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il croit qu'il est de son intérêt de s'unir avec Guidice. Tous deux déterminent la nouvellu reine à chasser honteusement la princesse des Ursins; Orri, qui gouvernait sous elle, est renvoyé en France.
Macanaz est forcé de s'enfuir, et le petitfils d'Henri iv soumet sa couronne au saint<ofKee. Ce fut sous ces auspices, qu'Albéroni entra dans le ministère.
Le jésuite Robinet , confesseur du roi, n'avait pas désapprouve Macanaz; il avait même dit Obn pénitent que ce ministre n'avançait dans son mémoire qne des principes avoués en France , qu'on pouvait les adopter sans blesser la conscience; ii perdit sa place , et on vit disgracier un jésuite pour n'avoir pas été assez fanatique.
Daubenton, plus digne d'être l'instrument d'Albéroni, fut appelé pour diriger la conscience de Philippe v.
Le cardinal Guidice se crut maître de l'Espagne : mais Albéroni, qui avait apprécié son ambition et son incapacité, brisa bientôt un appui devenu inutile, et Guidice alla intriguer à Rome contre le roi d'Espagne, de qui il tenait sa fortune.
C'est ainsi que l'Espagne conserva l'inquisition et les abus ecclésiastiques , que 1 établissement d'une nouvelle race de souverains semblait devoir anéantir; et cette révolution, qui devait rendre ce royaume une des premières puissances de l'Europe, fut arrêtée par les intrigues de deux prêtres.
(Histoire particulière. )
MAIÏOMET , le prophète. — «a MORT.
(8 juin 63a.) — Abdala Moutaleb vécut, dit-on, cent dix ans: son petit- fils Mahomet porta les armes dès l'âge de quatorze ans dans une guerre sur les confins de la Syrie ; réduit à la pauvreté , un de ses oncles le donna pour facteur à une veuve nommée Cadigc , qui fesait en Syrie un négoce considérable : il avait alors vingtcinq ans. Cette veuve épousa bientôt son facteur ; et l'oncle de Mahomet , oui fit ce mariage, donna douze onces a'or à son neveu : environ neuf cents francs de notre monnaie furent tout le patrimoine de celui qui devait changer la face delà plus grande et de la plus belle partie du monde. Il vécut obscur avec sa première femme Cadige /jusqu'à l'âge de quarante ans. 11 ne déploya qu'à cet âge les talens qui le rendaient supérieur à ses compatriotes. Il avait une éloquence vive et forte, dépouillée d'art et de méthode, telle qu'il la fallait a des Arabes ; un air
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d'autorité et d'insinuation , animé par des veux perçans et par une physionomie heureuse; l'intrépidité d'Alexandre, sa libéralité , et la sobriété dont Alexandre aurait eu besoin pour être un grand homme en tout.
L'amour, qu'un tempérament ardent lui rendait nécessaire , et qui lui donna tant de femmes et de concubines , n'affaiblit ni son courage, ni son application, ni sa santé : c'est ainsi qu'en parlent les contemporains; et ce portrait est justifié par ses actions.
