‹ Dictionnaire historique des événemens remarquablesChapitre 80 sur 183 · LOI · texte numérisé non relu

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nationaux prétendirent long -temps devoir être les juges de ces causes. Les pontifes de Rome les évoquèrent toujours à. eux.

On n'examine point ici si cette nouvelle jurisprudence est utile ou dangereuse ; on n'écrit ni comme jurisconsulte , ni comme controversiste ; mais toutes les provinces chrétiennes ont été troublées par, ces scandales. Les anciens Romains , et les peuples orientaux, furent plus heureux en ce point. Les droits des pères de famille, le secret de leur lit n'y furent jamais en proie à la curiosité publique. On ne connaît point chez eux de pareils procès au sujet d'un mariage on d'un divorce.

Ce descendant de Charlemagne fut le

{premier qui alla plaider à trois cents ieues de chez lui devant un juge étranger, pour savoir quelle femme il devait aimer. Les peuples furent sur le point d'être les victimes de ce différent. Louisle - Débonnaire avait été le premier exemple du pouvoir des évêques sur les empereurs. Lothaire de Lorraine fut l'époque du pouvoir des papes sur les évêques. Il résulte de toute l'histoire de ces temps-là, que la société avait peu de règles certaines chez les nations occidentales, que les états avaient peu de lois, et que l'église voulait leur en donner. LOUIS DE BAVIERE, empereur,—

68 VENGE DO PAPE , QUI v'k DKPOSS ( l3a8. )

— On avait alors pour pape Jean xxu, élu à Lyon en i3i5. Lyon se regardait encore comme une ville libre; mats l'évêque en voulait toujours être le maître, et les rois de France n'avaient encore pu soumettre l'évêque. Philippe-le-Long, à peine roi de France, avait assemble les. cardinaux dans celte ville libre; et, après leur avoir juré qu'il ne leur ferait aucune violence , il les avait enfermés tous, et ne les avait relâchés qu'après la nomination de Jean xxu.

Ce pape est encore un grand exemple de ce que peut le simple mérite dans l'église; car il faut sans doute en avoir beaucoup pour parvenir de la profession, de savetier au rang dans lequel on «se fait baiser les pieds.

Il est au nombre de ces pontifes qui eurent d'autant plus de, hauteur dans l'esprit que leur origine était plus basse aux yeux des hommes. Nous avons déjà remarqué que la cour pontificale ne subsistait que des rétributions fournies par.

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les chrétiens. Ce fonds était plus considérable que les terres de la comtesse Mathiide. Quand je parle du mérite de Jean xxn, ce n'est pas de celui du désintéressement. Ce pontife exigeait plus ardemment qu'aucun de ses prédécesseurs, non seulement le denier de saint Pierre, que l'Angleterre payait très irré-

Sulièrement , mais les tributs de Suède , e Danemarck , de Norwége et de Pologne. Il demandait si souvent et si violemment, qu'il obtenait toujours quelque argent. Ce qui lui en valut davantage fut la taxe apostolique des péchés; il évalua le meurtre , la sodomie , la bestialité ; et les hommes, assez méchans pour commettre ces péchés , furent assez sots pour les payer. Mais être à Lyon , et n'avoir que peu de crédit en Italie, ce n'était pas être pape.

Pendant qu'il siégeait à Lyon, et que Louis de Bavière s'établissait en Allemagne, l'Italie se perdait pour l'empereur et pour lui. Les Yisconti commençaient à s'établir à Milau. L'empereur Louis, ne pouvant les abaisser, feignait de les

J protéger, et leur laissait le titre de ses ieutenans. Us étaient gibelins : comme tejs ils s'emparaient d'une partie de ces terres de la comtesse Mathilde, éternel sujet de discorde. Jean les fit déclarer hérétiques par l'inquisition. Il était en France; il pouvait, sans rien risquer, donner une de ces bulles qui ôtent et

3ui donnent des empires. 11 déposa Louis e Bavière en idée par une de ces bulles, ■ le privant, dit- il, de tous .ses biens meubles et immeubles. »

[1327] L'empereur, ainsi déposé, se hâta de marcher vers l'Italie, où celui qui le déposait n'osait paraître; il vint à Borne, séjour toujours passager des em-

Sereurs, accompagné, de Castracani, tyran e Luqucs , ce héros de Machiavel.

