CON81DKB A.TI0IT8 SOR SA VIS «T SES LOIS
— La philosophie, dont on a quelquefois passé les bornes, les recherches de l'antiquité, l'esprit de discussion et de critique , ont été poussés si loin , qu'enfin plusieurs savans ont douté s'il y avait jamais eu un Moïse» et si cet homme n'était pas un être fantastique, tel que l'ont été probablement Persée, Bacchus, Atlas, Penthésilée, Vesta, Rhea Sylvia, Isis , Sommona-Codom , Fo,. Mercure Trismégiste, Odin , Merlin, Francus , Robert-le-Diable , et tant d'autres hér^* de romans , dont on a écrit la vie et les prouesses.
Il n'est pas vraisemblable, disent les incrédules, qu'il ait existé un homme dont toute la vie est un prodige continuel.
Il n'est pas vraisemblable qu'il eût tait tant de miracles épouvanta bles en Egypte, en Arabie, et en Syrie, sans qu'ils eussent retenti dans toute la terre.
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Il n'est pas vraisemblable qu'aucun écrivain égyptien ou grec n'eût transmis ces miracles à la postérité. Il n'en est cependant fait mention que par les seuls Juifs: et, dans quelque temps aue cette histoire ait été écrite par eux , elle n'a été connue d'aucune nation que vers le second siècle. Le premier auteur qui cite expressémeot les livres de Moïse, est Loogin , ministre de la reine Zénobie du temps de l'empereur Aurélien (i).
Il est à remarquer que l'auteur du Mercure TrisnUgiste^ qui certainement était égyptien , ne dit pas un seul mot de ce Moïse.
Si un seul auteur ancien avait rapporté • un seul de ces miracles, Eusèbe aurait sans doute triomphé de ce témoignage, soit dans son histoire, soit dans sa Préparation évang clique.
11 reconnaît à la vérité des auteurs qui ont cité son nom , mais aucun qui ait cité ses prodiges. Avant lui les Juifs Joséphe etPhilen, qui ont tant célébré leur nation, ont recherché tous les écrivains chez lesquels le nom de Moïse se trouvait ; mais il n'y en a pas un seul qui fasse la moindre mention des actions merveiltaises qu'on lui attribue.
Dans ce silence général du inonde enr ticr, voici comme les incrédules raisonnent avec une témérité qui se réfute d'ellemême.
Les Juifs sont les seuls qui aient eu le Pcntateuque qu'ils attribuent à Moïse. Il est dit, dans leurs livres même, que ce P entai euque ne fut connu que souk leur roi Josias, trente-six ans avant la première destruction de Jérusalem et de la captivité ; on n'en trouva qu'un seul exemplaire chez le pontifie Uelcias (a) , qui le déterra au fond d'un coffre-fort en comptant de l'argent. Le pontife l'envoya au roi par son scribe Sapfian.
Gela pourrait . disent-ils , obscurcir l'authenticité du Pcntateuque.
En effet , eût-il été possible que , si le Pcntateuque eût été connu de tous les Juifs, Salomon, le sage Salomon, inspiré de Dieu même, en lui bâtissant un temple par son ordre, eût orné ce temple de tant de figures contre la loi expresse de Moïse?
Tous les prophètes juifs qui avaient
(0 Longm, Traité du suhlime.
(:) Mois , chap. XII, tt Para/ipomlll, chap.
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prophétisé au nom du Seigneur, depuis Moïse jusqu'à ce roi Josias, ne se seraientils pas appuyés dans leurs prédictions de toutes les lois de Moïse? N'auraient -ils pas cité mille fois ses propres paroles F ne les auraient-ils pas commentées ? Au* cun d'eux cependant n'en cite deux lignes; aucun ne rappelle le texte de Moïse ; ils lui sont même contraires en plusieurs endroits.
Selon ces incrédules, les livres attribués à Moïse n'ont été écrits que parmi les Babyloniens pendant la captivité, ou immédiatement après, par Esdras. On ne voit en efFet que des terminaisons persanes et chaldéenncs dans les écrits juifs; Babel, porte de Dieu; Phàgor-becl ou B cet-phegor, Dieu du précipice; Zebuthbeel ou Beei-tebuth , Dieu des insecte*; Helhcl, maison de Dieu; Daniel, jugement de Dieu ; Gabriel, homme de Dieu; Jahcl, affligé de Dieu; Jaïei, la vie de Dieu; Israël, voyant Dieu; Ozicl , force de Dieu; Jiaphaët,seco\iTs de Dieu; Uriei, le feu de Dieu.
Ainsi, tout est étranger chez la nation juive, étrangère elle-même en Palestine ; circoncision, cérémonies > sacrifices, arches, chérubins, bouc Hazazel, baptême de justice, baptême simple, épreuves, divination, explication des songes, enchantement des serpens, rien ne venait de ce peuple; rien ne fut inventé par lui.
Le célèbre milord Bolingbroke ne croit point du tout que Moïse ait existé : il croît voir dans le Pcntateuque une foule de contradictions et de fautes de chronologie et de géographie qui épouvantent ; des noms de plusieurs villes qui n'étaient pas encore bâties; des préceptes donnés aux rois,jdans un temps où non seulement les Juifs n'avaient point de rois, mais oh il n'était pas probable qu'ils en eussent jamais, puisqu'ils vivaient dans des déserts sous des tentes, à la manière des Arabes Bédouios.
Ce qui lui parait surtout de la contradiction la plus palpable, c'est le don de quarante-huit villes avec leurs faubourgs fait aux lévites, dans un pays où il n y avait pas un seul village : c'est principalement sur ces quarante-huit villes qu'il relance Abadie, et qu'il a même la dureté de le traiter avec l'horreur et le mépris d'un seigneur de la chambre haute et d'un ministre d'état pour un petit prêtre étranger qui veut faire le raisonneur.
Je prendrai la liberté de représenter
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au vicomte de Bolîngbroke, et à tous ceux qui pensent comme lui, que non seulement la nation juive a toujours cru à l'existence de Moïse et à— celle de ses livres, mais que Jésus-Christ même lui a rendu témoignage. Les quatre évangélistes, les actes des apôtres la reconnaissent ; saint Matthieu dit expressément que Moïse et Élic apparurent à Jésus- Christ sur la montagne , pendant 1a nuit de la transfiguration , et saint Luc en dit autant.
Jésus-Christ, déclare dans saint Matthieu , qu'il n'est point venu pour abolir cette loi , mais pour l'accomplir. On renvoie souvent, dans le Nouveau Testament, à la loi de Moïse et aux prophètes ; l'église entière a toujours cru le Pentateuque écrit par Moï*e; et, de plus, de cinq cents sociétés différentes qui se sont? établies depuis si long-temps dans le christianisme, aucune n'a jamais douté de l'existence de ce grand prophète : il faut donc soumettre notre raison, comme tant d'hommes ont soumis la leur.
• Je sais fort bien que je ne gagnerai rien sur l'esprit du vicomte ni de ses semblables. Ils sont trop persuadés que les livres juifs ne furent^crits que très tard , qu'ils ne furent écrits que pendant la captivité des deux tribus qui restaient. Mais nous aurons la consolation d'avoir l'église pour nous*
En vain plusieurs savans ont cru que le Pentateuque ne peut pas avoir été écrit par Moïse. Ils disent que, par l'Ecriture même, il est avéré que le premier exemplaire connu fut trouvé du temps du roi Josias , et que cet unique exemplaire fut apporté au roi par le secrétaire Saphan. Or, entre Moïse et cette aventure au secrétaire Saphan, il y a mille cent soixantesept années par le comput hébraïque.
