‹ Dictionnaire historique des événemens remarquablesChapitre 88 sur 183 · II AI · texte numérisé non relu

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victorieuse prit un tel ascendant, et inspira à Louis xiv tant de tendresse et de scrupule que le roi, parle conseil du père La Chaise, l'épousa secrètement, au mois de janvier 1686, dans une petite chapelle qui était au bout de l'appartement occupé depuis par le duc de Bourgogne. Il n'y eut aucun contrat, aucune stipulation. L'archevêque de Paris, Harlai de Chanvalon, leur donna la bénédiction; le confesseur y assista; Montchevreutl (*), et Bontems , premier valet de chambre , y furent comme témoins. Il n'est plus permis de supprimer ce fait rapporté dans tous les auteurs, qu! d'ailleurs se sont trompés sur les noms, sur le lieu et sur les dates. Louis xiv était alors dans sa quarante-huitième année , et la personne qu'il épousait, dans sa cinquante - deuxième. Ce prince, comblé de gloire, voulait mêler aux fatigues du gouvernement les douceurs innocentes d'une vie privée: ce mariage ne l'engageait à rien d'indigne de son rang; il fut toujours problématique àla cour si madame de Maintenon était mariée. On respectait en elle le choix du roi, sans la iraiter en reine.

La destinée de cette dame parait parmi nous fort étrange , quoique l'histoire fournisse beaucoup d'exemples de fortunes plus grandes et plus marquées , qui ont eu des commencemens plus petits.

La marquise de Saint-Sébastien, que le roi de Sardaigne Victor-Amédée épousa , n'était pas au-dessus de madame de Maintenon ; l'impératrice de Russie Catherine était fort au-dessous; et la première femme de Jacques 11 , roi d'Angleterre, lui était bien inférieure, selon les préjugés de l'Europe, inconnus dans le reste du monde.

Elle était d'une ancienne maison , petite-fille de Théodore-Agrippa d'Aubigné, gentilhomme ordinaire ae la ebam-

* Et non pat le chevalier de Forbin , comme le disent Iet Mémoires de Choisy. On ne prend, pour confidena d'un tel aecret, crue dea domestiques affidé*».et des hommes attaché* par leur service à la personne du rot. Il n'y eut pomt d'acte de célébration : on n'en lait que pour constater un état; et il ne s'agissait ici que de ce qu'on appelle un mariage de conscience. Comment peut-on rapporter qu'après la mort de l'archevêque de Paris, Harlai, en 169S , près de dix an* après le mariage , « ses laquais trouvèrent dans scj vieille* culottes l'acte de célébration? » Ce conte, qui n'est pa» même fait pour des laquais, ne ae trouve que dans \m Mémoire» de ma iame de Maintenon.

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bre de Henri iv. Son père, Constant d'Aubigné , ayant voulu faire un établissement à la Caroline, et s'étant adressé aux Anglais, fut mis en prison au château Trompette, et en fut délivré par la fille du gouverneur, nommé Cardillac, gentilhomme bordelais: Constant d'Aubigné épousa sa bienfaitrice en 1627, et la mena à la Caroline. De retour en Frauce avec elle au bout de quelques années , tous deux furent enfermés à Niort en Poitou par ordre de la cour. Ce fut dans cette prison de Niort que naquit, en i635, Françoise d'Aubigné , destinée à éprouver toutes les rigueurs et tontes les faveurs de la fortune. Menée à l'âge de trois ans en Amérique, laissée par la négligence d'un domestique sur le rivage, prête à y être dévorée d'un serpent, ramenée orpheline à l'âge de douze ans, élevée avec la plus grande dureté chez madame deNeuillant, mère de la duchesse de Navailles, sa parente, elle fut trop heureuse d'épouser , en i65i , Paul Scarron , qui logeait auprès d'elle dans la rue d'Enfer. Scarron était d'une ancienne famille du parlement, illustrée par de grandes alliances ; mais le burlesque dont il fesait profession l'avilissait en le fesant aimer. Ce fut pourtant une fortune pour mademoiselle d'Aubigné, d'épouser cet homme disgracié de la nature , impotent, et qui n'avait qu'un bien très médiocre. Elle fit , avant ce mariage, abjuration de la religion calviniste , qui était la sienne comme celle de ses ancêtres. Sa beauté et son esprit la firent bientôt distinguer. Elle fut recherchée avec empressement de la meilleure compagnie de Paris; et ce temps de sa jeunesse fut sans doute le plus heureux de sa vie ('). Après la mort

C) H est dit , dans lca prétendu» Mémoires de Maintenon , tome 1 page ai6, « cru' elle n'eut long-temps qu'un même lit arec U célèbre Ninon Lenclos, sur les ouï-dire de l'abbé deCh&tcauneuf et de l'auteur du Siècle de Louis XIV. » Mais il no me trouve pas un mot de cette anecdote chei l'auteur du Siècle de Louis XIV, ni dans tout co qui nous reste de M. l'abbé de Châteauneuf. L'auteur de« Mémoires de Maintenon ne cite jamaia qu'au hasard. Ce fait n'est rapporté que dans lea Mémoires du marquis de La Fare , page 190, édition de Rotterdam. C'était encore lu mode do partager ton lit avec tes amis : et cette mode, qui ne «ubsisie plu», était très ancienne, même à la cour. On voit dana l'histoire de Franco que Charle» IX , pour sauver le comte de la Rochefoucauld des massacres de la Saint-Bartbélemi , lui proposa de coucher au Louvre dons son Ht; et que loduc

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de son mari, onivée en 16^0, elle U< long-temps solliciter auprès du roi un.

petite pension de quinze cent* livn idoal Scarron avait joui. Enfin, au bout de Quelques années, le roi lui en donna une de deux mille, en lui disant : « M ..dame, je vous ai fait attendre long-temps ; mais vous avez tant d'amis que j'ai voulu avoir seul ce mérite auprès de vous. »

Ce fait m'a été conte par le cardinal de Fleuri, qui se plaisait à le rappmt, , souvent, parce qu il disait que Louis xiv lui avait fait le même compliment en lui donnant Pévêché de Fréjus.

Cependant il est prouvé par les lettre* même de madmae de Maintenon, qu'elle dut à madame de Montespan ce léger •ecours qui la tira de la misère. On se ressouvint d'elle quelques innées tpièf, lorsqu'il fallut élever en secret le due du Maine, que le roi avait eu, en 1670, de la marquise de Montespan. Ce ne fut certainement qu'en joja qu'elle fut choisie pour présider à cette éducali.»,, 6ccrète. Elle dit dans une de ses lettres « Si les enfans sont au roi, je le veux bien ; car je ne me chargerais pas , sans scrupule, deceux de madame de Montespan (') : ainsi il faut que le roi me l'ordonne ; voilà mon dernier mot.» Madame de Montespan n'avait deux enfans qu'en 167a, lu duc du Maine et le comte de Vexin. Tes dates des lettres de madame de Maint, non, de 1670, dans lesquelles elle parle de ces deux enfans, dont l'un n'était pas encore né, sont donc évidemment faute Presque toutes les dates de ces lettres imprimées sont erronées. Cette infidélité pourrait donner de violens soupçons sur l'authenticité de ces lettres, si d'ailleurs on n'y reconnaissait pas un caractère de naturel et de vérité qu'il est presque irapossible de contrefaire.

Il n'est pas fort important de savoir en quelle année cette dame fut chargée du

de Guise et le prince de Condé «raient long-temps couché ensemble.

C) On peut, par vanité, ne point vouloir être gouvernante des enfans d'un particulier, et consentir à élever ceux d'un roi ; mais le mot de scrupule est absurde ; il m- peut rien y avoir de contraire aux principe* de fa morale à se charger r)« l'éducation d'un enfant quel qu'il soit. Le bâtard d'un roi et celui d'un particulier sont égaux devant la conscience. Cette lettre prouve que, méiu*» avant d'être à la cour, madann- de Maintenon sa» vait parler le langage de l'hypocrisie.

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soin des enfans naturels de Louis xiv; mais l'attention à ces petites vérités fait voir avec quel scrupule on a écrit les faits principaux de cette histoire.

Le duc du Maine était né avec un pied duTorme. Le premier médecin, d'Aquin, qui était dans la confidence, jugea qu'il fallait envoyer l'enfant aux eaux de liarége. On chercha une personne de confiance , qui pût se charger de ce dépôt (*) . Le roi se souvint de madame Scarron. M. de Louvois alla secrètement à Paris lui proposer ce voyage. Elle eut soin depuis ce temps-là de 1 éducation du duc du Maine, nommée à cet emploi par le roi , et non point par madame de Montespan , comme on l'a dit. Elle écrivait au roi directement; ses lettres plurent beaucoup. Voilà l'origine de sa fortune : son mérite fit tout le reste.

Le roi, qui ne pouvait d'abord s'accoutumer à elle, passa de l'aversion à la confiance, et de la confiance à l'amour. Les lettres que nous avons d'elle sont un monument bien plus précieux qu'on ne pense : elles découvrent ce mélange de religion et de galanterie , de dignité et de faiblesse, qui se trouve si souvent dans le cœur humain , et qui était dans celui de Louis xiv. Celui de madame de' Maintenon parait à la fois plein d'une ambition et d'une dévotion qui ne se combattent jamais. Son confesseur Gobelin approuve également l'une et l'autre; il est directeur et courtisan ; sa pénitente , devenue ingrate envers madame de Montespan, se dissimule toujours son tort.

Le confesseur nourrit cette illusion ; elle fait venir, de bonne foi, la religion au secours de ses charmes usés, pour supplanter sa bienfaitrice devenue sa rivale.

Ce commerce étrange de tendresse et de scrupule de la part du roi, d'ambition et de dévotion de la part de la nouvelle maîtresse, parait durer depuis 1681 jusqu'à 1686, qui fut l'époque de leur mariage.

Son élévation ne fut pour elle qu'une retraite. Renfermée dans «on appartement, qui était de plain-pied U celui du roi, elle se bornait à une société de deux ou trois dames retirées comme elle; cn-

(*) L'auteur du toman des Mémoires de madame de Maintenon lui fait dire , à la vue du . château Trompette s € Voilà où j'ai été tHevée, etc. » Cela rat évidemment faux ; elle avait été élevée à Niort.

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core les voyait-elle rarement. Le roi venait tous les jours cher elle après son diner, avant et après le souper, et v demeurait jusqu'à minuit. Il y travaillait avec ses ministres , pendant que madame de Maîntenon s'occupait à la lecture, ou à quelque ouvrage de mains, ne s'empressant jamais de parler d'affaires d'état , paraissant souvent les ignorer, rejetant bien loin tout ce qui avait la plus légère apparence d'intrigue et de cabale , beaucoup plus occupée de complaire à celui qui gouvernait que de gouverner, et ménageant son crédit en ne l'employant qu'avec une circonspection extrême. Elle ne profita point de sa place pour faire tomber toutes les dignités et tons les grands emplois dans sa famille. Son frère, le comte d'Aubigné, ancien lieutenant général, ne fut pas même maréchal de France. Un cordon bleu , et quelques parts secrètes (t) dausles fermes générales furent sa seule fortune : aussi disait-il au maréchal de Vivonne, frère de madame de Montespan , « qu'il avait eu son bâton de maréchal en argent comptant. •

Le marquis de Villetle, son neveu , ou son cousin , ne fut que chef d'escadre. Madame de Cayius , fille de ce marquis de Villetle , n'eut en mariage qu'une pension modique donnée par Louis xiv. Madame de Maintenon , en mariant sa nièce d'Aubigné au fils du premier maréchal de Noailles (a), ne lui donna qoe deux cent mille francs : le roi fit le reste. Elle n'avait elle-même que la terre de Maintenon qu'elle avait achetée des bienfaits du roi. Elle voulut que le public lui pardonnât son élévation en faveur de son désintéressement. La seconde femme du marquis de Villetle, depuis madame de Bolingbroke , ne put jamais rien obtenir d'elle. Je lui ai souvent entendu dire qu'elle avait reproché à sa cousine le peu qu'elle fesait

(i) Voyei les lettres a son frère. « Je tous eort-

{'uxe de vivre commodément , et de manger les dix» mit mille francs de l'affaire que nous avons faite t nous en ferons d'autres. »

(a) Le compilateur des Mémoires de madame de Maintenon dit, tome IV, page zoo : ■ Roueseau, vipère acharnée contre tes bienfaiteurs , fi» des couplets satiriques contre le maréchal de Noailles. * Cela n'est pas vrai : il ne faut calomnier personne. Rousseau, très jeune alors , ne counaisi&it pas le premier maréchal de Noailles. Lee chansons satiriques dont il parle étaient d'un gentilhomme nommé de Cahanae , qui lea avouait hautement.

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pour sa famille ; et qu'elle lut avait dit en colère : « Vous voulez jouir de votre modération ) et que votre famille en soit la victime, o Madame de Maintenon oubliait tout, quand elle craignait de choquer les sentimens de Louis xiv. Elle n'osa pas même soutenir le cardinal de Noaillcs contre le père Le Tellier. fille avait beaucoup d'amitié pour Racine ; mais cette amitié ne fut pas assez courageuse pour le protéger contre un léger ressentiment du roi. Un jour, touchée de l'éloqnence avec laquelle il lui avait parié de la misère du peuple, en 1698, misère toujours exagérée, mais qui fut portée réellement depuis jusqu'à une extrémité déplorable , elle engagea son ami à faire un mémoire qui montrât le mal et le remède. Le roi le lut; et , en ayant témoigné du chagrin, elle eut la faiblesse d'en nommer l'auteur, et celle de ne le pas défendre. Racine, plus faible encore, fut pénétré d'une douleur qui le mit depuis au tombeau (1).

Du même fond de caractère dont elle «lait incapabl e de rendre service , elle l'était aussi de nuire. L'abbé de Ghoisy rapporte que le ministre Louvois s'était jeté aux pieds de Louis xiv pour l'empêcher d'épouser la veuve Scarron. Si l'abbé de Choisy savait ce fait, madame de Maintenon en était instruite; et non-seulement elle pardonna à ce ministre , mais elle apaisa le roi dans les mouvemens de colère que l'humeur brusque du marquis de Louvois inspirait quelquefois à son maître (a).

(1) Ce fait a été rapporté par le fila de l'illustre Racine , dans 1a vie de cou père.

(a) Qui croirait que dans le* Mémoires de madame de Maintenon, tome III , page tjî , il est dit que ce ministre craignait que fe roi ne l'empoisonnât. Il est bien étrange qu'on débile a Paria des horreara «i intentée* , à la suite de tant de tontes ridicule*.

Cette sottise atroce est fondée sur un bruit populaire qui courut à la mort du marquis de Louvois. Ce ministre prenait des eaux que Séron, son médecin , lui avait ordonnées , et que La ligerie, son chirurgien, lui f était boire. C'est ce mémo La Ligerie qui a donné au publio le remède qu'on nomme aujourd'hui la poudre de» Chartreux. Ce La Ligerie m'a souvent dit qu'il avait averti M. de Louvois qu'il risquait sa vie s'il travaillait en prenant des eaux. Le ministre continua son travail t û mourut presque subitement le 16 juillet 1691 , «t non paa en 169a, comme ledit l'auteur des mémoiresr La Ligerie l'ouvrit, et ne trouva d'nuire cause de sa mort que celle qu'il avait prédite, on s'avisa de soupçonner le médecin Séron d'avoir empoisonné une bouteille de ces eaux. Nous ayons vu combien ces funestes soupçons étaient

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Louis xiv , en épousant madame de Maintenon, ne se donna donc qu'une compagne agréable et soumise. La seule distinction publique qui fesait sentir son

alors communs. On prétendit qu'un prince voisin, que Louvois avait extrêmement irrité et mal traité* avait gagné le médecin Séron. On trouve une partie de ces anecdotes dans les Mémoires du marquis de La Faret page 149. La famille même de Louvois fit mettre en prison un Savoyard qui frottait dans la maison; mais ce pauvre homme, très innocent , fut bientôt reléché. Or, si l'on soupçonna, quoique très mal à propos, un prince ennemi de la France d'avoir voulu attenter à la vie d'un ministre de Louis XIV , ce n'était pas certainement une raison pour en soupçonner Louis XIV lui-même.

Le même auteur, qui dans les Mémoires de Maintenon a rassemblé tant de faussetés, prétend , au même endroit , que le roi dit « qu'il avait été défait la même année de trois hommes qu'il ne pouvait souffrir , le maréchal de La Feuil- Jade, le marquis de Seignelai , et le marquis de Louvois. • Premièrement , M. de Seignelai ne mourut point la même année i69r , mais en 1690 En second lieu, à qui Louis XIV, qui t'exprimait toujourt avec circonspection et en honnête homme, a-t-il dit des paroles si imprudentes et si odieuses ? à qui a-t-il développé une âme si ingrate et si dure? & qui a-t-il pu dire qu'il était bien aise d'être défait de trois hommes qui l'avaient **rvi avec le plut grand xèle? Est-il permis de calomnier ainti , sans la plus légère preuve , sans la moindre vraisemblance , la mémoire d'un roi connu pour avoir toujours parlé sagement ? Tout lecteur sens» ne voit qu'avec indignation cea recuella d'impoitures dont le public eat surchargé; et l'auteur des Mémoires de Maintenon mériterait d'être ehâtié, si le mépris dont il abuse ne le sauvait de la punition.

