ministres de clémence et de paix, jetaient d'autres prêtres, trop opiniâtres sans doute, mais d'uue vie pure et d'un courage admirable !

( Histoire particuiiére. )

JÉRUSALEM, ville de Syrie. — TUMBE acj pouvoir dbs caoïsas ( 5 juillet 1099.) — On mit le siège devant Jérusalem , dont le calife d'Egypte s'était saisi par ses lieutenans. La plupart des historiens disent que l'armée des assiégeans , diminuée par les combats , par les maladies et par les garnisons mises dans les villes conquises , était réduite à vingt mille hommes de pied et à quinte cents chevaux ; et que Jérusalem , pourvue de tout était défendue par une garnison de quarante mille soldats. On ne manque pas d'ajouter qu'il y avait , outre cette garnison , vingt mille habitans déterminés. 11 n'y a point de lecteur sensé qui ne voie

Su'il n'est guère possible qu une armée e vingt mille hommes en assiège une de soixante mille dans une place fortifiée ; mais les historiens ont toujours voulu du merveilleux.

Ce qui est vrai, c'est qu'après cinq semaines de siège , la ville fut emportée d'assaut, et que tout ce qui n'était pas chrétien fut massacré. L'ermite Pierre, de général devenu chapelain, se trouva a la prise et au massacre. Quelques chrétiens, que les musulmans avaient laissé vivre dans la ville , conduisirent les vainqueurs dans les caves les plus reculées , où les mères se cachaient avec leurs enfans; et rien né fut épargné. Presque tous les historiens conviennent qu'après cette boucherie les chrétiens, tout dégouttant de sang, allèrent en procession

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à l'endroit qu'on dit être le sépulcre de Jésus-Christ , et y fondirent en larmes ( 1099 ). Il est très-vraisemblable qu'ils y donnèrent des marques de religion : ma» cette tendresse , qui se manifesta par des pleurs, n'est guère compatible avec cet esprit de vertige , et de fureur , de débauche et d'emportement. Le même homme peut être furieux et tendre; mais non dans le même temps.

Elinacio rapporte qu'on enferma les juifs dans la synagogue qui leur avait été accordée par les Turcs, et qu'on les y brûla tous. Cette action est croyable après la fureur avec laquelle on les avait exterminés sur la route.

£ 5 juillet 1099] Jérusalem fut prise par les croisés, tandis qu'Alexis Comnène était empereur d'Orient, Henri iv d'Occident, et qu'Urbain 11, chef de l'église romaine , vivait encore. Il mourut avant d'avoir appris ce triomphe de la croisade dont il était l'auteur.

(Estai sw Us montra.)

JKSUITES. — Lsea oaicma (i53y).— L'ordre des jésuites , établi du temps de Luther, demande une attention distinguée. Le monde chrétien s'est épuisé à en dire du bien et du mai. Cette société s'est étendue partout, et partout elle a eu des ennemis. Un très grand nombre de personnes pense que sa fondation était l'effort de la politique , et que l'institut d'In'igo, aue nous nommons Ignace, éjfcait un dessein formé d'asservir les consciences des rois à son ordre , de lé* faire dominer sur les esprits des peuples , et de lui acquérir une espèce de monarchie universelle.

Ignace de Loyola était bien éloigné d'une pareille vue, et ne fut jamais en état de formel de telles prétentions. C'était un gentilhomme biscayen sans lettres, né avec un esprit romanesque, entêté de livres de chevalerie et disposé à l'enthousiasme. Il servait dans les troupes d'Espagne , tandis que les Français , qui voulaient en vain retirer la Navarre des mains de ses usurpateurs , assiégeaient le château de Pampelune. [i5ai] Ignace, qui alors avait près de trente ans, était renfermé dans le château. Il y fut blessé. La Légende Dorée qu'on lui donna à lire pendant sa convalescence, et une vision qu'il crut avoir , le déterminèrent à fa jre le pèlerinage de Jérusalem. Il se dévoua a la mortification. On assure même qu'il passa sept jours et sept nuits

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ger ni boire: chose presque incroyable, qui marque une imagination un peu faible, et un corps extrêmement robuste.