Après avoir bien connu le caractère de ses concitoyens, leur ignorance, leur crédulité , et leur disposition à l'enthousiasme , il vit qu'il pouvait s'ériger eo prophète. Il forma le dessein d'abolir dans sa patrie le sabisme , qui consiste dans le mélange du culte de Dieu et de celui des astres; le judaïsme, détesté de toutes les nations, et qui prenait une grande supériorité dans l'Arabie; enfin le christianisme , qu'il ne connaissait que par les abus de plusieurs sectes répandues autour de son pays. II prétendait rétablir le culte simple d'Abraham ou Ibrahim, dont il se disait descendu , et rappeler les hommes À l'unité d'un Dieu , dogme qu'il s'imaginait être défiguré dans toutes les religions. C'est en effet ce qu'il déclare expressément dans le troisième «lira ou chapitre de son Koran.* Dieu connaît , et vous ne connaissez pas. Abraham n'était ni juif ni chrétien , mais il était de la vraie religion. Son cœur était résigné à Dieu ; il n'était point do nombre des idolâtres. » *
Il est à croire que Mahomet, comme tous les enthousiastes, violemment frappé de ses idées , les débita d'abord de bonne foi , les fortifia par des rêveries , se trompa lui-même en trompant les autres, et ap- *pnya enfin, par des fourberies nécessaires, une doctrine qu'il croyait bonne. Il commença par se faire croire dans sa maison , ce qui était probablement le pins difficile ; sa femme et le jeune Ali, mari de sa fille Fatîme, furent ses premiers disciples. Ses concitoyens s'élevèrent contrerai: il devait bieu s'y attendre ; sa réponse aux menaces des Coracites maroue à la fois son caractère et la manière de s'exprimer commune de sa nation :
* Voyez te Koran et la pnHaee ên Korun , écrite par le jurant et judieiritx Sale, qui ■▼ait
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« Quand vous viendriez à moi, dit-il, av« c le soleil à la droite et la lune à la gauche , je ne reculerais pat» dans ma ca-
rière. • . . . ,
11 n'avait encore que seize disciples , en comptant quatre femmes, quand il fut obligé de les faire sortir de la Mecque où Us étaient persécutés, et de les envoyer prêcher sa religion en Ethiopie.
Pour lui, il osa rester à la Mecque, où il affronta ses ennemis , et il fit de nouveaux proséliles qu'il envoya encore en Klhio-
f)ie aux nombre de cent. Ce qui affermit e plus sa religion naissante , ce fut la conversion d'Omar qui l'avait long temps persécuté. Omar, qui depuis* devint un si grand conquérant , s'écria dans une assemblée nombreuse : • J'atteste qu'il n'y a qu'un Ditu, qu'il n'a ni compagnon ni associé, et que Mabomet est son ser\ iteur et son prophète. »
Le nombre de ses ennemis l'emportait encore sur ses partisans. Ses disciples se répandirent dans Médine; ils y formèrent une faction considérable. Mahomet persécuté dans la Mecque, et condomné à mort, s'enfuit à Médine. Cette fuite, qu'on nomme Hégire, devint l'époque de sa gloire et de la fondation de sou empire. De fugitif il devint conquérant. S'il n'avait pas été persécuté , il n'aurait peut-être pas réussi. Réfugié à Médine, il y persuada le peuple et l'asservit. Il battit d'abord , avec cent treite hommes, les Mccquois qui étaient venus fondre sur lui au nombre de mille. Cette victoire , qui fut un miracle aux yeux de ses sectateurs, les persuada que Dieu combattait pour eux , TOmme eux pour lui. Dès la première victoire, ils espérèrent la conquête du monde. Mahomet prit la Mecque, vit ses persécuteurs à ses pieds, conquit en neuf an* , par la paroleet par les armes, toute l'Arabie , .pays aussi grand que la Perse, et que les Perses ni les Romains n'avaient pu conquérir. Il se trouvait à la tète de quarante mille hommes, tous enivrés de son enthousiasme. Dans ses premiers succès , il avait écrit au roi de Perse Cosroès second; à l'empereur Héraclius ; au prince des Cophtes , gouverneur d'Egypte; au roi des Abyssins; à un roi nommé Mondar, qui régnait dans une province près du golfe Persique.
Il osa leur proposer d'embrasser sa religion ; et, ce qui est étrange, c'est que de ces princes il y en eut deux qui se fi-
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reut mahometans : ce turent le roid'Abyssinie et ce Mondar. Cosroès déchira la lettre de Mahomet avec indignatiou. Héraclius répondit par des présens. Le prince des Cophtes lui envoya une fille qui pasr sait pour un chef-d'œuvre de la nature , et qu'on appelait (a heite Marie.
