‹ Dictionnaire historique des événemens remarquablesChapitre 89 sur 183 · MAX · texte numérisé non relu

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cent trente -neuf mille francs, <pie ce Claustre, qui voulait passer sa vie à la Doctrine-Chrétienne, demandait pour lui et pour la demoiselle Routaudon, sous le nom du sieur Pesmartres fils, qui n'en savait rien. Il y a encore d'autres articles, le tout monte à environ cent mille écus. 11 a déjà été condamné d'une voix unanime aux requêtes du palais sur presque tous les articles.

Il y a deux sortes de justices, celle du barreau et celle du public. Au barreau Ton est débouté, c'est-à-dire , déchu de ses prétentions injustes , debotat et debotavit; le public juge l'hypocrisie , l'ingratitude, l'esprit de rapacité et le mensonge. A quoi condamne-t-il un tel coupable? il le déboute de ses prétentions à la piété et à l'honneur; il lui conseille de retourner à la Doctrine-Chrétienne, de ne plus apporter le glaive mai» la paix dans les familles, de ne plus diviser le fils et le père, la fille et la mère, la bru et la belle-mère. Cela est très bon ailleurs mais non dans un précepteur qui reçoit des gage» ; chaque chose , chaque homme doit être a sa place.

Tel est le petit précis très informe de la cause célèbre ou non célèbre de l'abbé Claustre. Je n'ai pas l'honneur d'être de l'ordre des avocats , mais je suis de l'ordre de ceux qui aiment la vérité et l'équité.

(Mélanges PhUosophtyueg.)

MASQUE DE FER. (Voycs ('homme au masque de fer. )

MAXIME, empereur.— son cira cri; sa ftr sas crimes. — Aucun empereur chrétien n'avait imaginé, avant le tyran Maxime, de condamner un homme au supplice , uniquement pour des points de controverse. Il est bien vrai que ce furent deux évéques espagnols qui poursuivirent la mort des priscillianistes auprès de Maxime; mais il n'est pas moins vrai que ce tyran voulait plaire au parti dominant en versant le sang des hérétiques.

La barbarie et la justice lui étaient également indifférentes. Jaloux de Théodose, espagnol comme lui , il se flattait de lui enlever l'empire d'Orient, comme il avait déjà envahi celui d'Occident. Théodose était haï pour ses cruautés; mais il avait su gagner tous les chefs de la religion. Maxime voulait déployer le même zèle , et attacher les évêques espagnols à sa faction. II flattait également l'ancienne

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religion et la nouvelle; c'était un homme aussi, fourbe qu'inhumain , comme tous ceux qui, dans ce temps-là, prétendirent en parvinrent à l'empire. Cette vaste partie du monde était gouvernée comme l'est Alger aujourd'hui. La milice fesait et défesait les empereurs ; elle les choisissait très souvenf parmi les nations réputées barbares. Théodose lui opposait alors d'autres barbares de la Scythic. Ce fut lui qui remplit les armées de Goths , et qui éleva Alaric, le vainqueur de Rome. Daos cette confusion horrible, c'était donc à qui fortifierait le plus son parti par tous les moyens possibles.

Maxime venait de faire assassiner 4 Lyon l'empereur Gratien, collègue de Théodose ; il méditait la perte de Valentinien n, nommé successeur de Gratien à Rome, dans son enfance. Il assemblait à Trêves une puissante armée , composée de Gaulois et d'Allemands. Il fesait lever des troupes en Espagne, lorsque deux évêques espagnols, Idacio et Ithacus ou ltactus, qui avaient alors beaucoup de crédit, vinrent lui demander le sang de Priscillien et de tous ses adhéreos, qui diraient que les Ames sont des émanations de Dieu , que la Trinité ne contient point trois hypostases ; et qui. de plus, poussaient le sacrilège jusqu'à jeûner le dimanche. Maxime, moitié païen , moitié chrétien, sentit bientôt toute l'énormité de ces crimes. Les saints évéques Idacio et ltacius obtinrent qu'on donnât d'abord Ja question à Priscillien et à ses com-

fdices avant qu'on les fit mourir; ils y ùrent présens, afin que tout se passât dans l'ordre, et s'en retournèrent en bénissant Dieu, et en plaçant Maxime, le défenseur de la foi, au rang des saints. Mais , Maxime ayant été défait par Théodose, et ensuite assassiné aux pieds de son vainqueur , il ne fut point canonisé.

Il faut remarquer que saint Martin , évêque de Tours , véritablement homme de bien, sollicita la grâce de Priscillien; mais les évéques l'accusèrent lui-même d'être hérétique, et il s'en retourna à Tours de peur qu'on ne kit fit donner la question à Trêves.

Quant à Priscillien, il eut la consolation , après avoir été pendu , qu'il fut honoré de sa secte comme un martyr.

On célébra sa fête , et on la fêterait encore s'il y avait des priscillianistes.

Cet exemple fit frémir toute l'église ; mais bientôt après il fut imité et sur-

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passé. On avait fait périr des priscillianistes par le glaive , par la corde et par la lapidation. Une jeune dame de qualité, soupçonnée d'avoir jeûné le dimanche, n'avait été que lapidée dans Bordeaux.

Ces supplices parurent trop légers ; on prouva que Dieu exigeait que les hérétiques fussent brûlés à* petit feu. La raison péremptoirc qu'on en donnait, c'était que Dieu les punit ainsi dans l'autre monde , et que tout prince , tout lieutenant du prince, enfin le moindre magistrat, est l'image de Dieu dans ce monde-ci.

Ce fut sur ce principe qu'on brûla partout des sorciers qui étaient visiblement sous l'empire du diable, et des hétérodoxes qu'on croyait encore plus criminels et plus dangereux que les sorciers. ( Commentaires sur le livre des délits et des veines ).

MAXIMES DES SAIKTS. ( Voy. Fènelcn. )

MAZARIN (le cardinal) , premier ministre de Louis xm , roi de France. — son kxil kt son BÀFPiL. (décembre i65i.) — Le cardinal Mazarin qui , du fond de son exil à Cologne, avait gouverné la cour, rentra dans le royaume , moins en ministre qui venait reprendre son poste qu'en souverain qui se remettait en possession de ses états ; il était conduit par une petite armée- de sept mille hommes levés à ses dépens , c'est-à-dire , avec l'argent du royaume qu'il s'était approprié.

On fait dire au roi , dans une déclaration de ce temps-là , que le cardinal avait en effet levé ces troupes de son argent : ce qui doit confondre l'opinion de ceux qui ont écrit qu'à sa première sortie du royaume Mazarin s'était trouvé dans l'indigence. 11 donna le commandement de sa petite armée au maréchal d'Hocquincourt. Tous les officiers portaient des écharpes vertes ; c'était la couleur des livrées du cardinal. Chaque parti avait alors son écharpe. La blanche était celle du roi ; Pisabelle , celle du prince de Condé. Il était étonnant que le cardinal Mazarin, qui avait jusqu'alors affecté tant de modestie , eût la hardiesse de faire porter ses livrées à une armée , comme s'il avait un parti différent de celui de son maître ; mais il ne put résister à cette vanité. C'était précisément ce qu'avait fait le maréchal d'Ancre, et ce qui contribua beaucoup à sa perte. La même témérité réussit au cardinal Mazarin : la

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reine l'approuva. Le roi, déjà majeur, et son frère, allèrent au devant de lui.*

[Décembre i65i.J Aux premières nouvelles de son retour, Gaston d'Orléans , frère de Louis xm , qui avait demandé l'éloignement du cardinal , leva des troupes dans Paris sans savoir à quoi elles seraient employées. Le parlement renouvela ses arrêts ; il proscrivit Mazarin . et mit sa tète à prix. Il fallut chercher dans les registres quel était le prix d'une tétc ennemie du royaume. On trouva que sous Charles ix on avait prorais, par arrêt, cinquante mille écus à celui qui représenterait l'amiral Coligni mort ou vif. On crut très-sérieusement procéder en règle., en mettant ce môme prix à l'assassinat d'un cardinal premier ministre.