Tout ignorant qu'il était, il prêcha de village en village. On sait le reste de ses aventures ; comment il fit la veille des armes, et s'arma chevalier de la Vierge; comment il voulut combattre un Maure qui avait parlé peu respectueusement de celle dont il était chevalier, et comment il abandonna la chose à la décision de son cheval, qui prit un aulre chemin que celui du Maure. Il prétendit aller prêcher Jes Turos : il alla jusqu'à Venise; mais, fesant réflexion qu'il ne savait pas le latin, langue pourtant assez inutile en Turquie , il retourna à l'âge de trentetrois ans commencer ses études a Salamanque.

L'inquisition l'ayant fait mettre en prison, parce qu'il dirigeait des dévotes, et en I» sait des pèlerines; et n'ayant pu apprendre dans Alcali ni dans Salamanque les premiers rudimens de la grammaire, il alla se mettre en sixième dans Paris, au collège de Montaigu, se soumettant au fouet comme les petits garçons de sa classe. Incapable d'apprendre le latin , pauv re , errant dans Paris et méprisé, il trouva des Espagnols dans le même état; il se les associa : quelques Français se joignirent à eux ; ils allèrent tous à Rome, vers l'an i.r>r.~. se présenter au pape Paul m , en qualité de pèlerins qui voulaient aller à Jérusalem et y former une congrégation particulière.

Ignace et ses compagnons avaient de la vertu; ils étaient désintéressés, mortifiés, pleins de zèle. On doit avouer aussi qu'Ignace brûlait de l'ambition d'être chef d'un institut. Cette espèce de vanité, dans laquelle entre l'ambition de commander, s'affermit dans un cœur par le sacrifice des autres passions, et agit d'autant plus puissamment, qu'elle se joint à des vertus. Si Ignace n'avait pas eu celte passion , il serait entré avec les siens dans l'ordre des théatins que le cardinal Gajetan avait établi. En vain ce cardinal le sollicitait d'entrer dans cette communauté, l'envie d'être fondateur l'empêcha d'être religieux sous un autre.

Les chemins de Jérusalem n'étaient pas sûrs; il fallut rester en Europe.

Ignace, qui avait appris un peu de grammaire , se consacra à enseigner les enfans. Ses disciples remplirent cette vue avec un très grand succès ; mais ce succès

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même fut une source de troubles. Les jésuites curent à combattre des rivaux dans les universités où ils furent reçus; et les villes où ils enseignèrent en concurrence avec l'université furent un théâtre de divisions.

Si le désir d'enseigner, que la charité inspira à ce fondateur, a produit des événemens funestes, l'humilité par laquelle il renonça lui et les siens aux dignités ecclésiastiques, est précisément ce qui a fait la grandeur de son ordre. La plupart des souverains prirent des jésuites pour confesseurs , afin de n'avoir pas un évéché à donner pour une absolution; et la place de confesseur est devenue souvent bien plus importante qu'un siège épiscopal. C'est un ministère secret qui devient puissaut à proportion de la faiblesse du prince.

Enfin Ignace et ses compagnons, pour arracher du pape une bulle d'établissement fort difficile à obtenir, furent conseillés de faire , outre les voeux ordinaires, un quatrième vœu particulier d'obéissance au pape ; et c'est ce quatrième vœu qui dans la suite a produit des missionnaires portant la religion et la gloire du souverain pontife aux extrémités d< la terre. Voilà comme l'esprit du monde le moins politique donna naissance au plus politique de tous les ordres monastiques. En matière de religion , l'enthousiasme commence toujours le bâtiment, mais l'habileté l'achève. (Essai sur (es mœurs.)

