‹ Dictionnaire historique des événemens remarquablesChapitre 70 sur 183 · JOU · texte numérisé non relu

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Le procès dura près de deux années : fl faut en rapporter ici les suites, pour ne point rompre le fil de cette affaire, et pour faire voir ce que peut la vengeance armée du pouvoir suprême, et colorée des apparences de la justice.

Le cardinal ne se contenta pas de priver le maréchal du droit d'être jugé pat les deux chambres du parlement assemblé , droit qu'on avait déjà violé tant de fois : ce ne fut pas asses de lui donner dans Verdun des commissaires dont 3 espérait de la sévérité. Ces premiers juges ayant , malgré les promesses et les menaces, conclu que l'accusé serait reçu à se justifier, le ministre fit casser l'arrêt : il lui donna d'autres juges, parmi lesquels on comptait les plus violens ennemis de Marillac , et surtout ce Paul Hay du Chastelet , connu par une satire atroce contre les deux frères. Jamais on n'avait méprisé davantage les formes de la justice et les bienséances. Le cardinal leur insulta au point de transférer l'accusé, et de continuer le procès à Ruel , dans sa propre maison de campagne.

11 est expressément défendu par les lois du royaume de détenir un prisonnier dans une maison particulière ; mais il n'y avait point de lois pour la vengeance et pour l'autorité. Celles de l'église ne furent pas moins violées dans ce procès, que celles de l'état et celles de la bienséance. Le nouveau garde des sceaux Châteauneuf , qui venait de succéder au frère de l'accusé, présida au tribunal, où la décence devait l'empêcher de paraître ; et, quoiqu'il fût sous-diacre et revêttt de bénéfices , il instruisit un procès criminel : le cardinal lui fit veuir une dispense de Rome, qui lui permettait de juger à mort. Ainsi, un prêtre verse le sang avec le glaive de la justice ; et il tient ce glaive en France de la main d'un autre prêtre qui demeure au fond de l'Italie.

Ce procès fait bien voir que la vie des infortunés dépend du désir de plaire aux hommes puissans. 11 fallut rechercher toutes les actions du maréchal. [i63i] On déterra quelques abus dans l'exercice de son commandement, quelques anciens profits illicites et ordinaires, faits autrefois par lui ou par ses domestiques dans la construction de la citadelle de Verdun : « Chose étrange , disait-il à ses juges , qu'un homme de mon rang soit persécuté avec tant de rigueur et d'injustice ! il, ne s'agit dans tout mon procès

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3 M de fcin, de paille, de piètre et d« baux, •

Cependant ce général, chargé de blessures et de quarante année* de services, fut condamné à la mort «oui le même roi qui avait donné des récompenses à trente sujets rebelles.

Pendant les premières instructions de.

oe procès étrange, le cardinal fait donner ordre à Bcringhen de sortir du royaume. Il met en prison tous ceux qui ont voulu lui nuire ou qu'il soupçonne. Ton» (es ces cruautés , et en même temps toutes ces petitesses de la vengeance * ne semblaient pas faites pour une grande âme occupée de la destinée de l'Europe.

{Essoi sur Us Mœurs.) JULES II, pape. — torde sai*t-jiesib du bohb. — L'ouvrage qui donna quelque supériorité à Rome moderne sur l'ancienne, fut la coupole de Saint-Pierre dt Rome. Il oe restait dans ie monde que

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Irais monumeu* antiques de ce genre, line partie du dôme du temple de Minerve dans Athènes, celui du Panthéon à Rome, et celui de la grande mosquée de Constantinoplc , autrefois Sainte-Sophie, ouvrage de Justinicn. Mais ces coupoles , asses élevées dans l'intérieur, étaient trop écrasées au dehors. Le Bruneleschi , qui rétablit l'architecture en Italie» au quatorzième siècle , remédia à ce défaut par un coup de l'art , en établissant deux coupoles 1 une sur l'autre, dans la cathédrale de Florence; mais ces coupoles tenaient encore un peu du gothique , et n'étaient pas dans les nobles proportions. Michel- Ange Buonaroti, peintre, seulpt eur , et architecte, également célèbre dans ces trois genres, donna , dès le temps de Jules 11, le dessin des deux dômes de Saint-Pierre; et Sixte-Quint tit construire, en vingt deux mois, cet ouvrage dont rien n'approche. ( Essai sur les mœurs. )

&AT. (Voyez Frédéric- CuiUautm.) KBIT. (Voyez Frédéric- Guillaums.)