JV. B. On a prétendu que ce médecin Séron était mort empoisonné lui-même peu de temp» aprèj , et qu'on l'avait entendu répéter plus d'une fois pendant son agonie . « Je n'ai que ee que j'ai mérité ». Ces bruits sont dénués de preuves; et, si le prince qui en était l'objet eut souvent une politique artificieuse, jamais il ne fut accusé d'aucun orime particulier. Mais la crainte d'être empoisonné par l'ordre du roi, que La fitaumelle attribue à Louvois, est une véritable absurdité.

Louis XIV était fatigué du caractère dur et impérieux de Louvois; et l'ascendant qu'il avait laissé prendre à oe ministre lui était devenu insupportable.

L'indignation que les violences ordonnées par Louvois, etsurtoQt 1» deuxième incendie du Palatinat, avaient excitée en Europe contre Louis XIV, lui avaient rendu odieux un ministre dont les conseils le fêtaient haïr. On a dit aussi que Louis XrV avait promis à Louvois, confident de son mariage, de ne jamais reconnaître madame de Main*tenon pour reine, qu*il eut la faiblesse do vouloir oublier sa parole, et que Louvois la lui rappela avec une fermeté et une hauteur que ni le roi ni madame de Maintenon ne purent lui psrdonner.

Le chagrin et l'excès du travail accélérèrent sa mon.

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élévation secrète, c'est qu'à la messe elle occupait une de ces petites tribunes ou lanternes dorées , qui ne semblaient faites que pour le roi et la reine. D'ailleurs, nul extérieur de grandeur. La dévotion qu'elle avait inspirée au roi , et qui avait servi à son mariage , devint peu à peu un sentiment vrai et profond, que lage et l'ennui fortifièrent. Elle s'était déjà donnée , à la cour et auprès du roi , la considération d'une fondatiice , en rassemblant à Noisy plusieurs filles de qualité ; et le roi avait affecté déjà les revenus de l'abbaye de Saint-Denis à cette communauté naissante. Saint-Cyr fut bâti au bout du parc de Versailles en 1686. Elle donna alors à cet établissement toutes sa forme , en fit les réglcmens avec Godet Desmarcts , évèque de Chartres , et fut elle-même supérieure de ce couvent.

Elle y allait souvent passer quelques heures ; et , quand je dis que l'ennui la déterminait a ces occupations , je ne parle que d'après elle. Qu'on lise ce qu'elle écrivait à madame de La Maisonfort.

« Que ne puis-je vous donner mon expérience i que ne puis-je vous faire voir l'ennui qui dévore les grands , et la peine qu'ils ont à remplir leurs journées I Ne voyez-vous pas que je meurs de tristesse dans une fortune qu'on aurait peine à imaginer? J'ai été jeune et jolie; j'ai goûté les plaisirs ; j'ai été aimée partout. Dans un âgt* plus avancé, j'ai passé des années dans le commerce de l'esprit; je suis venue à 1 f&vcur, et je vous proteste, ma chère fille , que tous les états laissent un vide* affreux (*). »

Si quelque chose pouvait détromper de l'ambition , ce serait assurément cette lettre. Madame de Maintenon , qui pourtant n'avait d'autre chagrin que l'uniformité de sa vie auprès d'un grand roi» disait un jour au comte d'Aubigné , son frère : «Je n'y puis plus tenir, je voudrais être morte. » On sait quelle réponse il fit : • Yous avez donc parole d'épouser Dieu le père ? »

A la mort du roi, elle se retira entièrement à Saint-Cyr. Ce qui peut surprendre , c'est que le roi ne lui avait presque rien assuré. Il la recommanda seulement au duc d'Orléans. Elle ne voulut qu'une

(*) Cette lettre est authentique; et l'auteur Pavait déjà vue en manuscrit avant que le fils du grand Racine l'eût fait imprimez.

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pension de quatre-vingt mille livres, qui lui fut exactement payée jusqu'à sa mort, arrivée en 1719» le 1 5 d'avril. On a trop affecté d'oublier dans son épitaphe le nom de Scarron : ce nom n'est point avilissant, et l'omission ne sert qu'à (aire penser qu'il peut l'être.

(Siècle de Louis X.IV . ) MALPLAQUET ( bataille de) , i« septembre 1709. — La France était humiliée : les ressources s'épuisaient ; le crédit était anéanti; les peuples, qui avaient idolâtré leur roi dans ses prospérités , murmuraient contre Louis xiv malheureux*

Des partisans, à qui le ministère avait vendu la nation pour quelque argent comptant dans ses besoins pressans , s'engraissaient du malheur public, et insultaient à ce malheur par leur luxe. Ce qu'ils avaient prêté était dissipé. Sans l'industrie hardie de quelques négociant» , et surtout de ceux de Saint-Malo , qui allèrent au Pérou , et rapportèrent trente millions dont ils prêtèrent la moitié à l'état , Louis xiv n aurait pas eu de quoi payer ses troupes. La guerre avait ruiné la France , et des marchands la sauvèrent. Il en fut de même en Espagne. Les galions, qui ne furent pas pris par les Anglais, servirent à défendre Philippe.

Mais cette ressource de quelques mois ne rendait pas les recrues de soldats plus faciles. Cbamillart , élevé au ministère des finances et de la guerre , se démit , en 1708, des finances, qu'il laissa dans un désordre que rien ne put réparer sous ce règne; en 1709, il quitta le ministère de la guerre , devenu non moins difficile que l'autre. On lui reprochait beaucoup de fautes. Le public, d'autant plus sévère qu'il souffrait , ne songeait pas qu'il y a des temps malheureux où les fautes sont inévitables (1 ). Voisin , qui après lui gouverna l'état militaire, et Desmarets , qui administra les finances , ne purent ni faire des plans de guerre plus heureux , ni rétablir un crédit anéanti (a).

(1) L'histoire de Fez-jésuite La Motte, rédigée par La Martinière , dit crue Chanùllart fut deatitué du ministère des finance» en 170 3 1 et crue la voix

Eublique y appela le maréchal d'Hareourt. Le* LUtea de cet historien «ont sans nombre, (a) Pour bien juger Desmarers,il faut lire le mémoire môme qu'il présenta au régent pour lui rendre compte de son administration } Ce mémoire fait regretter que ce prince ne l'ai* pas laissé à la tétc des finances.

[1709] Le cruel hi?er de 1709 acheva de désespérer la nation. Les oliviers, qui sont u ne g r a n de ressource d ans 1 e m i d i d e la France, périrent. Presque tous les arbres fruitiers gelèrent. 11 n'y eut point d'espérarice de récolte. On avait très-peu de magasins. Les grains qu'on pouvait faire venir à grand Frais des Echelles du Levant et de l'Afrique pouvaient être pris par les flottes ennemies , auxquelles on n'avait presque plus de vaisseaux de guerre à opposer. Le fléau de cet hiver était général dans l'Europe , mais les ennemis avaient plus de ressources. Les Hollandais surtout , qui ont été si longtemps les facteurs des nations , avaient assez de magasins pour mettre les armées florissantes des alliés dans l'abondance, tandis que les troupes de France, diminuées et découragées, semblaient devoir périr de misère.

^ Le roi vendit pour quatre cent mille francs de vaisselle d'or. Les plus grands seigneurs envoyèrent leur vaisselle d'argent à la Monnaie. On ne mangea dans Paris que <3u pain bis pendant quelques mois. Plusieurs familles, à Versailles même , se nourrirent de pain d'avoine.

Mna de Maintenon en donna l'exemple.

Louis xiv, oui avait déjà fait quelques avances pour la paix , n'hésita pas , dans ces circonstances funestes , à la demander à ces mêmes Hollandais', autrefois si maltraités par lui.

Les Etats-Généraux n'avaient plus de stathouder depuis la mort du roi Guillaume ; et les magistrats hollandais, qui appelaient déjà leurs familles les familles patriciennes , étaient autant de rois. Les quatre commissaires hollandais, députés à l'armée, traitaient avec fierté trente princes d'Allemagne à leur solde. «Qu'on fasse venir Holstein , disaient-ils; qu'on dise à Hesse de nous venir parler (*). » Ainsi s'expliquaient des marchands qui , dans la simplicité de leurs vétemens et dans la frugalité de leurs repas, se plaisaient à écraser à la fois l'orgueil allemand qui était à leurs gages, et la fierté d'un roi autrefois leur vainqueur.

On les avait vus vendre , a bas prix ,

(*) C'est ce que l'auteur tient de la bouche de Yingt persoouei <xui lea entendirent parler ainsi à Lille , après la prise de eette Tille. Cependant U se 5 eut que ces expressions fassent moins l'effet d'une té groMière que le style laconique asves en usage is lire années.

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leur attachement a Louis xiv, en i665 ; soutenir Jeu rs malheurs en 1G72, et les ré -

}>arer avec un courage intrépide ; et alors ls voulaient user de leur fortune. Ils étaient bien loin de s'en tenir à faire voir aux hommes, par de simples démonstrations de supériorité, qu'il n'y a de vraie grandeur que la puissance : Us voulaient queleurétateûten souveraineté dix villes en Flandre , entre autres Lille qui était entre leurs mains , et Tournai qui n'y était pas encore. Ainsi les Hollandais prétondaient retirer le fruit de la guerre , nonseulementaux dépens delà France, mais encore aux dépens de l'Autriche pour laquelle ils combattaient ; comme Venise avait autrefois augmenté son territoire des terres de tous ses voisins. L'esprit repu blicain est au fond aussi ambitieux que « l'esprit monarchique.

Il v parut bien quelques mois après; car, lorsque ce fantôme de négociation Tut évanoui , lorsque les armes des alliés eurent encore de nouveaux avantages , le duc de Marlhorough, plus maître alors qnc sa souveraine en Angleterre , et gagné par la Hollande \ fit conclure avec les Etats-Généraux , en 1709 , ce célèbre traité de la barrière , par lequel ils resteraient maîtres de toutes les villes frontières qu'on prendrait sur la France, auraient garnison dans vingt places de la Flandre, aux dépens du pays, dans Huy, dans Liège et dans Bonn ; et auraient en toute souveraineté la Haultc Gueldre. Us seraient devenus en effet souverains des dix -sept provinces des Pays-Bas; ils auraient dominé dans Liège et dans C0I0-' gne. C'est ainsi qu'ils voulaient s'agrandir sur les ruines mêmes de leurs alliés. Us nourrissaient déjà ces projets élevés , quand le roi leur envoya secrètement lu président Rouillé pour essayer de traiter avec eux. y

Ce négociateur vit d'abord dans Anvers deux magistrats d'Amsterdam, Bruys et Vanderdussen , qui parlèrent en vainqueurs , et qui déployèrent avec l'envoyé du plus fier des rois toute la hauteur dont ils avaient été accablés en 167a. On affecta ensuite de négocier quelque temps avec lui, dans un de ces villages que les généraux de Louis xiv avaient mis autrefois à feu et à sang. Quand on l'eut joué assez long-temps , on lui déclara qu'il fal* lait que le roi de France forçât le roi soi* petit-fils à descendre du trône sans aucun dédommagement ; que l'électeur de

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Bavière François-Marie et son frère l'électeur de Cologne, demandassent grâce , ou que le sort des armes ferait les traités.

Les dépêche* desespérantes du président de Rouillé arrivaient coup sur coup au conseil , dans le temps de la plus déplorable misère où le royaume eût été réduit dans les temps les plus funestes. L'hiver de 1709 laissait des traces affreuses; le peuple périssait de famine. Les troupes n'étaient point payées; la désolation était partout. Les gémissemeus et les terreurs du publie augmentaient encore le mal.

• Le conseil était composé du dauphin , du duc de Bourgogne , son fils , du chancelier de France l'ontxliartrain , du duc de Beauvilliers, du marquis de Torci , du , secrétaire d'état de la guerre Chamillart, et du contrôleur général Desmarets. Le duc de Beauvilliers fit. une peinture si touchante de l'état où la France était réduite, que le duc de Bourgogne en versa des larmes, et tout le conseil y mêla les siennes. Le chancelier conclut à faire la paix à quelque prix que ce put être. Les ministres de la guerre et des finances avouèrent qu'ils étaient sans ressource.

« Une scène si triste , dit le marquis de Torci , serait difficile à décrire, quand même il serait permis de révéler le secret de ce qu'elle eut de plus touchant. » Ce secret n'était que celui des pleurs qui couplèrent.

Le marquis de Torci , dans cette crise, proposa d'aller lui-même partager les outrages qu'on lésait au roi dans la personne du président Rouillé; mais comment pouvait-il espérer d'obtenir ce que les vainqueurs avaient déjà refusé ? il ne devait s'attendre qu'à des conditions plus dures.

Les alliés commençaient déjà la campagne, [aa inai ,170(1] Torci va sous un nom emprunté jusque dans la Haye. Le grand pensionnaire Heinsius est bien étonné quand on lui annonce que celui qui est regardé chez les étrangers comme le principal ministre de France , est dans son antichambre. Heinsius avait été autrefois envoyé en Fiance par le roi Guillaume, pour y discuter ses droits sur la principauté d'Orange. 11 s'était adressé à Louvois , secrétaire d'état ayant le département du Dauphiné, sur la frontière duquel Orange est située. Le ministic de Guillaume parla vivement , nousculement pour son martre, mais pour les réformés d'Orange. Croirait oq que Louvois

lui répondit qu'il le ferait mettre à la Bastille (*). Un tel discours tenu à un sujet eût été odieux; tenu à un ministre étranger, c'était un insolent outrage au droit des natious. On peut juger s'il avait laissé des impressions profondes dans le cœur du magistrat d'un peuple libre.

Il y a peu d'exemples de tant d'orgueil suivi de tant d'humiliations. Le marquis de Torci, suppliant dans la Haye, au nom de Louis xiv, s'adressa au prince Eugène et au duc Marlborough , après avoii perdu son temps avec Heinsius. Tous trois voulaient la continuation de la guerre. Le prince y trouvait sa grandeur et sa vengeance; le duc, sa gloire et une for* tune immense, qu'il aimait également; le troisième , gouverné par le* deux autres, se regardait comme un Spartiate qui abaissait un roi de Perse. Ils proposèrent non pas une paix, mais une trêve; et pendant cette trêve une satisfaction entière pour tous leurs allies, et aucune pour les alliés du roi , à condition que le roi se joindrait à ses ennemis pour chasser d'Espagne son propre petit-fils dans l'espace de deux mois, et que, pour sûreté, il commencerait par céder à jamais dix villes aux Hollandais dans la Flandre , par rendre Strasbourg et Brisach , et par renoncer à la souveraineté de l'Alsace.

Louis xiv ne s'était pas attendu, quand il refusait autrefois un régiment au prince Eugène , quand Churchil n'était pas encore colonel en Angleterre , et qu'à peine le nom de Heinsius lui était connu, qu'un jour ces trois hommes lui imposeraient de pareilles lois. En vain Torci voulut tenter Marlborough par l'ofire de quatre millions : le duc, qui aimait autant la gloire que l'argent, et qui, par ses gains immenses produits par des victoires, était au-dessus de quatre millions, laissa au ministre de France la douleur d'une proposition honteuse et inutile.

Torci rapporta au roi les ordres de ses ennemis. Louis xiv fit alors ce qu'il n'avait jamais fait avec* ses sujets. 11 se justifia devant eux ; il adressa aux gouverneurs des provinces , aux communautés des villes, une lettre circulaire par laquelle , en rendant compte à ses peuples du fardeau qu'il était obligé de leur faire encore soutenir , il excitait leur indi-

cé Vovci lea Mémoires de Torci, lome ITT, page x ; il* ont coofirmé tout ce qui cat âYancé ici.

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gnation , laur honneur el mtme leur, pitié (*). Les politiques dirent que Torci n'était allé s'humilier a la Haye que pour . mettre les ennemis dans leur toit , pour justifier Louis xiv aux yeux de l'Europe , et pour animer les Frauçais par le ressentiment de l'outrage fait en sa personne à la nation ; mais il n'y était allé réellement que pour demander la paix. On laissa même encore quelques jours le président Bouillé à la Haye, pour tSchcr d'obtenir des conditions moins accablantes : et , pour toute réponse , les Etats ordonnèrent à Bouillé de partir dans vingt-quatre heures.

Louis xiv , à qui l'on rapporta des réponses si dures , dit en plein couseil : « Puisqu'il faut faire la guerre , j'aime mieux la faire à mes ennemis qu'à mes eufans. » Il se prépara donc à tenter encore la fortune en Flandre. La famine , qui désolait les campagnes, fut une ressource pour la guerre. Ceux qui manquaient de pain se /iront soldats. Beaucoup de terres restèrent en friche; mais on eut une armée. Le maréchal de Villars, qu'on avait envoyé commander l'année précédente, en Savoie, quelques Groupes dont il avait réveillé l'ardeur, et qui avait eu quelques petits succès, fut rappelé en Flandre comme celui en qui l'état mettait son espérance.