Mahomet, au bout de neuf ans, se croyant assez fort pour étendre ses conquêtes et sa religion chez les Grecs et chci lés Perses, commença par attaquer ia Syrie, soumise alors à Iléraclius, et lui prit
auclques villes. Cet empereur, entêté de isputes métaphysiques de religion , et qui avait pris le parti des monotbelites , essuya eu peu de temps deux propositions bien singulières; l'une de la part de Cosroès second, qui l'avait long temps vaincu, et l'autre de la part de Mahomet. Cosroès voulait qu'U< i;k lins embrassât la religion des Dtyîfpp , et Mahomet qu'il se fit musulman.
.Le nouveau prophète donnait le choix a ceux qu'il voulait subjuguer, d'embrasser sa secte, ou de payer un tribut. Ce tribut était régie par YAUoran a 1 1 *• i/ e draehuies d'argent par an pour chaque chef de famille. Une taxe si modique est une preuve que les peuples qu'il soumit étaient pauvres. Le tribut a augmente depuis. De tous les législateurs qui ont fondé des religions, il est le seul qui ait étendu la sienne par 1rs conquête s. D'au très peuples ont porté leur culte avec le fer et le feu chez des nations étrangères ; mais nul fondateur de secte n'avait été conquérant. Ce privilège unique est aux yeux des musulmaus 1 argu tuent le plus fort, que lu Divinité prit soin elle-même de seconder leur prophète.
Enfin Mahomet, maître de l'Arabie, et redoutable à tous ses voisins, attaqué d'une maladie mortelle à> Médine, à l'âge de soixante-trois ans et demi, voulut que ses derniers momens parussent ceux d'un héros et d'un juste : € Que celui a qui j'ai fait violence et injustice paraisse , s'écria-t-il , et je suis prêt à lui faire te j ki rat ion . ■ Un homme se leva, qui lui redemanda quelque argent ; Mahomet le lui fit donner, et expira peu de temps après, regardé comme un grand homme par ceux mêmes qui le connaissaient pour imposteur, et révéré comme un prophète par tout le reste.
Ce n'était pas sans doute un ignorant , comme quelques uns l'ont prétendu. Il fallait bien même qu'il fût très savant
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pour se nation et pour son temps, puisqu'on a de lui quelques aphorisme! de médecine , et qull réforma le calendrier des Arabes, comme César celui des Romains. Il se donne, a la vérité, le titre de prophète non lettré; mais on peul savoir écrire, et ne pas s'arroger le nom de savant/*-!! était poète ; la plupart des derniers versets de se* chapitres sont rimes ; le reste est en prose cadencée. La poésie ne servit pas peu à rendre son Aieoran respectable. Les Arabes fesaient un très grand cas de la poésie ; et lorsqu'il y avait un bon poète dans une tribu, les autres tribus envoyaient une ambassade de félicitation à celle qui avait produit ou auteur, qu'on regardait comme inspiré et comme utile. On affichait les meilleures poésies dans le temple de la Mecque ; et quand on y afficha le second chapitre de Mahomet, qui commence ainsi : « Il ne faut point douter ; c'est ici la science des justes, de ceux qui croient aux myftè^w, qui prient quand il le faut, qui donnent avec générosité, etc.», alors le premier poète de la Mecque , nommé Abid , déchira ses propres vers affichés au temple, admira Mahomet, et se rangea sous sa loi *. Voilà des mœurs, des usages, des faits si différens de tout ce qui se passe parmi nous, qu'ils doivent nous montrer combien le tableau de l'univers est varié, et combien* nous devons être en garde contre notre habitude de juger de tout par nos usages.
Son gendre Aly prétendit que , quand il fallut inhumer le prophète, on le trouva dans un état qui n'est pas trop ordinaire aux morts, et que sa veuve Aishca s'écria,: • Si javais sn que Dieu eût fait cette grâce au défunt, j'y serais accourue à l'instant.» On pouvait dire de lui ; DêCtt imperato- Tttm stantem môri.
Jamais la vie d'an homme ne fut écrite dans un plus grand détail que la sienne. Les moindres particularités en étaient sacrées ; on sait le compte et le nom de tout ce qui lui appartenait : neuf épées , trois lances, trois arcs, sept cuirasses, trois boucliers, douze femmes, un coq blanc , sept chevaux , denx mules , quatre chameaux, sans compter la jument Borart sur laquelle il monta au ciel. Mais il ne l'avait que par emprunt, elle appartenait en propre à l'ange Gabriel.