[1Ô28] Ludovico Monaldesco, natif d'Orviette, qui, à l'âge de cent quinze ans, écrivit des mémoires de son temps, dit qu'il se ressouvient très bien de cette entrée de l'empereur Louis de Bavière.

• Le peuple chantait , dit-il : vivent Dieu et l'empereur; nous sommes délivrés de la guerre, de la famine et du pape.» Ce trait ne vaut la peine d'être cité que parce qu'il est d'un homme qui écrivait à l'âge de cent quinze années.

Louis de Bavière convoqua dans Rome une assemblée générale, semblable à ces anciens parlemens de Charlemagne et de

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ses enfans. Ce parlement se tint dans la place même de Saint- Pierre. Des princes d'Allemagne et d'Italie , des députés de* villes , des évéques , des abbés , des religieux y assistèrent en foule. L'empereur, assis sur un trône au haut des degrés de l'église , la couronne en tête et un sceptre d'or à la main , fit crier trois fois par un moine augustin : « Y a-t-il quelqu'un qui veuille défendre la cause du prêtre de Cahors, qui se nomme le pape Jean. • Personne n'ayant comparu , Louis prononça la sentence par laqneile il privait le pape de tout bénéfice, et le livrait au bras séculier pour être brûlé comme hérétique. [i3a8] Condamner ainsi à la mort un souverain pontife, était le dernier excès où pût monter la querelle du sacerdoce et de l'£mpirc.

Quelques jours a près, l'empereur, avec le même appareil, créa pape un cordelier napolitaio, l'investit par l'anneau, lui mit lui-même la chape , et le fit asseoir sous le dais à ses côtés; mais il se garda bien de déférer à l'usage de baiser les pieds du pontife. ( Hùtoirc générait. )

LOUIS LE DÉBONNAIRE, roi de France. — sis cruautés (H19). — L'histoire des grands événemens de ce monde n'est guère aue l'histoire des crimes. Il n'est point de siècle que l'ambition des séculiers et des ecclésiastiques n'ait rempli d'horreurs.

A peine Charlemagne est- il au tombeau , qu'une guerre civile désole sa famille et l'empire.

Les archevêques de Milan et de Crémone allument les premiers feux. Leur prétexte est que Bernard, roi d'Italie, est le chef de la maison carlovingienne , comme né du fils aîné de Charlemagne.

Ces évêques se servent de ce roi Bernard pour exciter une guerre civile. On en voit assez la véritable raison dans cette fureur de remuer et dans cette frénésie d'ambition, qui s'autorise toujours des lois mêmes faites pour la réprimer. Un évéque d'Orléans entre dans leurs intrigues; l'empereur et Bernard , l'oncle et le neveu , lèvent des armées. On est près d'en venir aux mains à Chàions -sur- Saône ; mais le parti de l'empereur gagne par argent et par promesse la moitié de l'armée d'Italie. On négocie , c'est-à-dire, on veut tromper. Le roi est assez imprudent pour venir daiis le camp de son oncle. Louis, qu'on a nommé l« débonnaire parce qu'il était faible, et qui fnt cruel par faiblesse,'