Déjà Warlhorough avait pris Tournai, dont Eugène avait couve rt le siège. Déjà ces deux généraux marchaient pour investir Mons. Le maréchal de Villars s'avança pour les en empêcher. 11 avait avec lui le maréchal de BoufUcrs, son ancien, qui avait demandé à servir sous Juî.

Boufllers aimait véritablement le roi et la patrie. Il prouva en cette occasion (malgré la maxime d'un homme de beaucoup d'esprit) que , dans un état monarchique , et surtout sous un bon maître ,

(*) L'auteur des Mémoires dr méfiante de JUaintenon dit , page 9* et 93 du tome V, que ■ le due de Marlborough elle prince Eugène gagnèrent Heinsius , » comme «i Heinsius avait eu besoin d'être gagné. Il met dans lu bouche de Louis XIV, au lieu des belle* paroles qu'il prononça en plein conseil , ces mots bas et plats : uilors comme alors. Il cite l'auteur du Siècle de Louis XIV, et le reprend d'avoir dit que m Louis xrT fit afficher sa lettre circulaire dans Je» rues de Paris, a Nous avons confronté toutes les éditions du Siècle de Louis XIV. Il n'y a pas un seul mot de ce que cite cet homme , pas même dans r édition subreptice qu'il fit à Francfort en 175a.

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il y a des vertus. Il y en a sans doute tout autant que dans les républiques, avec moins C&Jknthousiasmc peut-être , mais avec plus de ce qu'on appelle honneur (*).

Dès que les Français s'avancèrent pour s'opposer à l'investissement de Mous , les alliés vinrent les attaquer près des bois de Blangies et du village de Malplaquet.

L'année des alliés était d'environ quatre-vingt mille, combattant et celle du maréchal de Villars d'environ soixante et dix mille. Les Français traînaient avec

(*) Cet endroit mente d'être éclairci. L'auteur célèbre de l'Esprit des lois dit que l'honneur est le principe des gouvernemens monarchiques, et la vertu le principe des gouvernemens républicains.

Ce «ont là des idées vagues et confuse* qu'on a attaquées d'une manière aussi vague, parée que> rarement on convient de la valeur des termes, rarement on s'entend. L'honneur est le désir d'être honoré , d'être estimé : de li vient l'habitude do ne rien faire dont on puisse rougir. La vertu est l'accomplissement des devoirs indépendamment du deiir de l'estime ; de là vient que l'honneur est commun , la vertu rare.

Le principe d'une monarchie ou d'une république n'est ni l'honneur ni la vertu. Une monarchie est fondée sur le pouvoir d'un seul; une république est fondée sur le pouvoir que plusieurs ont d'empêcher le pouvoir d'un seul. La plupart des monarchies ont été établies par de* chefs d'armées, les républiques par des citoyens assemblés. L'honneur est commun à tous les hommes, et la vertu rare dans tout gouvernement. L'amour- propre de chaque membre d'une republique veille sur l'amour-propre des autres ; chacun voulant être maître, personne ne l'est; l'ambition de chaque particulier est un frein public, et l'égalité règne. I

Dan* une monarobie affermie, l'ambition né peut s'élever qu'en plaisant au maître, ou à ceux qui gouvernent sous le maître. Il n'y a dans ces premiers ressorts ni honneur ni vertu , de part ni d'autre; il n'y a que de l'intérêt. La vertu est en tout pays le fruit do l'éducation et du caractère. Il est dit dans V Esprit des lois , qu'il faut plus devertu dans unerépublique ; c'est en un sens tout le contraire : il faut beaucoup plus de vertu dans une cour pour résister à tant de séductions. Lo duc de Monta usier, le ducdeBcauvilliers, étaient des botnmes d'une vertu très austère. Le maréchal de Villeroi joignit des mouirs plus douces a uno probité non moins incorruptible. Le marquis da Torci a été un des plus honuêtes hommes de l'Europe, dans une place où la politique permet le relâchement* dans la morale. Les contrôleurs généraux Le Pelletier et Chamillart passèrent pou*, être moins habiles que vertueux.

Il faut avouer que Louis XIV, dans cette guerre malheureuse , ne fut guère entouré que d'hommes irréprochables ; c'est une observation très vraie et très importante dans une histoire où les mœurs ont tant de part.

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eux quatre-vingts pièces de canon , les alliés cent quarante. Le duc de Marlborough commandait l'aile droite, où étaient les Anglais et les troupes allemandes à la solde d'Angleterre. Le prince Eugène était au centre ; TiUi et un comte de Nassau, à la gauche avec les Hollandais.

£ i#r septempre 1709] Le maréchal de Villars prit pour lui la gauche, et laissa la droite au maréchal de Boufilers. Il avait retranché son armée à la hâte , manœuvre probablement convenable à des troupes inférieures en nombre, long-temps malheureuses , dont la moitié était composée de nouvelles recrues, et convenable encore à la situation de la France, qu'une défaite entière eût mise aux derniers abois. Quelques historiens ont blâmé le général dans sa disposition : « Il devait , aisaient-ili, passer une large trouée, au lieu de la laisser devant lui. a Ceux qui de leur cabinet jugent ainsi ce qui se passe sur un champ de bataille, ne sontils pas trop habiles ?

• Tout ce que je sais, c'est ce que le maréchal dit lui-même que, les soldats qui, ayant manqué de pain un jour entier, venaient de Je recevoir, en jetèrent une partie pour courir plus légèrement au combat. Il y a eu, depuis plusieurs siècles ,

f>eu de batailles plus disputées et plus ongues, aucune plus meurtrière. Je ne dirai autre chose de cette bataille que ce qui fut avoué de tout le monde. La gauche des ennemis, où combattaient les Hollandais, fut presque toute détruite , et même poursuivie , la baïonnette au bout du fusil. Marlborough , à la droite, fesaitet soutenait les plus grands efforts. Le maréchal de Villars dégarnit un peu son centre pour s'opposer à Marlborough; et alors même ce centre fut attaqué. Les retranchemens qui le couvraient furent emportés. Le régiment des gardes , qui les défendait , ne put résister. Le maréchal, en accourant de sa gauche à son centre, fut blessé , et la bataille fut perdue. Le champ était jonché de près de trente mille morts ou mourans.

On marchait sur les cadavres entassés , surtout au quartier des Hollandais. La France ne perdit guère plus de huit mille hommes dans cette journée. Ses ennemis en laissèrent environ vingt et un mille tués ou blessés; mais, te centre étant forcé, les deux ailes coupées , ceux qui avaient fait le plus grand carnage furent les vaincus.

Le maréchal de Boufilers (*) fit la retraite en bon ordre, aidé du prince de Tingri-Montmorenci, depuis maréchal de Luxembourg , héritier du courage de ses pères. L'armée se retira entre le Qucsnoy et Valenciennes , emportant plusieurs drapeaux et étendards pris sur les ennemis.Ces dépouilles consolèrent Louis xiv : et on compta pour une victoire l'honneur de l'avoir disputée si long-temps , et de n'avoir perdu que le champ de bataille. Le maréchal de Villars, en revenant à la cour, assura le roi que sans sa blessure il aurait remporté la victoire. J'en ai vu ce général persuadé; mais j'ai vu peu de personnes qui le crussent.

On peut s'étonner qu'une armée, qui avait tué aux ennemis deux tiers plus de monde qu'elle n'en avait perdu , n essayât pas d'empêcher que ceux qui n'avaient eu d'autre avantage que celui de coucher au milieu de leurs morts , allassent faire le siège de Mons. Les Hollandais craignirent pour cette entreprise. Ils hésité-

(*) Dan* le livre intitulé1 î Mémoire» du maréehal df Berwick , il eat dit que le maréchal do Bermflk fit cette retraite. Cest ainsi que tant de mémoire* «ont écrits. On trouve dans ceux de madame de Maintenon par La Beanmclle , tome V, page 99, que les alliés accusèrent le maréchal de Villars c de s'être blessé lui-même, et que les Français lui reprochèrent de s'être retiré trop tôt. a Ce aoot deux impostures ridicules. Ce général arait reçu un coup de carabine audessous du genou, qui lui fracassa l'os, et qui le fit boiter toute sa vie. Le rot lui envoya le sieur Maréchal , son premier chirurgien , qui seul empêcha qu'on lui coupât la cuisse. C'est ce que je tiens de la bouohe de M. le maréchal de Villars et de ce chirurgien célèbre : c'est ce que tous les officiers ont su ; c'est ce que M. le duc de Villars daigne me confirmer par ses lettres. U n'op-

Cwe que le mépris aux sottises insolentes et camnieuses de La Beaumelle.

iV. B. Le maréchal de Berwick défendit le Danphiné et la Provence contre le due de Savoie pendant les campagnes de 1709, »7*o, 1711 et 171s, avee beaucoup de succès, et malgré une grande infériorité de forces. Ces campagnes, pendant lesquelles il n'y eut aucune action d'éclat, lui ont fait plus d'honneur auprès des militaire* que la victoire d' Aimanta et la prise de Barcelonne, et l'ont placé, dans l'opinion des hommes éclairés, fort au-dessus de plusieurs généraux qui ont eu des succès plus brillans. Il fut envoyé en Flandre après la bataille du Malplaquet, pour faire lever le siège de Mons , entreprise qu'il ne trouva point praticable: c'est ce qui a trompé l'auteur des faux mémoires de Berwiclc. M. de Voltaire ne parle point de ses campagnes de Dauphin** ; mais il avait passé sa jeunesse chea les princes de Vendôme et le maréchal de Villars qui n'aimaient pas le maréchal de Bcrwick.

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rent. Mais le nom de bataille perdue impose aux vaincus, et les décourage.

Les hommes ne font jamais tout re qu'ils peuvent faire; et le soldat à qui on dit qu'il a été battu craint de l'être encore. Ainsi Mons fut assiégé et pris, et toujours pour les Hollandais, qui le gardèrent, ainsi que Tournai et Lille.

( Essai sur Us mœurs. ) MALTE. (île de) — solimaw l'assagi m pusorhs (i565.^ — Les chevaliers de Malte se soutenaient dans celte île, que Charles-Quint leur donna après que Soliman les eut chassés de Rhodes en i5a3. Le grand-maître Villiers l'Isle- Adam , ses chevaliers et les Rhodiens attachés à eux , furent d'abord errons de ville en ville, à Messine, à Gallipoli, à Rome, à Viterbe. L'Isle-Adam alla jusqu'à Madrid implorer Charles-Quint; H pansa en France, en Angleterre, tâchant de relever partout les débris de son ordre qu'on croyait entièrement ruiné. Charles- Quint fit présent de Malle aux chevaliers, cd i5a5 , aussi-bien que de Tripoli; mais Tripoli leur fut bientôt enlevé par les amiraux de Soliman. Malte n'était qu'un rocher presque stérile. Le travail y avait forcé autrefois la terre à Être féconde, quand ce pays était possédé par les Carthaginois ; car les nouveaux possesseurs y trouvèrent des débris de colonnes, de grands édifices de marbre , avec des inscriptions en langue punique. Ces restes de grandeur étaient des témoignages que le pays avait été florissant. Les Romains ne dédaignèrent pas de le prendre sur les Carthaginois ; les Arabes s'en emparèrent au neuvième siècle; et le normand Roger, comte de Sicile , l'annexa à la Sicile vers la fin du douzième siècle. Quand Villiers l'Isle-Adam eut transporté le siège de son ordre dans cette lie, le même Soliman , indigné de voir tous les jours ses vaisseaux exposés aux courses des ennemis qu'il avait cru détruire, voulut prendre Malte comme il avait pris Rhodcit. 11 envoya trente mille soldats devant cette petite place , qui n'était défendue que par sept cents chevaliers. [1 565] Le grand-maître, Jean de La Valette, âgé de soixante et onze ans, soutint quatre mois le siège.

Les Turcs montèrent à l'assaut en plusieurs endroits différens : on les repoussait avec une machine d'une nouvelle invention ; c'étaient de grands cercles de bois couverts de laine enduite d'eau-de-

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vie , d'huile , de salpêtre et do poudre à canon ; et on jetait ces cercles enflammé» sur les assaillans. Enfin , environ six mille hommes de secours étant arrivés de Sicile , les Turcs levèrent le siège. Le principal bourg de Malte , qui avait soutenu le plus d'assauts, fut nommé la Cité V ictoricuse , nom qu'il conserve encore aujourd'hui. Le grand-maître de La Valette fit bâtir une cité nouvelle , oui porte le nom de La Valette , et qui rendit Malte imprenable. Cette petite lie a toujours , depuis ce temps, bravé toute la puissance ottomane; mais l'ordre n'a jamais été assez riche pour tenter de grandes conquêtes, ni pour équiper des flottes nombreuses. Ce monastère de guerriers ne subsiste guères que des bénéfices qu'il possède dans les états catholiques , et il a fait bien moins de mal aux Turcs que les corsaires algériens n'en ont fait aux chrétiens.

(Annalet de l'Empire.)

MARECHAL DE CAMP. — taocaa n'en orne 1 sa decb gbadb coktbb quelques citoyens dk pabis su 1 77 â . — Kon seulement il s'agit dans ce procès étonnant d'une somme de cent mille écus, sans compter les frais immenses ; non Feulement l'affaire est criminelle , mais l'honneur y est en péril encore plus que la fortune. C'est le public qui est juge souverain de l'honneur : il faut donc que le public soit parfaitement instruit.

Tous les faits avancés par les avocats des deux parties sont contradictoires ; ils allèguent desraisons non moins opposées : U y a des témoins de part et d'autre ; chacun des plaideurs traite les témoins qui ne lui sontpas favorables de subornés et de parjures. Les deux adversaires se disent l'un à l'autre : « Vous me volez cent mille écus. »

Le prêteur crie à l'emprunteur : «Je vous ai apporté chez vous . le i3 septembre 1771 , douze mille quatre cent vingtcinq louis d'or , en treize voyages à pied ,

1)0ur rendre cette négociation secrète seon vos vues; j'ai couru pendant cinq lieues pour vous donner tout le bien de mon aïeule. •

— «C'est un mensonge aussi impudent que ridicule , répond l'emprunteur : )c n'ai reçu de vous que douze cents francs, dans votre chambre ; c'était le H septembre. » .

— « Mais voilà vos billets à ordre signés de vous, lui réplique le prêteur

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Voilà plus encore, s'il est possible; reconnaissez celte promesse que vous me fîtes, le 24 septembre , d'accepter les conditions auxquelles je vous fesais prêter ces cent mille écus. Vous approuvâtes par écrit mon opération; vous vous engageâtes, ce jour du a4> à me faire vos billets dès que vous auriez reçu l'argent : vous l'avez reçu ; osez- vous bien réclamer contre vos deux signatures ? »

— « Votre fourberie est aussi insolente qu'absurde, répond l'emprunteur. 11 est impossible que vous m'avez compté cent miile écus, le a3 septembre, comme vous le dites, si je vous ai signé le 34 que je vous ferais mes billets dès que j'aurais l'argent. Cela seul manifeste votre manœuvre criminelle. »

Le préteur ne s'intimide pas. Il répond : m Cette pièce ne peut me nuire ; elle était restée entre vos mains; c'est vous qui l'avez remise entre celles des juges; elle est écrite par votre secrétaire, et non par moi ; vous l'avez signée du jour qu'il vous a plu. J'ai d'autres pièces assez victorieuses pour vous confondre;

i"ai vos quatre billets pour trois cent mille ivres et les intérêts, à l'ordre de ma grand'mère : un maréchal de camp ne m'aurait pas fait ces billets s'il n'avait reçu la somme. Ces titres incontestables reçoivent un surcroît de force par les dépositions de quatre témoins qui m'ont vu compter l'or et le porter. »

— « 11 est évident que ce sont de faux témoins, lui dit le gentilhomme inculpé. Votre grand'mère-, au profit de laquelle vous m'avez fait donner mes billets à ordre, m'était absolument inconnue ; vous me dites dans votre chambre que cette femme était la veuve d'uu banquier à laquelle une compagnie devait les trois cent mille livres que vous promettiez de me faire prêter. Vous étiez mon courtier, et non mon préteur; vous m'avez trompé en tout : il se trouve que cette prétendue créancière d'une prétendue compagnie est votre grand'mère qui prête un peu d'argent sur gages , et que vous avez engagé toute votre famille dans votre fourberie. •

Le prêteur insiste : 0 Quoi ! vous ne me fîtes pas ebez vous treize billets au nom de ma grand'mère , le a3 septembre, jour auquel je vous apportai dans mes poches douze mille quatre cent vingt-cinq louis d'or en treize voyages! et le lendemain vous *e vîntes pas chez moi changer vos treize

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billets contre quatre autres que vous fîtes sur ma table?»

— « Rien n*est plus faux , ni plus mal imaginé, ni pins extravagant, ni plus incroyable, dit le gentilhomme; je vous ai fait chez vous , le »4 septembre , quatre billets montant à la somme de 327,000 livres pour le principal et les intérêts; je vous confiai ces billets sur lesquels vous ne me les avez jamais données ; vous ne pouviez jamais les avoir ; vous me volez par une friponnerie avérée que vous déguisez par les plus grossiers mensonges. »

— « C'est vous qui me volez indignement, réplique l'autre; et on voit plus de gentilshommes chargés de dettes trahir leur honneur pour ne les point payer, qu'on ne voit de familles bourgeoises comploter de voler au péril de leur vie un gentilhomme, et surtout un gentilhomme obéré. »

Ce procès étrange, entre un maréchal de camp et des citoyens obscurs , devient bientôt une querelle entre la noblesse et la bourgeoisie : tout Paris prend parti; tous les esprits s'aigrissent; plus on instruit la cause et plus les préventions , les contradictions, les animosités augmentent des deux côtés.