Car Dieu apparut à Moïse dans le buisson ardent, Tan du monde 22 13, et le secrétaire Saphan publia le livre de la loi l'an du monde 338o. Ce livre, trouvé sous Josias , fut inconnu jusqu'au retour de la captivité de Babylone; et il est dit que ce fut Esdras, inspiré de Dieu, qui mit en lumière toutes les saintes écritures.
Mais que ce soit Esdras ou un autre qui ait rédigé ce livre, cela est absolument indifférent , dès que le livre est inspiré. Il n'est point dit dans le Pentateuque que Moïse en soit l'auteur ; il serait donc permis de l'attribuer à un autre homme, a qui l'esprit divin l'aurait dicté , si l'église
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n'avait pas d'ailleurs décidé que le livre est de Moïse.
Quelques contradicteurs ajoutent qu'aucun prophète n'a cité les livres du Pentateuque, qu'il n'en est question ni dans les psaumes, ni dans les livres attribués à Salomon , ni dans Jérémie , ni dans Isaie, ni enfin dans aucun livre canonique des Juifs. Les mots qui répondent à ceux de Genèse, Exode, Nombres, Lévitique , Deutéronome , ne te trouvent dans aucun autre éerit reconnu par eux pour authentique.
D'autres t plus hardis , on fait les questions suivantes :
i° En quel langue Moïse aurait-il écrit dans un désert sauvage? Ce ne pouvait être qu'en égyptien; car, par ce livre même, on voit que Moïse et tout son peuple étaient nés en Egypte. |1 est probable qu'ils ne parlaient pas d'autre langue. Les Egyptiens ne se servaient pas encore du papyros; on gravait des hiéroglyphes sur le marbre ou sur le bois. Il est même dit que les tables des commandemens furent gravées sur des pierres polies , ce qui demandait des efforts et un temps prodigieux.
2" Est-il vraisemblable que, dans un désert où le peuple juif n'avait ni cordonnier, ni tailleur, et où le Dieu de l'univers était obligé de faire un miracle continuel pour conserver les vieux habits et les vieux souliers des Juifs , il se soit trouvé, des hommes assez habiles pour graver les cinq livres du Pentateuque sur le marbre ou sur le bois? On dira qu'on trouva bien des ouvriers qui firent un veau d'or en une nuit, et qui réduisirent ensuite l'or en poudre, opération impossible à la chimie ordinaire non encore inventée ; qui construisirent le tabernacle , qui l'ornèrent de trente-quatre colonnes d'airain avec des chapiteaux d'argent ; qui ourdirent et qui brodèrent des voiles de lin , d'hyacinthe , de pourpre, et d'écarlate; mais cela même fortifie l'opinion des contradicteurs. Ils- répondent qu'il n'est pas possible que, daus un désert où l'on manquait de tout , on ait fait des ouvrages si recherchés; qu'il aurait fallu commencer par faire des souliers et des tuniques; que ceux qui manquent du nécessaire ne donnent point dans le luxe ; et que c'est une contradiction évidente de dire qu'il y ait eu des fondeurs , des graveurs , des brodeurs , quand on n'avait ni habits , ni pain.
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3° Si Moïse avait écrit le premier chaitre de la Genèse, aurait-il été détendu tous les jeunes gens de lire ce premier chapitre? aurait-on porté si peu de respect au législateur ? Si c'était Moïse qui eût dit que Dieu punit l'iaiquité des pères jusqu'à la quatrième génération, Ezéchiel aurait-il osé dire le contraire ?
4° Si Moïse avait écrit le Lèvitiqve, aurait-il pu se contredire dans le Deulèronome? Le Lévi tique défend d'épouser la femme de son frère, le Deutéronome l'ordonne.
5° Moïse aurai t-iJ parié , dans son livre, des villes qui n'existaient pas de son temps? Aurait-il dit que des villes qui étaient pour lui à l'orient du Jourdain , étaient à l'occident ?
6° Aurait-il assigné quarante-huit villes aux lévites dans un pays où il n'y a jamais eu dix villes t et dans un désert où. il a toujours erré sans avoir une maison ?
7° Aurait-il prescrit des règles pour les rois juifs, tandis que, non-seulement il n'y avait point de rois chez ce peuple, mais, qu'ils étaient en horreur, et qu'il n'était pas probablé qu'il y en eût jamais? Quoi! Moïse aurait donné des préceptes pour la conduite des rois qui ne vinrent qu'environ cinq cents années après lui , et il n'aurait rien dit pour les juges et les pontifes qui lui succédèrent? Cette réflexion ne conduit-elle pas à croire que le Pentateuque a été composé du temps des rois , et que les cérémonies instituées par Moïse n'avaient été qu'une tradition?
8° Se pourrait-il faire qu'il eût dit aux Juifs ; «Je vous ai fait sortir au nombre de six cent mille combattans de la terre d'Egypte, sOus la protection de votre Dieu? Les Juifs ne lui auraient-ils pas répondu? Il faut que vous ayez été bien timide pour ne nous pas mener contre le pharaon d'Egypte ; il ne pouvait pas nous opposer une armée de deux cent mille hommes. Jamais l'Egypte n'a eu tant de soldats sur pied ; nous l'aurions vaincue sans peine, nous serions les maîtres de son pays. Quoi ! le Dieu qui vous parle a égorgé pour nous faire plaisir tous les premiers-nés d'Egypte ; et , s'il y a dans ce pays-là trois cent mille familles , cela fait trois cent mille hommes morts en une nuit pour nous venger : et vous n'avez pas secondé votre Dieu? et vous ne nous avez pas donné ce pays fertile que rien ne pouvait défendre? Vou« nous avez fait sortir de l'Egypte en larrons et en
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lâches, pour nous faire périr dans des déserts, entre les précipices et les montagnes ? Vous pouviez nous conduire au moins par le droit chemin dans cette terre de Canaan sur laquelle nous n'avons nul droit, que vous nous avez promise, et dans laquelle nous n'avons pu encore entrer.
11 était naturel que de la terrede Gessen nous marchassions vers Tyr et Sidon le long de la Méditerranée; mais vous nous faites passer l'isthme de Suez presque tout entier; vous nous faites rentrer en Egypte, remonter jusque par-delà Mcmphis , et nous nous trouvons à Béel-Se-
1>hon , au bord de la mer Rouge, tournant e dos à la terre de Canaan, ayant marché quatre-vingts lieues dans cette Egypte que nous voulions éviter, et enfin près de périr entre la mer et l'armée de Pharaon.