— ■ OLVERTLRB DR LEUR COLLKCK ( 5 avril

i56a. ) — Les disciples d'Ignace obtinrent de la protection en France. Guillaume Duprat, évèque de Clermont, liU du cardinal Duprat, leur donna dans Paris une maison qu'ils appellèrcnt le collège de Clermont, et leur légua trentesix mille ëcus par son testament.

[i554] Us se mirent aussitôt à enseigner. L'université de Paris s'opposa à cette nouveauté. L'évêque Eustache de Bellay, à qui le parlement renvoya les plaintes de l'université , déclara que l'institut était contraire aux lois, et dangereux à l'état. [-'.'» avril i56o] Le cardinal de Lorraine, qui les protégeait, obtint des lettres de François 11 au parlement de Paris , portant ordre d'enregistrer la bulle du pape et la patente du roi qui établissaient les jésuites. Le parlement , au lieu d'enregistrer les lettres , renvoya l'affaire à l'assemblée de l'église gallicane. C'était précisément dans le temps du

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colloque de Poissy. Les prélats, qui y étaient assemblés en grand nombre, approuvèrent l'institut sous le nom de société, et non d'ordre religieux, à condition qu'ils prendraient un autre nom que celui de jésuites.

L'université alors leur intenta procès au parlement, après avoir consulté le célèole Charles du Moulin. [ 5 avril 1 56a ] Pierre Versoris plaida po^ur eux , le savant Etienne Pasquier pour l'université. Le parlement rendit un arrêt par lequel , en se remettant à délibérer plus amplement sur leur institut, il leur permettait par provision d'enseigner la jeunesse.

L'introduction des jésuites en France ne servit pas éteindre les feux que la religion avait allumés. Ils étaient , par un vœu particulier, dévoués aux ordres du

ftape; et l'Espagne était le berceau de eur institut; les premiers jésuites établis à Paris furent les émissaires de Philippe n, qui fondait une partie de sa grandeur sur les misères de la France.

( Essai sur tes mœurs. )

— EXEMPLES DES BAXftBES DE LKS A VOIE

roua DiRBCTBUES. (1724.) — Philippe v commençait à être attaqué d'une mélancolie qui, jointe à sa dévotion, le portait à renoncer aux embarras du trône, et à le résigner à son Gis aîné don Louis ; projet qu'en effet il exécuta depuis, en 1724. Il confia ce secret à Daubenton. Ce jésuite trembla de perdre tout son crédit quand son pénitent ne serait plus le maître, et d'être réduit à le suivre dans une solitude. Il révéla au duc d'Orléans la confession de Philippe v, ne doutant pas que ce prince ne fit tout son possible pour empêcher le roi d'Espagne d'abdiquer. Le régent avait des vues contraires : il eût été content que son gendre fût roi, et qu'un jésuj^e qui avait tant gêné son goût dans l'affaire de la constitution, ne fût plus en état de lui

Î prescrire des conditions. Il envoya la ettre de Daubenton au roi d'Espagne. Gc monarque montra froidement la lettre à son confesseur, qui tomba évanoui, et mourut peu de temps après.

Victor-Amédée est le premier prince de l'Europe qui ait renoncé aux confesseurs jésuites , et ôté à ces pères les collèges de ses états. Voici à quelle Occasion. Un jésuite qu'il avait pour confesseur étant tombé malade, Victor allait sonvent le voir ; peu de jours avant de mourir le confesseur le pria de s'approcher de

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lui : « Comblée vos bontés, lui dit-il, je ne puis vofTs marquer ma reconnaissance qu'en vous donnant un dernier conseil , mais si important, que peut-être il suffit pour m'acquitter envers vous.

