LIT
testèrent contre cet é dit de Spire : ce fut cette protestation qui fit donner depuis a tous les ennemis de Rome le nom de protestant. Luthériens, zuingliens, œcolampadieus, carlostadicns , calvinistes, presbytériens , puritains , haute église anglicane, petite église anglicane, tous sont désignés aujourd'hui sous ce nom. C'est une république immense, composée de factions diverses , qui se réunissent toutes contre Rome leur ennemie commune.
[i53o] Les luthériens présentèrent leur confession de foi dans Augsbourg ; et c'est cette confession qui devint leur boussole; le tiers de l'A llemagnr v adhérait , les princes de ce parti se bguaient déjà contre l'autorité de Charles -Quint, ainsi que contre Rome ; mais le sang ne coulait point encore dans l'Empire pour ia cause de Luther; il n'y eut que les anabaptistes qui, toujours transportés de leur rage aveugle , et peu intimidés par l'exemple de leur chef Munccr , désolèrent l'Allemagne au nom de Dieu. [i5&4] Le fanatisme n'avait point encore produit dans le monde une fureur pareille ; tous ces paysans, qui se croyaient prophètes, et qui ne savaient rien de l'Ecriture, sinon qu'il faut massacrer sans pitié les ennemis du seigneur , se rendirent les
f>lu8 forts en Westpfaalie, qui était alors a patrie (Je la stupidité ; Us s'emparèrent de la ville de Munster, dont ils chassèrent l'évêque. Ils voulaient d'abord établir la théocratie des Juifs, et être gouvernés par Dieu seul; mais un nommé Matthieu, leur principal prophète , ayant été tué , un garçon tailleur , nommé Jean de Leyde , né à Leyde en Hollande , assura que Dieu lui était apparu , et l'avait nommé roi : il le dit et le fit croire.
La pompe de son couronnement fut magnifique. On voit encore de la monnaie qu 11 fit frapper; ses armoiries étaient deux épées dans la même position que les clefs du pape. Monarque et prophète à la fois, il fit partir douze apôtres qui allèrent annoncer son règne dans toute la Basse- Allemagne. Tour loi, à l'exemple des rois d'Israè'l , il voulut avoir plusieurs femmes, et en épousa jusqu'à dix à la fois. L'une d'elles ayant parlé contre son autorité, il lui trancha la tête en présence des autres qui, soit par crainte , soit par fanatisme, dansèrent avec lui autour du cadavre sanglant de leur compagne.
Ce roi prophète eut une vertu qui n'est pas rare chez les bandits et chez les ty-
rans, la valeur : il défendit Munster contre son évêque Valdec avec un courage intrépide pendant une année entière; et , dans les extrémités où le réduisait la famine, il refusa tout accommodement.
[i536] Enfin, il fut pris, les armes à la maiu , par une trahison des siens. Sa 'Captivité ne lui ôta rien de son orgueil inébranlable. L'évêque lui ayant demandé comment il avait osé se faire roi , le prisonnier lui demanda à son tour de quel droit l'évêque osait être seigneur temporel : ■ J'ai été élu par mon chapitre, » dit le prélat ; • Et moi , par Dieu même , » reprit Jean de Leyde. L'évêque, après l'avoir quelque temps montré de ville en ville , comme on fait voir un monstre , le fit tenailler avec des tenailles ardentes. L'enthousiasme anabaptiste ne fut point éteint par le supplice quë ce roi et ses complices subirent. Leurs frères des Pays- Bas furent snr le point de surprendre Amsterdam. On extermina ce qu'on trouva de conjurés : et, dans ces temps-là , tout ce qu'on rencontrait d'anabaptiste»
dans les Provinces -Unies était traité comme les Hollandais l'avaient été par les Espagnols; on les noyait, on les étranglait, on les brûlait; conjurés ou non, tumultueux ou paisibles* on courut partout sur eux dans toute la Basse-Allemagne comme sur des monstres dont il fallait purger la terre. (Essai sur Us Mœurs.)