Si vous aviez voulu nous livrer à nos ennemis, auriez-vous pris une autre route et d'autres mesures? Dieu nous a sauvés par un miracle, dites-vous; la mer s'est ouverte pour nous laisser passer ; mais après une telle faveur fallait il nous faire mourir de faim et de fatigue dans les déserts horribles d'Ethan,de Cadès-Barné, de Mara, d'Êlim , d'Oreb, et de Sinaï? Tous nos pères ont péri dans ces solitudes affreuses; et vous nous venez dire au bout de quarante ans que Dieu a eu un soin particulier de nos pères l
Voilà ce que ces Juifs murmurateurs , ces en l'an s injustes de Juifs vagabonds , morts dans les déserts , auraient pu dire à Moïse, s'il leur avait lu l'Exode et la Genèse. Et que n'auraient -ils pas dû dire et faire à l'article du veau d'or ? Quoi ! vous osez nous conter que votre frère fit un veau pour nos pères , quand vous étiez avec Dieu sur la montagne ; vous qui , tantôt nous dites que vous avez parlé avec Dieu face à face, et tantôt que vous n'avez pu le voir que par-derrière 1 Mais enfin» vous étiez avec ce Dieu , et votre frère jette en fonte un veau d'or en un seul jour, et nous le donne pour l'adorer; et, au lieu de punir votre indigne frère, vous le faites notre pontife , et vous ordonnes à vos lévites d'égorger viogt-trois mille hommes de votre peuple; nos pères l'auraient-ils souffert , se seraient-ils laissé assommer comme des victimes par des prêtres sanguinaires ? Vous nous dites que, non content de cette boucherie incroyable, vous avez fait encore massacrer vingt-quatre mille de vos pauvres suivans,
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parce que l'un d'eux avait couché avec une Madiaaite ; tandis que vous-même avez épousé une Madianite; et voua ajoute* que vous êtes le plus doux de tous le» hommes. Encore quelque» action» de cette douceur, et il ne serait plu» resté personne.
Non , »i vous aviez été capable d une telle cruauté, si vous aviez pu l'exercer, ▼ous seriez le plus barbare de tous les hommes, et tous les supplices ne suffiraient pas pour expier un si étrange
crime. .
Ce sont là , à peu près , les objections que font les sa van» à ceux qui pensent que Moïse est l'auteur du Pentatetujue. Mais on leur répond que les voies de Dieu ne sont pas celles des hommes; que Dieu a éprouvé, conduit et abandonné son peuple par une sagesse qui nous est inconnue; que les Juifs eux mêmes , depuis plus de deux mille ans, ont cru que Moïse est l'auteur de ces livres ; que l'église , qui a succédé à la synagogue, et qui est iniuillible comme elle , a décidé ce point de controverse, et que les savans doivent se taire quand l'église parle.
(♦). — On ne peut douter qu'il n'y ait eu un Moïse législateur du peuple juif. On examinera ici son histoire suivant les seules règles de la critique; le divin n'est pas soumis à J'examen. II faut donc se borner au probable; les hommes ne peuvent juger qu'en hommes. Il est d'abord très naturel et très probable qu'une nation arabe ait habité sur les confins de l'Egypte, du côté de l'Arabie- Déserte , qu'elle ait été tributaire ou esclave des rois égyptiens, et qu'ensuite elle ait cherché à s'établir ailleurs; mais ce que la raison seule ne saurait admettre , c'est que cette nation , composée de soixante et dix personnes tout au plus, du temps de Joseph, se fût accrue en deux cent quinze ans , depuis Joseph jusqu'à Moïse, au nombre de six cent mille combattans , selon le livre de Y Exode ; car six cent mille hommes en état de porteries armes supposent une multitude d'environ deux millions , en comptant les vieillard», les femmes et les enfans. 11 n'est certainement pas dans le cours de la nature qu'une colonie de soixante et dix personnes , tant mâles que
(*) Ce qui «nit e«t tiré d'un minutent dont nou* avons parlé quelque part. Noua avoni cru devoir coruerver cet article, quoiqu'il «e trouve en partie dauflee précéder!*.
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femelles , ait pu produire en deux siècles deux millions d'habitans. Les calcul* laits sur cette progression par des hommes très peu verses dans les choses de ce monde , sont démentis par l'expérience de toutes les nations et de tous les temps. On ne fait pas, comme on a dit, des enfans d'un trait de plume. Songe-t-on bien qu'à ce compte une peuplade de dix mille personnes , en deux cents ans , produirait beaucoup plus d'habitans que le globe de la terre n'en peut nourrir?
11 n'est pas plus probable que ces six cent mille combattans , favorisés par le maître de la nature , qui fesait pour eux tant de prodiges, se fussent bornés à errer dans des déserts où ils moururent, an lieu dd chercher à s'emparer de la fertile Egypte.
Ces premières règles d'une critique humaine et raisonnable établies , il tant convenir qu'il est très vraisemblable que Moïse ait conduit hors des confins de l'Egypte une petite peuplade. Il y avait chez les Egyptiens une ancienue tradition , rapportée par Ptutarque dans son traité d'/ss* et d'0$iri$> que Typhon , père de Jérossalaïm et de Juddécus, s'était enfui d'Egypte sur un âne. Il est clair, par ce passage, que les ancêtres des Juifs, hab '.tans de Jérusalem , passaient pour avoir été des fugitifs de l'Egypte, t ue tradition non moins ancienne et plus répandue , est que les Juifs avaient été chassés d'Egypte, soit comme une troupe de brigands indiscipliuables , soit comme une peuplade infectée de la lèpre*. Cette double accusation tirait sa vraisemblance de la terre même de Gessenj qu'ils avaient déjà habitée , térre voisine des Arabe» vagabonds, et où la maladie de la lèpre, particulière aux Arabes, devait être commune. Il paraît , par l'Ecriture même, que ce peuple était sorti d'Egypte malgré lui. Le dix-septième chapitre du Deutéronome défend aux rois de songer à ramener les Juifs en Egypte.
La conformité de plusieurs coutumes égyptiennes et juives fortifie encore l'opinion que ce peuple était une colonie égyptienne; et ce qui lui donne un nouveau degré de probabilité, c'est la féte de Pâque , c'est-à-dire , delà fuite ou du passage , instituée en mémoire de leur évasion. Cette féte seule ne serait pas une preuve, car H y a eu chez tous les peuples dss solennités établies pour célébrer des événemens fabuleux et incroya-
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blés : telles étaient la plupart des fêtes
des Grecs et des Romains; mais une Fuite d'un pays dans un autre n'a rien que de très cemmun , et se concilie la croyance. La preuve tirée de cette fête de la Pâque reçoit encore une force nouvelle par celle des tabernacles, en mémoire eu temps où les Juifs habitaient des déserts au sortir de l'Egypte. Ces vraisemblances réunies avec tant d'autres prouvent qu'en effet une colonie sortie d'Egypte s'établit enfin pour quelque temps dans la Palestine.
Presque tout le reste est d'un genre si merveilleux, que la sagacité humaine n'y a plus de prise. Tout ce qu'on peut Faire , c'est de rechercher en quel temps lliistoire de cette fuite , c'est-à-dire , le livre de VExode a pu être écrit, et de démêler les opinions qui régnaient alors, opinions dont la preuve est dans ce livre même , comparé avec les anciens usages des nations.
A l'égard des livres attribués à Moïse, les règles les plus communes de la critique ne permettent pas de croire qu'il en soit l'auteur.
i* îl n'y à pas d'apparence qu'il eut appelé les endroits dont il parle, de noms qui ne leur furent imposé* que longtemps après. 11 est fait mention , dans ce livre , dés villes de Jaïr , et tout le monde convient «hi'elles ne furent ainsi nominées que long-temps après la mort de Moïse ; il y est parlé du pays de Dan , et la tiibu de Dan n'avait pas encore donné son nom a ce pays dont elle n'était pas la maîtresse.
a* Comment Moïse aurait-il cité ce livre dés Guerres du Seigneur , quand pes guerres et ce livre perdu lui sont postérieurs ?