H'ayex jamais de confesseur jésuite. Ne me demandez point les motifs de ce conseil ; il ne me serait pas permis de vous le dire, a Victor le crut; et, depuis ce temps, il ne voulut plus confier aux jésuites ni sa conscience, ni l'éducation de ses sujets. Nous tenons-ce fait d'un homme aussi véridique qu'éclairé, qui l'a entendu de la bouche même de Victor-Amédée. ( Histoire particulière. )

— lrvb somEgsioir. (1" avril 1769.) — On sait tout ce qu'on reprochait depuis long-temps aux jésuites ; ils étaient regardés en général comme fort habiles, et fort riches, heureux dans leurs entreprises , et ennemis de la nation : ils n'étaient rien de tout cela ; mais ils avaient violemment abusé de leur crédit quand ils en avaient eu. D'autres ordres étaient beaucoup plus opulens; mais ils n'avaient

f>as été intrigans et persécuteurs comme es jésuites, et n'étaient pas détestés comme eux.

On a prétendu que leur général avait eu l'imprudence de rendre de mauvais offices dans Rome à un ambassadeur de France , l'un de ceux qui ont le mieux servi l'état, et dont le génie supérieur devait être plutôt ménage qu'offensé. La conduite du général était d'autant plus maladroite , qu'il savait que le crédit de son ordre ne tenait presque plus à ries ; et il y parut bien dans la suite.

Il y avait depuis 1747 » * la Martinique un jésuite nommé La Valette, supérieur des missions, et dont remploi devait être de convertir les nègres : il aima mieux les faires travailler a ses intérêts que de prendre soin de leur salut. C'était un génie vaste et entreprenant pour le commerce. Il s'associa avee un Juif nommé Isaac, établi à l'île de la Dominique, et eut des correspondances dans toutes les principales villes de l'Europe. Le plus grand de ses correspondans était le jésuite Sacy', procureur général des missions , demeurant dans la maison professe de Paris. Le monopote énorme que fesait La Valette le fit rappeler par le ministère sur les plaintes des habitans des Iles , en 1753 : mais les jésuites obtinrent qu'il fût renvoyé dans son poste! Il n'en coûta à La Valette qu'une promesse par écrit de

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ne le mêler plus que de gagner des asnes , et de oe plus équiper de vaisseaux. Ses supérieurs le nommèrent alors visiteur général et préfet apostolique; et, avec ces titres, il alla continuer sou commerce. Les Anglais le dérangèrent ; ils prirent ses vaisseaux. La Valette et Sacv firent uoe banqueroute plus considérable que la somme qu'ils avaient perdue ; car les effets dont les Anglais s'étaient emparés ne furent pas vendus douze cent mille francs de notre monnaie , et la banqueroute des jésuites fut d'environ trois millions .

Deux gros négocians de Marseille , Gouffre et Lioncy, y perdirent tout d'un coup quinze cent mille livres. Sacy , procureur des missions de Paris eut ordre de son général d'offrir cinq cent mille francs pour les apaiser. II offrit cet argent et ae le donna point; il en employa une

farlie à satisfaire quelques créanciers de tris doat les cris lui paraissaient plus dangereux que ceux qui se fesaient eutendre de plus lofa.

Les deux Marseillais se pourvurent cependant devant la juridiction consulaire ae leur ville. La Valette et Sacy furent condamnés solidairement le 19 novembre 1759. Ma Î8 comment faire payer quinze oent mille francs à deux jésuites? Les mêmes créanciers et quelques autres demandèrent que lasentence fut exécutoire contre toute la société établie en France. Cette sentence fut obtenue par défaut, le >9 mai 1760; mais il était aussi difficile de faire payer la société que d'avoir de l'argent des deux jésuites Sacy et La Valette.

Ce n'était pas, comme on sait la première banqueroute que les jésuites avaient faite. On se souvenait de celle de Sé ville, qui avait réduit cent familles à la mendicité en i644* I|S en avaient été quittes pour donner des indulgences aux familles ruinées , et pour associer à leur ordre les principales et les plus dévotes.