( E$Md sur tas mœurs. )
* U*m !• commencement du Korwis il Ml
MAHOMET II — raïaa coasTANTrropli sif i453. — Si les empereurs grec* avaient été des Scanderbeg , l'empire d'Orient se serait conservé; mais ce même esprit de cruauté , de faiblesse 9 de division, de superstition qui l'avait ébranlé si long-temps hâta le moment de sa chute.
On comptait trois empires d'Orient, et il n'y en avait réellement pas un. La ville de Constantinople entre les mains des Grecs fesait le premier. Andrinople, refuge des Lascaris, pris par Amurat r>* en i36a, et toujours demeuré aux sultans, était regardé comme le second empire; et une province barbare de l'ancienne Golchide, nommée Trébisoode, où les Comnènes s'étaient retirés, était réputée le troisième.
Gc déchirement de l'empire , comme on l'a vu , était l'unique effet considérable des croisldes. Dévasté par les Francs, repris par ses anciens maître*, mais repris pour être ravagé encore, il était étonnant qu'il subsistât. Il y avait deux partis dans Constantinople acharnés l'un contre l'autre par la religion, à peu près comme dans Jérusalem , quand Veapasien et Titus l'assiégèrent. L'un était celui des empereurs qui , dans la vaine espérance d'être secourus, consentaient de soumettre l'église grecque à la latine ; l'autre celui des prêtres et du peuple qui , se sou venant encore de l'invasion jde* croisés, avaient en exécration la réunion des deux églises. On s'occupait toujours de controverses, et les Turcs étaient aux portes. #
Jean u Paléologue , le même qui s'était soumis au papeyans la vaine espérance d'être secouru , avait régné vingt-sept ans sur les débris de l'empire romain-grec ; et après sa mort, arrivée en i/M*), *eMe fut la faiblesse de l'empire, que Constantin, l'un de ses fils, fut obligé de recevoir du turc Amurat u, comme de son seigneur, la confirmation de la dignité impériale. Un frère de ce Constantin ent Lacédémone, un autre eut Corinthc, on troisième eut ce que les Vénitiens navaient pas dans le réloponèsc.
[i45i] Telle était la situation des Grecs, quand Mahomet - Bouyouk , on Mahomet-le- Grand, succéda pour la seconde fois au sultan Amurat , son père.
Les moines ont peint ce Mahomet comme un barbare insensé qui, tantôt coupait la tête à sa prétendue maîtresse Irène» pour apaiser les murmures de ses janissaires, tantôt fesait ouvrir le ventre a
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u atone de ces pages .pour toit qui 'entre eux avait mangé un melon. Ou trouve encore ces histoires absurdes dans nos dictionnaires qui ont été long-temps , pour la plupart, des archives alphabétiques du mensonge.
Toutes les annales turques nous apprennent que Mahomet avait été le prince le mieux élevé de son temps :ce que nous venons de dire d'Amurat, son père, prouve assez qu'il n'avait pas négligé l'éducation de /'héritier de sa fortune. On ne peut encore disconvenir que Mahomet n'ail écoulé le devoir d'un lils, et n'ait étouffe son ambition , quand il fallut rendre le trône qu'Amurat lui avait cédé. 11 redevint deux fois sujet sans exciter le moindre trouble. C'est un fait unique dans l'histoire , et d'autant plus singulier, que Mahomet joignait à son ambition la fougue d'un caractère violent.