On recherche toute la vie de son adversaire, on ne convient sur rien; on empoisonne toutes ses actions, on se blanchit pour le noircir ; il y a pourtant de part ou d'autre une fraude manifeste ; tranchons le mot, un crime honteux. Les juges pourront prononcer seulement sur les pièces, sur les témoignages, sur la loi ; l'honneur est d'une autre espèce. Il dépend de l'opinion publique; et cette opinion ne peut être que le résultat des probabilités.

Il se peut qu'un homme soit justement condamné par les lois à payer ce qu'il ne doit pas , si on produit ses propres billets signes de lui avec trop de facilité, si des témoins ou trompés ou trompeurs persistent à le charger, et surtout si, dans le cours de l'a U aire, il a fait ou occasionné malheureusement quelques démarche* contraires aux lois. Mais alors, en perdant son argent, il ne peut perdre sa réputation : il ne portera que la peine d'une imprudence.

Résumons donc ici les principales probabilités qui peuvent détermiuer le public. Peut-être ces vraisemblances accumulées , et portées jusqu'à un degré

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approchant de la conviction, ne seront pas méprisées par les juges mômes.

i° Il parait très vraisemblable que ni le prêteur, ni son aïeule, ni sa famille n'ont jamais pu disposer de cent mille écus. On a vu de vieilles avares très ri~ ches; mais, plus on est avare, moins on prête tout son bien à un militaire chargé de dettes. Une telle imbécillité serait aussi incroyable que le roman de la fortune de cette grand'mère qui est un principal personnage dans l'affaire.

a° Ce jeune homme*, son petit-fils, qui prétend avoir prêté tout le bien de son aïeule; ce jeune homme achevant son droit par bénéfice d'âge, passant sa vie dans les salles d'armes et avec des gens de la lie du peuple , ne peut guère avoir eu assez de crédit pour faire prêter ces cent mille écus par d'autres.

5° On allègue qu'il est docteur ès lois , qu'il a été très bien élevé et à grands frais, et que son aïeule allait lui acheter une charge de magistrat : mais quel magistrat qu'un homme qui écrit ce qu'on va lire 1

line sera pas dit qu'un honnête homme comme moi passe pour avoir escroqué des titres qui ne lui sont pas dus , et que four le tout à droit 'de mon voisin ie qualifiât* de f.... fripon on lui couperait le visage (*).

Monsieur, je vous prie de m' obliger de suivre de point en point la lettre que j'ai eut l'honneur de vous écrire,

J'esper que quelque-jour vous connoit croit nôtre innocence , et que vous ne fouroit point vous empêché de me plaindre , etc. V eus verrez l'extirpation d'honneur que vous voulez me faire.

Vous serez obligé de me réparer.

Vous cherchez a enpauseraunepauvre /cm me.

De telles expressions, une telle orthographe ne sont pas d'un homme élevé si noblement , et qui pouvait avoir une charge de conseiller au parlement, lorsqu'on les vendait encore. Loquela tua manifestutn te facit. Et les habitudes, les liaisons d'un tel homme avec des cochers et des laquais , suffisent pour le rendre très suspect. 11 faut avouer que ces premières probabilités contre lui sont assez fortes*

4° L'histoire qu'il fait de treize voyages

O Voysa let mémoire j du «leur La Ville.

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consécutifs à pied , pour porter secrètement de l'or, le a3 septembre, au même gentilhomme auquel il donne publiquement un sac d'argent le lendemain, est si dénuée de vraisemblance, si contradictoire , si opposée au sens commun , si extravagante, qu'elle ne serait pas souffert» dans le roman le plus ridicule et le plus incroyable. Cela seul pest indigner tout homme impartial qui ne cherche que la vérité.

5° Quand l'officier général, qui s'est tristement compromis avec de tels personnages, qui s'est rabaissé jusqu'à s'exposer à recevoir des lettres offensantes d'une courtière et de ce docteur ès lois, s'abaisse encore en allant implorer le magistrat de la police contre ses propres billets; quand les menaces des délégués de ce magistrat forcent le docteur et sa mère à faire l'aveu de leur crime ; quand tous deux, sans être contraints, signent chez un commissaire que l'histoire des treize voyages est fausse ; que jamais le gentilhomme n'a reçu les cent mille écus ; qu'on ne lui a prêté que douze cents Uv. ; alors tout semble éclairci. Il n'est pas dans la nature (je le répète ici) qu'une mère et un fils avouent qu'ils sont coupables, quand un péril inévitable ne les y force pas.

Je veux que deux délégués de la police aient outre-passé leurs pouvoirs; qu'un procureur nommé pour examiner l'aiTaire et en rendre compte se soit érigé mal à propos en juge; qu'il ait fait prêter serment ; qu'un autre officier de la police ait traité la mère et le fils avec dureté : ils sont en cela très réprchensibles ; mais leur faute n'a rien de commun avec le crime avoué par la mère et le fils. On s'est écarté de la loi avec eux ; mais ils n'ont pas moins fait leur aveu légalement devant un commissaire; ils ne Vont pas moins fait librement; ils pouvaient aisément protester devant ce commissaire contre les vexations illégales de ces deux hommes sans caractère. Plus on avait exercé contre eux de violences, plus ils étaient en droit de demander hautement une justice qu'on ne pouvait leur refuser.

Le fils et la mère disent qu'on les a battus chez le procureur. Je veux que la chose soit vraie; c'est pour cela même qu'ils devaient crier à la tyrannie. Quel est l'homme qui signera en justice qu'il est un scélérat, parce qu'on l'a maltraité ailleurs F Quel homme consentira à perdre

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librement d'un trait de pin me cent mille écus, parce qu'on aura précédemment usé de quelque violence envers lui ? C'est a peine ce qu'il pourrait faire s'il était appliqué à la torture.

Mais qu'une mère et un fils, un docteur es lois, signent ainsi leur condamnation quand ils sont innocens ; qu'ils se dépouillent eux-mêmes de tous leurs biens ; c'est de quoi il n'y a pas un seul exemple : la force de la vérité et le trouble qui suit le crime peuvent seuls arracher un tel aveu.

Cet aveu juridique paraît être le dénouement de toute l'affaire; il ne peut avoir été dicté par cette crainte que les jurisconsultes appellent metus codent in con stantem v irum . Ce n'était qu'en niant leur crime, non oas en le confessant, que la mère et le nls pouvaient se mettre en sûreté : ils n'avaient rien à redouter que leur propre confession ; et ils la font 1 tant le premier remords attaché au crime, en présence d'un seul homme de loi , les a transportés hors d'eux-mêmes, et leur a ôté cette fermeté qui est rarement inébranlable!

Ce qui doit surtout faire penser que cet aveu était très sincère , c'est qu'il est articulé expressément par leurs avocats , que le docteur ès lois dit aux délégués de la police qui l'interrogeaient : Je signerait si Von veut , que j'ai vole tout Paris.

Certainement un tel discours n'est point celui de l'innocence : c'est plutôt celui du crime et de la bassesse. On ne dit point, Je signerai que j'ai volé tout Paris , quand on peut sauver cent mille écus qui nous appartiennent, et échapper aux galères en ne signant rien.

6° Plusieurs jours après ils paraissent avoir eu le temps de reprendre leurs esprits ; ils se sont raffermis ; on leur a donné des conseils. On voit tout d'un coup paraître sur la scène un nommé Aubourg , autrefois domestique, puis tapissier, et maintenant préteur sur gages; il achète de la grand'roère ce procès funeste ; il s'engage à le poursuivre n ses frais. Ainsi , daus toute cette allaire, il y a d'un côté des prêteurs et des prêteuses sur gages, des entremetteuses, des courtières; et, de l'autre, est un officier général endetté , qui cherchait à rétablir ses affaires par un emprunt. De quel côte est la vraisemblance la plus lavorablef

7° Le testament de la grand 'mère du

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docteur ès lois, qui parait au premier coup d'œii un témoignage terrible contre l'officier général, semble, quand il est examiné de près, une nouvelle preuve du crime du docteur ès lois. La grand'mère avait dit auparavant, et son petitfils l'avait dit avec elle, que sa fortune entière consistait en trois cent mille liv. : on assurait que cette fortune venait d'un fidéicommis de son mari , et que son argent, auquel elle n'avait point touché pendant trente années, lui avait été remis par un nommé Chotard, qu'on prétend être mort insolvable.

Cependant elle déclare dans son testament qu'elle a prêté et avancé à sa fille , mère du docteur ès lois , deux cent mille liv. argent comptant, outre ces cent mille écus qu'elle réclame.

Elle assurait, avantee testament, qu'elle avait toujours caché son bien à sa fille; et maintenant voici deux cent mille francs qu'elle lui a donnés. On voit une femme qui subsistait à peine d'une industrie honteuse, et qui meurt dans un galetas, riche de cinq cent mille liv. au lieu de trois cent mille. Ou elle a menti toute sa vie, ou elle ment À l'heure de la mort.

Elle déclare qu'elle a prêté à l'officier générai trois cent mille liv. qui lui ont été portées en or, par son pctit~fits,cn plusieurs voyages ; et cependant elle n'en a rien vu. Elle confirme le marché qu'elle a fait de son procès avec le nommé Aubourg, préteur sur gage: presque tout son testament ressemble a un plaidoyer dicté par une partie intéressée.

Cette pièce enfin; jointe à toutes les présomptions contre la famille des accusés, semble mettre toutes les probabilités du côté de l'officier général et contre les prétendus prêteurs.

Si tout cela n'est pas une preuve démonstrative en justice, c'en est une trèsforte en morale. Il n'y a, je crois, personne qui puisse se persuader, sur cet ex-

Kosé , que le maréchal de camp ait ourdi i trame la plus noire, pour voler trois cent mille liv. à une pauvre famille obscurément reléguée dans un troisième étage de la rue Saint- Jacques. Pour que cet officier, cet ancien gentilhomme , ce père de famille, fût coupable d'une lâcheté si atroce, il faudrait qu'il eût raisonné ainai : « Je suis endetté; je vais, pour me libérer, emprunter cent mille écus d'une famille qui parait très-peu riche. Dès <jue je les aurai, je jurerai ne les avoir poiut

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reçus. J'accuserai la famille d'avoir érigé mes billets pour les négocier, et de ne m 'avoir point donné d'argent. Je ferai mettre cette famille au cachot ; je pourrai la faire punir d'une peine afflictive, et je jouirai de tout son bien que je lui aurai volé. Pour mieux faire réussir mon horrible dessein, je refuserai de payer cent écus à la courtière qui m'aura fait prêter cette somme immense : par là jo la soulèverai contre moi, et je m'exposerai à être perdu. »

Il ne parait pas possible qu'un homme qui n'a pas l'esprit aliéné conçoive un projet si fou, et qu'un homme qui n'a jamais commis de crime , commence par un crime si infâme.

Une telle démarche aurait été aussi inutile qu'abominable et dangereuse. S'il eût en ellet touché cent mille écus, il n'avait qu'à les garder, se taire et ne Jes point payer à l'échéance, quitte pour dire enfin au docteur ès lois : • Mon bien est en direction, pourvoyez-vous envers mes autres créanciers; vous ne pouvez être payé qu'après eux. »

Cette marche était simple, aisée et sure , s'il avait voulu agir avec mauvaise foi. 11 semble évident qu'il ne peut être coupable de la manoeuvre déshonorante et absurde dont on l'accuse.

Comment donc cette querelle si funeste a-t-elle pu s'élever? comment ce procès si compliqué a-t-il pu se former r ne pourra-t-on pas enfin trouver la solution de ce problème r

Voici comme il semble que tout s'est passé. Ce gentilhomme cherche à emprunter de l'argent ; il met en campagne des courtières. Une d'elles, qui est liée avec la grand'mère du docteur ès lois, s'adresse à lui. Celui-ci prête douze cents francs à l'officier qui en avait un besoin pressant, et lui fait espérer de lui négocier cent mille écus. « Donnez-moi vos billets, lui dit-il; vous ne paierez que six pour cent d'intérêt, et dans quelques jours vous aurez votre argent.»

Le gentilhomme, aveuglé par cette promesse, prend le jeune docteur ès lois

r)ur un homme simple ; il l'est lui-même ; signe sa ruine dans l'espérance d'avoir de l'argent. Au bout de deux jours il entre en défiance. Le docteur, qui en est instruit, et qui craint la police, n'a d'autre ressource que de la prévenir. Il s'adresse, lui et sa grand'mère, au lieutenant criminel. Cette démarche me parait celle

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d'un homme égaré, car il demande qu'on saisisse chez l'offieier les cent mille écus qu'il dit avoir prêtés : mais de quel droit peut-on faire saisir un argent dont le paiement n'est pas échu F Et, si l'officier vent abuser de cet argent, s'il l'a détourné, comment le trouvera-t-on f

Le gentilhomme, de son côté, dès qu'il est sûr que le docteur l'a voulu tromper, court chez le lieutenant de police, et demande qu'on oblige les délinquans à restituer des billets dont ils n'ont point donné la valeur. Toute cette démarche est naturelle , et s'explique aisément.

L'autre au contraire est incompréhensible. 11 faut supposer d'abord cent mille écus donnés secrètement à une pauvre femme depuis plus de trente ans, cachés pendant tout ce temps à une famille entière, tirés enfin d'une armoire, prêtés au hasard à un officier chargé de dettes.

Le docteur a fait environ cinq lieues a pied pour porter cette somme en secret à un homme qu'il n'a vu qu'une fois. Enfin ces cent mille écus, si long-temps ignorés, se trouvent tout d'un coup portés à cinq cent mille liv. par le testament de la grand'mère. De ces cinq cent mille liv., il y en a eu deux cent mille données à la mère du docteur, laquelle n'a pas de quoi vivre , et dont les filles gagnent leur vie parleur travail. Tout cela est si sottement romanesque, et d'une absurdité si révoltante, qu'il n'y a pas moyen de l'examiner sérieusement.

L'honneur de l'officier parait donc à couvert aux yeux de tout nomme qui oc juge que suivant les lumières de la raison.

Il n'en est pas de même de la justice ; elle a nécessairement ses formes et ses entraves. Il faut des interrogatoires réguliers; de faux témoins préparés de longue main peuvent ne se pas démentir. L'officier a fait des billets payables à ordre: et, quand les juges seraient persuadés de Son innocence, ils seraient forcés peut-être de le condamner à payer ce au'il ne doit pas.

Il est vrai qu'd y a signature contre signature, preuve par écrit contre preuve par écrit. Il est vrai même que l'aveu du crime, signé par la mère et par le fils, a plus de poids dans la balance de la raison et de la simple équité, que n'en ont les billets du maréchal de camp; car il est très-naturel qu'un officier ébloui de l'espérance de rétablir sa maison , et sa-

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chant que la coutume est de confier aveuglément ses billets aux agens de change accrédités , en ait usé de même avec un jeune hommedont l'âge lui inspirait quelque confiance, et qui lui prêtait même douze cents francs pour le mieux tromper. Mais assurément il n'est .point vraisemblable que la vieille grand'mèrc ait eu cent mille écus par fideicommis; qu'elle les ait gardés plus de trente ans sans les placer; qu'elle les ait prêtés à un officier sans le connaître; que son petit-fils les ait portés à pied en treize voyages l'espace de cinq lieues, etc.

Il se pourrait à toute force que le jage, obligé de décider, non sur ces raisons, mais sur des billets en bonne forme, sur les dépositions de témoins aguerris qui ne se démentiraient pas, condamnât mal- . gré lui le maréchal de camp. Mais il paraît que le public éclairé doit l'absoudre, puisque ce public est le seul juge qui préfère le fond à la forme. Si l'officier est condamné, il ne le sera que pour l'imprudence avec laquelle il a remis pour cent mille écus de billets, avec les intérêts à six pour cent , entre les mains d'un jeune inconnu, sans crédit et sans aveu, comme s'il les avait confiés à l'agent de change le plus opulent et le plus accrédité de Paris. C'est une faute d'attention; mais elle est celle d'un cœur noble: c'est l'imprudence d'un moment; mais elle ne peut déshonorer personne. Il est même encore très- possible que la justice prononce comme le public: il est vraisemblable qu'elle trouvera dans la forme, comme dans le fond, de quoi justifier l'officier.