LA BARRE, (le chevalier de) — sa

COU DAMNATION ET SA MORT. (l*r juill. I 766.)

- Il y avait dans Abbeville , petite cité de Picardie , une abbesse, fille d'un conseiller d'état très estimé; c'est une dame aimable» de mœurs très régulières , d'une humeur douce et enjouée , bienfesante , et sage sans superstition.

Un habitant d'Abbcville, nommé Belleval, âgé de soixante ans, vivait avec elle dans une grande intimité , parce qu'il était chargé de quelques affaires du couvent ; il est lieutenant d'une espèce de petit tribunal qu'on appelle Y élection , si on peu t. donner le nom de tribunal à une compagnie de bourgeois uniquement préposés pour régler l'assise de l'impôt appelé la taille. Cet homme devint amoureux de l'abbessc , qui ne le repoussa d'abord qu'avec sa douceur ordinaire , mais qui fut ensuite obligée de marquer son aversion et son mépris pour ses importances trop redoublées.

Elle fit venir chez elle dans ce tempsla, on J754, le chevalier de La Barre ,

son neveu, petit-fils d'un lieutenant- général des armées , mais dont le père avait dissipé une fortune de plus de quarante mille livres de rente : elle prit soin de ce jeune homme comme de son fils , et elle était près de lui faire obtenir une compagnio de cavalerie { il fut logé dans l'extérieur du couvent, et madame sa tante lui donnait souvent à souper, ainsi qu'à quelques jeunes ger«s de ses amis. Le sieur Belleval, exclu de ces soupers , se vengea en suscitant à l'abbesse quelques affaires d'intérêt.

Le jeune La Barre prit vivement le parti de sa tante, et parla a cet homme avec une hauteur qui le révolta entièrement. Belleval résolut de se venger ; il sut que le chevalier de La Barre et le jeune d'EtalIonde, fils du président de l'élection , avaient passé devant une procession sans ôter leurs chapeaux ; c'était au mois de juillet 176S. Il chercha dès ce moment a faire regarder cet oubli momentané des bienséances comme une insulte préméditée faite à la religion. Tan

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dis qu'il ourdissait secrètement cette trame, il arriva malheureusement que, le 9 auguste de la même année , on s'aperçut que le crucifix de bois posé sur le pont neuf d'Abbeville était endommagé , et'l'on soupçonna que des soldats ivres avaient commis cette insolence impie.

Malheureusement l'évêque d'Amiens , étant aussi évêque d'Abbeville , donna à cette aventure une célébrité et une importance qu'elle ne méritait pas. Il fit lancer des monitoires; il vint faire une procession solennelle auprès de ce crucifix, et on ne parla dans Abbeville que de sacrilèges pendant une année entière. Ou disait qu'il se formait une nouvelle secte qui brisait tous les crucifix , qui jetait parterre toutes les hosties, et les perçait à coups de couteau. On assurait qu'elles avaient répandu beaucoup de sang. II y eut des femmes qui crurent en avoir été témoins. On renouvela tous les contes calomnieux répandus contre les Juifs dans tant de villes de l'Europe.

Le sieur Belleval, voyant les esprits échauffés , confondit malicieusement ensemble l'aventure du crucifix et celle de la procession , qui n'avaient aucune connexité. 11 rechercha toute la vie du chevalier de La Barre : il fit venir chez lui valets , servantes, manœuvres; il leur dit d'un ton d'inspiré qu'ils étaient obligés, en vertu des monitoires, de révéler tout ce qu'ils avaient pu apprendre à la charge de ce jeune homme : ils répondirent tous qu'ils n'avaient jamais entendu dire que le chevalier de La Barre eût la moindre - part à l'endommagement du crucifix.