Cette proscription ne donna à personne la tentation de mériter les cinquante mille écus , qui après tout n'eussent point été payés. Chez une autre nation et dans un autre temps , un tel arrêt . eût trouvé des exécuteurs ; mais il ne servit qu'à faire de nouvelles plaisanterie*. Les Blots et les Marigny, beaux esprits, qui portaient la galté dans les tumultes de ces troubles, tirent afficher dans Paris une répartition des cent cinquante mille livres; tant pour qui couperait le nez au cardinal, tant pour une oreille, tant pour un oeil, tant pour le faire eunuque. Ce ridicule fut tout l'effet de la proscription contre la personne du ministre ; mais ses meubles et sa bibliothèque furent vendus par un second arrêt ; cet argent était destiné à payer un assassin ; il fut dissipé par les dépositaires, comme tout l'argent qu'on levait alors. Le cardinal, de son côté, n'employait contre ses ennemis ni le poison, ni 1 assassinat; et, malgré l'aigreur et la manie de tant de partis et de tant de haines, on ne commit pas autant de grandscrimes, les chefs de parti furent moins cruels , et les peuples moins furieux que du temps de la ligue ; car ce n'était pas une guerre de religion.

(Essai sur les rruzurs. ) — sa mobt. ( 9 mars 1661.) — 11 ouvernait les finances comme l'intenance d'un seigneur obéré. Le roi demandait quelquefois de l'argent à Fouquet, qui lui répondait :*Sire, il n'y a rien dans les coffres de votre majesté; mais monsieur le cardinal vous en prêtera. • Mazariu était riche d'environ deux cent millions , à compter comme on fait aujourd'hui. Plusieurs mémoires disent

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qu'il en amassa une partie par des moyens trop au-dessous de la grandeur de sa

Elace. Ils rapportent qu'il partageait avec ;s armateurs les profits de leurs courses: c'est ce qui ne l'ut jamais prouvé ; m au les Hollandais l'en soupçonnèrent, et ils n'auraient pas soupçonné le cardinal de Richelieu.

On dit qu'en mourant il eut des scrupules, quoiqu'au dehors il montrât du courage. Du moins il craignit pour ses biens, et il en fit au roi une donation eutiére, croyant que le roi les lui rendrait. £g mars 166* 1 ] Il ne se trompa point ; le roi lui remit la donation au bout de trois jours. EnGn il momut : et il n'y eut que le roi qui sembla le regretter; car ce prince savait uéjà dissimuler. Le joug commençait à lui peser; il était impatient de régner. Cependaut il voulut paraître sensible à une mort qui le mettait en possession de >on trône.

Louis xiv et lalfcour portèrent le deuil du cardinal Mazarin , honneur peu ordinaire, et que Henri iv avait fait à la mrinoire de (ïabrielle d'Estrëes.

On n'entreprendra pas m i d'examiner si le cardinal Mazarin a été un grand ministre ou non ; c'est à ses actions de parler, et à la postérité de juger. Le vulgaire suppose quelquefois une étendue d'esprit prodigieuse, et un génie pres-

3ue divin, dans ceux qui ont gouverné es empires avec quelque succès. Ce n'est point une pénétration supérieure qui fait les hommes d'état, c'est leur caractère. Les hommes, pour peu qu'ils aient de bon sens, voient tous à peu près leurs intérêts. Un bourgeois d'Amsterdam ou de Berne , en sait sur ce point notant que Séjan, Xiniénès , Buckingham, Richelieu ou Mazarin : mais notre conduite et nos entreprises dépendent uniquement de la trempe de notre âme, et nos succès dépendent de la fortune.

Par exemple, si un génie tel que le pape Alexandre vi ou Borgia son fils, avait eu la Rochelle à prendre, il aurait invité dans son camp les principaux chefs sous un serment sacré, et se serait défait d'eux ; Mazarin serait entré dans la ville deux ou trois ans plus tard, en gagnant et en divisant les bourgeois. Don Louis de Haro n'eût pas hasardé l'entreprise.

Richelieu fit une digue sur la mer, à l'exemple d'Alexandre, et entra dans la Rochelle en conquérant; mais une marée un peu forte , ou un peu plus de diligence

de la part des Anglais , délivraient la Rochelle, et fesaient passer Richelieu pour un téméraire.

On peut juger du caractère des hommes par leur» entreprises. On peut bien assurer que l'âme de Richelieu respirait la hauteur et la vengeance ; que Mazarin était sage, souple et avide de biens.

Mais , pour connaître à quel point un ministre a de l'esprit, il faut < u l'entendre souvent parler, ou lire ce qu'il a écrit. Il arrive souvent parmi les hommes d'état ce qu'on voit tous h » jours parmi les courtisans ; celui qui a le plus d'esprit échoue, et celui qui a dans le caractère plus de patience , de force , de souplesse et de suite , réussit.

En lisant les lettres du cardinal Mazarin et les mémoires du cardinal de Retz, on voit aisément que Retz était un génie supérieur. Cependant Mazarin fut tout-puissant, U Retz fut accablé.

En lin il est très vrai que, pour faire un puissant ministre , il ne faut souvent qu'un esprit médiocre, du bon sens et de la fortune; mais, pour être un bon ministre, il faut avoir jGun passion dominante l'amour du bien public. Le grand homme d'état est celui dont il reste de grands iiiouuraens utiles à la patrie.

Le monument qui immortalise le cardinal Mazarin est l'acquisition de l'AU sace. Il donna cette province à la France , dans le temps que la France était déchaînée contre lui; et, par une fatalité singulière, il fit plus de bien au royaume, lorsqu'il y était persécuté, que dans la tranquillité d'une puissance, absolue.

( SièeU de Louis XI F.) MEDICIS, (les frères de) princes Toscans. — leuh fih cbukllr (8 mai 1478.) — l a Toscane , était au Milanais ce que l'Attique avait été a la Béotie; car, depuis un siècle, Florence se signalait, par le commerce et par les beaux -arts. Les Médicis étaient à la tète de cette nation polie. Aucune maison dans le monde n'a jamais acquis la puissance par des titres si justes. Elle l'obtint à force de bienfaits et de vertus. Cosme de Médicis, né en i3Kq, simple citoyen de Florence, vécut sa n< rechercher de grands titres ; mais il acquit par le commerce des richesses comparables à celles des plus grands rois de son temps. Il s'en servit pour secourir les pauvres , pour se faire des amis parmi les riches en leur

Prêtant son bien , pour oroer sa patrie d'édifices, pour appeler à Florence les savans grecs chasses de Gonstantinople.

Ses conseils furent pendant trente années les lois de sa république. Ses bienfaits furent ses principales intrigues , et ce sont toujours les plus sûres. On vit, après sa mort, par ses papiers, qu'il avait prêté à ses compatriotes des sommes immenses, dont il n'avait jamais exigé le moindre paiement. [i464] Il mourut regretté de ses ennemis même. Florence , d un commun consentement, orna son tombeau du nom de père de la pairie » titre qu'aucun roi jusque là n'avait pu obtenir.

Sa réputation valut à ses descendons la

Jirincipale autorité dans la Toscane. Son ils l'administra sous le nom de gonfalonier. [i4'8j Ses deux petits-fils, Laurent et Julien, maîtres de la république, furent assassinés dans une église par des conjurés , au moment où on élevait l'hostie. Julien en mourut, Laurent échappa. Le gouvernement des Florentins ressemblail à celui des Athéniens , comme leur génie : il était tantôt aristocratique , tantôt populaire ; et on n'y cramait rien tant que la tyrannie.

Cosme de Médicis pouvait être comparé à Pisistrate, qui, malgré son pouvoir, fut mis au nombre des sages. Lis petits-fils de ce Cosme eurent le sort des enfans de Pisistrate, assassines par Harinodius et Aristogiton. Laurent échappa aux meurtriers comme un des enfanij.de Pisi&trale , et vengea comme lui la mort de son frère. Mais, ce qu'on n'avait point vu dans Athènes, et ce, qu'on vit à Florence, c'est que les chefs de la religion tramèrent cette conspiration sanguinaire.