L'auteur de ce petit écrit n'a nul intérêt dans cette affaire. 11 n'a jamais vu aucune des parties, ni aucun des avocats; mais il aime la vérité. Il est indigné de toutes les calomnies sous lesquelles i! a vu souvent succomber l'innocence. Il croit qu'un honnête homme ne peut mieux employer son loisir qu'à démêler le vrai dans une a flaire qui est si essentielle pour plusieurs familles, surtout pour une maison qui a si long-temps servi le roi dans ses armées. Il a tâché de résoudre un problème difficile; et certes ce problème est plus important que plusieurs questions de philosophie, dont il ne peut résulter aucune utilité pour le genre humain. ( M èlany es -philosophiques. )

MARGUERITE-LA-GRANDE-BOU- CHE, princesse de Carinthie, — paît

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axscilbb *os mabu.gr ht sr bkmarik a l'instant MttMB bn iô55. — Voici uu mariage qui produit une guerre dès qu'il est consommé. Le vieux roi de Bohème avait un second fils, Jeau de Luxembourg , duc de Carinthie. Ce jeune prince prenait le titre de duc de Carinthie, parce que sa femme avait des prétentions sur ce duché. Cette princesse de Carinthie , qu'on appelait Marguerite-la- Graade-Bouche * prétend que son mari Jean de Luxembourg est impuissant. Elle trouve un évèque de Freisingen qui casse son mariage sans formalités; elle se donne au marquis de Brandebourg.

L'intérêt a autant de part que l'amour dans cet adultère. Le margrave de Brandebourg était le fils de l'empereur Louis de Bavière. Marçuerite-la-Grande-Bouche apportait le Tirol en dot et des droits sur la Carinthie : ainsi l'empereur ne fit aucune difficulté d'oter celte princesse au prince de Bohème, et de la donner à son fils de Brandebourg. Ce mariage excite une guerre qui dure toute l'année ; et, après beaucoup de sang répandu, on en vient à un accommodement singulier; c'est que le jeune Jean de Luxembourg avoue que sa femme a raison de l'avoir quitté, et approuve son mariage avec le Brandebourgeois, fils de l'empereur.

( Histoire générais ) MARGUERITE d'Anjou, reine d'Angleterre. — sa dkVaitb a s ah TON BBf 1461. — Marguerite d'Anjou, vaincue, fugitive, éloignée de son mari , ayant contre elle le duc d'Yorck victorieux , Londres et le parlement, ne perdit point courage. Elle courait dans la principauté de Galles et dans les provinces voisines, animant «es amis, s'en fesant de nouveaux*, et formant une armée. On sait assez que ces armées n'étaient pas des troupes régulières , tenues long-temps sous le drapeau, et soudoyées par un seul chef. Chaque seigneur amenait ce qu'il pouvait d'hommes rassemblés à la hâte. Le pillage tenait lieu de provisions et de solde. Il fallait en venir bientôt à une bataille, ou se retirer. La reine se trouva enfin en présence de son grand ennemi le duc d'Yorck, dans la province de ce nom, près du château de Sandal. [i4<3i] Elle était à la tète de dix-huit mille hommes. La fortune, dans cette journée, seconda son courage. Le duc d'Yorck vaincu mourut percé de coups. Son second fil» , Rntland, fut tué en fuyant. La tête du

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S ère, plantée sur la muraille avec celles e quelques généraux , y resta long-temps comme un monument de sa défaite.

Marguerite victorieuse marche vers Londres pour délivrer le roi son époux. Le comte de Warwick, l'âme du parti d'Yorck, avait encore une armée dans laquelle il traînait Henri son roi et son captif à sa suite. [1461] La reine et Warwick, se rencontrèrent prés de Saint-Alban, lieu fameux par plus d'un combat. La reine eut encore le bonheur de vaincre : elle goûta le plaisir de voir fuir devant elle ce Warwick si redoutable, et de rendre à son xnari, sur le champ de bataille , sa liberté et son autorité. Jamais femme n'avait eu plus de succès cl plus de gloire; mais le triomphe fut court. 11 fallait avoir pour soi la ville de Londres ; Warwick avait su la mettre dans son

{>arti. La reine ne put y être reçue, ni a forcer avec une faible armée. Le comte de La Marche , fils aîné du duc d'Yorck , était dans la ville, et respirait la vengeance. Le seul fruit des victoires de la reine fut de pouvoir se retirer en sûreté. Elle alla daus le nord de l'Angleterre fortifier son parti, que le nom et la présence du roi rendaient encore plus considérable.

[i46*3 Cependant Warwick, maître dans Londres , assemble le peuple dans une campagne aux portes de la ville, et lui montrant le fils du duc d'Yorck : « Lequel voulez-vous pour votre roi, dit-il, ou ce jeune prince, ou Henri de Lancastref» Le peuple répondit c Yorck. »

Les cris de la multitude tiorent lieu d'une délibération du parlement. 11 u'yeu avait point de convoqué pour lors. Warwick assembla quelques seigneurs et quelques èvêques. Ils jugèrent que Henri vi de Lanças tre avait enfreint la loi du parlement, parce que sa femme avait combattu pour lui. Le jeune Yorck fut donc reconnu roi dans Londres sous le nom d'Edouard iv, tandis que la tête de son père était encore attachée aux murailles d'Yorck , comme celle d'un coupable.

On ôta la couronne a Henri vi qui avait été déclaré roi de France et d'Angleterre au berceau , et qui avait régné à Londres trente-huit années sans qu'on eût pn jamais lui rien reprocher que sa faiblesse.

Sa femme, à celte nouvelle, rassembla dans le nord de l'Angleterre jusqu'à soixante mille combattant .C'était un grand effort. Elle ne hasarda cette fois ni la personne de son mari , ni celle de sonfils,ni la

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sienne. Warwick conduisit son jeune ro* à la tétc de quarante mille hommes contre l'armée de la reine. On se trouva en présence à Santon , vers les bords de la rivière d'Aire, aux confins de la province d'Yorck. [ 1461 ] Ce fut là que se donna la plus sanglante bataille qui ait dépeuplé l'Angleterre. 11 y périt, disent les contemporains , plus de trente six mille hommes. 11 faut toujours faire attention que ces grandes batailles se donnaient par une populace effrénée, qui abandonnait pendant quelques semaines sa charrue et ses pâturages; l'esprit de parti l'entraînait. On combattait alors de près, et l'acharnement produisait ces grands massacres dont il y a peu d'exemples depuis

3ue des troupes réglées combattent pour e l'argent, et que les peuples oisifs attendent à quel vainqueur leurs blés appartiendront.

Warwick fut pleinement victorieux, le jeune Edouard iv affermi, et Marguerite d'Anjou abandonnée. Elle s'enfuit dans l'Ecosse avec son mari et son fils. Alors le roi Edouard fit ôter des murs d'Yorck la tête de son père, pour y mettre celles des généraux ennemis. Chaque parti dans le cours de ces guerres exterminait tour à tour , par la main des bourreaux , les principaux prisonniers. L'Angleterre était un vaste théâtre de carnage, où les échafauds' étaient dressés de tous côtés sur les champs de bataille.

( Estai sur les mœurs. ) — DBHNiBft Errorr qu'elle tait roua

KBSSAISIK LA PUISSANCE. ( l4/l ) — QuiCOn-

que avait un parti en Angleterre était sûr au bout de quelque temps de trouver sa faction fortifiée par la haine contre la cour et contre leministère. C'est en partie ce qui valut encore une armée à Marguerite , après tant de revers et de défaites. Il n'y avait guère de provinces en Angleterre dans lesquelles elle n'eût combattu. Les bords de la Saverne et le parc de Teuksbury furent le champ de sa dernière bataille. Elle commandait ses troupes , menant de rang en rang le prince de Galles. [ 1471 ] Le combat fut opiniâtre ; mais enfin Edouard iv demeura victorieux.

La reine , dans le désordre de sa défaite , ne voyant point son fils, et demandant en vain de ses nouvelles, perdit tout sentiment et toute connaissance. Elle resta long-temps évanouie sur un chariot , et ne reprit ses sens que pour

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voir son fils prisonnier, et son vainqueur Edouard iv devant elle. On sépara la mère et le fils. Elle fut conduite à Londres dans la tour où était le roi son mari.

Tandis qu'on enlevait ainsi la mère , Edouard , se tournant vers le prince de Galles: «Qui vous a rendu assez hardi , lui dit il , pour entrer dans mes états ?» — «Je suis venu dans les états de mon père, répondit le prince, pour le venger et pour sauver de vos mains mon héritage.» Edouard, irrité, le frappa de son gantelet au visage ; et les historiens disent nue le* propres frères d'Edouard , le duc de Clarence , rentré pour lors en çrâce , et le duc de Glocester, accompagne de quelques seigneurs, se jetèrent alors comme des bêtes féroces sur le prince de Galles, et le percèrent de coups. Quand les premiers d'une nation ont de telles mœurs , quelles doivent être celles du peuple? On ne donna la vie à aucun prisonnier ; et enfin on résolut la mort de Henri vi.

Le respect , que dans ces temps féroces on avait eu pendant plus de quarante années pour la vertu de ce monarque , avait toujours arrêté jusque-là les mains des assassins. Mais , après avoir ainsi massacré le prince de Galles , on respecta moins le roi. On prétend que ce même duc de Glocester , depuis Richard m, oui avait trempé ses mains dans le sang au fils , alla lui-même dans la tour de Londres assassiner le père. Cette horreur peut être vraie, et n'est point du tout vraisemblable; à moins, comme le dit l'ingénieux M. Walpole, [i47* ] que ce duc de Glocester n'eût reçu d'Edouard iv, son frère, des patentes de bourreau en tjtre d'office. On laissa vivre Marguerite d'Anjou, parce qu'on espérait que les Français paieraient sa rançon.

( Essai sur les mœurs. )

MARIE d'ARAGON , impératrice. -

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MBifs divebs pah ms jJpbkuvbs. On prétend que l'empereur Othon ni fit périr sa femme , Marie d'Aragon , pour cause d'adultère. Il est très possible qu'un prince cruel et dévot, tel qu'on peint Othon m , envoie au supplice sa femme moins débauchée que lui. Mais vingt auteurs ont écrit , et Maimbourg a répété après eux , et d'autres ont répété après Maimbourg, que l'impératrice avant fait des avances à un jeune comte italien , qui les refusa

1>ar vertu, elle accusa ce comte auprès de 'empereur de l'avoir voulu séduire, et

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3ue le comte fut puni de mort. La veuve u comte , dit-on , vint , la tête de son mari à la main, demander justice, et prouver son innocence. Cette veuve demanda d'être admise à l'épreuve du fer ardent. Elle tint tant qu'on voulut une barre de fer toute rouge dans ses mains sans se brûler; et, ce prodige servant de preuve juridique, l'impératrice fut condamnée à être brûlée vive.

Maimbourg aurait dû faire réflexion que cette fable est rapportée par de» auteurs qui ont écrit très long- temps après le règne d'Othon ni; qu'on ne dit pas seulement les noms de ce comte italien, et de cette veuve qui maniait si impunément des barres de fer rouge : ilest même très douteux qu'il y ait jamais eu une Marie d'Aragon , femme d'Othon m. Enfin , quand même des auteurs contemporains auraient authentiquement rendu compte d'un tel événement , ils ne mériteraient pas plus de croyance que les sorciers qui déposent en justice qu'ils ont assisté au sabbat.

L'aventure de la barre de fer doit faire révoquer en doute le supplice de la prétendue impératrice Marie d'Aragon, rapporté dans tant de dictionnaires et d'histoires, où, dans chaque page, le mensonge est joint a la vérité.

Le second événement est du même genre. On prétend que Henri u, successeur d'Othon m , éprouva la fidélité de sa femme Cunégonde, en la fesant marcher pieds nus sur neuf socs de charrue, rongisau feu. Cette histoire, rapportée dans tant de martyrologes, mérite la même réponse que celle de la femme d'Othon.

Didier, abbé du Mont-Cassin, et plusieurs autres écrivains rapportent un fait à peu près semblable , et qui est plus célèbre. En io63, des moines de Florence, mécontens de leurévêque, allèrent crier À la ville et à la campagne : « Notre évêque est un simoniaque et as scélérat : » et ils curent, dit-on, la hardiesse de promettre qu'ils prouveraient cette accusation par l'épreuve du feu. On prit donc jour pour cette cérémonie, et ce fut le mercredi de la première semaine du carême. Deux bûchers furent dressés, chacun de dix pieds de long sur cinq de large , séparés par un sentier d'un pied et demi de largeur, rempli de bois sec. Les deux bûchers ayant été allumés, et cet espace réduit en charbons , le moine pierre Aldobrandin passe à travers snr cm

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sentier à pas graves et mesurés, et revient même prendre au milieu des flammes son manipule qu'il avait laissé tomber. Voilà ce que plusieurs historiens disent qu'on ne peut nier qu'en renversant tous les iondemens de l'histoire; mais il est sûr qu'on ne peut le croire sans renverser tous les iondemens de la raison . ( Essai sur les mœurs. )

MARIE MAGDELÈNE, (sainte ) —

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slr. - BiOMB Bit phovkhck. — La S". -Raume ,où se retira sainte Marie Magdelène, est fort connue; mais peu de gens savent a fond cette histoire. La Fleur des saints peut en donner quelques notions ; il faut lire son article, tome u de ia Fleur des saints y depuis la page 59. Ce fut Marie Magdelène à*qui deux anges parlèrent sur le Calvaire , et à qui notre Seigneur parut en jardinier. Ribadeneira , le savant auteur de la Ficurdes saints, dit exprès - 1 ne.pt qu«-, si ( » la n'est jus dans Vliiangi*f,\a chose n'en est pas moins indubitable. Elle demeura, dit-il, dans Jérusalem auprès de la vierge Marie avec son frère Lazare, que Jésus avait ressuscite , et Marthe , sa sœur, qui avait préparé le repas, lorsque Jésus avait soupé dans leur maison.

L'aveugle né nommé Celedone , à qui Jésus donna la vue en frottant ses veux avec un peu de boue , et Joseph d Arimathie , étaient de la société intime de Magdelène. Mais le plus considérable de ses amis fut le docteur saint Maxim in , l'un des soixante et dix disciples.

Dans la première persécution qui Gt lapider saint Etienne , les Juifs se saisirent de Marie Magdelène , de Marthe , de leur servante Marcelle, de Maximin leur directeur , de l'aveuglc-né, et de Joseph d'Arimathic. On les embarqua dans un vaisseau sans voiles , sans rames et ^«iiis mariniers ; le vaisseau aborda a Marseille comme l'atteste Raronius. Dès que Magdelène fut à terre elle convertit toute la Provence. Le Lazare fut évèque de Marseille; Maxil ùn eut l'évèehé d'Aix ; Joseph d'Arimathie alla prêcher l'Évangile en Angleterre ; Marthe fonda un grand couvent; Magdelène se retira dans la .Sainte -Baume , où elle brouta l'herbe toute sa vie. Ce fut là que , n'ayant plus d'babits , elle pria toujours toute nue ; mais ses cheveux crurent jusqu'à ses talons , et les anges venaient la peigner et l'enlever au ciel sept fois par jour, en

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lui donnant de la musique. On a gardé long-temps une fiole remplie de son sang et ses cheveux ; et tous les ans , le jour du vendredi saint , cette Gole a bouilli à vue d'oeil. La liste de ses miracles avérés est innombrable.

( Notes du conte en vers : Le Lion et le Marseillais. ) MARIE, reine d'Angleterre. — 90* ki.k v a t ium e> 1 553. — Edouard vi mourut, n'ayant encore pu donner que des espérances. Il avait déclaré, en mourant, hJritièrc du royaume sa cousine Jeanne Gray, descendante de Henri vu, au préjudice de Marie , sa sœur, fille de Henri vin et de Catherine d'Espagne. Jeanne Gray fut proclamée à Londres; mau le parti et le droit de Marie l'emportèrent. A peine y eut-il une guerre. Marie enferma sa rivale dans la tour avec la princesse Elisabeth, qui régna depuis avec tant de gloire.

Reaucoup plus de sang fut répandu par les bourreaux que par les soldats. Le père, le beau-père, l'époux de Jeanne Gray, elle-même enfin, furent condamnés à perdre ia tête. Voila la troisième reine expirant en Angleterre par le dernier supplice. Elle n'avait que dix-sept ans. On l'avait forcée à recevoir la couronne. Tout parlait en sa faveur, et Marie devait craindre l'exemple trop fréquent de passer du trône à l'échafaud. Mais rien ne la retint; clic était aussi cruelle que Henri vin. Sombre et tranquille dans ses barbaries autant que Henri sou père était emporté, elle eut un autre genre de tyrannie.

Attachée à la communion romaine, toujours irritée du divorce de sa mère, elle commença par convoquer, à force d'adresse et d'argent, une chambre des communes toute catholique. Les pairs qui, pour la plupart, n'avaient de religion que celle du prince, ne furent pas difficiles à gagner. 11 arriva en matière de religion ce qu'on avait vu en politique dans les guerres de la rose vlanehe et de la rose rouge. Le parlement avait condamné tour à tour les Torcks et les Lancaslre. Il poursuivit sous Henri vin les protestans, il tes encouragea sous Edouard vi , il les brûla sous Marie. On a demandé souvent pourquoi ce supplice horrible du feu est chez les chrétiens le châtiment de ceux qui ne pensent pas comme l'église dominante, tandis que les plus grands crimes sont punis d'une

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mort plus douce? L'évêque Burnet en donne pour raison que , comme on croyait les hérétiques condamnés à être brûlés éternellement dans l'enfer, quoique leur corps n'y fut point avant la résurrection , on pensait imiter la justice divine en brûlant leur corps sur la terre.