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fait ctctct les yeux à son neveu qui lui demandait grâce à genoux. [819] Le malheureux roi meurt dans les tourmens du corps et de l'esprit , trois jours après cette exécution cruelle. Il fut enterré à Milan , et on grava sur son tombeau : Ci gtt Bernard, de sainte mémoire. Il semble que le nom de saint en ce temps-là ne fut qu'un titre honorifique. Alors Louis lait tondre et enfermer dans un monastère trois de ses frères, dans la crainte qu'un jour le sang de Charlemagne , trop respecté en eux , ne suscitât des guerres. Ce ne fut pas tout. L'empereur fait arrêter tous les partisans de Bernard , que ce roi misérable avait dénoncés à son oncle , sous l'espoir de sa grâce. Ils éprouvent le même supplice que le roi. Les ecclésiastiques sont exceptés de la sentence : on les épargne , eux qui étaient les auteurs de la guerre. La déposition ou l'exil sont leur seul châtiment. Louis ménageait l'église ; et l'église lui fit bientôt sentir qu'il eût dû être moins cruel et plus ferme.

( Histoire générale. )

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853. — Lothairc, d'autant plus coupable qu'il était associé à l'empire, traîne son père prisonnier à Compiègne. Il y avait alors un abus funeste introduit dans l'église , qui défendait de porter les armes, et d'exercer les fonctions civiles pendant le temps de la pénitence publique. Ces pénitences étaient rares, et ne tombaient guère que sur. quelques malheureux delà lie du peuple. On résolut de faire subir à l'empereur ce supplice infamant , sous le voile d'uue humiliation chrétienne et volontaire, et de lui imposer une pénitence perpétuelle , qui le dégraderait ponr toujours.

[833] Louis est intimidé : il a la lâcheté de condescendre à cette proposition qu'on a la hardiesse de lui faire. Un archevêque de Reims, nommé Ebbon, tiré de la condition servile malgré les lois, élevé à cette dignité par Louis même, dépose ainsi son souverain et son bienfaiteur. On fait comparaître le souverain , entouré de trente évêques , de chanoines , de moines dans l'église de Notre-Dame de Soissons. Son fils Lothaire présent y jouit de l'humiliation de son père. On fait étendre un cilice devant l'autel. L'archevêque ordonne à l'empereur d'ùter son baudrier , non épée, son habit, et de se prosterner sur ce cilice. Louis, le visage contre terre, demande lui-même la pénitence publi-

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que, qu'il ne méritait que trop eu s'y soumettant. L'archevêque le force de lire à haute voix un écrit , dans lequel il s'accuse de sacrilège et d'homicide. Le malheureux lit posément la liste de ses crimes , parmi lesquels il est spécifié qu'il avait (ait marcher ses troupes en carême, et indiqué un parlement un jeudi saint. On dresse un procès- verbal de toute cette action : monument encore subsistant d'insolence et de bassesse. Dans ce procèsverbal on ne daigne pas seulement nommer Louis du nom d'empereur : il y est appelé dominos ludov(ci>9, noUe homme, vénérable homme. C'est le titre qu'on donne aujourd'hui aux marguilliers de paroisse.

On tâche toujours d'appuyer par des exemples les entreprises extraordinaires.

Cette pénitence de Louis fut autorisée par le souvenir d'un certain roi Visigoth, nommé Vamba , qui régnait en Espagne, en 681. C'est le même qui avait été oint à son couronnement. 11 devint imbécille et soumis a la pénitence publique dans un concile deTolède. Il s'était mis dans un cloître. Son successeur , Hervique, avait reconnu cru'il tenait sa couronne des évêques. Ce fait était cité, comme si un exemple pouvait justifier un attentat. On alléguait encore la pénitence de l'empereur Théodose ; mais elle fut bien différente. IL avait fait massacrer quinze mille citoyens a Thessalonique , non pas dans un mouvement de colère , comme on le dit tous les jours très faussement dans de vaios panégyriques, mais après une longue délibération. Ce crime réfléchi pouvait attirer sur lui la vengeance des peuples , qui ne l'avaient pas élu pour en être égorgés. Saint Ambroise fit une très belle action , en lui refusant l'entrée de l'église, et Théodose en fit une très sage d'apaiser un peu la haine de l'empire, en s'abstenant d'entrer dans l'église pendant huit mois. Est-ce une satisfaction pour le forfait le plus horrible dont jamais un souverain se soit souillé , d'être huit mois sans entendre la grand'messe f