On peut , par cet évéuement , se former une idée très juste de l'esprit et des mœurs de ce temps-là. La Rovère, Sixte iv, -était souverain pontife. Je n'examinerai pas ici, avec Machiavel, si les Riario, qu'il lésait passer pour ses neveux , étaient en effet ses enfans ; niavec Michel Bru tus , s'il les avait fait naître lorsqu'il était cordelier. Il suffit, pour l'intelligence des faits, de savoir qu'il sacrifiait tout pour l'agrandissement de Jérôme Riario, l'un de ces prétendus neveux. Nous avons déjà observé que le domaine du sain tsiége n'était pas à beaucoup près aussi étendu qu'aujourd'hui. Sixte iv voulut dépouiller les seigneurs d'Imola et de Forli, pour enrichir Jérôme de leurs ctats. Les deux fcèree Médicis secoururent

de leur argent ces petits princes % et les soutinrent. Le pape crut que, pour dominer dans l'Italie , il fallait qu il exterminât les Médicis. Un banquier florentin, établi à Rome, nommé Pazzi, ennemi dés deux frères , proposa au pape de les assassiner. Le cardinal Raphaël Riario, frère de Jérôme, fut envoyé à Florence pour diriger la conspiration; et Salviati, archevêque de Florence, en dressa tout le plan. Le prêtre Stcphano, attaché a cet archevêque , se chargea d'être un assassins. On choisit la solennité d'une grande fête dans l'église de Santa- Reparata , pour égorger les Médicis et leurs amis , comme les assassins du duc Galéas Sforze avaient choisi la cathédrale de Milan, et le jour de Saint-Etienne, pour massacrer ce prince au pied de l'autel. Le moment de l'élévation de l'hostie fut celui qu'on prit pour le meurtre, afin que le peuple attentif et prosterné ne pût en empêcher l'exécutioto. En effet, dans cet instant même, Julien de Médicis fut tué par un frère de Pazzi , et par d'autres conjurés. Le prêtre Stepbano blessa Laurent , qui eut assez de force pour se retirer dans la sacristie.

Quand on voit un pape, un archevêque, un prêtre, méditer un tel crime, et choisir pour l'exécution le moment où leur Dieu se montre dans le temple, oq ne peut douter de l'athéisme qui régnait alors. Certainement, s'ils avaient cru que leur Créateur leur apparaissait sous le pain sacré , ils n'auraient osé lui insulter à ce point. Le peuple adorait ce mystère; les grands et les hommes d'état s'en moquaient , toute l'histoire de ces temps-la le démontre. Ils pensaient comme oo pensait à Rome du temps de César ; leurs passions concluaient qu'il n'y a aucune religion. Ils fesaient tous ce détestable raisonnement : Les hommes m'ont enseigné des mensonges, donc il n'y a point de Dieu. Ainsi la religion naturelle fut éteinte dans presque tous ceux qui gouvernaient alors ; et jamais siècle ue fut plus fécond en assassinats , en empoisonnemens, en trahisons, en débauches monstrueuses.

Les Florentins, qui aimaient les Médicis, les vengèrent par le supplice de tous les coupables qu'ils rencontrèrent.

L'archevêque de Florence fut pendu aux fenêtres du palais public. Laurent eut la générosité ou la prudence de sauver la vie aucardmal neveu qu'on voulait égorge r

au pied de l'autel qu'il avait souillé , et où il se réfugia. Pour Stephano, comme il n'était que prêtre , le peuple ne l'épargna pas; il l'ut traîné dans les rues de Florence, mutilé, écorché, et enfin pendu.

Une des singularités de cette conspiration fut que Bernard Bandini, l'un des meurtriers , retiré depuis chez les Turcs , fut livré à Laurent de Médicis ; et que le sultan Bajazct servit à punir le crime que le pape Sixte avait fait commettre. Ce qui fut moins extraordinaire ; c'est que lepape excommunia ïes Florentins , pour avoir puni la conspiration ; il leur fit même une guerre que Médicis termina par sa prudence. Vous voyez à quoi l'on employait la religion et les an a thèmes. Je défie l'imagination la plus atroce de rien inventer qui approche de ces détestables horreurs.

( Essai sur les mœurs. )

MÉDICIS (Catherine de). — DES ASSAS- SINS LUI FO.VT HOMMAGE OR LA TÊTE DE COM-

chy, kî» 1572. (Voyez Coligny.) — Il est impossible de savoir s'il est vrai que Catherine de Médicis ait envoyé la tête de l'amiral à Rome , comme l'assurent les protestans. Mais il est sûr qu'on porta sa tête à la reine, avec un coffre plein de papiers, parmi lesquels était l'histoire du temps, écrite de la main de Coligny. On y trouva aussi plusieurs mémoires sur les affaires publiques. Un de ces mémoit< avait pour objet d'engager Charles à faire la guerre aux Anglais : Charles ix fit lire ce mémoire à l'ambassadeur d'Angleterre, qui se plaignait à lui de la trahison faite aux protestans , et qui n'en méprisa que plus la politique de la cour de France. In antre mémoire montrait les dangers auxquels il exposerait la tranquillité de l'état, s'il donnait un apanage à son frère le duc d'Alençon; on le montra à ce jeune prince qui regrettait l'amiral. «Je ne sais pas , répondit-il après l'avoir lu , si ce mémoire est d'un de mes amis, mais il est sûrement d'un sujet fidèle. •

La populace traîna le corps de l'amiral par les rues, et le pendit par les pieds, avec une chaîne de fer, au gibet de Monfaucon. Le roi eut la cruauté d'aller luimême avec sa cour à Monfaucon, jouir de cet horrible spectacle : quelqu'un lui ayant dit que le corps de l'amiral sentait mauvais, il répondit comme Vitcllius : c Le corps d un ennemi mort sent toujours bon. »

11 alla au parlement accuser l'amiral d'une conspiration , et 1* parlement ren-

dit un arrêt contre le mort , par lequel il ordonna que son corps, après avoir été traîné sur une claie , serait pendu en Grève ; ses enfans déclarés roturiers et incapables de posséder aucune charge; sa maison dcChâtillon-sur-Loing rasée, les arbres coupés, etc. ; et que tous les ans on ferait une procession , le jour de la Saint- Haï thcleroL, pour remereier Dieu de la découverte de la conspiration à laquelle l'amiral n'avait pas songé. Malgré cet arrêt , la fille de l'amiral , veuve de Téligny, épousa peu de temps après le prince d'Orange.

Lu parlement avait mis , quelques années auparavant, sa tête à cinquante mille écus; il est assez singulier que ce soit précisément le même prix qu'il mit de puis a celle du cardinal Mazarin. Le génie des Français est de tourner en plaisanterie les événemens les plus affreux .on débita un petit écrit intitulé : Passio Dut ni ni Noslri Gaspardi Coligny , sccundùvi Barlliolomœum.

Mézerai rapporte , dans sa grande histoire , un fait dont il est très permis de douter; il dit que, quelques années auparavant ; le gardien du couvent des cordeliers de Saintes , nommé Michel Crel let, condamné par l'amiral à être pendu, lui prédit qu'il mourrait assassiné , qu'il serait jeté par les fenêtres , et ensuite pendu lui-même.

De nos jours, un financier, ayant acheté une terre qui avait appartenu aux Coligny , y trouva dans le parc , à quelques pieds sous terre, un coffre de fer rempli de papiers , qu'il fit jeter au feu comme ne produisant aucun revenu.

{Notes de la Ifcnrùidc. )

MEMIN. (madame de) — YoyczPicrrc d'sirras.

MESSE. — histoirk philosophique de ce mystère Aor.t STE. — La messe , dans le langage ordinaire, e»Hla plus grande et la plus auguste des cérémonies de l'église. On lui donne des surnoms différons, selon les rites usités dans les diverses contrées où elle est célébrée, tels min la messe mosarabe ou gothique, la messe grecque, la messe latine. Durandu* et Eckios appellent sèche la messe oîi il ne se fait point de consécration, comme celle qu on lait dire en particulier aux aspirans à la prêtrise ; et le cardinal liona (1) rapporte, sur la foi de Guillaume

(1) Liy. I., chap. 3tV «ur la liturgie.

de Nangis, que saint Louis, dans son voyage d'outre-mer, la-fesait dire ainsi pour ne pas risquer que l'agitation du vaisseau ht répandre Je vin consacré. II cite aussi Génébrard, qui dit avoir assisté, à Tnrin en 1587, à une pareille messe célébrée* dans une église, mais après dîner et fort tard , pour les funérailles d'une personne noble.

Pierre le chantre parle aussi de la messe à deux, à trois, et même à quatre faces, dans laquelle le prêtre célébrait la messe du jour ou de la fête jusqu'à l'offertoire; puis il en recommençait une seconde, une troisième, et quelquefois une quatrième , jusqu'au même endroit ; ensuite il disait autant de secrètes qu'il avait commencé de messes; mais pour toutes il ne récitait qu'une (bis le canon, et a la On il ajoutait autant de collectes qu'il avait réuni de messes (1).