L'archevêque de Cantorbéry , C ranimer, qui avait beaucoup servi Henri vin dans son divorce , ne fut pas condamné pour ce dangereux service, mais pour être protestant. Il eut la faiblesse d'abjurer, et Marie eut la satisfaction de le faire brûler après l'avoir déshonoré. Ce primat du royaume reprit son courage sur le bûcher. Il déclara qu'il mourait protestant , fit réellement ce qu'on a écrit, et probablement ce qu'on a feint de Mutius Scévola. 11 plongea d'abord dans les flammes la main qui avait signé l'abjuration , et n'élança son corps dans le bûcher que c|uand sa main fut tombée ; action aussi intrépide et plus louable que celle qu'on attribue à Mutius. L'Anglais se punissait d'avoir succombé à ce qui lui paraissait une faiblesse , et le Romain d'avoir manqué un assassinat.

On compte environ huit cents personnes livrées aux flammes sous Marie.

Une femme grosse accoucha dans le bûcher même. Quelques citoyens touchés de pitié arrachèrent l'enfant du feu. Le juge catholique l'y fit rejeter. En lisant ces actions abominables, croit-on être né parmi des hommes, ou parmi ces êtres qui nous sont représentés dans un gouffre de supplices, acharnés à y plonger le genre humain f

( Essai sur Us mœurs. )

MARIE STU ART, reine d'Ecosse. — sis BiBiuas bt sa rut, (18 février 1587.) — La faiblesse du cœur de Marie commença tous ses malheurs. Un musicien italien, nommé David Rizzio, fut trop avant dans ses bonnes grâces. Il jouait bien des instrumens, et avait une vois de basse agréable : c'est d'ailleurs une preuve que déjà les Italiens avaient l'empire de la musique , et qu'ils étaient en possession d'exercer leur art dans les cours de l'Europe ; toute la musique de la reine d'Ecosse était italienne. Une preuve plus forte que les cours étrangères se servent de quiconque est en crédit , c'est que David Rizzio était pensionnaire du pape. 11 contribua beaucoup au mariage de la reine, et ne servit pas moins ensuite à l'en dégoûter. D'Arlai,

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3ui n'avait que le nom de roi, méprisé e sa femme, aigri et jaloux, entre par un escalier dérobé t suivi de quelques hommes armés , dans la chambre de sa femme, où elle soupait avec Rirzio et une de ses favorites ; on renverse la table, et on tue Rizzio aux yeux de la reine, qui se met en vain au-devant de lui. Elle était enceinte de cinq mois : la vue des épées nues et sanglantes fit sur elle une impression qui passa jusqu'au fruit qu'elle portait dansson flanc. Son fils Jacques vi, roi d'Ecosse et d'Angleterre , qui naquit quatre mois après cette aventure , trembla toute sa vie à la vue d'une épée nue , quelque effort qu'il fit pour surmonter cette disposition de ses organes : tant la nature a de force, et tant elle agit par des voies inconnues !

La reine reprit bientôt son autorité, se raccommoda avec le comte de Murray , poursuivit les meurtriers du musicien, et prit un nouvel engagement ava%un comte de Bothuel. Ces nouvelles amours produisirent la mort da roi son époux : on prétend qu'il fut d'abord empoisonné, et que son tempérament eut la force de résister au poison ; mais il est certain qu'il fut assassiné à Edimbourg dans une maison isolée , dont la reine avait retiré ses plus précieux meubles. Dès que le coup fut fait, on fit sauter la maison avec de la poudre ; on enterra son corps auprès celui de Rizzio dans le tombeau de la maison royale. Tous les ordres de l'état , tout le peuple accusèrent Bothuel de l'assassinat; et, dans le temps môme que la voix publique criait vengeance, Marie se fit enlever par cet assassin , qui avait encore les mains teintes du sang de son mari, et l'épousa publiquement. Ce qu'il y eut de singulier dans cette horreur, c'est que Bothuel avait alors une femme; et que, pour se séparer d'elle, il la força de l'accuser d'adultère s et fit prononcer un divorce par l'archevêque de Saint-André , selon les usages du pays.

Bothuel eut toute l'insolence qui suit les grands crimes. Il assembla les principaux seigneurs ; et leur fit signer un écrit

r' lequel il était dit expressément que reine ne se pouvait dispenser de l'épouser , puisqu'il l'avait enlevée « et qu'il avait couché avec elle. Tous ces faits sont avérés; les lettres de Marie à Bothuel ont été contestées ; mais elles portent un caractère de vérité auquel il est difficile de ne pas se rendre. Ces attentats soûle-

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vèrent l'Ecosse. Marie abandonnée de son armée fut obligée de se rendre aux confédérés. Bothueï s'enfuit dans Jes iles Orcades ; on obligea la reine de céder la couronne à son fils , et on lui permit de nommer un régent. Elle nomma le comte de Murray , son frère. Ce comte ne l'en accabla pas moins de reproches et d'injures : elle se sauve de sa prison. L'humeur dure et sévère de Murray procurait à la reine un parti. [i568] Elle lève six mille hommes, mais elle est vaincue, et se réfugie sur les frontières d'Angleterre. Elisabeth la lit d'abord recevoir avec honneur dans Cari île ; mais elle lui fît dire qu'étant accusée par la voix publique au meurtre du roi son époux , elle devait s'en justifier, et qu'elle serait protégée si elle était innocente.

Elisabeth se rendit arbitre entre Marie et la régence d'Ecosse. Le régent vint loi-même jusqu'à Hamptoncourt , et se soumit à remettre entre les mains des commissaires anglais les preuves qu'il avait contre sa sœur. [1569] Cette malheureuse princesse , d'un autie côté, retenue dans Carlile, accusa le comte de Murray lui-même d'être auteur de la mort de son mari, et récusa les commissaires anglais, à moins qu'on ne leur joignit les ambassadeurs de France et d Espagne. Cependant la reine d'Angleterre fit continuer cette espèce de procès, et jouit du plaisir de voir flétrir sa rivale, sans vouloir rien prononcer. Elle n'était point juge de la reine d'Ecosse; elle lui devait un asile , mais elle la fit transférer à Teutbury , qui fut pour elle une prison.

Ces désastres de la maison royale d'Ecosse retombaient sur la nation partagée en factions produites par l'anarchie. Le comte de Murray fut assassiné par une faction qui se fortifiait du nom de Marie. Les assassins entrèrent à main armée en Angleterre, et firent quelques ravages sur la frontière.

[1570] Elisabeth envoya bientôt une armée punir ces brigands, et tenir l'Ecosse en respect. Elle fit élire pour régent le comte de Lenoz, frère du roi assassiné. Il n'y a dans celte démarche que de la justice et de la grandeur : mais en même temps on conspirait en Angleterre pour délivrer Marie de la prison où elle était retenue; le Pape Pie v fesait très indiscrètement afficher dans Londres une bulle par laquelle il excommuniait Elisabeth, et déliait ses sujets du serment de

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fidélité : c'est cet attentat si familier aux papes, si horrible et si absurde, qui ulcéra le cœur d'Elisabeth. On voulait secourir Marie* et on la perdait. Les deux reines négociaient ensemble, mais l'une du haut du trône , et l'autre du fond d'une prison. II ne paraît pas que Marie se conduisît avec la flexibilité qu'exigeait son malheur. L'Ecosse pendant ce temps-là ruisselait de sang. Les catholiques et les protestans fesaient la guerre civile.

L'ambassadeur de France et l'archevêque de Saint- André furent faits prisonniers, et l'archevêque pendu sur la déposition de son propre confesseur, qui jura que le prélat s'était accusé à lui d'être complice du meurtre du roi.

Le grand malheur de la reine Marie fut d'avoir des anjis dans sa disgrâce. Le duc de Korfolck , catholique , voulut l'épouser, comptant sur une révolution et sur le droit de Marie à la succession d'Elisabeth. Il se forma dans Londres des partis en sa faveur, très faibles « à la vérité , mais qui pouvaient être fortifiés des forces d'Espagne et des intrigues de Rome. Il en coûta la tête au duc de Norfolck. [157a] Les pairs le condamnèrent a mort, pour avoir demandé au roi d'Espagne et au pape des secours en faveur de Marie. Le sang du duc de Norfolck resserra les chaînes de cette princesse malheureuse. Une si longue infortune ne découragea point ses partisans à Londres , animés par les princes de Guise , par le snint-siege, par les jésuites, et surtout par les Espagnols.

Le grand projet était de délivrer Marie, et de mettre sur le trône d'Angleterre la religion catholique avec elle. On conspira contre Elisabeth. Philippe 11 préparait déjà son invasion. [1586] La reine d'Angleterre alors , ayant fait mourir quatorze conjurés , fit juger Marie , son égale , comrn* si elle avait été sa sujette. Quarante-deux membres du parlement et*cina juges du royaume allèrent l'interroger aaus sa prison à Forteringai; elle protesta, mais répondit. Jamais jugement ne fut plus incompétent, et jamais procédure ne fut plus irrégulière. On lui représenta de simple* copies de ses lettres et jamais les originaux. On fit valoir contre elle les témoignages de ses secrétaires, et on ne les lui confronta point. On prétendit la convaincre sur la déposition de trois conjurés qu'on avait fait mourir, et dont on aurait ru différer

23o MAR

la mort pour les examiner avec elle. Enfin , quand on aurait procédé avec les formalités que l'équité exige pour le moindre des hommes ; quand on aurait prouvé que Marie cherchait partout des secours et des vengeurs , on ne pouvait la déclarer criminelle. Elisabeth n'avait d'autre juridiction sur elle que celle du puissant sur le faible et sur le malheureux.

Enfin* après dix-huit ans de prison, dans un pays qu'elle avait imprudemment choisi pour asile , Marie eut la téte tranchée dans une chambre de «a prison tendue de noir. [1587] Elisabeth sentait

Su'elle fesait une action très condamnale , et elle la rendit encore plus odieuse, en voulant tromper le monde qu'elle ne trompa point, en affectant de plaindre celle qu'elle avait fait mourir, en prétendant qu'on avait passé ses ordres , et en fesant mettre en prison le secrétaire d'état qui avait, disait-elle, fait exécuter trop tôt l'ordre signé par elle-même.

L'Europe eut en horreur sa cruauté et sa dissimulation. On estima son règne, mais on détesta son caractère. Ce qui condamna davantage Elisabeth, c'est qu'elle n'était point forcée a cette barbarie ; on pouvait même prétendre que la conservation de Marie lui était nécessaire pour lui répondre des attentats <[e ses partisans.

Si cette action flétrit la mémoire d'Elisabeth , il y a une imbécillité fanatique à canoniser Marie Stuart comme une martyre de la religion : elle ne le fut que de son adultère, du meurtre de son mari, et de son imprudence : ses fautes et ses infortunes iessemblèrent parfaitement à celles de Jeanne de Naples ; toutes deux belles et spirituelles, entraînées dans le crime par faiblesse , toutes deux mises à mort par leurs parens. L'histoire ramène souvent les mêmes malheurs , les mêmes attentats, et le crime puhi par le crime.

( Essai sur (es mœurs. )

MARIE -THÉRÈSE, reine de Hongrie. — hohti ad thôkk. (7 novembre 1 74o ) . — Déjà la France , l'Espagne , la Bavière , la Saxe , se remuaient pour faire un empereur. La Bavière pressait la France de lui procurer au moins un partage de la succession autrichienne. L'électeur réclamait tous ces héritages par ses écrits ; mais il n'osait les demander tout entiers par ses ministres. Cependant Marie-Thérèse , épouse du grand duc de Toscane , François de Lorraine, se mit

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d'abord en possession de tous les domaines qu'avait laisses son père; elle reçut les hommages des états d'Autriche à Vienne , le 7 novembre 1740. Le» provinces d'Italie, la Bohême, lui firent leurs sermens par leurs députés: elle gagna surtout l'esprit des Hongrois en se soumettant à prêter l'ancien serment du roi André 11 , fait l'an laaa : 1 Si moi ou quelques-uns de mes successeurs, en quelque temps que ce soit, veut enfreindre vos privilèges * qu'il vous soit permis , en vertu de cette promesse , à vous et à vos descendans , de vous défendre sans pouvoir être traités de rebelles. •

Plus les aïeux de l'archiduchesse-reine avaient montré d'éloîgnement pour l'exécution de tels engagemens, plus aussi la démarche prudente dont je viens de parler rendit cette princesse extrêmement chère aux Hongrois. Ce peuple, qui avait toujours voulu secouer le joug de la maison d'Autriche , embrassa celui de Marie- Thérèse ; et, après deux cents ans de séditions, de haines et de guerres civiles, il passa tout d'uq coup à l'adoration. La reine ne fut couronnée à Presbourg que quelques mois après, le i^jmn ijii. Elle n'en fut pas moins souveraine ; elle l'était déjà de tous les cœurs par une affabilité populaire que ses ancêtres avaient rarement exercée; elle bannit cette étiquette et cette morgue qui peuvent rendre le trône odieux sans te rendre plus respectable. L'archiduchesse sa tante, gouvernante des Pays-Bas, n'avait jamais mangé avec personne. Marie-Thérèse admettait a sa table toutes les dames et tous les officiers de distinction : les députés des états lui parlaient librement; jamais elle ne. refusa d'audience , et jamais on n'en sortit mécontent d'elle.

{Annales de l'Empire.)

— SOIf CBAKO «OU&ACK DANS lWoBTCITX.

( 1 1 septembre 174».) — Plus la ruine de Marie-Thérèse paraissait inévitable, plus elle eut de courage ; elle était jprtie de Vieune, et elle s'était jetée entreïes bras des Hongrois, si sévèrement traités par son père et par ses aïeux. Avant assemblé les quatre ordres de l'état à Presbourg , elle y parut tenant entre ses bras son fils ainé , presque encore au berceau ; et, leur parlant en latin , langue dans laquelle elle s'exprimait bien, elle leur dit à peu près ces propres paroles:* Abandonnée de mes amis, persécutée par mes ennemis, attaquée par mes plus proches parens , je

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n'ai de ressource que danâ votre fidélité , dam votre courage et dans ma constance ; je mets en vos mains la fille et le fils de vos rois, qui attendent de vous leur saint. » Tous les palatins, attendris et animés , tirèrent leurs sabres en s'écriant: Moricumur jtro rege nostro Marid-Thertrid, « Mourons pour notre roi Marie-Thérèse. » 11 donnent toujours le titre de roi à leur reine. Jamais princesse en effet n'avait mieux mérité ce titre. Us versaient des larmes en fesant serment de la défendre ; elle seule retint les siennes : mais , quand elfe fut retirée avec ses filles d'honneur, elle laissa couler en abondance les pleurs que sa fermeté avait retenus. Elle était enceinte alors , et il n'y avait pas longtemps qu'elle ai v ait écrit à la duchesse de Lorraine, sa belle-mère *« J'ignore encore s'il me restera une ville pour y faire mes couches. »

Dans cet état elle excitait le cèle de ses Hongrois ; elle ranimait en sa faveur l'Angleterre et la Hollande, qui lui donnaient des secours d'argent : elle agissait dans l'Empire, elle négociait avec le roi de Sardaigne, et ses provinces lui fournis* «aient des soldats.

Toute la nation anglaise s'anima en sa faveur. Ce peuple n'est pas de ceux qui attendent l'opinion de leur maître pour en avoir une. Des particuliers proposèrent de faire un don gratuit a cette princesse. La duchesse de Marborough , veuve de celui uni avait combattu pour Charles vi, assembla les principales dames de Londres; elles s'engagèrent à fournir cent mille livres sterling ; et la duchesse en déposa quarante mille. La reine de Hongrie eut la grandeur d'âme de ne pas recevoir cet argent qu'on avait la générosité de lui offrir; elle ne voulut que celui qu'elle attendait de la nation assemblée en parlement. [Annotes de i'Empirt.)

— KLLK FAIT SON ifOVX EMPSIRUB. ( s5

octobre, ty^S.) *-La reine de Hongrie, désormais impératrice , vint à Francfort pour jouir de son triomphe et du couronneanent de son époux. Elle vit, du haut d'un balcon, la cérémonie de l'entrée ; elle fut la première à crier «i- «ai ; et tout le peuple lui répondit par des acclamations de foie et de tendresse. Ce fat le plus beau jour de sa vie (a5 oc* tobre 1745). Elle alla voir ensuite son armée rangée en bataille, auprès de Heidelbcrg, au nombre de soixante mille hommes. L'empereur, son époux, la re-

MAR s5i

çut l'vpée à la main à la tète de l'armée. Elle passa entre les lignes , saluant tout le monde, dina sous une tente, et fit distribuer un florin à chaque soldat.

C'était la destinée de cette princesse et des affaires qui troublaient son règne , que les événemens heureux fussent balancés de tous les côtés par des disgrâces. L'empereur Charles vu avait perdu la Bavière pendant qu'on le couronnait empereur ; et la reine de Hongrie perdait une bataille pendant qu'elle préparait le couronnement de son époux, François i*r [1" octobre ipiS}. Le roi de Prusse était encore vainqueur près de la source de l'Elbe à Sore.

(ÀnnaUstU l'Empire.)