11 parlait le grec, l'arabe, le persan ; il entendait le latin; il dessinait; il savait ce qu'on pouvait savoir alors de géographie et de mathématique ; il aimait la peinture. Aucun amateur des arts n'ignore qu'il lit venir de Venise le fameux Geolilli Bellino, et qu'il le récompensa, comme Alexandre avait pavé A pelles, par des dons et par sa familiarité. 11 lui fit présent d'une couronne d'or, d'un collier d'or, de trois mille ducats d'or, et le renvoya avec honneur. Je ne puis m'em- I »V lier de ranger parmi les contes improbables celui de l'esclave auquel on pré* tend que Mahomet lit couper la tête, pou r faire voir à Bellino l'effet des muscles et de la peau sur un cou séparé de son tronc. Ces barbaries que nous exerçons sur les animaux, les homme;» ne les exercent sur les hommes que dans la fureur des vengeances, ou dans ce qu'on appelle le droit de la guerre. Mahomet u fut souvent sanguinaire et féroce, comme tous les conquérans qui ont ravagé le inonde ; mais pourquoi lui imputer des < m. tu te» si peu vraisemblables? à quoi bon multiplier les horreurs ? Philippe de domines , qui vivait dans le siècle de ce sultan, avoue qu'en mourant il demanda pardon à Dieu d'avoir mis un impôt sur ses sujets. Où sont les prince? chrétiens qui manifestent un tel repentir?
11 était âgé de vingt-deux ans quand il monta sur le trône des sultans , et il se prépara dès lors à se placer sur celui de Constantin» »plr, taudis que cette ville était toute diviseo pour savoir s'il fallait se ser-
?rr ou non de pain azyme, et s'il fallait prier en grec ou en latin.
[i453] Mahomet u commença donc par serrer la ville du côté de l'Kurope et du côté de l'Asie. Enfin , dès les premier» jours d'avril i453, la campagne fut couverte de soldats que l'exagération fait monter à trois cent mille , et le détroit de la Propontidc d'environ trois cents galères et deux cents petits vaisseaux.
Un des faits les plus étranges et les plut attestés, c'est l'usage que Mahomet fit d'une partie de ces navires. Ils ne pouvaient entrer dans le port de la ville , fermé par les plus fortes chaînes de fer, et d 'ailleurs apparemment défendu avec avantage. Il fait en une nuit couvrir une demi lieue de chemin sur terre de planches de. sapin enduites de suif et de graisse, disposées comme la crèche d'un vaisseau * il fait tirer à force de machines et de bras quatre-vingts galères et soixante et dix allèges du détroit, et les fait couler sur ces planches. Tout ce grand travail s 'exe cuta en une seule nuit, et les assiégés sont surpris le lendemain matin de voir une flotte entière descendre de la terre dans le port. Un pont de bateaux dans ce jour même fut construit à leur vue, et servit à l'établissement d'une batterie de canon. , U fallait nu que Constantinople n'eût point d'artillerie , ou qu'elle fût bien mal servie. Car comment le canon n'eût-il pas foudroyé ce pont de bateaux? Mais il est douteux que Mahomet se servît , comme on le dit, de canons de deux cent» livres de balle. Les vaincus exagèrent tout. Il eût fallu environ cent cinquante livres de poudre pour bien chasser de tels boulets. Cette quantité de poudre ne peut s'allu mer a la fois ; le coup partirait avant que la quinzième partie prît feu , et le boulet aurait très peu d'effet. Peut-être les Turcs par ignorance employaient de ces canons, et peut-être les Grecs par la même ignorance en étaient effrayés.
Dès le mois de mai on donna des assauts à la ville qui se croyait la capitale du monde : elle était donc bien mal fortifiée; elle ne fut guère mieux défendue. L'em-
Kereur, accompagné d'un cardinal de orne, nommé Isidore, suivait le rit romain ou feignait de le suivre , pour engager le pape et les princes eatholiques à le secourir ; mais, par cette triste manœuvre, il irritait et décourageait les Grecs, qui ne voulaient pas seulement entrer dans
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les églises qu'il fréquentait « Nous aimons mieux, s'écriaient-ils, voir ici le turban qu'un chapeau de cardinal. »
Dans d'autres temps , presque tous les princes chrétiens, sous prétexte d'une guerre sainte, se liguèrent pour envahir cette métropole et ce rempart de la chrétienté; et, quand les Turcs l'attaquèrent, aucun ne la défendit.