3e Comment Moïse aurait-il parlé de la défaite prétendue d'un géant nommé Og, roi de Bazan, vaincu dans le désert la dernière année de son gouvernement ? et comment aurait-il ajouté qu'on voit encore son lit de fer de neuf coudées dans Râbalh r Cette ville de Rabatb était la capitale des Ammonites; les Hébreux n'avaient point encore pénétré dans ce pays : n'cst-il pas apparent qu'un tel passage est d'un écrivain postérieur, que son inadvertance trahit ? 11 veut apporter en témoignage de la victoire remportée sur an géant, le lit qu'on disait être encore à Rabath , et il oublie qu'il fait parler Moïse.
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4° Comment Moïse aurait- il appelé villes au delà du Jourdain, les villes qui, à son é"ard, étaient en deçà? N'estai point palpable que le livre qu'on lui attribue Tut écrit long-temps après que les Israélites eurent passé cette petite rivière du Jourdain , qu'ils ne passèrent jamais sous sa conduite?
5° Est-il bien vraisemblable que Moïse a dit à son peuple que, dans la dernière année de «on gouvernement, il a piis, dans le petit canton (TArgoh , pays stérile et affreux de l'Arabie Pctrée , soixautc grandes villes entourées de hautes murailles fortifiées, sans compter un nombre infini de villes ouvertes? N'cst-il pas de la plus grande probabilité que ces exagérations furent écrites dans la suite par un homme qui voulait flatter une nation grossière ?
6° Il est encore moins vraisemblable que Moïse ait rapporte les miracles dont cette histoire est remplie.
On peut bien persuader à on peuple heureux et victorieux, que Dieu a combattu pour lui ; mais il n'est pas dans la nature humaine qu'un peuple croie avoir vu cent miracles en sa laveur, quand tous ces prodiges n'aboutissent qu'à le faire péi irdans un désert. Examinons quelques miiacles rapportés dans VExode.
7° 11 parait contradictoire et injurieux à l'essence divine que, Dieu s'étant formé un peuple pour être le seul dépositaire de ses lois, et pour dominer sur toutes les nations, envoie un homme de ce peu»
pie demander au roi son oppresseur la permission d'aller sacrifier à son dieu dans le désert, afin que ce peuple puisse s'enfuir sous le prétexte de ce sacrifice. Nos idées communes ne peuvent qu'attacher une idée de bassesse et de fourberie à ce manège, loin d'y reconnaître la majesté et la puissance de l'Etre Suprême.
Quand nous lisons, immédiatement après, que Moïse change devant le roi sa baguette en serpent , et toutes les eaux du royaume en sang, qu'il fait naître des grenouilles qui couvrent la te re, qu'il change en poux toute la poussière, qu'il remplit les airs d'insectes ailés venimeux , qu'il frappe tous les hommes et tous les animaux du pays d'affreux ulcères, qu il appelle la grêle , les tempêtes et le tonnerre, pour ruiner toute la contrée, qu'il la couvre de sauterelles, qu'il la plonge dans des ténèbres palpables pendant trois jours, qu'enfin un ange exterminateur
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frappe de mort tous le» premiers-nés des hommes et des animaux d'Egypte, à commencer par le fils du roi ; quand nous voyons ensuite co peuple marchant à travers les flots de la mer Rouge suspendus en montagnes d'eau à droite et à gauche, et retombant ensuite sur l'armée de Pharaon, qu'ils engloutissent; lors, dis-je, qu'on lit tous ces miracles, la première idée qui vient dans l'esprit , c'est de dire : Ce peuple , pour qui Dieu a fait des choses si étonnantes , va sans doute être le maître de l'univers; mais non, le fruit de tant de. merveilles est de souffrir la disette et la faim dans des sables arides; et , de prodige en prodige , tout meurt avant d'avoir vu le petit coin de terre où leurs descendans s'établissent ensuite pour quelques années. 11 est pardonnable sans doute de ne pas croire cette foule de merveilles, dont la moindre révolte la raison.
Cette raison , abandonnée à elle-même, ne peut se persuader que Moïse ait écrit des choses si étranges. Comment peuton faire accroire à une génération tant de miracles inutilement faits pour elle , et tous ceux qu'on dit opérés dans le désert? Quel personnage fait-on jouer 4 la Divinité, do l'employer à conserver les habits et les souliers de ce peuple pendant quarante ans , après avoir armé en leur faveur toute la naturel
11 est donc très naturel de penser que toute cette histoire prodigieuse fut écrite long-temps après Moïse, comme les roman» de Charlcmagne furent forgés trois siècles après lui , et comme les origines de toutes les nations ont été écrites dans des temps ou ces origines, perdues de vue, laissaient à l'imagination la liberté d'inventer. Plus un peuple est grossier et malheureux, plus il cherche à relever son ancienne histoire ; et quel peuple a • été plus long-temps misérable et barbare que le peuple juif?
Il n'est pas à croire que , lorsqu'ils n'avaient pas de quoi se faire des souliers dans leurs déserts, sous la domination de Moïse, on fût cher eux fort curieux d'écrire. On doit présumer que les malheureux nés dans ces déserts ne reçurent p:is une éducation bien brillante , et que la nation ne commença à lire et à écrire que lorsqu'elle eut quelque commerce avec les Phéniciens. C'est probablement dans les commencemens de la monarchie que les Juifs, qui se sentirent quelque génie,
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mirent par écrit le P^ntntetujue^ et ajustèrent comme ils pureut leurs traditions. Aurait-on fait recommander par Moïse aux rois de lire et d'écrire même sa loi, dans le temps qu'il n'y avait pas encore de rois? N'est-il pas probable que le dixseptième chapitre du Deutéronomo est fait pour modérer le pouvoir de la royauté, et qu'il fut écrit par les prêtres du temps de Saiil ?
C'est vraisemblablement à cette époque qu'il faut placer la rédaction du Pentateuque. Les fréquens esclavages que ce peuple avait subis ne semblent pas propres à établir la littérature dans une nation, et A rendre les livres fort communs; et, plus ces livres furent rares dans les commencemens, plus les auteurs s'enhardirent à les remplir de prodiges.
Le Pentateuque attribue à Moïse est très ancien sans doute , s'il est rédigé du temps de Saiil et de Samuel. C'est environ vers le temps de la guerre de Troie, et c'est un des plus curieux monumens de la manière de penser des hommes de ce temps-là. On voit que toutes les nations connues étaient amoureuses des prodiges, è proportion de leur ignorance.
Tout se fesait alors par le ministère céleste, en Egypte, en Phrygie, en Grèce, en Asie.
Les auteurs du Pentateuque donnent à entendre que chaque nation a ses dieux, et que ces dieux ont, à peu de chose près, un égal pouvoir.
Si Moïse change , au nom de son Dieu, sa verge en serpent , les prêtres de Pharaon en font autant; s'il change toutes les eaux de l'Egypte en sang, jusqu'à celles qui étaient dans les vases, les prêtres font sur-le-champ le même prodige , sans qu'on puisse concevoir sur quelles eaux ces prêtres opéraient cette métamorphose , à moins qu'ils n'eussent créé de nouvelles eaux exprès. L'écrivain juif aime encore mieux être réduit nécessairement à cette absurdité, que de laisser douter que les dieux d'Egypte n'eussent pas le pouvoir de changer 1 eau en sang aussi bien que le Dieu de Jacob.