MARIGNAN. (Bataille de) — n aoi fbaxçoii i** fait ses pasjnàaas aauKN. — ( 1 Si 5 ) Dès son avènement à la couronne de France, la république de Gènes s'était remise sous la domination de la France, par les intrigues de ses propres citoyens. François i*« passe aussitôt en Italie aussi rapidement ctuc ses prédécesseurs.

Il s'agissait d'abord de conquérir le Milanais perdu par Louis xu, et de l'arracher encore à cette malheureuse maison de Sforxe. 11 avait pour lui les Vénitiens, qui voulaient reprendre au moins le Véronais enlevé par Maximilien. 11 avait contre lui alors le pape Léon x, vif et intrigant , et l'empereur Maximilien affaibli par l'âge, et incapable d'agir : mais les Suisses, toujours irrités contre la France depuis leur querelle avec Louis xu, toujours animés par les harangues de Matthieu Shinner , cardinal de Sion , étaient les plus dangereux ennemis du roi. Ils prenaient alors le titre de défenseurs des papes , et de protecteurs des princes; et ces titres , depuis près de -dix ans, n'étaient point imaginaires.

Le roi , qui marchait sur Milan , négociait toujours avec eux. Le cardinal de Sion, qui leur apprit à tromper, fit amuser le roi par de vaines promesses, jusqu'à ce que les Suisses , ayant su que la caisse militaire de France était arrivée, crurent pouvoir enlever cet argent et le roi même: ils l'attaquèrent comme on attaque un convoi sur le grand chemin.

(i5i5) Vingt-cinq mille Suisses , portant sur l'épaule et sur. la poitrine la clef de saint-Pierre, les uns armés de ces longues piques de dix-huit pieds que plusieurs soldats poussaient ensemble en bataillon serré , les autres tenant leurs

a3a MAH

grands espadons à deux mains, vinrent fondre à grands cris dans le camp du roi, près de Marignan vers Milan. Ce fut de toutes les batailles données en Italie, la plus sanglante et la plus longue. Le jeune roi, pour son coup d'essai, s'avança A pied contre l'infanterie suisse , une pique à la main, et combattit une heure entière accompagné d'une partie de sa noblesse.

Les Français et les Suisses, mêlés ensemble dans l'obscurité de la nuit, attendirent le jour pour recommencer. On sait que le roi dormit sur l'affût d'un canon , à cinquante pas d'un bataillon suisse. Ces peuples, dans cette bataille, attaquèrent toujours , et les Français furent toujours sur la défensive. C'est, me semble, une preuve assez forte que les Français, quand ils sont bien conduits , peuvent avoir ce courage patient qui est quelquefois aussi nécessaire que l'ardeur impétueuse qu'on leur accorde. 11 était beau, surtout à un* jeune prince de vingt et un ans , de ne perdre point le sang-froid dans une action si vive et si longue. 11 était difficile, puisqu'elle durait, que les Suisses fussent vainqueurs , parce que les bandes noires d'Allemagne qui étaientavec le roifesaient une infanterie aussi ferme que la leur, et qu'ils n'avaient point de gendarmerie.

Tout ce qui surprend, c'est qu'ils purent résister près de deux jours aux efforts de ces grands chevaux de bataille qui tombaient à tout moment sur leurs bataillons rompus. Le vieux maréchal de Trivulce appelait celte journée une géans. Tout le monde convenait que la gloire de cette victoire était due principalement au fameux connétable Charles de Bourbon , depuis trop mal récompensé, et qui se vengea trop bien. Les Suisses fuirent enfin, mais sans déroute totale, laissant sur le champ de bataille plus de dix mille de leurs compagnons, et a bandonnant le Milanais aux vainqueurs. Maximilien Sforze fut pris et amené en France comme Louis-le-Maurc , mais avec des conditions plus douces. 11 devint sujet, au lieu que l'autre avait été captif. (i5i5) On laissa vivre en France, av<c une pension modique, ce souverain du plus beau pays de l'Italie.

(Essai sur tes mœurs.) MARTIN , cultivateur lorrain , —

K.ST ROMPOV1F, QUOlQu'lHNOCEPST, (1729.)- —

L'exemple des Calas et des Sirven est assez connu ; celui de Martin Test moins. C'était un bon agriculteur d'auprès de

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Bar en Lorraine. Un scélérat lui dérobe son habit, et va, sous cet babit assassiner sur le grand chemin un voyageur qu'il savait chargé d'or, et dont il avait épié la marche. Martin est accusé ; son habit dépose contre lui; les jugées regardent cet indice comme une certitude. Ni la conduite passée du prisonnier , ni une nombreuse famille qu'il élevait dans la vertu , ni le peu de monnaie trouvé chez lui , probabilité extrême qu'il n'avait point volé le mort ; rien ne peut le sauver. Le juge subalterne se fait un mérite de sa rigueur. Il condamne l'innocent à être roué ; et, par une fatalité malheureuse, la sentence est confirmée à la tournelle. Le vieillard Martin est rompu vif en attestant Dieu de son innocence jusqu'au dernier soupir. Sa famille se disperse; son petit bien est confisqué. A peine ses membres rompus sont-ils exposés sur le grand chemin, que l'assassin qui avait commis lemeurtreet le vol est mis en prison pour un autre crime; il avoue sur la roue, à laquelle il est condamné à son tour, que c'est lui seul qui est coupable du crime pour lequel Martin a souffert la torture et la mort.

(Dictionnaire philosophique.) MARTRES, (des) — son raocès. — Jean-François de La Borde , écuyer , né à Baïonne, d'une famille ancienne et alliée à de grandes maisons , avait eu de son mariage avec la fille du sieur Le Vasseur , ingénieur de la marine, quinze enfans, dont dix sont morts en bas âge. Jl reste aujourd'hui deux garçons et trois filles.

Ces cinq personnes sont Jean-Benjamin de La Borde, premier valet de chambre du roi ; Jean-Louis de La Borde qui a fait les fonctions de maréchal général des logis de l'armée , et qui est mestrede-camp de dragons; Monique de La Borde, épouse du sieur Fontaine de Cramayel, fermier générai; Elisabeth-Joséphine de La Borde, épouse du sieur Binet Démarchais , premier valet de chambre du roi, gouverneur du Louvre, major d'infanterie ; Henriette de la Borde , épouse du sieur Brissard , ancien fermier général.

Le père de cette nombreuse famille n'était pas riche; mais, étant né avec des talens, et ayant étudié la science économique qui depuis a fait tant de progrès parmi nous, il fut employé par le gouvernement dans plusieurs traités de corn-

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mcrce, et le roi le gratifia, en d'une place de fermier général, qu'il abandonna au bout de vingt ans pour s'occuper uniquement du bonheur de tous ses parens.

Il avait deux frères et une soeur; les frères étaient Pierre-Joseph de La Borde Desmartres , qui vit encore ; l'autre Léoo de La Borde, mousquetaire , qui mourut jeune.

La sœur était Jeanne-Joséphine, mariée au sieur de Verdier , seigneur de La Fiachère, dans le Lyonnais.

Jean-François de La Borde servait de père à ses deux frères et à sa sœur ; il était leur conseil,ainsi que celui de tous ses amis. Ses lumières et sa probité lui avaient acquis cette considération personnelle et cette autorité que donne la vertu; tous ceux qui l'ont connu rendent ce témoignage à sa mémoire,

Kon seulement il veilla avec la plus scrupuleuse attention sur l'éducation de tou6 ses enfans , mais il étendit les mêmes soins sur ceux de son frère, Pierre- Joseph Desmartres , marié, en 17a 5, à une Hollandaise catholique, nommée Dirgens, parente du célèbre van Swieten , qui a été depuis premier, médecin de Pimpératrice-reine de Hongrie. C'était une riche héritière qui aurait environ trois millions de bien si ses parens , très patriotiques, avaient laissé une si grande succession sortir du pays.

Jean-François de La Borde eut la consolation de voir tous ses soins paternels réussir. Tous ses enfans se signalèrent dans le monde par des talens distingués, et eurent le bonheur de plaire.

Il n'y eut que Pierre-Joseph Desmartres , son neveu , qui ne put répondre à ses empressemens. Cet enfant était né avec une faiblesse d'organes , qui le mit long-temps hors d'état de recevoir l'éducation ordinaire, laquelle exige une santé ferme dont dépend la faculté de s'expliquer et de concevoir. On fut obligé de le confier quelques années à sa nourrice, femme de bon sens et expérimentée, qui connaissait son tempérament. Lorsqu'il fut un peu fortifié , son père le mit entre les mains d'un maître de pension très intelligent , et accoutumé à diriger des enfans tardifs.

La nature n'ayant pas secondé les attentions de cet instituteur, son père Dèsmartres le retira chez lui à sa terre de I'alcrne, en Auvergne. Ensuite sa tante,

la dame de La Fiachère , qui n'avait point d 'enfans , s'en chargea comme de son fils et le garda trois ans , tantôt à sa terre de La Fiachère , tantôt à Lyon. On lui donna un précepteur qui avait 6oo livres d'appointemens , et auquel on assura 3oo livres de pension viagère. C'est ce même enfant , ce Pierre Joseph de La Borde Desmartres , dont l'abbé Claustre s'est emparé, et qui fait le sujet du procès.

Pendant que tous ses parens tâchaient de lui donner tout ce qui lui manquait, et de forcer la nature , elle accordait tout à ses cousins et a ses cousines , élevés chez son oncle Jean- François de La Borde ; et ils Pesaient des progrès rapides dans plus d'un art , malgré Claustre , reçu précepteur dans la maison , qui ne savait que du latin.

Claustre éleva les deux fils de Jean- François de La Borde , qui bientôt n'eurent plus besoin de lui. Il resta dans la maison comme ami, logé, nourri, meublé , chauffé , éclairé , blanchi , servi , avec 800 livres de pension et quelques présens.

Il nous apprend dans son mémoire, page 4 » qu'il espérait une reconnaissance plus analogue à son état et à son goût. Qu'entend il par ce mot grec analogue, rois depuis peu à la mode, et qui veut dire convenable ? Le sieur de La Borde ne pouvait lui donner ni évôché ni abbaye.

Claustre, se bornant aux biens purement terrestres , s'adresse à un de ses élèves, le sieur Jean -Benjamin de La Borde , fils aine de celui qni le nourrit et le pensionne; il saisit le jour même de sa majorité, pour lui faire un beau sermon sur la bienfesance, et il lui fait signer à la fin du sermon une donation de 1 200 liv. de rente par-devant notaire. De qui exige-t-il cette donation ? d'un fils de famille qui n'avait alors aucune fortune, et qui était sous la puissance de père et de mère.

La nouvelle pension de laoo liv. fut payée quelque temps en secret au commensal , qui jouissait d'ailleurs de celle de 800 liv.; mais le père, dont la fortune avait essuyé des échecs assez considérables , ayant appris le succès du sermon de Claustre à la majorité de son fils, mécontent avec raison de cette manœuvre clandestine, fit réduire la somme à 800 liv. , et s'en chargea lui-même. Le prêtre , crai-

fjnant de perdre le logement, la table et es bonnes grâces dYune famille nom»

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brcuse , fat obligé de consentir à la «oppression de ce premier acte de la majorité de son élève.

Jusqu'ici on ne voit aucun délit ; ce n'est qu'un homme occupé de son petit intérêt personnel, qui dit, qui écrit sans cesse qu'il veut faire son salut dans la retraite, et qui cherche à rendre cette retraite commode; la justice n'a rien à punir dans cette conduite. Pour satisfaire à la fois sa dévotion et son goût pour les pensions de 1 aoo lîv., en attendant mieux, il ne s'adresse pins au fils du sieur de La Borde , mais à son gendre , le sieur de Fontaine , seigneur de la belle terre de Cramayel ; il s'en fait nommer chapelain ; et, au lieu de se retirer du monde , comme il l'avait tant dit et tant écrit , il prend l'emploi de régisseur de la terre à laoo 1. de £ages. Ce n'est pas encore là une prévarication ; un saint peut gouverner une terre ; quoiqu'il ne soit pas conséquent de crier qu'on veut se mettre dans un cloître , quand on se fait premier domestique de campagne.

Il s'accoutuma si bien à mêler le spirituel au temporel , qu'il fit dès lors le projet de retirer des dangers du monde le jeune La Borde Desmartres , qui passait pour devoir un jour posséder des millions , et qui , par la simplicité de son caractère , était en péril de son salut.il était alors à Paris dans la propre maison de son oncle, avec ses cousins. Sa mère était morte , son père s'était remarié. Le jeune homme était majeur. Voilà une belle occasion de secourir le jeune Pierre* Joseph Desmartres contre une belle-mère et contre les illusions de la fortune et des plaisirs.

Quoique les abbayes f ussent très analeguts à l'état et au goftt de Claustre, il crut encore plus analogue de devenir le maître de tout le bien de ce facile Desmartres. C'était lui qui lui avait fourni un précepteur ; il lui fournit bientôt un procureur. Voici comme il s'y prit.

D'abord, après deux stellionats faits au sieor Jean-François de La Borde, son bienfaiteur (*), il feint, en 176a, de se retirer à la Doctrine-Chrétienne. Mais auparavant il avait jeté dans le coeur de Desmartres les soupçons d'avoir été lésé

(*) IU sont prouTéa datu le mémoire de MM. le* «vo«it« L'Heranet , Cellier et Tronche*.

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par son père et par son oncle. Ces soupçons étaient fortifiés par le procureur, qut s'était joint à lui.

Quand il vit enfin toutes ses batteries préparées, il écrivit, le 8 septembre 1763, a la dame de La Borde, femme du sieur Jean- François , fermier général: «La religion m'a principalement déterminé à cette retraite. Notre état n'est pas de vivre dans le monde; et, quand l'utilité du prochain ne nous relient pins , je crois que nous ne devons pas y rester. Un prêtre n'est pas fait pour avoir toujours ses aises (il entend les prêtres sans bénéfice); une vie sobre , dure , doit être sont partage s'il veut entrer dans l'esprit de son état. Je vais vivre dans une société de bons prêtres; tous mes yœtix vont se tourner du côté de l'éternité. »

En se tournant vers Vetemité , il ne laissait pas de se tourner depuis longtemps vers Clermont en Auvergne , ou demeurait mademoiselle sa nièce, fille d'un pauvre imprimeur, nommé Boutaudon. 11 fait venir à Paris mademoiselle Boutaudon, âgée alors de trente-quatre ans. Il la recommande d'abord aux charités et à la protection de tous les paréos et de tousjes amis du sieur de La Borde. Comme la nièce ne pouvait pas demeurer à la Doctrine Chrétienne, il en sort pour aller loger avec elle dans l'ile Saint- Louis ; et il persuade au bon et facile Desmartres de venir s'établir dans ce quartier. « Vous demeurez, lui dit-il, auprès de votre oncle le fermier général; rien n*est plus dangereux pour l'innocence ; les séductions du grand monde sont diaboliques. Retires - voua dans llle Saint-Louis; j'aurai soin de votre salut et de vos affaires. »

Desmartres se livre avec componction à ces remontrances. Le pieux Claustre lui trouve bien vite un appartement. Un heureux hasard fait rencontrer ensemble, quelque temps après, mademoiselle Boutaudon et le sieur Desmartres chez des sens de bien; le sieur Desmartres rend de fréquentes visites k la provinciale, qui prend insensiblement un intérêt véritable à Desmartres. « Ma nièce n'est pas belle , lui disait quelquefois le convertisseur Claustre, mais elle est capable de rendre un mari heureux. Elle a peu d'esprit , mais le peu qu'elle en a est bon : elle conduirait ses affaires avec beaucoup de prudence ; et, entre nous , je vous souhaiterais une femme sembla-

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ble à clic , une épouse selon le caser de Dieu.*

Desmartres fit de profondes réflexions sur ces ouvertures ; le bon cesur de la nièce les seconde. Desmartres avoua enfin à son directeur qu'il ne pouvait vivre sans Mademoiselle Boutaudon, et qu'il voulait l'épouser.

Claustre, tout étonné, lni dit qu'il ne parlait pas sérieusement. Mais, après quelques mûres réflexions, il loi conseilla pour son bien de prendre ce parti. Mademoiselle sa nièce, il est vrai, n'avait rien; mais son bon sens devait faire rentrer à son mari deux millions dont il avait été dépouillé dans sa minorité ; ainsi elle apportait réellement deux millions en mariage. De plus, lui Claustre, devenant son oncle, était obligé, en conscience , d'intenter un procès à toute sa famille, et de faire tous ses efforts pour la ruiner , et pour la déshonorer ; ce qui serait un grand avantage pour les nouveaux mariés, et le tout pour la plus grande gloire de Dieu.

D'ailleurs mademoiselle Boutaudon était d'une des meilleures maisons auvergnaqnes. Du côté paternel, dit-elle, dans son mémoire , page 16 , elle est sœur, fille, petite-fille d'un imprimeur du roi ; et , du côté maternel , son trisaïeul, Noël Claustre, avait été soldat aux gardes de Catherine de Médicis; de plus un i*rè re de la future était actuellement soldat : de sorte que tous les honneurs municipaux et militaires décoraient la famille. Le mal était que ce soldat risquait d'être pendu pour n'avoir pas obéi a deux sommations de revenir au régiment. Que fait Claustrer il va se jeter aux pieds de la dame Démarchais , fille de son bienfaiteur Jean- François de La Borde. Il obtient de sa générosité plus d'argent qu'il n'en fant pour acheter le congé de son neveu Boutaudon le guerrier ; il garde le reste pour loi.