L'empereur Frédéric ni n'était ni assez puissant , ni assez entreprenant. La Pologne était trop mal gouvernée. La France sortait à peine de Pabime où la guerre civile et celle contre l'Anglais l'avaient plongée. L'Angleterre commençait à être divisée et faible. Le duc de Bourgogne , Pbilippe-le-Bon , était un puissant prince , mais trop habile pour renouveler seul les croisades, et trop vieux pour de telles aetions. Les princes italiens étaient en guerre, l' Aragon et la Gastille n'étaient point encore unis, et les musulmans occupaient toujours une partie de l'Espagne.
Il n'y avait en Europe que deux princes dignes d'attaquer Mahomet u. L'un était Huniade, prince de Transilvanie , mais qui pouvait à peine se défendre ; l'autre ce fameux Scanderbeg qui ne pouvait que se soutenir dans Tes montagnes de 1 Epiie , à peu près comme autrefois don Pelage dans celles des Àsturies, quand 1rs mahométaus subjuguèrent l'Espagne.
Quatre vaisseaux de (îônes, dont l'un appartenait à l'empereur Frédéric ni, furent presque le seul secours que le monde chrétien fournit à Gonstantinople.
Un étranger commandait dans la ville; c'était un Génois, nommé Giustiniani.
Tout bâtiment qui est réduit à des appuis étrangers menace ruine. Jamais les anciens Grecs n'eurent de Persan à leur tête, et jamais Gaulois ne commanda les troupes de la république romaine. Il fallait donc que Gonstantinople fût prise : aussi le fut-elle, mais d'une manière entièrement dillérente de celle dont tous nos auteurs , copistes de Ducas et de Chalcondyle, le racontent.
Cette conquête est une grande époque.
C'est là que commence véritablement l'empire turc au milieu des chrétiens d'Europe; et c'est ce qui transporta parmi enx quelques arts des Grecs.
Les annales turques , rédigées à Constantinople par le feu prince Démétrius Gantemir, m'apprennent qu'après quarante-neuf jours de siège l'empereur Constantin fut obligé de capituler. Il envoya
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plusieurs Grecs recevoir la loi du vainqueur. On convint de quelques articles.
Ces annales turques paraissent très vraies dans ce qu'elles disent de ce siège. Ducas lui-même, qu'on croit de la race impériale, et qui dans son enfance était dans la ville assiégée, avoue dans son histoire que le sultan offrit à l'empereur Constantin de lui donner le Peloponèse, et d'accorder quelques petites provinces i ses frères, il voulait avoir la ville et ne la point saccager, la regardant déjà comme son bien qu'il ménageait; mais, dans le temps que les envoyés grecs retournaient k Constantinople pour y rapporter les propositions des assiégeans , Mahomet, qui voulut leur parler encore fît courir à eux. Les assiégés , qui du haut des murs voient un gros de Turcs courant après les leurs, tirent imprudemment sur ces Turcs. Ceux-ci sont bientôt joints par un plus grand nombre. Les envoyés grec* rentraient déjà par une poterne. Les Turcs entrent avec eux : ils se rendent maîtres de la haute ville séparée de la basse. L'empereur est tué dans la foule; et Mahomet fait aussitôt du palais de Constantin celui des sultans, et de Sainte- Sophie , sa principale mosquée.
Est-on plus touché de pitié que saisi d'indignation, lorsqu'on ut dans Ducas que le sultan « envoya ordre dans le camp d'allumer partout des feux, ce qui fut fait avec ce cri impie qui est le signe particulier de leur superstition détestable? «Ce cri impie est le nom de Dieu, AUah , que les mahométaus invoquent dans tous les combats. La superstitioa détestable était chez les Grecs qui se réfugièrent dans Sainte-Sophie , sur la foi d'une prédiction qui les assurait qu'un auge descendrait dans l'église pour les défendre.
On tua quelques Grecs dans le parvis, on fit le reste esclave, et Mahomet n'alla remercier Dieu dans cette égiise qu'après l'avoir lavée avec de l'eau rose.