Ce ne tut que vers la fin du quatrième tùècle, que le mot de messe commença à signifier la célébration de l'eucharistie. Le savant Beatus Rbenanus, dans ses notes sur Tertullien (2) , observe que saint Ambroise consacra cette expression du peuple prise de ce qu'on mettait dehors les cathécumènes après la lecture de l'Evangile,

On trouve dans les Constitutions apostoliques (5) une liturgie sous le nom de saint Jacques, par laquelle il parait qu'au lieu d'invoquer les saints au canon de la messe , la primitive église priait pour eux. a Nous offrons encore, Seigneur, disait le célébrant , ce pain et ce calice pour tous les saints qui vous ont été agréables depuis le commencement des siècles, pour les patriarches, les prophètes, les justes, les apôtres, les martyrs, les confesseurs , les évêques, les prêtres, les diacres, les sous-diacres, les lecteurs, les chantres , les vierges , les veuves , les laïques, et tous ceux dont les noms vous sont connus. • Mais saint Cyrille de Jérusalem , qui vivait dans le quatrième siècle , y substitue cette explication : « Après cela , dit-il (4) , nous fesons commémoration de ceux qui sont morts avant nous, et premièrement des patriarches, des apôtres, des martyrs, afin que Dieu

reçoive nos prières par leur intercession..» Cela prouve, comme nous le dirons à l'article Rttiqxus , que le culte des saints commençait alors à s'introduire dans l'église.

Noël Alexandre (1) cite des Actes de saint André , où Ton fait dire à cet apôtre : «J'immole tous les jours sur l'autel du seul vrai Dieu , non les chairs des taureaux, ni le sang des boucs, mais l'agneau immaculé , qui demeure toujours entier et vivant après qu'il est sacrifié, et que tout le peuple fidèle' en a mangé la chair : » mais ce savant dominicain avoue que cette pièce n'est connue que depuis le huitième siècle. Le premier qui l'ait citée est Ethérius, évéque d'Osnia en Espagne, qui écrivit contre Elipand en 788.

Abdias (a) rapporte que saint Jean, averti par le seigneur de la fin de sa course, se prépara à la mort, et recommanda son église à Dieu. Puis , ayant pris du pain qu'il se fit apporter, il leva les yeux au ciel , le bénit , le rompit , et le distribua à tous ceux qui étaient présens, en leur disant : • Que mon partage soit le vôtre , et que le votre soit le mien. • Cette manière de célébrer l'eucharistie , qui veut dire action de grâces, est plus conforme à l'institution de cette cérémonie.

En effet saint Luc (3) nous apprend que Jésus , après avoir distribué du pain et du vin à ses apôtres qui soupaient avec lui , leur dit : « Faites ceci en mémoire de moi. • Saint Mathieu (4) et saint Marc (5) disent de plus que Jésus chanta une hymne. Saint Jean, qui ne parle dans son Evangile ni de Ja distribution du pain et du vin , ni de l'hymne , s étend fort au long sur ce dernier article dans ses Actes , dont voici le texte cité par le concile de Nicée (6) :

« Avant que le seigneur fût pris par les Juifs, dit cet apôtre bien-ajmé de Jésus, il nous assembla tous, et nous dit : Chantons une hymne à l'honneur du Père, après quoi nous exécuterons le dessein que nous avons formé. II nous ordonna donc de faire un cercle, et de nous tenir

(i)Bingham, Origin. «celés.

chap. IV, art. V.

(a) Lit. iv eôntr* M/ircion»

(3) Lit. VIII, chap. XII.

(*j Cinquième catéchèac.

,liv.

(1) Siècle I., page 109.

(1) Hist. apost. Ht. v, art. XXII et XXIII.

(3) Cbap. XXII, V. 19,

(4) Chap. XXVI, V. 3o.

5) Chap. XlTj* m6.

6) Col. 358.

tons par la main ; puis, s'étant mis an chants et la danse furent exécutés, sup-

miJieu du cercle, il nous dit : Amen, posent une habitude de ces deux exer-

suivez-moi. Alors il commença le canti- cices fort antérieure au moment de l'exé-

que, et dit : Gloire vous soit donnée, ô cution.

Père! Nous répondîmes tous : Amen. Cet usage se perpétua dans la suite chez

Jésus continuant à dire : Gloire an ver' les Juifs (1). Les filles de Silo dansaient,

be , etc. , gloire à l'esprit, etc. , gloire à selon la coutume , à la féte solennelle du

la grâce; les apôtres répondaient tou- Seigneur, quand les jeunes gens de la

jours : Amen. tribu de Benjamin , à qui on les avait re-

Après quelques autres doxologies, Jésus fuses pour épouses, les enlevèrent parle

dit : Je veux être sauvé, et je veux «au- conseil des vieillards d'Israël. Encore au-

ver:Amen, Je veux être délié , et je veux jourd'hui , dans la Palestine , les femmes

délier : Amen. Je veux être blesse , et je assemblées auprès des tombeaux de leurs

veux blesser : Amen. Je veux naître, et je proches , dansent d'une manière lugubre ,

veux engendrer : Amen. Je veux manger, et poussent des cris lamentables (à),

et je veux être consumé : Amen* Je veux On sait aussi que les premiers chrétiens

être écouté , et je veux écouter : Amen', fesaient entre eux des agapes on repas de

Je veux être compris de l'esprit, étant tout charité , en mémoire de la dernière cène

esprit, tout intelligence : Amen. Je veux que Jésus célébra avec ses apôtres ; les

être lavé , et je veux laver : Amen. La païens en prirent même occasion de leur

grâce mène la danse, je veux jouer de la faire les reproches les plus odieux : alors ,

ilùte, dansez tous: Amen, Je veux chan- pour en bannir toute ombre de licence ,

ter des airs lugubres, lamentez-vous tous: les pasteurs défendirent que le baiser de

Amen,» paix, par où finissait cette cérémonie,

Saint Augustin , qui commente une se donnât entre les personnes de sexe

partie de cette hymne dans son épître différent (3). Mais dirers autres abus dont

à Gérétius (1) , rapporte de plus ce qui se plaignait déjà saint Paul (4) , et que le

suit :tje venx parer, et être paré. Je concile de Gangres, l'an 3a4 * entreprit en

suis une lampe pour ceux qui me voient min de réformer, firent enfin abolir les

et qui me connaissent. Je suis la porte agapes l'an 397, par le troisième concile

pour tous ceux qui veulent y frapper. Vous de Garthage, dont le canon quarante-

3ui voyez ce que je fais , gardez-vous bien unième ordonna de célébrer Je* saints mys-

'en parler. » tères à ieun.

Cette danse 'de Jésns et des apôtres est On ne doutera point que la danse n'acvisiblement imitée de celle des thérapeu- compagnât ces festins , si l'on fait attentes d'Egypte , lesquels , après le souper, tion que , suivant Scaliger, les éveaues ne dansaient dans leurs assemblées, d'abord furent nommés prœsuhs dans l'église lapartagés en deux chœurs, puis réunis les tine y d-prœsitietido , que parce qu'ils comhommes et les femmes ensemble, après mençaient la danse. Le piepus Héliot, avoir, comme en la fête de Bacchus, avalé dans son Histoire des ordres monastiforce vin céleste, comme dit Pbilon (a). ques , dit aussi que , pendant les persécu-

On sait d'ailleurs que, «mirant la tra- tions qui troublaient la paix des premiers

ditioo des Juifs, après leur sortie d'E- chrétiens, il se forma des congrégations

gypte et le passage de la mer Bouge, d'hommes et de femmes, qui, à I exem-

d où la solennité de Pâques prit son pie des thérapeutes, se retirèrent dans les

nom (3>, Moïse et sa sœur rassemblèrent déserts; là ils se rassemblaient da.-s les

deux chœurs de musique, l'un composé hameaux les dimanches et les fêtes, et

d'hommes, l'autre de femmes , qui enan- ils y dansaient pieusement en chantant les

tèrent en dansant un cantique d'action de prières de l'église,

grâces. Ces instrument rassemblés sur-le- En Portugal, en Espagne, dans le

champ, ces chœurs arrangés avec tant de Roussillon, l'on exécute encore aujoufpromptitude , la facilité avec laquelle les

(s) Lei Juges, chap. XXI , V. a 1 .

