‹ Dictionnaire historique des événemens remarquablesChapitre 91 sur 183 · M OR · texte numérisé non relu

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a donné ; qu'il a porlé cet or à pied en treize voyage* en un matin ; qu'il a fait environ cinq lieues et demie a pied pour obliger monsieur le comte , quoiqu'il pût porter cet or dans un Gacre en un seul voyage, (t) il a Tait faire ces billets an profit de la dame "Verron , sa grand'mére. Il n'y a pas d'apparence qu'un homme d'un âge mftr les eût signé*, s'il n'en avait pas reçu la valeur. Mai» il y a encore moins d'apparence que la grand 'mère Verron, qui demeurait dans un galetas avec la Roj i j . / r ; , mère de du Jonquay, et trois soins de du Jonquay, très pauvrement v< fii»*s, et subsistant, elle et toute sa famille , d'un li t s petit fonds qu'elle fesait valoir a usure, eût possédé la somme exorbitante de trois cent mille livres en or.

La famille prévient cette objection qu'on ne lui fesait pas encore, en disant que la veuve Verron, la grand 'mère, avait reçu secrèltment une grande partie de cet argent, depuis plus de trente ans, par les mains d'un nommé Chotard, qui était mort banqueroutier ; que son mari, prétendu banquier, avait donne secr< temënl cette somme a l'inconnu Chotard , par un iideicommis secret. La veuve l'avait fait valoir sécréteraient chez un notaire ; elle l'avait retirée secrèt ment de ce notaire, qui était mort alors; elle l'avait portée à \ itry secrètement , au fend de ia Champagne , dans une charnu* :

elle y avait vendu secrètement à des Juifs de beaux diamans, dont le prix servit à compléter les trois cent mille livres; elle fit porter secrètement à Paris ces trois cent mille livres eu or, dans une charrette d'un voiturier qu'on ne nomme

Îas (a) , à un troisième efag»- , rue Saintacques. « Et moi , ajoutait du Jonquay , je les ai portés secrètement à pied , en

(i) On voit en effet «a procès nn écrit de M. le comte de Monngir* , du 14 septembre 1771, par lequel, de plusieurs plana d'emprunts proposé* par du Jonquay [ qu il prenait pour uo courtier ], il adoptée Ici de 3a 7, 0^0 liv. payables pour 3oo, 000 comptant, et promet de faire de* billet* de J a 7,0 .0 livre * , y compris l'usure truand i' recevra l'argent. Or, du Jonquay prétend avoir donné cet argent le a3. Il est impossible tjoe l'emprunteur ait promis le 14 de signer, sitôt qu'on lut apporterait un argent qu'il aurait reçu la veille.

fa) Il est étrange que, dans le cours de ee procès, on n'ait point songé à rechercher le fait de ce

Fuétendu voiturier; loua les voiturier* sont connus, eut s noms tout sur des regis'rea : comment n'a-ton fait aucune enquête a Paria et à Vitry ?

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treize voyages, à M. de Morangit s, pour mériter sa protection. J'ai pour témoins un cocher de mes amis, qui est comme moi un très bon bretailleur, et un ancien clerc de piocureur, fini se lésait guérir

dan> ce temps-la même de la v chez

le chirurgien Ménager; j'ai pour témoins mes so-nrs, qui subsistent de leur travail de couturières et de brodeuse», et une prêteuse sur gages, qui a été culèrméc à l'hôpital. ■

Il demande, au nom de madame Verron et au sien, que la justice aille enfoncer toutes les portes chez le comte de Morangiés et chez sou père, lieutenant général des armées du roi, pour voirai les cent mille éeus eu or ne s'y trouvaient pas *. La justice n'y va point, et ou ne sait pourquoi. Mais le comte de Moiangiés demande au magistrat de la police qui a l'inspection sur les préteurs à u>ure, qu'on approfondisse celte alLire.

Le magistrat délègue le sieur Dupuis , inspecteur de police, homme très sage et reconnu pour tel , qui se trausportc . accompagné d'un autre officier, nommé Dt sbrugnières, chez un procureur ou l'on fait venir du Jonquay et sa mère nommée liomaiu, fille «le la vt uVc Verrou. La mère et le fils interrogés avouent séparément qu'ils ont menti , et qu'ils n'ont jamais donné cent mille éctis au comte de Morangiés. On les transfère alors chez un commissaire : ils signent leur dédit l'un apiès l'autre. Le fils dit à sa rut n : Ma mère , je viens de déclarer (a vérité. Elle lui répond : Tu l'as dite, mon fils; tu aurais i/ien fait de ia dire plus tôt. Le commissaire, son clerc, l'inspecteur Dupuis entendent cet aveu , et il est consigne au procès. Tout étant ainsi avéré, et juridiquement constaté , on mèoe les

* Cette requête n'est elle pas un artifice par lequel on voulait se ménager l'avantage de paraître au moin» prévenir les plaintes de l'emprunteur? Il est bien vraisemblable que, si cet emprunteur avait reçu les cent mille éetu qu'il déniait, il les aurait mis a couvert , et autait rendu très inutiles les démarche* de la famille Verron. Il n'est pas moins probable tjue, si l'emprunteur avait été de mauvaise foi , il n'avait nul besoin de nier la dette ; Il aurait dit , à l'échéance , arrangea- vous avec les directeurs des créanciers, et il aurait joui de* cent mille é'cjn. S'il n> pas pris un part» si facile, c'ea* une preuve aasex forte qu'il n'avait rien •ouché.