Souverain par droit de conquête d'une moitié de Gonstantinople , il rut l'humanité ou la politique d'offrir à l'autre partie la même capitulation qu'il avait voulu accorder à la ville entière, et il la garda religieusement. Ce fait e»t si vrai , que toutes les églises chrétiennes de la basse ville furent conservées jusque sous soq petit-fil» Sélim qui en lit abattre plusieurs. On les appelait les mosquées d'Issévi i Jssévi est en turc le nom de Jcsus. Celle
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du patriarche grec subsiste encore dans Conslantinople sur le canal de la raor îîoire. Les Ottomans ont permis qu'on fondât dans ce quartier une académie où les Grecs modernes enseignent, l'ancien
f;rec qu'on ne parle plus guère en Grèce, a philosophie d'Aristote, la théologie, la médecine; et c'est de eette école que sont sortis Constantin Ducas , Mauro Cordato et Cantcmir, faits par les Turcs princes de Moldavie. J'avoue que Démétrius Cantemir a rapporté beaucoup de fables anciennes; mais il ne peut s'être trompé sur les monumens modernes qu'il a vus de ses yeux , et sur l'académie où il a été élevé.
On a conservé encore aux chrétiens une église, et une rue entière qui leur appartient en propre, en laveur d'un architecte nommé Christobule. Cet architecte avait été employé par Mahomet n pour construire une mosquée sur les ruines de l'église des Saints-Apôtres, ancien ouvrage d« Théodora , femme de l'empereur Jusb'nicn ; et il avait réussi à en faire un édifice qui approche de la beauté de Sainte- Sophie. 11 contruisit aussi, par ordre de Mahomet, huit écoles et huit hôpitaux dépeudans de eette mosquée; el c'est pour prix de ce service que le sultan lui accorda la rue dopt je parle, dont la possession demeura à sa famille. Ce n'est pas un fait digne de l'histoire , qu'un architecte ait eu la propriété d'une rue; mais ilestimportant de connaître que les Turcs ne traitent pas toujours les chrétiensaussi barbarcment que nous nous le figurons.
Aucune nation chrétienne ne souit'rc que les Turcs aient chez elle une mosquée, et les Turcs permettent que tous les Grecs aient des églises. Plusieurs de ces églises sont des collégiales; et on voit dans l'Archipel des chanoines sous la domination d'un bâcha.
Les erreurs historiques séduisent les nations entières. Une foule d'écrivains occidentaux ont prétendu qne les niahométans adoraient Vénus, et qu'ils niaient la Providence. Grolius lui-même a répété que Mahomet , ce grand et faux prophète, avait instruit une colombe à voler auprès de son oreille , et avait fait accroire que l'Esprit de Dieu venait l'instruire sous celte forme. On a prodigué sur le conquérant Mahomet 11 des contes uon moins ridicules.
Ce qui montre évidemment, malgré les déclamations du cardinal Isidore et
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de tant d'autres , que Mahomet était un prince ylus sage et plus poli qu'on ne croit, c est qu'il laissa aux chrétiens vaincus la liberté d'élire un patriarche 11 l'installa lui-même avec la solennité ordinaire; il lui donna la crosse et l'anneau que les empereurs d'Occident n'osaient plus donner depuis long-temps ; et, s'il s'écarta de l'usage, ce ne fut que pour reconduire jusqu'aux portes de. son palais le patriar che élu, nommé Gennadius, qui lui dit t qu'il était confus d'un honneur que jamais les empereurs chrétiens n'avaient fait à ses prédécesseurs. » Dos auteurs ont eu l'imbécillité de rapporter que Mahomet ii dit à ce patriarche : « La Sainte Trinité te fait , par l'autorité que j'ai reçue, patriarche o cuinénique. » Ces auteurs connaissent bien mal les musulmans. Ils ne savent pas qu- notre dogme de la Trinité leur est eu horreur; qu'ils se croiraient souillés d'avoir prononcé ce mot, qu'ils nous regardent comme des ido lâtres adorateurs de plusieurs dieux. Depuis ce temps, les sultans Osmanlis ont toujours l'ait un patriarche qu'on nomme oecuménique; le pape en nomme un autre qu'on appelle 11* patriarche latin ; chacun d'eux, taxé par le divan, rançonne à son tour son troupeau. Ces deux églises également gémissantes sont irréconciliables , et le soin d'apaiser leurs querelles n'est pas aujourd'hui une des moindres occupations des sultaus,devenus les modérateurs des chrétiens aussi-bien que leurs vainqueurs.