Mais, quand celui-ci vient à remplir de poux toute la terre d'Eçypte , à changer en poux toute la poussière, alors parait sa supériorité toute entière, les mages ne peuvent l'imiter, et on fait parler ainsi le Dieu des Juifs : Pharaon saura que rien n'est semblable à moi. Ces (paroles, qu'on met dans sa bouche, raar-
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quent un être qui se croit seulement plus puissant que ses rivaux.
Cette idée de la puissance surnaturelle des prêtres de tous les pays, est marquée dans plusieurs endroits de l'Ecriture.
Quand Balaani, prêtre du petit état d'un roitelet nommé Balac , au milieu des déserts, est près de maudire les Juifs, leur Dieu apparaît à ce prêtre pour l'en empêcher. II semble que la malédiction de BaJaam fût très à craindre. Ce n'est pas même assez pour contenir ce prêtre, que Dieu lui ait parlé ; il envoie devant lui un ange avec une épée, et lui fait encore parler par son ânesse. Toutes ces précautions prouvent certainement l'opinion où l'on était que la malédiction d'un prêtre , quel qu'il fut, entraînait des effets funestes.
Cette idée d'un dieu supérieur seulement aux autres dieux , quoiqu'il eût fait le ciel et la terre , était tellement enracinée dans toutes les têtes, que Salomon, dans sa dernière prière , s'écrie : O mon Dieu! ii n'y a aucun dieu semblable à toi, sur la terre, ni dans le ciel. C'est cette opinion qui rendait les Juifs si crédules sur tous les sortilèges , sur les enchanteraens des autres nations. C'est ce qui donna lieu à l'histoire de la pythonisse d'Endor, qui eut le pouvoir d'évoquer l'ombre de Samuel. Chaque peuple eut ses prodiges et ses oracles, et il ne vint même dans l'esprit d'aucune nation de douter des miracles et des prophéties des autres. On se contentait de leur opposer de pareilles armes; il semblait que les prêtres , en niant les prodiges des nations voisines , eussent craint de décréditer les leurs. Cette espèce de théologie prévalut long-temps dans toute la terre.
Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans le détail de tout ce qui est écrit sur Moïse. On parle de ses lois en plus d'un endroit de cet ouvrage. On se bornera ici à remarquer combien on est étonné de voir un législateur inspiré de Dieu, un prophète qui fait parler Dieu même, et qui ne propose point aux hommes une vie à venir. 11 n'y a pas un seul mot dans le Lèvitique, qui puisse faire soupçonner l'immortalité de l'âme
11^ est bien pardonnable, encore une fois, ;i la raison humaine de ne voir dans une telle histoire que la grossièreté barbare des premiers temps d'un peuple sauvage.
L'homme, quoi qu'il fasse , ne peut rai-
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sonner autrement : mais Dieu en eflVt est l'auteur du Pentateuque ; il faut ne soumettre sans raisonner.
{Dictionnaire philosophique.) MONASTÈBES de Bussie. — ohdo*-
ITARCK MlittOB ABLR DORT ILS SORT l'oIUKT.
(3i janvier 17*4.) — Ce qui mérite l'attention de tous les siècles, c'est le règlement que Pierre - le - Grand porta luimême, qu'il adressa au svnode, en iy-x\. 11 fut aidé en cela par ïhéophanc Procopwitz. L'ancienne institution ecclésiastique est très savamment expliquée dans cet écrit ; l'oisiveté monacale y eut combattue avec force; le travail non scu- Jement recommandé, mais ordonné; et la principale occupation doit être de servir les pauvres: il ordonne quelles soldats invalides soient répartis dan» les couvens ; qu'il y ait des religieux préposés pour avoir soin d'eux ; que le.s plus robustes cultivent les terres appartenantes aux couvens : il ordonne la même chose dans les monastères des filles; les plus fortes doivent avoir soin des jardins; les autres doivent servir les femmes et les filles malades qu'on amène du voisinage dans le couvent. Il entre dan* les plus petits détails de ces di d'ère ns services; il destine quelques monastère* de l'un et de l'autre sexe à recevoir les orphelins et a les élever.
U semble en Ibant cette ordonnance de Pierre-ie-Graou , du 3i janvier 173^, qu'elle soit composée à la fois par un ministre d'état et par un nère de l'église. ( Histoire de Pierre-ie-Gr and.)
MOACK., général anglais. — bétabmt chaules u. (8 mai 1660.) — On n'entendait point alors parler des pairs ni des évêques. Charles 11 paraissait abandonné de tout le monde , aussi bien que Richard Cromwell; et on croyait, dans toutes les cours de l'Europe, que la république anglaise subsisterait. Le célèbre Monek, officier général sous Cromwel , fut celui qui rétablit le trône : il commandait en Ecosse l'armée qui avait subjugué le pays. Le parlement de Londres ayant voulu casser quelques officiers de cette armée, ce général se résolut à marcher en Angleterre pour tenter la fortune. Les trois royaumes alors n'étaient qu'une, anarchie. Une partie de l'armée do.
Moncjt, restée en Ecosse, ne pouvait la tenir dans la sujétion. L'autre partie, qui suivait Monek en Angleterre, avait en téte celle de la république. Le parle-
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ment redoutait cet deux années , et foulait en être le maître. Il y avait là de quoi renouveler toute» les horreurs des guerres civiles.
Monck, ne se sentant pas assez puissant pour succéder aux deux protecteurs, forma le dessein de rétablir la famille royale \ et, au lieu de répandre du sang, il embrouilla tellement les affaires par ses négociations, qu'il augmenta l'anarchie, et mit la nation au point de désirer un roi. A peine v eut-il du sang répandu. Lambert, un des généraux de Crounwell, et des plus ardens républicains, voulut en vain renouveler la guerre ; il fut prévenu avant qu'il eût tin assee grand nombre des anciennes troupes de Cromwell, et fut battu et pris par celles de Monck. On assembla uu nouveau parlement. Les pairs, si long- temps oisifs et oubliés, revinrent enfin dans la chambre haute. Les deux chambres reconnurent Charles n pour roi, et il fut proclamé dans Londres.
[8 mai 1660] Charles n, rappelé ainsi en Angleterre sans y avoir contribué que de son consentement, et sans qu'on lui eût fait aucune condition, partit de Bréda où il était retiré. H fut reçu aux acclamations de toute l'Angleterre : il ne paraissait pas qu'il y eût eu de guerre civile. Le* parlement exhuma le corps d'Olivier Cromwell, d'Ireton, son gendre, d'un nommé Bradshaw, président de la chambre qui avait jugé Charles i". On les traîna au gibet sur la claie. De tous les juges de Chai les Ie", qui vivaient encore, il n'y en eut que dix qu'on exécuta ; aucun d'eux ne témoigna le moindre repentir, aucun ne reconnut le roi régnant: tous remercièrent Dieu « de mourir martyrs pour la plus juste et la plus noble des causes. » Non seulement ils étaient de la faction intraitable des indépendans, mais de la secte d?s anabaptistes qui attendaient fermement le second avènement de Jésus-Christ, et la cinquième monarchie.