Ils pouvaient appeler de la sentence des consuls de Marseille par devant la commission du conseil établie pour juger tous les diffère ns touchant le commerce de l'Amérique ; mais M. de La Grand'ville-, conseiller d'état -et leur affilié, Qu'ils consultèrent , leur conseilla de plaider devant le parlement de Paris : ils suivirent cet avis , qui leur devint funeste. Cette cause fut plaidée à la graud'ehambre avec la plus grande solennité. L'a-

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.vocat Gerbier se iit, en parlant contre eux , la même réputation qu'autrefois lis Arnaud et les Pasquier.

Après plusieurs audiences, M. Le Pelletier de Saint Fargeau, alors avocat gêné* ral, résuma toute la cause , et fit voir que La Valette, étant visiteur apostolique, et Sacy, procureur général des missions, étaient deux banquiers; que ces deux banquiers étaient commissionnaires du général résidant à Rome ; que ce général était administrateur de toutes les maisons de l'ordre ; et , sur ses conclusions, (a mai 1761) il fut rendu arrêt

{>ar lequel le général des jésuites et toute a société étaient condamnés à restitution, aux intérêts, aux dépens et à cinquante mille livres de dommages.

Le génésal , ne pouvant être contraint , les jésuites de France le furent. Le prononcé fut reçu du public avec de» applaudissemcns et des battemens de main* incroyables. Quelques jésuites, qui avaient eu la hardiesse et la simplicité d'assistée à l'audience, furent reconduits par la populace avec des huées. La joie fut aussi universelle que la haine. On se souvenait de leurs persécutions; et eux-même* avouèrent que le public les lapidait avec les pierres de Port-Royal, qu'ils avaient détruit sous Louis xiv.

Pendant qu'on avait plaidé cette cause, tous les esprits s'étaient tellement échauffés, les anciennes plaintes cootre cette compagnie s'étaient renouvelées si hautement , qu'avant de les condamner pour leur banqueroute, les chambres assemblées avaient ordonné, dès le 17 avril, qu'ils apporteraient leurs constitutions au greffe. Ce fut l'abbé Chauvelin qui le premier dénonça leur institut comme ennemi de l'état, et qui par là rendit un service éternel à la patrie.

Ils obtinrent par leurs intrigues que le roi lui-même se réserverait dans son conseil la connaissance de ces constitutions, en effet le roi ordonna par une déclaration qu'elles lui fussmt apportées. La déclaration fut enregistrée au parlement le 6 auguste; mais le même jour les chambres assemblées firent brûler par le bourreau vingt-quatre gros volumes des théologiens jésuites. Le parlement remit au roi l'exemplaire des constitutions de cet ordre ; mais il ordonna en même temps que les jésuites en apporteraient un autre dans trois jours , et leur défendit de recevoir des novices et de faire dus leçons

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publiques, à commencer au premier, octobre 1761. Us n'obéirent point; il fallut que le toi lui-même leur ordonnât de fermer leurs classes le premier avril 176a; et alors ils obéirent.

Pendant tout le temps que dura cette tempête qu'eux-mêmes avaient excitée, non-seulement plusieurs ecclésiastiques, mais encore quelques membres du parle* ment les rendaient odieux à la nation par des écrits publics. L'abbé Chauvclin fut celui qui se distingua le plus , et qui bâta leur destruction.

Les jésuites répondirent; mais leur»

livres ne firent pas plus d'efTet que les satires imprimées contre eux du temps qu'ils étaient puissans. Tous les parlemens du royaume , l'un après l'autre , dé* c tarèrent leur institut incompatible avec les lois du royaume. Le 6 auguste 176a , le parlement de Paris leur ordonna « de renoncer pour toujours au nom , à l'habit, aux vœux , au régime de leur société ; d'évacuer les noviciats, les collèges, les maisons professes, dans huitaine ;■ leur défendit « de se trouver deux ensemble , et de travailler en aucun temps et de quelque manière que ce fût à leur rétablissement, sous peine d'être déclarés criminels de lèse-majesté. •