Ces vainqueurs n'en usèrent point avec les Grecs , comme autrefois aux dixième et onzième siècles avec les Arabes dont ils avaient adopté la langue, la religion et les mœurs. Quand les Turcs soumirent les Arabes , ils étaient encoreentièrement barbares; mais, quand ils subjuguèrent l'empire grec, la constitution de l»ur gou vernement était dès long -temps toute formée. Ils avaient respecté les Aubes , et ils méprisaient les Grecs. Ils n'ont eu d'autre commerce avec ces Grecs que celui des maîtres avec des peuples asservie.
Ils ont conservé tous les usages, toutes les lois qu'ils eurent au temps de leurs conquêtes. Le corps des geugi-chéi if , que nous nommons janissaires , subsista dans toute sa vigueur au même nombre d'environ quarante-cinq mille. Ce sont de tous les soldats de la terre ceux qui out toujours été le mieux nourris. Chaque oda de janissaires avait et a encore un pour-
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voyeur qui leur fournit du mouton, du ris, du beurre, des légumes et du pain eu abondance.
Les sultans ont conservé en Europe l'an* cien usage qu'ils avaient pratiqué en Asie, de donner à leurs soldats des Gefsà vie , et quelques-uns héréditaires. U ne prirent point cette coutume des califes arabes qu'ils détrônèrent. Le gouvernement des Arabes était fondé sur des principes différons. Les Tartarcs occidentaux partagèrent toujours les terres des vaincus. Ils établirent, dès le cinquième siècle en Europe cette institution qui attache les vainqueurs à un gouvernement devenu leur patrimoine ; et les nations qui se mêlèrent a eux , comme les Lombards , les Francs, les Normands , suivirent ce plan. Tamerlan le porta dans les Indes où sont aujourd'hui les plus grands seigneurs de fiefs, sous les noms d'omras, de rajas, de nababs. Mais les ottomans ne donnèrent jamais que de petites terres. Leurs zaimats et leurs timariots sont plutôt des métairies que des seigneuries. L'esprit guerrier paraît tout entier dans cet établissement. Si un zaim meurt les armes à la main , ses en fans partagent son fief; s'il ne meurt point à la guerre , le béglierbcç, c'est-à-dire, le commandant des armes de la province , peut nommer à ce bénéfice militaire. Nul droit pour ces zaims et pour ces timars que celui de fournir et de mener des soldats à l'armée , comme chez nos premiers Francs ; point de titres, point de juridiction , point de noblesse.
On a toujours tiré des mêmes écoles les cadis, les mol las, qui sont le» juges ordinaires , et les deux cadi-leskers d'Asie et d'Europe qui sont les juges des provinces et des armées , et qui président sous le mufti à la religion et aux lois. Le mufti et les cadi-leskers ont toujours été également soumis au divan. Les dervis, qui sont les moines mendiaos chez les Turcs, se sont multipliés, et n'ont pas changé. La coutume d'établir des caravenserais pour les voyageurs et des écoles avec des hôpitaux auprès de toutes les mosquées , n'a point dégénéré. En un mot, les Turcs sont ce qu'ils étaient, non -seulement quand ils prirent Gonstantinople , mais quand ils passèrent pour la première fuis en Europe {Essai sur (es Mœurs.)
MA1NTENON. (Madame de ) xxBVATion b» 1606. — Après le mariage de madame la duchesse, après l'éclipsé totale de la mère, madame de Maintenon