Il n'y avait plus que neuf évéques en Angleterre ; le roi en compléta bientôt le nombre. L'ordre ancien fut rétabli, on vit les plaisirs et la magnificence d'une cour succédera la triste férocité qni avait régné si long-temps. Charles u introduisit la galanterie et se» fêtes, dans le palais de Witehall, souillé du sang de son père». Les indépendans ne parurent plus; les puritains furent contenus. L'esprit de la
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nation parai d'abord si changé, que la
guerre civile précédente fut tournée en ridicule. Ces sectes sombres et sévères, qui avaient mis tant d'enthousiasme dans les esprits, furent l'objet de la raillerie des courtisans et de toute la jeunesse.
( Estai tur Us maure. )
MONINS (le seigneur de). — boh xxhomatio* bu 1 554* — Lea impôts créés par François i*r, et surtout les vexations sur le sel, exercées par les exacteurs, soulevèrent le peuple en plusieurs endroits du royaume. On accusa le parlement de Bordeaux de s'être joint a h populace , au lieu de lui résister, et d'avoir été cause du meurtre du seigneur de Monins , commandant de Bordeaux , que les séditieux massacrèrent aux yeux des membres du parlement , qui marchaient avec eux habillés en matelots. Le connétable Anne de Monttnorenci, gouverneur du Languedoc, vint avec un maître des requêtes , nommé Etienne de Neuîlli , in* terdire le parlement pour un an ; fl fit exhumer le corps du seigneur de Monins par tous les officiers du corps de ville, qui furent obligés de le déterrer avec leurs ongles; et cent bourgeois passèrent pat- les mains du bourreau.
( Estai sur Ut nueurs.)
MONSEIGNEUR. — es titbb do*** roc a la pbbmibbb rois aux évéqoks, ta i555. — Avant l'année i535, non seulement les évéques ne 6e monseigneorisaient pas, mais ils ne donnaient poiht du monseigneur aux cardinaux. Ces deux habitudes s'introduisirent par un évêque de Chartres , qui alla en caraail et en ro~ chet appeler monseigneur le cardinal de Bichelieu; sur quoi Louis xtti dit, si l'on en croit les mémoires de l'archevêque de Toulouse Montchal : Ce Charttain irait baiser U derrière du cardinal , et poutserait son nez dedans jusqu'à ce que l'autre lui dit : C'est assez.
Ce n'est que depuis ce temps , que les évéques se donnèrent réciproquement du monseigneur. ( Dictionnaire philosoph.)
MONTAGNE, (vieux de la ) — ex qp'ii.
xtaix. — U y avait, du temps des croisades , un malheureux petit peuple de montagnards, habitant dans des cavernes, vers le chemin de Damas. Ces brigands élisaient un chef qu'ils nommaient Chih Etehassissin. On prétend que ce mot honorifique ehin ou ehek signifie vieux originairement , de même que parmi nous le titre de seigneur vient de senior, vieil-
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lard , et que le mot grafa comte, veut dire vieux chez les Allemand*.
Les croisés nommèrent le vieux des montagnards arabes, ée vieil de la monta gne, et s'imaginèrent que c'était un très grand prince , parce qu'il avait fait tuer efc voler sur le grand chemin un comte de Mont ferrât, et quelques autres seigneurs croisés. On nomma cet» peuples (es assas sinsy et leur chik, le rai du vaste pays des assassins. Ce vaste pays contient cinq à six lieues dehag sur deux à trois de large dans i'Anti-Lùbau , pays horrible, semé de rochers * comme 1 est presque toute la Palestine, mais entrecoupé de prairies assez agréables, et qui nourrissent de nombreux troupeaux, comme l'attestent tous ceux qui ont fait Le voyage d'Alep à Damas.
Nos romanciers de ce temps-là,, aussi chimériques aue les croises, imaginèrent d'écrire que le grand prince des assassins , en i a36 , craignant que le roi de France Louis ix, dont il n'avait jamais entendu parler, ne se mît à la tête d'une croisade , et ne vint lui ravir ses états , envoya deux grands seigneurs de sa cour, des cavernes, de l'Anti-Liban à Paris, pour assassiner ce roi ;, mais que le lendemain , ayant appris combien ce prinoe était généreux et aimable , U envoya en pleine mer deux autres seigneurs pourcont remander l'assassinat : je dis en pleine mer, car ces deux émirs envoyés pour tuer Louis , et les deux autres pour lui sauver la vie , ne pouvaient faire leur voyage qu'en s'eiub arquant à Juppé, qui était alors au pouvoir des croisés , ce qui redouhle encore le merveilleux de l'entreprise. U fallait que les deux premiers eussent trouvé un vaisseau de croisés tout
{>rét pour les transporter amicalement , et es deux autres encore un autre vaisseau.
Cent auteurs pourtant ont rapporté au long cette aventure les uns après, les autres , quoique Joinville , contemporain , qui alla sur les liant . n'en dise mot.
( Dictionnaire •philosophique.)
MONTAUB A N ville de France siitas
qvk souriBirr cbttb ville, un i6«i. — On renouvela une aérienne formalité , aujourd'hui entièrement abolie. Lorsqu'on avançait vers une ville où commandait un homme suspect, un héraut d'armes se présentait aux portes; le commandant l'éeoutait, chapeau bas, et le héraut criait : • A toi) lsaac ou Jacob tel ; le- roi, ton
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souverain seigneur et le mien , te commande de lui ouvrir, et de le recevoir comme tu le dois, lui et son armée; à faute de quoi, je te déclare criminel de lèse-majesté au premier chef, et roturier, toi et ta postérité; tes biens feront confisqués, tes maisons rasées , et celles de tes assistans.»
Presque toutes les villes ouvrirent leurs portes au roi, excepté Saint-Jean -d'Angély dont il démolit les remparts , et la petite ville de Glérac qui se rendit a discrétion. La cour, enflée de ce succès , fit pendre le consul de Glérac et quatre pasteurs.
Montauban était une de ces villes qui ne soutiendraient pas aujourd'hui siège de quatre jours ; elle fut si mal investie , que le duc de Rohan jeta deux fois du secours dans la place à travers les lignes des assiégeans. Le marquis de La Force , qui commandait dans la place ,se défendit mieux qu'il ne fut attaqué. C'était ce même Jacques Nom par de La Force, si singulièment sauvé/ de la mort, dans son enfance, des massacres de la Saint-Barthélerni, et que Louis xm fit depuis maréchal de France. Les citoyens de Montauban, à qui l'exemple de Clérac inspirait un courage desespéré, voulaient s'ensevelir sous les ruines de la ville plutôt que de se rendre.
Le connétable , ne pouvant réussir par les armes temporelles, employa les spirituelles. U fit venir un carme espagnol , qui avait, dit-on , aidé par ses miracles l'armée catholique des impériaux à gagner la bataille de Prague contre les protestant. Le canne, nommé Dominique, vint au camp; il bénit l'armée, distribua des aynus , et dit au roi : « Vous ferez tirer quatre cents aoupa de caoon , et au quatre-centième Montauban capitulera.»
Il pouvait se faire que quatre cents coups de oaoou bien dirigés produisissent cet effet : Louis les fit tirer ; Montauban ne capitula point, et il fut obligé de lever le siège.