( Essai sur ies mœurs. )

JÉSUS- CHRIST. — SB MONTEE AUX fidklbs dk PAïupot. (6 janvier 1771.) — Je vous prie, mou cher lecteur, de jeter un coupd'œil sur le miracle qui vient de s'opérer dans la Basse-Bretagne, dans l'année 1771 de notre ère vulgaire. Rien n'est plus authentique ; cet imprimé est revêtu de toutes les formes légales. Lises:

Récit surprenant sur l'apparition visii Je et miraculeuse de noire Seigneur Jésus- Christ au saint sacrement de Vautci , qui s'est faite, par (a toute-puissance de Dieu , dans l'église paroissiale de Paimpol , pires Trèguier en Basse- Bretagne , le jour des Bois. — Le 6 janvier 1771, jour des Rois , pendant qu'on chantait le salut, on vit des rayons de lumière sortir du saint sacrement , et Ton aperçut à l'instant notre Seigneur Jésus en figure naturelle , qui parut plus brillant que le soleil, et qui fut vu une demi-heure entière, pendant laquelle parut un arc-en-ciel sur le faîte de l'église. Les pieds de Jésus restèrent imprimés sur le tabernacle, où ils se voient encore, et il s'y opère tous les jours plusieurs miracles. A quatre heures du soi» , Jésus ayant disparu de

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desens le tabernacle, le curé de ladite paroisse s'approcha de l'autel, et y trouva une lettre que Jésus y avait laissée : il voulut la prendre ; mais il lui fut impossible de la pouvoir lever. Ce curé , ainsi que le vicaire , en furent avertir monseigneur l'évêque de Trèguier, qui ordonna , dans toutes les églises de la ville, les prières de quarante heures pendant huit jours, durant lequel temps le peuple allait •u foule voir cette sainte lettre. Au bout de la huitaine , monseigneur l'évêque y vint en procession, accompagné de tout le cierge séculier et régulier de la ville, après trois jours de jeûne au pain et à l'eau. La procession étant entrée dans l'église, monseigneur l'évêque se mit à geuoux sur les degrés de l'autel ; et , après avoir demandé à Dieu la grâce de pouvoir lever cette lettre , il monta à l'autel , et la prit sans difficulté : s'étant ensuite tourné vers le peuple , il en fit lecture à haute voix , et recommanda à tous ceux qui savaient lire, de lire cette lettre tous les premiers vendredis de chaque mois ; et à ceux qui ne savaient pas lire , de dire cinq pater et cinq ave en l'honneur des cinq plaies de Jésus-Christ, afin d'obtenir les grâces promises à ceux qui la liront dévotement, et la conservation des biens de la terre. Les femmes enceintes doivent dire, pour leur heureuse délivrance, neuf pater et neuf ave en faveur des âmes du purgatoire , afin que leurs enfans aient le bonheur de recevoir le saint sacrement de baptême.

«Tout le contenu en ce récita été approuvé par monseigneur l'évêque , par monsieur le lieutenant-général de ladite ville de Trèguier, et par plusieurs personnes de distinction, qui se sont trouvées présentes à ce miracle. •

Copie de la lettre trouvée sur l'autel , lors de l'apparition miraculeuse de notre Seigneur Jésus- Christ au très -saint Sacrement de l'autel, l-c jour des Rois 1771. — c Eternité de vie, éternité de châlimens, éternelles délices; rien n'en peut dispenser, il faut choisir un parti, ou celui d'aller à la gloire , ou marcher au supplice. Le nombre d'années que les hommes passent sur la terre dans toutes sortes de plaisirs sensuels et de débauches excessives, d'usurpations, de luxe , d'homicides, de larcins, de médisances, et d'impuretés, blasphémant et jurant mon saint nom en vain , et mille autres crimes , ne permettant pas de souffrir pins long-

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