Louis fut enfermé un an dans une cellule du couvent de Saint-Médard de Soissons, vêtu du sac de pénitent, sans domestiques , sans consolation, mort pour le reste du monde. S'il n'avait eu qu'un fils il était perdu pour toujours ; mais ses trots enfans se disputant ses dépouilles , leur désunion rendit au père sa liberté et sa couronne.

{Essai sur les mœurs.)

LOUIS LE GERMANIQUE, empereur. — PAIT ACE DE SES ETATS f 877. ) —

La coutume, qui gouverne les hommes, était alors d'affaiblir ses états en les partageant entre ses enfans. Trois fils de Louis-le-Germanique partagent ses états.

Carloman a la Bavière, la Garinthie,la Pannonie; Louis, la Frise, la Saxe, la Thuringe , la Franconie ; Charles-le-Gros, depuis empereur, la moitié de la Lorraiue, avec la Snabe et les pays circonvoisins , qu'on appelait alors l'Allemagne.

[877] Ce partage rend l'empereur CharlesWe-Chauve plus puissant. Il veut saisir la moitié de la Lorraine qui lui manque. Voici un grand exemple de l'extrême superstition qu'on joignait alors à la râpacité et à la fourberie. Louis de Germanie et de Lorraine envoie trente hommes au camp de Charles -le -Chauve, pour lui prouver au nom de Dieu que sa partie de la Lorraine lui appartient. Dix de ces trente confesseurs ramassent dix bagnes et dix cailloux dans une chaudière d'eau bouillante sans s'échauder ; dix autres portent chacun un fer rouge l'espace de neuf pieds sans se brûler; dix autres , liés avec des cordes, sont jetés dans de l'eau froide et tombent au fond, ce qui marquait la bonne eause; car l'eau repoussait en haut les parjures.

L'histoire est si pleine de ces épreuves, qu'on ne peut guère les nier toutes. L'usage qui les rendait communes, rendait aussi communs les secrets à l'aide desquels la peau devient insensible pour quelques temps à l'action du feu , comme l'huile de vitriol et d'autres corrosifs. À l'égard du miracle d'aller au fond de l'eau quand on y est jeté, ce serait un plus grand miracle de surnager.

Louis ne s'en tint pas à cette cérémonie. 11 .battit auprès de Cologne l'empereur, son oncle. L'empereur battu repasse en Italie , poursuivi par les vainqueurs.

Home alors était menacée par les musulmans, toujours cantonnés dans la Cala bre. Carloman , ce roi de Bavière ligué avec son frère le Lorrain, poursuit en Italie son oncle le Chauve, qui se trouve pressé à la fois par son neveu , par les mahométans, par les intrigues du pape, et qui meurt au mois d'octobre dans un village près du mont Cenis.

Les historiens disent qu'il fut empoisonné par son médecin, un Juif nommé Sédécias. II est seulement constant que l'Europe chrétienne était alors si igno-

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rante , que les rois étaient obligés de prendre pour leurs médecins des Juifs ou des Arabes.

C'est A l'empire de Charles le-Chauve que commencent le grand gouvernement iéodal et la décadence de toutes choses. C'est sous lui que plusieurs possesseurs des grands offices militaires, des duchés, des marquisats , des comtés, veulent les rendre héréditaires : ils fesaient très bien. L'empire romain avait été fondé par d'illustres brigands d'Italie; des brigands du Nord en avaient élevé un autre sur ses débris. Pourquoi les sous-brigands ne se seraient-ils pas procurés des domaines P Le genre humain en souffrait, mais il a toujours été traité ainsi.

(Histoire générale. )

LOUIS VIII , roi de France. — poubtts

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