[Décembre i6ai] Cet affront rendit le roi moins respectable aux catholiques , et moins terrible aux huguenots. Le connétable fut odieux a tout le monde. U mena le roi se venger de sa disgrâce de Mou tauban sur une petite ville de Guienne, nommée Monheur ; une fièvre y termina sa vie. Toute espèce de brigandage était alors si ordinaire, qu'il vit, en mourant, piller tousj ses meubles , son équipage ,
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son argent , par. ses domestique* et par ses soldats, et qu'il resta à peîue un drap pour ensevelir l 'homme le plus puissant du royaume , qui d'une main avait tenu l'épée de connétable , et de l'autre les sceaux de France : il mourut haï du peuple et de son maître. ( Essai sur les mœurs. )
MONTBAILLI (supplice de). — Une veuve nommée Mont bailli, du nom de son mari, âgée de soixante ans, d'un embonpoint et d'une grosseur énormes, avait l'habitude de s'enivrer du/ poison qu'où appelle si improprement eau-devie. Cette funeste passion, très connue dans la ville, l'avait déjà jetée dans plu-* sieurs ateidens qui fesaient craindre pour sa vie. Son Ois Montbailli et sa femme Danel couchaient dans l'antichambre de la mère; tous trois subsistaient d'une manufacture de tabac que la veuve avait entreprise. C'était nnewmccssion des fermiers généraux qu'on pouvait perdre par sa mort, et un lien de plus qui attachait les eufans à sa conservation; ils vivaient ensemble, malgré les petites altercations si ordinaires entre les jeunes femmes et leurs belles-mères, surtout dans la pauvreté. Ce Montbailli avait un fils , autre raison plus puissante ipour le détourner «lu crime. Sa principale occupation était la culture d'un jardin de> Heurs , amusement des âmes douces. 11 avait des amis) les cœurs atroces n'en ont jamais»
Le 7 juillet 1770, une ouvrière se présente à sept heures du matin à sa porte pour parler à la veuve. Montbailli et son épouse étaient couchés ; la jeune femme dormait encore ( circonstance essentielle qu'il faut bien remarquer). Montbailli se lève et dit à l'ouvrière que sa mère n'est pas éveillée. On attend long-temps ; en- Un on entre dans la chambre, on trouve la vieille femme renversée sur un petit coffre près de son lit , la tête penchée à terre, l'œil droit meurtri d'une plaie assez profonde, faite par la corne du coffre sur lequel elle était tombée, le visage livide et enflé , quelques gouttes de sang échappées du nez, dans lequel il s'était formé un caillot considérable. Il était visible qu'elle était morte d'uue apoplexie subite, ■m. sortant de son lit et en se débattant. C'est une fin très commune dans la Flandre à tous ceux qui boivent trop de liqueurs fortes.
Le lils s'écrie : Ah mon Dieu! ma mère est morte! il s'évanouit; sa femme se lève à ce cri : clic accourt dans la chambre.
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L'horreur d'un tel spectacle se conçoit assez. Elle crie au secours; l'ouvrière et elle appellent les voisins. Tout cela est prouvé par les dépositions. Un chirurgien vient saigner le fils; ce chirurgien reconnaît bientôt que la mère est expirée. Nul doute, nul soupçon sur le genre de sa mort; tous les assistans consolent Montbailli et sa femme. On enveloppe le corps sans aucun trouble ; on le met dans un cercueil; et il doit être enterré le 39 au matin , se Ion les formalités ordinaires.
II s'élève des contestations entre les parens et les créanciers , pour l'apposition du scellé. Montbailli le fils est présent à tout ; il discute tout avec une présence d'esprit imperturbable et une affliction tranquille que n'ont jamais les coupables.
Cependant quelques personnes du peuple, qui n'avaient rien vu de tout ce qu'on vient de raconter, commencent à former des soupçons; elles ont appris que, la veille de sa mort, la Montbailli, étant ivre, avait voulu chasser de sa maison son fils et sa belle-fille; qu'elle leur avait fait même signifier par un procureur un ordre de déloger; que, lorsqu'elle eat repris un peu de sens ., ses ehfans se jetèrent à ses genoux, qu'ils l'apaisèrent, et qu'elle les remit au lendemain matin pour achever la réconciliation. On imagina que Montbailli et sa femme avaient pu assassiner leur mère pour se venger ; car ce ne pouvait être pour hériter, puisqu'elle leur a laissé plus de dettes que de bien.
Cette supposition , toute improbable qu'elle était, trouva des partisans, et peut-être parce qu'elle était improbable. La rumeur de la populace augmenta de moment en moment , selon rordinaire ; le cri devint si violent, que le magistrat fut obligé d'agir; il se transporte sur les lieux ; on emprisonne séparément Montbailli et sa femme, quoiqu'il n'y cftt ni corps de délit, ni plainte, ni accusation juridique, ni vraisemblance du crime.
Les médecins et les chirurgiens de Saint-Omer sont mandés pour examiner le cadavre et pour faire leur rapport. Ils disent unanimement que 4* mort a pu être causée par une hémorragie que la plaie de l'œil a produite , ou par une suffocation-.
Quoique leur rapport n'ait pas été assez exact, comme le prouve le professeur Louis, il était pourtant suilisanl pour disculper les accusés. On trouva quelques gouttes de sang auprès du lit Je cette
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femme; mais elles étaient la fuite évidente de la blessure qu'elle s'était laite à l'œil en tombant. On trouva une goutte de sang sur l'un des bas de l'accusé; main il était clair que c'était un effet de sa sai gnée. Ce qui le justiGait bien davantage, < 'était sa conduite passée, c'était la douceur reconnue dans son caractère. On ne lui avait rien reproché jusqu'alors; il était moralement impossible qu'il eût passé en un moment de l'innocence de sa' vie au parricide, et que sa jeune femme eût été sa complice. 11 était physiqueim ni impossible, par l'inspection du cadavre, que la mère fut morte assassinée; il n'était pas dans la nature que son fds et sa fille eussent dormi tranquillement après ce crime, qui aurait été leur premier trime , et qu'on les eut vus toujours sereins dans tous les monrens où ils auraient dû être saisis de toutes les agitations que produisent nécessairement le* remords d'une si horrible action et la crainte du fupplice. Un scélérat endurci peut affecter de la tranquillité dans le parricide : mais deux jeunes époux 1
Les juges connaissaient les mours de Montbailli; ils avaient vu toutes ses démarches ; ils étaient parfaitement instruits de toutes les circonstances de cette mort. Ainsi ils ne balancèrent pas à croire le mari et la femme innocens. Mais la rumeur populaire qui, dans de telles aventuras , se dissipe bien moi us aisément qu'elle ne s'élève , les força d'ordonner un plus amplement informé d'une année , pendant laquelle les accusés demeureraient en prison.
Le procureur du roi appela de cette sentence au conseil d'Artois dont Saint- Omer ressortit.
Serait-il vrai que les hommes accoutumés à juger le* crimes , contractassent l'habitude de la cruauté , et se lissent a la longue un cœur d'airain? Se plairaientils enfin aux supplices, ainsi que les bourreaux? la nature humaine serait-elle parvenue à ce degré d'atrocité? Faut-il que la justice , instituée pour être la gardienne de la société , en soit devenue quelquefois le fléau? Celte loi universclle , dictée par la nature, qu'il vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de punir un innocent , serait-elle bannie du cœur de quelques magistrats trop frappés de la multitude des délits?