(t) JÉptt. «37. (a) Voyage de Le Brun.

(»)} Traité de le vie contemplative. Thoumsin, Descrip. de f église, part. HT

(3) Exode, chap. XV; et Philon, Vie de Mai se. chap. XI, VI 1 , n. I. Hv. premier. (4) Corinth. ebap. XI.

d'hui des danses solennelles en l'honneur des mystères du christianisme. Toutes les veilles des fêtes de la Vierge, les jeunes filles s'assemblent devant la porVe des églises qui lui sont dédiées, et passent la nuit à danser en rond , et à chanter des hymnes et de» cantiques en son honneur. Le cardinal Ximénès, rétablit de son temps, dans la cathédrale de Tolède, l'ancien usage des messes mosarabes , ( pendant lesquelles on danse dans le chœur et dans la nef avec autant d'ordre que de dévotion. En France même on voyait encore , vers le milieu du dernier siècle, les prêtres et tout le peuple de Limoges danser en rond dans la collégiale en chantant : SarU Marcian, pregas per nous , et nous epingaren per bous 'est-à-dire , c Saint Marcicn, priez pour nous, et nous danserons pour vous. »

Enfin, le jésuite Méncstrier, dans la préface de son Traité des ballets t publié en 1682, dit qu'il avait vu encore leschanoines de quelques églises , qui, le jour de Pâques, prenaient par la main les enfans de choeur, et dansaient dans le chœur en chantant des hymnes de réjouissance.

Ce que nous avons dit , à l'article Files, des danses extravagantes de la fête dès fous, nous découvre une partie des abus qui ont fait retrancher la danse des cérémonies de la messe , lesquelles , plus elles ont de gravité, plus elles sont propres à inspirer le respect.

{Dictionnaire philosophique. )

MESSIE , (avènement d'un faux ) — un — Pendant la guerre de Candie il arriva chez les Turcs un événement qui fut l'objet de l'attention de l'Europe et de l'Asie. Il s'était répandu un bruit général, fondé sur la vaine curiosité, que l'année 1666 devait être l'époque d'une grande révolution 6ur la terre. Le nombre mystique de 666 qui se trouve dans Y Apocalypse, était la source de cette ppinion. Jamais l'attente de l'Antéchrist ne lut si universelle. Les Juifs, de leur côté, prétendirent que leur Messie devait naître cette année.

Un Juif de Smyrne , nommé SabateijSevi, homme assez savant, fils d'un riche courtier de la factorerie anglaise , profita de cette opinion générale et s'annonça pour le Messie. Il était éloquent et d'une iiguré avantageuse, affectant de la modestie, recommandant la justice, parlant en oracle, disant partout que les temps étaient accomplis. Il voyagea d'abord en

Grèce et en Italie. Il enleva une fille â Livourne et la mena à Jérusalem, où il commença à prêcher ses frères.

C'est chez les Juife une tradition constante, que leur Shiio , leur Messiah , leur vengear et leur roi , ne doit venir qu'avec Elie. Us se persuadent qu'ils ont eu un Eliah qui doit paraître au renouvellement de la terre. Cet Eliah, que nous nommons Elie, a été pris par quelques savans pour le soleil , à cause ne la conformité du mot Eliot» qui signifie le soleil chez les Grecs» et parce qu'EIie, aérant été transporté hors de la terre dans un char de feu, attelé de quatre chevaux ailés , a beaucoup de ressemblance avec le char du soleil , et ses quatre chevaux inventés par les poètes. Mais sans nous arrêter à ces recherches, et sans examiner si les livres hébreux ont été écrits après Alexandre, et après que les facteurs juifs eurent appris quelque chose de la mythologie grecque dans Alexandrie, c'est assez ae remarquer que les Juifs attendent Elie de temps immémorial. Aujourd'hui même encore, quand ces malheureux circoncisent un enfant avec cérémonie, ils mettent un fauteuil pour Elie , en cas qu'il veuille les honorer de sa présence. Elie doit amener le grand sabbat, le grand Messie, et la révolution universelle. Cette idée a même passé chez les chrétiens. Elie doit venir annoncer la fin de ce monde et un nouvel ordre de choses. Presque tous les fanatiques attendent un Elie. Les prophètes des Cévennes, qui allèrent à Londres "ressusciter des morts, en 1707, avaient vu Elie ; ils lui avaient parlé ; il devait se montrer au pcujalc. Aujourd'hui môme ce ramas de convulsionnaircs qui a infecté Paris pendant quelques années, annonçait Elie à la populace des fauxbourgs. Le magistrat de la police fit , en 1724, enfermer à Bicétre deux Elics qui se battaient à qui serait reconnu pour le véritable. Il fallait donc absolument que Sabatci-Sevi fût annoncé chez ses frères pour un Elie, sans quoi sa mission aurait été traitée de chimérique.

Il trouva un rabbin , nommé Nathan , qui crut qu'il y aurait assez à gagner à jouer ce second rôle. Sabatci déclara aux Juifs de l'Asie Mineure et de Syrie que Nathan était Elle; et Nathan assura que Sabatei était le Messie, leShilo, l'attente du peuple saint.

Ils firent de granrle» œuvres tous deux

à Jérusalem, et y réformèrent la synagogue. Nathan expliquait les prophètes, et lésait voir clairement qu'au bout de l'année le sultan devait être détrôné , et que Jérusalem devait devenir la maîtresse du monde. Tous les Juifs de la Syrie furent persuadés. Les synagogues retentissaient des anciennes prédictions. On se fondait sur ces paroles d'Isaïe : « Levez- vous , Jérusalem , levez-vous dans votre force et dans votre gloire ; il n'y aura plus d'incirconcis ni d'impurs au milieu de vous. » Tous les rabbins avaient à la bouche ce passage ; « Us feront venir vos frères de tous les climats à la montagne sainte de Jérusalem , sur des chars , sur des litières, sur des mulets , sur des charrettes. » Enfin, cent passages, que les femmes et les enfans répétaient * nourrissaient leur espérance. Il n'y avait point de Juif qui ne se prépara t-à loger quelqu'un des dix«nciennes tribus dispersées. La persuasion fut si forte que les Juifs Abandonnaient partout leur commerce, et se tenaient prêts pour le voyage à Jérusalem.

Nathan choisit à Damas douze hommes pour présider aux douze tribus. Sabatei- Sevi alla se montrer à ses frères de Smyrne; et Nathan lui écrivait : « Roi des rois, seigneur des seigneurs , quand serons-nous dignes d'être à l'ombre de votre âne? Je me prosterne pour être foulé sous la plante de vospieds.» Sabatei déposa dans Smyrne quelques docteurs de la loi qui ne le reconnaissaient pas, et en établit de plus dociles. Un de ses plus violens ennemis, nommé Samuel Pennia, se convertit à lui publiquement, et l'annonça comme le fils de Dieu. Sabatei s'étant un jour présenté devant le cadi de Smyrne avec une foule de ses suivans, tous assurèrent qu'ils voyaient une colonne de feu entre lui et le cadi. Quelques autres miracles de cette espèce mirent le sceau à la certitude de sa mission. Plusieurs juifs même s'empressaient de porter à ses pieds leur or et leurs pierreries. r

Le bâcha de Smyrne voulut le faire arrêter. Sabatei partit pour Gonstantinople avec les plus zélés de ses disciples. Le grand -vizir, Àchmet Cuprogli, qui partait alors pour le siège de Candie, l'envoya prendre dans le vaisseau qui le portait à Gonstantinople , et le fit mettre en prison. Tous les Juifs obtenaient aisément l'entrée de la prison pour de l'argent , comme c'est l'usage en Turquie : ils vinrent se prosterner à ses pieds , et baiser

ses fers. Il les prêchait, les exhortait, les bénissait, et ne se plaignait jamais. Les Juifs de Constantinople, persuadés que la venue d'un Messie abolissait toutes les dettes , ne payaient plus leurs créanciers. Les marchands anglais de Galata s'avisèrent d'aller trouver Sabatei dans sa prison : ils lui dirent qu'en qualité de roi des Juifs, il devait ordonner à ses sujets de payer leurs dettes. Sabatei écrivit ces mots à ceux dont on ne plaignait : « A vous qui attendez le salut d'Israël, etc.. satisfaites à vos dettes légitimes; si vous le refusez , vous n'entrerez point avec nous dans notre joie et dans notre empire. »

La prison de Sabatei était toujours remplie d'adorateurs. Les Juifs commençaient a exciter quelques tumultes dans Gonstantinople. Le peuple était alors très mécontent de Mahomet iv. On craignait que la prédiction des Juifs ne causât des troubles. Il semblait qu'un gouvernement aussi sévère que celui des Turcs dût faire mourir celui qui se disait roi d' lirait ; cependant on se contenta de le transférer au château des Dardanelles. Les Juifs alors s'écrièrent qu'il n'était pas au pouvoir des hommes de le faire mourir.