LIT DE JUSTICE. — pbkmi sa qck Tiiirr lk aoi db rasaca, chablbs ix su i563. — Charles ix, ayant atteint l'âge de treize ans et un jour, vint tenir son Ut de justice, non pas au parlement de Paris, mais à celui de Rouen; et, ce qui est remarquable , sa mère, en se démettant de sa régence, se mit à genoux devant lui.
11 se passa à cet acte«de majorité une scène dont il n'y avait point d exemple. Odet de Châtillon, cardinal, évêque de Beauvais , s'était fait protestant comme son frère , et s'était marié. Le pape l'avait rayé du nombre des cardinaux ; lui-même avait méprisé ce titre: mais, pour braver le pape, il assista à la cérémonie en habit de cardinal ; sa femme s'asseyait chez le roi et la reine, en qualité de femme d'un pair du royaume, et on la nommait indifféremment madame ia comtesse de Beauvais , et madame ia cardinale. Ce qui est très remarquable, c'est qu'il n'était ni le seul cardinal ni le seul évêque qui fût marié en secret. Le cardinal du JBelley avait épousé madame de CUâttt-
Ion, à ce que rapporte Brantôme, qui ajoute que personne n'en doutait.
(Essai sur les mœurs) .
LOTHAIRE, roi de France. — «on double divohcb, en 862. Souvenons-nous avec quelle prudence les papes se conduisirent sous Pépin et sous Cbarlcmagne, comme ils assoupirent habilement les querelles de religion , et comme chacun d'eux établit sourdement les fondcmens de la grandeur pontificale.
Leur pouvoir était déjà très grand , puisque Grégoire iv rebâtit le port d'Ostic, et que Léon îv fortifia Rome à ses dépens; mais tous les papes ne pouvaient être de grands hommes, et toutes les conjonctures ne pouvaient leur être favorables. Chaque vacance de siège causait les mêmes troubles que l'élection d'un roi en produit en Pologne. Le pape élu avait à ménager à la fois le sénat romain, le peuple et l'empereur. La noblesse romaine avait grande part au gouvernement : elle élisait deux consuls tous les ans. Elle créait un préfet, qui était une espèce de tribun du peuple. Il y avait un tribunal de douze sénateurs ; et c'étaient ces sénateurs qui nommaient les principaux officiers du duché de Rome.
Ce gouvernement municipal avait tantôt plus, tantôt moins d'autorité. Les papes avaient à Rome plutôt un grand crédit qu'une puissance législative.
S'ils n étaient pas souverains de Rome, ils ne perdaient aucune occasion d'agir en souverains de l'église d'Occident. Les évéques se constituaient juges des rois, et les papes juges des évéques. Tant de conflits d'autorité, ce mélange de religion , de superstition , de faiblesse , de méchanceté dans toutes les cours., l'insuffisance des lois , tout cela ne peut être mieux connu que par l'aventure du mariage et du divorce de Lothaire, roi de Lorraine, neveu de Charles-le Chauve.
Charlemagne avait répudié une de ses femmes, et en avait épousé une autre, non seulement avec l'approbation du pape Etienne, mais sur ses pressantes sollicitations. Les rois francs, Contran , Caribert, Sigebert, Chilpéric, Dagobert, avaient eu plusieurs femmes à la fois, sans qu'on eût murmuré; et si c'était un scandale , il était sans trouble : le temps change tout. Lothaire marié avec Teutberge, fille d'un duc de la Bourgogne Transjurana, prétend la répudier pour un inceste Avec son frére , dont elfe est
accusée, et épouser sa maîtresse Valrade* Toute la suite de cette aventure est d'une singularité nouvelle. D'abord la reine Teut berge se justifie par l'épreuve de l'eau bouillante. Son avocat plonge la main dans un vase, au fond duquel il ramasse impunément un anneau béni.
Le roi se plaint qu'on a employé la fourberie dans cette épreuve. Il est bien sûr que, si elle fut faite , l'avocat de la reine était instruit d'un secret de préparer la peau à soutenir l'action de l'eau bouillante. Aucune académie des sciences n'a de nos jours tenté de connaître, sur ces épreuves, ce que savaient alors les charlatans.