On ne découvrit aucun indice touchant cette mutilation , et même alors il parut fort douteux que le crucifix eût été mutilé exprès. On commença a croire ( ce qui était assez vraisemblable ) que quelque charette chargée de bois avait causé cet accident.

« Mais, dit Bellcval à ceux qu'il voulait faire parler, si vous n'êtes pas sûrs que le chevalier de La Barre ait mutilé un crucifix en passant sur le pont, vous savez au moins que cette année , au mois de juillet , il a passé dans une rue avec deux de ses amis à trente pas d'une procession, •ans ôter son chapeau. Vous avez ouï dire qu'il a chanté une fois des chansons libertines, vous êtes obligés de l'accuser sous peînc de péché mortel. »

Après les avoir ainsi intimidés, il alla

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lui-même chez le premier juge de la sénéchaussée d'Abbeville. Il y déposa contre son ennemi ; il força ce juge à entendre les dénonciateurs. ^

La procédure une fois commencée , il y eut une foule de délations. Chacun disait ce qu'il avait vu ou cru voir, ce qu'il avait entendu ou cru entendre. Mais quel fut , monsieur, l'étonncment de Belleval lorsque les témoins qu'il avait suscités lui-même contre le chevalier de La Barre, dénoncèrent son propre fils comme un des priucipaox complices des impiétés secrètes qu'on cherchait à mettre an grand jour 1 Belleval fut frappé comme d'un coup de foudre : il fit incontinent évader son fils ; mais, ce que vous croirex a peina, il n'en poursuivit pas avec moins de chaleur cet affreux procès.

Voici quelles sont les charges.

Le i3 auguste ij65 , six témoins déposent qu'ils ont vu passer trois jeunes gens à trente pas d'une procession ; que les sieurs de La Barre et d'Etallonde avaient leur chapeau sur la tête, et le sieur fcfoinel le chapeau sous le bras.

Dans une addition d'information, une Elisabeth Lacrivel dépose avoir entendu dire à un de ses cousins , que ce cousin avait entendu dire au chevalier de La Barre qu'il n'avait pas ûté son chapeau.

Le a6 septembre , une femme du peuple nommée Ursule Gondalier, dépose qu'elle a entendu dire que le chevalier de La Barre, voyant une image de saint Nicolas en plâtre chez la sœur Marie, tourière du couvent, il demanda à cette tourière si elle avait acheté cette image pour avoir celle d'un homme chez elle.

Le nommé Beauvalet dépose que le chevalier de La Barre à proféré un mot impie en parlant de la vierge Marie.

Claude, ditSélincour t témoin unique, dépose que l'accusé lui a dit que les commandemens de Dieu ont été faits par des prêtres; mais à la confrontation l'accusé soutient que Sélincourest un calomniateur, et qu'il n'a été question que des commandemens de l'église.

Le nommé Héquct , témoin unique , dépose que l'accusé lui a dit ne pouvoir comprendre comment on avait adoré un dieu de pâte. L'accusé , dans la confrontation , soutient qu'il a parlé des Egyptiens.

Nicolas La Vallée dépose qu'il a entendu chanter au chevalier de La Barre

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deux cba usons libertines de corps - degarde. L'accusé avoue qu'un jour, étant ivre, il les a chantées avec le sieur d'Etallonde sans savoir ce qu'il disait ; que dans cette chanson on appelle à la vérité sainte Marie- Madeleine putain , mais qu'avant sa conversion elle avait mené une vie débordée : il est convenu d'avoir récité YOde à Priape du sieur Piron.

Le nommé Héquct dépose encore , dans uue addition , qu'il a vu le chevalier de La Barre faire une petite génuflexion devant les livres intitulés : Thérèse philosophe, la Tourière des Carmélites, et le Portier des Chartreux. Il ne désigne aucun autre livre; mais, au recolement et à la confrontation , il dit OjU'il n'est pas sûr que ce fût le chevalier de La Barre qui fit ces génuflexions.