Sa réputation* s'étant étendue dans tous les pays de l'Europe, il reçut aux Dardanelles les députations des Juifs de Pologne, d'Allemagne, de Livourne, de Venise, d'Amsterdam : ils payaient chèrement la permissionde lui baiser les pieds; et c'est probablement ce qui lui conserva la vie. Les partages de la terre sainte se fesaient tranauilfement dans le château des Dardanelles. Enfin le bruit de ses miracles fut si grand que le sultan Mahomet eut la curiosité de voir cet homme , et de l'interroger lui-même. On amena le roi des Juifs au sérail. Le sultan lui demanda en turc « s'il était le Messie. • Sabatei répondit modestement « qu'il l'était;» mais comme il s'exprimait incorrectement en turc : «-Tu parles bien mal , lui dit Mahomet , pour un Messie qui devrait avoir le don des langues. Fais-tu des miracles? ■ — « Quelquefois, • répondit l'autre. « Hé bien, dit le sultan , qu'on le dépouille tout nu : il servira de but aux flèches de mes icoglans; e% s'il est invulnérable, nous le reconnaîtrons pour le Messie. » Sabatei se jeta à genoux, et avoua que c'était un miracle qui était audessus de ses forces. On lui proposa alors d'être empalé ou de se faire musulman ,

»48 MIR

et d'aller publiquement à la mosquée. Il ne balança pas; et il embrassa la religion turque dans le moment. Il prêcha alors qu'il n'avait été envoyé que pour substituer la religion turque à la juive, selon les anciennes prophéties. Cependant les Juifs de* pays éloignés crurent encore long-temps en lui ; et cette scène , qui ne fut point sanglante, augmenta partout leur confusion et Irur opprobre.

( Essai sur Us moeurs. }

MIRACLES. — lrvb m «toi bi, voa d* soif côté pjmlosophiqob. — Un miracle, selon l'énergie du mot, est une chose admirable ; en ce cas , tout est miracle. L'ordre prodigieux de la nature, la rotation de cent million» de globes autour d'un million de soleils , l'activité de la lumière, la vie des auimaux, sont des miracles perpétuels.

Selon les idées reçues, nous appelons miracle la violation de ces lois divines et éternelles. Qu'il v ait une éclipse de soleil pendant la pleine lune , qu'un mort fasse 4 pied deux lieues de chemin en portant sa tête entre ses bras , nous appelons cela un miracle.

Plusieurs physiciens soutiennent qu'en ce sens il n'y a point de miracles; et voici leurs arguniens :

Uu miracle est la violation des lois mathématiques, divines, immuables, éternelles. Par ce seul exposé , un miracle est une contradiction dans les termes : une loi ne peut être à la fois immuable et violée. Maïs une loi , leur dit-on , étant établie par Dieu même, ne pçut-clle être suspendue nar son auteur ? Ils ont la hardiesse de repondre que non, et qu'il est impossible que l'Être infiniment sage ait fait des luis pour les violer. 11 ne pouvait , disent-ils , déranger sa machine que pour la faire mieux aller : or il est clair qu'étant Dieu, il a fait cette immense machine aussi bonne qu'il l'a pu ; s'il a vu qu'il y aurait quelque imperfection résultante de la nature de la matière , il y a pourvu dès le commencement; ainsi il n'y changera jamais rien.

De plus , Dieu ne peut rien faire sans raison : or quelle raison Je porterait à défigurer pour quelque temps son propre ouvrage? *

C'est en faveur des hommes , leur diton ;c'est donc au moius en favenr de tous les hommes, répondent-ils; car il est impossible de concevoir que la nature divine travaille pour quelques hommes en par-

MIR

ticulier, et non pas pour tout Je genre humain; encore méine le genre humain est bien peu de chose. Il est beaucoup moindre qu'une petite fourmilière en comparaison de tous les êtres qui remplissent l'immensité. Or n'est-ce pas la plus absurde de» folies, d'imaginer que l'Être infini intervertisse en faveur de trois ou quatre centaines de fourmis, sur ce petit amas de l'ange, le jeu élernelde ces ressorts immenses qui font mouvoir tout l'univers?

Mais supposons que Dieu ait voulu distinguer un petit nombre d'hommes par des faveurs particulières, faudra- t-il qu'U change ce- qu'il a établi pour tous les temps et pour tous les lieux? 11 n'a~, certes, aucun besoin de ce changement, de cette inconstance , pour favoriser ses créatures: ses faveurs sont dans ses lois mêmes. Il a tout prévu, tout arrangé pour elles ; toutes obéissent irrévocable* ment à la force qu'il a imprimée pour jamais dans la nature.

Pourquoi Dieu ferait- il un miracle?

Pour venir à bout d'un certain dessein sur quelques êtres vivant 1 11 dirait donc : Je n'ai pu parvenir, par la fabrique de l'unmrs, par mes décrets divins, par mes lois éternelles, à remplir un certain dessein ; je vais changer mes éternelles idées , mes lois immuables , pour tacher d'exécuter ce que je n'ai pu faire par elles. Ce serait un aveu de sa faiblesse, et non de sa puissance ; ce serait , ce semble, dans lui, la plus inconcevable contradiction. Ainsi donc, oser supposer à Dieu des miracles, c'est réellement l'insulter ( si des hommes peuvent insulter DieU). C'est lui dire : Vous êtes un être faible et inconséquent. Il est donc absurde de croire des miracles; c'est déshonorer en quelque sorte la Divinité.

On presse ces philosophes; on leur dit : Vous avez beau exalter l'immutabilité de l'Être suprême , l'éternité de ses lois , la régularité de ses mondes infinis , notre petit tas de boue a été tout couvert de miracles ; les histoires sont aussi remplies de prodiges que d'événemens naturels. Les filles du grand-prêtre Ànius changeaient tout ce qu'elles voulaient en blé, en vin, ou en huile; Athalide, fille de Mercure , ressuscita plusieurs fois ; Escu- 1 a pe ressuscita Hippolyte; Hercule arracha Alceste à la mort; Hérès revint au monde après avoir passé quinze jour*

MIR

dans ks enfers. Romulus et Rémus naquirent d'un dieu et d'une vestale; le Palladium tomba du ciel dans la ville de Troie ; la chevelure de Bérénice devint un assemblage d'étoiles ; Ja cabane de Baucis et de PLilémon fut changée en un superbe temple ; la tète d'Orphée rendait des* oracles après sa mort; les murailles de Thèbes se construisirent d'elles - n « j k au son de la flûte, en présence des Crées; les guérisons faites dans le temple d'Esculape étaient innombrables, et nous ..vons encore des monuiuens chargés du nom des témoins oculaires des miracles d'Esenlape.

Nommez-moi un peuple chez lequel il.

ne se soit pas opéré des prodiges incroyables, surtout dans de* temps où l'on savait à pejne lire et écrire.

LA philosophe* ne répondent à ces 'h jetions qu i m fiant et en levant les s: mais les philosophes chrétiens "ous ci oyons auz miracles opénotre sainte leligion; nous les croyons par la loi, et non par notre raison, que nous oons gardons bien d'écouter; car, lorsque la foi parle , on sait assez que la raison ne doit pas dire uu seul mot'. /Vous avons^oe croyance ferme et entière dans les miracles de Jésus-Christ et des apôtres; mais permettez- nous de douter un peu de plusieurs autres ; souffrez , par exemple, que noua suspendions notre jugement sur ce que rapporte un homme simple auquel on a dotiné le nom de grand. 11 assure qu'un petit moine était •i fort accoutumé de faire de» miracles, que le prieur lui défendit enfin d'exercer son talent. Le petit moine obéit; mais, ayant vu un pauvre couvreur qui tombait du haut d'un toit, il balança entre le désir de lui sauver la vie^et la sainte obédience. 11 ordonna seulement au couvreur de rester en l'air jusqu'à nouvel ordre, et courut vite conter a son prieur l'état des choses. Le prieur lui donna l'absolution du péché qu'il avait commis en commençant un miracle sans permiswon, et lui penr.it de l'achever, pourvu qu'il s'en tînt là , et qu'il n'y revînt plus. Oo accorde aux philosophe* qu'il faut un peu se défier de cette histoire.