Enfin, le 8 avril 1706, les deux amans se marient dans la paroisse de Saint- Louis. Le sieur Desmartres avait alors trente-quatre ans; il pouvait contracter sans avertir ses parens. « Ce lut , dit Claustre, page 14* par un ordre singulier de la Providence , qui avait des desseins de justice et de miséricorde sur toutes les parties. • Il s'écrie , quelques lignes après : « Je ne conçois pas encore comment tout cela s'est opéré; mais j'ai dit souvent en moi-même, digitus Dti

MAR 235

têt f»fe. » En effet il n'eut pas de peine à persuader au sieur Desmartfcs fils qne la Providence jetait dés yeux très attentifs sur son bien ; et il eut une mission expresse de se rendre maître absolu de tout.

Dans les premiers transports de sa joie , il ne peut résister à la tentation de faire sentir son triomphe au sieur Jean- François de La Borde. Il lui écrit immédiatement après la célébration do mariage :

■ Monsieur, — Je suis chargé de vous annoncer un nouvel événement dans votre famille. M. votre ueveu Desmartres s'est marié ce matin , et a épousé ma nièce, fille du sieur Boutaudon , imprimeur du roi à Clcrmont. Elle est à peu près de son âge; elle a de l'éducation, du bon sens» de l'intelligence dans les affaires : il y a lieu d'espérer qu'elle régira avec prudence les affaires rie son mari, et qu'elle les défendra avec modération.

« Le sieur de Laune , procureur , est révoqué ; je me mets à la tété des affaires, en attendant que ma nièce en ait pu prendre connaissance 1 mais nous ne ferons rien sans un bon conseil.

* Serai -je asses heureux pour rétablir la bonne intelligence entre le père et le fils, entre l'oncle et le neveu? c'est ce ue je désire le plus vivement , pour vous donner des marques de mon attachement.

« J'ai l'honneur d'être avec respect. »

C'était un peu insulter le sieur Jean- François de La ftorde et toute la famille. Mais les saints ont leurs faiblesses.

Voilà donc cet homme qui, ayant choisi une retraite chrétienne pour s'occuper uniquement de l'affaire de son sa lut , se met à la tête de celles du sieur Desmartres, et prend la place du procureur de Laune, pour intenter un procès criminel a presque toute la famille chez laquelle il a vécu vingt-deux ans entiers , comme le maitte de la maison. Je dis un procès criminel , car c'en est un très réellement, d'accuser le père et l'oncle du sieur Desmartres , de l'avoir .dépouillé de soh bien pendant sa minorité, de l'avoir volé , de l'avoir maltraité , d'avoir soustrait des pièces. C'est là ce que le saint chicaneur impute à la famille; c'est là sa doctrine chrétienne.

L'ardeur de son zèle l'enflamme au point , qu'il veut embraser de la môme charité jusqu'à la dame de La Flachèr*

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sœur des sieurs de La Borde , et jusqu'à la dame de Cramayel, fille du fermier général. 11 n'est rien qu'il ne tente , il n'est point de ressort qu'il ne fasse jouer

{rendant le cours du procès , pour attirer es deux dames dans son parti. C'est surtout à la dame de La Flachère au'il s'adresse; c'était une femme chrétienne, vertueuse encore plus que dévote , aimant véritablement la paix et la justice.

La lettre qu'il lui écrivit, le i£ avril 1768, dans la plus grande chaleur du procès , est curieuse et mérite l'attention des juges.

LETTRE de l'apotre Claustra à madame de La Flachère.

« Un (1) ministre du Seigneur, que sa providence a constitué le défenseur d'un opprimé , ne doit négliger aucun des moyens humains qu'elle lui suggère pour arriver au but: il doit ne se lasser ni se rebuter de rien, quels que soient les obstacles qu'on lui oppose , les contradictions qu'on lui fasse essuyer, les dangers même auxquels il puisse être exposé : il doit, revêtu des armes de la vérité , combattre, sous l'autorité des lois , à temps et à contre temps , à droite et à gauche (2) avec la bonne et la mauvaise réputation.

■ (5) Vous avez de la religion, vous craignez Dieu ; vous voulez lui plaire et vous sauver; vous vaquez assidûment à la prière , aux œuvres de charité ; vous fréquentez les sacremens ; vous venez de satisfaire au devoir pascal , et vous l'avez sans doute fait précéder d'un examen sérieux de votre conscience. Hé quoil la conscience ne vous a rien reproché par rapporta M. Desmartres, votre neveu?

Vous croyez pouvoir rester neutre dans ses diflerens avec messieurs vos frères?

« (4) La nature a donné à un enfant, pour premiers défenseurs, ses père et

(1) Quel ministre t un précepteur, régisseur de la terre de Cramayel à isoo lir. de gages, qui séduit un fils de famille pour lui faire épouser sa nièce Boutaudon i l'insu de ses parens 1

(2) Quel ministre du Seigneur, qui soutient qu'il faut plaider à contre-temps avec sa mauvaise réputation !

(3) Quel ministre du Seigneur, qui veut persuader 4 madame de La Flachère qu'elle doit entretenir le feu de la discorde daaa la famille, parce qu'elle a fait ses pâques I

(4) Qoel ministre du Seigneur, qui dit que Dieu et les hommes exigent d'une tante qu'elle soutienne son neveu qu'il a marié clandestinement , malgré toute la famille!

mère; à leur défaut, ses oncles et ses tantes. Ici le père et l'oncle sont les oppresseurs du fils : c'est donc à la tante qu'est dévolu le soin de le défendre. Oui, madame, c'est pour vous un devoir devant Dieu et devant les hommes. En vain direz- vous que votre neveu vous a dispensée de ce soin, en se mariant sans votre aveu ; l'omission d'un devoir de bienséance, surtout l'omission étant forcée , ne saurait vous dispenser d'une obligation que la nature vous impose indépendamment de la religion.

■ ( t) Par votre silence vous avez enhardi les oppresseurs; vous avez approuvé les injustices que vous ne condamniez pas ; vous y avez consenti. Vous êtes donc injuste vous-même. Or ignorez- vous , madame, que les injustes n'entreront point dans le royaume des cieux ! Premier scrufuie.

e (a) Vous vous croyez en sûreté de conscience en ne prenant aucune part au procès. Quelle est donc votre morale ou votre religion? Second scrupule,

« (5) Il y aura avant la Pentecôte deux nouveaux mémoires imprimés, lesquels seront suivis de fort près par quatre autres mémoires , tous destinés à traiter en particulier chacune de nos prétentions:

ils seront courts afin qu'ils soient lus, mais ils n'en seront pas moins forts de choses. Nous avons fait des oppositions sur les biens de M. de La Borde, et les oppositions seront converties en saisies réelles au premier jugement que nous aurons. Les avocats, les procureurs, les huissiers , les notaires nous consomment en frais. C'est une perte réelle, une perte énorme, une perte certaine pour votre famille; perte qui ne se réparera jamais, q^uels que soient les vainqueurs. Vous auriez pu la prévenir, et vous la voyez faire tranquillement ! vous laissez couler l'eau sans faire aucun effort pour l'arrêter. L'in-

(1) Quel ministre du Seigneur, qui assure que madame de La Flachère sera damnée pour n'avoir pas plaidé contre son frère t

(x) Quel ministre du Seigneur 1 si on n'intente point un procès infime à sa famille, on n'a point de religion.

(3) Quel ministre du Seigneur! comme il fête la Pentecôte , comme il est fort de choses , ce petit Fontenelle 1 comme il mêle sagement l'inondation et l'incendie! comme il est éloquent 1 comme sa charité sacerdotale propose trois scrupules à une femme pieuse. On verra ci-dessous ses mensonges : ils surpassent de beaucoup le nombre dea trois scrupules de ce saint personnage.

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cendiefait tous les jours de nouveaux progrès , et tous ne vous en mettez point en peine I Pouvez-vous croire que Dieu ne vous en demandera aucun compte? Quel aveuglement ! quel oubli de la justice du Dieu que nous servons! Voilà , madame , trois sujets de scrupule, qu'une charité sacerdotale propose à vos méditations. »

Ce n'est pas tout; il envoie cette lettre à la dame de Cramayel, au curé de Saint- Paul, et à trois ou quatre prêtres directeurs de dévotes, qui ne manqueront pas de la répandre, qui formeront une pieuse cabale contre la famille La Borde, qui solliciteront les juges , qui animeront le public en faveur de l'innocence opprimée par un fermier général. La cause va devenir celle de Dieu et celle du peuple : car on suppose toujours que ni l'un ni l'autre n'aiment les fermiers généraux. Cette manœuvre n'était pas maladroite; mais Dieu ne l'a pas bénie comme l'espérait Claustre. Ce n'est pas assez, quand il ('agit d'un compte de tutelle, de parler de piété et dévotion ; il faut des faits vrais et des calculs justes. C'est précisément ce qui a manqué au zèle de l'abbé Claustre. Il se flattait que le sieur Jean-François de La Borde, principalement attaqué dans ce procès, étant âgé de quatre-vingts ans, succomberait à la faiblesse de son âge, et à la fatigue de rassembler un tas immense de papiers oubliés depuis longtemps, et peut-être égarés. 11 était sûr de compromettre le frère avec sa sœur, de La Flacnère, le père avec sa fille de Cramayel. Il avait l'espérance de conduire au tombeau la vieillesse du sieur Jean- François de La Borde, et celle de sa sœur la dame de La Flachèrc : et c'est daus cette unique vue qu'il ne s'est pas trompé. L'un et l'autre sont morts en effet de chagrin; mais du moins ils ne sont morts qu après avoir pleinement confondu leur adversaire, et après avoir obtenu des arrêts contre le calomniateur.

Claustre n'était pas aussi exact qu'Hélait xélé. Ses mensonges étaient pieux, mais ils n'étaient pas fins.

Premier mémo âge de Claustre.

11 redemandait pour le mari de sa nièce Boutaudon environ deux millions dont la mère de Desmartres avait hérité en Hollande. Mais , par les comptes juridiquement arrêtés, il se trouva que le bien de sa mère ne se montait, à sa mort , qu'à deux cent soixante-seize mille vingt liv.

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qui devaient être partagées entre Desmartres fils et sa sœur; et à la mort de la sœur, ces deux cent soixante-seize mille ▼ingt liv. appartinrent au fils; mais sur ce bien il fallait payer au sieur Desmartres père douze mille liv. de pension à lui léguées par sa femme, et trois mille liv. de pension à lui léguées par sa fille, avec d'autres dons. Ainsi voilà l'abbé Claustre bien loin de son compte. Etnéhit invencrunt viri divitiarum in manHnu suis.

Second mensonge de Claustre.

11 dit assez malignement que la bisaïeule de Desmartres fils , qui était hollandaise, mourut en 1728; et il le dit pour insinuer que des actes de 1739 n'étaient pas légitimes. 11 ajoute que cette dame laissa une grosse succession. Il a été prouvé qu'elle était morte en 1730, que Ta succession était fort petite , et qu'il raisonnait fort mal.

Troisième mensonge de Claustre.

Il fait dire à Desmartres fils qu'on ne lui a pas rendu ses papiers à sa majorité ; et il a été prouvé par acte juridique, du i3 mai 1761, que tous ses papiers lui avaient été rendus.

Quatrième mensonge de Claustre.

11 dit qu'on ne laisse jouir Desmartres fils que de dix mille liv. de rente ; que ce n'est pas assez pour lui Claustre et pour sa nièce Boutaudon; qu'il comptait sur un fonds de deux millions.

A l'égard de ces deux millions , il faut bien que Claustre et sa nièce Boutaudon s'en passent ; mais il a été prouvé que le sieur Desmartres fils jouissait de quatorze mille liv. de rente, provenantes de l'administration sage de son père, et que , à la mort de ce père , il jouira de quinze mille liv. de pension qu'il est obligé de lui faire; ce qui composera environ trente mille liv. de rente au sieur Desmartres fils. C'est un bien fort honnête ; il y a beaucoup de gens d'esprit dans Pans qui n'en ont pas tant, et qui n'ont pas des Claustre pour directeurs de conscience et de finances.

Cinquième mensonge de Claustre.

Il fait dire à Desmartres fils qu'étant malade, en 1760, son père le força de faire un testament par lequel il instituait ce père son héritier universel ; et il ae trouve que ce testament fut fait , le 1 1 avril 17^7, dans la ville d'Aigueperse , son

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père étant alors à cent lieues delà; ce père Desmartres n'est point institué héritier universel; c'est l'oncle même Jean- François. Quand on a reproché à Claustre qu'il avait dit la chose qui n'est pas , il a répondu qu'on peut en user ainsi pour le bien des mineurs, que des patriarches ont fait des mensonges officieux: mais qu'en effet il a dit la vérité , puisqu'il y a eu un testament. Voila le point principal ; la date et le contenu ne sont que des accessoires.

Sixième mensonge de Clauirre.

Nous passons quelques menues fraudes qui seraient excessivement ennuyeuses, et que les curieux peuvent voir dans les mémoires imprimés ; mais en voici une importante. Il accuse le sieur de La JBorde , fermier général , d'avoir volé cinquante-huit mille livres avec les arrérages à sa belle-sœur, la dame Desmartres, mère du corn plaignant.

Voici le fait. La dame Desmartres f ayant conservé quelques inclinations de la Hollande, son pays, se plaisait quelquefois à mettre de 1 argent dans le commerce de Cadix. Elle ut une avance de cinquante-huit mille livres sur des effets estimés soixante-sept mille , que le sieur Jean-François de La Borde envoyait à Buénos-Àyres , en 173 1 . Jean-François de La Borde perdit presque tout. Il ne reçut qu'en 1751 les faibles débris de cette espèce de banqueroute ; et cependant il eut la générosité, dès 1744» de rembourser les 58,ooo livres avec les intérêts. Alonzo, Rubio de Rivas et Bartbolomeo Pinto de Ribera, chargés de la commission de vendre au Pérou les effets du sieur de La Borde, s'en étaient fort mal acquittés malgré leurs grands noms. Je n'en suis point étonné : ces messieurs m'ont causé, k moi qui vous parle, une perte de plus de cent mille livres; mais, n'ayant point affaire à un dévot, je n'ai pas essuyé de procès pour surcroît de ma perte. Claustre, au contraire , a redemande les 58,ooo liv. avec les intérêts , quoiqu'ils eussent été payés, et qu'on eût la quittance. Cela est effronté ; mais il ne faut s'étonner de rien.

Septième mensonge de Claustre.

Il prétend que son Desmartres fils était abandonné de son père et de son oncle, et qu'on lui retenait son bien dans le temps même qu'il était majeur ; mais une preuve qu'on ne lui retenait pas son bien ,

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et qu'il en pouvait disposer,<c'e»t qu'alor* il ae rendait caution de plusieurs emprunts que f es ait son cousin Jean -Benjamin de La Borde , fils du fermier général Jean-François.

Huitième mensonge de Claustre.

Le prêtre ayant fut trois libelles contre le sieur Jean-François de La Borde, son bienfaiteur, en fait un quatrième contre son élève Jean-Benjamin de La Borde le fils, qui fut son bienfaiteur aussi dès qu'il eut atteint le moment de sa majorité.

Dans ce libelle injurieux il étale des craintes chimériques sur les engagement pris par Pierre de La Borde Desmartres en faveur de son cousin-germain Jean- Benjamin; engagement mutuels, remplis, acquittés, annulés; affaires nettes, affaires consommées. U voudrait les faite revivre pour en faire naître quelque nouveau procès. Dans cette honnête intention , ne sachant comment s'y prendre ,il avance que, dans le temps du premier engagement des deux cousins, ils étaient tous deux majeurs. Il ment encore sans utilité et par pure habitude. Le premier engagement est du 18 février 1759, Or Benjamin ne fut majeur que lé 5 septembre de cette année. Le lecteur se soucie fort peu , et moi aussi , du temps où les parties furent majeures ; mais le public n'aime pas qu'un prêtre mente. Je hais ces mensonges sacrés plus que personne , parce que je sais ce qu'il m'en a coûté.

Netmème moniouge de Claustre.

Ce bon prêtre , sachant bien que Pierre de La Borde Desmartres n'était pas si riche que Jean-François de La Borde, ancien fermier général, a voulu s'adressera lui plutôt qu à Pierre ; il s'est imagiué

3u'il pourrait le faire passer pour tuteur es enfans de sa sœur, et pour administra teur de leur bien , afin de pouvoir tomber sur lui. Il dirigeait ainsi ses attaques contre ceux qui étaient en état de payer la plus grosse rançon. Il s'est encore trompé dans cette supposition. Les accu* sa leurs sont obligés d avoir doublement raison, et Claustre a toujours eu tort.

Voici ce qu'il demandait avec discrétion:

58,ooo livres qui avaient été payées; io3,888 livres aussi déjà payées ; 77, i55 livres aussi déjà payées en plusieurs articles.

Voici déjà une somme d'environ deux

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