[86a] Le succès de cette épreuve passait pour un miracle, pour le jugement de Dieu même; et cependant Teut berge, que le ciel justifie, avoue a plusieurs évéques, eu présence de son confesseur, qu'elle est coupable. 11 n'y a guère d'apparence qu'un roi qui voulait se séparer de sa femme sur une imputation d'adultère , eût imaginé de l'accuser d'un in» ceBte avec son frère, si le fait n'avait pas été public. On ne va pas supposer un crime si recherché , si rare , si difficile à prouver : il faut d'ailleurs que , dans ces temps-là , ce qu'on appelle aujourd'hui honneur ne fût point du tout connu. Le roi et la reine se couvrent tous deux de honte , l'un par son accusation , l'autre par son aveu. Deux conciles nationaux sont assemblés , qui permettent le divorce.
Le pape Nicolas ier. casse les deux conciles. Il dépose Gontier , archevêque de Cologne, qui avait été le plus ardent dans l'affaire du <fivorce. Gonlier écrit aussitôt à toutes les églises : • Quoique le seigneur Nicolas, qu'on nomme pape, et qui se compte pape et empereur, nous ait excommunié , nous avons résisté a sa folie. » Ensuite dans son écrit , «'adressant au pape : « Nous ne recevons point, dit-il, votre maudite sentence ; nous la méprisons ; nous vous rejetons vous même de notre communion , nous contentant de celle des évéques , nos frères , que vous méprises, etc. »
Un frère de l'archevêque de Cologne portalui-méme cette protestation à Rome, et la mil, l'épée à la main, sur le tombeau où les Romains prétendent que reposent les cendres de saint Pierre. Mais bientôt après , l'état politique des affaires ayant enangé , ce même archevêque changea
aussi. Il vint au mont Cassin ae jeter aux genoux du pape Adrien n , successeur de Nicolas. « Je déclare , dit-il, devant Dieu et devant ses saints , à vous , monseigneur Adrien, souveraio pontife, aux évêques oui vous sont soumis, et à toute rassemblée , que je supporte humblement la sentence de déposition donnée canoni-quement contre moi par le pape Nicolas, etc. » On sent combien un exemple de cette espèce affermissait la supériorité de l'église romaine ; et les conjonctures rendaient ces exemples fréquens.
Ce même Nicolas i«r excommunie la seconde femme de Lothaire , et ordonne à ce prince de reprendre là. première.
Toute l'Europe prend part à ces événemens. L'empereur Louis u, frère de Charles-le-Cbauve, et oncle de Lothaire, se déclare d'abord violemment pour son neveu contre le pape. Cet empereur, qui résidait alors en Italie , menace Nicolas Ier; il y a du sang répandu, et l'Italie est en alarmes. On négocie, on cabale de tous côtés. Teut berge va plaider à Rome; Valrade, sa rivale, entreprend le voyage, et n'ose l'achever. Lothaire excommunié s'y transporte , et va demander pardon à Adrien, successeur de Nicolas, dans la crainte où il est que son oncle le Chauve , armé contre lui au nom de l'église , ne s'empare de son royaume de Lorraine. Adrien u, en lui donnant la communion dans Rome , lui fait jurer qu'il n'a point usé des droits du mariage avec Valrade , depuis l'ordre que le pape Nicolas lui avait donné de s'en abstenir. Lothaire fait serment ,. communie et meurt quelque temps après. Tous les historiens ne manquent pasXle dire qu'il est mort en punition de son parjure , et que les domestiques qui ont juré avec lui sont morts dans l'année.
Le droit qu'exercèrent , en cette occasion , Nicolas icr et Adrien 11 , était fondé sur les Fausset Décrétâtes, déjà regardées comme un code universel. Le contrat çi vil qui unit deux époux , étant devenu un sacrement, était soumis au jugement de l'église.
Cette aventure est le premier scandale touchant le mariage des têtes couronnées en Occident. On a vu depuis les rois de France Robert, Philippe i*r, Philippe- Auguste , excommuniés par les papes pour des causes à. peu près semblables, ou même pour des mariages contractés entre parens très éloignés. Les évêques