Mais comment oseriez- vous nier, leur dit-on, que saint Gervais et saint Protais a»« nt apparu en songe à saint Ambroise ; oyilK lui aient enseigné, l'endroit où étaient leurs reliques; que saint Ambroise les ait déterrées, et qu'elles aient guéri

MIR

un aveugle ? Saint Augustin était alors à Milan ; c'est lui qui rapporte ce miracle , immenso vopuio teste , dit-il dans sa Cité de Dieu y livre xxn. Voilà un miracle des mieux constatés. Les philosophes disent qu'ils n'en croient rien ; que Gervais et Protais n'apparaissent à personne, qu'il importe fort peu au genre humain qu'on sache où sont les restes de leurs carcasses, qu'ils n'ont pas plus de fui à cet aveugle qu'à celui de \ espasien ; que c'est un miracle inutile; que Dieu ne fait rien d'inutile; et ils se tiennent fermes dans leurs principes. Mon respect pour saint Gervais et saint Prôtajs ne me permet pas d'étie de l'avis de ces philosophes ; je rends compte

, seulement de leur incrédulité. Ils font grand cas du passage de Lucien qui se trouve dans la Mort de Percgrinus. m Quand un joueur de gobelets adroit se fait chrétien , il est sûr de faire fortune.» Mais comme Lucien est un auteur profane, il ne doit avoir aucune autorité , parmi nous.

Ces philosophes ne peuvent se, résoudre à croire les miracles opères dans le second siècle. Des témoins oculaires ont beau écrire que l'évêque de Smyrne , saint Polycarpe , ayant été condamné à être brûlé , et étant jeté dans les Gammes , ils entendirent une voix du ciel qui criait: Courage, Polycarpe, soi* fort, montre-toi homme ; qu'alors les flammes du bûcher ^'écartèrent de son corps, et formèrent un pavillon de feu au-dessus de sa tête, et que du milieu du bûcher il sortit une colombe ; enfin on fut obligé de trancher la tète de Polycarpe. A quoi bon ce miracle? disent les incrédules ; pourquoi les flammes ont-elles perdu leur nature, et pourquoi la hache de l'exécuteur n*a-t-elle pas perdu la sierfne ? D'où vient que tant de martyrs sont sortis sains et saufs de l'huile bouillante , et n'ont pu résister au tranchant du glaive f On répond que c'est la volonté de Dieu. Mais les philosophes voudraient avoir vu» tout cela de leur* yeux avant de le croire.

* Cent qui fortifient leurs raisonnemens par la science , vous diront que les pères de l'église ont avoué souvent eux-mêmes qu'il ne se fesait plus de miracles de leur temps. Saint Chrysostôme dit expressément : • Les dons extraordinaires de l'esprit étaient donnés même aux indignes ,

.parce qu'alors l'église avait besoin de miracles; mais aujourd'hui ils ne sont pas même donnés aux dignes, parce quu

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l'église n'en a plus besoin. • Ensuite il avoue qu'il n'y a plus personne qui ressuscite les morts, ni même qui guérisse les malades.

Saint Augustin lui-même, malgré le miracle de Gervais et de Protais, dit dans sa Cité de Dieu: m Pourquoi ces miracles qui se fesaient autrefois ne se fontils plus aujourd'hui? Et il en donne la même raison. Curt inquiunt, nuno Ma miracuia, quee prosdicatisfacla esse, non fiunt ? Possetn quidem dicere necessaria pmùs fuisse qudm erederet mundus , ad hoc ut erederet mundus.

On objecte aux philosophes que saint Augustin , malgré cet aveu , parle pourtant d'un vieux savetier d'Hippone qui, # ayant perdu sou habit , alla pner à la chapelle des vingt martyrs , qu'en retournant il trouva un poisson dans le corps duquel il y avait un anneau d'or, et que le cuisinier qui fit cuire le poisson dit au savetier : a Voilà ce que les vingt martyrs vous donnent. »

A cela les philosophes répondent qu'il n'y a rien dans cette histoire qui contredise les lois de la nature , que la physique n'est point du tout blessée qu'un poisson ait avalé un anneau d'or, et qu'un cuisinier ait donné cet anneau à un savetier, qu'il n'y a là aucun miracle.

Si on fait souvenir ces philosophes que | selon saint Jérôme , dans sa vie de 1 ermite Paul, cet ermite eut plusieurs conversationsavec des satyres et avec des faunes ; qu'un corbeau lui apporta tous les jours pendant trente ans la moitié d'un pain pour son dîner, et un pain tout entier lé jour que saint Antoine vint le voir, ils pourront répondre encore que tout cela n'est pas absolument contre la physique, que des satyres'et des faunes peuvent avoir existé, et qu'en tout cas, si ce conte est une puérilité , cela n'a rien de commun avec les vrais miracles du Sauveur et de ses apôtres. Plusieurs bons chrétiens ont combattu l'histoire de saint Siméon Stylite, écrite par Théodoret.

Beaucoup de miracles qui passent pou* authentiques dans l'église grecque ont été révoqués en doute par plusieurs latins, de même que les miracles latins ont été suspects à l'église grecque. Les protestans sont venus ensuite, qui ont fort maltraité les miracles de l'une et de l'autre église. Un savant jésuite (*), qui a prêché

, page »3o.

MIR

long-temps dans les Indes , se plaint de ce que ni ses confrères ni lui n'ont jamais pu faire de miracle. Xavier se lamente , dans plusieurs de ses lettres , de n'avoir point le don des langues ; il dit qu'il n'est chez les Japonais que comme une statue muette : cependant les jésuites ont écrit qu'il avait ressuscité huit morts, c'est beaucoup ; mais il faut aussi considérer qu'il les ressuscitait à six mille lieues d'ici. Il s'est trouvé depuis des gens qui ont prétendu que l'abolissemcnt des jésuites en France est un beaucoup plus grand miracle que ceux de Xavier et d'Ignace.

Quoi qu'il en soit, tons les chrétiens conviennent que les miracles de Jésus- Christ et des apôtres sont d'une vérité incontestable; mais qu'on peut douter à toute force de quelques miraclesjfuits dans nos derniers temps , et quiiJAut pas eu une authenticité certaine.)

On souhaiterait, par exemple, pour qu'un miracle fût bien constaté, qu'A fût fait en présence de l'académie des sciences de Paris, ou de la société royale de Londres, et de la faculté de médecine, assistées d'un détachement du régiment des gardes , pour contenir ta foule du . peuple qui pourrait par son indiscrétion empêcher l'opération du miracle.

On demandait un jour à un philosophe ce qu'il dirait s'il voyait le soleil s'arrêter, c'est-à-dire, si le mouvement de la terre autour de cet astre cessait; si tous les morts ressuscitaient, et si toutes les montagnes allaient se jeter de compagnie dans la mer, le tout pour prouver quelque vérité importante, comme, par exemple, la grâce versatile ? « Ce que je dirais , répondit le philosophe , je me ferais manichéen ; je djrais qu'il y a un principe qui défait ce que l'autre a fait. »

— Définissez les termes, voua dis-je , on jamais nous ne nous entendrons. B&iraevr ium, res miranda, prodigium, portentum9 monstrum. Miracle, chose admirable ; prodigium, qui annonce chose étonnante; portentum , porteur de nouveauté ; monstrum, chose à montrer par rareté.

Voilà les premières idées qu'on eut d'abord des miracles.

Comme on raffine sur tout , on raffina sur cette définition ; on appela miracU ce qui est impossible à la nature. Mais on ne songea pas que c'était dire que tout miracle est réellement impossible.

Car qu'est-ce que la nature f Vous en

MIR

tendez par ce mot Tordre éternel dei choses. TJn miracle srrait donc impossible dans cet ordre. En ce sens Dieu ne pourrait faire de miracle.

