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v.ns pouvoir n'a presque jamais pu garder entre deux grandes puissances. Il a procuré à ses peuples l'abondance qu'ils ne connaissaient plus. Sa noblesse, réduite à la dernière misère , a été mise dans l'opulence par ses seuls bienfaits. Voyait-il la maison d'un gentilhomme en ruine, il la fesait rebâtir à ses dépens : il payait leurs dettes; il mariait leurs filles ; il prodiguait des présens , avec cet art de douner, qui est encore au-dessus des bienfaits : il mettait dans ses dons la magnificence d'un prince et la politesse d'un ami. Les arts, en honneur dans sa petite province , produisaient une circulation nouvelle qui fait la richesse des états. Sa cour était formée sur celle de France. On ne croyait presque pas avoir changé de lieu, quand on passait de Versailles à Lunéville. A l'exemple de Louis xiv, il fesait fleurir les belleslettres. 11 a établi dans Lunéville une espèce d'université sans pédantisme, où la jeune noblesse d'Allemagne venait se former. On y apprenait de véritables sciences, dans des écoles où la physique était démontrée aux yeux par des machines admirables. Il a cherché les talens jusque dans les boutiques et dans les forêts , pour les mettre au jour, et les encourager. EnCn, pendant tout son règne, il ne s'est occupé que du soin de procurer à sa nation de la tranquillité, des richesses , des connaissances et des plaisirs. «Je quitterais demain ma souveraineté , disait il, si je ne pouvais faire du bien. » Aussi a-t-il goûté le bonheur d'être aimé; et j'ai vu, long-temps après sa mort, ses sujets venter des larmes en prononçant son nom. Il a laissé, en mourant, son exemple à suivre aux plus grands rois, et il n'a pas peu servi à préparer à son fils le chemin du trône de l'Empire.
( Essai sur ies mœurs ).
LÉPANTE. (combat naval de) 5 octobre i5-i. — Les Vénitiens, après la perte de 1 île de Chypre, commerçant toujours avec les Turcs, et osant toujours être leurs ennemis, demandaient des secours à tous les princes chrétiens que l'intérêt commun devait réunir. C'était encore l'occasion d'une croisade ; mais vous avez déjà vu qu'à force d'en avoir fait autrefois d'inutiles, on n'en fesait point de nécessaires. Le pape Pie v fit bien mieux que de prêcher une croisade ; il eut le courage de faire la guerre à l'empire ottoman , en se liguant avec les Vénitiens et le roi d'Espagne, Philippe u. Ce fut la
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première fois qu'on vit l'étendard des deux clefs déployé contre le croissant , et les galères de nome affronter Ks galères ottomanes. Cette seule action du pape, par laquelle il finit sa vie, doit consaerer sa mémoire. Il ne faut, pour connaître ce pontife , s'en rapporter à aucun de ces portraits colorés par la flatterie, ou noircis parla malignité, ou crayonnés parle bel esprit. Ne jugeons jamais des hommes que par les faits. Pie v, dont le nom était Ghislcri , fut un de ces hommes que le mérite et la fortune tirèrent de l'obscurité pour les élever à la première place du christianisme. Son ardeur à redoubler la sévérité de l'inquisition , le supplice dont il fit périr plusieurs citoyens, montrent qu'il était superstitieux , cruel et sanguinaii ••. Ses intrigues pour faire soulever l'Irlande contre la reine Elisabeth, la chaleur avec laquelle il fomenta les troubles de la France, la fameuse bulle In cœnâ Domini y dont il ordonna la publication toutes les années , font voir que son zèle pour la grandeur du saint-siége n'était pas conduit par la modération. 11 avait été dominicain : la sévérité de son caractère s'était fortifiée par la dureté d'esprit qu'on puise dans le cloître. Mais cet homme élevé parmi les moines eut , comme Sixte- Quint , son successeur, des vertus royales : ce n'est pas le trône , c'est le caractère qui les donne. Pie v lut le modèle du fameux Sixte-Quint ; il lui donna l'exemple d'amasser, en peu d'années , des épargnes ;.»» /. considérables pour faire n garder le saint-siége comme une puissance.
Ces épargnes lui donnaient de quoi mettre en mer des galères. Son zèle sollicitait tous les princes chrétiens , mais il ne trouvait qu ! tiédeur ou impuissance. Il s'adressait en vain au roi de France, Charles ix, à l'empereur Maximilien, au roi de Portugal, dom Sébastien, au roi de Pologne, Sigismond II.
Charles ix était allié des Turcs , et n'avait point de vaisseaux à donner. L'em percur Maximilien u craignait les Turcs; il manquait d'argent ; et, ayant fait une trêve avec eux, il n'osait la rompre. Le roi dom Sébastien était encon- trop jeune pour exercer ce courage qui depuis le fit pérircn Afrique. La Pologne était éptltt !« par une guerre avec les Ilusses, et Sigismond, son roi, était dans une vieillesse languissante. Il n'v eut donc que Philippe ri qui entra dans les vues du pape. Lui seul, de tous les mis catholique*.
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était assee riche pour faire les plus grands frais de l'armement nécessaire; lui seul pouvait , par lés arrangemens de son administration , parvenir à l'exécution prompte de ce projet. Il y était principalement intéressé par la nécessité d'écarler les flottes ottomanes de ses états d'Italie, et de ses places d'Afrique; et il se liguait avec les Vénitiens , dont il fut toujours l'ennemi secret en Italie , contre les Turcs qu'il craignait davan tage*
Jamais grand armement ne se fit aveo tant de célérité. Deux cents galères, six grosses galéassés , vingt-cinq vaisseaux de guerre, avec cinquante navires de charge , furent prêts dans les ports dé la Sicile , en septembre , cinq mois après ta prise de lllè de Chypre. Philippe u avait, fourni la moitié de l'armement. Les Vénitiens furent chargés des deux tiers de l'autre moitié, et le reste était fourni par le pape. Don Juan d'Autriche, ce célèbre bâtard de Charles-Quint , était le général de la flotte. Marc-Antoine Colonne commandait après lui au nom du pape.
Cette maison Colonne , si long-temps ennemie des pontifes, était devenue l'appui de leur grandeur. Sébastien Veniero, que nous nommons Venier, était général de là mer pour lés Vénitiens. Ily avait eu trou doges dans sa maison, et aucun d'eux n'eut autant de réputation que lui. Barbarigo, dont la maison n'était pas moins célèbre à Vedise , était provéditeur, c'està-dire, intendant de la flotte. Malte envoya trois de ses galères , et ne pouvait .en fournir davantage. Il ne faut pas compter Gènes, qui Craignait plus Philippe 11 que Sélim , et qui n'envoya qu'une galère.
Cette armée navale portait, disent les historiens, cinquante mille combattans.
On ne voit guère que des exagérations dans des récits de bataille. Deux cent six galères et vingt-cinq vaisseaux ne pouvaient être armés, tout au plus, que de vingt mille hommes de combat. La seule flotte ottomane était plus forte que les trois escadres chrétiennes. On y comptait environ deux cent cinquante galères. Les deui armées se rencontrèrent dans le golfe de Lépantc , l'ancien Naupactus , non loin de Corinthe. Jamais , depuis la bataille d'Actium , les mers de la Grèce n'avaient vu ni une flotte si nombreuse , ni une bataille si mémorable. Les galères ottomanes étaient manœuvrées par dés esclaves chrétiens, et les galères chré-