La simplicité, la dénégation invariable des accusés, leurs réponses modestes et
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touchantes, qu'ils n'avaient pu se communiquer , la constance attendrissante de Montbailli dans les tonrmens de 1j question, rien ne put fléchir les jugas; et, malgré les conclusions d'un procureur gé néral très éclairé, ils piononcèreut leur arrêt.
Montbailli fut renvoyé à Saint-Onu n pour y subir cet arrêt, prononcé le 9 novembre ijjo; il fut exécuté le 19 du même mois.
Montbailli, conduit à la porte de l'église , demande en pleurant pardon à Dieu de toutes ses fautes passées, et il jure à Dieu qu'il est innocent du crime qu'on lui impute. On lui coupe la main ; il dit : Cette main n'est point coupable d'un parricide. 11 répète ce serment sous les coups qui brisent ses os. Près d'expircr sur la roue , il dit à son confesseur : Pourquoi voulez-vons me forcer d faire un mensonge? en pnnez-vous sur vous (0 crime?
Tous les habitans de Saint-Omcr, t«moins de sa mort, lui donnent des Lu mes, non pas de ces larmes que la pitié arrache au peuple pour les criminels même dont il a demandé le supplie*- .
mais celles que la conviction de son innocence a fait répandre long temps dans cette ville
Tous les magistrats de Saint Orner ont été et sont encore convaincus que ces iuibrtunés n'étaient point coupables.
La femme de Montbailli, qui était en ceinte , est restée dans son cachot d'Arias pour être exécutée à son tour, quand elle aurait mis son enfant au monde : c'était être à la potence pendant six mois sous la main d'un bourreau, en attendant le dernier moment de ce long supplice.
Quel état pour une innocente l
{Mélanges de Philosophie.)
MORALE. — soTTisH béfltbb db lb bbao a son scjbt. — Bavards, prédicateurs, extravagans controversistes,tâchez de Vous souvenir que votre maître n'a jamais annoncé que le sacrement était le signe visible d'une chose invisible; il n'a jamais admis quatre vertus cardinales et trois théologales ; il n'a jamais examiné si sa mère était venue au monde maculée ou immaculée; il n'a jamais dit que les petits enfans qui mouraient sans baptême , seraient damnés. Cessez de lui faire dire des choses auxquelles il ne pensa point, lia dit, selon la vérité aussi ancienne que le mondo : «Aimer Dieu et votre pro-
cbaîn ; » tenei-vous-en là misérables ergoteurs , prêchez la morale et rien de plus. Mais observez-la cette morale ; que leB tribunaux ne retentissent plt<s de vos procès ; n'arrachez |>lus par la grffe d'un procurt ur un peu de farine à la bouche de la veuve et de rorpbelia. Ne disputez plus un petit bénéfice avec la môme fureur qu'on disputa la papauté d^n» le {;rand sebisme d'Occident. Moines, ne mettez plus ( autant qu'il est en tous) l'univers à contribution ; et alors nous pourrons vous croire.
Je viens de lire ces mots dans une déclamation en quatorze volumes, intitulée : Histoire du Bas-Empire.
Les chrétiens avaient une moraie; mais (es païens n'en avaient point.
Ah! mon-ieur Le Beau, auteur de ces quatorze volumes. où avez-vous pris cette sottise? Fbi qu'est-ce donc que la morale de Socrate, ae Zaleucus, de Charoodas, de Cieéron, d'Epictète, de Marc-Àutonin ?
Il n'y a qu'une morale, monsieur Le Beau , comme il n'y a qu'une géométrie. Mais , me dira-t on , la plus grande partie des hommes ignore la géométrie. Oui; mats, dès qu'on s'y applique un peu , tout le monde est d'accord. Les agriculteurs , les manœuvres, les artistes , n'ont point fait de cours de morale ; ils n'ont lu ni de Ftnihus de Cieéron , ni les Ethiques d'Aristote : mais, sitôt qii'ils réfléchisse!)!, ils sont, sans le savoir, les disciples de Cieéron ; le teinturier indien, le berger bnfare, et le matelot d'Angleterre connaissent le juste et l'injuste. ConFucius n'a point inventé un système de morale,' comme on bâtit un sy^ème de physique, lt l'a trouvé dans le cœur de tous lés hommes.
Cette morale était dans le co ur du préteur Festus quand les Juifs le pressèrent défaire mourir Paul, qui avait amené de» étrangers* dans leur temple.' «Sachez, leur dit-il, que jamais les Humains ne condamnent personne sans l'entendre.»
Si les Juifs manquaient de morale, ou manquaient a la morale , les Romains la connaissaient et lui rendaient gloire.
La morale n'est point dans la superstition ; elle n'est point dans les cérémonies; elle n'a rien de commun avec les dogmes. On né peut trop répéter que tous les dogmes sont diflerens , et que la morale est la même chez tous les hommes qui font usage de leur raison. La morale vient
donc de Dieu comme la lumière. Nos superstitions ne sont que ténèbres. Lecteur, réfléchissez : étendez cette vérité ; tirez vos conséquences.
( Dictionnaire philosophique. ) MORAiN'GlÉS ( le comte de — sou HfjcSTi coudamnatio* en 177a. — Plusieurs personnes qui cherchent le vrai en tout genre ont désiré qu'après le procès criminel du comte de Lalli , 00 leur donnât un précis du procès civil et criminel que le comte de tVloran^iés a essuyé. Le voici: La maison de Morangics avait des dettes dont le comte de Morangiés , maréchal de camp, s'était chargé. Pour éteindre ces dettes, il voulut faire exploiter et vendre eu détail une forêt dans le Gévaudan, laquelle a, dit-on, environ dix mille arpeus détendue, et dont il pouvait disposer par un accord public avec les créanciers de sa maison. 1J montre le plan de cette forêt, signé d'un arpenteur juré, il présente toutes les pièces nécessaires ; mais un homme endetté ne pouvait guère trouver de l'argent à Paris pour faire couper une foret dans le Gévaudan.
Il s'adresse à une courtière d'usure.
Cette courtière lui indique un jeune homme nommé du Jonquay, que ses avocats disent très bien né, petit-fils d'une veuve opulente, arrivé depuis un an de province, ayant travaillé quelques mois chez un procureur , reçu docteurs lois par bénéfice d'âge, comme tant de magistrats bien élevés, et près d'acheter uue charge de conseiller dje la conr des aides et du parlement , dans le temps où le droit de juger les hommes se vendait encore.
Après quelques pourparlers, le maréchal de camp vient signer au jeune magistrat des billets de trois cent mille livres, avec les i. itéré ts è six pour cent. Ces billets à ordre sont lait- dans un galetas où logeait ce, prêteur, et où il y avait, pour tous meubles trois chaises de paille et une table de sapin. L'emprunteur, en voyant cet ameublement , crut être ches. un jeune courtier d'agent de change. I). affirme et jure qu'il na fait ces billets que pour être négociés sur la place, et qu'il n'en a point reçu la. valeur, qu'il, ne détail la revevoir que quand l'apaire serait consommée , selpn l'usage étaÈtfi dans toutes les villes de commerce.
Ce jeune homme affirme et jure que c'est l'or de madame sa grand 'mère qu'il.