Il n'y a qu'k lire nuciuivement les lettres du. sieur du Jonquay mentionnées au procès, poui voir que cet homme n'avait point porté et donu* cent mille écu*»

deux coupables au Fort • l'Évêque. Ils confirment leur aveu dans la prison *•

Du Jonqnay, dès le lendemain « écrit à un homme qui était son conseil, et dépositaire des billets :

« Moncieur, la malheureuse a fa ire oh je suis plongé m'a réduit ainsi que ma chère mère és prisons du Forl-l'Evêque»

nous fûmes arrêté yere par ordre du roi. Si vous voulé nous secondé pour nous en tirer, il faut que vous ayez la bonté de remettre au porteur lés éfets que je vous ait confié , lesquelles dits éfets j'ay promire à monsieur Dupuy de lui faire pacer au plus tard à dix heures du matin, d'après la paroi le que j'ai donné je vous cerai obligé de me mettre à même de la mettre à exécution , comme aussi je vous prie inoncieur de cecer toute poursuite et aussitôt que nous aurons nôtre liberté nous aurons l'honneur de vous marquer nôtre reconnaissance au sujet de tous les soins que vous vous êtes donné.

• J'ai l'honneur d'être, Moncieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Do Jokquay.

« Ma chère mère a l'honneur de vous assurer de ses respects.

Et dans une* autre lettre du même jour:

■ Monsieur, si vous pouvié être porteuse vous même de la réponse vous ro'obligcrié ainsi que ma cher mère. Vôtre cerviteur, Do Jokquay. •

Ces lettres ne paraissent pas plus d'un homme innocent , que le style et l'orthographe ne sont d'un homme qui allait cire incessamment magistrat dans une cour supérieure.

On croyait cette affaire entièrement terminée, lorsqu'un praticien habile engage la famille à démentir ses aveux et ses signatures. Du Jpnquay et sa mère crient alors que Desbrugnières les a battus chex le procureur, qu'ils n'ont signe que par crainte ches le commissaire, et que le comte de Morangiés a corrompu toute la police pour les opprimer.

Le docteur ès lois du Jonquay, qui ne

* Ceat ce que rapporte l'ayocat de M. /• comte de Morangiée dane «on dernier mémoire , intitulé Supplément. Si le fait eat vrai, comme il n'eat paa permit d'en douter, il eat démontré que les du Jonquay «ont coupable*, et que le comte de Morangiée eat innocent. Tout devait finir la ; mille procédure* , mille Mntencee ne peuvent affiitMir une démorutralioo.

saft pas un mot de latin, soutient que c'est le metus codent in constaniem virum , et qu'il est constant vir « Je ne vous ai point battus, répond Desbrugnières, je vous ai poussés, je vous ai séparés vous et votre mère, pour vous empêcher de concerter ensemble vos ré* ponscs. J'étais convaincu , j'étais indigné de votre friponnerie. » — «Vot»s nous avez poussés trop rudement; vous avez faussé un de mes boutons, reprend du Jonquay; et cela nous a tellement troublés ma mère et moi , que nous avons signé la vérilé quatre heures après , ne sachant ce que nous f es ions. •

Alors tous les usuriers de Paris , tous les gens qui vivent d'intrigues, tous les escrocs, fâchés depuis long-temps contre la police, font entendre leurs clameurs contre elle. Une autre espèce de gens se Joint à eux. «Jusqu'à quand soufirirat-on ce tribunal irrégulier qui ne fut établi que par Louis xvi? Auparavant nous volions impunément ; on pouvait s'enrichir soit par l'usure, soit par le larcin; Paris était un grand coupe-goige, favorable à l'industrie; il v avait un chef des voleurs accrédité , qui fesait rendre les effets volés aux propriétaires , moyennant une somme convenue; tout était dans la règle. Aujourd'hui un tribunal inconnu à nos pères tient des registres funestes des prêteurs sur gages , et persécute les gens de bien. On ose fausser les boutons d'un homme qui va acheter une charge de conseiller. ■ Tous crient que la noblesse n'est depuis quelques années qu'un amas de petits tyrans escrocs, insolens et lâches, qui vexent les bons sujets du roi autant qu'ils servent mail état. On répand partout que M. de Morangiés a voulu payer ses créanciers en les fesant pendre. On le dit dans les plaidoyers, on l'irapriuic dans les mémoires, on parvient à le faire croire à la moitié de Paris. Un des avocats qui ont voulu se signaler en écrivaut contre lui , pousse l'indécence jusqu'à supputer les sommes que M. de Morangiés a du donner à la police.

Le comte de Morangiés , son père , lieutenant général des armées du. roi, respectable vieillard , chéri et estimé généralement , ses frères qui jouissent du même avantage, toute sa famille enfin, vend le peu de meubles qui lui reste pour soutenir ce procès affreux ; elle paie quelques dettes pressées, elle se réduit à la

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