Enfin , le premier juillet de cette année, se fit dans Abbeville celte exécution trop mémorable : cet enfant lut d'abord appliqué à la torture. Voici quel est ce genre de tourment.

Les jambes du patient sont serrées entre des ais ; on enfonce des coins de fer ou de bois entre les ais et les genoux ; les os en sont brisés. Le chevalier s'évanouit, mais il revint bientôt à lui , à l'aide de quelques liqueurs spiritueuses , et déclara, sans se plaindre , qu'il n'avait point de complices.

On lui donna pour confesseur et pour assistant un dominicain , ami de sa tante l'abbesse, avec lequel il avait souvent soupé dans le couvent. Ce bon homme pleurait, et le chevalier le consolait. On leur servit à dîner.'Le dominicain ne pouvait manger. «Prenons un peu de nourriture, lui dit le chevalier : vous aurez besoin de force autant que moi pour soutenir le spectacle que je vais donner. »

Le spectacle en effet était terrible : on avait envoyé de Paris cinq bourreaux pour cette exécution. Je ne puis dire en effet si on lui coupa la langue et la main. Tout ce que je «ais par les lettres d'Abbeville , c'est qu'il monta sur l'échafaud avec un courage tranquille , sans plainte , sans co< 1ère et sans ostentation : tout ce qr.M dit au religieux qui l'assistait se réduit à ces paroles : «Je ne croyais pas qu'on put faire mourir un jeune gentilhomme pour êi peu de chose. »

11 serait devenu certainement un excel-

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lent officier : il étudiait la pierre par prin" cipes; il avait fait des remarques sur quel ques ouvrages du roi de Prusse et du maréchal de Saxe, les deux pie» grand»

généraux de l'Europe.

Les juges disent que la politique les a forcés à en user ainsi. Quelle politique imbécille et barbare ! ah ! quel crime horrible contre la justice, de prononcer un jugement par politique, surtout un jugement de mort ! et encore de quelle mort '.

L'attendrissement et l'horreur qui me saisissIR ne me permettent pas d'en dire davantage. (Mélanges philosophiques.)

LA FORCE, maréchal de France, — sa mobt. (a5 août 1573.) — Deux jours avant la Saint-Barthclcmi , le roi avait ordonné au parlement «le relâcher un officier qtii était prisonnier à la Conciergerie; le parlement n'en ayant rien fait, le roi avait envoyé quelques-uns de .ses gardes enfon cer les portes de la prison, et tirer de force le prisonnier. Le lendemain le parlement vint faire ses remontrances au roi : tous ces messieurs avaient mis leurs bra« en écharpe, pour faire voir à Charles ix qu'il avait estropié la justice» Tout cela avait fait beaucoup de bruit ; et, au commencement du massacre, on persuada d'abord aux Huguenots que le tumulte qu'ils entendaient venait d'une sédition excitée dans le peuple à l'occasion de l'affaire du parlement.

Cependant un maquignon, qui avait vu le duc de Cuise entrer avec des Satcl lites chez l'amiral de Coligny , et qui , se glissant dans la foule, avait été témoin de l'assassinat de ce seigneur, courut aussitôt en donner avis au sieur de Caumont de La Force, à qui il avait vendu dix chevaux huit jours auparavant.

La Force et ses deux fils logeaient au faubourg Saint-Germain , aussi bien que plusieurs calvinistes. 11 n'y avait point encore de pont qui joignît ce faubourg à la ville. On s'était saisi de tous les bateaux par ordre de la rour, pour faire passer les assassins dans le faubourg. Ce maquignon se jette a la nage, passe à l'autre bord , et avertit M. de La Force de son danger. La Force était déjà sorti de sa maison; il aurait encore eu le temps de se sauver : mais voyant que ses en fan* ne venaient pas, il retourna les chercher. A peine est-il rentré chez lui que les assassins arrivent : un nommé Martin à leur tète entre dans sa chambre , le désarme lui et ses deux enfans , et lui d'.t avec du

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