‹ Dictionnaire historique des événemens remarquablesChapitre 76 sur 183 · LEP · texte numérisé non relu

LEP

tiennes par des esclaves turcs, qui tous

servaient malgré eux contre leur patrie*

Les deux flottes se choquèrent avec toutes les armes de l'antiquité , et toutes les modernes , les flèches , les longs javelots , les lances à feu, les grappins, les canons, les mousquets, les piques et les sabres. On combattit corps â corps sur la plupart des galères accrochées , comme sur un champ de bataille. [5 octobre 1 571] Les chrétiens remportèrent une victoire d'autant plus illustre que c'était la première de cette espèce.

Don Juan d'Autriche et Veniero, l'amiral des Vénitiens, attaquèrent la capitaine ottomane que montait l'amiral des Turcs, nommé Ali. H. fut pris avec sa galère , et on lui fit trancher la tête , qu'on arbora sur son propre pavillon. C était abuser du droit de la guerre ; mais ceux qui avaient écorché Bragadino dans Famagouste, ne méritaient pas un autre Iraitèment. Les Turcs perdirent plus de cent cinquante bâtimens dans cette journée.

11 est difficile de savoir Le nombre des morts : on le fesait monter à près de quinze mille : environ cinq mille esclaves chrétiens furent délivrés. Venise signala cette victoire par des l'êtes qu'elle seule savait alors donner. Constantinople fat dans la consternation. Le pape Pie v, en apprenant cette grande victoire, qu'on attribuait surtout à don Juan , le çéné-' ralissime, mais à laquelle lés Vénitiens avaient eu la plus grande part, s'écria : • Il fut un hommeenvoyé de Dieu, nommé Jean» ; paroles qu'on appliqua depuis à Jean Sobieski , roi de Pologne, quand il délivra Vienne. '

Don Jùan d'Autriche acquit tout d'un coup la plus grande réputation dont jamais capitaine ait joui. Chaque nation moderne ne compte que ses héros, et né-' glige ceux des autres peuples. Don Juan, comme vengeur de la chrétienté, était le héros de toutes les nations ; on le comparait à Charles-Quint, son père, à qui d'ailleurs il ressemblait plus que Philippe. U mérita surtout celte idolâtrie des peu* pies, lorsque deux ans après il prit Tunis comme Charles-Quint , et fit, comme lui, un roi africain tributaire d'Espagne. Mais quel fut le fruit de la bataille de Lépan te, et de la conquête de Tunis? Lés Vénitiens ne gagnèrent aucun terrain eur. les Turcs, et l'amiral de Sélim «n reprit sans peine le royaume de Tunis C**>743 • tous les chrétiens y furent égorgés. Il se m*

Page 1