Si vous entendez par miracle un effet dont vous ne pouvez voir la cause, en ce sens tout esWmiracle. L'attraction et la direction de l'aimant sont des miracles continuels. TJn limaçon auquel il revient une tête est un miracle. La naissance de chaque animal , la production de chaque végétai sont des miracles de tous les /ours.

Mais pous sommes si accoutumés à ces prodiges, qu'ils ont perdu leur nom

admirables , de miraculeux. Le canon n'étonne plus les Indiens.

Nous nous sommes donc fait une autre idée de miracle. Cest , selon l'opinion vulgaire , ce qui n'était jamais arrivé et ce qui n'arrivera jamais. t Voilà l'idée qu'on se forme de la mâchoire d'âne de Samson , des discours de l'ânesse de Balaam , de ceux d'un serpent avec Eve , des quatre chevaux qui enlevèrent Elie, do poisson qui garda Jonas soixante et douze heures dans son ventre, des dix plaies d'Egypte, des murs de Jéricho; du soleil et de la lune arrêtés à midi , etc.

Pour croire un miracle, ce n'est pas assez de l'avoir vu ; car on peut se tromper. On appelle un sot , témoin de mirades ; et non seulement bien des gens pensent avoir vu ce qu'ils n'ont pas vu , et avoir entendu ce qu'on ne leur a point dit; non seulement ils sont témoins de miracles , mais ils sont sujets de miracles. Ils ont été tantôt malades , tantôt guéris par un pouvoir surnaturel. Ils ont été changés en loups ; ils ont traversé les airs sur un manche à balai ^ ils ont été incubes et succubes.

11 faut que le miracle ait ét? bien vu par un grand nombre de gens très sensés, se portant bien , et n'ayant nul intérêt à la chose. Il faut surtout qu'il ait été solennellement attesté par eux; car, si on I besoin de formalités authentiques pour les actes les plus simples, comme l'achat d'une maison, un contrat de mariage, un testament, quellrs formalités ne laudra-t-il pas pour constater des choses naturellement impossibles, et dont le destin de la terre doit dépendre?

Quand un miracle authentique est fait, il ne prouve encore rien ; car l'Ecriture vous dit en vingt endroits que de* imposteurs peuvent faire des mira-

Mm 25t

cles ; et que, si un homme, après en avoir fait , annonce un autre dieu que le dieu des Juifs, il faut le lapider.

On exige donc que la doctrine soit appuyée parles miracles, et les miracles par la doctrine.

Ce n'est point encore assez. Comme un fripon peut prêcher une très bonne morale pour mieux séduire, et qu'il est reconnu que des fripons, comme les sorciers de Pharaon , peuvent faire des miracles , il faut que ces miracles soient annoncés par des prophéties.

Pour être sûr de la vérité de ces prophéties, il faut les avoir entendu annoncer clairement, et les avoir vues s'accomplir réellement (,*). II faut posséder parfaitement la langue dans laquelle elles sont conservées.

Il ne suffit pas même que vous soyez témoin de leur accomplissement miraculeux : car vous pouvez être trompé rjar de fausses apparences. Il est nécessaire que le miracle et la prophétie soient juridiquement constates par les premiers de la nation ; et encore se trouve-t-il des douleurs. Car il se peut que la nation soit intéressée à supposer une prophétie et un miracle ; et , dès que l'intérêt s'en mêle, ne comptez sur rien. Si un miracle prédit n'est pas aussi public , aussi avéré qu'une éclipse annoncée dans l'almanach, soyez sûr que ce-miracle n'est qu\in tour de gibecière , ou un courte de vieille.

7— TJn gouvernement théocratique ne peut être fondé que sur des miracles; tout doit y être divin. Le grand souverain ne parle aux hommes que par des

I>rodiges ; ce sont là ses ministres et ses ettres patentes. Ses ordres sont intimés par l'Océan qui couvre toute la terre pour noyer les nations , ou qui ouvre le fond de son abîme pour leur donner passage.

Aussi vous vovez que, dans l'histoire fuive , tout est miracle, depuis la création d'Adam et la formation d'Eve, pétrie d'une côte d'Adam / jusqu'au melch ou roitelet Salil.

Au temps de ce Saiil , la théocratie partage encore le pouvoir avec la royauté. Il y a enepre, par conséquent, des miracles de temps en temps ; mais ce n'est plus celte suite éclatante de prodiges qui étonnent continuellement la nature. On ne renouvelle point les dix plaies d'Egypte; le

(*) Voyei Prophétie , au Diction, philo.

*5'2 Afin

soleil et la lune ne s'arrêtent point en plein midi pour donner le temps à un capitaine d'exterminer quelques fuyards , déjà écrasés par une pluie de pierres tombées des niK'si. Un Samson n'extermine plus mille Philistins avec une mâchoire d'àne. Les ànesses ne parlent plus , les murailles ne tombent plus au non du cornet ; les vilies ne sont plus abîmées dans un lac par le feu du ciel; la race humaine n'est plus détruite par le déluge. Mais le doigt de Dieu se manifeste encore ; l'ombre de Samuel apparaît à une magicienne. Dieu lui-même promet à David qu'il défera les Philistins à Baal-Pharasim.

Dieu assemble son armée céleste* du temps d'Àchab , et demande aux esprits (*) : «Qui est-ce J)ui trompera Achab, et qui le fera aller à la guerre contre Ramoth en Galgala r » Et un esprit s'avança devant le Seigneur, et dit : • Ce sera moi qui le tromperai.» Mais ce ne fut que le prophète Michée qui fut témoin de cette conversation ; encore reçut-il un soufflet d'un autre prophète nommé Sédékias, pour avoir annoncé ce prodige.

Des miracles qui s'opèrent aux /eux de toute la nation , et qui changent les lois de la nature entière , on n'en voit guère jusqu'au temps d'Elie, à qui le Seigneur envoya un char de feu et des chevaux de l'eu, qui enlevèrent Elie des bords du Jourdain au ciel, sans qu'on sache en quel endroit du ciel. ,

Depuis le commencement des temps historiques , c'est-à-dire , depuis les conquêtes d'Alexandre , vous ne voyez plus de miracles chez les Juifs.

Quand Pompée vient s'emparer de Jérusalem, quand Crassus pille le temple , quand Pompée fait passer le roi juif Alexandre par la main du bourreau , quand Antoine donne la Judée à l'arabe Hérodc , quand Titus prend d'assaut Jérusalem , quand elle est rasée par Adrien , il ne se fait aucun miracle. 11 en est ainsi chez tous les peuples de la terre. On commence par la théocratie , on finit par les choses purement humaines.

Plus les sociétés perfectionnent les connaissances , moins il y a de prodiges.

Nous savons bien que la théocratie , des Juifs était la seule véritable , et que celles des autres peuples étaient fausses ; mais il arriva la même chose chez eux que chez les Juifs.

(*; Rois, liy. m, chap. XXI r.

MOI

En Égypte , du temps de Vulcaio et de celui d'isis et d'Osiris , tout était hors des lois de la nature ; tout y rentra sous les Ptolomées.

Dana les siècles de Phos , àe Chrysos et d'Éphestc, les dieux et les mortels conversaient très familièrement en Chaldée. Un dieu avertit le roi Xissutre qu'il y aura un déluge en Arménie , et qu'il faut qu'il bâtisse vite nn vaisseau de cinq stades de longueur et de deux de largeur. Ces choses n'arrivent pas aux Darius et aux Alexandre.

Le poisson Oannès sortait autrefois tous les jours de l'Euphrate pour aller prêcher sur le rivage; il n'y a plus aujourd'hui de poisson qui prêche, il est bien vrai que saint Antoine de Padoue les a prêches , mais c'est un fait qui arrive si rarement, qu'il ne tire pas à conséquence.

Numa ava^t de longues conversations avec la nymphe Egérie ; on ne voit pas que César en eût avec Vénus , quoiqu'il descendit d'elle en droite ligne. Le monde va toujours, dit-on, se raffinant un peu.

Mais, après s'être tiré d'un bourbier pour quelque temps, il retombe dans un autre ; à des siècles de politesse succèdent des siècles de barbarie. Cette barbarie est ensuite chassée; puis elle reparait : c'est l'alternative continuelle du jour et de la nuit.

( Dictionnaire philosophique. )

MOÏSE , législateur des Hébreux.

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